FRIBOURG
Vifcn dans la fédération, en 1481, arec Soleure , ce canton y tient te neuvième rang. Il est limité, à Test et aa nord, par le canton de Berne; au midi , par celui de Vaud ; a l'ouest , par le lac de Neufchâtel. Sur une superficie 'de vingt-six à vingt -sept milles idéographiques carrés, il a soixante -nuit nijiesix oent soixante et dix arpents de prés, quatre-vingt-dix-neuf mille trois cent soixante et onze arpents de terres labourables , trente-quatre mille quatre cent quatre-vingts de forêts, trois mille trente et un de pâturages , seize mille six cent soixante et un d'alpes ou pâturages de montagnes, enfin sept cent trente-neuf de vignes. En 1830 , on y comptait douze mille trois eent quatre-vingts chevaux, quarante* sept mille sept cent quarante -deux bétps h cornes, vingt-trois mille cent trente-quatre moutons , cinq mille cent quarante* trois chèvres, seize mille trois oent soixante et dix-huit porcs.
Entre les mois de nini et d'octobre, vingt mille vaches parcourent les alpes; et, pendant ce temps, chacune mduît oeux quintaux de fromage.
On en exporte annuellement plus de qnnrnntc mi!]o quintaux , la plus n;raiirle partie en l'iemont. Une autre industrie non moins active est celle des ouvrages en paille nattée et tressée qui rapportent près de trois cent mule francs. D'après un recensement de 1831 , la population s'élevait à quatrevinçt-six mille sent cent soixante-neuf habitants , dont cinq mille cent seule* ment professent la religion réformée.
Le clergé compte six cent quatre-vingthuit individus, parmi lesquels deux cents moines et deux cent quatre relil^ieuses. Depuis 1818, les jésuites sont a la tdte de renseignement; et la confiance est si grande , au*on leur envoie de nombreux élèves aes pays voisins, et surtout des provinces de France . limitrophes de la Suisse.
Dans le cours dr cette histoire ^ nous avons rendu compte des agitations politiques auxquelles avait donné
naissance l'esprit exclnsif et aristocratique des familles priviiegiées de Fribourg. Au moment de la révohitioB de Juillet, voici quelle était la forme de son gouvernement. Dans le petit conseil , vjn^^t-huit membres, dans le
grand, cent dix et un avover pour présient, exerçaient ensemblela souveraine puissance ; quoique le mnd conseil fdt plus pom1>renx, car il comptait cent seize membres patriciens de Friboure, et trente-six des autres villes et delà | campagne. Le petit conseil se divisait en conseil d'État de treize membres ; I treize mitres formaient le tribunal , d'appel. Le ( onsr il d'T.tat gouvernait I et rendait compte de sa gestion au mnd conseil, dont les membres étaient mstitués à vie. Il fallait, pour l'initia- | tive des lois, la réunion aes deux src- i tionsdu petit conseil ; la même condition était exigée pour appliquer la peine de mort. Les deux avoyers présidaient alternativement Tun et l'autre conseil pendnnt une année chacun : le corps électoral , qui proposait aux places vacantes , était permanent et se composait de membres du f^and eoaseil. Outre cette, section, il y avait relie des .'^ccrefs , ou conseil de censure, choisis parmi fies familles privilégiées en dehors nièuje des conseils, à condition qiie , sur sept membres, il y en aurait tou jours un de cliacun de ces conseils. Cétait une espèce de s.*^nat conservateur chargé de veiller au maintien de la constitution, et de contrôler la conduite morale dis membres du grand conseil , ainsi que de réprimer tout abus de pouvoir. L«8 secrets s'assemblaient tous les ans, le jour anniversaire de la bataille de Morat; et, de leur pleine puissance, ils |)ouvaient, s*its étaient unanimes, destituer les membres du grand conseil, à moins qu'ils ne fussent en même temps membres du petit. Les secrets jouissaient de cette dignité pendant trois ans , mais n'avaient au- Cfm traitement. A la fin de 1830 parut une députation de Morat pour deman-
SUISSE. Ml
der la réforme de la constitution ; elle promontoire de rochers, coupé par la
fiittiès-iiial accueillie; et, si l'on n*eât wine; au milieu de deux plateaui
