LÀ
m sénat contre Ta déinocntie. À la sèitc des tn^ublcs dont nous avons retracé l'esquisse, i'évèque Jean de Vienne n*obtiat que le dixième de Tia- JcuMlté demandée. Le gouvememeDl lui représenta que Ton craignait le peuple, et il fallut bien qu'il s en contentât. Ce fut aussi l'occasion de lois somptuaires; les mœurs étaient d'ailleurs fort sMres : oo interdit les jmKk on mit des bornes au luxe des repas funèbres; l'irréligion, le doute même étiiient sévèrement réprimés.
Sur U dénonciation de rofTicia! de Laus8iine« un habitant de Brenigarten , nommé Lœfler, fut brillé vif. On voulait, à cet esprit fort , donner un avantgortt des flammes éternelles : en arrivant au lieu du supplice, il dit au bourreau » sans s*éniottvojr : ilfon oml, 1ln':jfmpa9 assez de bois y et mourut presque avec indifférence. L'aspect de Berne était tout militaire; la ville était dans uu pays ouvert, au milieu de sei-
Î,neurs hostiles. A Zurich, au conraire, les arts de la paix , le dévelopijeinent intellectuel étaient plus favorises. Lucerne languissait encore sous la puissance des Habsbourg , qui était un obstacle à rétablissement a*une véritable liberté. Zug et Glarus supportaient patiemment cette puissance, dont ils n'avaient plus tant a redouter rexeàSk Les cantons, fidèles à leur vie pastorale, étaient toujours prêts à combattre pour la liberté et pour leurs alliés. Tel était l'itat de la Suisse à l'époque de la pai.\ de Thorberg.
Saint*6aU était entouré de pays autrefois déserts, atnourd'hui florissants; ils ne s*aoGommoaaient plus de l'autorité absolue de Pabbé. La ville, sauf quelques prestations en argent, relevait de rempire. Les montagnards,
Four tout oe qui ne dépendait pas de abbé, obéissaient à Ulrich de KÔnîg- -seck et à Albert de Werdenberg, aux- . quels Louis de Bavière avait «xmféré la prévété impériale. Le château dedans,
}ircs d'Appenzell, était gardé pour *abbé, celui de Rosenberç appartetenait aux barons de Roschach. Trois frères, leurs créanciers, le surprirent;
mais . quelqvei temps apiM, mandaA les tua tous , et les Jeta patdessus les murailles. Après les malheurs des règnes précédents. Saisi- Gall se reposait sous Tadministratioii bieui^issote dé Hermsnn de Brjnstetten ; îl était juste et désintéressé ; surtout
n secondait toutes les entreprises utiles : ainsi il permit 5 Apoenzeli de conclure un traité avec Scliw\tz et Glams; ainsi il accorda des libertés à la vUte de Saint-Call, et fut nml ré dnns ses demandes. Mais il eut un mauvais successeur ; Ceor{.'es de ^Vildenstein revint sur tout ce qu'il avait lait, obtînt de Charles IV finterdiction , à Appenzell , de se liguer avec Schwjtz, et la défense , a Saint-Gnll , de soutenir les religieux contre rntibé. Cette rigoureuse administration lit entrer Saint-Gall, Aj)penzell, Hnndwyl, TttflRwi et Ur- nasi^h dans une ligue que quelques princes et trente-deux villes avaient formée contre tout pouvoir illégitime ou oppresseur. Les petits pays dépen* dants de Saint-Gall nommaient annudlement treize magistrats , qui veillaient aux droits du peuple et repart issaient l'impôt. Les querelles continuèreutavg Cunon de Stauffen , abbé, ^ui sdoDéil à Wildenstein, lequel s*étaît raneé exclusivement sous la protection de la maison d'Autriche. La liL'ue des villes mit un frein à ses preteuttons, et l'obligea de confirmer les droits qu'ellésvsit reconnus à Saint-Gnll.
Dans les Grisons, Rodolphe de Wifdenl)erg, seigneur de Sarpans , et successeur du cruel Donat de Vaz , faisait la guerre au baron de Raezunz son parent, pour la succession des ï>eyberjr. Le combat eut lieu àTomiliasca.
