‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 40 sur 61 · HENRI · texte numérisé non relu

HENRI

Para, nous avons grande impatience de

suivre Colomb dans sa route, pour savoir s'il sera enfin plus heureux.

- M. Huwnrer. Il gouverna de la côte de Honduras vers l’est, pour chercher le détroit que les sauvages lui avaient assuré qu’il trouverait dans cette direction.

Joux. Ils lui avaient donc fait un mensonge ?

M. Huwrer. Ce n'est pas cela; on s'était seulement mal entendu. Colomb leur avait

dessiné un détroit; mais ils croyaient qu'il leur parlait d’un isthme , et dans cette supposition ils avaient raison de l’envoyer au Darien.

Sur cette route, le long des côtes, on vit des hommes fort différens des précédens quant à leur manière de vivre, et beaucoup plus sauvages. [ls allaient toutà-fait nus ; ils mangeaient de la viande et du poisson crus sans aucune préparation, et ils avaient les oreilles allongées jusqu’à l’epaule, au moyen des divers objets qu’ils y pendaient. Tout leur corps était marqué par le feu, de figures de cerfs, de lions et d’autres animaux. Les plus considérés d’entre eux se distinguaient par des bonnets blancs et rouges de toile de coton. Les uns avaient le visage peint en noir, les autres en rouge, et plusieurs encore rayé dediverses couleurs ; tandis que d’autres ne se peignaientqueleslèvres, les narinesetles yeux.

Les trous qu'ils se perçaient aux oreilles étaient si grands qu'ils auraient donné passage à un œuf de poule. Colomb en prit occasion de nommer ce pays la costa de las Orejas, c'est-à-dire la côte des Oreilles

qu'il super au

s, On rÉCÉe, et toutde et ation, isqu'à qu'ils arqué ons et s d’ennnets s uns autres divere peiyeux.

eilles é pasprit de las illes

De là il poursuivit sa route, mais lentement, luttani ns cesse contre les vents et les courans. il arriva à un promontoire, où la terre tournait au sud; en sorte que le même vent qui lui avait été contraire lui devint favorable. N’oubliant jamais d’attribuer chaque événement heureux à celui qui est l’unique source de tout bien , il donna à ce cap le nom de gracias à Dios, ou grâces à Dieu.

Quelques jours après, ayant mouillé à un autre endroit, on vit bientôt arriver plusieur canots de sauvages armés, qui paraissaient vouloir empêcher les Espagnols de descendre à terre. Mais dès qu'ils conaurent leurs dispositions pacifiques , ils s’'approchèrent avec confiance et oïfrirent à vendre leurs marchandises, consistant en toutes sortes d'armes, arbalètes, massues, bâtons d’un bois très-noir et très-dur , avec une pointe d'arête de poisson; en gilets de coton, et en petits morceaux d'or pâle qu'ils portaient au cou. L’amiral leur fit présent de plusieurs bagatelles , sans vouloir rien

accepter en échange. Ils en parurent mé-

contens ; et comme on se refusait aussi à

172 VOYAGES ET CONQUÈTES leurs invitations réitérées de descendre au rivage , ils prirent cela pour une marque de méfiance qu'ils voulurent faire cesser.

Ils députèrent donc aux Espagnols un vicillard d’une figure respectable, accompagné de deux jeunes filles portant au cou des plaques d'or. Le vieillard avait dans sa main une espèce d'étendard, sans doute “comme un symbole de la paix, et il de-

manda à être présenté à l’amiral. Celui-ci

reçut ces députés avec douceur ; il leur fit servir à manger et donner des habits, et les renvoya à terre très-satisfaits du bon accueil qu'ils avaient reçu.

Le frère de Colomb étant descendu le Jendemain sur le rivage, y trouva tous les æffets qu'on avait donnés aux habitans, is ensemble en un monceau. À son arrivéc, il fut reçu par deux d’entre eux, qui le orirent entre les bras, et l’invitèrent à s’asseoir avec eux sur l'herbe. Don Barthélmi fit ce qu'ils désiraient, et leur proposa ensuite diverses questions à l’aide d’un trucheman indien, ordonnant à son secrétaire -d'écrire leurs réponses.

