CHAPITRE XIX
Des miracles qui se sont faits par l'intercession de Notre-Dame de Chartres.
Si les Druides avaient été soigneux d'écrire les miracles qui se firent à Pau tel quMls dédièrent à une vierge qui devait enfanter, il est certain qu'ils nous en auraient laissé un grand nombre; car les archives de l'église portent que peu de temps après que cet autel fut élevé, on y accourut de toutes parts avec tant de dévotion qu'il n'y avait aucun temple au monde plus fréquenté que cette grotte, tant à cause de la pureté des mœurs de ses prêtres qu'à cause des miracles qui s'y faisaient tous les jours. Ce que la piété peut facilement persuader, parce que le Verbe éternel, invoqué dans ces lieux, existait avant son incarnation, et que la sainte Vierge, sa mère future, avait été créée avant les siècles; et Dieu a bien voulu faire ces grâces singulières aux Druides et à tout le peuple chartrain, au milieu des épaisses ténèbres du paganisme, pour les récompenser de la justice qu'ils gardaient si exactement et couronner en eux le travail qu'ils prenaient à élever leurs enfants à la vertu.
Parmi les miracles infinis qui se firent alors, les chroniques ne nous parlent que de celui qui s'opéra en la personne du fils du roi de ce temps-là. Ce fils étant tombé dans un puits, dont on le retira mort, Geoffroy, son père, roi de Montlhéry, fort triste et éploré, sur la connaissance qu'il avait des miracles que faisait cette Vierge qui devait enfanter, alla dans sa grotte la prier instamment qu'il lui plût rappeler son fils à la vie. La sainte Vierge lui accorda sa prière et ressuscita son fils.
Le père, pour remercier la sainte Vierge d'une telle faveur, lui fit des présents magnifiquos. Ce grand miracle augmenta infiniment la dévotion dans tous les cœurs. Tout le monde accourut en foule dans cette sainte grotte, et on ne vit de tous côtés que des gens venir rendre leurs hommages à une si auguste bienfaitrice. L'histoire de celte merveille est figurée dans la vitre de la grande église, entre l'orient et le septentrion. L'inscription porte encore le nom de Geoffroy, roi de Montlhéry, qui s'y lit aisément.
Le bruit de ce miracle causa dans l'âme de Priscus, roi de Chartres, une si grande dévotion qu'il voulut faire un acte de piété par lequel il pût surpasser le roi Geoffroy, son vassal. Voyant qu'il n'avait pas d'enfants et croyant qu'il ne pouvait mieux faire que de laisser sa seigneurie et sa principauté à celle qui le surpassait en puissance et en vertus et de laquelle le monarque des monarques devait naître, il résolut de lui en faire donation et de l'instituer son héritière. C'est ce qu'il déclara en pleine assemblée des Druides, parce que rien n'était valable sans leur approbation.
Depuis cette donation la très-sainte Vierge a toujours été appelée Dame de Chartres, et elle a eu ce nom si agréable qu'elle-même s'est qualifiée telle en plusieurs révélations qu'elles a faites à ses serviteurs, ainsi qu'il est dit ci-après.
On pouirait douter de l'authenticité de tous les miracles que la sainte Vierge a opérés depuis ce temps-là jusqu'à présent en faveur de ceux qui ont réclamé son assistance dans leurs besoins, si le temps de la construction et de la réparation de l'église, n'en fournissait assez pour satisfaire la curiosité des bonnes âmes; car il semble que la sainte Vierge ait tenu quelques jours sa
puissance en suspens, pour la déployer en faveur de ceux qui travaillaient à la réparation de son église. Jeun le Marchand a rapporté toutes les merveilles qu'elle a faites au temps où il vivait, et dont il a été témoin oculaire d'une grande partie, ainsi qu'on le voit dans sôri poème des Miracles de la sainte Vierge, traduit par lui la prière de Matthieu, évêque de Chartres, en l'an 1260.
Cet auteur raconte que, certain samedi après complies, toutes les personnes qui étaient dans l'église la virent remplie d'une grande et étrange lumière, de sorte que les cierges, allumés en grand nombre, furent obscurcis : les assistants, éperdus de ce merveilleux spectacle et de tant d'éclairs qui brillaient à leurs yeux, entendirent un^ bruit aussi effroyable que celui des foudres et du tonnerre, et ensuite toute cette flaiimie disparut peu à peu, remplissant l'église d'une odeur incQmparable. Cet auteur rapporte qu'il y était présent avec ]dusieurs personnes de qualité, et dit qu'on crut que c'était la sainte Vierge qui venait visiter son église.
