ZURICH
Il est borné au nord-est par la X hurgovie, au sud-est par Samt-Gall, au
midi par le canton de Schwytz et celui deZug;ses limites sont à Touest l'Argovie, au nord-ouest ie duché de Baden et le canton de Schaffhouse. Le territfitoa de Zûricb s*étend l'espace de dix
à douze lieues sur une largeur de six à dix. Quand la ville entra dans la eoo-
fédération, elle n'avait point de possessions, et tonte sa richesse consistait en quelques droits sur ie lac que lui avait conférés l'empereur Othon I*^ Nous avons vu ses guerriefs combattra
à Morgarten contr» les Suisses pour
in mnison d'Autriche; elle n'entra dans leur fédération qu^en 13âl, après les massacres et les séditions occasionnées p«r la nouvelle oonstitotton qut lut avait donnée Rodolphe Brun. Les terres de Ziirich sorît trps-fertiles. Il y a cent trente-cinq nulle arpents de champs labourables, quinze mille six emU de pâturages et soixante mille de foféts, sans compter celles 4es parti- Culiers. La contrée est d\m rtspect riant, dnns rime des plus Ltelies parties de la Suisse^ le climat y est en général fort doux, excepté dans les hauts lieux, où la fertilité est aussi beaucoup moindre. Plusieurs chaîne;»
de montagnes traversent ce canton ; les plus remarquables sont TAlbis, l'Ailmann, dont le nom est significatif
f>our l'anti(juaire,et la Laegerberi;, Sur e coté oriental du lac est une autre chaîne qui le sépare du lac appelé Grei- (Seasée. Aucun de œs sommets n'atteint la région des neiges, car les plus hautes montni;nes n'ont que trois mille six cents pieds au-dessus du niveau de la mer; aussi ont- elles 4)eaucoup de obarme pour le vovageur, auquel elles offrent d'admirablei points de vue^ sans Tex poser à aucun des dangers qu'il rourt sur les iilaciers et dans les ûipes du Valais ou de TOberland. C est aux limites du canton de Zurich 9ue le Rhin se pécipite en cascade impétueuse au-dessnusducliate:iîHipLaufen.
Outre ce Ueuve, le canton possède la Beussj la Limmath, la Tbur, la Tosz et la Glatt. Le lac est divisé en grand et petit : ce dernier à partir du pont de Rapperschwyl jusqu'à la pointe méridionale. 11 y a encore d'autres petits lacs, entre autres celui de PferQkon et celui appelé Durler ou Tturlersée :
les sites y sont fort pittoresques.
Qtîoique l'élève du bétail smt ici en grande orospérité, Zurich le cède en ^ noini à beaucoup d'autres parties de la Suisse ; on y compte trois cent soixante-sept taureaux, dix mille trois cent quatre-vingt-cinq vaches, trente et un mille trois cent quatre-vingt-huit bœuls, huit mille quatre cent quînae vfm, dem nulle wiit otat vingt et
un cbevaiBi, trois mûleiept osQt trente
et un moutons, deux mille sept cent dix-sept chèvres, quinze mille treize pores, deux mille quaraule-deux chiens.
Les rivières et les lacs sont très-pqissonneux; on fiérfeçtioane beaucoup l'agriculture; néanmoins on s'occupe plus encore de l'industrie. T. a vit^ne réussit a \\ uiterthur et sur it-s burds
du lac. Il y a beauenup d*eaux nUiilrales, La population est de deux oaRt vinjït-siK mille huîtcent rînqiiaKtf -cinrj habitants; c'est-à-dire, qu'il je a ele
Sortée au quadruple de ce qu'elle était ans les mêmes contrées vers la fin du quinzième siècle. Presque tous professent la religion réformée; il n'y a de catholiques qu'à Dielikon et à Bheinau. Le transit est d*un grand avantaize poupoe canton , situé entre rïtalis et l'Allemagne. Dès le douzième siècle, Milan ayant été ravagé par Frédéric Barberousse, des ouvners apportèrent leur industrie à Ziiricb. L'esprit du commerce et des affaires fit de grands progrès au dernier siècle. Aiijdur i'hui il y a près de cent soixante mille brociies dans les ûlatures à la mécanique. Ziîrtch a de plus des teinturiers et dm manufactures de drap, et depuis quelques années elle attire à rllp les soieries de France et protite des désa^stces de Lyon.
