‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 3 sur 61 · D QAR · texte numérisé non relu

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Caurs, l’un des écrivains les plus distingués de l’Allemagne et l’un de ses philanthropes les plus éclairés , naquit en 1746 à Decusen , dans la principauté de Brunswick-Wolfenbuttel. Le goùt de létude et l'amour de ses semblables furent ses premières passions et les seules qu'il connüt jamais. Doué d’une heureuse mémoire et d’une grande facilité de travail, il fit rapidement ses premières humanités et les termina brillamment à l’université de Halle par un cours de philosophie et de philologie. Ayant d’abord formé le dessein de consacrer sa vie à la propagation des lumières pures et bienfaisantes de l'Evangile, il avait accepté une place d’aumônier dans le 1°* régiment du prince de Prusse , en garnison à Potsdam. Mais le spectacle

ij NOTICE qu'il avait sans cesse sous les yeux et les obstacles que lui opposaient la frivolité et le dédain de l'espèce de société dans laquelle il se trouvait condamné à vivre, dissipèrent ses illusions. Il lui fallait s’armer sans cesse d’une inutile sévérité dont se jouait l’état social d'alors , et qui répugnait à son caractère doux et tolérant; il quitta bientôt ses fonctions ecclésiastiques pour se livrer aux études de son goût. Une généreuse philanthropie dirigeait tous ses projets. 11 jeta les yeux autour de lui, et ne xit rien de plus digne de ses soins et de sa sollicitude que les premières années de l'homme. Dès ce moment l'éducation et le

perfectionnement moral de la jeunesse oc- :

cupèrent toutes ses pensées : il crut en en- d trant dans cette noble carrière obéir à la l voix de la Providence, et ne songea plus ä qu’à bien accomplir sa destinée. p

Campe ne cherchait pas l’éclat; mais le l prince de Dessau ne le laissa pas long- à temps dans l'obscurité : une place de con- a seiller dans l'instruction publique et la | L direction de l'institut d'éducation de Des- IT

sau , dont Basedow était chargé avant lui,

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SUR CAMPE. iij furent la récompense de l’homme de bien et de l’homme de talent: il se distingua dans cette position nouvelle qu'il ne quittæ que pour aller diriger à Hambourg une institution particulière. Lorsqu'il l’eut élevée à un haut degré de prospérité, il la céda à son ami le professeur Trapp, qui justifiæ son choix en marchant sur ses traces.

Campe crut alors que la retraite était permise à une vie déjà pleine ; mais il lui restait encore du bien à faire, etil accepta en 1787 une place de conseiller dans les écoles du duché de Brunswick, et les fonctions de chanoine du chapitre de Saint-Cyriaque, dont plus tard il devint doyen. La même année il se chargea de la direction de la librairie d'éducation de Brunswick, l’une des plus considérables del’Allemagne, et qu'il rendit bientôt célèbre par ses propres ouvrages. C’est vers cette époque que:

le mauvais état de sa santé le déterminæ à voyager. Il se rendit à Paris en 1789.

attiré par la voix des novateurs du temps.

Le cœur de Campe était pur et religieux.

Toujours vrai il croyait à la sincérité des paroies ; il fut dupe de sa bonne foi, ct il

iv NOTICE lui fallut, comme à plus d’un homme de bien, les crimes de la révolution pour le désabuser. L'assemblée nationale lui conféra le titre et les droits de citoyen français , faveur déjà accordée à quelques savans étrangers. Nous ne le suivrons pas dans les autres périodes de sa laborieuse existence ; l'histoire de sa vie n’est autre que celle de ses ouvrages. Cette vie fut long-temps douce et heureuse, et son bonheur ne fut troublé que par les maux qui affligérent son pays. Les guerres d’invasion de Napoléon, les revers des armées allemandes, la perte de l'indépendance et de la véritable liberté , le joug du vainqueur pesant sur l'instruction publique et la dirigeant au gré de sa politique, et surtout l’asscrvissement de la presse , afiligèrent profondément cet ami de la patrie. Il renonça à ses emplois et vécut retiré au sein de sa famille, dans sa maison de campagne près de Brunswick, toujours occupé de travaux utiles et révant de meilleurs jours. La paix vint lui rendre l'espérance ; et la parole des rois qui promettaient à l'Allemagne une liberté sage et des lois

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SUR CAMPE. | constitutionnelles le combla de joïe. C’est dans l’attent de cet avenir, qu'il regardait comme une ère nouvelle de prospérité, que s’écoulèrent ses dernières années.

1] mourut de la mort du chrétien et du juste le 24 novembre 1818, âgé de soixante-douze ans, emportant dans la tombe la reconnaissance d’une génération qu'il avait formée, les regrets de ses vieux a mis et de tous ceux qui savent apprécier l’homme qui n'a marqué son passage que par de bonnes œuvres et l’union d’un beau talent et d’un beau caractère.