‘ Mais ils n'eurent pas plus tôt aperçu les

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DE CHRISTUPHE COLOMB. 179:

plumes , le papier et le cornet, qu'ils se levérent brusquement , et que dans leur consternation ils s’enfuirent avec tous les.

autres habitans qui s'étaient attroupés :

c'est que la superstition de ces pauvres gens leur fit imaginer que l'écrivain était un en-chanteur ; que la plume, l'encre et le papier étaient les instrumens de la sorcellerie qu’on allait mettre en œuvre pour leur faire du mal. On eut de ia peine à les faire revenir de ce ridicule soupçon, et ils n'osèrent se rapprocher des Espagnols qu'après s'être mis en sûreté, suivant leur opinion, contre l’art funeste du secrétaire. Or voici comment ils s’y prirent. Ils jetèrent vers les Espagnols une certaine poudre qui rendait une fumée; et cette fumée, à laquelle ils attribuaient sans doute la vertu d'empécher que le charme ne produisit son effet , ils la chassèrent vers celui qu'ils prenaient pour le sorcier.

Don Barthélemi les accompagna jusqu'à leur village. Ce qu'il y vit de plus remarquable fut un grand édifice de bois qui leur

‘servait de cimetière. Il trouva dans plu-

sieurs sépultures des corps enveloppés de

174 VOYAGES ET CONQUÊTES draps de coton, dont un était embaumé.

Au-dessus de chaque tombeau il y avait une planche chargée de figures d'animaux ; auprès de quelques - uns on voyait même le portrait du défunt avec divc:s ornemens. Le lendemain l’amiral ayant retenu à son bord plusieurs des naturels du pays, pour tirer d'eux de nouveaux éclaircissemens, les autres crurent qu'il le faisait par cupidité et pour en tirer une rançon. Îls lui envoyèrent donc des députés chargés de lui remettre deux jeunes porcs pour la liberté des prisonniers. L'amiral leur fit comprendre que leurs compatriotes restés à bord n'étaient pas captifs, qu'ils seraient renvoyésincessamment, etqu’ainsi il ne fallait point de rançon. Il acheta les pores, et les députés retournèrent trèscontens à terre.

Sur le pont où l’on mit les porcs, il y avait un chat sauvage de couleur cendrée et grand comme un petit levrier; il avait été pris par un matelot. Cet animal , aussi léger et aussi prompt qu'un écureuil , saute comme celui-ci d'arbre en arbre, se suspendant quelquefois avec sa queue à une

umé.

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pour | leur riotes qu'ils ainsi ta les tres-

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branche , soit pour se reposer, soit pour son plaisir. À peine les porcs l’eurent-ils aperçu , que, transis de peur, ils cherchèrent à lui échapper; mais on en saisit un, qu'on mena au chat. Celui-ci entortilla aussitôt de sa queue le museau du porc, et s’accrocha en même temps à sa tête avec ses pates de devant , tellement qu'il l’aurait infailliblement tué si l'équipage ne l'en avait empêché.

Au bout de quelques jours de navigation , l'amiral jeta l'ancre à l’embouchure d’une rivière, et envoya quelques soldats àterre; mais une multitude d’Indiens armés s’opposa à leur descente. Pius de cent d’entre eux entrèrent dans la mer jusqu'à la ceinture, menaçant de leurs lances, sonnant du cor , battant une espèce de tambour , jetant de l’eau aux Espagnols, et crachant vers eux des herbes mâchées, en signe de mépris et de haine. Les Espagnols avaient ordre de se tenir dans les bornes de la plus grande modération. Comme ils ne rendirent pas insulte pour insulte,

et qu'ils se contentèrent de regarder ce

jeu guerrier à une distance convenable, les

176 VOYAGES ET CONQUÈTES assaillans se lassèrent enfin de leur manège inutile ; et au lieu de se battre, les deux partis ouvrirent bientôt entre eux un trafic, où les Espagnols se procurèrent seize plaques d’or de la valeur de cent cinquante ducats, en échange de quelques sonnettes.