Ilans Tordre des préséances ^ le canton de Zûrid) est le premier ; d'est l'un des trois Vororts on sièges ân anwvenieiiient. On divise le canton en onze bailliages, savoir: Zurich, K.uonau, Waedenschweîl, Meilen, Gruningen, Ky bourg , Greifensée ,^Vinterthur, Andellingen, Emhrach et Rcgrnsberg. Il y a en tout vingt-six mille six cent quatre maisGHs , qui sont assurées pour Cimfuante-deu.x millions neuf cent cinquante-neuf mille trois cent quarante ilorins. l>a souveraineté est evf^rcée, au nom du peuple, par le grand conseil , composé de deux cent douze raem* hres. Cest ce conseil qui vote l'impât et nomme les envoyés et les députés aux diètes ordinaires et extraordinaires. Il faut que le petit conseil ou conseil de gouvernement lui rende compte 4e son a^oainistration. Cest lui
èkoitit les propres mendirtt. ctn
du petit conseil, les conseillers aÉtat, enfin les deux chefs du canton ou bourgmestres. Dans la règle, le grand conseil s'assemble deux fois par an.
Le petit n*a que vinst-cinq membres; il soumet au grand des projets de loi , et fait exécuter les lois existantes; il nomme aux emplois et rend la justice.
Les bourgmestres président les conseils chacun à leur tour et pendant une année. Le petit conseil se renouvelle par tiers tous les deux ans; le conseil d'État, composé de cinq membres du |)etit conseil, est un corps diploma* tique; néanmoins il veille aussi à la sûreté intérieure et à la police du canton ; c'est lui qui , dans les cas urgents , prend des mesures extraordinaires.
Pour l'exercice de leurs droits politi* ques, les citoyens du canton sont répartis en soixante-cinq collèges électoraux ou tribus; la ville, qui seule avait autrefois des droits politiques, ne possède aujouid'lnii que treize de ces tribus. Ces ooUégss ne nomment que soixante et douze membres du grand conseil, qui se complète lui-mi^nie par l'adjonction de cent trente autres membres. Quant aux soixante et douie élus, on les renouvelle par tiers tous les deux ans, mais ils peuvent être reclus. Les contestations passent d'abord en justice de paix ; le bailliage en dinnalt en première instance ; enfin on triiiunal supérieur de treize membres connaît de toutes les affaires civiles en dernière instance et de toutes les affaires criminelles. Dans celles qui peuvent entraîner la peine de mort, on y adjoint, par la voie du sort, quatre membres du petit conseil. Il y a pour les contestations matrimoniales un tribunal mixte de laïques et d'ecclésiastiaues. Zurich donne à Tarmée fédérale trois mille sept cents hommes, et une quote-part de soixante et quatorze mille francs de Suisse. Chaaue année, le synode , composé de dix chapitres ecclésiastiques, se réunit sous la présidence de l'antistes. On vante beaucx)up l'ctat de l'instruction primaire dans ce canton. Cette constitution, arrêtée en 1831 , portait en elle-même
me etanse de'réflsioB après sfai aiut.
Ce terme étant écoulé, on présenta un
nouveau projet qui la modiue : d'abord rejeté, il vient d'être adopté aprè» de notables changements. Les privi« léges dont Jouissait encore la capitale sont entièrement supprimés; Tégallte politique de tous les citoyens est proclamée; la ville ne forme plus qu'un seul cercle électoral; chaque cercle envoie au grand conseil un député sur douze cents ames de population, et toute fraction au-dessus de six cents est comptée pour le nombre entier; ensuite le grand conseil élit à son tour un dépoté par vingt mille habitants.
Si la souveraineté du peuple n'est que représentative en ce qui concerne le canton , elle est entière dans le régime municipal : chaque commune nomme ses magistrats et vote ses charges.
Il y a dans le canton de Ziiridi beaucoup d'antiquités romaines : Oberwintertliur est l'ancien Yitodurum de l'itinéraire, sur la route des alpes Rhé> tiennes en Germanie; on en voit de beaux vestiges entre KIoten et ISuchs.
Il y a des restes d'une autre voie entre Stœfa et Meilen, sur la rive orientale du lac. On a découvert 0 et là des restes de bains, et les traditions, les noms de lieux indiquent encore un culte d'Isis; près de Benken sont même les restes d'un temple tju'on attribue à cette divinité égyptienne. Au siècle dernier, on trouva près de Buchs les débris d'un aqueduc et d'un hain de vapeur(vaporarium),et desc(iii(hjitsde chaleur en briques avec l'hypocauste, lieu qui servait de foyer pour toutes les baignoires ; KIoten recélait une belle mosaïque et une inscription au génie ôupagus Tigurinus^enùn on retrouve à Yitodurum les murailles de Tantique Castellum. Les médailles abondent dans le canton de Zurich; il n'est pas moins riche en antiquités du moyen' âge, vieux châteaux démantelés, ruines d'édifices religieux ; telles sont les fondations de la diapelle du sang am le champ de carnage, où l'héroïque garnison de (Irafensée fut si cruellement livrée au supplice.
