‹ Histoire et découvertes de l'Amérique [microforme]Chapitre 49 sur 61 · SECOND ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SECOND ENTRETIEN

M. Hwuwrer.

EnriN, mes enfans, la toile est levée ; vous allez bientôt voir Cortès. Velasquez , à Ja fois ambitieux , défiant et inconstant, résolut de continuer les grandes découvertes faites en son nom, et d'en tirer les avantages qu'elles semblaient promettre. Il équipa avec la plus grande célérité dix navires de quatre-vingts à cent tonneaux.

Cuarczs. De quels tonneaux ?

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M. Hunter. Ta question me donne occasion de vous expliquer un terme dont on a coutume dese servir partout où l’on parle de navigation. Par le mot tonneau, les marins entendent non une tonne ou barrique quelconque, mais un poids de 2000 livres, ou vingt quintaux, en comptant le quintal cent livres. Ainsi un navire de cent tonneaux signifie dans leur langue la même chose qu'un navire qui peut contenir cent fois deux mille, c’est-à-dire 200.000 livres.

Joux. Pourquoi nomme-t-on tonneau un poids de 2000 livres ?

M. Hunrer. Parce qu’on a trouvé qu'un navire chargé de ce poids tire autant d’eau, c'est-à-dire fait en s’enfonçant ressortir autant d’eau qu'il en faudrait pour remplir un tonneau d’une certaine contenance.

Il s'agissait alors de savoir à qui Velasquez donnerait le commandement de la flotte ; il était incertain dans son choix ; il voulait un homme tout dévoué à sa personne, d’une obéissance sans bornes, assez peu ambitieux, et assez désintéressé pour

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lui laisser tout l’honneur des découvertes.

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et tous les avantages pécuniaires qui pouvaient en résulter : il était à la recherche d’un tel caractère lorsque la fortune de l'Espagne, déjouant ses vucs jalouses et sordides , lui amena l’homme extraordinaire qui semblait formé tout exprès pour une telle entreprise.

Cet homme était Cortès, né à Médellin, petite ville d'Espagne dans l’Estramadure , d’une famille noble. Il avait montré dès sa première jeunesse un courage extraordinaire , une patience inépuisable dans toutes les fatigues, un esprit toujours actif et un désir brülant de se distinguer par ses actions.

Tous les yeux étaient alors tournés vers les Indes occidentales. Il résolut de devenir le compagnon de ces hommes hardis et entreprenans qui méprisaient les dangers pour enrichir leur patrie de nouvelles possessions, et s’acquérir à eux-mêmes une grande renommée.

Il était dans sa vingtième année lorsqu'il quitta l'Espagne pour Saint-Domin-

gue. La traversée fut pénible, et lui fournit

l'occasion de déployer un grand courage L 12

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etune rare présence d'esprit. À son arrivée, Ovando était encore gouverneur de l’île :

Cortès lui fut présenté.

Son extérieur seul donnait de lui une opinion avantageuse. Il était bien fait, d’une figure agréable, d’une affabilité naturelle envers tout le monde ; mais il plaisait bien davantage encore par la bonté de son caractère. Il était ouvert, sans détour , plein de condescendence et de générosité, sensé, prévoyant et discret, et tout à la fois prudent, ferme et courageux. Chez lui les forces du corps n'étaient point affaiblies par l’inaction , la mollesse et les honteux excès ; il aimait le travail, il savait souffrir toutes les privations sans se plaindre, et il méprisait la mort. Que peuvent les traverses de la vie sur une âme comme la sienne, renfermée dans un corps aussi vigoureux ?

Ces belles qualités lui captivèrent bientôt l'amitié de tout le monde. Ovando luimême le prit en affection, et désira le gar- | der auprès de lui; mais l’âme ardente de Cortès le portait aux grandes entreprises.

Il obtint la permission d'accompagner Ve-

lasquez dans son expédition à Cuba.

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Il ÿ trouva bientôt des occasions de donner des preuves de son courage et de sa capacité. Il s’éleva si rapidement qu’en peu de temps on lui confia l'emploi important d’alcade ou juge supérieur de Saint- Tago, capitale de l’île.

Tel était l'homme qu'on proposa à Velasquez pour être à la tête de la flotte qu'il équipait. Il fut choisi. Tous ceux qui devaient prendre part à l'expédition s’applaudirent d’avoir pour chef un homme si capable, sicourageux et sigénéralement aimé.

