‹ Histoire et description de la Suisse et du TyrolChapitre 19 sur 32 · APPENZELL · texte numérisé non relu

APPENZELL

Appenzell avait depuis longtemps affranchi son territoire : souvent menacée , son indépendance avait toujours triomphé, grâce à l'héroïsme de ses habitants. Plusieurs traités particuliers lui assuraient la protection des Suisses; cependant ils intervenaient aussi de temps à autre pour l'abbé de Saint-Gall. Enfin, en 1513, un canton nouveau vint porter à treize le nombre de ceux qui formaient la fédération.

Appenzell fut le dernier de ces treize, et pendant longtemps quelques pins devenus aussi membres de l'association n'en furent que les alliés. Les événements de la révolution française, les guerres qui en ont été la suite ont chançé la position de ces républiques, ont donné à la Suisse Genève, ISeufchtltel et les Grisons; mais, pendant trois siècles, on disait les treize cantons, et ce fut l'accession d'Appenzell qui fit prévaloir cette locution jusqu'en 1798.

Ce canton est le treizième aussi dans l'ordre des préséat^ces; il est situé à Test de la Suisse et se trouve enclavé

dans celui de Saint-Gall ; sa plus grande longueur est de dix milles d'Allemagne, sa plus grande largeur de six; sa superficie a été calculée à dix milles et demi carrés, dont deux trois quarts aux rhodes intérieures. La hauteur des montagnes en rend le climat fort inégal et fort variable. Au sud, le canton est borné par une ligne de rochers interrompue par d'étroites vallées; c'est comme la ligne avancée des Alpes. Le Sœntis et leCamor spnt les pics les plus élevés, et la Sitter s'élance du sein de vallées escarpées et pierreuses. On divise le canton en rhodes intérieures et extérieures , et ce partage fut une des cojfiséquences de la reformation , comme on l'a vu dans le cours de cette histoire. Les catholiques possèdent les rhodes intérieures, qui sont les moins fertiles et les moins peuplées; il y a dans la partie protestante de fort jolis villages et une belle culture. En général, le canton est riche en pâtiira^es , et il y* entretient jusqu'à vingt-trois mille vaches. La race bovine est beaucoup plus grande qu'àGlarus, Uri et Lluterwal-

L'UNIVERS

den. On travaille fort bien la laine, la mousseline, etc.

Les riiodes intérieures comptent trente-neuf mille quatre cents habitants répartis en neuf communes ou rhodes ; la partie catholique en a treize mille cinq cents; en tout, cinquantedeux mille neuf cents. Ces deux parties réunies n^ont à la diète qu'une seule ?oix. Les instructions sont délibérées en comrrmn; l:i {>résidf^nrr de In députatîon alterne entre ies deux députés.

Dans les rhodes extérieures, les plus ricbes communes sont Trogen et Speicher. Hérisau , Teufen et Gaïs , se sont aussi élevées à un haut degré de 4)rospérité. La constitution y est démocratique et repose sur le principe de la souveraineté du peuple, qui s'assemble tous les ans, le dernier dimanche d'a- I vril, tantôt à Hundwyl, tantôt à Trogen, pour élire ses magistrats, dont les nmctions sont annuelles aussi. Il (Suffit d*étre âgé de seize ans pour exercer les droits politiques. Les trai- I tés, les lois, la guerre, la paix dépendent de cette assemblée; elle seule confère le droit de bourgéoiBie. La seconde autorité est celle d'un conseil composé des fotirtionnaires et des capiiaines , ainsi que d'un certain nombre de conseillers; ils disposent des emplois,-font les règlements militaires, etc. , etc. Le grand conseil s*assemble J deux fois par an, en automne et au J printemps; il est composé de dix fonc- ^ tionnaires et de tous les capitaines des communes; il réunit le pouvoir exécutif au pouvoir judiciaire. Il y a, outre cela , de petits conseils pour 1 administration courante. Le landamman est à la tête de tous ces rouages si compliqués. Il y a pour les mariages des tribunaux liiixtes desquels font partie des ecclésiastiques.

