DIX-SEPTIÈME ENTRETIEN
M. Hunter.
Avanr d'arriver au Veragua , si vanté pour ses mines d’or, Colomb fut souvent obligé par le gros temps de jeter l’ancre dans d’autres endroits de la côte , afin de laisser passer les bourrasques.
Dans une de ces contrées , une chose assez singulière frappa sa vue ; les habitans avaient construit leurs maisons en l'air.
Frépénic. Eh! comment le pouvaient-ils?
M. Hunrer. Ils s’y prenaient à peu près.
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comme on ditque la reine Sémiramis avait autrefois construit ses jardins bien au-dessus de la surface de la terre ; tu te le ni pelles sans doute ?
Frépéric. Oh, oui; les jardins suspendus.
M. Hunter. Eh bicn, mon ami, dela même manière qu’on faisait alors poser des terrasses et des jardins entiers sur des voûtes élevées, ces sauvages avaient bâtileurs cabanes sur des bronches de grands arbres, et semblaient ne pas demeurer sur laterre, mais en l'air, comme les oiseaux.
CnarcoTre. Pourquoi cela ?
M. Honter. Peut-être qu'ils ne s’y croyaient pas en sûreté contre les inondations, les bêtes féroces ou leurs ennemis,
CHaarzes. Et comment y montaient-ils ?
M. Hunrer. Au moyen d’échelles qu’ils avaient soin de retirer à eux, de manière que l’accès en était interdit à qui que ce pût être.
On aborda heureusement à Varagua, rêvant aux trésors qu'on se promettait d'y trouver. On mouilla dans l'embouchure d’uue rivière à laquelle l’amiral donna
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le non de Bélem ou Bethléem (1). Mais après avoir appris des habitans qu’à la distance de quelques journées , en remontant la rivière , on se trouverait à la résidence de leur roi, qu’ils appelaient Quibio , ou, suivant d’autres historiens, Quibia, on résolut de s’y rendre :
l'amiral fit précéder son frère Barthélemi avec les barques, pour complimenter sa majesté indienne. Averti de l’arrivée des blancs, ce prince vint au-devant d'eux, et l'entrevue se passa fort bien de part et.
d'autre.
Le lendemain, sa majesté voulut bien faire une visite à l’amiral lui-même. Celuici la reçut avec les égards dus à son rang; et moyennant un présent de quelques colifichets d'Europe, il eut bientôt acquis toute son amitié.
Après avoir reçu quelques renseignemens sur les mines d’or, don Barthélemi prit
(1) Parce qu’il ÿ était arrivé le jour des Rois, jour où l’on place l’entrée des mages dans Bethléem.
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186 VOYAGES ET CONQUÈTES
avec sa troupe le chemin qu'on lui avait indiqué. Arrivés sur les lieux, ils trouvèrent bientôt de l’or à fleur de terre, près des racines de gros arbres ; et il ne leur fallut pas d’autres preuves pour se convaincre que le sol cachait en abondance dans son sein ce précieux métal. Après avoir ramassé ces grains épars , ils revinrent porter à l’amiral l’agréable nouvelle du succès de leur voyage.
Colomb, affermi par-là dans le dessein qu'il avait déjà conçu de fonder une colonie dans cette contrée, donna sur-le-champ ses ordres pour construire des maisons non loin de l'embouchure de Bélem. L'ouvrage fut poussé en toutediligence; et en peu de temps les maisons furent achevées. Elles étaient de bois, et couvertes de feuilles de palmier. Pour former cette colonie, Colomb choisit dans son équinage quatrevingts hommes, auxquels il donna pour chef son frère Barthélemi. Ileutsoin deles pourvoir de tous les instrumens et de toutes les choses qu'il leur fallut pour leur sùreté et les autres commodités de la vie, leur laissant surtout quantité d'outils pour
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la pèche , les eaux de cette contrée étant fort poissonneuses. On y trouvait une sorte de sardines ou d’anchois, que les sauvages prenaient d'une manière assez singulière.