La collégiale de Zurich est en style
LTJNIVERS.
bj'zantîn, et date fîu (îîvième ou onzième siècle - la nef est tort élevée, et les piliers qui la séparent des bas-cùtés tODt carrés et tiès-massife. Il paratt que le chœur n'a été construit qu'au treizième siècle; il repose sur une crypte ou église souterraine haute de douze pieds; la tour est ornée de la statue de Cbariemagne. On B*a point oublié les ornements bizarres aux chapiteaux et aux corniches : es sont des animaux et des oiseaux lantastiques , etc. , etc. L'église abbatiale du chapitre est du treizième siècle; elle est soutenue par de grands contre-forts; les feuétresdu chœur sont en plein cintre, celles de la nef en ogive. 11 y a encore d'autres édifiées religieux qui méritent Tattention du voyageur, et sont les uns du treizième, les autres du quinzième siècle. La Wasserkirche (églisede l'eau) a eu une destinée bizarre. Cbarlemajgne étant à Zurich , voulut rendre la justice à tous ; il fit accrocher une sonnette à la colonne qu'il avait fait ériger en l'honneur des saints martyrs Félix, Keguia et Ëxsuperaos, qui avaient été décapités sur le lieu même. Quiconque avait un çrief à soumettre à Tempereur, devait agiter la clochette pendant son repos. Un jour qu'elle venait de retentir à son oreille, on y court: il n'y a personne; le bruit redouble, Ton vient encore et personne n'apparaît; mnis on aperçoit un énorme serpent suspendu au cordon. Cbariemagne le suit jusqu'au bord de la Limmath, où il voit le trou du reptile obstrué par un hideux crapaud. L'empereur le iit tuer, et le lendemain le serpent reparut apportant un riche diamant : c'était un talisman qui conférait à son possesseur l'art de plaire. Cbariemagne en fit don à riinpératrice, qui le jeta un jour dans une source d'eau mmérale.
Telle fut l'origine d'Aix-la-Chapelle.
L'empereur fit aussi bâtir une église à Tendroit où le serpent avait son asile. Au qninzif'tiie siècle, Waldmnnn en fit , après iMorat, un temnle de la virtoire. "La bibliothèque publique fut londée en 1628, et contient plus de soixante mille volumes; elle possède beaucoup de lettres originales de Zwingle et de
Jeanne Gray, qui écrivait purement le latin, le grée et l'hébreu, quoiqu'elle n'eût que dix-huit ans quand le cruel Henri VIII la fit (lérir. Quintillen ne nous a été conservé que par le manuscrit qui est dans la bibliothèque de Zurich; il y a aussi un plan en relief des montagnes de la Suisse par M. Mul- 1er d'Engeiberg, dans les mêmes proportions gue celui du général Pfyffer.
M. Meister, auteur fort spirituel, auquel on doit une bonne partie de la correspondance de Grimm, a publié un livre assez curieux, sous le titre de Voyage de Ziiricli à Zurich : il v dépeint les mœurs de ses concitoyens , et ces habitudes qui les éloignent de la société des femmes pour les concentrer dans un nuage de fumée, au milieu de In boisson, de la politique et des affaires, il dit : « C'est assez de « trois à quatre chaises pour douze à « quinze pMersonnes, qui , deux à deux, «la pipe à la bouche, ne font qu'ar- « penter la chambre en long et en kiri^e , a OU former de petits groupes quand il « s'agit de nouvelles d un intérêt gé- « néral; mais c>st au défaut même de « cet esprit de société et du genre de « culture qu'il procure, qu'il fautattri- « buer un lx)n nombre de bonnes qna- « litcs : uue application plus infatigable « à différents objets d'art et d'indus- « trie , des goiUs plus domestiques et « plus constants, une manière de voir « et de sentir plus variée, plus singu- « lière , plus franche et plus vraie.