Rae/.unz tomba en son pouvoir, mais le frère de ^Verdeuberg fiit pris ainsi itoi'an autre deses alliés.L*ab6édefM' lersiîit médiateur, et Rsezunz gardais succession. Dans ce pays , la puissaîtciB des év^ues de Coire allait toujours croissant. Le même Rodolphe âe'We^ denberg , dans une gfierre contre ks sîres de Belmont, tut arrAé dans le pays deLuîinez par une troupe de fen»mês qui le battirent. Relmont, à la faveur de cet exploit , eut le temps èe
SUIftSË.
chevaliers du parti de Rodolphe, iqui lui - même fut fait prisonnier (1S55). On rapporte que dans le niême temps , un géant des Waldstetten vint in tilirae avec 4e valeareiix guerriers ; Il tradition ne donne plus de détails sur ses actions; seulement elle vent qu'en 1550 on ait retrouvé àValendaz Ks immenses ossements de ce géant , qui s'appelait Run , ce qui est la méMe chose que Kuentz ou Conrad.
Du coté de l'Italie, les Visconti s'étaient emnarés de toutes les possessions de révw^hé de Coire, Piurs, Bonnfo, PoscMàTO, Beilincom. QimMl lé vicomte d'Esté, sous prétexte de fw» laurer la liberté en T^mbardie, eut conjuré la perte des Visconti, Tévêque de Coire essaya de reprendre ces riidles domaines; mais ce fut mut son Mftàfheùr. Sollicités par les Visconti , \^ cantons permirent à leur jeunesse de franchir le Saint-Gothard , pour secourir Milan. Trois niille guerriers ■renf I ptMT ta f^wéèfB feia*) cota satire la valeur suisse en Italie.
Le Valais n'était en communication avec la Rbétie que par le pays d'Ursem. Le Saint-uothard réunit autour de hri tontes les vallées; eUes aboutissent au grand réservoir de l'Eu rope ; sept lacs en couvrent la sommité, et leurs eaux s'échappent bouilbnnantes vers les différentes régions 7Êb la tem. La Renss va mugir dans fes âpres roches des Schelienen ; le Rhin s'écoule à travers les sauvages et abruptes contrées des Grisons; le Téain , de chute en chute , blanchit de son écume le val Levantine et s'écoule dans le Pô : enfin, le Rhône sort de son immense glacier comme d'une voûte mystérieuse , se répand en Waïaia oans les vaiiecs , se meie an lac ' Léman^ae réveille impétueux à Genève et va se perdre dans la Méditerranée.
Les sources de Reuss et du Tésin ne sont séparées que par un trèsttHit espace , oonvert de rodhes ébonnés et sillonné d'un sentier. C'est Ice point culminant que s'ârréte toute végétation; là viennent converger et k val Lev tiue et Dissentis^ et les
9MI«Mial1IVMa{8.Ceiui-ci estpba^
entre le Milanais et la Savoie; son histoire est mêlée à leur histoire.
Avant d'en rapporter les principaux événements, il faut accorder un nkard anx institotions dece pays. Jean daMfiller les comparait à celles de la Déotie. Depuis un temps immémorial, dit-il, le conseil ne fait rien sans la participation des sept dizams (ils sont aujourd*lim au nombre de treiz'') ; ainsi les onze Béotarques n*entrq)renaient rien d'importnnt sans avoir préalablement consulté les sénats des villes. C'est Sion qui est la Thèbes de cette nouvelle Béotie; mais Thèbes comme était avant que Philolaîis adoucit ses mœurs sauvages par des lois. La puissance de l'évéque était salutaire; il fa tenait des empereurs et des évéques de Goire. Cette puissance arrêtait les usurpations des f^rands et des magiitrats. Ce fut grtice à son ifafluàoe que Sion et Viége ne se divisèrent pas, comme Thèbes et Platée. A Sion, la cofrnnnne élisait dle-méroe ses bourgmestres et son consul. A Viége, deux syndics arlministraient la ville; mais la noblesse y était plus haut ine, plus puissante. Les états, qui seuls décidaient de la paix et de la guerre, s'assemblaient dans le château de Majorîe,
aui domine Sion , et qui était la résience de l'évéque. La population du Valais n'est pas généralement belle et forte comme celle du canton de Berne et des autres parties de la Suisse. Trop de crétins y sont mêlés , pour que le vovageur ne soit point péniblement affecté du spectacle qu'elle présenté.