redouté une insurrection, on eût mis une vallée » ou plutôt une déchirure
en prison tous ceux qui la composaient, profonde garnie de maisons sur les Jious avons dit comment les paysans deux rives; un pont en bas; un autre envahirent ensuite la ville; il fallut de fil de fer qui réunit par-dessus la ville enfin céder et promettre une organisa- deux hauteurs , et rejoint les quartion plus libérale. On reconnut Téga- tiers supérieurs ; ceux-ci sont entourés lité de tous; on abolit les privilèges de grandes murailles, de tours antides villes et de la naissance. Le canton qucs , et surmontés de nombreux cloa treize districts dont les députés for- chers : un quartier allemand, un quarnent le grand «conseil. Ils sont élus tier firançais ; si bien oue la moitié de nar des électeurs choisis eux-mêmes la population n*entena pas Tautre. Il dans les assemblées primaires. Le y règne une grande activité ; on y grand conseil est renouvelé par tiers compte plus de cent auberges ou rabatous les trois ans, de manière à ce rets.LatourdeTéglisedeSaint-I^icolas flue les ^ondUm -de ses membres a deux cents pieds de haut; c'est Tune durent neuf ans. .Cette assemblée est des plus élevées de toute la Suisse ; elle investie de la souveraineté; elle fait date de 1470. Au-dessus du portail est les lois, soit sur la proposition du con- un relief fort remarquable, qui représeil d'État, soit sur Tinitiative d'un sente le jugement dernier : les diables éî^ BKMiibres. Elle nomme le conseil emportent dans des paniers des papes , épilÉ^ les^éputés à la diète, et choisit des évéques, des empereurs et des «on propre président, qui a titre d'à- rois. L'hôtel de ville est l'ancien fort voyer, et le chancelier. Il y a un mem- des ducs de Zaehringen. II y a une bre du grand conseil par mille âmes multitude de couvents : des francisée population. Le conseil d*État a cains, des augustins, des capucins « treize membres dont les fonctions desvisitandine8Ydesur8UlineB,etc.,etc. durent huit ans ; et leTcnouvellement L'une des plus grandes merveilles se fait par fractions de deux membres, de l'art est le pont en fil de fer, qui fut Le conseil se donne un président ^ui solennellement inauguré le 19 octobre est avoyer; mais Tavoyer qui préside 18S4; suspendu sur un abîme de cent le grand conseil ne peut jamais eu- sonante et quatorze pieds de profon* muler les deux présidences. Les mem- deur, il traverse l'espace qui. sépare bres du tribunal d'appel sont nommés les sommets, franchit toute la ville à vie, choisissent leur président et basse, et arrive, après un trajet de leur greffier , et sont obligés de savoir neuf cent vingt-cinq pieds , à la rodie MIemand et le français. 11 y a, pour opposée , conservant partout une larjuger les vices de forme , un tribunal geur de vingt-deux pieds ; huit câbles, de cassation; enfin chaque district a tressés chacun de cinq cents fils de fer, son bailli nommé par le conseil d Ét^it ; le soutiennent dans les airs ; et le poids il jugé les délits aont la oonnaissance nue peuvent supporter ces fils de fer mède la compétence des autorités étant pour chacun de douze quintaux , communales; outre cela, il y a des il s'ensuit que la charge du 'pont pourtribunaux de district , des juges de rnit être de cinquante-sept mille six Daix et des juridictions pour les orphe- cents quintaux. Deux tours massives, Mi«;C«s rouages sont fort complidués. nmnies de crampons et de pièces de La constitution peut être revism de bois, et adossées aux rochers, servent trois ans en trois ans. Le contingent de points d'appui ; les ferrements fédéral est de douze cent quarante ont soixante pieds d'enfoncement dans hommes et de dix-huit mille six cents le roc vif. L'on ^eut maintenant Ams de Suisse. parcourir en cinq mmutes un inter- Il est pea de villes d'un aspect aussi valle que l'on ne pouvait franchir qu'en «riginal que celui de Frïbourg. Un trois quarts d*beure, après une dei^
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«oite et une montée fbrt escarpées.