Ces poissons, quand ils se sentent poursuivis par d’autres, ont coutume de se lancer hors de l’eau et de se jeter sur des lieux secs. D'après cette observation, les Indiens couvraient le milieu de leurs canots avec des feuilles de palmier , et faisaient, en traversant la rivière, grand bruit avec leurs avirons ; les poissons, trompés par l’apparence, prenaient le canot pour la terre, y sautaient sans défiance , et étaient pris.
Tout étant disposé, et l'amiral songeant à retourner en Espagne , apprit , à son grand étonnement, que le roi Quibio, jaloux de l'établissement que les Européens venaient de faire sur ses terres, avait formé le projet de brûler les maisons de la colonie. Il délibéra avec son frère sur les moyens de détourner ce malheur; et tous deux se crurent dans la nécessité indispensable de prévenir l'attaque et de s’ assurer de la personne même du cacique; résolution qui eutles suites les plus funestes.
Don Barthélemi se chargea de l’execution. Accompagné d’un assez grand nombre de soldats , il marcha droit à la ville de Veragua, et s’approcha dela maison du cacique, située près de là sur une colline solitaire. Quibiole fit alors prier de s’arrêter, parce qu'il voulait lui-même aller au-devant de lui. D'après cette invitation, Barthélemi ne garda que cinq hommes et se fit suivre par les autres à une certaine distance, en leur enjoignant , dès qu’ils entendraient tirer un coup de fusil, de se porter promptement en avant pourinvestir la maison et empêcher que personne n'échappât.
Le cacique avance, il s'apprête à recevoir son hôte; on s'empare de lui. Au signal convenu, les Espagnols accourent, environnent la maison, et tous ceux qui s’y trouvent subissent le sort de leur maitre, sans faire la moindre résistance.
Je voudrais bien pouvoir effacer cette sccorde tache de l'histoire de notre ami et de son frère ; mais...
Dinrer. Mais le cacique ne s’était-il pas rendu le premier coupable de perfidie? On
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ne voulait que le mettre hors d'état d'accomplir ses mauvais desseins.
M. Hunrer. Cela est bien vrai, mon ami ; mais qui avait donné aux Espagnols le droit de s’ériger en maîtres , et de s'établir sur ses terres sans son consentement?
Dinrer, Personne.
M. Hunrer. Et qui peut faire un crime à un souverain de ne pas vouloir souftrir dans ses états des étrangers qu’il croit dangereux pour lui et pour ses sujets? qui?
Dinrer. Personne.
M. Hunrez. Où était donc la grande injustice dont les Espagnols croyaient avoir à se plaindre, et qui pruvait les autoriser à violer ainsi les droits sacrés de l’hospitalité ?
Cette action fut pour lui le commencement d’une nouvelle suite de disgrâces, qui ont continué jusqu'à la fin de sa vie.
Écoutons-en le récit.
Le cacique prisonnier devait être conduit à bord des vaisseaux , les mains et les. pieds liés. La barque part , il était nuit ; le prisonnier, attaché avec une corde au bateau, se plaint des douleurs qu'il souffre ; il
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190 VOYAGES ET CONQUÈTES
fait remarquer que ses mains sont tropfor-
tement serrées contre le bois, et son conducteur est assez compatissant pour le détacher, toutefois avec la précaution de le tenir en laisse, et sans lui délier les mains ni les pieds. Le cacique n'en saisit pas moins le moment de se précipiter dans les flots, et entraîne son garde en s’élançant.
En vain chercha-t-on; son habileté à nager et l'obscurité de la nuit le firent promptement disparaître aux yeux de ceux qui le poursuivaient , et il leur échappa heureusement.
La rapacité des Espagnols profita de cet incident pour s'emparer de la fortune du cacique, lui faisant un crime d’avoir saisi l'occasion de se mette en liberté. On pilla sa maison, et l’on partagea son or, qui valait trois cents ducats.
