‹ Histoire et description de l'église cathédrale de Chartres dédiée par les Druides à une vierge qui devait enfanterChapitre 22 sur 48 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Description de la sainte Châsse.

Après avoir dit en quel temps et comment la sainte chemise a été apportée dans l'église de Chartres, il reste à faire la description de la châsse qui la renfermait, de toutes les richesses et pierreries qui l'ornaient au dehors. Elle était en bois de cèdre couvert d'or, d'argent et d'azur, comme l'arche de Moïse et le tabernacle de Salomon.

Il y avait deux châsses, dont l'une servait comme d'étui à l'autre. La première était en or et la seconde en bois de cèdre, couverte de lames d'or; elle était façonnée en mosaïque et enrichie de diamants, rubis, grenats, émeraudes, saphirs, turquoises, opales, améthystes, hyacinthes, jaspe, agates, nacre et de perles très-précieuses. Sur l'un des côtés étaient représentés plusieurs oiseaux. Il y avait un mémoire, dans le trésor de Chartres, qui portait que, l'an 998, Rotelinde, mère

1 Voir pour de plus amples délails sur la Chemise de la Vierge, l'ouvrage intitulé : Histoire des relations des Hurons et des Abnaquis du Canada avec Notre-Dame de Chartres, par M. Lucien Merlet; Chartres, Garnier, 1858.

d'Odon, alors évôquo do Chartres, donna, pour attacher à cette châsse, quatre aigles d'or faits, comme on lecroit, de la main de saint Eloi môme. Les quatre Saisons de l'année étaient figurées de ce même côté, avec l'effigie d'un homme qui tient un cerf par son bois; puis on voyait Dieu et deux anges auprès de lui, avec un dragon et un lion sous ses pieds; ensuite on avait représenté Samson à genoux sur le dos du lion auquel il ouvrait la gueule pour en retirer une gaufre emmiellée, selon l'Ecriture; auprès, on avait gravé ces mots: Ce sont ici les reliques de saint Edouard.

D'autre part on apercevait une agate ovale, sur laquelle Dieu était gravé, tenant des foudres de la main droite et une espèce de lance de la gauche, avec un oiseau à ses pieds; le tour de cet ovale était garni d'or et de grosses perles : sur l'or étaient gravés ces mots : Jésus ^ Maria, Adam, Eva. Au-dessous de cette agate on lisait l'inscription suivante : Charles, roi de France, fils du roi Jean, donna ce joyau en 1567 , Van quatrième de son règne. Et plus bas étaient les armes de France, des fleurs-de-lis d'or sans nombre, en champ d'azur; plus bas du môme côté, étaient les armes de France, de trois fleurs-de-lis, en champ d'azur, avec un bord de gueules; l'entourage de ce bord était semé de besans d'argent, et au bas de l'écusson était une L d'or tenue par deux mains entrelacées. Du môme côté , était une agate taillée où était la figure d'un géant tenant une massue, un écusson écartelé ou mi-parti d'un soleil et de deux ondes d'argent en champ d'azur et hermines de Bretagne, et au-dessus était écrit : Ave Maria.

Du môme côté l'on voyait la iigure d*un lévrier noir, qui dans l'un de ses côtés avait des reliques encloses; autour de son cou était écrit : Ardcnna, L'on découvrait

auprès m pe|ît tableau à'ov ovale > oii était d'un côté l'image de sainte Marie-Majeure^ aux armes de Louis^ comte de Vendôme, et de l'autre côté l'inscription fcuî-

vante gravée sur une plaque d'or : Nous, Louis de Bourbon, comte de Vendôme, avons donné ce iaOlcau d'or à l'Eglise Noire-Dame de Chartres, et y donnons par chacun an, à toujours, une once d'or à prendre sur notre dit comté de Vendôme. Fait au mm d'août Van 140é, Ces armes de Vendôme étaient écartelées de France> barrées d'une barre de gueules^ sur laquelle étaient des lions d'argent^ et deux autres quartiers à deux lions d'aair ^en champ d'argent ou d'un l)ord de gueules.

Auprès de ce tableau il y en avait un autre en or, qui s'ouvrait et se fermait; étant fermée l'on y voyait un roi revêtu de ses habits royaux^ portant sa couronne et son sceptre, et auprès de lui un homme armé d'une épée nue à la main, le Louclier croisé de gueules sur son estomac; étant ouvert, il faisait voir Dieu le Père tenant un crucifix avec une colombe volant à l'entour, et une image de TAnnonciation de Notre-Dame^ auprès de laquelle on lisait : Ave^ Maria, gratiâ plena*

D'un autre côté il y avait une grande fleur-de^lis d'or émaillé, parsemée d^autres fleurs-de-lif sans nombre, les images du micillx , de la sainte Vierge et de saint Jean; au-dessous était un iiomuie peint avec un manteau blanc et un chaperon de même couleur, avec une tonsure sur la téte; il était en posture de suppliant, à genoux et les mains jointes, et au-dessous de sa téte étaient écrits ces mots : Ayez pitié de mai. Seigneur, selon votre grande miséricorde.