«Dotons les arts cultivés, et sou- « vent avec succès, celui dont le goût « parait le plus généralement répandu, « c'est la musioue. Cette faculté con- « traste singulièrement avec le langage «des habitants de Zurich, le moins a music'jl et le moins mélodieux de tOUS « ceux que je connaisse. »
Un usage singulier, c'est de faire annonce la naissance d'un enfant par la plus jeune et la plus jolie servante de la maison. Elle se pare de ses plus beaux habits, et doit porter sous son bras un énorme bouquet composé des plus belles fleurs de la saison, et nul ne peut se dispenser de lui donner une bonne réooniipense. Les Zurichois sont
grands fleuristes, et n*ont puère de rivaux en ce genre que les Hollandais.
On se marie fort jeune à Ziirirh , et Ton met ordinairement un long intertvalle entre les fiançailles et le mariage, rpendant ce temps' on laisse toute liberté aux fiancés, et ils font ensemble des voyages assez longs, sans qu'il en résultejamais d'inconvénient. Du reste, les sexes sont complètement séparés, et le voyageur Simon , ne voyant jamais aucune femme dans les maisons où il était reçu, s'écria qu'il était assurément dans une ville dont tous les citoyens avaiént le malheur d'être veufs ou célibataires.
Zurich est, du reste, la ville qui jouit au plus haut degré des avantages intellectuels; on l'a surnommée l'Athènes de la Suisse, et elle a donné le jour à beaucoup d'hommes 'célèbres. Dès le treizième siècle, il y avait une confrérie de poètes qui se réunissait chez le célèbre Rudger Manesse, chevalier valeureux dont l'histoire répète les exploits, dont les Minnesinger ou troubadours allemands ont retenu les chants. Après lui vient l'infortuné Hadloub , poète chaleureux , amant dédaigné, dont les vers rappellent encore les chagrins. Au siècle dernier, Bodmer a fait un poème de Noé qui n'est pas sans mérite, et le célèbre Lavater sut acquérir aussi une gloire toute poétiue. Les sciences s'honorent encore es travaux de plusieurs Zurichois : au treizième siècle , Conrad de Mûri donna un vocabulaire poétique. Il y eut parmi eux de nombreux philologues : nous citerons Ilottinger, l'éditeur de la Divination de Cicéron, et surtout Orelli, qui a comblé tant de lacunes de la littérature classiçjue et publié tant d'inscriptions négligées. L'un des chroniqueurs les plus remarquables était un njoine appelé Jean, connu dans le nionde savant sous le nom de / itoduranuSf c'est-à-dire de fVinterthur. Au quinzième siècle, Edlibach écrivit une bonne histoire de Zùricli. Bullinger, l'auteur de la Chronique helvétique, était aussi de cette ville, ainsi que lialler,son continuateur, etHottinger, le savant auteur de l'Ilistoire ecclésias-
tique. Il serait injuste d'oublier Bodmer, qui a donné les Scriplores de rébus Ilelvetioruni; Fussii, mii a fait de si bonnes recherches sur l'histoire de sa patrie; enfin Meyer de Knonau, à qui l'on doit un abrégé de l'histoire de Suisse, une statistique du canton de Zurich et d'autres excellents ouvrages. La philoso|)hie nomme Sultzer, la politique Uesteri, la pédagogie Pestalozzi, enfin l'histoire naturelle s'enorgueillit du beau nom de Conrad Gessner. Le tombeau de Salomon Gessner le poète est au bord de la Limmath, à l'extrémité d'une belle promenade. Le Premier Navigateur, la Mort d'Abel, sont de charmantes compositions; les idylles sont entachées d'afféterie, et c'est à tort qu'on a surnommé Gessner leThéocrite de l'Allemagne. Pendant longtemps, on ne connaissait en France de la littérature allemande que ces compositions bizarres, et 1 on condamnait toutes les productions d'une nation dont Gessner paraissait l'unique représentant : ces temps d'ignorance sont passés.
Dix-huit grands villages et une multitude de hameaux garnissent les deux rives du lac, et la variété des points de vue est inépuisable : toutefois on ne jouit guère de l'aspect de plus de trois lieues d'étendue, à moins de se placer sur unehaute montagne. C'est par ce lac
3ue se fait le transport des marchanises qui arrivent de l'Italie, et Ziiricb comprend tellement l'importance de ce transit, qu'elle va établir un chemin de fer qui la mettra en communication plus rapide avec Bâie et l'Alsace. Aux jours de marché , les eaux disparaissent en quelque sorte sous la multitude des embarcations. Ebel conseille de visiter le lac en passant à Oberrieden , qu'habita Lavater, à la presqu'île de l'Au, célébrée par KIopstock ; grands souvenirs en présence d'une nature si g» -^nde elle-même» Dans sa statistique, Meyer de Knonau a fait des itinéraires pour l'herboriste, le géologue, l'artiste, le négociant, et surtout pour l'historien.
