SAIN T-G A LL
Le canton de Saint-Gai! est le quatorzième pour le rang qu'il tient dans la fédération : à l'orient, il est séparé des Grisons, du Vorarlberg et de la Souabe, par le Rhin et le lac de Constance; a l'ouest, il confine à Zurich, Glarus et Srhwytz; au sud, aux Grisons; au uurd ,à iaXhurgovie, et, dans le centre de son territoire, il renferme' et entoure de tous côtés l'Appenzell, qui appartenait à ses abbés, et qui se présente avec ses hautes montagnes comme une citadelle de la nature.
L*aspect du territoire de Saint-Gall est en géuéral tort gracieux; son sol est fertile et de cultures très-variees. La vigne prospère dans le Rheintbal , conqufite autrefois de TAppenzell sur les archiducs. Les collines du Toggen* bouri: sont aussi très-riclics; mais au sud du canton sont les glaciers, les chamois, les ours, les lœmmerge^er. Les rivières principales sont la Linth , la Settir, la Tamina : le lac de Wallenstndt appartient à reini de Zurich, et celui de (Constance appartient à Saint -Gull ou lui sert de frontière. L'élève do bétail est la principale industrie agricole; les forêts sont considérables, et on exploite aussi la tourbe. Les manufactures de drap et de flanelle, les blanchisseries, les tissages et surtout la broderie, occu»
peut Deaucoup de bras , et le commerce
est très-actif, surtout au chef-lieu. On compte d.lIl'^ le canton quarante-huit mille cent neuf maisons assurées, et, diaprés le recensement de 1881 , la population y est de cent cinquante-six mille huit cpnt trente-quatre habitants, dont cent un mille neuf cent soixante et dix-se^ catholiques et cinquante-
Î|oatre mille huit cent trente-sept réormés, indépendamment de celle du chef-lieu qui est de liuit mille neuf cent six, ce qui en porte le chiffre total à cent soixante-cinq mille sept cent (]uarante âmes. Le clergé catholique comj/te, y conq)ris les religieuses, trois cent einquante-six personnes , t-'mdis qu'il n y a que soixante et dix pasteurs réformés. On exporte annuelle* ment trois mille peaux de bœufs ou vaches , et deux mille peaux de chèvres. Les idatures ont quatre -vingt -huit miiie broches.
Composé du territoire de l'ancienne abbaye du Ebeinthal , des seigneuries de Sa\-, Sargans, TJznaeh, Werdenberg, du Gaster et du Toggenbourg, le canton est partagé en huit districts. Il n'y a de priviltîge de lieu, de naissance , de faniille , ni de personnes . un décret du uraud conseil peut conférer les droits de citoyen. Ûiaque commune politique (il y en a plusieurs réunies en une seule) élit un amman ou maire, et un conseil municipal do
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quatre à douze membres, selon la po- arbitres. Il y a des juridictions parti-
pulatîon, et les fonctions de ces ma- culières pour les affaires matrimoniagistrats durent six ans; mais ils sont les, et pour rinstruction publique rééligibles au reiiouvelleinent qui se des réformés un conseil évangélique, fiiit par tiers et tous, les deux ans. Gda enfin un synode pour les affaires ecelén'empêche pas que cimque commune siastiques. Les catholiques ont un conisolée ne se constitue une administri- sfihrudiiiinistrationcomposédequinze tion particulière. Dans cbaque district, inenibres. Le canton a quatre couvents il 3[ a un gouverneur nommé par le pou- de moines et onze de religieuses. Saintvoir central; il présideàradministratlon Gall fournit un contingent fédéral de et à la police, et remplit aussi iesfonc- deux mille six cent trente hommes et tions déjuge instructeur. Le pouvoir trente-neuf mille quatre cent cinquante souverain est confié à un f^rand conseil francs de Suisse. Après Tanéantissecomposé de cent cinquante membres; ment de Tacte de médiation, eu 1814, il se réunit deux fois Tan à Saint- deux partis se disputèrent le pouvoir, Gall; ses sessions durent un mois, et Tun entièrement démocratique, l'autre peuvent être prolonL'/'f s par le petit formé des anciens mnis du dernier conseil. Le grand conseil délibère sur abbé Pancrace. Les prétentions resles