‹ Histoire et description de la Suisse et du TyrolChapitre 16 sur 32 · L U M VERS · texte numérisé non relu

L U M VERS

conseil et du tribunal d'appel ; it exer* çait de plus le droit de grâce, votait

I impôt, entendait les comptes... toutefois il fallait que toute atïaire eut été préalablement déiil>érée dans le petit conseil, coipposé de deux nvoyers, de vingt-trois membres et de deux secrets ou heimiickere. ( 'est \c trrrmd conseil qui élisait et confirmait annuellement ce petit conseil. Les seemU veillaient au maintien de la constitu* tîon, et dénonçaient les infractions nu grand conseil. Il existait aussi un collège composé du petit conseil et de seize membres dési&nés par le sort {Mirmi ceux du grand : c'est ce collège qui confirmait, suspendait , destituait à volonté les membres du i;rand conseil , délibérait sur les chau^;ements à faire à la constitution , et préi)araît dans ses comités tous les travaux important-. Le tribunal d'af pcl nvnit pour président un membre du petit conseil avec quatorze assesseurs du grand :

dans les affaires capitales, on y adjoignait encore quatre membres du petit conseil. Une organisation i'uf'eiaire fort compliquée muiti()li;nt et entravait les rouages de cette anstoeralie exclusive qui eonflsquait toutes les libertés, tous les droits au profit de nobles familles, et laissait la véritable bourgeoisie en debors de toutes les affaires. Voici maintenant quel est le nouvel état du gouvernement bernois : la souveraineté appartient au peuple, et le grand conseil ne l'exerce qu'en son nom. Il se compo.se de deux cent quarante membres, dont deux cents sont élus par des électeurs choisis euxmêmes dans les assemblées primaires : ces deux cents nomment les quarante autres. Tout citoyen est électeur et éligible, pourvu qu*il ait accompli sa vingt-neuvième année, et qu'il pos.sède un bien ou une errance hypotbécaire de cinq mille franes.

II ne peut v avoir plus d un tiers de Bernois dans le grand conseil, et tout membre qui a seize ans d'exercice en sort nécessairement. Le landamman, premier magistrat, pré>itle le ^rai.d conseil; élu parmi ses membres pour un an , il n'est pas rééligible,

non plus que le vice-président. Le pouvoir exécutif et l'auministration sont conHés à un conseil de gouvernement composé de T a voyen président, et de seize membres nommés à la majorité dans le sein du grand conseil. L*avoyer ne peut pas ^tre en même temps lândannnan. Le conseil du gouvernement se subdivise en sections de diplomatie, de l'intérieur, de la justice, des ilnanees, de l'instruction publiquei de la LMierre et des travaux publics. On adjouît sous le nom des seize tout autant de membres du grand conseil, pour les délibérations relatives à tout ce qui concerne la constitution ou Torganisation intérieure; ils participent aussi à l'élection des gouverneurs ou préfets des bailliages, dont les fonctions durent six ans. Un tribunal supérieur 43onnait en dernier ressort de toutes les affaires civilf s on cr'fnineîles, et les juridictions inh 1 it'ures ne sont pins morcelées a l iuliai. 11 n'y a de tribunaux spéciaux que |)our les contestations conmierciales. Telle est la constitution adoptée par le peuple à la suite de la révolution française de 1830, dont les dernières ondulations ont renversé la vieille aristocratie bernoise. Les familles aristocratiques ne cessent de prolester contre une oreanîsntion qui compromet, disent-elles , tant de siècles de gloire et de prospérité. Le canton fournit à l'armée fédérale un contingent de cinq mille buit cent vingt-quatre bonnnes. et cent quatre mille quatrevingts francs de Suisse.

Les bailliages du Jura ou Leberberg ne sont qu'une bien faible compensation à toutes les j:ertes que les événements de la révolution de 17îi8ontfait essuyer au canton de Berne; il possédait le comté de Baden , tout le pays de Yaud , etc. Tel qu'il est encore, ce canton est égal an quart de la Suisse, et c'est sur son territoire que Ton admire les plus grandes beautés de la nature. La ville se distingue par de superbes monuments : nous citerons principalement l'église (le Saint-Vincent assise sur ime esplanade qui repose sur une gigantesque nmraille à robustes contre-forts, au pied desquels sont quelques maisoiis

SUISSE

resserrées cnlrs P Aar et cett? jnajestueuse constriiriion. Du luiiit de la promenade plantée sur l'esplanade , on voit cette rivière se recourber autour de la colline et proté;;er tes abords de la ville en rpiiin-int do sa ceinture argentée de sorj onde ie^ linlu'tations et les terrasses de cette camtale. iSous avons dît déjà (^ue la cathédrale était due aux conceptions de Mathieu de Steînhacli; elle a cent soîxnnte pieds de loniï sur quatre-vingts de large; la tour s'élève décent ijuutre-vingtonze pieds au-dessus de Tesplanade :vCommeQcé en 1421 et terminé en 1502, cet édiûce appartient a la seconde époque du gothique. Les sculptures du portail sont d*une grande beauté; on admire aussi les vitraux et les ciselures des bancs du chœur. Le monument de l'avoyer de Steii^er décore la nef; il a été élevé en 1825 : six tables de marbre noir portent inscrits les noms de sent cent deux Bernois morts en oomoattant poiir la patrie.

C'est un spectacle ravissant que celui dont jouit le voyageur sous les marronniers qui ombragent Tesplanade; la description qu'en fait M. de Stapfer est Tune des plus exactes; nos souvevenirs aussi ont, après bien des années, toute leur vivacité, (jui pourrait oublier cette blanche li^ne de glaciers que plus de dix lieues sé{)arent du spec* tateur? Kt cependant il a peine à se défendre de Tilkiston qui les rapproche. Ces lignes dentelées se découpent sur l'azur du finnainent, et de noirs rochers semblent se croiser et s'entrecouper les uns derrière les autres.

Chaque heure, chaque instant modifie Je tableau , en adoucit les teintes ou les rembrunit; c'est le p assajçe d'un nuage, c'est le retour du soleil, c'est l'approdie du soir ou la tonibi'ede la nuit. Alors ces Cf'nnts naguère si brillants dcvicniient sombres et sévères, leurs masses d'abord imposantes se confondent peu à peu dans l'obscurité et bientôt ressemolent à des nuages; alors se perdent les noms que Ton aimait a se rappeler pour mieux juger les distances, pour ne pas confondre les pics que séparent des lacs ou des vallées» et le voyageur

attend avec inipatierjce Tniirore qui doit lui rendre les mèmeâ beautés sous un nouvel aspect.

On rapporte un événement singulier arrivé à un étudiant le 15 mai 1654:

il voulait dompter un cheval fougueux ; l'aniinal effrayé franchit le parapet et tomba de cent vingt pieds de hauteur; le Jeune liomme fut grièvement blessé, mais il survécut à sa chute, devint pasteur, et vécut jusqu'à l'âge de soixante trois ans dans un village voisin. Le fait est rapporté par une inscription. Il n*y a pas bien lonjL;tem[)s qu'une malheureuse condamnée aux travaux publics se tua en se précipitant au même endroit. La ville ne présente pas à l'extérieur la même régularité i^u'à rintérieur : les maisons* disposées sur différentes terrasses et entrecoupées de jardins, ont un aspect

t)lus pittoresque que ne le comportent es règles de l'architecture; niais les principales rues sont ornées de galeries en arcades surbaissées; elles sontd^ailleurs lariies et bien dallées; enfin un canal construit en moellons carrés promène sans cesse des eaux vivei» qui enlèvent tous les immondices et contribuent à la salubrité. Il y a, en toutf mille soixante- deux maisons- renfermant environ seize mille habitants.

La propreté des rues est entretenue par tes condamnés, et c'est pour l'é^ tranger un triste spectacle que ces hommes et ces femmes marchant à la voix brutale des surveillants, et serrés au cou par un lourd .carcan de fer.

Cette peine doit être plus cruelle à celui qui la su!)it que la mort même.

Les portes de la ville ^ont la plupart fort belles, celle d'Aarberg surtout, et celle de Morat, où l'on voit une magnifiqtie grille de fer; il faut visiter aussi la maison de correction, le grenier d'abondance, les fontaines qui, au hant de petits obélisques, présentent des Statues de guerriers ou de magistrats.