Kon loin deWinterthùr'sont les res-
Kectables ruines des châteaux de Kyou rg et ds Landenberg ; Kybourg sem-
ble renittre àe ses ruines la famille de seigneurs guelfes auxquels apparteoâit
08 donjon faisait rennonterson origlue TU delà du septième siècle; elle n ronfondu son sang dans celui des Habsbourg et des ducs d'Autriche. On a vu leomment Sigisimmd céda, au ouin- -Itème siècle, ce châteaa à là ville de Zurich. On y conservait une f^énéalogie des comtes, morceau curieux de paléographie qui a disparu dans les guerres de la molution.
. • . • Regensbergt* située au haut du Lae- * gerberg, est une petite ville fort re- ' ^.inarquable par la oeauté de sa situa- • ■ tion; la tour du vieux château douiine '/ au loin le pays; elle fut autrefois re* doutable aux'Ziirichois, alors que ses seigneurs hnrrelnient cette ville de
guerres continuelles. Il y a dans le châeau un puits de deux cent seize pieds de profondeur. Les comtes de Regensberg, qui avaient fondé les couvents de Ruti, de Falir, et l'alibaye de "\Vettin^eU) s'éteignirent dans la première moitié du quatorzième siècle. Tout le nord du canton de Zûrieb se ressent •du voisinage de l'Allemagne : ce n'est
{»lus cette physionomie rustique de 'habitant des petits cantons, ce n'est Pjlus oe langage guttural d'une population pi^iinitive, la civilisation a passé son niveau sur l'antique ori^iinnlité des populations; plus de caractères trantîliés, plus de ces coutumes piquantes «t bisarreé^i distinguent le midi de ce même canton. Nous ne parlerons donc pas de Laupen, dont nous avons décrit le château et la cascade dans; le ifiOars de cette histoire, et nous reporterons nos pas vers Richtensehwyl , Joli bourg ou débarquent les pèlerins ^ui ont pris des bateaux à Zurich pour , se rendre à fcinsiedeln. Là sont les jolies îles de Luzelau et d'Ufcnau , dans laquelle on vovait autrefois le tombeau du célèbre réformateur Ulrich de Huttea, auii d'Érasme, poëte, guerrier,
zu
Le canton de Zuf^(il faut prononcer Zoiii^ ) est le f^fjttieme- pour le rang qu ii occupe dau:> ia fédération, mais
liomme du monde, qui vint finir ses jours datts cette tle dllficieiise.
Strasbourg en a reçu la Tîsite d*ar-
gonniitfs d'tine nouvelle espèce r on avait regrette que Zurich en fût trop éloignée pour lui porter secours ' en eas de danger ; par utie bravade des plus originales, un Ztlrichoîs s'écria que fa distance n'était pas telle qu'on ne piU y porter une boiiillif f^neore eJiaude. Le 15 juin 15/ b, Je.in Ziedcr conçoit ridée de rejoindre, en seol iour. dm tireurs ziiru hois qui assistaient a des fêtes à Strasbourg. T. es jeunes gens s'assemblent; on choisit un costume élégant, un uilote liabile. Le plus riche babîtant de la ville est pris pour chef; cinq sénateurs, six membres du grand conseil,, quarante citoyens l'accompagnent. Une marmite du poids de cent vingt livres renferme une bouillie de quarante livres de millet, et Ton part en ayant soin de poser la marmite sur la cendre chaude. La Limniath, l'Aar, le Kiiin reçoivent tour a tour Taudac|euse caravane, qui ne tient compte de la chute de Lauffenbourg, ni des éciieils de Scckingen. En vain un repas est préparé sur le pont de Bâle, les navigateurs triomphent, à force de rames, de la paresse du fleuve entre* coupé d'tles; ils sont à Brisacfa à deux heures aprt»s-midi; à neuf heures, ils entrent dans Strasbourg aux acclamations des habitants, et la bouilhe est distribuée aux principaux citoyens* «Amis, dirent les Suisses, vous le voyez, nos secours peuvent vous arriver en moins de temps qu'il n>n faut pour refroidir une bouillie. » Des repas, des promenades, des fêtes répondent à leur empressement, et les navigateurs sont encore fêtés à leur retour, ï.a niarujite, portant le nom de ceux oui l'avaient apportée, était encore à rarsenal de Strasboui^ au siècle dernier.