projets de loi , se fait rendre compte pectives n'arrivaient pas à une solution de l'administrcttion et des finances, satisfaisante. En 1830, le canton , qui vote Pinipot, fixe le nombre et le trai- avait été admis dans la fédération, en tementdes fonctionnaires, nomme les 1798, crut devoir, à l'exemple des audéputés à la diète et leur donne ses très , procéder à la reibrme de sa cousinstructions ; il exerce aussi le àfàli de titution ; il y eut des rassemblements, grâce, et choisit dans le sein du [)etit et principalement à Alstetten et dans conseil deux landanunan, l'un catboli- le Ilheinthal, dans le ToggCnbourg et que, l'autre réforuié. A Snint-Gall, à Wattwyl . enfin à Rorschach. On décomme dans beaucoup d'autres can- créta que le peuple nommerait une tons, Tun de ces landamman préside commission, et, malgré l'opposition je grand conseil et Tautre le petit , et de révé(]ue de Goire, on proclama la ils alternent annuellement. Le grand souveraineté du ;>piiple, l'égalité des conseil se compose d'.iu moins neuf citoyens; on diîendit de porter des membres pris dans le sein du petit, et ordres étrangers, d'accepter des titres, propose les lois, qu'ensuite il fait exé- des pensions ou des emplois: on concuter. (Test le j)ouvoir le plus élevé en sacra le droit de rachat des rentes et lait d'administration et de police. Il redevances, la liberté de la presse et le veille à l'organisation de 1 armée et à droit de pétition, la liberté indivila sâreté intérieure. Il y a un tribunal duelle, la publicité des débats, ainsi supérieur de treize membres devant que la liberté du commerce et Taboli* lequel sont portés les appels. L'élection tion de tous les monopoles. Par une confère le titre de membre du faraud nouvelle division territoriale, on réconseil à quatre-vingt-quatre catholi- partit le canton en quinze districts; la ques et à soixante-six réformés : on en représentation des catholiques au grand sort après trois ans d'exercice, mais conseil fut augmentée de quatre memon peut être réélu. Chaque district a bres, celle des réformés diminuée d'auun corps électoral élu par les coni- tant; le nombre des membres du petit munes : ceiui-ci élit le ^'rand conseil, fut réduit à sept. Le grand conseil fut qui, à son tour, élit le [)etit (>our neuf dtermais sous la direction d*un préans , de façon à ce qu*à chaque révolu- aident, tandis que le petit fut présidé tion de trois ans il en sorte un finrs. par un landamman; on restreignit la On suit à (>eu près le même système durée des pouvoirs à doux ans pour le pour l'élection des tribunaux de dis- grand conseil, à quatre pour le petit, trict. Les affaires litigieuses entre les Les tribunaux subirent des réformes Jleux i'^ligj|||^||||^ par des analogues. Le revenu annuel est de
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deux cent vingt-huit mille ilonns; la dépense de cent quatre-vingt-dix mille.
Il y a deux oent neuf écoles primaires tlioiqiitéea par un fonds particulier;
les gymnases et les érolps supérieures de Saint-Gall «ont t-xcelleiUs.
La capitale du caiiLon est iiituee au milieu des montagnes, entre la Sitter et la Steinacb : de nombreuses maisons de campagne et de beaux jnrdiiis en ornent les environs; les rues sont larges , propres et animées , et les maisons bien h;Uies. Voici la jolie description qu'en fait M. Théobald deWaIscli, que nous avons eu plus d'une fois l'occasion de citer : « Le chef-lieu du can- « ton de Salnt-Gall offre à Pobserva- «teor deux parties bien distinctes, « représentant deux époques qui ne h a sont pas moins. Les biroques étroi- « tes, irrégulièreâ, qui s entassent tou- « tes noircies par le temps dans Ten- «ceinte resserrée des anciens murs, « vous reportent au temps de la petite « ville municipaJe ayant sans cesse à ft lutter contre des voisins envahis- « sears. Les habitations nouvelles qui « forment le faubourg marquent Tête poque industrielle : élégantes, pro- « près, confortables, elles sont un con- «t traste frappant avec leurs voisines.
