‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 45 sur 61 · CHA M · texte numérisé non relu

CHA M

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Cnarzes. Oh ! oui, je le comprends.

M. Hunter. La reine Anacoana avait donc , à ce qu'on prétend, trois cents caciques pour vassaux , qui tous étaient tenus de l'aider chaque fois qu'elle avait besoin de leur secours. Ovando le savait, et n'osant avec le peu de monde qu'il avait lui faire une guerre ouverte , il résolut de recourir à la trahison.

Dans cette vue, il manda à la reine qw'il allait se rendre auprès d'elle, avec une suite digne d’une si grande princesse , pour resserrer les liens d'amitié et d'alliance qui subsistaient entr'elle et les Espagnols.

Et là-dessus il prit le chemin de sa résidence, accompagné de trois cents hommes de pied et de soixante - dix cavaliers. La reine , éloignée de tout soupçon , se fit une fête de recevoir chez elle des gens auxquels elle s'était sincèrementattachée; et pourleur faire un accueil vraiment royal, elle :55embla tous ses vassaux ; ce fut avec ce brillant cortége qu’elle alla au-devant d'Ovando.

Le traître paraît. Anacoana , suivant l’usage du pays, le reçoit au milieu deschants et des danses , et le conduit dans sa de-

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meurc. Là , elle s'étudie , avec une bonté qui lui était particulière, à lui en rendre le séjour agréable , et elle ordonne pendant plusieurs jours toutes sortes de jeux et de divertissemens en usage parmi ce peuple.

Ovando lui en témoigne sa satisfaction et la prie à son tour d'accepter une fête à l'européenne. Le lendemain toute la cour s’assemble , et les Indiens curieux accoururent en foule à ce spectacle. Ovando s'éloigne , sous prétexte d'aller donner ses ordres pour ce divertissement, qui devait consister en un tournoi.

Il reparait bientôt à la tête de sa cavalerie, précédée de l'infanterie , qui, à mesure qu'elle arrive , occupe sans affectation toutes les avenues de la place où doit se donner la fête, tandis que lui-même marche avec ses cavaliers, les rangs serrés, droit à une vaste salle, dont le toit est soutenu par un grand nombre de colonnes, où toute la cour se trouve rassemblée. Les 1ndiens, dans une sécurité parfaite, ne se lassent pas d'admirer la beauté de ce spectacle guerrier. Mais à l'instant où Ovando porte la main à sa croix, signal dont on

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DE CHRISTOPHE COLOMB. 225 étoit convenu , toutes les épées sont tirées ; on fait main-basse sur les Indiens saisis d’effroi , et l’on en tue un nombre infini, sans distinction d’âge ni de sexe. La reine elle-même est arrêtée et chargée de fers ; les caciques sont attachés aux piliers de la salle. Alors le monstre fait mettre le feu à cet édifice , et en peu de temps toutes ces malheureuses victimes de sa cruauté et de son avarice sont consuméesparles flammes.

Vous frémissez d'horreur , mes enfans , et avec raison ; mais réservez une partie de votre cominisération pour la princesse infortunée dont Ie sort est encore plus à plaindre que celui des malheureux que vous.

venez de voir périr. Semblable à un agneau sans défense entre les griffes du loup, elle tombe entre les mains de ses bourreaux, qui la traînent à Saint - Domingue , non pour la ménager, mais pour prolonger son supplice , et donner à la barbarie la plus atroce unc apparence de justice. On instruit son procès dans les formes ; et sans la moindre preuve du délit dont elle est accusée , sur la seule déposition de ces mêmes monstres qui l'ont traitée avec tant de per-

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fidie , elle est condamnée à être pendue ; et cette exécrable sentence est exécutée.

Dés lors le désespoir saisit tous les Indiens qui restaient , et aucun d'eux n'osa plus songer à secouer le joug affreux de la tyrannie. Tant que vécut Isabelle, qui s’était toujours montrée protectrice zélée de ce peuple , ses cruels oppresseurs s'étaient contenus jusqu'à un certain point ; mais après sa mort, il fut à la merci de ses tyrans. À la vérité , un digne ecclésiastique ( son nom respectable était Barthélemi de las Casas ; se déclara hautement leur défenseur, et ne cessa toute sa vie d'implorer tantôten Espagne , tantôt dansles Indes occidentales, la compassion des âmes généreuses en faveur de ces infortuné: ; mais que pouvait la voix d’un seul homme contre les cris réunis de tant d’oppresseurs , qui savaient réfuter les meilleures raisons de las Casas par les lingots d'or qu'ils faisaient passer en Espagne ?