Dés le lendemain, les sauvages commencérent à regarder la patience que les Espagnols avaient opposée à leurs brusqueries comme une preuve detimidité. Lorsque la chaloupe voulut s'approcher de nouveau, ils lui lancèrent des zagaies. Les Espagnols furent obligés de leur montrer qu'ils ne manquaient ni de courage ni de forces pour leur tenir tête. L’amiral fit tirer un coup de canon ; et comme en même temps un des sauvages qui attaquaient fut blessé par une flèche qu’on lui avait tirée , ils s'enfuirent tous, et les Espagnols se contentèrent de descendre à terre, sans vouloir poursuivre les fuyards.

On les invita, au contraire, par des sign#, à revenir; et cette invitation fut acceptée , parce qu'ils étaient convaincus que les étrangers blancs ne voulaient pas leur faire du mal, quoiqu’ils en eussent les

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DE CHRISTOPHE COLOMB. 77 moyens. Îls déposèrent leurs armes, retournérent au rivage, et échangèrent leurs plaques d’or paisiblement.

L'amiral , après avoir pris des informations sur la nature du pays, ses habitans et ses productions, remit à la voile, et continua de gouverner le long de la côte, espérant toujours trouver le détroit qu'il cherchait. En continuant cette recherche, il arriva dans une baie qui formait un port également sûr et spacieux. Les Indiens y avaient bâti une ville assez grande, trèspeuplée , et environnée de terres bien cultivées. Colomb nomma cet endroit Porto- Bello.

Les habitans de cette ville se montrèrent très-pacifiques, et apportèrent du fil de coton fin, et diverses espèces de vivres, qu'ils troquèrent avec plaisir contre des clous, des aiguilles, des sonnettes et autres objets semblables.

Huit milles plus loin , Colomb parvint à cette partie de la côte où est aujourd’hui la ville de Nombre de Dios. Le gros temps

l'obligea de s’y arrêter quelques jours, et

il les employa à faire réparer ses vaisseaux,

178 VOYAGES ET CONQUÈTES

qui étaient fort endommagés ; ayant repris la mer, le mauvais temps l’obligea d’entrer de nouveau dans un petit port, qu'il nomma ÆE{ Retrette, ou la retraite.

Les habitans le reçurent d’abord fort bien ; mais l’insolence de quelques matelots changèrent leurs dispositions et excitèrent leur ressentiment. Pleins de coufiance en leur grand nombre , qui augmentait continuellement, ils se disposèrent à une attaque générale. L'amiral employa alternativement la douceur et les menaces pour les engager à se désister de leur dessein; mais voyant que l’un et l’autre moyens ne produisaient aucun effet, il fit tirer un coup de canon à poudre seulement, se flattant que le seul bruit les ferait reculer d’effroi. Il fut trompé dans son espérance. S'apercevant que ce tonnerre ne faisait pas de mal, ils en devinrent plus insolens , ils jetèrent de grands cris, frappèrent les arbres avec leurs bâtons, et témoignèrent ainsi le mépris qu'ils faisaient du vain bruit du canon. L’amiral se vit donc obligé de leur en faire éprouver les effets. Il fit tirer à boulet vers une col-

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qu’ils quait fois à

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line où les Indiens s'étaient assemblés en foule. Voyant que ce tonnerre faisait nonseulement du bruit, mais qu’il donnait la mort, ils se sauvèrent dans les forêts, saisis de frayeur.

Ces Indiens étaient , de tous ceux qu’on avait encore vus, les plus beaux et les mieux faits. Îls avaient la taille élancée et les membres bien formés, sans être défigurés comme les autres habitans de ces contrées. Il y avait dans ce port quantité de gros alligators (animal que je vous ai déjà fait connaître) qui, quand ils se sentent pressés de sommeil, vont se reposer à la côte. Ils exhalaient une si forte odeur de muse, que l’air en était rempli; et quoiqu'ils parussent timides quand on les attaquait , ils cherchaient cependant quelquefois à saisir un homme pour le manger.