Le saint roi David décore celle qui fait face à la tour de Goliath, et semble ajuster de sa fronde la bgure colossale sculptée dans une niche; mais cette figure n'est devenue un Goliath que dans la pensée populaire, car elle re*

L'UNIVERS

présente saint Christophe. Berne s'enrichit chaque jour de constructions nouvelles : la colonnade de la porte d'Aarberg estàpeineachevée;lesoursder elle de Morat viennent d'être pos(^s; on visite l'école vétérinaire , la terrasse de la Monnaie, une nouvelle fosse aux ours, un nouveau pont de bois pour joindrjB l'Altenberg à l'intérieur... Un événement affreux contrista la ville en 1834: pendant qu'on y travaillait , un des supports de réchafauda^^e rompit, et un grand nombre d'ouvriers et de curieux tombèrent dans l'Aaar et s'y noyèrent.

Le ?nusée d'histoire naturelle et d'antiquites est fort riche. Il y a aussi de belles collections particulières; par exemple, M. le major Manuel possède une grande quantité d'objets préciriix du Janon. et les frères Millier ont réuni beaucoup d'objets d'art; ils ont retrouvé le secret de la peinture des vitraux.

L'hopîtal bouriieois et r]iô|)ital de nie, fondé par les reliii;ieuses qui habitaient autrefois un petit îlot de l'Aar, offrent beaucoup de ressources à la pauvreté, et, en général, l'administralion est très-bienfaisante et surtout fort prévoyante. La bibliothèque de la ville a plus de trente mille volumes et I»lu8 de douze cents manuscrits helvétiques, des bas-reliefs de Ta Suisse, une collection rdpportée d'Otaïti par un Bernois eompagnon de Coke. Il faut voir encore la bibliothèque et les galeries, de tableaux des illustres Mulinen; le cahinet des médailles suisses du docteur Eisenschmidt, les insectes et les coquillages du professeur Studer sont autant de sujets d'étude; surtout U ne faut pas oublier non plus ^arsenal où sont des armes d'époques si diverses, de batailles si glorieuses, vérita- J)les archives de l'honneur national.

La nature a plus richement doté le canton de Berne que les armes de ses citoyens n'ont acquis de territoire; un voyageur y pourrait passer sa vie sans avoir une entière roîi naissance de tout ce qu'il renferme de sujets d'admiration, depuis les gorges de Moutier jusqu'aux sauvages rochers du Grimsel , depuis les bailliages italiens jusqu'à la

fertile Alsace. On aime à parcourir la riante vallée qui, des frontières de France, conduit à Porentmi, à Dâé-

mont, en prolongeant la base du mont Terrible, où la tradition, malgré l'im-

f)0ssibtiiie et l'étroite disposition des ieux, veut reconnaître le camp de César et celui d'Arioviste. Ces vallées reçurent les premières les guerriers de la liberté à une époque où notre révolution, pure encore de tout excès, promettait tant de prospérité, qu'elle échangea depuis pour tant de ^U^-, La vallée de Déléinout est fertile; ses dernières montagnes à rorient dominent Soleure ; mais sur sa droite s'ouvre nne étroite avenue de laquelle ' s'échappe à gros bouillons In torrentueuse Birse qui s'entoure de roches verticales. Là, des fori^erons sans nombre, et les hauts marteaux de Roche et de Correndelin font mugir au loin les échos des forêts : beautés sauvages, industrie sévère dont rasj)e('t et le retentissement affectent l'étranger d'une mélancolique admiration; puis il s'arrête à contempler les roches de Sajo^ Germain et leur disposition singulièrement bizarre : ces créneaux de la nature descendent en lignes parallèles symétriquement ciselées comme des enceintes de châteaux; et sur les sommets sont des rcmpai ts imaginaires, architecture militaire fondée par In création, b^^tions aussi anciens qii'elle-uiénie. La pensée s'y méprend ; on attend la sentinelle du vieux donjon; on cherche à comprendre les formes de Tédifice, et la vallée se rétrécit toujours, jusqu'à ce qu'enhn elle s'ouvre sur une autre galerie transversale, espèce de petite

E lai ne qui donne accès a d'autres ba* . itations. De îMoutier , dé nouvelles gorges condiiisi/itt ;i Tav:ines, où la Birse sort impétueuse du rocher mémCi et fait tourner un moulin dès qu'elle voit le jour. Au haut de la montaffMi que la route sillonne en se repliant sur elle-même, est cette roche ou plutôt ce portail avec son inscription à la divinité des Augustes, puis les gorges de Soncevaux, et enfin la hauteur de Bienne, amphitbéiltre majestueux d'^ i'on.peut contempler soixante ïm^s o»

SUISSE

glaciers, et Bienne elle-même, et ISi- 4au et iNeulchàtel, enlin cette îie déli- 4tieu8e où Housseau avait trouvé le Tftpos, où il abandonnait sa barque au gré des flots. La France avait établi sa frontière sur la rive de ce lac; Hicnne ^tait un clief-iieu de justice de paix : «tyoutâ*bui elle est soumise à Berne, •on antiqveprotectrîcc. Rien n\?st plus ^oux que 1 aspect de l'ile de Saint- Pierre au milieu de ces ondes si bleues, si resplendissantes des feux du soleil : le sommet est couvert d*une niagnificfue promenade en marronniers; la viçne et les vergers .carnisscnt le revers oriental; mais à Touest, en lace du Jura, rîle est abrupte et semble un amas de roches éboulées. Un fermier de l'hôpital de Berne y reçoit de nombreux notes pendant la vendange, et la belle saison lui amène sans cesse des étrangers qui ont grand soin d'écrire leurs noms dans la chambre où logeait Rousseau, sur un registre, sur les murailles, étrusque sur le nez de son buste, trop heureux quand leurs prétentieuses et burlesques compositions ne se répandent pas en vers ou en exclamations admiratives, parmi lesquelles on clierclie à démêler quelques noms pour savoir si Ton a été précédé, dans ce pèlerinage, par un ami dont on )H>udrait suivre Ta trace pour s'en faire un compagnon de voyaiie. A l'opposite de Bienne et de ^i(hlu, on débarque à Cerlier, d'où la route vous conduit à Aarberg, situé au milieu des collines qui séparent les lacs de Morat, Neufchàtel et Bienne, riche bojir^ade où tout rappelle l'industrie agricole et l'éiève du bétiwl : c'est un continuel marché , un bruit assourdissant de chariots, de chevaux, de buveurs et de marchands. Située entre deux brasdel'Aar, la commune semble restreinte à une seule rue qui est tellement large qu'on la prendrait pour une place.

L'Oberland bernois est un véritable Éden : une route charmante, pl.mtée de cerisiers, remonte le cours de l'Aar de Berne jusqu'à Thoun, dont le beau lac, les vertes prairies, les noyers majestueux et les hautes montagnes qui entouceot le paysage, font ua séjour

délicieux. La ville, adossée à la chaîne septentrionale, est composée de m<iisons la plupart assez vieilles; mais les tourelles élancées de son vieux château, et les édifices modernes qui bordent le lac et la rivière, varient beaucoup le coup d'œil. En face sont le Stockhorn à la cime dentelée , le Niesen â la croupe verte et vivace, gigantes* ques impostes d'une étroite et sauvage vallée que parcourt la Simme. Kntre ces géants et le lac arrive la Kander oui descend d'une autre vallée: le long de ses rives , on peut remonter Jusqu'au Grimsel, qjii retombe en masses cle rocher dans un des gouffres du Valais où sont cachés les bains de Louéche. Les hauteurs qui emprisonnent le liie de Thoun sont abruptes; des galeries semblent taillées dans leurs flancs, et différentes zones de forets interrompent la nudité de ces parois; à la base s'ouvrent quelques carrières de marbre.

Lorsqu'on traverse le lac en bateau pour aborder à Neuhaus, on ne cesse de reporter les yeux sur le Blumlis-Alo, la Jungfrau , les deux Eiger, le Schreathorn: aux lignes auguieuses, aux roches noirâtres qui supportent les glaciers et les neiges, on croirait voir des coupes immenses taillées pour recevoir ces frimas étemels. Plus ces beautés sont sévères et plus gracieuse est la vallée. De INeuhaus à Unterséen et a Interlacken, ce ne sont que riches pelouses de verdure, que belles j^venues de noyers à travers lesquels apparaissent les montagnes. Quànd un beau soleil éclaire le paysage, quand l'onde de ces lacs blanchit sous la rame, on ne peut se défendre du désir de fixer à jamais sa demeure au miliea de ces sites ravissants; aussi se trouvet-il à Interlacken une grande quantité d'hôtels et de maisons de campagne où des étrangers de toutes les nations viennent passer la belle saison; c'est un véritable jardin anglais parsemé de pavillons qui rivalisent entre eux de propreté et d'élégance. Les avenues sont soigneusement sablées, les maisons ont toutes des bancs vers In route,, les fenêtres sont garnies de lltiirs;' une brillante société habite ce village,

L'UiNIVERS.

tandis que la population des auberges se renouvelle à chaque heure , envoyant ses chars rapides vers les vallées de Lauterbrunnen et de Grindeiwald, à la Weii(^mi-Alp, à la mer de glace, ou naviguant sur les ondes de Brientz à l'impulsion de la raine, mollement cadencée par de jolies batelières, dont les chants retentissent harmonieux jusqu'au lointain rivage.