Saiut Fulbert, évO(iue et réparateur de celte église, étant visité de Dieu par un feu incurable qui lui brûlait et lui consumait la langue, et atteint d'une douleur insupportable qui lui ôtait le repos de la nuit, vit comme une dame illustre qui l'avertissait d'ouvrir sa bouche; à quoi ayant obéi, elle fit à l'instant jailUr de ses mamelles sacrées une ondée de lait céleste et savoureux, qui éteignit subitement ce feu et rendit sa langue plus saine qu'auparavant. 11 en avait reçu quelques gouttes sur les joues, qui furent recueillies, ainsi que nous l'avons dit; on les mit ensuite dans une liole que l'on garda dans le Trésor.
Une dame de très-noble familTe, qu'on appelait Gondrée, mariée à Théodore, et qui demeurait auprès de Soissons,
était affligée d'une maladie appelée mentagre, mal de • saint Main, ou autre semblable. Ce mal était un feu volant, qui lui avait commencé par le menton, avait gagné ses lèvres, son nez et ses joues et lui avait rongé toute la . peau, en sorte qu'on lui apercevait les os et les gencives toutes pourries : elle était en horreur à elle-même; cent fois elle se souhaitait la mort. Voyant que son mari et ses domestiques la fuyaient, elle épuisa tous ses biens pour appliquer à ce mal tous les remèdes possibles, mais ils lui avaient été inutiles. Dans cette extrémité elle eut recours à la sainte Vierge de Chartres, qui, après avoir assez éprouvé sa constance et sa patience dans ses douleurs, ne tarda guère à l'exaucer. En effet, cette malheureuse s'étant mise au lit certain soir, après avoir récité ses prières accoutumées, s'éveilla en sursaut après quelques instants de sommeil et commença à regarder si les cataplasmes dont elle couvrait sa mentagre étaient resl('îs dessus; mais elle les trouva transportés ailleurs et ne les put remettre en leur place, quelqu'effort qu'elle fit. Elle cria à haute voix et éveilla ses gens, qui ne lui répondirent point, étant trop endormis. Alors extrêmement attristée, elle porta sa main sur son visage, où elle trouva ce qu'elle n'espérait pas, c^est-à-dire une entière^ guérison de son mal : « 0 sainte » Dame, dit-elle à la sainte Vierge, dites-moi, je vous » en conjure, doii vous m'avez envoyé ce secours, afin » que je le publie à tout le monde et que vous en soyiez j) glorifiée à jamais. »
Vers ce même temps, il y eut, dans un village près Chartres, un nommé Benoît, serviteur d'un laboureur, qui le fit travailler le jpur de Sainte-Agathe , fête alors chômahle. Ce jeune honmie, après avoir travaillé jusqu'à midi^ jeta son râteau et se coucha pour se reposer : il
commençait à s'endormir, lorsque, s'éveillant toul-à-coup en sursaut, il vit son râteau en feu; il se leva, courut pour éteindre le feu, mais les flammes embrasèrent sa main en si peu de temps, que ses cris ne purent lui faire apporter de secours assez tôt. Les personnes qui vinrent trouvèrent Benoît tourmenté de violentes douleurs et le firent porter à l'église du lieu. La nuit suivante il eut une vision; il aperçut venir à lui deux grandes princesses; Tune lui représentait la Dame de Chartres, et l'autre lui fit entendre qu'elle était sainte Agathe, qui lui semblait prier pour lui et demander que cette faute ne lui fût point imputée, à quoi la Dame de Chartres consentit \olontiers. Le lendemain il raconta la vision à ses voisins: on le conduisit dans féglise de Chartres, et là, devant l'image de la sainte Vierge, il reçut, à la vue de plusieurs personnes, la guérison de sa main, de même que si elle n'eût jamais été brûlée.
Dans un village du Perche, un jeune homme, nommé Guillot, demeurait chez un gentilhomme qui lui coupa la langue pour quehjae léger méfait qu'il avait commis. Réduit en cet état, il alla à Chartres et se rendit dans l'église, devant le maître-autel, le jour de Pâques. Alors la sainte Vierge, ayant pitié de lui, tant à cause de son enfance qu'à cause de son affliction, lui rendit la parole. Sitôt qu'il l'eut recouvrée, il rendit grâces à Dieu et exalta les bienfaits de la sainte Vierge. Mais il n'avait pas encore recouvré sa langue, et il demeura dans cet état jusqu'au jour de la Pentecôte, où la sainte Vierge, voulant achever son ouvrage, lui guérit la langue.
A Pruuay, village près Chartres, il y avait une pauvre femme paralytique de tous ses membres, à qui la sainte Vierge apparut au milieu de la nuit, et lui dit: « Si tu 3 désires être délivrée du mai qui te remplit de douleurs
» et d'ennuis, fais-toi promptcmeut porter à Chartres > dans mon Eglise» »
Car SI tu as ferme croyance , niec recevras la santé , Dont ton cœur est enlalenté.