Colomb désespérant de trouver un passage pour aller de l'Océan atlantique dans la mer du sud, et se voyant en même temps contrarié par les vents les plus impétueux, se détermina à reprendre la route qu'il avait suivie, et à gagner une contrée appelée V'eragua, où , suivant le témoignage uni-

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forme des sauvages, se trouvaient les plus riches mines d’or.

Une tempête furieuse, qui dura plusieurs jours, et une grande disette de vivres, se réunirent pour rendre cette navigation une des plus pénibles et des plus périlleuses. Toutes les provisions de bouche qui leur restaient au bout de huit mois qu'ils avaient déjà tenu la mer, consistaient en quelques biscuits, entièrement gâtés par l’air chaud et humide du climat.

Ce biscuit semblait vivant, tant il était rempli de vers; et ceux qui en mangeaient croyaient avaler un amas d'insectes plutôt que du pain. Malgré cela, ils mangeaient avec avidité de ce détestable mets, ne prenant d'autre précaution que celle de se retirer dans un lieu obscur, afin de ne pas voir ce qu'ils portaient à la bouche. Voilà, mes enfans, à quoi les hommes peuvent être réduits par la faim.

Dans le même temps, on vit les vaisseaux entourés d’une grande quantité de requins.

CHARLOTTE. Qu'est-ce donc qu’un re-

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Joux. C'est un très-grand poisson, peutêtre plus long que cette chambre (1) , et en même temps fort gros ; il a aussi une gueule monstrueuse, armée en haut et en bas de trois rangs de dents qui se croisent, et avec lesquelles il coupe un bras ou une jambe, ou la tête, comme on ferait avec une hache. Avec cela il a une forte queue, qu'il agite sans cesse , et dont les coups sont capables de casser bras ct jambes à celui qui en est atteint, ct même de le tuer tout roide.

FRÉDÉRIC. C'est donc un monstre terrible ?

M. Hoxrer. Et bien vorace. Son avidité Jui fait engloutir tout ce qu'on lui présente, même des crocs de fer et des haches. Un voyageur digne de foi rapporte dans ses mémoires , qu'ayant jeté un jour pardessus le bord un homme mort enseveli dans une pièce de grosse toile, comme cela se pratique en mer, où l’on ne peut enterrer les cadavres, on prit le lende-

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a tes omsemetene nan)

(1) 1 s’en trouve, dit-on, qui ont de vingt à trente pieds de long.

182 VOYAGES ET CONQUÈTES

main un requin dans le ventre duquel on retrouva le corps de cet homme tout entier dans son linceul. La chair de ce poisson sent l'huile et est de mauvais goût ; malgré cela, les nègres d'Afrique en mangent avec plaisir. Pour la rendre plus appétissante , ils l’exposent au soleil pendant une huitaine de jours, jusqu'à ce qu'elle se corrompe et commence à sentir mau-

vais.

Lessuperstitieux compagnons de Colomb regardèrent l’apparition de ces monstres comme une chose de mauvais augure.

Cependant, en dépit de leur crainte et de

leur éloignement pour la chair du requin, ces gens affamés en mangèrent avidement, parce qu'elle valait encore mieux que leur détestable biscuit.

FEerpiNanD. Mais comment pouvaient-ils les prendre ?

M. Huwrer. Rien de plus facile. Ils profitaient de leur avidité, par laquelle ils se laissent conduire à leur perte, ainsi que quelques hommes par leurs passions.

Comme ils se jettent sur tout ce qu'on leur présente, les matelots ne mettaient

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qu'un morceau de rouge à un hamecçon attaché à une chaine de fer, et le lançaient dans la mer ; aussitôt quelque requin venait s'y prendre ; et puis, au moyen de la chaîne, on l’enlevait dans le vaisseau. On en prit un quirenfermait dans son estomac une tortue encore en vie, et qui, tirée de sa prison , se mit à marcher sur le tillac.

Dans un autre, on trouva la tête d’un requin, ce qui porte à croire qu'ils se dévorent entr'eux.

RAARAAAA NAVMAN AAA AN AAA NA TR AAA RAA AAA LU AAA AAA AAA AAA AAA NAN AA AAA NAN RATS

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