Ces êtres, véritable intermédiaire eritre l'homme et la brute , traînent une existence inutile au milieu de leurs compatriotes. Leur rire in}béciie| leur regard fixe , leur goitre aits^ voramineux que leur tête , inspirent encore . plus de décoilt que de pitié; ils ont un extérieur sale et rebutant , des jambes grêles et chancelantes, et ne profèrent que des sots iniuticolâ ; enfin m demandent leurs aliments è la fan^ des ruisseaux, comme les animaux les plus immondes. On affirme qtie la présence d'un crétin dans une umille t&X
L*UIfIV£ES.
regardée comme une faveur du ciel , soit que ce malheuritux devienne le Ikhic émissaire ctmrgé de Texpiation de tous, soit à raison de la bienveillante pitié dont la Providence entoure rimbéciliité. Mais ce préjugé, s'il a jamais existé , s*est beaucoup aflfàiblf. Une remarque plus juste, e'est que les étrangers qui se marient dans le Valais donnent presque toujoitrs naissance à des crétins ; ce qui prouve que cen*est pas un vjce du sang, mais une influence du climat , puisqu'elle se fait plus vivement smtir à ceux qui n'en ont pas une même habitude; enfin, il est médicalement établi que le dessèchement des marais du Rhône serait le meilleur remède à cette calamité.
î\Iais revenons aux siècles écoules.
Parmi tous les nobles se distinguait Antoine de la Tour de Châtillon. A Berne, en présence de Tempereur Charles IV, il jeta le gant aux magis» trats de cette ville, et Cunon de Ringenberc; le ramassa ; mais Charles empêcha le duel. A cette époque aussi, Guîchard de Tavelli gouvernait Tévéché avec sagesse , et , dans le bas Va* lais, administrait poitr 1rs comtes de Savoie. Kon loin de Sion , sur une roche brisée, s'élève, contre la chaîne septentrionale, Tantique château de Seion. Le seul évéque Thabitait avec son clinprlnin. l'n jour se présentèrent les gens de son neveu , Antoine de la Tour , avec lequel il était eu contestatîon.Les uns prétendent r]ue c'était pour des terres, les autres disent que Châtillon accusait rpv/!que de vouloir livrer le pays à la Savoie.ïaveili s'etant refusé aux demandes de son neveu, les envoyés le saidrent, ^ nnalgté ses prières , malgré se» cris, le précipitèrent du haut des murs : de ror en roc ses membres brisés se dispersèrent en lambeaux sur les flancs de la montagne. Uindiniatîon fut générale dans le Valais, car Guîchard de Tavelli était adoré pnr le peuple; mais les Raron, les Blandra et d'autres grands se déclarèrent pour Châtillon. Cependant cinq dizains sur sepf armèrent f)oiir venger cet attentat; ils prirent et ra- •èffiotleebâteaade Giadesîetiprès
du pont de Saint-Léonard, remportèrent une victoire complète sur les nobles. De son câté, Amédée de Savoie,
qui est célèbre sous le nom de comte Vert , appuyait de ses troupes l'élection au siège de Sion d' Edouard de Savoie , prince d'Achaïe. Bien que U comte de la Tour lui eât vendu Châtillon , l'armée vengeresse prit et rasa ce château. En vain le seigneur de Brandis vint du Siebenthal pour se- ' courir son parent de la Tour ; il périt dans le Valais : le comte de la Tour fut obligéde quitter la contrée, et vécut à la cour de Savoie , faisant partie des conseils du prince et se distinguant par ses lumières. Dès que la peste eut tué le comte Vert, le haut Valais prit les «nrmes, chassa Édouard d'Achaïe, envahit le bas Valais et le Chablais, et arbora sur le fortMajorie les couleurs milanaises. Amédée , que les tournois avaient iàit connaître sous le nom du comte Rouge, et qui brrthit de signaler sa valeur, convoqua des îrunrriers de la