c'r^f le plus petit de tous î îl fut incorporé dans la ligue en 1352. On le partage en bailliage intérieur et exté*
rieur: celui-ci comprend Menzingen, 'Égetî et Baar ; le bailliage intérieur se ^tOompose de Zug , de Cham , de Hunen- JJberc, de Steinhausen, de Riseh et "^"WalscliNveil. La constitution est pure- 'inent démocratique; il n'y a point de privilèges ; le peuple seul est souverain , ^ et sa souverameté se manifeste soit à
* l'assemblée générale , soit dans les communes, soit enfin dans le triple conseil. Tbtit citoyen qui est [parvenu à sa di v neavième année vote à rassemblée gé-
. nérale; mais il y a de nombreuses exceptions; on en exclut : 1" les ec-
Ëstiques; 2° les faillis tant qu'ils fmfèft leurs créanefers; 8^ eem els la participation à rassemblée ^ aie a été formellement interdite; ,4* ceux qui ont subi une peine infa- ~ mante; 6" ceux qui sont poursuivis cri- ^ minellemeDt, dont les droits restent suspendus jusqu'après la décision du i. tribunal; 6 les interdits et même les •-tprodigues; 7" ceux qui re<;oivent l'aumône et leurs enfants. Les habitants sont au nombre de treize mille sept cent trente-hu it , tous catholiques; mais ils diffèrent beaucoup entre eux par - > leurs mœurs, leurs costumes et le genre de leurs travaux. Ils sont généralement bien faits, se distinguent par leur physionomie franche et ouverte, et se
* livrent avec zèle au travail. Dans les environs de Menzingen et d'Eueri, il n*y a guère qu'une population cle pasteurs .Lia vigne, les céréales , Télève du bétail occupent les parties les plus ridies du canton. Les prairies sont trcsproductives; on exporte beaucoup de mtts secs ^ et 1i récolte des châtaignes
rort abondante. La pêche et les ru- 'W^^^^nés constituent une autre branche de
• ^ ir^nu. îl y a beaucoup d'ecclésiasti- . *^ ques dans lé canton, et depuis 1728 les
prêtres sécuMliionstituent un ordre FÊtat. eouvents de religieuses ' ; iet un de capiilins ont survécu aux ré- ^glutions.
vc^î-a ville de Zug est située à Test kMBi au pied du Znperberg ou mon*
• de Zug, au milieu d'une contrée "^^iendeuse entrecoupée de collines et de
vetfers , entourée ae jolies maisons de caiiipague. Elle ne compte guère que
deux mille huit cents habitants, y oom* |Hris les fiiubouiigs. L'industrie et le
commerce , entretenus par la communication de l'Italie avec I Vllcinagne, lui promettent de prochains et rapides accroissements. L*église de Samt-Oswald estd^une remarquable beauté : on vante surtout un tableau de Jean Brandenberg, peintre de Zuî;. Près de là sont les tombes des Zurlaubeu et des Gollins, grande magistrats et valeur reux guerriers morts pour la patrie.
Le couvent de capucins poSBC^ lin chef-d'œuvre de Carrache représentant l'ensevelissement de Jésus. On garde toujours à l'arsenal le drapeau de Bellinzona,que les deux Collins arrosèrent de leur sang. De grandes calamités ont souvent affligé la ville de Zug et ses environs. Ln 1435, deux rues, dont les maisons étaient adossées à un rempart de terre, 8*abtffièrent dans le iae. On s'aperçut un soir que le sol commençait à s'affaisser, et que plusieurs maisons étaient ébranlées. Les habitants 8*enftiirent emportant leurs effets; quelques-uns cependant, croyant que ce n'était q»'»in treiiiblement de terre ordinaire, restèrent chez eux : tout à coup rempart, terres et maisons, descendirent sons lee flots. Au milieu de ce désastre, le l)erccau d'un enfant fut comme miraculeusement déposé nar les eaux dans la chapelle de Saint-riicolûB. L'effroi des habitants ne se dissipa que quelques semaines après, et, quand ils redescendirent des montagnes où ils s'étaient réfugiés, ils b:Uirent la ville neuve à l'oppositc du lac. Leseroyanees populaires attribuent cet affreux événement aux poissons qui, disent-ils , s'étaient logés dans les interstices des murs et lézardaient le rempart. Quoi qu'il eu soit, d'autres maisons eurent le même sort'en 1594.