Campe appartient par la pensée et par le but de ses travaux littéraires à cette école aïlemande que vit naître la dernière moitié du dix-huitième siècle sous le nom de Phi- Janthropique ; il en fut le chef comme Basedow en avait été le créateur. Ce dernier avait déjà signalé les causes de la dépravation morale et physique des peuples; il avait cru les trouver dans ces principes d'éducation qui dominaient comme un tyran dont le joug est odieux, mais qu’on n'ose détrôner. Il les voyait encore dans les tortures qu'on imposait à la mémoire, dans

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l'abus du pouvoir, dans l’absurdité des punitions, dans cette muette obéissance orientale qui enchaînait la raison et ne permettait point à l'élève de choisir entre la parole du maître et la vérité. C’est contre de tels abus que combattirent de front et ce même Basedow, et Wolke, et Trapp, et Salzman, et c’est dans cette lutte des.

théories nouvelles et des anciennes habitudes que Campe se fit remarquer au premier rang.

Ces réformateurs étaient persuadés que la marche de la nature doit diriger celle de l’enseignement , que le développement des idées primitives est le seul but qu’on doive se proposer, et que les mœurs de convention résultent de toute méthode artificielle. « L'enfant naît bon, disaient-ils ; laissonsle donc livré à lui-même jusqu’au moment où son intelligence, suffisamment éveillée , pourra comprendre sans effort le symbole des mots; aidons alors cette sève naissante et dirigeons-la de manière à ce que les inspirations du jeune âge se reproduisent successivement dans la vie lorsque les circonstances qui les auront fait naître.

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SUR CAMPE. vi] viendront à se renouveler; et comme ces inspirations sortent des différens points de vue sous lesquels on lui a montré les ouvrages de la providence et l’histoire de l’homme individuel et de l’homme en societé, faisonsservir toutesles connaissances physiques, historiques et politiques au but unique du perfectionnement moral. Cachons à l’enfant ce qu'il y a de vicieux dans le cœur humain, et ne lui découvrons que ce qui s’y trouve de noble et de généreux. Appelons continuellement sa pensée et ses réflexions sur des exemples de vertu et d'honneur, afin de justifier par la pratique la vérité de cette sentence de Plutarque : La vertu est une longue habitude.»

Tels étaient les principes sur lesquels Basedow avait fondé son système d’éducation , séduisante théorie qui repose sur de graves erreurs, dont on voudrait cependant conserver l'illusion. 1l serait sans doute bien doux de proclamer avec Basedow que l'enfant naît bon et sans artifice ; mais l’expérience est loin de confirmer la vérité de cette assertion. L'enfant montre des inclinations et des penchans divers , et.

vi NOTICE il n’y arien d’absolu au fond de son âme hors le besoin d’une justice impartiale et des sentimens religieux, qui seuls lui rendent l’obéissance facile et la vertu praticable. Les réformateurs allemands se plaignaient que l’ancien système d'éducation ne produisait qu’une société dans laquelle les mœurs de convention remplacaient le naturel et la simplicité. Un autre reproche, un reproche plus grave, doit leur être adressé. La nouvelle méthode, appliquée sans modification, conduit au misticisme de la perfectibilité, et à la foi d’un monde idéal enfanté par des imaginations pures , mais exaltées.

Campe , séduit par le bonheur promis à la génération qui adopterait cette nouvelle méthode, s’en montra un des plus zélés propagateurs ;maisson bon esprit lui fit bientôt apercevoir le danger d'en étendre les conséquences, et il s'efforça de la modifier de manière à pouvoir la lier aux anciennes idées.

Ses efforts furent couronnés de succès. La lucidité de son esprit, la clarté de son style, le choix de ses sujets et de ses expressions le rendaient véritablement propre à être

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SUR CAMPE. IX l'instituteur de la jeunesse ; et si quelquefois son zèle l’entraîna au-delà des bornes que la raison et la prudence lui défendaient de franchir, ses erreurs partaient d’une âme trop pure pour être dangereuses , et il les reconnut même avec cette bonne foi qui honor: l'écrivain et qui désarme la critique.

Ses ouvrages relatifs à l'éducation sont des modèles de l’art d'écrire ; nul ne l’a surpassé dans le genre naïf, genre plus difficile qu'on ne le suppose généralement, en ce que le talent doit se plier à toutes les exigeances d’une familiarité de bonne compagnie, dont les couleurs simples et transparentes sont si voisines des nuances de la trivialité.

Comme philosophe moraliste, Campe occupe un rang distingué parmi ses contemporains. Le caractere le plus remarquable de son talent est de descendre sans effort et sans affectation des sommités philosophiques aux contemplations populaires , de rendre les idées abstraites accessibles aux jeunes intelligences de ses lec-

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