haute Bourgogne , du pays de Vaud, du Dauphiné, du Piémont. U se prévalut des traités de son père avec Rrrrie, et fit venir mille hommes aux limites de TOberiand et du Valais; enfin, les neveux de Tévéque Amédée et Louis de Savoie , princes de Modène, passèrent le Saint-Bernard nvpr une troupe nombreuse. On vit nrrourir les ColÎLniy , les Montfaucon, les Montbeliard, les Gruyère, 4es Granson. Ce fat le baron de 6ranson qui arma chevalier le comte de Savoie. Attaqués de tous les côtrs à la fois , les Valaisans résistant à peine aux Bernois, et voyant leur pays ravagé , consentirent à une paix désavantageuse. Ils recurent réveque qu*iti nvnirnt rlmssé, et, ne pouvant réparer le dommage souffert par le comte de la Tour, ils promirent de lui engager S^oii , Gersiimberg , Majorie et Châtillon. Les dizains iiaérieurs con> durent ce traité contre le cré des dizains supérieurs; ils promirent même aux comtes de Savoie de combattre contre ceux«d de concert avéeeux; Amédée ayant été oUIgé de s'éloigner à cause
4ies troubles du Montferaat, confia
la sôitt de oett» goem à Rodolphe de
Gruyère , qui firanchit le Sanetsch , entraîna à sn suite les soldats de Savaie, les ^ens de Sierre et de Louèche, et vint camper à Viége. pour pénétrer dans les nsutes Tallées. Ses troupes passajent la nuit dans ces nombreuses franges groupées les unes auprès des autres, comme les maisons d*un village; les habitants y mirent le feu , et tout aussitôt Pierre de RaroRt oommandant des Valaisans, lit ane brusque attaque. Le comte de Gruyère eut beaucoup de peine à écJiapper. Les vainqueurs prirent le château de Blandra. Pour se venger, les Savoyards tranchèrent la téte aoi deux fîls'de Raron. Le vicarint de l'empire , conféré à la maison de Savoie par Charles IV, Televa fort haut; mais en méine temps les comtes rendirent peu à peu Genève à ses anciennes institutions, et, grâce à la médiation de Grégoire IV, le pouvoir des évêqucs rcdevmt ce qu'il était du temps d'Acron. La puissance de la maison de Savoie, son intervention dans les affaires du Valais et du pays de Vaud, se fondèrent surtout sur ce vicariat impérial, en vertu duquel elle connaissait souverainement de tous les appels.
Les comtes confirmèrent toutes les institutions de Lausanne , et ils apaisèrent les différends entre les chanoines et les bourgeois. Les foudres.de l'Église effirayaient si peu ceux-ci , que Lausanne étant en interdit, on vit des laïques singer une procession , et porter, en guise d*hosties , de petits morceaux de navet. D'après la constitution qui régissait révêché, l'évéque était élu par le chapitre, excepté
?tiand le pape le nommait; ce gui toit considéré comme illégal : si bien que. ces évéfjues ne ligurent pas dans la chronique épiscopale.L*empereurao*' cordait aux évéques les droits régaliens, c'est-à-dire, le droit de battre monnaie, les grands chemins, les péages, les poids et mesures, les grandes amendes, les forêts. En revanche, le chapitre devait à Tempereur des prié* Wi; Il devait l'héberuer quand il venait à Laïuaiine. Les bour^^eois étaient
tenus de liiire foi guerres de révéque à leurs frais pendant un jour ; ils In
défrnynient quand il se rendait à la cour pour les affaires du ppys. Dnns la ville, le pouvoir exécutif appartenait à un sénéclial. Les grandes affaires étaient portées devant une cour composée de laïques , principalement de la rue du Roiir<î. Les habitants de cette rue étaient ses conseillers , rien ne devait les enipéct^ d'accourir à son appel ; leurs maisims étalent finaoches de redevances.
