‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 35 sur 61 · UNS · texte numérisé non relu

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résulta de nouveaux soulèvemens , qui donnèrent tant d’occupations à l'illustre amiral qu'il ne put songer ni à se justifier ni à poursuivre son vaste plan de découvertes.

[ se trouvait dans cette déplorable situation lorsque l'orage le plus terrible éclata contre lui en Espagne.

La plupart de ceux qui avaient quitté ce royaume pour le Nouveau-Monde, au lieu des trésors qu'ils s'y promettaient n’y avaient trouvé que la misère ; pleins de désespoir, ils étaient retournés dans leur patrie. et regardant Colomb comme l’unique cause de leurs disgrâces , ils se répandaient contre lui en injures et en malédictions. Les haillons dontils étaient couverts, lx pâleur de leurs visages et leur air affamé, inspiraient la pitié, et donnaient à leurs inculpations une apparence de vérité.

Toutes les fois que le roi ou la reine paraissaient en public , ils étaient, à l’instigation des ennemis de l’amiral, entourés d’une foule de ces rmisérables, qui demandaientvengeance. Est-ilsurpernant que le roi, naturellement soupçonneux, ait ajouté foi à leurs imputations , et que la

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Il fut donc arrêté d'envoyer aux Indes occidentales un commissaire chargé d’examiner la conduite de l'amiral , avec pouvoir de le destituer , si cette conduite lui paraissait répréhensible, et de prendre dans ce cas le gouvernement de l’île. Cette odieuse mission fut donnée à François de Bovadilla, créature des ennemis de Colomb.

Dans le temps même où ils machinaient sa perte, ce grand homme par des soins infatigables avait parfaitement rétabli le bon ordre. Les mécontens étaient satisfaits s Espagnols et Indiens , tous étaient soumis aux lois. On avait ouvert plusieurs mines et commencé avec les plus heureux succès la culture des terres; circonstances qui eussent dù le justifier, si sa condamnation n’eût pas été résolue d'avance.

L’amiral se trouvait alors dans une contree éloignée de l’î'e, pour y faire quelques dispositions nécessaires. L'équité et la justice voulaient que son juge attendît son retour avant de procéder contre lui. Mais

152 : VOYAGES ET CONQUÈTES qu'avaient de commun l'équité et la justice avec un homme tel que Bovadilla ?

Aussitôt qu’il eut mis pied à terre , il se fit conduire à la maison de l’amiral ; il s’en empara , ainsi que de tout ce qui s’y trouvait; il fit annoncer publiquement que le roi l’avait envoyé pour destituer le gouverneur, et donner satisfaction à quiconque avait à se plaindre de lui. Non content de cela, il rendit sur-le-champ la liberté à tous ceux que Colomb avait fait arrêter, les invitant à venir se plaindre des injustices qu'ils avaient éprouvées.

Ce n’était rien encore : l'infâme Bovadilla lui envoya par un huissier l’ordre de comparaître sans délai à son tribunal, pour rendre compte de sa conduite. En même temps il lui fit remettre une lettre du roi, qui lui enjoignait de se conformer à ceque le plénipotentiaire lui ordonnerait.

Colomb avait des gens armés : son frère Barthélemi était avec lui ; il Jui eût été facile de grossir sa troupe et de se mettre en état de répondre , l'épée à la main, à son inique juge : mais sa grande âme dédaignait tout moyen de défense incompa-

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DE CIHRISTOPHE COLOMB. 15% tible avec l’obéissance qu’il croyait devoir à ses maîtres, quelque injustes qu'ils fussent envers lui. Il prit donc sans balancer le chemin de Saint-Domingue, décidé à recevoir respectueusement la sentence, quelle qu'elle fût.

Il arrive, et on l'annonce chez Bovadilla. « Qu’on lui mette les fers! crie le monstre sans vouloir l’admettre en sa présence. et qu’on le traîne en prison!» Get ordre inhumain s'exécute ; on l’enchaîne, et on le mène à bord d’un vaisseau.

Représentez-vous, mes enfans, cette indigne scène. Voilà le grand Colomb traité en criminel par le ravisseur insolent de ses. hiens et de son honneur, sur le sol même qu'il a découvert et dont il a acquis la possession à son roi par mille dangers et au péril de sa vie; il est chargé de chaînes dans sa propre maison , devant ses subalternes: Le voilà recevant ce dernier coup avec une dignité et une résignation qui, plus que l'apologie la plus éloquente, proclament son innocence. Enfin onl'entraîne.

Mais ses maux ne sont pas encore à leur terme € la populace de Ja colonie, qui pres-

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que toute n'était, comme nous savons , qu'un amas de scélérats , l’accompagne de ses outrages et insulte à ses disgrâces. Quels monstres ! quelle infamie !

Bovadilla n'était pas encore satisfait ; il fit mettre aussi aux fers les frères de Colomb, et ordonna de les garder chacun dans un vaisseau particulier ; ensuite il procéda aux informations contre les trois frères, et les condamna sans autre formalité à la mort. Heureusement il n’eut pas l'audace de faire exécuter lui-même cette sentence sanguinaire, parce qu'il en craignait les suites ; mais dans l’espérance que son parent, l'évêque de Radajos , ennemi irréconciliable de Colomb, la ferait mettre à exécution , il envoya les prisonniers en Espagne avec l'instruction de leur procès.

Le capitaine qui devait conduire Colomb ut ses frères en Espagne n'eut pas plus tôt mis à la voile qu’il s’approcha avec autant de compassion que de respect de son illustre prisonnier pour lui ôter ses fers.

« Laissez-moi tel que je suis, lui dit Colomb ; je porte ces chaînes par ordre de

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