On perle dans le canton divers langages, principnlempnt rallemand . le irancnis et le patois roman, idiome qui se subdivise eu dialectes appelés lo^merin, loGiietzo et lo Broyard. Nous donnons an échantillon de'celuf qni est usité h Estnvnyor. On chante encore dans les soirées d'été, sur la place de Moudon , des rondes connues sous le nom de Coramilii. L*one de ces chansons déplore le sort d'un couple pauvre : le mari n'a trouvé chez sa femme que misère; Pépouse n'a pas rencontré plus d'aisance dans hi famille de son maH. Elle lui dit : Quand leg autres màngeronty nous regarderons; quand les autres riront, nous pieurerons,
Qnan li*-s -aoatroa méiepon nns TOilmn Quaii k-s - aoutrou rir«tron nos pliottriii
Il paraît que ces patois sont une dégénération de la langue romane ; mats vouloir y reconnaître du celtique , indiqoer les mots <fui en sont dérivés , c*est plutôt de la foUe que de la science. Du reste, chacun a compris au seul nom de ces dialectes, que le (Iruerin se parle dans le pays de Gruyère ; le Gaetso est en usage dans la pajrtie moyenne du canton , et le Broyand dans les districts que parcourt la Tîroye. Laiiemand bernois domine dans line partie du district de Morat, dans les vallées de Jaun , de Pfaffigen , Redîn* gen et de Gurmclz; mais le français fait tons les jours des proférés. ^Aiitreiois les actes du gouverneuieut él^ieut xédigés en allemand.
Les Fribourgeois, et surtout les Fribourgeoises , sont en îiénéral bien faits ; les mœurs sont assez pures ; les habitudes simples ; la religion domine toutes les actions : des fêtes nomhreuses sont entremêlées de réjouisealices et de danses. Tl en est une qui dure trois Jours, sous le nom de dédicace générale des danses. La moisson et la vendange sont aussi célébrées auprès de Morat; mais , le 212 juin , on n'oublie jamais le glorieux anniversaire de la bataille. féte de Saint- ?(icolas réunit les bergers, et trop
souvent fis se battent à coups de pmng.
arrive qu*un spectateur plante son couteau dans le phfnnd on dans la muraille, la rixe cesse à l'ÏFistnnt; mais ordinairement le^ champions vont ee rejoindre |>lus loin.
La route de Fribourg à Vevai est Tune des [lUis agréables de la Suisse.
Nous citerons la p<'tite ville de liuHe, située dans une vallée très-fertile. En 1805 , elle fut entièrement dévorée jm le feu, à l'exception du chéteau et du couvent de capucins. C'est le dépôt print ipal des f romages connus sous le nom de Gruyère; et c'est au marché de Bulle que se fixent les prix de l'année. Tout près de là est une majesttien«e montagne, le M(>lp*;<;on , rival orgueilleux du Uigi etdu W e ssenstein : ses formes bizarres sont sur»
montées d*une croix qui est de six mille cent quatre-vingts pieds aunlessus de la mer. De nombreux troupeau»
paissent sur ses flancs. Les Alpes se déploient en face du spectateur jus»
qu^au Mont-Blanc; mais les haees de ces géants sont dérobées à la vue par des mnntagnes-'moîns hautes. On suit de l'œil le cours de la Hroye et de la Sarine ; on repose sa vue sur le Léman, à rimmense nappe d*eau^ puis sur le lacde NeufchAtel, sur i*onde historique de "Morrit -, ce magnifique bassin s'étend nièiue )iisq?î'à celui de nieniie:vers le sud on distingue, au pied des noires parois du Chablais, Évian, Thonon^ une partie de Genève , Morges , Rolle, Nyon ; à l'otiest , Romont , Estnvaver^ Neurdi.ltel , Morat, Avenche, Pa\erin^, Bulle et Gruyère. Cet horizon n aurait de firfque par la faiblesse de la vue hu* maine, si le Jura ne formait à Toc* cident un rideau dont !e hîeir plus foncé se nuance avec majesté sur un ciel serein. Le cliâteau de Gruyère est aussi à une lieue de BuUe : ses'maitres conservèrent longtemps leur pouvoir au milieu de toutes ces rép!ibliques; • mais ceux que n'avaient dompte ai l'esprit de liberté ni les conquêtes bernoises perdirent leurs domaines par une expropriation vers le milieu du seizième siècle. Le vieux donjon démantelé est encore sur son roc, et
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Ton décrit toujours la salle où Pon égorgeait le l)œiif, régout par lequel son sang s'écoulait, le lieu cii ou le rôtissait , celui où il était servi aux nobles de Gruyère, assis sur une banquette de maçonnerie qui rèiinr tout à Tentour, enfin la chambre de la torture, encore en usage longtemps unrcs qu'on eut cessé de rôtir le mnir, et lorsque déjà la souveraineté avait passé des nobles comtes aux républicains suisses. Le voyageur Simon, auquel nous empruntons ce récit, ajoute que oétte çhiainbre redoutable serrait de cabinet de toilette à madame la bailli\ e.