Bâlc prospérait surtout par le commerce, et ses citoyens enrichis pour voyaient abondamment aux besoins de la cité. Un événement allreni vint tronbler le bonheur public; environ mille ans Mprès la chute de TAugusta des iiû!ir;i(iiies, en Taunée de notre ère , le 8 novembre, à 6 heures du soir, la ville entière s'écroula , reoversée p:ir des secousses de tremblement de terre ; les églises , ni les murailles d'enceinte, ne furent préservées; le feu se. déclara, et consuma les débris depuis Saint-Alban jusqu'à la porte Saint-Tenn. On rapporte que du sol jaillirent des sources cTeau sou- . frée. Dans le même instant, les rochers du Blauen se partagèrent, et dans les diocèses de Bâie et de Cons* tnnre, quatre-vingt- qiintre cli.lleaax tombèrent. Le Jura fut tout ébranlé , et des loréts s^abîmèrent dans ses flancs entr*ouverts.
Le duc Albert était alors Tenneini de B.ile: on lui fit observer que la nature elle-même lui livrait la ville; qu^il la prendrait sans résistance. j4 Dieu ne pUdse! répcmdit-il; J^eri
Autriche ne tuera point ceux que h bras de Dieu a blessés; et il envoya quatre cents ouvriers pour aider aux Bâlois à enlever les décombres : en peu d'années le désastre fiit réparé.
Au commenoeoicnt de son règne, Charles IV s'y présenta: la ville était en in* terdit;oar, dix-huit ans auparavant, elle avait précipité du liant de la terrasse de réglise dans le Rhin, li légat du pape, qui était venu pour communier Louis de Bavière. Les
bourgeois, demandèrent à être Nforés
(lu han. Charles leur dépécha Tevcque de Bamberg , peur leur imposer là condition de lieieooniialtre désormais
d'autre empereur que celui (jue le pajie ^ reconnaîtrait , et de n'ohéir à aucun autre pape créé par Tempereur. Les Bâiois envoyèrent alors Conrad de Cerenfels et Conrad Mœnch , parent de celui (|ui avait péri Tannée précédente à coté de Jean de Laxeiiibourg , père de Charles. Ces députés dfreiit:
Sachez , évêque de Bamberg , que feu Louis de Jîavière n'est point un hérétique à nos yeux , et que nous acceptons pour empereur celui qu'élisent les électeurs. Du reste, nous tous ouvrirons nos portes quaiid vont nous aurez donné Tabsolution.
L'évêque Jean de Vienne, le destructeur de Bienne, appela , contre lÎAIe même, le secours de Léopoid d'Autriche : les Bâiois lui avaient brillé Porentrui. Pcur prix de l'alliance, il céda le petit Biiie a Léopoid , et la ville finit par lui en oonGrmer la possession pour une indemnité de vin^tdeux mille florins. Peu de temps après, une orgie de seigneurs fut célébrée au petit Bâle avec tant de débauches , qu'ils passèrent le pont au galop, ar^ rivèrent sur la place de la catliédraie, et foulèrent sous leurs chevaux les habitants, outrageant aussi les femmes et les fdles. La colère du peuple pensa coûter la vie au duc : Égon de Furstenberp; s'enfuit. Trois seigneurs furent tués dans la cour des nobles d't^ptingue. Ces désordres donnèrent lieu à M eiârtion d*un tribu-, liai électif, renouvelé de six mois en six mois , et composé de dix nobles et de dix bourgeois. Il jugeait les différends entre la noblesse et la bourgeoisie. Bientd^ aussi te zunftmsister (diefdes tribus) eut entrée au eonseil* et Ton adjoignit trente-six membres des tribus au conseil des nobles. Jean de Vienne, continuant ses excès, ne «Niignit pas d'attaquer le comte de IRiierstein sur un grand chemin. On hif prit Liestal , et il fut obligé d'enaager le Porentrui à Henri de Monti liucoQ .conte de Monibéiiafd* ' ichiflhiWM wil «MinratllttHI
plus populaire. La division ^ pt^r ' priétâ oe la eiobtesse rapproc^t 1^
seigneurs de la bourgeoisie. Les habitants du Klégau et du Hégau s*y faisaient fréquemment recevoir. L'esprit militaire établit bientôt sa supériorité sur la dominatàen eodé^astique.
