PREMIER ENTRETIEN
THÉODORE , appelant ses frères.
; Lucien! Conrad! John ! Théophile! ve- À nez vite!
Lucien. Qu’y a-t-il?
Tuéonore. Oh vite! notre bon pêre va encore nous conter quelque histoire.
Conran. Faut-il appeler mes frèrés ?
M. Hunter. Oui, oui; appelle-les tous.
2 VOYAGES ET CONQUÈTES
LucteN, 4 Théodore. Et quel récit papa va-t-il nous faire ?
Tuéonors. C’est ce que nous ne pouvons encore savoir. Cependant je m'imagine que ce sera une histoire comme celle de Robinson.
LuciEx, sautant de joie. Ah! ce serait excellent ! ( Courad, ILenri, John, Didier, William, Ferdinand, Philippe, Charles, Frédéric, Charlotte, arrivent en courant.
Tous. Papa va-t-il nous raconter quelque chose ?
M. Honrer. Oui, mes enfans, si cela vous amuse.
Tous. Oh! beaucoup!
CnaRLorTE. En ce cas, tu voudras bien attendre, mon papa, que j'aie averti maman ; sans quoi tu serais obligé de recommencer.
M. Hunter. Tu as raison, ma fille; ta maman doit être de la partie. Va la chercher.
Pendant que les jeunes enfans cherchent à deviner entre eux quel sera le sujet de l’histoire qu’ils vont entendre, la famille se réunit successivement ; tous les regards sont fixés
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sur M. Hunter, qui, après un instant de silence , commence ainsi :
M. Hunrer. Mes enfans, je vais vous parler aujourd’hui d’un des plus grands hommes qui aient existé, de celui qui a fait la plus importante et la plus mémorable des découvertes, et à qui nous devons des jouissances nouvelles et un grand nombre de connaissances qui peut-être sans lui nous seraient encore cachées ; en un mot,
Joux. Nous allons entendre une jolie
. histoire : j’en ai déjà lu quelque chose.
M. Huxrer. Cet homme illustre naquit à \Gênes en Italie, il y a environ trois cents ans, d’une famille de navigateurs ; il montra de bonne heure un penchant décidé pour la mer, et toutes les qualités qui font ‘le bon marin. Vifet plein d’ardeur, ennemi du repos et des plaisirs qui énervent le eorps, et des frivolités qui rapetissent la pensée , son unique étude fut d'apprendre (tout ce qui pouvait le mettre en état d’a- . vancer dans la carrière de son choix, d’ac-
‘ {croître sa renommée et d’être utile aux
: hommes.
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4 VOYAGES ET CONQUÈTES
Le latin était alors une étude indispensable, et comme l'instrument des sciences dont les élémens étaient écrits dans cette langue. Colomb s'y appliqua sans relâche, et bientôt il fut en état de profiter plus qu'aucun autre des leçons de ses maîtres.
1] fit, dans la géographie, la géométrie, l'astronomie et le dessin, des progrès si rapides et si étonnans, que, dès sa quatorzième année, il put aller sur mer, avec toutes les connaissances nécessaires à un bon capitaine de vaisseau.
Colomb fit son apprentissage sur la Méditerranée ; c'était alors la seule mer fréquentée et bien connue par ses compatriotes. Mais ce vaste bassin était trop resserré pour son génie ardent et entreprenant ; il saisit avec empressement l’occasion de faire un voyage dans l'Océan septentrional; il en revint avec des connaissances infiniment plus étendues. Il s'engagea ensuite au service d’un de ses parens, capitaine de vaisseau, qui avait armé à ses frais quelques bâtimens, avec lesquels il croisait tantôt contre les Vénitiens, tantôtcontre les Turcs. FréDéric. Que veut dire croiser ?
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+ événement ne fut pas sans influence sur
DE CHRISTOPHE COLOMRB.
> M. Hunrer. C’est naviguer çà et là, à une:
certaine hauteur en mer, pour épier les vaisseaux ennemis, et les prendre si l'on peut.