De la vallée de Gruyère on s'nrheniine péniblement vers la dent de Jainan qui la termiue ; il faut trois heures pour arriver au sommet; là, on peut jeter un dernier rcf^ard aux forêts et aux chalets épnrs <le cette contrée si tranquille. De l'autre coté , c'est un spectacle éblouissant, c'est le lac de Genève , où se reflètent d*une manière douce et harmonieuse les pics acérés du Cliablais et les Diablerets ; c>-t le Rhône qui arrive des extrémités du Valais.
î^î nous portons nos pas vers la limite occidentale du canton de Fribourtr, nous trouvons son territoire intercepté par quelques districts du canton de Vaud. Là se conservent encore la vieille tour de la Molière, et la vue magnifique que sa belle situation a f iit surnommer autrefois Jlelvetix oculus. Les nobles de la Molière virent ravager leur château dans les guerres de Bourgogne; puis |1 fut entièrement détruit en t536 par les Fribourgeois ;
aujourd'hui il sert de sîjînnl. De toutes parts ces ruines sont entourées de précipices profonds ; on n'y a d'accès que du cdté du petit village vaudoîs, ap< pelé Paqui. Là se retrouve encore la tradition de trésors caeliés dnns les puits : le diable est expressément chargé de la conservation de celui de la Molière.
Au bord du lac de IVeufcbâtel est la charmante petite ville d'Kstavayer; elle n'est entourée de remparts (jue ducôtéde terre. Son château, mélange d'architecture ancienne et moderne, renferme une prison souterraine dans laquelle on descend par une échelle de plus de vini^t pieds de haut. A chaque angle du bâtiment principal , il y a des oubliettes pratiquées dans des tours de forme ronde. Le gouverneur jouissait autrefois du singulier droit de manger à lui seul toutes les langues des bœufs tués à la boucherie. Dans l'église des dominicains , il y a un beau tombeau de marbre blanc , c'est celui du fondateur, Guillaume de Stapfis ou d'Kstavayer; c'est le. même nom traduit en allemand.
Le canton de Frîbourg |M)ssède une société médicale, une société de naturalistes, toutes deux fondées en 18iJ2, Il n'y a pas longtemps , il s'en est formé une d'antiquaires. Celle-ci a été instituée par M. de Fegeli , mort à Baden en 1831 ; elle a fait exécuter des fouilles, et possède déjà une fort belle collection. Il y a beaucoup d'étaWissements de bieQiaisance et de fondations pieuses.
B A Jj K.
Situé au nord de la Suisse , ce canton a f)Our limites, à l'est, ^Ar^()vie et Soleure , qui fait aussi sa frontière mérldionsflé; à Touest, une prolongatMm du canton de Rerne et la France; au septentrion ,Me duelié de TIaden ; il a huit lieues de Ions; sur six de large. Ses principales rivières sont l'Ergoltz et la Birse; fl est, en général, trèsfertile et possède de riches prairies et de beUes forêts. Les habitants âont
au nombre d'environ cinquante mille, dont six mille catholiques dans le district de la Birse, appelé Birseck, qui est un démembrement de l'ancien évéché. Le canton de Bâie occupe le onzième rang dans la fédération , dans laquelle il entra en l/ïOI. Voici quelle était son organisation ayant la dislocation de Bftle-cami)ni;iie. Divisé an six districts, Bâle, Liestall, le district inférieur, Sissach, WaktenbOQig et
L'UniVEES.