Il y avait auprès unv image de Notre-Dame, d'or émaiilé, qui était assise tenant son Fils entre ses bras. ' Près d'elle était un homme priant^ vêtu d'u^j^e aube

avec une conroime; au-dessous de rimagè était le nom

du donateur , Jacques de Templeuve, avec celte prière : Mère de Dieu, sotwenez-vous de moi. Du inèrae côté il y avait des armes d'or écliiquetées d'azur. En une grande rose à'or auprès de cette image, on voyait les reliques suivantes : les os de saint Paul, de saint Remi^ de saint Germain > de saint Côme, de saint Damien et de Tune des trois Maries, du fût de la vraie Croix, du saint Sépulcre de Notre-Seigneur. De l'autre côté, un étui percé à jour renfermait des clieveux de sainte Marie- " Madeleine.

Au bas de cette sainte châsse, était ia précieuse ceinture d'or^ garnie de toutes sortes de pierreries^ donnée par Anne, duchesse de Bretagne, femme en dernières

noces du roi Louis Xll. v«'uv(î auparavant de Charlos VIII. Et sous cette sainte chasse étiiit une lame d'argent, où se voyait une image de Notre-Dame et la figure d'un chanoine à genoux, près duquel étaient écrits ces mots : MarHn, Evêgue de Tours,

Il serait trop long d'énumérer tous les présents faits à cette sainte châsse et qu'on y voyait attachés. Nous mentionnerons cependant encore : un saint François, d'or émaillé , enrichi de six diamants semés sur sa robe, don de M. Mallier, seigneur du Houssay. - Une croix de chevalier de Saint-Michel, don des héritiers de M. de Fontenay, chanoine de Chartres, en 1669. — Une agate garnie d'or, gravée des deux côtés, , envoyée en 1680 par la mère Jeanne-Thérèse de Mouehy, religieuse carmélite. — Une croix pinte, d'or émaillé, prix de musique de Saint-Julien du 31aus, remporté en 1634 par M. Joliet, maître de musique de Chartres, et par lui offert à la sainte Vierge. — Une boîte d'or suspendue de trois chaînettps de même, présent fait en 1645 par les ha-

— Sibilants d'Amiens à M. Sarrazin, théologal de Chartres, en souvenir du succès avec lequel il avait prêché le Carême dans cette ville. — Une croix faite de dix diamants enchâssés en or, donnée par M^c la duchesse de Sénecé, gouvernante de Louis XIV. — Une bague d'or, ayant un diamant en chaton, présent de Mme la duchesse de Berwick en 1697. — Un crucifix de vermeil, donné en 1680 par M^o de Cochefilet de Vaucelas, abbesse de Caen. — Une agate ovale représentant une Diane chasseresse et un rubis balais dans une bordure d'or émaillé offrant l'image de saint Jérôme, offerts par M. l'abbé Olivier, chanoine de Chartres, en i681. — Une croix d'or dans laquelle il y avait des ossements de saint Savjnien et de saint Potentien, présent de Mme de Fougeu d'Escures, en 1652. — Une croix de dix diamants, enchâssés en or émaillé, don de M'^c Léonor le Maire en 1704. — Une grande chemise de Chartres d'or émaillé, enrichie de perles fines et de diamants, et une couronne d'or, aussi enrichie de diamants, données en 1640 par M. de la Poustoire, chantre de l'église. — Etc., etc.

Il reste maintenant à dire que, suivant la tradition, cette sainte châsse fut fait« par un nommé Teudon, excellent orfèvre et habile architecte de son temps.

En 1562, le Roi, ayant ordonné la vente de tous les joyaux des églises pour subvenir aux besoins du royaume, les chanoines , échevins et habitants de la ville de Chartres obtinrent que la sainte châsse ne serait point transportée hors de l'église. On en fit seulement l'estimation qui se monta à 8,980 livres, sans compter les diamants, perles et pierres précieuses. En 1793, les Chartrains furent moins heureux, et tous ces joyaux inestimables, non-seulement à cause de leur valeur intrinsèque, mais surtout comme objets d'art, furent

envoyés à Paris, où les uns furent vendus et les autres fondus à la Monnaie.

Aujourd'hui la précieuse relique est renfermée dans un coffret en bronze doré, enrichi de filigranes, d'émaux V et de cabochons, donné par de Byss. Ce coffret est ^ lui-même inclus dans un édicule, également en bronze ^^oré, fait en 1822. c Cet édicule, dit le procès-verbal

rédigé à cette époque, forme un monument gothique, » soutenu par huit pilastres, surmontés d'ogive en bronze » doré et enrichis de médaillons peints sur émail, re- » présentant les douze Apôtres : au-dessus des ogives » règne une galerie formant un pourtour garni de pierres » bleues et rouges, au milieu duquel s'élève une tour » carrée à jour, surmontée d'une flèche ou clocher » terminé par une croix : ledit clocher est décoré sur » ses côtés de quatre grosses topazes et garni dans son » pourtour de pierreries semblables à celles de la susj dite galerie. Deux inscriptions en latin sont gravées M sur les deux faces latérales inférieures de ladite tour, » dans l'intérieur de laquelle est placée une imagp de la » très-sainte Vierge en argent doré. Ladite châsse, longue » à sa base de 19 pouces sur environ 12 de largeur, »> porte 3 pieds de hauteur, depuis son socle ou sa base » jusqu'à la croix placée sur le clocher : dans l'intérieur, > à la hauteur des ogives, elle est revêtue de verres » bleus. »

Hélas t qu'il y a loin de cette modeste châsse en bronze doré au superbe reliquaire que le X^^ siècle avait ciselé avec les métaux et les bois les plus précieux à la gloire de la très-sainte Vierge î

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