La rudesse du climat est une entrave à ragriculture dans les rhodes intérieures; on n'y a introduit la culture de la pomme de terre que depuis 1808; jusque-là il n'y avait guère que des pâturages. La simplicité des mœurs est restée celle des anciens jours. La constitution repose sur le même principe que dans les rhodes extérieures,

mais le grand conseil a cent vingtquatre membres; il propose les projets de loi et le vote de l'impôt, et juge en dernier ressort les procès entre particuliers et les affaires criminelles. Le petit conseil est divisé en sections appelées conseils de semaine. Le clergé relève de l'évéché de Coire. On doit le service militaire à dix-huit ans. Le contingent des rhodes extérieures est de sept cent soixante et onze honunrs et sept mille sept cent vingt francs ; celui des rhodes intérieures de deux cents hommes et quinze cents, francs.

Les changements opérés par suite de la révolution de 1830 ont été adoptés sans difficulté dans les rhodes iniSérteures, mais dans les rhodes extérieures le conseil se refusa d'abord à toute réforme. Un projet présenté en 1833 par une commission de révision échoua à l'assemblée de Hundwyl; enfin ,.le l*'aoât 1884 , le peuple , réuni àXrogen, adopta une constitution plus appropriée aux besoins de l'époque; toutefois le principede séparation entre les^ pouvoirs administratifs et judiciaires n*a point prévalu. L*instructiott primaire a pris de grands développements; l'industrie, depuis quarante ans, s'est accrue considérablement, et l'espril d'association, sous les auspices d'une compagnie fondée par Ajppenzell, de concert avec Saint-GalT, y a beaucoup contribué.

Le canton d'Appenzell n'a point d'antiquités romaines, bien que quelques cbron iques assignent cette origine à ime vieille tour voisine de Hérisau, qui n'est autre qu'un chfitp iu du nioven âge, comme ceux de Koseniierg et de Rosenbourg qu'on voit près de là même ville. Le célèbre château de l'évéché, le vieux donjon de Clanx au-dessus d'Appenzell, n'a plus que des restes fort insigniiiants; la plupart des autres ont totalement disparu. Il y a dans les arsenaux beaucoup de drapeaux conquis.

Gaïs, célèltre par les cures qu'on vient demander à ce séjour monotone, est au pied de Tescarpement méridional du Gacbrîs; il y a de jolies prairies qui contrastent par leur verdure avec ces

SUISSE

masses décharnées, nms i absence des arbres jette beaucoup de tristesse dans l'flme des vôyageurs; on y avale force Terres de lait de chèvre et on se batîine dans le petit-lait; il y a aussi trois sources aeaux minérales sulfureuses.

On fait souvent des promeoadeB vers les sommets voisins , d'où Ton jouit de points de vue admirables sur la vallée du Rhin et jusque sur les Grisons. Le plus fréquenté est l&Stœss, où il y a une chapelle fondée en rhonneur de la grande victoire de 14o:>. Fn 1826, l'association patriotique dci Senjpach vint y célébrer une lète en commémoration de cette action héroïque. Le voyageur Si mon remarque que le champ de bataille n'était jjas commode pour les assaillants, qui avaient à gravir et à combattre en même temps sur une pente rapide de trois cents toises de mut. Nous lui emprunterons quelques détails sur les métairies du Gaebris. « Les vaches qui « viennent matin et soir au chalet se <c faire traire, attirées par un peu de « sel , étaient ici attachées chacune à la « crèche par sa chaîne, leur poil lustré « coiiinie celui du cheval le mieux tenu. « Quelques-unes portaient, suspendue « an cov par un collier de cuir large a et chargé d*ornements, une cloche « de forme ovale aplatie et du diamètre « d'un pieii environ. Ce sont des ber- « gers et non des bergères qui traient « les vaches. Pendant f opération, un « d'eux entonne le ranz ues vaches...