entreprises communes aux nobles et aux citoyens, des efforts et des dépenses pour réparer les pertes d'un incendie, établirent une bienveillance mutuelle sous Tautcrité de Lédipokl:
on adjoignit au conseil des douze , qui assistaient l'avoyer, d'autres corps délibérants , composés poux* moitié de ct\aeun dés deux ordres*
Pendant que Zurich se <liapiitait avec Rodolphe l'arcbiduc et ses successeurs , à raison du pont qu'il avait jeté sur le lac à Rapperscbwyl , apparut en Alsace et en Franche -Comté le terrible Arnold de Cervola , à la tête d'une trou|»e, tantôt de vingt mille, tantôt de quarante mille hommes,
3ui avaient combattu sous le prince e Galles à la bataille de Poitiers; ces bandes erraient par toute la France.
Cervola , après avoir essa3'é sa valeur
{)our le roi Jean et pour le ]^XMcp Phi- . ippe , se mit à leur iéte, sous le nom de rarchiprétre» parcourut divers pa^'S, et s'avança vers Baie, qui était à j)eine relevée de* ses ruines, etdont les tossés étaient encore çomblés par les débris des ancienne murailles. Voyant oetté ville en danger, quinze cents hommes de Soleure et de Berne accoururent.
«Amis, dirent-ils, ou nouseuvoiepour « vous sauver; nous risquerons toui « pour vous; placez-nous au poste du « péril. » 11 vint aussi trois mdle hommes de Zurich et des Waldstettcn , de Zug et Glarus. L'arcliiprétre diaugea de route et surprit Metz.
£u|iuerrand , comte de CotiçjE et 4e Soissons , déclara la guerre aux ducs Albcit et Léopoid, au sujet de la dot de sa mère , la fille de Léopoid qui combattit à Morgarten ; cette dot se oompo-, sait de l'Argovie et de l'Alsace. Enguerrand était gendre du roi d'Angleterre, Édqqard III; il attira douç aisément, à eà suite beaucoup de guerriers ai|glMtf fttlgt^llfi l'iP^ÇtioR m lalj-
salent la vieillesse de leur roi et Tépuisement du prince de Galles. Aussi son expédition est-elle regardée comme la seconde incursion d'Anglais dans ces contrées, quoiqu'il eût sous ses ordres des Flamands , des Lorrains, des Coinr lois. Ses soldats arrivèrent en Alsace par Montbéliard et par Saverne. Coucy lui-méme commandait quinze cents casques ; il avait près de lui Jewan-ap- Èynion-ap-GrifGtli ; c'était un descendant des guerriers qui , neuf cents ans auparavant, s'étaient retirés dans le pays de Galles , à l'approche des Anglo-Sa\ons. Pour lui, il avait défendu Henri de Transtamare et le trône de Castille contre le prince Noir lui-même, et redoutait peu Edouard d'Angleterre.
Beaucoup de comtes et de nobles marchaient encore avec^nguerrand, et dans ses troupes on distinguait surtout six mille Anglais aux casques dorés, à la cuirasse brillante. Ils étaient bien. montés, portaient de beaux cuissards , et leurs harnachements étaient d'argent. Cette troupe ne causait point de degdt, n'acceptait que du pam et du vin, et protégeait le paysan quand il implorait son appui; enfin, sans les excès des jeunes gens envers les femmes , on n^aurait eu aucune plainte à faire, car leur général attendait de la discipline sécurité et victoire.
Léopold implora le secours desWald- • stetten ; mais Schwytz , à l'assemblée des cantons, soutifit qu'il n'y avait nulle raison de défendre l'Argbvie au profit de Tiéopold, qui n'avait jamais lait de bien aux confédérés , contre Coucy, qui ne leur avait jamais fait de mal. Berne représenta que son territoire était menacé, et qu'elle ne pouvait pas, à l'exemple des montagnards, se contenter d'attendre l'ennemi. Zurich fit de même. Ces villes organisèrent donc une ligne de défense depuis TAar au Rhin. Coucy s'avança, et j)endant trois jours Bâie vit défiler ses troupes. La consternation fut générale : tous les passages qui devaient être gardés venaient d'être abandonnés. L'ennemi campa dans les villages
3ui sont entre Buren et OIten, sur les eux rives de TAar. Tout le pays , de-
SE. fft
puis le lac de Neufchâtel jusqu'aujç Alpes, et jusqu'aux frontières de Zurich, fut dévasté, pillé, mis à r^itribution; il en résulta une telle famine, que les loups pénétraient jusque dans les villes. L'Entlibuch seul sut se préserver par la valeur de ses habitants, qui repoussèrent toujours l'enueiiii.