A l'entrée de la vallée de T-auterbruimen est le vieux château d'Lmspunnen où fut célébrée, en 1805 et en 1808, la fde des bergers des Alpes, en présence d'un grand concours de ctineuxel d'étrangers. La luttent le pugilat, les exercices du corps et le tir se succédaient. La lutte a un caractère sin^lter; pour être vainqueur, il faut avoir trois fois étendu son adversaire sur le dos : il n'e.^t sorte d'artilice, de tour de force ou d'adresse dont un athlète ne soit capable, soit pour triompher, soit pour ne tomber que sur le ventre ou sur le côté a(ln d'annuler le coup. On trouve dans le ohannnnt ouvrage de IS!. Théohnid de VValsrh sur la Suisse une description fort piquante de combats de ce ^enre entre des jeunes gens d'Oberhassli et de TUnterwald; le voyai^eur rrtnnrque que dans une lutte qui devait si fortement exciter Tauiour-propre, on n'apercevait rien qui indiquât cette animosité ou cet es* prit de rancune qu*il serait si naturel d'y supposer.

On passe au |jie<l dTnispunnen pour se rendre a la vallée de Lauterbrunnen , et,, a près trois heures de marche sur tes bords d'un torrent appelé Lutschlne, on arrive à l'auberge voisine du Staubbach , magnilique cascade que son nom suffirait à décrire, puisqu'il signifie rivière de poussière. Ses eaux se précipitent du haut du Pletschberg et tombent à pir de huit cents pieds d'élévation, se divisant en plusieurs gerbes ui se perdent dans les airs avant 'arriver, et que le vent protnèneeomme une vapeur humide; à la base du roc, elles rejaillissent et tournent en divers sens, recevajit, avec les rayons du Boteil, toutes les couleurs de l'arc-enciel , qui se meuvent et se croisent avec

rapidité. Fn hiver, il se forme une accumulation de îrlnre qni n quelfuiefois troiscents pieds d épaisseur, et4ieu.x stalactites descendent immobiles du sommet de la montagne.On affirme que nous ne voyons de cette chute que (a partie la moins reniar(|ual)le, et qu'en gravissant le Pietscld)erg on en trouve une plus belle encore. Ce n'est pas le diemin que prennent ordinairement les voyngcurs : souvent ils s'enfoncent plus avant dans h vallée, vers l'emplacement où etaii au quatorzième siet-le je village d*Ammerten| solitudes afiTren* ses aboutissant à des glaciers à peine praticables pour des chasseurs de chamois. Il y n une cinquantaine d'années uedes mineurs valaisans eurent l'anace de s*aventurer sur cette mer de glace, unicjuement pour aller entendre la messe dan< leur village; ils revinrent par le même cliemin. Il y a plus de vingt chutes d'eau ^ans la partie sauvage de la vallée; taphs belle est le Schmadribach, à quatre lieuet de T nuierbrunnen; il tombe du sommet (lu Steinherg à travers les échancrures d'un rocher. Beaucoup de personnes la préfèrent au Staubbach ; mais la distance à parcourir est si forte, il y a si peu d'objets intermédiaires, qu'on se de(jde rarement à ce pénible pèlerinage.

Jamais, au contraire, on ne se refuse au voyage de la Wengern-Alp,

ascension pénible où Ton emploie plusieurs iu'ures à gravir la haute paroi qui fait face au Staubbach, que l'on ^ oit s'agiter dans les airs comme une gaze au gré du vent. Quelques maisons répandues ou plutôt suspendues çà et là bordent le chemin, mais bientôt ce n'est plus qu'un pâturage grisâtre parsemé de roches. Si le regard plonge dans la vallée, on croit voir une crevasse au milieu des montagnes, mais la belle végétation qu'on vient de quitter en revêt les flancs. Déjà l'on n'en voit [ilus le fond, la Lutscliine et le Staubbach lui-même ont disparu; désormais on s'avance vers des scènes d'un autre genre, on se tourne vers une autre vallée, et bientôt apparaît l'immense Jungfrau. Vue depuis In-

terlacken , on l'nvait ronsirléréc nomme un magnifique dôme de glace, les détails écna()paieQt à robsei-vateur; mais à la Wfiifsern-Alp, on la contemple sans illusion , on pourrait compter les vn^tps et nôtres arêtes de ri)C (^uî convert^ent vers I;i roupoir et se reunissent au sommet; oa voit dans toute leur blancheur ces diamps de neige qa'îls supportent et contiennent, car on n*en est séparé que par une profonde trnnchée,sorte de fissure étroite dont on ne connaît ijue l'existence, et dont jamais on ne visite le fond. Malheur à qui s'y hasarderait : c'est le ré- * ceptacle de toutes les avalanches. Sans cesse un bruit sourd et lointain avertit le voyageur d'un phénomène nouveau; assis à la Wengern-Alp, devant le chalet du métayer, il cherche longtemps en vain , car cv bruit qui frappe son oreille n'a point * ore de cause apparente; eniiti il voit tourbillonner la neige, et glisser sur les flancs de la Jangfrau quelque masse que brise le roc!)pr, et flnnt !çs (icliri'^ roulent delui (Jaiis le Troiiiineltejithai : c'est le nuni du précipice qui le sépare de la Jungfrau... Ce spectacle, tout éton* nant qu*il puisse être, ne satisfait

{)oint : en vain les petits canons mis n a disposition des curieux provoquent par leurs explosions des avalanches nouvelles ; si la nature n*y est disposée , ces tentatives sont vaines... Mais quand unsoleildeprintenipssuccèdea la pluie, quand lu chaleur de ses rayons pénètre ces glaces, un craquement terrible et répété au loin dans ces solitudes annonce un déchirement qui défie le vacarme que l'erait une nombreuse artillerie; tout à coup la masse s'ébranle, elle descend d*abord avec lenteur, gagne de vitesse en raison de la distance parcourue, se heurte contre mille obstacles et tombe enfin dans la mystérieuse vallée... Cette merveille s'empare de rhomme au point de le plonger dans une silencieuse méditation, ■ et, tnnJis que la nature rentre dans le calme, il est impossible quMI ne demeure pas comme anéanti de ce qu ii vient d admirer; impression indicible, sentiment pour lequel il n'y a point de

parole, pas plus que pour définir la-

I)re!fiiere vue de la 'mer. ï.a Junsfrati est liolcede toute part; cependant elle semble s'appuyer au sud sur le glacier d*Aletsch, rempart de glaee de plus de dix lieue> de lon;zueur qui sépare le canton de Berne du Valais: on croirait aussi que le Mœnch et l'Eijçer lui servent de support; mais elle se suffit à elle-même , et relève vers les cieux sa t(He virginale. T.e nom qu'on lui a donné vient, dit-oîi . de l'impossibilité de l'asceniiion : ia montagne en effet était demeurée vierge de tonte visite, lorsque, en 1812, les frères Meyer d'Aran cntrrprirrnt fi'v monter, et publièrent leur triomphe; itiais ils trouvèrent des incrédules. Pour les confondre, ils osèrent renouveler, en 1830, ce périlleux voyage, et, après de grands détours par les glaciers de l'Aar, ils accomplirent leur promesse à la vue des habitants d'interlucken.

Ils ont depuis fait un tracé de leur route, dont peu de personnes seront tentées de vérifier l'exactitude.

Heureux lorstp/un beau jour permet au voyageur de jouir encore de la vue de la petite Scheideck, d'où il admire la mer de glace et les nombreuses aiguilles du Grindeiwald. Le vil!ni:^e est situé gracieusement au milieu de jolis bosquets , mais la vallée est sombre et sauvage; ce sont toutes les beautés ou plutôt toutes les horreurs de l'hiver : là sont, comme couronnement aérien, les deux Eiger, les deux Wetterhorn, le Mattenberg, leSchreckhorn , séparés les uns des autres par des déchirures profondes, mais s'éievnnt brusquement du sein de la verduie; les placiers entremêlés à leurs roches semblent se grossir chaque année des neiges qu'ils secouent sur les profondeurs voisines. Ici les arêtes des montagnes et leurs escarpements sont plus vils, plus tranchés qu'à Chamouny, et la mer de glace se rapproche davantage des hab tations; elle descend sur des plans inclinés qui s'abaissent jusqu'au inveau du Grindeiwald, < iiiiue si ces Ilots immobiles s'étaient an êtes devant une subite congélation, comme s'ils s'efforçaient encore de s'échapper

f UNlfEUS-

de respacc qui les retient entre le Schreekhorn et le Wetterhorn. Dans

ces contrées, on appelle knrn les pics que dans la Suisse française on appelle aiguilles : l un et l'autre nom ont le mérite descriptif, dut tantôt ils s'élèvent ^Mlés au-dessus des nuages, tantôt ils se recourbent en cornes l)iz;irre.s. La mer du Grindelwald, dont on n aperçoit jamais Tensemble, a plus de ▼iDgt-cinq Itetfes carrMs sur une profendeur de plus de cent toiles; afnst la flèche la pluselevi r de nos monnmfnts religieux ne pourrait atteindre qu'aux deux tiers de cette masse. Le ministre du village s'assora que des pîerits je* tées dans certaines crevasses mettaient de douze à quatorze secondes pour atteindre Peau qui en occupe le fond, ce qui, d'après la remarque de M. Simon, sappose dna cents loises de profondeur au lieu ae cent.

