‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 26 sur 61 · TS · texte numérisé non relu

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er rime.

08 VOYAGES ET CONQUÈTES

CHarLorre. Oui; lorsque nous n’en étions pas encore tout près , elle avait l’apparence d’une montagne.

M. Huwrer. Vois-tu, ma fille? puisque la mer semble s'élever comme une colline, on appelle la partie que l’on peut voir de la côte sa hauteur.

Colomb fut donc à peine arrivé à la hauteur de Navidad qu'il descendit promptement dans une chaloupe et gagna le rivage. Mais quel fut son effroi , quand il ne trouva plus les Espagnols qu’il y avait laissés, ni le fort qui y avait été construit, mais seulement quelques ruines, des haillons, des armes et des outils mis en wièces! Ce spectacle seul lui apprenait tout; et pour confirmation du triste sort des colons , on trouva à quelque distance onze de leurs cadavres portant sur eu x les marques d’une mort violente.

Tandis que l’on versait des larmes sur le sort de ces infortunés , et que la plupart songeaient déjà aux moyens de venger sur Jes naturels du pays le meurtre de leurs c1marades, le frère de Guakanahari arriva, et

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fit un rapport détaillé sur le malheur qu’ayait éprouvé la colonie. En voici le précis.

«Colomb n'eut pas plus tôt mis à la voile que ceux qui étaient demeurés oublièrent les avis raisonnables et les ordres qu'il leur avait donnés avant son départ. Au lieu d'entretenir les habitans, par leur conduite, dans la profonde vénération qu'ils avaient conçue pour eux, ils se permirent tant d’excès et d’injustices que les Indiens les.virent avec horreur. L'officier qui les commandait voulut les contenir ; mais au mépris de ses exhortations et de ses menaces , ils se répandirent dans l'ile, et Ia désolèrent par leurs rapines et par leurs violences. Leurs incursions surtout étaient fréquentes dans le district du cacique Cibao , à cause de l'or qui s'y trouvait. Ce cacique , irrité de leur conduite , eut enfin recours aux armes : il les surprit dans un moment où ils s'étaient dispersés ; et après avoir investi le fort, il y fit mettre le feu. Une partie des Espagnols périt en le défendant ; les autres voulurent s'évader dans un canot, mais ils périrent dans les flots. »

Celui qui faisait ce récit ajouta que son

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frère , toujours ami des Espagnols , quoique sans cesse exposé à leurs insultes, avait pris les armes en ieur faveur ; mais que, dans un combat avec le cacique Cibao , il avait reçu une blessure, dont il était encore malade.

Les troupes de Colomb , portées à douter de la vérité de la dernièrepartie de cette narration , brülaient d'exercer une vengeance sanglante sur tous les insulaires ; mais luimême Ctait trop sage et trop humain pour entrer dans leurs vues. Il chercha au contraire à les convaincre de la nécessité de rétablir, s’il était possible , leur réputation dans l'esprit des habitans , et de regagner eur confiance. Il recommanda en conséquence à tous ses gens de se conduire à leur égard avec la plus grande honnêteté.

I] alla faire ensuite visite au cacique Guakanahari, qu'il trouva en effet malade d’une blessure qui ne paraissait pas venir d’une arme européenne , mais d’une épée de bois. La conduite constante et franche de ce cacique persuada Colomb de ja vérité de son récit, qui s’accordait parfaitement avec celui de son frère. Pour

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DE CHRISTOPHE COLOMB. 101 lui donner une nouvelle preuve de ses sentimens, il lui fit présent de huit cents petites coquilles , auxquelles les Indiens attachaient un grand prix, de cent plaques d'or etde trois calebasses remplies de grains d'or, faisant ensemble près de deux cents livres pesant. De son côté Colomb luidonna plusieurs bagatelles européennes , qui ne furent pas trouvées mdins précieuses.

L'amiral espagnol conduisit son monde dans un canton à la fois plus agréable et plus sain que le premier. C’est là qu'il résolut de bâtir, près de l'embouchure d'une rivière, une ville régulière et fortifiée, où ceux qu’il laisserait auraient une demeure également sûre et commode. Il ne fut permis à personne de rester spectateur oisif de ce travail; et par les forces réunies de tant de bras, on parvint en peu de temps à achever la première ville que les Européens aient fondée dans le Nouveau-Monde. Colomb lui donna le nom d'Isabelle, en l'honneur de la reine

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