CHAPITRE XY
Des Chapelles de Saint-Piat et de Samt- Jérôme,
adjacentes à l'iglise.
La chapelle de Saint-Piat, beaucoup plus cousidéiable que les autres, est hors d'œuvrc.
Cette chapelle, sous laquelle était le lieu capitulaire, est bâtie d'une excellente structure, en pierres de taille, à double voûte. Sur les deux côtés de Pautel: sont deux grosses tours de pierres de taille, qui sont à trois étages, voûtées en pierres, et dont les pointes linissent en pyramides. Elles sont couvertes d'arduises, ainsi (|iie tout le corps de la chapelle. Ou entre dans cette Eglise par
celle de Noirn-Damo, derrière le chœur^ par un escalier appuyé sur une forte voûte faite de pierres de taille. Le bâtiment de cette chdpeile , avec ses tours^ est presque de pareille hauteur que l'Eglise Notre-Dame.
La voûte est formée de quatre croisées d'arétes dont les nervures offrent des tores très-saillants et allongés en dos de çarpe. Les chapiteaux sont riches de feuillages délicatement cisolés ; les clefs de voûte ont la même délicatesse et le même fini. Les murs latéraux sont percés de six fenêtres qui ont toute l'élégance et toute la variété du style ogival rayonnant. Le mur oriental offre une large fenêtre^ digne d'attention. Toutes ces fenêtres étaient autrefois ornées de vitraux des XrV« etXV« siècles; aujourd'hui ces vitraux sont mutilés.
Deux portes donnent entrée dans la chapelle. La première est au bas de Tescalier qui y conduit; c'est « un » gracieux portique que ses formes élancées, mais » sans maigreur^ et sa décoration pleine de richesse, » quoique sans surcharges^ peuvent faire considérer » comme Fun des types les plus caractéristiqueî> de la » belle architecture du Xi\^ siècle K »
Le Chapitre a été le premier fondateur de cette chapelle, vers Tan 1349. Alors le corps de saint Piat, par la dévotion que plusieurs personnes avaient en loi, opérait plusieurs miracles qui attiraient la foule de toutes parts dans la ville de Chartres : tous les fidèles faisaient de grandes aumônes qui servirent à bâtir ce bel édifice. Les titres de la fondation de cette chapelle portent qu en Tannée 1349 Messire Aimery de Châtelux, alors Ëvéque de Chartres, ayant appris les miracles qui se faisaient par Pintercession de saint Piat, en TEglise de Chartres,
i Monuments français , de WiUemui.
et que les chanoines de cette ville lui faisaient bâtir une belle chapelle , après s'être informé de tout par des gens dignes de foi qu'il y envoya exprès^ y fonda douze canonicats pour huit Prêtres, deux Diacres et deux Sous*-
Diacres, qui ne furent point clianoines de la grande Eglise, parce que les saints décrets défendent d'avoir plus d un bénéfice sous le même toit. 11 donna douze mille florins pour y fonder trois cents livres de rente , et quelque temps après il légua aux mêmes chanoines, par testament, la somme de douze cents livres pour être employée en achat de livres et d'ornements.
On célébrait tous les jours en cette chapelle , à Pissue des matines, une messe haute et des messes de fondations. Le Chapitre en conférait les canonirats et les prébendes; par des bulles du pape Martin V, il les avait affectés à ses heoriers-matutiniers, qui étaient ses chantres de musique , ses secrétaires et ses clercs de l'œuvre, sans qu'aucun autre en pût ôtrc pourvu par résignation ou collation. Cette décision avait été prise par le Chapitre pour récompenser ses officiers, quand il en avait reçu de bons services.
Gomme nous Pavons dit, c'était sous la chapelle Saint- Piat que se trouvait la $alle capitulaire. C'est une belle et noble construciion du XïVe siècle, contemporaine de la chapelle elle-même : elle forme un parallélogramme de 11 mètres de longueur et 7 mètres de largeur. De la cathédrale^ les chanoines descendaient dans cette salle par un escalier qui aboutissait à l'entrée de la chapelle de la Communion. De chaque côté de la salle on voit deux tours rondes : l'une servait à mettre les archives du Chapitre, Tautre était la prison des officiers de Téglise; on l'appelait Painchaud.
il y avait au bas de la chapelle de Saintp'Piat, près le
lieu caiiitulnire et la galerie par laquelle TEvêque allait (le son palais dans l'église , un cimetière oii étaient ordinairement inhumés les ciianoines, les domestiques et les ofiiciers du cloître, s'ils n'en avaient pas disposé autrement. Âu milieu de ce cimetière était une chapelle fondée en Thonneur de saint Jârôme, constniite avec beaucoup d'élégance et de légèreté, et d'un travail trèsdélicat pour le peu d'espace qu\dlo contenait ; car elle n'avait que dix-huit pieds de long : elle était faite de charpente et do maçonnerie de l)i i((ues par dehors, et bfttie en croisées de petites chapelles où se trouvaient deux autels, non compris le maître-autel autour duquel étaient de i)etites fenêtres éclairées par des vitres, où la vie de saint Jérôme était arîisicment représentée.
Dès l'année 1358, une ordonnance capitulaire statua que la place existant entre la maison épiscopale oi, la chapelle Saint-Piat serait bénite et qu^on y construirait une chapelle. Cette ordonnance ne reçut point son exécution immédiate. Le 8 juin 1408, Guillaume d'Escouhar légua au chapitre la terre de Clianiî pour bâtir une chapelle dediee à saint Jérôme près la chapelle Saint- Piat. On ne voit point pour quelle cause ce testament ne fut encore suivi d^aucun effet. £nfin, en Pannée ISOO, François Baudry, chambrier et chanoine, reprit ce projet depuis si long-temps en suspens et cette fois le mena à bonne fin. La chapelle de Saint-Jérôme fut consnerée en 1501, et François Baudry y fonda une messe basse, chaque dimanche, avec vêpres, et une messe haute chaque année, le jour de la féte de saint Jérôme*