ïl p'e<:t pas rare au printemps de rencontrer des corps de chamois tues par les avalanches et mutilés par des ehntes de pierre : quand le kemmet- «[eyer les poursuit, ils glissent parfois au fon^ des abîmes. Rien n'égale Taudace et la dextérité du chasseur qui est expoâé aux mêmes dan^rs , et dont la fie aventureuse est une source inépuisable de traditions, de récits et de croyances populaires, car c'est une vie d heroïsnie, et ia poésie épique ne vit plus que éùM te peuple et dans sa merveilleuse imagination. Quand le chasseur veut se procurer ne jeunes ciiamois pour les apprivoiser, il g^iietto Tinstant où la mere leur donnera le jour, la tue et8*en empare immédiatement. Il faut pour ces entreprises une vue perçante, une marche nssurée, une tête forte qui ne s'étrare [ioint à l'aspect du précipice, une ai^iiité qui permette d*effleurer en sautant la saillie de roc qui n'offrirait point un appui durable, assez de vigueur pour n'être point embarrassé du poids des provisions. Quand l'animal fatigué se couche, on peut en approcher; autrement, il a /odorat très-lin et ne reste jamais à portée de fusil. Comme il répand luimême une odeur très-forte, les chiens n'eu perdent jamais la trace, mais

leur présence le chasse dans tes Heux les MUS inaccessibles, et les chasseun

préfèrent s'en passer. Ordinairement on se mtmit d'outils pour tailler des decjrésdans la glace, d'une lunette, de souliers à crampons et d'une earabîiie; le ehasseur a soin de passer une Mmise par-dessus ses habits pmir être moins aperçu au-dessus des neiges :

un observateur, posté derrière des pierres entassées, avertit ses camarades du côté où sont les chamois? il fruit nlnrs se trnîner de rocher en rocher, et demeurer immobile dans la neige tant que l'attention du ciiamois est dirigée de es côté. Si le cbasserir est bien placé sons le vent, il peut rceharp:er son arme pinsiairs fofs, c^r les détonations n'effrayent point ces animaux a* coutumés au tonnerre des glaciers. On vise de préférence le ptas foncé , parce (faB les diamois rembranissent b mesure qu'ils engraissent.

Le chasseur qui a renversé sa proie accourt en poussant de^i cris de joie, Tachève si elle vit eneore, lui arràdrie les entrailles pourendimin ler le poids, et la charpie sur ses épaules; souvent même il boit de son sang, parce que l'opinion vulgaire est que cela préserve du vertige, lin chamois ordinaire pèse de cinquante à soixante livres. Quelquefois les chasseurs confient tous leurs fusils à un seul chasseur qui se met à Taffût, et lui amènent la troupe comme le pourraient faire les chiens.

Si le passage est trop étroit, le chamois prend de 1 ludace dans sa frayeur même, s'eiance sur son ennemi et le précipite, ou bien on voit bi troupe entière se précipiter et périr plutôt que de '^e laisser prendre: ces exemples cependant sont assez rares , car la moindre saillie du roc suffit à leur sécurité; on les voit s'arrêter dans des lieux où Ton ne croirait pas qu'un oiseau pât trouver un poii^t d'appui. Depuis que le droit de chasse est illimité, le nombre des chamois a considérablement diminué; Us marchaient autrefois par troupeaux de cinquante; il est rare aujourd'hui d'en voir plus de dix réunis; néanmoins on a pris des mesures pour prévenir leur destruction.

SLISSE.

lorsqu'on a con?;nrré deux jours aiix vallées de Lnuterhninnf n et du Grindeiwald , lorsque des lieux les plus sauvages, des souiniets^ les plus escarpés on revient sur les bords riants dû lac de Brieotz, la vue se repose avec délices sur ses ondes si douces, sur les jolies habitations qui Pentourent; Interlackeu , qu'on avait tant admiré, re> double d'attrait, et Ton se prépare à des excursions nautiques qui, avec moins de fiitigues, offrent des plaisirs plus vifs. Sur une lonirueur de trois lieues, le lac est lar^e d'une lieue, et quoique ses rives soient assez abrup* tes, les flancs .des montagnes offrent un aspect gracieux, depuis le port enchanteur d'Intrrlaeken iusf|u*à l'otiverture de la vallée de Meyringen, où le navigateur voit à sa gauche le joli village gui a nommé le lac, a sa droite une i:erbe bruyante qui retombe de tout son poids, et verse dans le lac blanchi d'écume les eiiu.\ bruvante^ du Giesbach. Cette rivière a plusieurs étages , plusieurs chutes de lorêts en forêts, de prairies en praires; à chaque nouvelle rupture du roc, elle présente de nouveaux phénonicnes, et non loin du soiyimet un chalet habité dans la belle saison par le maître d'école de Brientz, dont les filles naguère mêlaient harmonieusement leurs (liants à la voix de la nature; mais le retentissement des ondes est étemel, et si l'usage de surprendre le voyageur par des accents mélodieux n'est pas interrompu, d'autres filles sans doute auront succède déjà à celles qui avaient acquis tant de célébrité dans les itinéraires des touristes. Brientz n'a jamais manqué de fournir son contingent à la benutc; la jeune batelière est encore cclebre, et ses portraits, multiplies a rinûni,sont dans tous les recueils, quoiqu'elle ne soit plus qu'une obscure marchande d'Unterséen dont le temps n'a laissé subsister que la réputation. T.es chants des jeunes filles sont en usaf;e aussi au Grindelwald ; elles viennent sous les to^Ce$ de l'auberge, et reçoivent les enconragemeots et la monnaie des étrangers.

La route da Brientz à Meyrîngen

est riche en sujets d'admiration; en face de la descente du Brunnig sont plusieurs cascades d'uriegrande beauté; on les vanterait beaucoup si elles ne se trouvaient en quelque sorte annulées par leur position entre le Giesbach et le Reichenbach: telles sont les chutes du Muiilibach, de l'Oltschi et Vendelbach. Mtiis toute célébrité est absorbeç^ par les belles chiitetf du Reichenbach ; des roches profondes entourées d'ime végétation vivace, de pelouses d'un vert tendre , de noirs sapins , des chutes profondes, des masses d'eau retentissante se pliant et se croisant en gerbes brillantes, puis s'écoulant vers une nouvelle aniractuosité pour retomber encore, phénomène sept fois répété avec des formes toujours diverses, avec des accidents toujours nouveaux, voilà tout œ que nous pouvons dire ' de cette reine des cascades dont le nom seul atteste la richesse et qui peuple Weyringen d'étrangers. Deux beaux hôtels les reçoivent chaque année,- et ne sufiBsent point à cette roule de bonne compagnie; souvent l'étranger est renvoyé chez de simples cultivateurs, et ne paraît aux auberges que pour y prendre ses repas. On se croirait alors dans plus grandes villes de l'Europe, si la conversation et les projets des convives n'avertissaient sans cesse que ce village n'est que la capitale des solitudes soienneHes oui Tenvironnent, la halte de tous les nommes qui, des extrémités de la terre , sont venus contempler les plus belles scènes de la création. Aussi à Meyringen, comme dans toutes les auberges suisses, on rencontre presque toujours bonne compagnie, non-seulement parce que ces incursions exigent une \ie libre d'affaires, une fortune au-dessus du besoin, mais principalement parce que ce retour vers la nature, ce sentunent exquis de ses beautés n'appartient pas aux âmes vulgaires. Sans doute, la mode entraîne à la suite de ces vérftables observateurs beaucoup de ces oisifs dont toute l'intelligence se réduit à inscrire dans leur carnet qu'ils ont été là; mais le ridicule en fait justice; on les reconnaît aisément, et bientôt

L'UNÎVKRS

ils deviennent la risée de ceux dont i!s

Sauvent bien suivre les traces, lujis ont le^nattiret et le sentiment leur demeurent étrangers. On a vu des dames toutes surpri?es de ne [louvoir an^r ri« r leur calèciie jusqu'au Grindelwaid ou a Chamouny, et n'avoir point à se présenter au Montanvert avec les mêmes parures qu*à Longchamps.