Bûrseck, U avait une constitution démocratiqne. Chaque dittrict avait ses Mnis ou collèges électoratix 9 desquels n'étaient exrins que Ips mineurs , les interdits, Jes domestiques et les faillis. Le grand conseil , composé de cent eînguatite membres , était le poa- ▼oir législatif, et nommait les dépntàr à la diète , votait les impôts, recevait les comptes, etc. Dans la règle, il s'assemblait tous les deux mois; soiiante de ses membres étaient élus par le peuple , et ils s*en adjoignaient
3uatre-vingt dix. Pour être éligible, fallait être à^e de vingt-quatre nns, et posséder une fortune de cin(^ miile francs de Suisse. Le petit conseil étoit chargé du pouvoir exécutif, et comptait vingt-cinq membres , tous du grand conseil, et y cojiservant leurs droits; il .était tribunal supérieur, conseil d*État, etc. , et il se rassemblait toutes les fois que le bien do service Texigeait. La présidence des conseils nppnrtennit alternativeiiient à deux bourgmestres élus par le grand dans ie sein du petit. Il y avait , en outre , un tribunal d'ap* pel , composé de douze membres du grand conseil. Tout citoyen, et même tout étranger domicilié , est tenu au service militaire, et le continrent du canton est de neuf cent dix-huit hommes, et de vingt-trois mille neuf cent cinquante-huit francs de Suisse. Les fabriques de ruban sont les plus productives de toute U Suisse , et comptent plus de deux mille quatre cents métiers. En général , l'aisance est grande à Bâle-campniinp. Autrefois on voyait, d*une part, une ville privilégiée, et , de l'autre , des paysans su- Je&. Nous avons dit par guels événe* ments s'opéra la sépnmtion : chaque fraction possède à la diète un demi-suffrage. Désormais Bâle-ville fournit à la ifideratlon quatorze millecentquarante* cinq francs ; la campagne, huit mille huit cent cinq : la ville , une compagnie d'artillerie et quatre pièces, enfin "une compagnie d'infanterie; la campagne, trente-deux cavaliers , cinq compagnies d*infanterie et Tétat-major du bataillon. Toutes les collections , tons les établissemeuts publics ont été parta-
gés. Voici maintenant quelle est la constitution. La souveraineté de la ville léside dans rassemblée des cito^ ens , qui ne reconnaît aucun privilège de naîssanc e ou de famille ; tous sont égaux devant la loi, et cligibies aux emplois ; nul ne peut être enlevé à ses juges naturels ; le service étranpfer est interdit on a proclamé le droit de pétition et la liberté de la presse, ainsi que la tolérance religieuse, quoique le culte réformé soit celui de TÉtat. On renouvelle périodiquement les membres du grand et du petit conseil , mais les tribunaux sont permanents. Le grand conseil ou pouvoir législatif, composé de cent dixneuf membres , est élu par les citoyens répartis en tribus; le petit n'en compte | que ijuinze, qui sont en même temps , membres du grand : tous les dix j ans une commission, nommée par i ce dernier, délibère sur les change- I ments à introduire dans la constîtu- | tion. I
Bâle-campagne a poussé plus loin rapplicatlon uu principe de la souve- i rameté du peuple : si , dans les quinze jours de la publication d'une loi faite par le conseil , les deux tiers des citoyens protestent contre elle , elle demeure sans effet. Les communes ont des droits très - étendus ; toute autorité agit au nom du peuple souverain, et sous la réserve de l'appel à ce peuple. Les fonctions ne sont que temporaires ; mais , dans les limites de leur durée , on n'en peut ^tre privé que par un jugement. Un landratii ou conseil du pays, composé de cincjuante-huit membres, exerce le pouvoir législatif; ils sont nommés pour six ans ; et cinq citoyens forment le conseil de c^ouvernement. Ceux-ci sont choisis par le landrath, ^ui les prend indistinctement pa^mi tous les citoyens actift.
La constitution doit être re visée tous i les six ans par un conseil IçLisInîif investi à cet effet d'un mandat spécial.