Cependant Quibio se mit en devoir de tirer vengeance de ses oppresseurs. Il fondit sur la colonie et lança des flèches enflammées contre les toits combustibles des maisons. Son éloignement l'empêcha de les atteindre. Bientôt les deux partis en
vinrent aux mains. Le courage de Barthé-
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DE CHRISTOPIIE COLOMB. 101
lemi sauva l'établissement naissant. Il chargea l'ennemi si vigoureusement, qu'il l'enfoncça et le mit en fuite. Ce combat fut très - meurtrier pour les Indiens ; mais du côté des Espagnols, il n’y en eut qu’un seul mort et plusieurs blessés. Parmi ces derniers se trouvait don Barthélemilui-même, atteint d’une flèche au milieu du corps:
heureusement le coup n'était pas mortel.
Cette victoire, loin de décourager le cacique, ne fit qu’augmenter sa haine contre les Espagnols. Ceux-ci voyant toute l’étendue du danger prirent le parti d’abandoner une contrée où la mort seule les attendait. Ils regagnèrent dans leurs chaloupes le vaisseau de l’amiral. Ce bâtiment et deux autres , quoique très-endommageés , pouvaient encore tenir la mer. On aban-
donna le quatrième, et l’on mit à la voile
n se dirigeant sur Hispaniola. À peine vait-on perdu la côte de vue, qu’un de ces ouragans si communs dans les mers de ces contrées fondit sur cette flottille :
Lhn des vaisseaux périt dans cette tourente. Le jeu continuel des pompes préerva les deux autres d’un pareil sort. On
espérait arriver à l’île de Cuba. Une nouvelle tempête ne le permit pas, et poussa les bâtimens sur les côtes de la Jamaïque, où l'amiral réussit à les faire échouer , au moment où ils allaient couler à fond : par cette habile manœuvre il sauva sa vie ct celle de tous ses compagnons.
Colomb jugeant plus prudent de demeurer à bord que de mettre les équipages à terre , où ils auraient été exposés aux attaques des naturels, loin de détruire les bâtimens échoués , les fit étayer des deux côtés ; et après avoir fait construire des baraques sur les ponts, il défer dit à ses gens d'aller à terre.
Bientôt nombre d’Indiens vinrent se rendre à bord; et comme, par ordre de
Colomb, on les recut fort civilement, ils
montrèrent à leur tour beaucoup de confiance et d'affection envers ces étrangers, et apportèrent des vivres en abondance, Ils donnaient avec plaisir deux oies pou une feuille de clinquant, un pain fait de racines de manioc pour un grain de verre, et tout ce qu'ils avaient de plus précieux pour une sonnette.
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Cependant Colomb délibéra avec ses amis sur les moyens de s'éloigner de cette ie. Un seul se présenta à leur esprit, celui d'informer le gouverneur d’Hispaniola de leur détresse, et de le prier d'envoyer un vaisseau. Mais la question fut alors de s4 voir comment ils lui feraient parvenir cette information. Il ne leur était pas resté une seule chaloupe ; et de la Jamaïque à l’Espagnole , comme cela se voit sur notre carte, il y a plus de trente lieues.
Colomb, par sa douceur et sa droiture, s'était tellement concilié l'amour des naturels du pays, qu'ils consentirent à lui vendre de leurs canots. C’étaient. sans doute, de bien chétifs bateaux, et qui ne méritaient pas seulement lc nom de barques , n'étant que des troncs d’arbres creusés , informes, mal travaillés, et tout au plus propres à naviguer le long du rivage. On devait s’attendre que le moindre vent les ferait chavirer, que la moindre vague les couvrirait.
Malgré le danger évident de perdre la vie en entreprenant avec d'aussi misérables nacelles un si long voyage, il se trouva parmi les compagnons de Colomb deux hommes
194 VOYAGES ET CONQUÈTES courageux, déterminés à tout risque r pour sauver, s'il était possible, l'amiral et sa troupe. Mendez et F'ieski sont les noms de ces deux braves gens. Chacun d’eux s’embarqua dans un canot particulier, accumpagné de six Espagnols et de quelques sauvages pour le service des rames. On convint qu'aussitôt qu'ils auraient eu le bonheur d'aborder à Hispaniola, Fieski reviendrait en avertir l'amiral, tandis que Mendez irait par terre à Saint-Domingue s'acquitter de sa commission près du gouverneur.