Quelqu("sjVunes fpmtnrs se roprîîiflaient en quolibets sur les ^ineiers, les cascades; quelques Anglais passaient endormis dans leurs voitures; mais, en général , la Suisse est le rendez- vous intellertiiel fie tout ce. que les nations ont de personnes ilistijif^iices. Le bon ton préside aux conversations de table, et SI les mêmes voyageurs se retrouvent pendant plusieurs jours en un inêine lictr, ils prennent ^habitude de rendre compte les uns aux autres de ce qu'ils ont vu; ils y ajoutent des conseils sur remploi 'dii lendemain; les projets se mûrissent , les caravanes se forment. Aussitôt le baromètre est consulté, on court à la fenêtre, on s'avance sur le perron; s'échappe-t-il une vapeur légère du sommet o^un rocher, un nuage s'assoit- il sur les glaciers, rinqtiiétude va jusqu'à l'anxiété; on s'interroge, on eonsulle l'bôte, les guides, on se coucbe non sans quelque agitation ; puis nu réveil , quand un ciel serein, un soleil brillant rassemble au pied du perron mulets, çtiideset voyafieurs, on voit partir en longfies files cette multitude d'hommes et de dames qui la veille se connaissaient à peine, et qui désormais sont amis au nom de la nature vers l;M|(ipHe ils semblent députés par tous les |)euples... On a remarqué que les voyageurs en Suisse se retrouvent toujours avec plaisir dans le monde, et recommencent volontiers par ta pensée leurs aventureuses campagnes.

Meyrineen est Tune des stations où l'on s'arrête le plus, soit que l'on se dirîi;e vers l'Unterwald par la belle montagne du Brunnig pour y admirer les lacs de Lungern et de Sarnen, soit que l'on veuille naviguer sur Theureux lac de Brientz ou gravir les vertes sommités du Giesbacli; c*est aussi le point

de départ de ceux qui vont au sauvage Gritnsel; enfin on admire après le ' Reîchenbach le magnifique glacier de Rosenlawi, près duquel on passe pour nller de ^leyringen au Grindehvcild.

Au fond d'un 'joli vallon, on a[)erçoit une maison de bains. Là sont d'immenses masses de glaciers formant les grottes les plus belles, etd*une trans^ parencp , d'une blancheur sans é^nle :

ce glacier descend perpendiculaire et dentelé de stalactites entre le Wellhorn, leStellihorn et TRugelhorn; ses teintes en s'élevant prennent dans le lofiit:^*n une couleur hIenUre; il surpasse beaucoup en bcnute les glaciers du Rhône qui sont trop décharnés; d*ailleurs aucun corps étranger, aucune particule terreuse n'en altère la l.ou^é. T^ne position nouvelle, découvertedepuis 1832, attire ;iu Fnulbornde nombreux visiteurs; une auberge construite à huit mille cent quarante pieds au-dessus de la mer, et de deux mille cinq cpitts fîe pins que le (>ulin du Ri^î, permet de <"OMteinpler toute la chame des Alpes depuis le \lont-Blanc jusqu'au Tyrol : on y aperçoit le lac de Zug^t les forêts de la Souabe par delà celui de Constance. L'auberge a tro?s'étas;es; elle est établie sur une esplanade, pratiquée de main d'homme, à environ quatre-vin^ pieds au-dessous du pic.

RI. le pasteur Schwcizcr a publié une topographie du FhiIIioiii avec une carte en forme de panorama. On est étonné, à cette prodigieuse hauteur, de trouver un gtte aussi commode et d'aussi lions repas.

De Meyringen on remonte le cours del'Aar pour gravir le Grimsel, longue et pénible journée, nrélude des fatigues nouvelles qu'il fauara subir pour descendre dans le Vnlais, ou bien pour remonter ensuite et redescendre encore la Furca afin de pénétrer par le Saint- Gothard en Italie, ou par Andermatt dans tes Grisons. Les peines toutefois sont amplement c(unpensées : le chemin, pendant quelques lieues, offre l'aspect le plus gracieux, pui^ iise rétrécit et s'entoure de noirea^jQppf lea roches naissent en quelqOe sorÎB sous les pas du voyageur; bientAUtnDjplili

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SUISSË

4'autrc sol ; heureux quand la fréquence des passages ou la main des pâtres et des métayers a disposé en degrés les blocs qu'incessamment il faut enjamber.Toutefois ces obstacles sont moins incommodes tant que Ton n'est pas arrivé au village de Guttannen, qui est à trois lieues de Meyringen : déjà les

f)ics les plus arides entourent la valée, mais la verdure est encore vive.

L'Aar traverse cette commune qui n'a d'autres arbres que le cerisier, mais qui cultive encore des céréales.

On gravit ensuite de roc en roc sur les Lianes arides des montagnes, mais toujours au milieu de la foret , et , après avoir fait encore deux lieues, on aperçoit quelques chalets de métayers groupés sur une belle pelouse : déjà l'on entend mugir, et l'on ne voit pas encore l'iitimnnse gerbe de l'Aar qui s'unit dans les airs avec la Handeck. Ces deux rivières, se précipitant chacune de son coté, arrivent au bord du même escarpement , se heurtent avant de se perdre au fond du gouffre , tombent et rebondissent ensemule, assourdissant de leur bruit le voyageur, ets'ilétaitsansguide, il chercherait longtemps peut-être la cause de ce phénomène. L'industrie des pâtres a pratiqué au haut de la double cascade une sorte de belvéder d'où l'on voit accourir l'un et l'autre torrent; mais le meilleur point de vue est au pied de cet abîme, à l'endroit où , réunies en un ruisseau impétueux, les ondes s'écoulent plus paisibles. Là une tissure verticale, sans permettre au voyageur de s'approcher, lui laisse apercevoir ce confluent aérien ; la roche semble ébranlée de ces battements saccadés, de ces secousses éternelles : on a peine à se défendre de la peur, et la solidité de ces granits contemporains de la terre ne suffît pas pour bannir ridée. d'une destruction prochaine.

C'est de dix heures du matin à midi, ^et dans les jours sereins , qu'il faut se placer au haut de la Handeck; c'est alors seulement que le soleil y plonge sa lumière.

En remontant vers le sommet, la végétation disparaît pour faire place à des plages de roches éboulées : au

23' Livraison. (Suisse.)

milieu de Vun de ces bassins Ton est surpris tout à coup de la vue d'une habitation; un amphithéâtre de pierre lui fait face. Sur lesilancs de ces niasses géologiques retentit la clochette suspendue au collier de chèvres errantes; vers le soir, elles redescendent en trou-

f)eau , et viennent se rassembler dans a cour de l'hospice devenu une auberge. On est parvenu à l'enrichir d'un petit potager où croissent le chou et le navet. Pour arriver au sommet du Seidelhorn, il faudraitencore trois heures : c'est une excursion que l'on n'entreprend point; mais on se dirige voIon-~ tiers vers les bords du lac Mort, Todtensée,ou vers la Mayenwand, littéralement muraille de fleurs , dont le revers méridional domine le Valais, route dangereuse , effrayante surtout par l'escarpement; on marche sur un gazon glissant et le précipice est horrible.

L'esprijt humain brave ces obstacles :

on le conçoit de la part de l'audacieux voyageur; mais comment imaginer qye le commerce ait osé s'aventurer dans ces lieux sauvages? comment comprendre que la guerre y ait porté l'héroïsme français? Ses ravages n'ontété réparés qu'en 1822. L'hospice offre maintenant onze chambres commodes.