Les q|uatre districts de Bâle-campagne 1 sont Waldenbourg, Sissach, LiesteB I et Arlesheim. Il y a, en tout, soixante i et quatorze communes, sans compter celles qui appartiennent encore a la
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ville , pour laquelle elles forment ua dMrict ê:ptra mum, ^ Le Rhin partage Bâie en deux poi^ tîons inégales, réunies par un pont de pierre sur les deux rives, et de bois au milieu ; il est fort large , et l'on y jouit d'une vue admirable, d*une part sur Huningue, la France et le grandduché, de l'autre, sur la Suisse. Le petit Bâie , ou quartier de la rive droite , e^t en plaine; tandis que la ville, proprement dite, s'étève, par des rues toujours inégales , jusqu'à la belle cathédrale 'ir.Tiî I'cn;*! in v!^' offre un point de vue ravissant. Le Rhin se déploie à ses pieds : fortement encaissé , il jette me rapidité ses opdes bleuâtres vers les ties qui bientôt feront languir son impétuosité au milieu de mille détours.
Cette disposition du fleuve est fort nuisible au commerce baloîs ; elle empêlèi la navigation des bateaux à vapeur, qui jamais n*ont pu remonter au delà de Strasbourg. La ville a de ina^niïiques palais ; elle est fort grande , mais il n'y a de mouvement que sur le pont ; partout ailleurs le silence est absolu et la solitude complète. Il y a beaucoup de rues dans lesquelles ne peut pénétrer aucune voiture, et ce sont précisément les plus belles ; les mœurs des habitants contribuent aussi à cette atmosphère de monotonie et d'ennui qui se répand sur leur cité. Ils sont natureileme.nt graves; la spéculation est leur principale affaire : renfermés dans leurs comptoirs , les riches ne se réjouissentqueledimanche; et, comme, c'est à leurs maisons de campagne qu'ils se rendent de préférence, la ville n'en est que plus triste. Du reste, l'observation des fêtes est poussée à une extrême rigueur; on se refuse à l'affaire la plus urgente pendant le service divin. L'université existe toujowi i! .nÂaljS>^ contestations de Bâie'^lâimpâgne; mais l'étranger, qui a parcouru les villes d'Allemagne où il y a des étudiants , ne se douterait même pas qu'il y en a une dans Bâie , p s'il ne Je savait par son livret ; tant est If grande, même sur la jeunesse , l'influence de cet engourdissement général , à moins touteifois qu'on ne préfère
supposer que ces étudiants sont les plus studieux et les plus sédentaires
de Tunivers. A en juger par quelaues anecdotes , il y avait plus de gaieté au moyen âge. il n'est pas un étranger qui n'ait accordé quelque attention au Lalti, figure grimaçante , qui , du haut de la tour du pont , tire et retire sa langue rouge à chaque oscillation du balancier de l'horloge : c'est , dit - on , une provocation aux habitants du petit Bflle, imaginétfft nâe époque où la rive droite avait d*autres maîtres; l'histoire ajoute que ceux-ci élevèrent, vis-à-vis de cette laiii^ue , un objet fort peu décent que la pudeur nous défeÀd de désigner. ^
La cathédrale est d*une très-belle architecture ; heureusement elle a survécu aux tremblements de terre et aux incendies qui ont affligé la ville ; de belles tombes la décorent. Sous le porche on montre celles d'OEcolampade, de Bernouilli , de l'impératrice Anne ; dans l'intérieur, celle d'Ërasme : cet illustre Hollandais avait fait de ^âle sa seconde patrie. Un profil du Qélèbre peintre Hollbein exprime admirablement tout ce que son caractère avait de profond, et cependant de spirituelle raillerie : près de là, est celui de Luther, par le même artiste.
L'intérieur de l'église , comme tous les*» temples réformés , est nu et sans ornement. Les tours sont d'un bel effet ; TuneiB deux cent trois pieds, l'autre deux cents d'élévation. Les peintures ' dont Hollbein avait orné les orgues n'existent plus. La salle du concile est environnée de bancs où s'asseyaient les prélats.