Dans cette croisière, le jeune Colomb courut le plus grand danger et faillit même de perdre la vie. Le vaisseau qu'il montait, ayant joint à l'abordage un bâtiment vénitien, ces deux navires prirent feu en même temps; mais notre jeune héros, conservant dans ce péril imminent toute son intrépidité et toute sa présence d'esprit, se précipita
| courageusement dans la mer, {et se saisit
d’une rame flottante , à l’aide de laquelle
+ il gagna heureusement la côte qui en. était éloignée de deux lieues marines.
Henri. Combien fait une lieue marine?
M. Hunrer. Elle fait trois quarts d’un mille d'Allemagne, ou à peu près une licue ct demie de France. Ce fut sur la côte de Portugal qu'il se sauva ; aussi, dès qu'il fut un peu remis, il prit le chemin de la | capitale, qui est...
CHARLOTTE. Lisbonne.
M. Hunter. Bien. Il est probable que cet
sa destinée et sur la glorieuse carrière qu’il parcourut dans la suite, et nous avons ici une preuve nouvelle qu’un malheur est souvent un nas vers la fortune.
C'était alors les beaux jours des Portugais. Leur marins étaient réputés les plus habiles et les plus hardis du monde. Pleins de confiance dans leur bonheur et dans leur audace, ils s’aventuraient sur le grand Océan atlantique, alors peu connu, plus loin qu'aucune autre nation. Déjà la découverte des deux belles îles de ?orto- Santo et de Madère, voisines de l'Afrique, avait récompensé leur courageuse persévérance. Bientôt ils conçurent le vaste projet de découvrir un passage par mer qui les conduisit jusque dans l'Inde.
FErDiNAND. Ils ne devaient pas être longtemps à le trouver. |
M. Hunter. Pourquoi cela?
FerpiINAnD. En regardant la carte de notre hémisphère, ils auraient vu qu'il fallait d'abord prolonger les côtes occidentales de l'Afrique (1), puis doubler le cap
(1) Ici, et toutes les fois qu’il s’agit d’unpoint,
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DE CHRISTOPHE COLOMB. 7 de Bonne - Espérance, et puis remonter l'Afrique de l’autre côté; et les voilà dans l'Inde.
M. Hunrer. Il est bien extraordinaire qu'on ait été si long-temps pour trouver une chose que nous voyons au premier coup d'œil.
Joux. Mais c’est que nous avons la carte d'Afrique sous les yeux , et que nous savons qu’on peut doubler le cap.
M. Hunrer. Que répondras-tu à cela, Ferdinand? Les gens de ce temps-là n'avaient-ils donc pas la carte de l'Afrique , et ne savaient-ils pas qu’on peut tourner le cap?
Joux. Eh, non! Ils l’ignoraient, et c'é-
| tait précisément pourquoi on voulait es-
sayer s’il y avait moyen d’aller dans l'Inde en tournant le midi de l'Afrique.
Henri. D'ailleurs, nous savons, par la géographie ancienne, qu'autrefois on ne
de géographie , on doit supposer que les interlocuteurs ont la carte devant eux, et qu’ils y montrent du doigt les lieux en question.
connaissait que le nord de cette partie du monde, et un peu de l'Ethiopie ; mais si la terre finissait quelque part du côté du midi, ou si elle s’étendait jusqu’au pôle du sud , c'est ce que les anciens (1) ignoraient absolument.
VOYAGES ET CONQUÈTES
M. Hunter. Eh bien! mon cher Ferdinand, si cela est, nous aurions bien pu n'avoir pas plus d'esprit que les autres , si nous eussions vécu alors. Nous aurioïs, je crois, été aussi embarrassés qui si quelqu'un nous demandait aujourd'hui : Peuton aller dans l’Inde en faisant voile autour de l'Amérique septentrionale, ou bien en tournant l’Europe et l'Asie par le nord-est ? Saurais-tu répondre à cette question. d’après tes cartes de géographie ?
FEerpiNanxn. Non.
M. Hunter. Pourquoi?
Feroinanr. C’est qu'il n’est pas marqué.
(1) On raconte, à la vérité, que des navigateurs phéniciens, par ordre d’un roi d'Egypte , ont fait le tour de l'Afrique ; mais on a de bonnes raisons de douter de la vérité de cette tradition.