Le costume des femmes bernoises est fort joli; on remarque surtout la blancheur de leur linge soigneusement plissé sur le sein et surjes bras; leur bonnet de gaze noire a quelque chose de la délicatesse et de la transparence des ailes du papillon. Les paysannes portent des chapeaux ornés de fleurs et à larges formes un peu relevées sur les bords ; en général , elles sont presque toutes jolies et gracieuses. La mise ae l'OberhassIi est moins avantageuse; par une bizarrerie du goût , les femmes cherchent à grossir leurs hanches ; elles mettent un corset noir-brun ou foncé, et se couvrent la poitrine d'une large pièce de velours sur laquelle elles placent un fichu rouge qui leur cache entièrement le sein, tandis que le costume bernois, sous la blancheur des plis,, en laisse au moins deviner la forme. Le costume des bailliages du Jura n'a rien de remarquable. Les

zu

L'UNIVERS

ftmmes de FEmmenthal ont des jupons si courts qiî'^, qtia-nd ellf"^ travaillent sur le priichoiit de In montasne, ou bief] au haut d'un ravin dans le^el passe le obemin, la déoence en est réeiiemeni eompromise. I^ioiis n'avons point encore parlé de cetti îieile vallée ffui, ties environs de Thnun et d'Interlacken , s'eteud jusqu'à l'fcntliboch, au canton de Luoerne : on lïy toit ni les glaciers , ni les scènes gigantesqTies de l'Oberland , mnis le pays est riche, fertile, agricole et industriel; ses vallées latérales se terminent en ^turages alpestres très-favorables à rétève du bétail : les arbres fruitiers réussissent dans les bas-fonds, et les sujets sont exportés dans toute la Suisse. La culture du chanvre est encouragée par des primes, ainsi que le tissage. Les maisons, d'une architecture rusti(îu(». sont construites avec beaucoup de goût; la population s'accroît sans cesse.

Il règne chez les motitagnards de roberland de naïves croyances qui composent presqiie toute une njythoiogie, et se conservent dans les traditions populaires. On s'occupe "beaucoup des petits nains lutins de la forêt on de la montagne {BergmùnnJem^ : ce sont de petits génies dont les caprices sont parfois très-bienfaisants; ils veillent siu* Fbabitatîon isolée, ils cultivent le jardin; mais quelquefois aussi il leur prend des fantaisies malfaisantes : alors ils jettent tout pêle mêle dans la maison, font choir les personnes qui l'habitent ou leur jouent mille espiègleries ; ils se fâchent surtout lorsquOn n'a pas l'attention de jeter sous In table une cuillerée de lait qu'il faut leur offrir de la main gauche. Du reste , ils n'en sont

K8 réduits à ce qu*on leur donne, car ; sont propriétaires de grands troupeaux de chamois qui leur fotirnissent du lait. Km hiver, ils ne se montrent pas, et ils se tiennent alors dans les entrailles de la terre. Quand ils aiment un pâtre , ils lui déro1)ent parfois une vache et la lui ramènent ensuite pli)s grasse ; ils rassemblent des fagots qu'ils ijictieiit sur le chemin des pauvres enfiints qui vont au bois, ou bien ils

fauchent les prés, afln qu^on n*ait plus qu'à faner l'herbe; ils assistent à tous les travaux rustiques, soit du tond des broussailles, soit du haut d'une pointe de rocher. Au printemps, iis dansent en ronde attdatr de lune, pronostic infaillible d'une année abondante; mais s'ils se glissent à travers les buissons, on prévoit qu'il y aura des orages, des inondations , des avalanches , etc... Ctai a beaucoup de peine à obtenir des paysans le récit de ce que font les Bergmanniein, ciir ils crnignent de les ir^ riter par ces indiscrétions, et souvent aussi ils se méfient des intentions des questionneurs trop pressants. Les bruits qui se font entprrdrf^ ;m fond des glaciers donnent heu a des superstitions non moins intéressantes : ce sont les âmes des oisifs condamnées après lerir mort à travailler dans ces cavernes pour expier leur nonchalance et leurs écarts; croyance Salutaire qu'il serait besoin de répandre paitont au lieu de la réfuter.

L'ours de Rerne a une grande célébrité, et ces armes vivantes ont toitjours été en vénération: on les retrouve sctilptées en granit au-dessus de la porte de Morat; il y en a sur toutes les font.iines piihliffues, et sur les ensf>ignes de prestjiie toutes les auberges du canton. L'heure est annoncée à la grande horloge de Berne par une procession d'ours qui défilent dans les postures les plus grotesques : l'un est à cheval, la lance au poing, un autre joue du lifre, un troisième est coiffé d*un casque» Il existe une fondation de rentes annuelles pour l'entretien des Ours qui sont dans les fossés delà ville; enfln le célèbre Martin, tant admiré à Paris, y avait, dit-on, été envoyé par le commissaire du directoire.

Le cours de cette histoire a amené sous les yeux des lecteurs les grands noms d'Rrlach, de Hubenberg, de Dieshach , et de tant d'autres guerriers illustres. Ajoutons-y des souvenirs d'un autre genre, et nommons le célèbre numismate Morell, qui fut iinrdien du cabinet de Louis XIV; Louis de Murait, qui, sjur la fin du même siècle, publia des lettres sur les Anglais et 1«

SUISSE

Français; Albert Ilaller, médecin, phi- blions pas la perte récente que cette

losopne, magistrat, orateur et poète; république a fbite dans la personne de

Bernard Tschamer, auteur d*une his- Tavover dé MuMinen, aristocrate iné«

toire de la Suisse; Joseph Hennitz, branlable nu milieu de in tempf^te, sa-

pejutre assez habile pour qu'on attri- vanl profond Jittérateur distingué, qui

Duât quelques-uns de ses tableaux à hvait acquis par iui-inéme autant de

Jolea Romain et d*au^ au Corrége ; gloire aue tous ses aïetn en avaient ac-

loiy, Wolmart etc., etc. Mais cumulé depuis le treizième siècle.

SOLEURJb.

Le canton de Soleure est presque éntouré par ceJui de Berne, car, au

sud, il confine aux bailliajîes fîo Wnn-

Îçen , Burgdorf et Fraubruoneo ; ;i 'ouest , à celui de Nidau ; au nord , aux bat tirages du Jura ; pour le reste de son territoire, il touche nu canton deBâIe, et du côté de l'est à l'Ari^ovie. C'est de tous les cantons de la Suisse celui dont la forme est la plus irrégulière: elle vessemble à une croix dont les branches seraient mal njustées; il y a des "villages entiers se trouvent enclavés dans d'autres territoires, tels sont la vallée de Leîmen , interceptée entre les possessions de RAie , de Berne et de la France, et T.nrrlle, dont la position est à peu près semblable. La route de Soleure à RodersdorC par le Passavant traverse deux fois le canton de Berne, une fois Bî\le-campagne, et le s front ièresde France. Ln plus grande longueur, de Messenà Dornach^ est de treize lieues ; la plus grande largeur, de Schnottwyl à Enisbacb, de onze lieues et: demie, mais il y a des endroits où la la rgeur n*est que de trois quarts de lieue.

La chaijie du Jura s'aligne majestueusement au-dessus de Soleure; elle fait face aux Aljies comme une longue galerie qui s'étend du nord au pays de vaud et ,^^1 Genève, laissant entre elle et les glaciers lointains une plaine fertile et des lacs immenses , tels que le iéman, et celui de NeufchâteL Le Jura semble s'élever brusquement en pentes praticables; ce sont des superpositions géologiques dans lesquelles les âges seuls ont pu ou vrir quelque accès à la cuU ture. Cette chaîne se montre n peu près comme à leur revers oriental les Vosges, ou comme iei> Alpes eu Lombardie»

é'est-li^dire comme un rempart trandié à pic, dont les détails, vus de près, offrent bien qfielques ondulations, mais

qui (le loin, et surtout à la tombée de la nuit, semblent une noire muraille sans aucune gradation intermédialr*!.

Au haut de cette ligne majestueuse, îl est deux points qui" sont comme des belvéders à la disposition des voya-

f;eurs : le Hasenmatt ou prairie des lèvres, et le 'Weissenstein ou roche blanche. A quatre lieues de Soleure et à trois mille cent qualre-viniz;t-douze pieds au-dessus de l'Aar, la montagne af)pelée Hasenmatt forme un triangle avec le Rigi et le Biolesson au p iys de. Gruyère, et comme eux il est visite par les a'in.Menrs de points de vue. On y admire d une part les Vosgeset les monts delaSooabe; à Poppositelasuitedu Jura s^abaissant vers le Joratet prolongeant les laes de Rienne et do Neufch.ltel; PAar parcourant la plaine et se déroulant comme un long serpent d'argent, tandis que sous les feux du soleil une brise léiîère agite les ondes resplendissantes (le Rienne, de Neiifch;Ue! et de Moral-, en face, soixante lieues de glaciers, et plus près, dans la même direction, Aarbers et la tour de Safnt- Vincent, cathédrale de Berne; enfin, aux pieds de l'observateur, et quoique sur le premier plan, Soleure apparaît petite et resserrée entre ses murailles et TAar, tandis que le regard plonge sur tous ses toits, pénètre dans t(Mit»^s ses rues. Chaque saison varie ce tabieau magnitique et produit des phénomènes nouveaux. Le 9 octobre 1836 , le professeur Hugi fut témoin d*un singulier effet de refraction : vers le soir, deux eoiiclies de nuapes s'étaient groupées autour de ce commet; le temps

L'UNIVEKS.