Rn 1795, un incendie consuma une partie de la ville. L'ancienne partie offre un aspect gothique fort original : l'architecture en est sévère; les â^es ont donné à Tensemble une teinte bistorique; e*eBteomme la cité d'un autre siècle : toujours des fortifications , toujours des murailles épaisses. Les citoyens de cette place d armes tiennent
L'UNI Vers.
à la conservation de leurs monunieuts avec une louable fierté. Le calme le
plus profond règne dans les rues; à peine si l'on y entend quelquefois le Lruit d'un chariot pour interrompre le niurihure de ses jolies fontaines, ou faire diversion à la cloche de vêpres ou de matines. La piété n'a point oublié encore saint Oswald, roi breton qui fut le patron de l'église, coraine en général la plupart des propagateurs de la foi dans ces contrées, en Souabe et en Alsace, sont venus (f IrLinde, d'Écosse ou de l'A ndi terre, dès les premiers temps du christianisme. Celui-ci est représenté à la téte d*une armée et dans ses habits pontificaux. La religion étant hi principale affaire du pays , elle n'avait rien à souffrir d'une cérémonie burles(j^ue que Ton célébrait encore il y a environ cinquante ans , sous le nom de procession de Tévéque, et que n'avaient pu anéantir les foudres des conciles. Saint Psicolas est le patron des écoliers ; en conséquence , le 6 décembre de chaque année, ils s'abandonnaient à la joie la plus bruyante; celui qu'on jugeait le plus savant prenait un costume et une mitre d'evéque; un chapelain, écolier comme lui, le précédait et portait la crosse. Il était suivi par un fou costumé à l'antique, et agitant une vessie pleine de pois; tous les autres étaient déguisés ei^ chanoines; enfin venait une troupe vêtue ffliliteirement , avec armes, tam* . bour et drapeau. On possède encore un vieux livre d'oflice où se trouve le cantique que l'on chantait pendant la messe célébrée par les écoliers euxmêmes. Le prélat imberbe donnait suite sa bénédiction au son de nombreuses décharges de mousqueterie.
Un banquet terminait la féte, et pendant ce temps le fou courait de maison en maison pour mettre à contribution les marchands de la foire et les habitants eux-mêmes. Chacun donnait volontiers sa pièce dé monnaie. Qui ne m souvient à cette description de la messe de l'âne qu'on chantait encore sous Philippe-Auguste? elle était plus bizarre encore, car c'était un prêtre qui la célébrait en imitant le cri de
râne à chaque Damimiê vobUeum, et • surtout à Vite missa est. Ces usages nous semblent ridicules, impies; inais|' dans ce siècle de simplicité primitive,^ le burlesque n'était point l'expressioa * du doute et de Tironie. Le culte daif morts a survécu au philosopbismeds.^ siècle; le cimetière de Zug est comme " un bosquet entrecoupé de parterres; chaque tombe a ses ileurs, ses cou*?
Fonnes , et dans Tossuaire chaque esÊmporte le nom de la personne a iMpuU il appartenait. ^ •
I^es costumes sont fort ç^racieux :
les jeunes gens se parent de rubans noués de mille manières dlveraèt iifr des vêtements de couleurs fort variées^ leur chapeau de paille est couvert de' fleurs; les culottes sont très-étroites;' des bas à arabesques sont surmontés^ de jarretières rayées; enfin la cblMrat. écarlate est nouée avec des cordonf* jaunes. Au corset élégant de la jeune" fille se placent des rubans d'un rouge vif ; une longue chaîne de similor vieaf: retomber sur an tablier à larges pfia^, le jupon est conrt et serré. Tels sont les habits de fête de la population.
Î|ui se livre à la danse avec jpassion, e dimanche, après avoir travaillé sant' relâche pendant toute la semaine.