L'arsenal est fort beau ; riche en * armes modernes, il possède la cuirasse de Charles le Téméraire, puis celles des Armagnacs tués à Saint-Jacques , avec une infinité d'armes du moyen âge , plus meurtrières les unes que les au?
très : par exemple , des masses terminces en forme d'étoile, avec des )ointes de fer; elle^ pénétraient dans le crâne de Tennemî assommé , et rendaient toute blessure mortelle. T/hôtel de ville est très - bizarre ; il est ciiargé de peintures de l'époque de la réfor*
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mation; on y voit des papes et des évênues précipités dans les flammes de l'enfer. bibliothèque possède beaucoup de manuscrits, d'incunables et de dessins originaux, entre autres de Holibein , et des correspondances des premiers réformateurs; on éviilue à trente-six mille le nombre des volumes.
La Société de lecture en possède une autre de vingt mille ; et il y en a beaucoup d'autres encore appartenant à diverses spécialités de la science. On voit dans la salle du musée plusieurs antiquités, la plupart d'Augst (Augusta Kauracorum), et un tableau de la Passion, encore de Holibein. M. de Walsch, que nous avons plusieurs fois cité, rapporte un trait tort simiulier de ce peintre, qui était d'un caractère original et bizarre. » Il avait, dit le « spirituel voyageur, fait marché avec «un apothicaire, pour lui peindre à « fresque la fa(jade de sa maison; l'ou- « vrage avançait lentement par suite « des longues* libations que le peintre « altéré taisait au cabaret voisin , où « l'impatient pharmacopole venait sou- « vent le relancer. Holibein imagina a un moyen ingénieux pour se sous- « traire a son importumté ; ce fut de « peindre au-dessous de son échafau- « dage, que recouvrait une toile , deux «jambes pendantes, qui firent telle- « ment illusion que l'argus lui adressa « désormais des compliments sur sou « infatigable assiduité. »
Il y a dix-sept ans environ que Ton a détruit la fameuse danse des morts, qu'on a généralement attribuée à Holibein, mais qui, en réalité, avait été retouchée par Glauber , peintre qui' vécut cinquante ans après lui. Ce sujet tout philosophicjue rappelait l'idée si noblement expnmée par Horace , et plus tard par Malherbe; il montrait la iTiort faisant danser rois et paysans , uerriers et prélats. On prétend cepenant que la conception était due à des mascarades usitées au moyen Age , et non à une contemplation religieuse.
Quoi qu'il en soit , des masques couraient les rues, avec les attributs de la mort ; des danses s'exécutaient ensuite dans les cimetières en Tbonneur des
trépassés ; on leur donnait le nom de danses macabres. La superstition s'v attacha , et les représentations se multiplièrent à l'inlini. La plus célèbre de toutes fut celle de Bâie, qui avait été décrétée par le concile pour transmettre à jamais le souvenir de la peste du quinzième siècle. Ces tableaux faisaient le tour d'un cloître. Bâie a encore un musée d'histoire naturelle, de phvsi(jue et de chimie.
Le vêtement des femmes se distingue par la variété des couleurs ; elles portent communément un mouchoir de soie sur le cou , et leurs cheveux sont tressés, tandis que les jeunes filles laissent flotter les leurs. La jupe de coutil noir , à plis serrés, recouvre un jupon rouge, tons deux assez courts pour laisser voir une assez forte jambe chaussée d'un bas rouge, ce qui est d'un assez vilain effet. Le corset de couleur sombre, échancré par derrière, est relevé par l'éclat de belles manches d'un blanc très- propre. Tel qu'il est, ce costume par.iît l'un des moins avantageux de la Suisse. Les hommes n'ont plus rien qui les distinjïue de tous les autres paysans du Sundgau ou du duché de lîaden.