Ils partirent ; mais après avoir vogué pendant deux fois vingt-quatre heures par une chaleur insupportable, suivant toujours l: direction qui leur était prescrite , ils commencèrent à craindre de s’être écartés de la véritable route, et d’être entrés dans la grande mer bien au-delà de Saint-Domingue. Vous pouvez imaginer combien cette observation devait être effrayante pour eur qui manquaient d’eau douce et que la soi tourmentait. Quelques-uns des sauvage:
tombèrent évanouis etmoururent : tous les autres virent leur propre sort dans celui de ces infortunés. Le seul soulagement qu'ik
1e r pour al et sa noms de ux s'emaccoumques sau- ) convint bonheur viendrait ndez irait uitter de ur’.
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DE CHRISTOPHE COLOMB. 199 pouvaient se procurer dans cette détresse, était de se remplir la bouche d’eau de mer pour se rafraîchir la langue; mais ce faible secours ne faisait qu'irriter la soit et la rendre ensuite plus insupportable.
Dans cet état pénible, un rayon d’espérance vint tout à coup les ranimer. Îl était nuit, et la lune, en paraissant sur l’horizon, leur fit apercevoir une éminence qu'ils reconnurent pour un rocher. À force de rames , ils réussirent à s'en approcher ; mais que trouvèrent-ils en abordant? un rocher stérile et absolument nu... Quelle terrible découverte!
Néanmoins ils descendirent de leurs canots, et parcouruürent cette île, ou plutôt cette masse de pierre , le désespoir dans le
cœur. O bouheur inattendu! ils trouvèé-
rent dans les creux de ces rochers une riche provision d'eau de pluie, aussi claire et aussi fraîche que celle d’une citerne : mais à la vue de ce trésor, ils oublierent mal-
| heureusement le sage précepte de la modé-
ration ; ils burent avec excès. Les uns tombèrent roides morts; les autres gagnèrent la fièvre, la consomption ou l’hydropisie :
mo mme
tant il est vrai que l'excès change les ali-
mens même les plus simples et les plus
sains en poison, et que l’imprudence des
hommes transforme souvent les meilleurs
présens du ciel en dons funestes!
Cependant voilà le plus grand et le plus
ressant besoin de nos aventuriers satis- | P
faits; mais comment faire pour se procurer ce qui leur manque encore? Heureusement ils trouvèrent aussi sur les bords de cet îlot quelques poissons qui y avaient été jetés par la mer; comme ils suffisaient pour apaiser la faim de toute la troupe, les deux conducteurs résolurent de lui faire prendre quelque repos dans cette solitude pendant la chaleur du jour, et de ne remettre en mer que vers le soir, incertains s’ils trouveraientenfinle pays qui était l’objet de leur espérance. Laissons-les reposer; demain nous tâcherons de savoir la suite de leurs aventures, qui sans doute seront encore très-intéressantes.
Diner. Mon cher papa! dis-nous encore s'ils ne périront pas.
Joux. Oh, oui. mon papa! je t’en prie.
M. Hunter. Il faut donc interrompre le
repos de barquer
Après de la lui inexprin paniola.
ASLTANIATALIAAN
Her, :
ment ab lieski ; a Jamaïqu Mon cœu le perdre tons à p encore p
THÉopPI
aliplus e des | leurs
> plus satis- | Trocuureubords paient saient oupe ; i faire litude ne reertains it l’obreporoir la doute
ns en-
à prie.
pre le
DE CHRISTOPHE COLOMB. 197 li repos de ces pauvres gens, et les faire em- k || barquer. “IN
Après avoir ramé toute la nuit au clair de la lune, ils abordèrent enfin, à leur joie inexprimable . à la côte occidentale d'Hispaniola.
AB LIANIALIALITEULILALEMUULVUANI AI LIVUAT NUE ANT LARNS AULIALUI AAA DO. AVIS SR