Aussitôt ar i i Tarrivée du jour, elle se lit conduire à Chartres, où. ctaul arrivée, on la porta devant le maîtreautel. Elle n'avait pas achevé sa prière, qu'elle sentit ses membres se raffermir : elle se leva debout^ remplie dHme joie extraordinaire» en présence d*im grand nombre d'hommes et de femmes.
Ces miracles et plusieurs autres qui furent faits en ce temps-là, accrurent tellement la dé\oti(>n des peuples, qu'où accourait de toutes parts dans cette Eglise. Chacim y apportait des présents selon ses facultés» en sorte qu'il semblait que l'argent vînt aux ouvriers plutôt de Dieu ,que des hommes.
Une femme de Chamblay, village près Chartres, sortit de sa maison et y laissa une fille auprès d'un enfant qu'elle avait au berceau. A peine venait-elle de sortir que cet enfant se mit à crier ; la OUq le flatta et le berça quelque temps pour tâcher de l'apaiser; mais le tout en vain» car il ne cessait de crier. Comme elle vit qu'elle ne pouvait Tapaiser, elle chercha quelque chose pour le faire jouer ; elle aperçut p;a hasard, dans la chamlire, un morceau de verre quelle lui mit entre les mains : l'enfant le porta à sa bouche, et aussitôt ce verre entre dans sa gorge et le suffoque tellement que la mère» dQ retour chez elle» le trouve déjà mort; alors elle implore Fassistanoe de Notre-Dame de Chartres, et lui demande la vie pour son fils. Elle le porta à Chartres, et le i)résenta devant le maitre-autel» où, aussitôt qu'elle eut fait sa
prière, l'enfant jeta par la bouche un gros caillot de sang; et à l'instant on le vit respirer et se mouvoir.
A Saint-Prest, village auprès de Chartres, la fille d'un pauvre tisserand, jouant sur le bord d'un fossé plein d'eau, y tomba et s'y noya; la mère ayant appris cette nouvelle , s'écria aussitôt :
Dame de Chartres , entendez Mes cris, mon enfant me rendez.
On retire de l'eau cet enfant déjà tout livide et sans mouvement, et qui ne donnait plus aucun signe de vie; la mère qui voit qu'il n'y a plus rien à espérer du côté des hommes, a recours à Dieu et à la sainte Vierge. Aussitôt sa prière fut exaucée; sa fille jeta un torrent d'eau par la bouche, et elle donna des signes de vie.
Au village de Bleine, un petit enfant jouant au bord d'une rivière, et tâchant d'avoir avec un bâton un petit drapeau qu'il y voyait, y tomba et s'y noya. Sa mère éplorée invoqua le secours de la sainte Vierge ; elle n'eut pas plus tôt achevé sa prière, que son fils recouvra la vie ; alors elle vint à Chartres remercier la sainte Vierge, et y amena son fils avec elle.
A Bcrchèros, village distant de deux lieues de Chartres, une femme avait deux filles; l'une était au berceau, et l'autre, un peu plus grande, futchargée de la garde de sa sœur. A peine la mère fut-elle sortie qu'il entra dans sa maison un grand homme noir, d'un hideux et affreux regard; il avait une touffe de cheveux longs et hériss^'s, qui lui rendaient le visage encore plus horrible, et il avait l'air d'un homme en colère et plein de menaces. La fille tremblante sortit du logis et rencontra sa mère qui revenait, à qui elle raconta cet étrange prodige. Alors se doutant que ce fût quelqu'esprit malin ^ cette femme s'c^cria à
rinslanl : « Sainte Dame de Chartres, préservez ma fille 1 » Elle entra ensuite dans sa maison où elle vit une épaisse fumée, et le berceau et les langes de sa fille à demiconsumés; mais ayant trouvé ceire-ci saine et entière, elle vint à Chartres en rendre grâces à la sainte Vierge, et laissa tlans l'Eglise lo bercoau à flemi-ln ûlé.
Plusieurs particuliers de Château-Landon en Gâtinais, amenant des charrettes chargées de froment pour nourrir les ouvriers qpi travaillaient à réparer TËglise de Chartres, arrivèrent à Chintereine, où la plupart d'entr'eux n'avaient ti^ain ni argent. Ceux de ce bourg n'avaient pas plus de pain (pi'il ne leur en fallait; néanmoins ils eurent compassion de <•••> pauvres pèlerins, et leur en vendirent à un prix modique. Ce n'était cependant pas suffisant, et encore ces pieux voyageurs n'avaient pas assez d'argent pour payer ce peu de pain qu'on leur avait vendu: mais la sainte Vierge multiplia > en lèur faveur, le pain des habitants de Chantereine, ainsi que leur argent, en sorte qu'ils eurent autant d'argent qu'ils en avaient apporté, et les autres autant de pain qu'ils en avaient auparavant.