caractère général des physionomies^ c'est la franchise et la gaieté. Nulle part on ne trouve autant de ûlies jolies « et leur coquetterie même est empraMs d*innoeence. Il y a plaisir à les fék conduire une barque sur les ondes tu-, multueuses du lac, quand elles s'aban-' donnent à la vague qu'elles ne peuvent plus maîtriser sur un frêle esquif construit sans art et presque aaiis pré^ caution. Il semble qu'à la vue de cette ' masse imposante du Rigi , auprès de^ désastres de Goldau , on admire encore, plus ces simples et naïves créatONiyqui sont comme la plus douce eiMa*^ siun de la puissance divine à côtéae ce'
âu'elle a manifesté de plus terrible et e plus grandiose. Ce sont ces délicieux effets de la nature, ces contrastes ravissants qui , à rinsu même de Thabibitant, l'attachent si fortement au sol r il ne s'est jamais jeté dans l'aventureuse chance des émigrations. Il 07 a
point sur IcsriveR lointaines de TOhio, ni sur le sol aincain, de Suisses de Zug : le plus simple .viila{;eoîs diérit le sol qui Ta vu naître; il en possède tout !e passé, en retient tous les sotrvenirs, en transmet toutes les ^^loircs à la postérité, jaloux d'y ajouter quelque cliose encore, si de nouveaux dangers révélaient de nouveaux héros; heureux repend int de n'avoir point-à le faire, et jouis:^ant de touâ les avantages de la paix.
Baar est le principal village du canton ; il compte plus de deux mille habitants. Sur ^on territoire, on voit encore les belles ruuies du cliàteau de W'ildenbour^, dont les maîtres autrefois fatiguaient la contrée de leurs excès; enfîn, en 1355, un événement y mit fin. Le seiLîneur avait exigé d'une jeune IlUe qu'elle vînt à un rendezvous ; forcée d'accéder à ses vœux , elle en avertit son père. Celui-ci, à la faveur de robscurité, revêt les habits de sa fille et se présente au lieu indi-
3ué. Sans donner le temps au séducteur e le reconnaître, il se précipite sur lui, le frappe et l'étend mort à ses pieds. Aussitôt il court à Zu;;,ai!;itant au-dessus de sa tète la iiaehe ei^eore sanglante et appelant le peuple a la liberté. L indignation s'empare de tous les esprits; on marche au château, on t'attaque, et l'impétuosité des agresseurs triomphe de la résistance. \Vildenhouri^ tiiî mis en cendres; mais la tradition survit et s*agite encore dans les souvenirs des générations qui passent sur ces ruines; la simplicité populaire s'attache à l'opinion qu'elles renferment des trésors cachés, croyance assez générale dans tous les lieux où les vieux châteaux ont attiré l'attention du vulgaire.
Menzingen n'a de remarquable que le Finsfersée, très-petit lac dont les bords sont fort élevés. Lorsque le soleil ne réclaire pas ou que le ciel est couvert de nuaçes, ses eaux noirâtres reflètent les Tx>squets et les pâturages gui l'entourent, et il pr^raît d'un vert foncé; mais si la lumière du jour fait
briller son onde, il ressemble à un beau miroir sans tache. Un autre lac, appelé Bibersée ou lac des Castors, rappelle que les naturalistes du pays , entre ciiitrf s le (élebre Gessner, âllirment (|n uifrefois ces animaux habitaient les bords de la Reuss, de la Sihl et de l*Aar. La découverte des boîns de Walterschwyl, au seizièfue siècle, a quelque chose d'étrange. Des pèlerins s'étaient rendus à Jérusalem, et avec eux un chevalier apjiele Schwartztuaurer de Zug. Celui-ci Ht la connaissance d*un médecin juif qui lui apprit qu'il pourrait se iiuôrir d'une maladie déclarée incurable, en recourant à une source ui, d'après un manuscrit hébraïque, evait se trouver dans la montagne appelée Baarbourg. Le médecin juif prétendit que, quatre siècles auparavant, il y avait sur la montai^ne un cluUeau habité par des Israélites de su tribu. De retour dans sa patrie, Schwartzmaurerehercba et retrouva la source 1 et l'on y construisit des bains qui, jusqucu 1/48, ont appartenu à i abbaye de Wettingen; elle tes entretenait en fort bon état, tandis que les notrvenux propriétaires laissent dépérir retablissemerit.
Le canLon de Zug a fourni à fiiistoire suisse des hommes distingués; outre les deux Collins, nous rappellerons Waldmann, le vainqueur de ,Morat, ee tyrannique bourgmestre de Zurich, qui expia par le supplice et sa gloire et ses torts; Werner Steiner, qui trioniplia à Dornaeli et fut l'un des héros de Mari^^nan; il a Ini^sé île précieux inanuserits sur les guerres d'Italie. Les beaux-arts ont été cultivés avec succès par les deux peintres Mul- 1er, auxquels on doit de beaux vitraux ; "\Viekhard construisit le beau pont de Sins sur la Reuss. N'oublions pas le sculpteur Christen, simple montagnard, qui d*abord ciselait le bois avec la pointe de son couteau , et le général Znrlauben , qui a éerit une histoire militaire des Suisses au service de France.
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