‹ Histoire et description de la Suisse et du TyrolChapitre 18 sur 32 · L'UN · texte numérisé non relu

L'UN

vingt-guatre membres du grand, est investi du pouvoir exécutif et de l'administration ; à lui appartient l'initiative des lois; à lui le jugement détinitif des contestations judiciaires et administratives; mais^ quand la peine de mort est prononcée , le grand et le

f)etit conseil réunis peuvent exercer e droit de gnke. On les renouvelle de quatre en quatre ans, et ils sont présidés alternativement par deux bourgmestres. Les membres du grand conseil ne reçoivent d'indemnité que quand ils sont en même temps du petit. Toutefois les conseillers campagnards ont droit à des frais de voyage et de séjour. Les actes portent pour suscription : Les bourgmestres et conseils de la ville et du cfmton de Scfiaffhousen. Les artisans constitués en tribus se réunissent tous les ans en synode , sous la présidence du pasteur de la principale église, et en présence de commissaires du gouvernement.

Le' mouvement général des esprits en 18d0, à la suite de la révolution française, agita particulièrement le canton de Scbaffliousen : les tribus de la campagne se réunirent et demandèrent la réforme de la constitution , une représentation plus étendue de leurs intérêts , et le partage du domaine public et communaJ, ainsi que la convocation d'une assemblée constituante.

Le gouvernement y accéda par une proclamation du 30 janvier 1831 , se déclara provisoire , et prit des mesures i)0ur préparer la réunion de l'assemblée. Mais, quelque sagesse que les conseils eussent apportée dans leur conduite , ils ne pi>reiit empêcber quelques scènes tumultueuses et même sanglantes, à l'occasion des élections et de la ratification de la nouvelle constitution. Celle-ci fut acceptée le 2 juin , à une grande majorité; mais il fallut, l'année suivante, l'intervention des confédérés pour assurer l'exécution de la clause qui séparait les biens communaux de la ville d'avec le domaine de l'ittat.

Voici les principaux traits de la nouvelle constitution : la souveraineté émane de l'ensemble des citoyens ac-

tifs, mais ils l'exercent par voie de représentation. Les emplois sont accessibles à tous, sans aucune préférence ni privilège de naissance, de lieu ou de famille. Les personnes et les propriétés sont inviolables. La

f)resse jouit d'une entière liberté, et e droit de pétition appartient à tous.

Chacun doit prendre part aux charges publiques et au service militaire. Il est défendu d'en prendre à l'étranger, et l'on ne doit accepter de lui ni titres, ni places, ni honneurs. Le grand conseil est désormais composé de soixante et dix-huit membres, dont cinquante élus par les tribus , quarante-huit par les campagnes : il exerce le pouvoir législatif, nomme et surveille les diverses autorités. Il a un président et un vice-président, élus chacun pour un an. Le conseil exécutif ou petit conseil est réduit à onze membres.

C'est toujours lui qui rédige les instructions pour la diète et (|ui prépare les projets de lois. Deux bourgmestres le président alternativement chacun pendant un an. Le canton est divisé en six districts : Schaffliousen, Steio, ïhayngen, Neuenkirch, Unterhallau et Schleitheim ; il y a , dans chacun, un tribunal de première instance, et tous sont soumis à un tribunal d'appel de onze membres, qui connaît aussi des cas matrimoniaux et des affaires correctionnelles et criminelles. Il y a un juge de paix et un conseil municipal par commune. La nouvelle constitution a laissé subsister le principe du renouvellement des conseils et des autorités de quatre ans en quatre ans.

Les revenus du canton , pour 1830, ont été de cent quarante-deux mille neuf cent soixante-huit florins , et les dépenses de quatre-vingt-quatorze mille cent cinq. Il y a longtemps qu'il jouit du bienfait des caisses d'épargnes, et les assurances s'élèvent , pour les propriétés bâties, à six millions trois cent quatre-vingt-dix-sept mille deux cent quatre-vingt-quinze florins, à raison de quatre mille cent quatre-vingtune maisons , nombre dans lequt I le district de Schaffliousen figure pour dix-huit cent cinquante- trois. Cette

ville a sept mille habitants ; quoique vieille, elle est fort jolie; ses rues sont très-propres, mais un peu désertes ; assise sur le penchant d'une colline, elle f s'aligne le longdu Rhin, au delà duquel elle possède un faubourg. Les édifices les plus remarquables sont les églises de ^ Saint-Jean et de tous les Saints, enfin rhôtel de ville, et tous appartiennent à l'architecture du moven âge. Le pont sur le Rhin était cité' comme l'une des merveilles de la Suisse. C'était le chefd'œuvre du charpentier Grubenmann :

construit en 1758, il fut brûlé le 13 août, en 1799, par les Français qui se retiraient devant les Autrichiens. On en conserve encore, à la bibliothèque de la ville, un petit relief en bois; il n'était que d'une seule arclie de trois cent quarante -deux pieds, et avait coûté quatre-vingt-dix mille florins.