« II y a , dans ces simples accents mo- « notones et peu mélouieux en eux-mé- « mes , un mélange d'expression plain- « tiveet douloureuse etdâpreté sauvage « dont l'effet est extraordiniiire, et le « cri aigu du cefraiu ressemble à celui « dont ios naturels de l'Amérique sep- « tentrionalè marquent leurs chants de « guerre. Il est aise de concevoir com- « nipnt !e rnnz des vaches, lié auv sou- « veiiirs du jeune âge, à ses attacheu jiients, à ses plaisirs, et rappelant les « lieux, les choses, les personnes, peut « affecter si puissamment les Suisses * éloignés de leur pays... T a meiîlenre «vache avec son veau coiUe dix louis; « pendant les premiers mois , elle donne

« par jour huit a dix pots de lait. » On trouve dans ce même voyage des détails très-curieux sur la construction des

chalets en bois de. mélrzp cIpvcs sut un soubassement de pierre, chalets * qui ne sont habites que par les besuaui , et quelquefois servent <te magasin ou de cave.

Dans ces solitudes, au milieu des roches décharnées, si la cloche lointaine vient retentir à Toreille du pâtre ou du chasseur, il est saisi d'on sentiment religieux bien plus vif que l'habitant des cités. Pour lui, il y a tout un abîme entre l'office du hameau et la prière qu'il articule avec recueillement au haut des montagnes. La cloche de Gaïs est sonore; elle fait vibrer toutes ces vallées, elle rompt le silence solennel de ces alpes. La conviction des vérités de la religion est toute-puissante sur ce peuple qui a conserve une grande simplicité dans ses moptirs et dans ses jeux nationaux. iSuus citerons une sorte de partie de barres entremêlée de Joutes militaires; on l'appelle le Jeu des chevaliers. Les habitants de Trogen et de Speii^her se réunissent en corps d'armée; ceux de Gaïs et de Teufen se mettent à cinq cents pas de là; un homme sort des rangs, marche à l'ennemi en s'écriant : « Chevaliers, chevaliers , voici le capitaine ! » Alors il court vers un but qu'un adversaire doit atteindre avant lui. Ces provocations durent jusqu'à vr que les deux troupes soient en course. Quiconque est attrapé et pris, doit rester à quelques pas assis, comme un prisonnier de la sta^ tion ennemie. L'on continue jusqu'à ce que tout le>monde soit ou prisoimier ou vainqueur, et la victoire générale dépend du plus grand nombre de ceux qui ont attemt le but sans être pris. Le Jeu du cercle est à peu près le même: quelqu'un en fait le toiir, et, frappant un de ceux qui le forment, il s'enfuit et franchit haies et fossés jusqu'à ce qu'il ait été rejoint ou ou'il ait épuisé son rival. La plupart tics divertissements ont pour cause la gymnastique; il en est un qui consiste à soulever son adversaire par la boucle de sa culotte.

L'UniVERS.

à le renverser et à le contenir par terre. Le plus souvent il se relève et prend sa revanche, mais à une seconde chute il

est déclaré vaincu.

Le village d'Appenzeii , au pied du SaBntis,a un caractère jiarticulier; ses maisons, d*un bran noir, sont répandues sur la rive gauche de la Sitter, au milieu de prnirles et de vcrL^ers.

L'église a été fondée en Thonneur de saint Maurice, par Tabbé de Saint- Gall, Kofbert, en t091 , mais elle a ^té rebâtie dans le genre moderne en 1836:

la tour seule est restée , et rontrnstc avec les malencontreux eiubcUissenieuts que substituent partout des temples çrecs ou même des granités aux édifices du style religieux. L'église possède un tnlilenu qui représente un troplipe fonip<)se de tous les drapeaux conquis : au cimetière reposent les restes de Tinibrtuné landamman Sutter, dont nous avons rnronté les malheurs. La cha-

f)elle de II Croix est incontestablement a piuK ancienne du pays, mais c'est à tort qu*on veut en fixer la construction à Tan 647. Le couvent des capucins se livre à la singulière industrie d'élever des escargots pour les vendre. Il y a aussi de^ sœurs de Saint-Fraucôis.

