‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 33 sur 61 · TREIZIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

TREIZIÈME ENTRETIEN

M. Huwrer.

Hécas ! l'heure du repos n’était pas encore venue pour le pauvre Colomb. De nouveaux dangers et de nouvelles traverses l’attendaient dans cette relâche.

Don Barthélemi, son frère, avait conduit pendant son absence la colonie d'Isabelle dans une contrée beaucoup plus avantageuse , et il avait entrepris d’y bâtir une ville, qu'il nomma Saint-Domingue, en l'honneur de Dominico, sonpère. Cette ville, florissante encore de nos jours , a été longtemps une des plus considérables entre celles des Indes occidentales; elle a donné son nom à toute l’île.

À peine Barthélemi eut-il fondé cette nouvelle colonie qu'il alla visiter avec une

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DE CHRISTOPHE COLOMB. 130 partie de ses forces les provinces de l'ile où son frère n'avait pas pénétré, laissant à Saint-Domingue le grand-juge Roldan avec le reste des troupes ; mais ce méchant homme récompensa la confiance que l'on avait mise en lui par la plus noire ingratititude.

Il épiait depuis long-temps l’occasion de perdre les Colomb , et de se rendre maître absolu de l’île. Le départ de Barthélemi et l'absence de l’amiral lui parurent une circonstance favorable pour l'exécution : de ses projets ; il en profita avec adresse , et souleva les Espagnols qui étoient restés contre Barthélemi et contre Diègue, son autre frère. La plupart se rangèrent de son côté. Bientôt il se fit reconnaître pour leur chef; etayant pris les armes: contre l’adelantade , il s'empara de tous les vivres, et tenta de prendre d'assaut le fort que l’on avait construit à Saint-Domingue. Cependant il échoua dans cette dernière tentative par la

| vigilance du commandant, ce qui obligea les rebelles d'aller fixer leur séjour dans | une autre partie de l'ile, dont ils insurgè-

rent les habitans, et bientôt Saint-Domin-

140 VOYAGES ET CONQUÈTES gue presque entière finit par entrer dans la révolte.

Pour surcroît de chagrin , Colomb apprit que lestrois vaisseaux chargés de vivres qu’il avait détachés des Canaries n'étaient pas arrivés. Les tempêtes et les courans avaient écarté ces vaisseaux de leur route ; et après avoir erré dans plusieurs régions inconnues , ils arriverent enfin à l’île Espagnole, mais précisément sur la côte où Roldan et ses complices avaient établi leur demeure.

Le rusé rebelle, cachant sa révolte aux commandans des trois vaisseaux, eut l’adresse de leur faire débarquer une partie de leur monde, pour les conduire , disaitil, à Saint-Domingue. Ces gens, qui la plupart étaient le rebut des prisons espagnoles, n'eurent pas plus tôt appris le vrai dessein de Roldan qu'ils se rangèrent avec empressement sous ses drapeaux, espérant qu’il y aurait à piller : tel fut le premier fruit du conseil peu réfléchi que Colomb avait eu le malheur de donner lui-même !

Quelques jours après l’arrivée de l'amiral, ces trois vaisseaux parurent aussi à la rad de Saint-Domingue, mais sans être

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d'une grande ressource pour cet homme délaissé ; carils avaient déjà débarqué à l’île Espagnole la majeure partie des troupes qu'ils portaient, et consommé presque tous les vivres qu'ils avaient eus à bord. Et Roldan, l'ingrat , l'insolent Roldan, fier de sa supériorité , qui n’était que trop manifeste, se moquait hautement de la faiblesse de Colomb.

L'amertume la plus profonde remplit l'âme de l’amiral ; et s’il n’avait écouté que son ressentiment , il se serait aussitôt mis à la tête du peu de soldats qui lui étaient restés fidèles , et serait allé attaquer les traîtres, aimant mieux périr en essayant ‘de les châtier que de survivre dans l’inaction à l’affront qu'il essuyait.

Mais , pour le bonheur de la colonie à son berceau, Colomb fut assez magnanime pour sacrifier son ressentiment à l'utilité publique. Il résolut de ne point venger son offense personnelle, mais de chercher à ramener à leur devoir par la voie de la douceur Roldan et ses complices.

Après beaucoup de négociations désagréables , il parvint enfin à son but, etgoûta

1/2 VOYAGES ET CONQUÈTES

la satisfaction d’avoir étouffé une rébellion si dangereuse sans verser une goutte de sang.

Il envoya ensuite un vaisseau en Espagne , pour informer sa cour de la découverte qu'il avait faite de la Terre Ferme, ainsi que de la révolte qu'il venait d’apaiser. Aux échantillons des productions du continent, consistant en perles. lingots d'or, et une quantité de toiles de diverses couleurs et d’un tissu très-fin , il ajouta son journal, où il avait écrit avec la plus grande exactitude la route de ses vaisseaux et tout ce qui s'était présenté de remarquable.

Roldan ct ses complices ne manquèrent pas aussi d'écrire au roi par la même oc- ‘asion, pour inculper l'amiral , et justifier leur propre conduite; et le roi fut assez injuste pour ajouter plus de foi au récit calomnieux des rebelles qu’aurapport véridique de Colomb.

Nous allons, mes enfans , nous arrêter ici quelques momens pour jeter un coup d’œil sur une autre partie du monde, où, pendant que nous étions occupés des Indes

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