était mauvais, Pouragan sifllait av.ec fureur; les nuages inîérifîirs se dispersèrent, mais , à travers la déchirure occasionnée par le vent, on vit se refléter dans ia région supérieure, eomne dans une glace, TAar, le Buchegber^, Lommeswyl, ses prairies et ses maisons : plus au nord se montraient d'autres réverbérations non moins belles.

A trois cents pieds plus bas , près d'une déchirure du roc , on voit les ruines d'un vieux château appelé encore Schauenbourg : un sentier conduit vers Moutiers, un autre vers le Weissenstein, d'où Ton jouit d'une vue presque aussi belle, mais plus recherrhée enco.repar les étrangers , à cause des bains et de Texcellente auberge qui s'y est établie depuis peu. Le Weissenstein est le rival 'du Ri^i : une longue pelouse s'étend à la lisière de la foret et conserve ses neiî^cs plus longtemps que les prairies de ia plaine; mais, au fort de Tété, il n'y a pas de plus agréable position que la pomte de rochers qui la termine au nord. Le docteur Relier a fait une carte appplép Panorama du Weissenstei n ; ce lieu a ete décrit aussi par d'autres auteurs. Ce fut la ville de Soleure qui , en 1826, fit bâtir Pauberge : c'est la plus belle constnicticn qui soit si haut placée; les bains sont, dit-on, d'un effet merveilleux. Le Weissenstein est moins élevé que le Haseninatt de quatre cent soixante et treize pieds.

L( s parties basses du canton sont marécageuses; faute de pente, TAar s'écoule lentement à travers mille détours, sans que les ruisseaux uui s'y lirëcipitent parviennent à lui donner aucune impulsion. Les eaux stagnantes et les marais nuisent h la fertilité du pays; aussi entreorend-on de creuser un nouveau lit à VAar, à la Thiele et à l'£mnie : ce sont de grands travaux qui exigent l'abaissement de plusieurs collines. Les cantons de Rerne et Fribourg y contribuent activement; mais il faut combiner la rectiOe^^tion du cours des rivières avec le dessèchement des marais, de peur d'auf^menter le mal au lieu d'v remédier. L'Aar cause ouelquefois des dégâts considérables oans la ?iUe ? qu'elle coupe en deux por*

tions inégales; la rupture des glaces menace les deux ponts, et les pluies trop abondantes produiseut des uiondations.

La population du eanton, d'après te

dernier recensement fait en 1829, est de cinquante mille cent vingt-deux habitants des deux cultes. Il y 'avait en 1 827 onze mille deux cent quatre-vingtdix-huit maisons et bâtiments aoees* soires, dont six mille neuf couverts en tuiles; on comptait quatre mille six cent soixante et onze chevaux, vingtsept mille sept cent soixante et treize taureaux, boeufs, vaches ou veaux, treize mille neuf cent quarante-neui moutons, cinq mille neuf cent quarantedeux chèvres, seize mille quatre cents porcs. Cependant l'élève du bétail n'y prospère pas : malgré les prohibitions et les encoMrn'j;pmrnts dr l'autorité, les métayers du Jura préfèrent vendre leurs veaux pour acheter des sujets de rOberland. Le territoire est divisé en . trente-six mille trois cent vingt-deux arpents de terres bbourables et trois cent vingt-cinq de vignes; les prairies, jardins et vergers, couvreot trentesept mille cinq cent quatre^vinf^trots arpents*, les pâturages treize mille quatre cent cinquante-huit; enfin les forets peuvent être évaluées n cent cinquante mille ; elles sont fort biep administrées. Dans les derniers temps, on a fait d'heureux essais de culture des vers à soie. Les fonderies et les forges sont la principale industrie. Les revenus cantonaux ne dépassent point trois cent soixante mille francs de Suisse.

Le canton est divisé en neuf bailliages. Ce fut en 1481 , à la réunion de Stanz, qu'il fut admis dans la confédération, où il occupe le dixième rang.

Soleure fut longtemps la résidence des ambassadeurs français, oui attiraient au service de leur roi beaucoup de jeunes gens de bonne fajiiille , et répandaient en même tem^b le gudt du luxe et de la dépense.

Voici (juelle était* avant ISSO, la constitution du pays ; le grand conseil avait non-seulement le droit de voter les propositions fajtes par le petit conseil , il pouvait sommer celukâ de pré»

tenter des projets de loi sur tel sujets i|a*il lui signalait; au grand conseil

seul appartenait [e vote de l'impôt et la disposition des biens de l'Êtit... Il recevait les comptes, iioininait les députés à If diète, leur donnait des instructions, et jugeait la manière dont ils accomplissaient leur mandat; les traités. Ips capitulations étaient dans ses attributions ; enfin il avait le droit de grâce sur les condamnés à mort, mais il nerexercait qu'à répoque de ses réunions, au printemps et en automne. l e eranfî conseil , avant la réforme de la constitution , nommait lui-même ses membres, en partie par réiection iminédiate, en partie sur de triples présentations ; il choisissait dans son *îein les membres du f)etit conseil, ceux (lu trihnnni d''ri[)pel et du tribunal de canton; il desii^iiait aussi parmi les membres du petit conseil les deux avoyers.

I . es p ! ecUons se f a i n ! e n t à 1 a majo r i té absolue et nu scrutin secret. Clinoiine des onze tribus de Soleure compUiit quatre membres dans le grand conseil ; les autres bailliages en avaient chacun quatre , trois ou seulement deux ; outre cela, il y avait tri ntr-cinq places à l'élection libre du ^^rand conseil, sans l'intermédiaire d'aucune présentation; mais il fallait que, sur cp nombre, vingt-qnntre fussent pris d.m^ In ville même. Dans les bailliages, le sort désignait quinze électeurs par tribu.

Pour être présenté au grand conseil, il fallait avoir vingt-quatre ans, une fortune de deux mille francs, et être domicilie defRiis dix ans sur le territoire du collège électoral. Le petit conseil n'avait que vingt et un membres.

Quatorze juges pris dans le grand conseil, sous \n présidence àe Trineien avoyer, formaient la coiird'appel. Quand il pouvait être prononcé une peine de mort, on adjoignait à ce tribunal quatre membres du petit conseil. Tout cela fut modifié h la réunion deBallstall, le 22 décembre 1830. Là fut proclamée la souveraineté du peuple : ses représentants siègent au grand conseil au nombre de cent neuf; ils sont nommés par les collèges électoraux et par le conseil lui-même. Le petit conseil ou conseil

îSE« «67

administratif est composé de dix-sept membres et d*an président, et ^uand

il s'agit de nommer à des empîois qui ne sont pas au choix de la grande assemblée, dix membres de ce grand conseil prennent part à la délibération. Le système judiciaire a aussi subi quel* qups modifîcntions. Les conseils et les tribunaux se renouveiieat par tiers tous le^ deux ans.

Dans les temps les plus reculés, la

f)artie du canton située à gauche de *Aar faisait partie de l'évéché de Lausanne et ac celui de Bâle, qui, tous deux, relevaient de l'archevêché de Besançon, tandis que les pays à droite de l'Aar appartenaient au diocèse de Constance. La révolnf îon et les guerres qui en furent la suite avaient changé toutes ces circonscriptions.

Aujourd'hui il B*est formé un nouveF éveché à la place de celui de Bâte, et Soleure en esl Ir f hef-lieu ; il comprend les cantons de Berne, BAle, Zug, Lucerne, l'Argovie. Le chapitre est de ▼ingtet un cbanoines. L*égfisedeSaint* Ours est fort remarquable : on y arrive par un triple perron dont chaque étage compte onze degrés. La nef a deux cou-

f)oies surmontées par une plus grande; a tour a deux cents pieds d'élévation ; à la façade sont de belles fontaines. Le tout est d*un stvie moderne, car la cathédrale n'a été. achevée qu'en 1773. La ville est fort jolie, mais elle a peu . de monuments antiques. L'église des jésuites est dans le genre italien; celle des franciscains possède un tableau qui ^ passe pour être de Raphaël. D'une architecture irrésulière, Thotel de ville est remarquable cependant par deux beaux salons. L'arsenal a la plus belle collection d'armes de toute la Suisse; mais la tente de Charles le Téméraire , au lieu d'y être conservée, a été découpée en chasubles qui servent au culte dans la cathédrale, ainsi qu'un manteau de pourpre provenant de Louis XVL Du reste, les drapeaux de r Morat, Dornach et Bruderholz, sont à ]*arseoal. La bibliothè(|ue renferme des livres précieux sur l'histoire de Suisse, Robert Giutz - Blotzheim , qui était Vwn de$ ipeiiiçurs historiens de sa pa«

trie, ayant pris soin de Teiiricliît.