On dirait que la petite ville de Stein a voulu réparer cette perte en construisant un pont magnifique, dallé en pierre r sur des couches de bois et des lames de cuivre. Celui de Scbaffliousen servait autrefois de promenade et presque de c^isino politique. Le plus célèbre des écrivains de l'Allemagne, Goethe , virjt dans cette ville en 1797, et il peint d[un seul mot, mais de couleurs fort piquantes, les divers personnages qu'il a rencontrés dans son hôtel. Nous allons faire connaître à nos lecteurs quelques passages d'une correspondance qui ne fut publiée qu'après sa mort.

« Il V a , dans notre nature, un vif désir de trouver des mots pour décrire tout ce que nous voyons; mais le besoin de voir de nos propres yeux ce qu'on nous a dépeint est peut-être encore plus vif. Dans ces derniers temps, les Anglais et les Allemands ê sont ceux qui ont le plus cédé à ce penchant. L'artiste qui présente à nos regards une contrée dont la description est connue nous cause un grand plaisir, et nous sommes reconnaissants aussi envers celui qui, dans un poème ou dans un roman , fait agir ses personnages aussi bien qu'il le peut. Mais, soit qu'ils raniment des souvenirs , soit qu'ils éveillent notre imagination , le poète ou l'écrivain nous procurent de

24* livraison. (Suisse.)

grandes jouissances en nous transportant vers d'au très contrées, et même nous lt\s parcourons volontiers leur livre à la main ; cela nous paraît plus commode, l'attention en est plus soutenue , et nous accomplissons notre route dans la société d'un ami dont les entretiens nous amusent et nous instruisent... C'est pour nous exercer en ^ ce genre que nous donnons ici , sous la lorme d'une simple esquisse, la description de la chute du Rhin , sans la dégager des courtes annotations d'un livre-journal. Souvent encore on peindra, souvent on décrira ce phénomène, et toujours le spectateur en sera étonné; il essayera de commimiquer ses sensations, niais toujours il laissera quelque chose à dire", et jamais le sujet ne sera épuisé.

« Le 1 7 septembre au soir. Descendu à la Couronne. ^la chambre est ornée de gravures qui représentent l'histoire des malheurs de Louis XVL.. Je résolus d'écrire les tristes méditations qu'elle m'mspira. Le soir, à table , différents émigrés, une comtesse, des officiers de Condé, des prêtres. — Le 18 septembre. A six heures et demie, départ pour la chute du Rhin. Couleur verdàtre de l'eau ; les hauteurs sont couvertes de nuages, le pied des montagnes en est dégagé ; le chijteau de Laulen y cache sa tour, on ne l'aperçoit qu'à demi. La vapeur liquide de la chute semble se confondre avec le nuage et monter avec hu'.

« Pensée qui se reporte à Ossian ; le • nuage plaît à celui dont l'âme est agi- * tée de fortes impressions. On arrive par Uwiesen , vilkjge dont les vignobles sont sur la hauteur, les champs dans le fond. Le ciel s'éclaircit lentement, les nuages passent encore sur les sommets. — Laufen. On descend sur la' roche calcaire. Les différentes parties delachutevuesdel'échafnudageenbois; — rochers perpendiculaires du milieu ; • ils sont usés par le frottement ; l'eau les heurte, et se précipite avec violence / contre cet obstacle; leur résistance; * l'un en haut, l'autre en bas; ils sont complètement submergés. Vagues rapides , tourbillons dans la chute, tour-

noiements dans le bassm. Dans sa reux de réaliser certaines .fantidn^ course', ]*eau apparaît verdâtre ; quand d'imagination , ^and les plut grandes

elle se brise, elle prend une légère teinte de pourpre. Ses flots eounianls se jettent sur les rives à droite et h gaudie; le mouvement retentit au loin, riiais Teau reprend sa course et sa couleur verte. — I(l(''os (|ue fait naître la violence de la cliute, inépuis.iMe et

scènes de la nature elles-mêmes restent en arrière de l'idéal. — INous traversons le fleuve. — La chute vue de la partie antérieure. -^-Toujours belle , oH en juge mieux les parties ; ses variét^ prennent de" plus grands développements; on calcule mieux les divers

continuelle puissance de la nature, effets , depuis l'onde indomutable à

Destruction Jmmobilîté^, durée, mou- droite jusqu'à celle dont rindùsrtrie à

Tement, retour immédiat au repos!... su tirer parti à gauche. '"^ " "

D'une part, des moulins, de l'autre, « Au-dessus de la cataracte, on admire

une estrade. Il était donc possible de ces belles parois de rochers, et l'on

renfermer dans ces limites l'admirable juge, ou plutôt Ton conjecture quelle

aspect de ce beau phénomène. Les en- est la nntrehe du fleuve à son arrivééî

tours sont des vignes', des champs, à' droite, le château de Laufen. J'étais

des bosquets. placé de manière à voir, sur le premie?