« Ces charmantes demeures , entourées « pour la plupnrt de jardins, respirent " un sentiment de bien-être qui ne fait u pas pencher la balance en laveur du « non vieux temps. On voit que les né* <c gociants et les fabricants de Saint- « Gall ne se bornent pn<5 à savoir faire « travailler avantageusement leurs caa pitaux, mais qu'ils possèdent, ce qui « vaut raieux, l*art d'en jouir et de « s*en faire honneur. C'est un effet a étrange que celui que produit au pre- « mier coup d'oeil cette contrée, qui « est, à la lettre , tapissée de percale et «de mousseline qu'on étend sur le « gazon pour la faire blanchir. Aussi *i loin que la vue peut atteindre, tout « paraît blanc, et Ton dirait qu'il a « neigé, par exception, dans le vallon « spacieux au milieu duquel la ville est «.située. Une dame de ma connais- « sance, en approchant de Suint-Gall, «.fut dupe d'une liluiïiuu analogue, et
« demanda quel était donc ce lac qu'elle « apercevait à une certaine distance, s L*antique abbaye n'existe plus ; Véh glise a été rebâtie en 1755 : on Ta ré-
cemmetit ornée de belles peintures à fresque du Morato. La bibliothèque est devenue cantonale j c'est de là ^ue le Pogge, au douzième siècle, retira la correspondance de Cicéron. A son retour de l'ambassade de Rome, ISiebuhr s'arrêta quelque temps à Saiut-Gall, mais il n'y put découvrir que les obscurs fragments du poème de Merobaudes, qu'il publia m la niCme année 1823. Cetto l)il)liotheque possède encore plus de Uiille manuscrits.
UMajifi est devenue le siège du gouvernement; néanmoins on en a réservé un corps de logis pour Tévéque de Coire. Les églises de Saint-Laurent et de Saint-Mangen sont les seules dont un antiquaire puisse s'occuper; elles servent au culte réformé. L'hospice des orphelins .est un superbe édifice. Ébel prétend qu'il y avait de son temps trente à quarante mille brodeuses dans le canton ; il y en a un très-grand nombre dans la ville, et les femmes' y sont en général fort jolies.
Baigne par le K.hin dans toute sa longueur, le canton de Saint-Gall touche au beau lac de Constance et à celui de Ziirirh, et renferme en lui-même les sombres escarpements de relui de Wahlenstadt. La nature y présente tour à tour les sites les plus brillants et les plus majestueux. Rorschach, dernier séjour fies abbés, est aujourd'hui un port llorissant : du haut de ses collines fertiles, l'œil parcourt une plaine aquatique de plus de cinq lieues de largeur, et de lointaines embarcations arrivent de la Souabe ou de l'Au- ■ triche, ou bien c'est le rapide bateau à vapeur de Constance qui débarque ses nombreux voyageurs sur le seuil de la Suisse. Kntre le canton d'Appenzell ^ et celui de Ziirich s'étend l'antique comte de Toggenbourg : nous avons parlé déià de son vieux donjon , de ses * tours, de ses anecdotes. La tradition et l'imagination brillante de Sr)iil!er y v'r ont ajouté le charme d'une des plus belles ballades qu'il ait composées, ha
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(^bevaiier, dont l'amour avait été froir dMient toaieilli , part pour la terre fainte, et ses exploits portent si haut
sa réputation, qu'il espère se faire un titre de sa gloire pour obtenir la niuin de celle qu'il aime. Il arrive la veille du Jour, où elltf.a?ait pris le voile»
Pésespéré, il fait bâtir un ermitage vis-à-vis du eouveot : là il épiait chaeue matin Theure où la jeune tille objet 0e ses vœux venait à sa fenêtre... imr mobile, il Tattendait; mais un jour on le trouva, cadavre inanimé, (tendu dans ce même lieu et le visage .tourné vers cette même fenêtre.
. La plus belle partie du canton est au sud ; le lac de Wallenstadt et les hautes montagnes qui dominent la vallée jusqu'à Sargans et Ragatz feront à Jamais l'admiration des voyageurs. Le lae est assez dangereux pour que le
Souvernement ait cru devoir prendre es précautions extraordinaires : il défend aux bateliers de naviguer par certains vents ; à la moindre ap|)arence d'orage^ ils doivent suivre la c^te méridionale; mais la police ferait mieux d'étendre sa sollicitude à la forme des bateaux , qui n'ont presque pas de bord et qui risjmient toujours d'être sobmer^ gés. M. Simon fait remarquer que la construction en est faible autant que grossière, et qu'ils n'ont pas même de revêtement intérieur qui puisse défendre les planebes contre les coups de pied des chevaux; enfin qu'ils marchent également mal à la voile et à la rame. Le coté du nord est très-escarpé : les roches ne sont pas semblables sur la rive opposée; les couches de même nature sont autrement disposées. Autrefois le lac baignait le petit bourg qui lui a donné son nom, mais il s'en est peu à peu retiré; il est long de quatre peues et n'en a tout au plus.qu'une de large. Malgré tous les dangers de cette navigation, on ne se souvient d'aucun événement tragique. Le lac ne gèle jamais ; il abonde en poissons; ony jiécbe de grands saumons venus du Rnin et des truites de trente livres.