Les habitants de Pithivlers en Gâtinais, amenant ainsi qu'eux des charretées de firomen^ pour les méms ouvriers, arrivèrent au Puiset, où les habitants bourg les prièrent de se re[)Oser et de vouloir souf&rir qu'ils leur aidassent à pousser la roue, afin qi^ils eussent quelque part à leur mérite.' Ayant été par eux remerciés de leur offre, ils les invitèrent à boire afin de se rafraîchir, un peu. Les pèlerins ne les refusèrent mais ils burent avec eux splendidement. Les habitants voulant remporter lo muid, le croyant vide, furent étonnés de le voir encore tout plein; ils appelèrent ces pèlerins qui s'en allaient et qui rebroussèrent cheiain
vers eux. Ils burent tous de ce vin, le trouvèrent bien meilleur que le premier, d'une odeur beaucoup plus agréable.
Les habitants de ponneval, ayant ohargé plusieurs charlrettes de chaux pour êtrè employée à la construction de Péglise dé Chartres, ftarent surpris en route 'd'une
grande pluie qui leur lit dételer leurs chevaux au milieu du chemin; ils amenaient avec eux, •sur une de leurs charrettes, une pauvre femme paralytique qui allait faire ses vœux et ses prières à Chartres. La pluie étaat passée et Tair devenu serein, les pèlerins revinrent à leurs charrettes^ s'imaginant que leur chaux avait été toute consumée par la pluie et la pauvre paralytique qui était dessus toute brûlée, mais ils furent bien étonnés quand ils aperçurent que les sacs n'avaient pas seulement été mouillés de la pluie et qu'ils étaient encore tout secs : cette pauvre paralytique u^avait nullement été îBcommodée de cette pluie.
Dans la forteresse de Palaiseau, à quatre lieues de Paris, un nommé Guillaume descendit vers le mila u ' d'un puits alin de le visiter et de reuu^dier à un endroit qui menaçait ruine; et pensant remuer quelque pierre, il fut incontinent surpris par la chute de plusieurs autres pierres qui firent un grand bruit^ auquel tous les domestiques accourus se doutèrent du malheur qui lui ' était arrivé. Aussitôt on fit venir cinq on six des plus forts villaijeois pous lever ces pierres qm étaient tombées. (>es gens y ayant travaillé truis jours de suite découvrirent le quatrième qu'il y avait une grosse pierre qui bouchait l'ouverture du puits : alors ils appelèrent Guillaume, qui leur répondit^ et ils le retirèrent^ étonnés quHl eût pu demeurer vivant si long->temps sous cette ruine. Us lui dcuiandèrent comment il n'était point mort
accablé sous tant de pierres; il leur répondit qu'en tombant il s'était recommandé à la Dame de Chartres, qu'elle l'avait sauvé et qu'elle l'avait nourri pendant le temps qu'il avait été dans ce puits.
Ce môme Guillaume était boiteux et allait tout courbé; il ressentait ces infirmités depuis sa naissance; mais la confiance qu'il avait dans les faveurs de la sainte Vierge lui obtinrent une prompte guérison; il recouvra l'usage de ses jambes aussitôt qu'il eut réclamé son secours dans l'église de Chartres.
Les habitants de Courville, ayant chargé leurs charrettes de bois pour servir à la charpente de l'église de Chartres, il arriva qu'un d'entr'eux laissa tomber une hache sur l'un de ses pieds, dont trois doigts furent coupés. Il fit ses prières à la Dame de Chartres et en ressentit la nuit l'assistance, car ses doigts furent rétablis dans le môme état qu'ils étaient auparavant, si bien qu'il n'y paraissait aucune marque de sa blessure.
A Batilli^ en Gâtinais, la veille de l'Assomption de ^Notre-Dame, une servante, tirant de l'eau d'un puits, tomba dedans; ce puits de sept toises de profondeur no ' lui laissait aucun espoir d'en sortir; elle fut aidée néanmoins par la sainte Vierge, fut enlevée et rendue saine et sauve à l'un des bords; elle en vint rendre grâces à Notre-Dame de Chartres.
Les habitants de Saint-Malo s'étant mis en chemin pour charroyer des pierres et les conduire à Chartres pour les travaux de l'église, il survint un brouillard si . épais que, ne se voyant plus les uns les autres, ils s'égarèrent et ne purent jamais se rassembler quoiqu'ils s'entr'appelassent à haute voix; mais la sainte Vierge, qu'ils réclamèrent dans ce besoin, leur servit d'étoile et de guide.
