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M. Huxrer. Et quoi donc, mon ami?
Henri. Je n'aurais pas perdu plus longtemps mes paroles. J'aurais choisi quelque lieu pour y passer le reste de mes jours dans la retraite, ou j'aurais été offrir mes services à quelque autre prince.
M. Hunrer. Quant à ce dernier parti, l'expérience avait déjà appris à Colomb que les autres cours ne valaient guère mieux que celle d'Espagne. Mais passer sa vie à ne rien faire et renoncer à son vaste plan, c’est à quoi il lui était absolument impossible de se déterminer.
Il était convaincu qu’à son dernier voyage il avait découvert la côte d’un continent.
La fausse persuasion où il avait été que ce pays était unc partie de l'Inde, qui s’étendait jusque là, venait d’être sinon entièrement dissipée, du moins extrêmement ébranlée par les observations qu'il avait faites. Actuellement il soupçonnait qu’entre ce continent et l'Inde il pourrait bien y avoir une grande mer qui les séparait; il crut aussi qu'aux environs de l’isthme de Darien on devait trouver un détroit qui
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DE CHRISTOPHE COLOMB. 161 conduirait de l'Atlantique dans l'Océan in connu, et par celui-ci dans l'Inde.
Il lui paraissait de la dernière importance de vérifier si ce détroit existait ou uon; car s’il existe, combien de détours et de longueurs n'évitera-t-on pas, en passant de l'Espagne dans l'Inde par le milieu de l'Amérique, au lieu d'y aller par le cap de Bonne - Espérance, découvert par les Portugais! Quelle que fût donc l’offense qu'il avait reçue de son roi, le désir d’être utile au monde l’emporta sur son ressentiment ; et il résolut de s’exposer encore une fois dans sa vieillesse à tous les dangers et à toutes les incommodités d’un nouveau voyage.
I fit part de son projet au roi et à la reine , qui s'empressèrent de l’adopter. Sa présence était pour eux un continuel reproche. Ils comptaient d’ailleurs sur ses talens et sur son bonheur; l’ordre fut donc donné sur-le-champ d’équiper une escadre.
Mais quelle escadre! Quatre misérables navires, dont le plus grand n'était pas de la moitié du port d’un vaisseau marchand
102 VOYAGES ET CONQUÈTES ordinaire, composaient toutes les forces qu'on lui confia pour une expédition aussi importante. Et c’est avec ces bâtimens qu'il devait se hasarder encore sur un océan lointain et inconnu , et découvrir un chemin par lequel on se promettait d'enlever les trésors immenses de l'Inde !
Quels petits moyens pour accomplir un si grand objet!
Tout autre se serait effrayé de la difficulté d'exécuter une telle entreprise avec de si frêles embarcations ; mais Colomb, se souvenant de son premier voyage, ne balança pas à confier encore sa vie à des bâtimens aussi faibles que ceux avec lesquels il avait traversé la première fois le grand Océan. Il s'embarqua donc accompagné de son frère Barthélemi et de son fils aîné, âgé de treize ans, qui. dans la suite, devint l’historien de sa vie.
Ce fut le 29 juin, l’an 1502, et par conséquent dix ans après son premier voyage, qu’il mit à la voile de Cadix, gouvernant, comme à l'ordinaire, vers les ‘Canaries.
Cette fois le voyage fut des plus heureux, si ce n'est qu’un deses vaisseaux, et même
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le plus grand , se trouva si mauvais voilier, qu'on eut de la peinc à lui faire suivre les autres. Il fit d’abord route à Saint Domingue , afin d'y changer ce vaisseau contre un meilleur.
Arrivé à la hauteur de cette île, il envoya informer le gouverneur Ovando du sujet de son arrivée, et lui demander la permission d’entrer dans le port; mais le gouverneur (le croiriez-vous, mes enfans? ) eut l’impudence de lui refuser cette permission. Colomb l’avertit que certaines circonstances, auxquelles l'expérience l’avait rendu attentif, lui faisaient prévoir, avec beaucoup de probabilité, qu'on allait essuyer un ouragan furieux, demandant en conséquence qu'il lui fût permis de passer dans le havre le temps seulement qu:
durerait la tempête ; et comme le gouverneur était sur le point d’expédier une flotte considérable pour l'Espagne , Colomb lui fit conseiller en même temps d’en différer de quelques jours le départ : mais tout fut inutile ; on rejeta sa demande , on dédai-
gna son avis , et l’on en rit comme du rêve
d’un pronostiqueur abusé. L'entrée du port
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lui fut interdite une seconde fois, et la réga flotte destinée pour l'Espagne mit à la déla voile. Ce
L'ouragan prévu survint. Colomb s’y LE sion était préparé, et ses sages dispositions pré- temp
servèrent ses vaisseaux de leur perte. Toute laque la riche flotte, au contraire, qui était par- les d tie pour l'Espagne, et qui était composée sotte de dix-huit voiles, devint, à trois bâti- LE qu'il mens près, la proie des flots. Roldan et ger de Bodavilla , qui s'y étaient embarqués , ils,p trouvèrent dans cette tempête la juste pu- le va nition de leur abominable conduite envers biens Colomb ; la mer les engloutit tous deux, Co ainsi que les richesses immenses qu'ils ile où avaient amassées dans l’île Hispaniola. Ce corde qu'il y eut de bien remarquable dans cet ragan événement, c’est que le seul vaisseau dela LE magé flotte qui ne reçut aucun dommage, et nent.
qui put continuer sa route pour l'Espagne, Ce fut précisément celui à bord duquel on nes ir avait mis les débris de la fortune de Co- | île na lomb, et que l’on n'avait choisi pour ce ser- cette vice que parce qu'il était le plus mauvais duras de tous. Les deux autres furent obligés de : Au envoy
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régagner Saint-Domingue dans un état fort délabré.