L'hdtel de ville est d*une simplicité antique. Aux archives, on conserve les drapjeaux pris sur l'ennemi : là sont tine bannière de Constance, puis celles de Winterthur et de Feidkircht ces deux dernières provenant de la victoire de Wolfiiniifrfi. Vu drapeau du Tvrol porte l'inscription lucusii^nie JJundeH teu/ely c'est-a-dire cent aiahles, ce qui ne l'empêcha pas d'être prise à Landeck, en 1407t par des gcn« plus dia* bles que ceux qni la portaient. On y voit aussi deux drapeaux enlevés aux Vénitiens à la bataille d'A^nadel. Les bains et la source d*eau minérale sont fort négligés. Le Saentis est une haute montagne où les troupeaux ff' \pfie!>7el! vont passer rété, tandis que le revers oriental appartient au lUieinthal : la paroi de roc qui revêt son incommensurable nanc s'appelle der Stiefel, la BoUe. Lri siif)erstition rapporte qu'un amoKin duKtieinthal, surnommé Stiei^^^^sQO^es^nde ta Bçltc , y revient

pour expier ses méfaits. Les ascensions an Saentifl ne sont pas sans danger : il n'y a pas bien longtemps qu'un

colonel suisse vît son ^nide tué par la foudre; atteint lui-même, il avait été uiiiigé de se traîner à travers les neiges, au risque de tomber dans les |^ cipices, jusqu'à ce qu'enfin il parvidt h découvrir un chalet qui le recueillit. Le Camor est aussi une montagne de la chaîne appelée Alpstein, mais il appartient pour la plus grande pantie au RheinthaU sur lequel il s'abaisse perpendiculairement : comme sa composition géologique est absolument la même queceUe des couches du Vorarlberg, on suppose ^Ù6 le Rhin qui les sépare s'est violemment frayé un passage. Vers le nord , la pente est assez douce, et l'on v trouve beaucoup de métairies. Non loin de la ciflie est une grotte de quatre pieds d'ouverture nommée Wetterlocli ; les pierres quVM y jette roulent pendant une minute, et, a en juger nar le son, eiles ont de grands intervalles à firanebir et retombent en éclats : on pense que sa profondeur est au moins de six cents pieds.

Il y a plusieurs points de vue dignes du Rigi : d'une part les alpes d'Appenzell, de l'autre le lac de Censtance cl la Souabe; enlln, à ses pieds, on a la tortueu^p vallée du Rhin, et, vis-àvis, le \ orarlberg et les glaciers du TyroL . .

L*un des objets les plus dignes d'être visités est ^Vildkirchlein ou la chapelle des rochers : on se réunit à Weisbad , autre lieu de cure par le petit-lait, fort bien approprié au repot des ma* lades et au plaisir des voyageurs. En été, on y accourt de finis et fie Saint- Gall, et la place publique est toujours peuplée d'ua monde toti élégant. De là on gravit un sentier pierreux, et « après quelques heures , oa>rencontre un pont de bois susjiendu sur un horrible précipice; bientôt se présente l'erunlage taillé dans le roc vif: au di.\-septième siècle, le bruit de sa clochette fiiisait mettre à genoux tous les bergers des Alpes; maintenant il n'y reste qu'un cabaret. 11 y a dans ces vodtes quelques Stalactites^ mais il est assez diûidle

SUISSE

f|'y aniver, i»aroe qu'il faut gravir des quartiers de roc.

ïîf rfsnu est agréablement situé sur îa rive droite de la Glatt, au confluent du Bruhlbach, et ces courants lont mouvoir beaucoup de moulins et de fabriques, lie bourg est fort joli et compte deux mille trois cents habitants. On a aussi la pn lention de posséder une tour romaine, mais i-lie est du moyen âge et sert de clocher à Vé-

flise. Les châteaux de Rosenberg et de frstein ont fourni leurs belles ruines à des constructions modernes; il en Xieste bien peu de murailles ; des ordres âe Tautonté ont mis un terme à ces destructions. A un quart de lieue du

bourg est un établissement de bains sous le nom deHeinridisbad : quoique

la sourro fût connue depuis longtemps , ce ne lut qu'en 1824 qu'un négociant appelé Henri Steiger y construisit des bams.

Outre les hommes que Thistoire

nous a donné occasion de nommer^ nous citerons Jean Grubenmann de Teulen, né en 1710, l'inventeur des ponts suspendus : îl a construit ceux de Schaffiiousen et de Wettingen; il a été rarchitecte des églises de Teufen et de WcCdenschwyl, Le chnnt et surtout le chant d'église est poussé à un haut degré de penection dans TAppenzell.

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