Une certaine dame de Sully avait un petit filleul , flls de Tun de ses valets, qui tomba dans la Loire, d'où il fut tiré mort par le batelier. Cette femme, le voyant tout raide et tout livide, s'écria : « Sainte Dame de Chartres, » ayez, s'il vous plaît, pitié de cet enfant et rendez-lui » la vie; » elle le fit suspendre ensuite par les pieds, et aussitôt Teau qu'il avait avalée, sortit par sa bouche, et on le vit remuer et respirer. La dame vint à Chartres remercier la sainte Vierge d'une si grande faveur.
Guillaume de Sondei ou Sourdi a rapporté à plusieurs personnes qu'en son village il y avait un homme muet qui, étant allé faire ses dévotions à Chartres, fut guéri en un instant et depuis ce temps-là eut la voix et la parole libres.
Un certain chevalier, venu à Chartres en dévotion, acheta des chemises faites sur la forme et figure de celle de la sainte Vierge et les fit toucher à la sainte châsse. 11 arriva que certain jour il fut rencontré au coin d'un bois par sept à huit de ses ennemis qui lui donnèrent plusieurs coups de dagues qui s'émoussèrent au lieu de le percer. Eux, étonnés de cela, ne savaient que penser, et le chevalier, les voyant surpris, leur dit : « Vous avez » beau frapper, vous ne pourrez traverser de vos coups 1 aucun endroit de mon corps, puisque je suis armé » contre vous de la chemise de Notre-Dame de Char- » très. » A ces mots, ces gens, saisis d'une grande frayeur, se mirent à genoux devant lui et lui demandèrent pardon, ce qu'il leur accorda, et ils vécurent ensuite en bonne intelligence. ^
Entre Lavardin et Montoirc, il y eut un jour un tournois où se rendaient, de toutes parts les princes et les seigneurs de la cour. Ce tournois cessé, chacun s'en retourna chez soi: un jeune gentilhomme, surpris par
ses ennemis, s'enfuit au grand galop; ses ennemis le poursuivirent à travers les landes et bruyères, si bien que ce jeune homme, se voyant arrêté par une rivière, réclama le secours de la Dame de Chartres, et à l'instant ses ennemis et leurs chevaux demeurèrent immobiles; ce qui lui donna le temps de se sauver.
Un écolier d'Angleterre, étant en France et voyant que tout le monde faisait des offrandes pour rebâtir réglise de Chartres, donna un collier d'or qu'il avait destiné pour sa maîtresse. Comme il s'en retournait dans son pays, il arriva une nuit auprès de Calais; étant couché dans une grange, il eut en vision les trois Maries entre lesquelles la principale, qui était la sainte Vierge, le remercia de son présent et lui en promit récompense.
Vers ce même temps, pendant les guerres de Richard, roi d'Angleterre, contre la France, un fidu) marchand d'Aquitaine, apportant un baril plein d'huile sur son cheval pour entretenir les lampes de l'église df Chartres, fut pris en chemin par des soldats anglais et mis en prison avec beaucoup d'autres ; au bout de quelque temps, tous ces prisonniers ayant traité de leur rançon, il se vit réduit à garder la prison, parce qu'il n'avait point d'argent. Dans cette détresse il s'adressa à la sainte Vierge de Chartres et la pria de le délivrer. La sainte Vierge exauça sa prière et lui apparut en songe; elle l'avertit de se présenter avec tous les prisonniers qui devaient sortir, ce qu'a\ant fait il sortit heureusement, la sainte Vierge permettant que les yeux du geôlier fussent trompés. Joyeux de sa délivrance, il se prosterna |)our remercier la Vierge de son assistance, et celle-ci, pour le récompenser de sa piété, lui lit retrouver son cheval (ît son baril d'huile qui lui avaient été pris par les soldats anglais.
Une femme d'auprès de Bonncval, ayant la main percluse, vint à Notre-Dame de Chartres, où, .après s'être munie des sacrements de l'Eglise, elle eut sa main malade aussi libre que l'autre et fut entièrement guérie.
L'an 1200, dernier de juillet, fête de Saint- Germainl'Auxerrois, jour auquel on solennisait la fête de ce saint, patron du village de Sours, un villageois, nommé Guillaume, ne laissa pas de faucher son avoine, malgré toutes les remontrances qu'on lui put faire; mais, le soir étant venu, comme il voulait recueillir là dernière brassée, il sentit une telle douleur à la main, un feu si ardent et une si grande contraction de nerfs que sa faucille lui demeura jointe à la main droite et la brassée d'avoine à la gauche. Il fut voué à Notre-Dame de Chartres, et aussitôt sa faucille et son avoine, qu'on n'avait jamais pu lui arracher, lui tombèrent des mains qui devinrent blanches et souples et furent entièrement guéries. ^ >^
- Une femme de Villantras en Berrv , avant destiné un morceau de toile pour faire une nappe à Notre-Dame de Chartres, la serra dans un coffre avec d'autres bardes. Peu de jours après, le feu s'étant mis à ce coffre, tout ce qui était dedans fut brûlé et réduit en cendres, hors cette nappe qui était demeurée saine et entière : cette femme, joyeuse d'un si grand miracle, s'en vint la présenter à la Dame de Chartres et s'acquitter de son vœu.