Cet événement fit une grande impression sur les esprits superstitieux de ce temps. Mais au lieu d’adorer la justice avec laquelle la main du Tout-Puissant conduit les destins des hommes, ils s'imaginèrent sottement que Colomb était un sorcier, et qu'il avait excité cette tempête pour se venger de ses ennemis. Car autrement, disaientils, pourquoi n’y aurait-il eu d’épargné que: le vaisseau qui avait à bord ses propres biens ?
Colomb , justement indigné , quitta urre ile où on ne lui avait pas même voulu accorder un abri contre les dangers de l’ouragan, et avec ses vaisseaux très-endommagés, il fit voile à l’ouest vers le continent.
Ce voyage fut aussi accompagne de peines infinies. L’escadre aborda enfin à une ile nommée Guanaia , à peu de distance de cette côte du continent qui s'appelle Honduras.
: Aussitôt qu'on eut jeté l'encre, l'amiral envoya son frère Barthélemi avec quelques:
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hommes reconnaître le pays. En s’approchant du rivage, il rencontra une barque indienne , d’une construction infiniment supérieure à celle qu'on avait remarquée dans les canots des sauvages. Elle était d'une longueur considérable , sur huit pieds de largeur. Un toit de feuilles de palmier s'élevait au milieu , et abritait
plusieurs femmes et quelques enfans. On
comptait encore vingt-cinq hommes dans le canot.
On tâcha de les joindre ; et quand ils se virent serrés de près, quoique armés, ils se rendirent de bônne grâce. Visitant ensuite la cargaison de ce bâtiment, on trouva des matelas , une sorte de chemises sans manches et faites de fil de coton ; quelques autres pièces d’habillement, avec des toiles servant de mantes aux femmes ; de grandes épées de bois, dont le tranchant des deux côtés était formé de cailloux affermis avec des ficelles et de la résine ; des haches de cuivre et d’autres ustensiles de même métal. Tous ces naturels avaient le milieu du corps couvert. Leurs vivres ne différaient guère de ceux des habitans de
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Saint-Domingue, si ce n’est qu'ils faisaient usage d’une boisson tirée de mais bouilli, et qui ressemblait à la bière : ils avaient aussi une petite provision d'amandes de vacao, dont ils paraissaient faire plus de cas que de toute autre chose, et qui leur servaient de monnaie. Voilà les premieres amandes de cette espèce qui se soient offertes à la vue des Européens.
L'amiral, charmé d’avoir ces bonnes sens en son pouvoir, et espérant en tirer des eéclaircissemens , les fit traiter avec la plus grande douceur : il échangea de leurs marchandises contre celles d'Europe ; et après s'être informé de ce qu'il voulait savoir, il leur rendit leur canot, et leur permit d’aller ou bon leur semblerait. Il retint pourtant à son bord un vieillard qui lui paraissait le plus intelligent de tous , et qui pe se fit nulle peine de rester avec lui, dans l'intention d'en tirer encore d’autres informations, et de l’employer dans les affaires qu’il ferait par la suite avec les sauvages.
Ce vieillard lui apprit qu’à l’ouest il y avait un grand pays où l'or se trouvait en
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abondance. Il lui fit connaître par des signes faciles à comprendre , que les habitans y portaient des couronnes d'or sur Ja tête, et des anneaux épais de ce même métal aux bras et aux jambes ; que l'on y
garnissait d’or les tables, les chaises et les coffres; et quand on lui montra des coraux, des épices, et d’autres productions précieuses , il assura que ce pays en possédait aussi. Il entendait parler du riche Mexique. Mais quelque envie qu’eussent les compagnons de Colomb de se procurer ces trésors , il se sentit lui-même un désir encore plus grand d'atteindre le but de son voyage, et d'aller à la recherche du détroit P. qu'il espérait trouver dans ces parages, ait Ainsi, sans délibérer plus long-temps, il LE 1, dédaigna les richesses immenses que l'on E y assurait être si près de lui, et sans s’arrê- Ho ter aux murmures de son équipage, il gouverna à l'est, rangeant la côte de la terre ferme. dk
Mad. Hunter. Le voilà qui se montre encore véritablement grand homme! Avoir en main l’occasion de s'enrichir, et la né-
troit
gliger pour suivre son but avec constance!
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ontre Avoir a néance !
DE CHRISTOPHE COLOMB. 169 vouloir être utile au monde plutôt qu’à soi-même , et supporter l’indignation des autres pour rester fidèle à son devoir !... O mes enfans! puissiez-vous un jour donner, en pareille occasion , d’aussi grandes preuves d’une vertu désintéressée et d’une noble abrégation de vous-mêmes! car rien n'est plus grand, rien n'est plus digne de l'homme de bien que de s'oublier soimême pour être utile à ses semblables.
RRNNRAN AA RAA AN UNIS LEUR AAN RAR URL LULU LUN LULU NA IAA NARNIA SEIZIÈEME ENTRETIEN.