Ce canton est riche encore en antiquités romaines : près du \ illa2;e d'Altreu, l'élévation au sol et les restes d*un ancien pavé révèlent la direction ée la vote militaire d'Aventicum à Sa- Jodurum (nom mmiin de Soîeiirc).

Altreu s'appelait Altn-Ripa, et c'est là que la voie trancliissait l'Aar, car, à

{)artir de ce point , on la retrouve sar a rive droite. Une singularité, c^est que le droit de réroltor le ^nzon qui croît sur ses vestii^os , o'est-a-dire sur Une étendue d'environ une demi-lieue de long et vingt pieds de large, appartenait au valet de ville de la commune de Grenchen. Dans le voîsînniîe des bains d'Attisholtz, il y a des vestiges d'aqueduc romain; quelques mosaïques ont paru çà et ià ; enfin il y a beaucoup de restes de constructions à Olten. Les antiquaires ambitieux prétendent m^me aftriDuernux Romains les murailles de la ville. L'enceinte deSo!eure,à l'ouest, porte sur des londationsçuvragedece grand peuple, et dans la rue dite du "Lion est un mur appelé Heidenmauer ou mur des païens ; il n'v n p^ut-^tre nul endroit où l'on puisse nueux décomposer le ciment pour en bien étudier les éléments. Sur la colline dite de Hermann, on a déterré deux colonnes de marbre de huit pieds â*(^\évation sur un diamètre d'un demipied ; on les a placées près de l'é^ilise de Saint-Ours, mais elles sont enveloppées de lames de cuivre, en sorte qu'il est impossible à l'observateur de les voir à travers cet etui. Depuis une vingtaine d'années, on a découvert beaucoup de tombeaux romains à Grenchen , à Haegendorf , à INletzerlen , à Wettersvvyl : la plupart étaient dans les hauts lieux, et ressemblaient assez aux sépultures que les antiquaires allemands désignent par le nom de hunengrxber; mais d'autres caractères, ainsi que la présence de médailles romaines, ne permettaient pas cette supposition.

Près du bois appelé Attisbolte , une

magnifique statue de Venus a été retirée du sol; elle appartient maintenant à la £imiUe de Bezenvat; elle

est en marin'e de Carrare. Deux ins*

criptîons romaines ««nnt exposées n !3 vue des passants au f)ontd'Olten; elles

Paraissent avoir couvert des tombes.

I ▼ en a un grand nombre d^autres dans le Testibule de llidtel de ville à Soleure, et toutes proviennent des fouilles opérées pour rei)àtir 1 église de Saint-Ours : l'une est d'un Severianus à sa fille MimoHna; il y en a d*indéchiffrables. Les dieux Mâifes ont leur f!r(!ir:irps'. Ouelquesnomscélèbressont ici reproduits, par exemple Corbiilon; plus loin , c'est la touchante plainte !l*une mère qui a perdu son fils.Parmi les divinités honorées, on rencontre Apollon rt Fpnnn : Cft^pdf^ftiifTcinscription a été tr;i('cc par un soldat de la 22* lé,i;ion, et Saiodurtim y est qualifié de vicus.

Ce fiait se rapporte au deuxième consulat d'Antonin Élogabale, en Tan de Rome 07?, r\o notre rre 129; enfin audessus de la ville, à l'église Sainte- Catherine , près de l'ossuaire, il y a une Inscription érigée par Stattlius Paternu^ et Matugeneia Marcellina à leur fils Statilius Apronius.

Dans rancienne église deSnint-Oiîrs, il y avait d'autres monuments qui ont péri sans qu'on sache ce qu'ils sont devenus, par exemple une inscription à Mercure. Kn 1794, on voyait encore sur un des glacis de la ville une pierrç milliaire du temps de Trajan.

Le costume des pavsannes de Soleure est fort joli : les femmes portent un jupon noir, les filles un jupon rouçe; leur corset est surmonte d une. pièce d'cstoujac; sou\eat ces vêtements sont bariolés de fleurs; un boimet recouvert d*un chapeau de paille, tin fichu blanc avec une écharpe noire, telle est la siinnlicité d'une mise qui doit beaucoup de charme a la propreté et surtout à la nature, car les Soleuroises sont presque toutes jol les ; souvent les cheveux retombent sur les épaulés en double tresse. Olten a son costume particulier: la chaussure est rehaussée par de larges talons; au bas du corset, une sorte de ceinture portée en sautoir donne prise au danseur;, mais tout cela dispnrnît drvnnt le fatal niveau des modes tran^ises : toutefois il y a

SUISSE

encore un caractère local dans les vêtements de femmes, et le l)nn(leau d'argent qui brille aux jours de fête sur le front des jeunes filles ieur sied fort bien.

Olten est rilltimim des "Romains.

Non loin de là sont quelques vieux châteaux du moyen âge, par exemple celui de Gradcrs, riche en traditions mer- Veilleu<;es, celui de Salis, autrefois appelé Oberwarlburjî : une pièce de canon toujours chariire avertit le pays tout entier dès qu'iin incendie éclate, et le nombre de coups fait connaître si le feu a pris daus le lointain ou dans le voisinniie; 1rs habitants orrourent au pied du roc, où le gardien h-ur dit à travers un porte-voix quel est le lieu gui a besoin de secours. Ce château était, dit-on, la propriété des comtes de Frol our^; il était comme le poste avancé de celui qui porte encore leur nom. Il ne faut pas chercher bien loin Tétymologie de Salis; elle n*a rien de conViHun avec Tillustre famille de ce nom : ce château n'est ainsi appelé que parce que Sali , l'un de ses i;ardiens, eut pendant quinze ans une soif si ardente, qu*il vidait chaque nuit une tonne d'eau, outre ce quMl Duvait dans la journée.

On jouit ici d'une vue superbe sur Zofingen, sur Olten, sur Aar-hourg, Sur lès Alpes loint^iines, sur le Jura voisin. If on loin de là se réunissent les routes de Neufchâtel à Aarau, et de Bdle en Italie par ÎJicerne.

Exitre les hroussadles, sur un roc qui domine Trimbach, s'élèvent encore les mélancoliques débris du cliâtc^ de Frobourg. La tradition, pour donner une idée de la richesse des comtes, rapporte que, quand ou amenait la dîme, le premier chariot entrait déjà dans son enceinte, quand le dernier n'avait point encore dé()assé la porte d'Olten. La Birse entoure le pied de la montagne et lui fait un fossé naturel. Derrière le sentier qui gravit l^^carpement, on ne découvre que foifl0|8,et roo|ifnr8, et la famille des oom-

tes autrefois si puissants sVst éteinte," comme si le tremblenieut de terre qui renversa l'édifice n'avait été ^ue Tac- Gomptissenient d^ime destruolioa d^jl commencée par la mort.

A une demi -lieue de Solenre, vers le nord, est le petit village de SaintiSicolas avec un château à tourelles pointues, à double rang de créneaui, appartenant à la noble famille de Besenval. Il v a de très-beaux tableaux.

INon loin de l'éizlise du village s'ouvre une espèce d*antre ou crevasse de rochers entourée d'une belle vénétatioii qui en cache les abords. Au fond dû ' celte retraite est un ermitage taillé dans la pierre; seulement quelques constructions eu forment la modeste façade; la chapelle est ea face : on monte à Pun et à Pautre par plusieurf degrés. Un petit torrent , tantôt bruîssanit au milieu des cailloux, tantôt mugissant et brisant son écume impétueuse, descend le long du sentier, un jour, excité par Satan, c^ torrent menaça d'engloutir sainte Verène, dont la chasteté irritait le malin ; mais la sainte se cramponna au roc. Autrefois il nV " avait pasdechemin ; cependant lesbabitauts de Soleure venaiept abaque année le vendredi saint pour y prier. Le baron de IJreteuil, émigré français, établit le sentier qui existe aujourd'hui. . Au pied d'un rocher couvert de mousse est une pierre sépulcrale environnée de cyprès : c'est un monument à Robert Glutz-Ulotzheim , qui mourut a Munich, en 1818, à Pâge de trente-deux ans; il avait commencé par quelquesessais historiques insérés dans les journaux. En 1806, il imprima un écrit très- marquant intitule: De V intérêt actuel de la Suisse. Knfm, il entreprit la suite du bel ouvrage de Jean de.

MûUer. Il ne fut pas trop inférieur à son modèle, au jugement de Zschokke.

Giutz-Blotzheima poussé plus loin que Millier, Pexactituae et Pamour de la vérité, mérite qui rachète beaucoup de défauts.

L'UNIVERS

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