Un chancelier de l'église de Notre-Dame de Chartres, fort dévôt à la sainte Vierge, mais de qui les richesses avaient un peu refroidi la dévotion, fut tué par ses ennemis et enterré négligemment au coin d'un cimetière, sans pompes ni cérémonies, parce «lue les chanoines craignaient qu'il ne fût mort en péché mortel; mais la sainte Vierge étant apparue quelques jours après à saint
Fulbert, pour lors évôque de Chartres, et lui ayant commandé de lui faire rendre les honneurs funèbres, le lendemain saint Fulbert rapporta sa vision au Chapitre, où il fut résolu de l'exhumer et de lui faire des obsèques convenables. On le déterra et Ton fut étonné que son corps ne rendît aucune mauvaise odeur, quoiqu'il y eût vingt jours qu'il fût mort.
Robert de Jouy avait une fistule à la jambe, qui était incurable et qui le remplissait d'ulcères, il pria si dévotement la sainte Vierge de Chartres qu'il fut entièrement guéri, et le lendemain il vint lui en rendre ses actions de grâces.
Un chapelain de Chartres était si ignorant qu'en ses prières il ne savait dire que ces trois mots : Salve, sanda Parens; Tévôque, en étant averti, le chassa hors de l'église, le privant de son emploi comme un ignorant qu'il était. La sainte Vierge apparut en songe à l'évéque et le reprit d'avoir ainsi chassé son chapelain. L'évêque s'excusa sur le dû de sa charge; mais le jour suivant il fut trouver le chapelain et le pria de revenir à l'église et de continuer toujours ses prières à la sainte Vierge.
En Tan 1007, environ treize ans avant que l'église de Chartres fût brûlée, un mal que Ton appelait des ardents qui en peu de temps réduisait en cendres les personnes qui en étaient attaquées et contre lequel on ne pouvait trouver de remède, fit de grands ravages tant à Arras qu'à Chartres et autres lieux : une femme très-pieuse, de Jouy-le-ChAtel, eut une vision dans laquelle la sainte Vierge lui apparut. Elle lui fit connaître qu'elle était la Dame de Chartres et l'avertit d'annoncer de sa part qu'on eût à employer la cire des chandelles ardentes contre le mal des ardents. L'avis en courut partout, et autant de fois qu'on se servait de ce remède, autant de
fois on éteignait ie feu de ceux qui en étaient atteints ^ principalement dans les saintes grottes qui se sont rendues insignes par ce miracle.
Ces miracles de la sainte Vii i l^c sont rapportés dans LUI |Ht(Miie latin (•oiniiiencc vers répiscuiiat do saint l'iilliei t, en l'an 1020, et qui se termine au temps de Philippe- Auguste; (' est lie là qu'on peut juger que tous ces miracles ont été faits pendant qu^on réédifiait l'église de Chartres^ sous les règnes de Robert, Henri Philippe l^^, Lottis-le-Gros, Louis- le^Jeune et Philippe-Auguste, son fils. Le traducteur vivait du temps de saint Louis, et coumie nous l'avons déjà dit, il acheva son ouvrage l an m±
Vers l'an 1605, un homme muet, des environs <f£tampes, vint à Chartres faire ses dévotions et fit dire une messe à Notre-Dame, où, humblement prosterné au pied de l'autel et priant avec grande ferveur la sainte
Vierge, il recouvra la jiarole en présence de plusieurs persuuih's et s'en retourna gloriliant la Dame de Chartres.