Cortès lui-même fut ravi d’avoir une telle occasion de développer ses talens , et il répartit avec plaisir tout son bien entre ceux qu'il avait sous ses ordres , pour se procurer une plus grande provision de munitions de guerre, et subvenir aux frais de leur équipement, ce qu'ils ne pouvaient faire à cause de leur pauvreté. Cette générosité , employée à propos, lui gagna tous les cœurs. | 44)

Enfin la flotte se trouva complétement équipée à Saint-lago. L'’équipage entier montait à trois cents hommes ; deux cents de Cuba s’y réunirent , ainsi que quelques

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volontaires des famillesles plus distinguées. Le vent et la saison étaient favorables :

Cortès fit lever l'ancre , et la flotte mit à la voile le 18 décembre de l’année 1518.

Fenpinann. Vingt-six ans après la première découverte de l’Amérique?

M. Hunter. Précisément. Le premicrendroit où la flotte devait toucher était la Trinité : de là elle devait faire voile pour la Favane, afin d'y embarquer encore du monde, avec des provisions de guerre et de bouche. Jusqu'au moment où Cortès mit à la voile , Velasquez parut toujours satisfait de son choix, quoique plusieurs envieux eussent déjà tenté de lui inspirer de Ha défiance. Mais à peine le vit-il parti que sa jalousie prit le dessus avec unc telle force qu'il ne put y résister , et il envoie à l'alcade de la Trinité l’ordre de reprendre à Cortès les provisions qu'il lui avait données. |

Frépéric. Qu'est-ce que cela veut dire, provisions ?

M. Hunter. Quand on charge quelqu'un d’un emploi , on lui donne une lettre ouverte où se trouve écrit tout ce dont il est

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chargé et tout ce qu'on lui accorde. Cette jettre s'appelle provision.

L'alcade notifia à Cortès les ordres qu'il avait reçus; mais celui-ici, qui ne se sentait pas coupable, ne crut pas devoir s’y conformer. Il soutint qu’un malentendu était nécessairement la cause d’un changement si subit dans les sentimens du gouverneur; il assura qu'il allait lui écrire, et init immédiatement après à la voile pour la Havane.

Il fut obligé de s'y arrêter, autant pour y prendre le renfort qu'il y attendait que pour y cmbarquer différentes choses qui semblaient indispensables pour une entreprise de cette nature.

C’étaient surtout des espèces de cuirasses composées d’un pourpoint doublé de coton. À la vérité Cortès ne les fit faire ainsi que faute de fer ; mais dans la suite il apprit par expérience que le coton entre deux toiles, et légèrement piqué , garantit bien mieux que le fer des flèches et des javelots américains; car non-seulement ils y perdent toute leur force , mais ils y restent arrêtés par la pointe.

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Au contraire les cuirasses de fer les repoussent , et ils vont blesser l’homme qui se trouve à côté. Cette expérience et la circonstance que cette légère armure était moins embarrassante à porter qu’une de fer dans un climat si chaud firent que dans la suite ce fut ordinairement celle dont se servirent en Amérique les guerriers européens. C'est ainsi que le besoin a donné naissance aux inventions les mieux imaginées et les plus utiles.

Bientôt tous les préparatifs furent terminés. L’escadre entière consistait en onze vaisseaux. Le plus grand, de cent tonneaux, pas plus gros que ne l’est aujourd’hui un petit navire marchand à deux mâts, fut choisi pour le vaisseau amiral ; trois autres étaient de soixante-dix à quatre-vingts tonneaux, et le reste ne consistait qu’en quelques faibles barques non pontées. Cette petite flotte portait six cent dix-sept hommes, dont cent et quelques matelots et ouvriers ; le surplus se composait de soldats. |

Dans ce nombre il n’y en avait que treize armés de mousquets, trenté-deux d’arba-

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lètes, et tous les autres n'avaient que des épées et des lances ; tant l’usage des armes à feu était encore borné alors. La principale partie de l'armement consistait en seize chevaux, dix petits canons, qu'on appelle pièces de campagne, et quatre fauconneaux ou coulevrines, qui sont une espèce de canon très-long et très-mince, dont on ne se sert presque plus aujourd'hui. C'est avec ce chétif armement que Cortès faisait voile pour une terre inconnue , et allait porter la guerre à un roi puissant, dont le florissant empire, qui comptait de nombreux alliés , était beaucoup plus vaste que tous les pays qui étaient alors sous la domination du roi d'Éspagne.

Ce roi était celui de Mexique, dont vous connaîtrez bientôt la magnificence.

Conran. Qu'’avait fait ce roi aux Espagnols pour qu'ils lui fissent la guerre?

M. Huwrer. Rien.

Conran. Pourquoi donclalui faisaient-ils?

M. Huwrer. Pour se rendre maîtres de ses trésors, de ses villes, de son peuple et de son pays.

Conran. C'étaient donc des brigands ?

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