Les Indiens qui survécurent diminuèrent si rapidement , qu'ils ne suffirent plus aux travaux des mines. C’est pourquoi Ovando proposa au roi d'y transporter les

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habitans des îles Lucayes. Vous vous sou= venez sans doute que ce sont celles que Colomb découvrit à son premier voyage?

Taéopore. Oh ! oui; dont une s'appelle Guanahani , la première que Colomb découvrit.

M. Hunrer. Il proposa donc de transporter les habitans de ces îles à Saint-Domingue , pour les y instruire, disait-il, plus commodément dans la religion chrétienne.

Le roi y donna son consentement. Ovando songea à une nouvelle ruse , pour attirer plus facilement dans ses filets ce peuple si confiant ; et il en imagina une bien digne de l’atrocité de son âme.

On équipa en toute diligence quelques vaisseaux , et on les fit partir pour les Lucayes , où les députés d’Üvando , déjà en état de parler la langue des îles, eurent l’impudence de débiter aux crédules habitans le mensonge que voici:

« Apprenez , leur disait-il, l’agréable nouvelle dont nous sommes porteurs. Nous venons directement du séjour des âmes du pays des Bienheureux, où vos ancêtres mènent une vie si délicieuse, qu'il est im-

“ét

228 VOYAGES ET CONQUÊTES possible de la dépeindre !. Ils vous font prier de passer incessamment chez eux, pour partager leur bonheur; et si vous avez le bon esprit de vous rendre à leur invitation, nous sommes prêts à vous y conduire. »

Ainsi parlèrent ces insignes imposteurs ; et les habitans, trop simples pour concevoir le moindre soupcon de la noire trahison qu'on leur préparait, se jetèrent sans délibérer, et en foule, dans les vaisseaux, charmés d'aller rejoindre les personnes qui leur avaient été si chères dans la vie. Les malheureux qui furent trompés par ce stratagème, étaient au nombre de plus de quarante mille.

Lls ne furent pas plus tôt arrivés à Saint- Domingue qu'ils virent qu'on les avait trompés. Une partie en mourut de dépit et de chagrin ; d’autres firent les derniers efforts pour échapper à ces tigres. Un navire espagnol, entre autres, en rencontra quelques-uns en pleine mer, à plus de cinquante lieues de Saint-Domingue , assis sur un tronc d'arbre, et cherchant à regagner leur paysnatal à force derames.Leursseules

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provisions consistaient en plusieurs cale-

basses (1) remplies d'eau douce, qu'ils avaient attachées à leur tronc. Ils n'étaient plus guère éloignés de leur île, lorsqu'on les intercepta, et on les contraignit de nouveau à baisser la tête sous le joug de l'esclavage auquel ils avaient tâché d’échapper au péril de leur vie. Enfin, la ruse ne réussissant plus, on employa la violence : et c’est ainsi que ces iles très-peuplées furent dépouillées de leurs habitans, au point qu’au bout de quelques années il ne s’y trouva plus âme vivante.

Henri. Quelle abomination ! Que n'’ai-je vécu dans ce temps! j'aurais tout fait pour arrêter les excès de ces scélérats.

M. Huxrer. Cher Henri! probablement

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(1) La calebasse est le fruit d’un arbre anéricain appelé calebassier. Il ressemble à nos grandes eourges et est recouvert d’une écorce ligneuse trèsdure sous laquelle il y a une chair ou pulpe un peu acide et qui n’est pas désagréable au goût. De l’écorce on fait des vases pour boire et divers ustensiles de cuisine , comme assiettes, plats, etc. dans

: desquels on peut chauffer de l’eau.

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tu n'aurais pas mieux réussi que le brave las Casas qui implorait le ciel et la terre, mais sans succès. Ainsi remercions plutôt Dieu de nous avoir fait naître dans de meilleurs jours, où de pareilles horreurs

ne se voient plus.

Las Casas essaya tous les moyens possibles pour sauver ses malheureux protégés, mais inutilement. Enfin son zèle, louable en lui-même, l’égara, et lui fit imaginer , pour affranchir ses amis Américains, un moyen qui aboutit à la destruction d’une autre espèce d'hommes. Il conseilla d’acheter des Nègres à la côte d'Afrique, et de les employer aux pénibles travaux des mines, comme plus forts et

plus robustes que les Américains. Cet avis fut approuvé ; et dès lors commença ce commerce de chair humaine, qui, de nos jours, coûte encore annuellement la liberté et la vie à plus de quarante mille de nos frères noirs, et les pauvres Américains n’en restèrent pas moins ce qu'ils étaient, de malheureux esclaves.

N’au de Col M.

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