Çargans est un joli bourg rebâti en 1811, après un iaceodie; son antique château 9 assis sur une roche de mar-
bre, est encore habitable, mais n'est plus habité. Jusqu'à la dernière guerre « c'était la demeure du bailli. On y jouit d'une vue magnifique sur le bassin du lac de ^^ alUnstadt, dont cependant l'on est déjà fort éloigné, et sur le cours du Ehin qui passe auprès de Ragatz : le peu d'élévation du sol a fait conjecturer qu'autrefois ce fleuve avait UQ autre cours, et traversait les lacs de Wallenstadt et de Zurich, au lieu de passer entre le •Schollbefg et le Falkness. On admet que, dans ces temps anté-liistoriques , le pays compris entre Bade et Coite formait un lac, et l'on ftiit surl'avmur de ce fleuve les plus beaux raisonnements; enfin Ton calcule à l'avance ce que produirait le plus léger élwulement du Schollberg.
Ragatz^ est un fort joli village sur le bord de la Tamina> qui se précipite à travers un goufiûre profond : là, de hautes montagnes presque verticales, de sombres forêts qui descendent jusqu'aux habitations , enGn de vieux châteaux qui mêlent aux teintes sévèies de la nature la gravité et le vague des souvenirs : tels sontFreudenherg, INydberg et Warteostein. Eu été, Kagàtz est la halte des voyageurs qui vont à Pfèffers : il y a deux chemins pour S'y rendre, l'un par Valenz; l'autre, en passant près de l'abbaye, s'attache au liane escarpé de la montagne. L'abbaye iiWre rien qui doive longtemps arw réter les regards; cependant elle a été fondée en 720. Le bâtiment actuel est de 1065; il est revêtu de marbre en plusieurs endroits , et l'on voit à l'église d'assez beaux tableaux. L'abbé jouissait dePimmédiatetéetétait prince de TKuipire. Il y a encore des bénédictins , et les baiiis de Pfèffers leur appartîennent. Au treizième siècle, un chasseur vit sortir une fumée légère du fond d'un gouffre profond; il y descendit et découvrit la source : elle est dans une crevasse entre deux roches aui ont Tair de retomber Tune sui 1 autre, au fond d'une déchirure «foî pénètre à sept cents pieds, dans un heu sous le sol, où lesoleil ne pénètre jamais, si ce n'est en juillet et en août, de dix lieures du matin à trois heures ds
raprès-midi. Là sont quatre bâtiments à la suite les uns des autres : le principal a six étages; les cori'idors servent de bazars, et Ton s'y promène quand il fait mauvais temps. Les religieux dirigent l'établissement , et l'on y est fort bien servi; cependant les vivres n'y peuvent descendre que par une poulie adaptée au sommet du roc.
Toutes les communications se font par cette voie; il serait trop pénible d'escalader le roc; il est plus d'un endroit où ses degrés sont glissants. Dans l'étroite galerie où sont cachés ces bains, il y a une promenade fort périlleuse; le roc se rejoint au-dessus du cours de la Tamina, la voilte se ferme en grotte souterraine, laissant à peine pénétrer sur le cours bruyant de la ïamina un
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rayon de lumière. Aux parois humides du roc sont suspendues des planches retenues par des barres de 1er ; souvent il faut se courber vers le précipice pour trouver un passage; l'eau qui suinte sans cesse du rocher rend les planches très-glissantes, et si le pied manquait on tomberait à plus de quarante pieds dans ce torrent impér tueux, sans secours possible, sans un rayon de jour pour se guider; aussi esi-il défendu de s'aventurer sans guide vers la source de la Tamina, et la grotte est fermée à clef. Quant à celle des bains, elle est dans le bâtiment même; l'eau est claire et n'a ni couleur ni odeur; la température est de trente degrés; elle sert à la boisson et aux bains.