Dans la ville d'Evreux, un habitant lit vœu de venir à Chartres prier la sainte Vierge; mais il tomba malade un peu de .temps après et ne put exécuter ce voyage : voyant que sa maladie empirait et 01 Telle était mortelle, il plia iiu de ses amis d'acquitter son vœu, en faisant dire ime messe pour lui dans l'église de Notre-Dame. Cet ami le lui promit, reçut l'argent que le mal.iile destinait pour l^accomplisseuient de son vœu et s'en vint à Chartres. Il ne. fut pas plus tôt parti que ie malade mourut. Cet ami du défunt arrive à Chartres et, au lieu d'aller à l'éj^^lise faire dire une messe, il alla dans un cabaret où il (léptMisa l'arorent qu'on lui avait donné ;Vccltc iuleuuoa. Dès ia même nnil, on eau.'iniil un ^irand bruit dans la maison du défunt, iaus pouvoir en éeviner la
cause. Ce bruit se renouvelant toutes les nuits, principalement dans l;i ciiiimliro où cet homme était mort, les habitants de la maison, effrayés de ce vacarme, furent trouver un prêtre, lui disant ce qui les amenait et le priant de leur faire la grâce de se transporter dans cette maison dès la nuit même> ce qu'il leur promit. En effets ce prêtre s'y rendit, et, le même bruit s'étant renouvelé en sa présence, il pensa que le défunt pouvait avoir chargé quelque persujiiu' d'acquitter un vœu pour le repos de son âme^ ce qui fut coniîrmé par une personne qui avait eu connaissance de la promesse faite au défunt par un de ses amis de lui faire dire une messe à Notre-Dame de Chartres. Ce vœu n'ayant pas été accompli, le pieux ecclésiastique vint à Chartres, célébra la messe pour le repos de Pâme du défunt, et la tranquillité des habitants de cette maison ne fut pas troublée de nouveau.
Un nonmié Fourré, du village de Mainvilliers, près Chartres, avait un enfant qui tomba malade, et quMl recommanda à la sainte Vierge ; après avoir fait dire une messe à son intonlinri, ('('i onfant fut guéri.
Madame Corbin, du Giauii-Dauphin, du faubourg de la porte des Ëpars, avait une fille malade, et dont le corps enflé et cacochyme était extrêmement contrefait; elle ne l'eut pas sitôt recommandée à la sainte Vierge, et fait prier Dieu pour elle, qu'elle fut guérie et eut le corps bien conformé et bien sain.
Une femme étant sur la Loire, dans un bateau, avec plusieurs personnes, avait un enfanta la mamelle; le bateau venant à faire naufrage, elle se voua à Notre- Dame de Chartres, et échappa seule avec son enfant, tousr ceux qui étaient dans le bateau ayant péri dans les ondes.
Six personnes furent rencontrées par des voleuis, qui
les dépouillèrent, moins une d'elles qui s'était vouée à la Vierge de Chartres.
Un fameux voleur ayant fait un vol considérable, et ceux sur qui ce vol avait été î'àii n^en pouvant découvrir l'auteur, ils firent dire une messe, dans l'église souterraine, en l'honneur de Notre-Dame ; et dès le même jour on découvrit celui qui avait fait ce vol, et le lieu où étaient cachées les choses volées.
Les habitants d'Issoudun, étant affligés de la peste et ayant en vain essayé toutes sortes de remèdes contre ce mal, eurent recours à l'assistance céleste. Plusieurs d'entre eux vinrent à Chartres, prièrent la sainte Vierge et firent dire une messe pour leurs concitoyens. Quand ils furent de retour chez eux, ils virent que leur ville était délivrée de ce mal contagieux; et s'étant enquis du moment où il avait cessé, ils apprirent que c'était justement dans le même instant que la messe, qu'ils avaient fait dire à cette intention dans l'église de Chartres, était finie et qu'on eut dit le dernier évangile. Peu de jours après, ils vinrent remercier la sainte Vierge et lui firent plusieurs présents.
M. Didier, avocat au Parlement, demeurant à Paris, rue de Bièvre, paroisse de Saint-Etienne-du-Mont, étant sur la rivière avec plusieurs personnes, le bateau où ils étaient vint à se briser contre un pont et à faire eau de toutes parts. M. Didier, dans ce pressant danger, se voua à Notre-Dame de Chartres et arriva heureusement à bord, en sorte que de toute sa compagnie il n'y eut que lui de sauvé. Pour ne pas demeurer ingrat envers la sainte Vierge, il vint à Chartres la remercier et lui fit présent d'une croix et de deux chandeliers d'argent.
Maw le miracle le plus important opéré par la sainte Vierge, depuis que la ville de Chartres est sous sa pro-
lection, est celui qui eut lieu au mois de février 1568.