Accordons notre attention aux plus belles ruines qu'une cité romaine ait léguées d la postérité : près des villages de Basel-Augst et de Raiscr- Augst , sont les restes encore majestueux de l'ancienne Augusta des Rauraques, fondée au règne d'Auguste par Munatius Plancus, détruite au cinquième siècle par les barbares, l ut vaste enceinte et des monuments epars attestent la grandeur de cette capitale; les murailles ont, à cert:uns endroits, presque toute leur hauteur; on peut les suivre fort loin : tantôt elles s'abaissent vers le sol , tantôt elles s'élèvent; mais il n'en existe qu'un seul côté; au centre environ , on remarque les débris de quelques temples assez heureusement restaurés dans les dessins de IM. Parent-Réal, auteur d'un ouvrage sur ce sujet. Le théâtre est d'une grande beauté. L'enceinte en composée de deux murailles unies entre elles par des piliers en forme de tours
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carrées : au dedans une autre série de tours rondes alterne avec ces piliers, de manière à rejoindre le pourtour intérieur de la double muraille aux endroits oij elle ne renfernie point de piliers. Outre ces supports, ou remarque encore quelques restes de contre-forts extérieurs, qui s'élèvent de treize pieds au-dessus du sol ; l'enceinte en a trente-trois. Chacun de ces murs a environ quatre pierls d'épaisseur. Les couloirs qui mènent à l'orchestre en sont aussi revêtus; et, comme l'enceinte, ils sont Hanqués de tours circulaires; il n'y avait d'escalier que dans le couloir du centre, qui s'élevait vers les gradins supérieurs Les deux antres aboutissaient de plainpied à l'orchestre. L'état de décadence où est ce tliéâtre a fait disparaître les gradins , et les massifs de maçonnerie
sont surmontés de «grands arbres et de broussailles. Les antiquaires ont calculé qu'il y avait place pour douze mille spectateurs. Ce monument offre un beau sujet de comparaison a\ec le théiitre de Mandeure, assis ou plutôt creusé au revers d'une colline, et dont les accidents de terrain ont favorisé la construction.
On visite avec plaisir les magnifiques jardins d'Arlesheim , nuis le vieux château d'Angenstein , don)aine autrefois des comtes de Thierstein, tour haute dont les immenses murailles renferment aujourd'hui des appartements fort élefiants. La mousse envahit les créneaux ; le luxe moderne et le goiH le plus exguis se sont logés dans les étages inférieurs... Bàle e^t la patrie du célèbre mothenyaticien Euler; il y naquit le 15 avril 1707.
SCHAFFIIOUSEN.
C'est le douzième canton , dn ns l'ord re des préséances: il fut reçu dans la confédération en l.'iOl. Le contingent de ce canton , en hommes , est de quatre cent soixante - six ; en argent, de neuf mille trois cent vingt francs de Suisse; son territoire est comme une téte de pont sur la rive droite du Ilhin ; il est en quelque sorte enclavé dnns le granddurlié de Raden , qui l'entoure au nord , à l'est et à l'ouest ; tandis qu'au sud il est coupé de la Suisse par le Rhin , qui , à lu rive gauche , baigne la Thnrgovie et une partie des terres de Zurich. Le sol appartenant à Schaffhouse n'est pas même contigu ; ainsi à l'est, il y a un district, celui de la ville de Stein, qui n'a aucune liaison avec le reste, et à l'est, un autre district, plus petit encore , en est entièrement séparé. Le canton a environ six lieues de long sur une largeur de trois; sa iuperlicieestdehuitmilles d'Allemagne carrés. Il y a beaucoup de montagnes , et surtout de collines calcaires, de gypses , d'argile , d'airain et de pétrifications. Le sommet le plus élevé est le Randeii , qui a douze cents pieds de hauteur au-dessus du Rhin. Les ha-
bitants excellent à cultiver la vigne et les céréales. L'industrie n'y est point aussi active, et l'on a vu périr presque toutes les fabriques qui s'y étaient établies, à l'exception d'une filature, d'une manufacture d'acier et de quelques tanneries. On retire annuellement trente mille quintaux d'airain des mines, et on en alimente les hauts fourneaux de Laufen.
Le nombre des habitants est de vingtsix mille cent quatre-vingt-cinq, presque tous réformés , à l'exception du tiers de la population de Ramsen. Pour l'exercice des droits politiques, ils sont partagés en vingt-quatre tribus, dont douze appartiennent à la ville, douze à la campagne ; il n'y a de condition, pour voter dans ces tribus, que d'avoir accompli sa vingtième année.
On y élit le petit et le grand conseil qui est composé de soixante et quatorze membres: le choix ne peut porter que sur des citoyens nés dans le canton ; mais^cette condition n'est pas requise pour être électeur. Les deux conseils , petit et grand , exercent la souveraine puissance, et sont législateurs; mais le petit conseil , formé de