»Jusqu'ici les nuages permettaient de plan, le petit château de Wôrth ti

distinguer à merveille tous les détails: la di^ue. Là sont encore des rocM,

le soleil se montra jetant obliquement calcaires, -et telle eé^ probablemei#

ses rayons sur l'ensemble. La lumière aussi la nature des roches dtf milieu dO

partagea la masse aquatique ; et , divi- fleuve. — Petit château de Wôrtb. J*?

sant ses parties antérieures et posté- entrai pour boire un verre itejà^^a-

fleures , donna en quelque sone un pect du mattre. A la nMKÊFnmWÊf

corps à Tensemble. la lutte des cou* pendu le portrait de Trippet: Je deman-

rants entre eux parut prendre une nou- dai au maître s'il était son parent. Cet

telle force , parce rjue Ton apercevait mieux leurs directions et leurs divisions. Dans le fond, des colonnes rejaillissantes se distinguèrent de la

poussière humide, et la moitié d'un arc-en-ciel vint illuminer l'ensemble.

Plus la contemplation durait, et plus

parent.

homme s'appelle Gelzer, et il en est le cousin germain par sa mère. Ses aïeux lui ont transmis le bail du petit eMI» teau, du p^ge, delà Tigne, de la pôdie

au saumon etc. A dix heures, je

repassai le ileuve; le soleil éclairait toujours la chute; les masses de lu-

■ < ■ ,A A - 'Al #. * - !^

aussi le mouvement paraissait gagner miére étaient entrenfélées- de nasses

en vitesse. En général, il faut que ce d'ombre jetées par les rochers du qui est parfait nous prédispose à le centre et par ceux de Laufen... Je recomprendre; ce n'est qu'après quel- vins à l'estrade, et je compris que mes ' que temps que nou% nous élevons jus- sensations précédentes * étaient déjl

que-là. Cest ainsi que les personnes

belles nous paraissent toujours plus belles, les spirituelles toujours plus spirituelles... La mer engendre la mer; 81 on voulait se fi^pirer les sources de f Océan , c'est ainsi qu*il faudrait se les représenter. — Lorsqu'on est parvenu à ramener le calme dans son esprit, l'imagination remonte le cours du ' fienve jusqu'à sa souitse , et l'aceom- ^ pagne ensuitedans la direction opposée. Quand on redescend de l'estrade vers la rive , on est impatiente de la manie

mélangées d^antres* impressions, cas

le fleuve me parut se précipiter plus rapidement qu'auparavant; l'arc -enciel était dans sa plus grande beauté, et plongeait dans ces eauk qui meum çaient de le renverser, et cependant le reproduisaient toujours. — Considérations sur ma sécurité à coté de cette incroyable puissance... La contrée que nous avons pareourue au retour Ml riche de culture ; il y a de nombrew villages; elle est comme parsemée de maisons. Kn face sont les châteaux de

d'établir partout des parcs. Il est bien Uohentwyl en Souabe , et les rochers d'aider h la nature, mais il est dan^e- d^Engen ; à droite et dans le lotaton^

StJISSE.

les grandes montagnes de la Suisse. »

Cette description , à la fois philosophique et saccadée, ressemble à de simples notes. Goethe n'avait à sa disposition que de grandes pensées; il tléilaignait les grandes phrases, et son admiration se manifestait par de fréquentes visites. 11 rend compte, dans la même lettre , d'une excursion qu'il a faite l'après-midi. L'aspect de Schaftlîousen , ses champs entourés de haies , sont très-bien décrits , et toujours d*un seul trait , d'un seul mot.

« Je n'ai rien vu dans la ville qui fiU de bon ou de mauvais goiU : c'est comme un pont entre l'Allemagne et la Suisse , etc. » Nous n'avons pu doimer que la moitié de cette charmante lettre. Schatfliousen est la patrie de l'illustre Jean de Mùlier, liistorien di^ne de l'antiquité. S'il se perd dans les détails, s'il est complet pour tous les temps , pour tous les lieux , du moins son lecteur aime à se perdre

avec lui. D'ailleurs tout est grand dans cet héroïque pays, tout est noble avec un tel narrateur". Thucydide et Tacite ne sont pas plus profonds dans leurs sévères compositions; Tite-Live n'est pas plus inspiré que l'historien moderne de cette république à la couleur antique, aux traditions patriotiques et sacrées ; et quand les noms de quelques solennités guerrières viennent prendre place dans les annales du moniie, Jean de Mùller est toujours historien , toujours véridique ; mais telle est l'habileté du narrateur, que l'on croirait entendre la poésie épique se réciter en quelque sorte elle-même, et dominer à l'avance les générations à venir qui écouteront cette voix imposante avec la même admiration pour IMorgarten , Sempach, ISafels, Laupen , Granson , JNlorat, et Jean de Mùller luimême, car lui aussi est une des gloires du pays.

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