Durant les premières guerres civiles de France, l'armée des Huguenots, sous la conduit(^ du prince de Condé, vint mettre le siège devant la ville do Chartres et dressa son camp du côté de la porte Druuaisc, ainsi nommée à cause des Druides qui entraient par là quand ils venaient ftiire leurs sacrifices et tenir leurs états dans le bocage sacré de Chartres : elle porte encore ce nom , sans doute parce qu'elle est dans la direction de la route de Dreux. . Ce fut aussi de ce côté que Rollon, duc de Normandie, sous le règne de Charles-le -Simple, assiégea la ville. Sur cette porte, comme sur toutes les autres portes de la ville, il y avait une image de la sainte Vierge tenant son Fils entre ses bras, avec cette inscription au-dessous: Canintum Tutela, Les Huguenots tirèrent plusieurs coups de canon sur cette image sans pouvoir l'endommager, quoique les nmrailles en fussent toutes foudroyées, ainsi qu'on en voyait les vestiges; ils s'enfuirent après une grande perte de leurs gens, rebroussèrent chemin et donnèrent encore pour la seconde fois le nom aux Prés des Reculés. En mémoire de cette victoire miraculeusement obtenue, tous les ans, le 15 mars, on allait en procession dans une chapelle élevée en l'honneur de la sainte Vierge par les soins de Simon Berthelot, chanoine de Saint-André, et qu'on appelait Notre-Dmne-dela-Brhche, parce qu'en ce lieu les ennemis avaient fait une brèche, par laquelle étant prêts d'entrer, ils furent repoussés. Cette chapelle, détruite en 1791 , fut reconstruite en 1843 par les soins de M. Baret, chanoine honoraire de la cathédrale. La première pierre fut posée le 7 avril 1843; dès le l^r juin un y reporta en grande pompe l'ancienne statue de A'olrc-Dame-de-la-Brèche
conser\ée pendant les jours de la Révolution; et enfin la
bénédiction solennelle dn nouvel oratoire se fit le 21 novembre i8/i3 par Piei ro-Alexandre Lccomtc, curé archiprètre fit; la eatliédiale, déléjuié h cet elTi't par M»^'"' Clausel de Montais. Le 15 mars 1844, par suite d'une délibération de Mk»^ révêque et du Cliapitre, la procession générale du clergé de la cathédrale et de toutes les paroisses et la station à la chapelle de la Brèche furent rétablies co'innie par le passé, et , depuis ce moment, le 15 mars voit chaque année les nombreux fidèles de la ville de Chartres aller remercier JN'otre-Dame de sa miraculeuse protection,
Ën 1832, à l'époque où le choléra exerçait ses ravages dans plusieurs département^^ celui d'Eure-et-Loir eut beaucoup de communes qui en furent atteintes. La ville de Chartres en ire autres ne fut pas épargnée et compta en peu de joui s un grand nombre de victimes de cette cruelle maladie. Des prières pul)liques et particulières eurent lieu dans tonte l'étendue du diocèse, et au moment* où la maladie était parvenue à son plus haut degré d^ntensité, les habitants de Chartres s'adressèrent à Celle qui tant de fois leur avait donné des marques de sa prédilection. M^r Févéquc ordonna qu'une proeession générale, à Ia(|u<;lle assisteraient le Chapitre de la cathédrale et le clergé des trois paroisses de la ville, aurait lieu le dimanche 26 août^ à Tissue des vêpres. £n effet, cette procession se ût avec la plus grande solennité. La châsse contenant le voile de la sainte Vierge y fut portée en grande vénération ; Mf^r l'évOque, à la tête de son clergé^ assista à cette pieuse cérémonie. Le cortège, suivi d'une grande population de la ville et des environs, parcourut, dans le plus grand ordre et avec un profond recueillement, plusieurs quartiers de la vule, se rendit à l'église de Saint-Pierre, puis à celle de Saint-Aignan et
rentra dans le môme ordre à la cathédrale; cette pieuse cérémonie fut tei minée par le Salut du Saint-Sacrement. L'espoir de ceux, qui avaient mis leur confiance en la protection de la sainte Vierge ne fut pas trompé; dès le lendemain la maladie perdit de sa malignité, et, huit jours après, ce fléau avait disparu.
En reconnaissance d*un aussi grand bienfait et pour en perpétuer le souvenir, une médaille en or, d'une grande dimension, a été frappée.
Le fond de cette médaille représente une entrée dans la cathédrale. Au bas, un cholérique, portant une croix sur sa poitrine, est étendu, levant les bras vers la sainte Vierge. A gauche, celle-ci à genoux implore pour sa chère ville de Chartres le Père éternel qui paraît dans le haut, enveloppé d'une draperie, au milieu de nuages dans lesquels on remarque la tête d'un Chérubin. Les yeux du Père éternel sont tournés vers Marié, qui est prosternée à ses pieds; et de sa main gauche il iirréte le bras de Pange extertninateur, qui se hâte de remettre son glaive dans le fourreau.
Autour de la médaille on lit ces mots : In periculis , in angustiis, Mariam cogita, Mariam invoca.
Au bas : Voté à Notre-Dame de Chartres par les habi^ tants de la ville de Chartres, en reconnaissance de la cessation du eholéra-morbus , qui eut Heu à la swie de la procession solennelle célébrée pour obtenir sa puissante protection, le dimanche xxvi août u. dgcc. xxxil
En mémoire de cette délivrance miraculeuse, une procession solennelle a lieu dans l'intérieur de l'église, à rissae des vêpres, le dimanche dans l'octave de l'Assomption. *