Leur exemple inspira une noble ardeur aux Lucernois et à l'Unterwald.
Bien que Lucerne fdt fermée, la jeunesse iranchissait les murailles, on se rassemblait dans l'Entlibuch. Enfin, cette troupe se jeta sur un corps de trois mille honnnes qui, de "Wallisau, se rendaient à Ruszwyi , dépendance du château de AVoUhausen. Quoique les agresseurs ne fussent que six cents, ils taillèrent les Anglais en pièces auprès du village de Buttishoitz , au sud-ouest du lac de Sempach, dont le nom devait être bientôt illustré par une plus grande action. On y montre encore un monticule appelé Englander-fJùgely ou mont des Anglais, parce qu'iis y furent entassés et recouverts de terre.
Les vainqueurs revinrent dans leur pays sur des chevaux anglais , avec de riches armures.... L'un des seigneurs fugitifs s'étant enfermé dans son château, et voyant passer un pavsan revêtu d une armure : Oh ! noble chevalier de noble Aaw(/, s'écria-t-ildans sa douleur, se peut-il qu'un paysan porte ta cuirasse l Un guerrier d'Entlibuch l'ayant entendu , lui cria : Cela s^expUque aisément ; car aujourd'hui iious avons mêlé le noble sang au sang des chevaux.
Les Bernois aussi faisaient une euerre de partisans. Le soir de Noël, lis parurent auprès d'Ins avec les habitants de Laupen et de Ni 'au , et jetant de grands cris, ils surprirent la troupe du sire de Frant. Le redoutable Jewan-ap-Evnion-ap -GrifTith avait trois cents chevaux a Frauenbrunnen , couvent entre Soleiire et Berne : à la Saint-Jean l'évangéliste , par une des nuits les plus froides de l'hiver, ils l'éveillèrent deux heures avant Ij jour, en poussant de grands cris. On se battit avec acharnement , surtout dans le cloître ; il y périt beaucoup de chevaliers. Le feu
L'UNITEES.
prit au couvent ; déjà huit œntt An*
?^lais étaient tombés; Jewan prit la uite. Les Bernois revinrent dans leur ville avec trois bannières, chargés de iMitîn, en chaatant une cbaiumi dam laquelle Berne eit appelée la depieure des héros.
Lorsque Enguerrand vit s'accroître de jour en jour le nombre des ennemis, lomu'il vit ses troupes épui* sées par le froid et la faim , il reprit le ciiemin de l'Alsace. Il n'avait pu conquérir que Buren et Nidau, que rAuiriche lui céda en garantie de la dot de sa ^méve. Cétait un brave, renommé pnr la noblesse de son caractère et la prudence de ses conseils.
11 eut la générosité de refuser le titre de ooiiuétable de France , parce qu'Olivier Clisson lui en paraissait plus digne, ('oiicy combattit en héros à la bataille de INicopolis , tomba au iiouvoir de liajazet, et mourut en Asie.
Rodolphe de Kybourg venait d*ac* quérir un château fort appelé Bîpp , non loin de Soleure. il offrait ses services en aventurier. Après avoir fait la guerre en Italie sans profit pour lui , il revint dans su patrie et con-
Sut l'audacieux projet de s'cmpnrcr e Soleure par une surprise nocturne, de prendre Aarberg aux Bernois , et de eentrer en possession de Thonn , que Hartman son père leur avait engagée.
On croit que le duc Léopold n'ignorait pas ce coupable projet. Il était en contestation avec Soleure sur la possession de quelques villages. Rodolphe de Kybourg s'entendit avec Jean de Stein , chanoine de Saint-Ours, dont la maison touchait à la muraille, et en obtint qu'il le laissât pénétrer dans la ville, il convint ensuite avec Thiébaut de NeufChâtel, en haute Bourgogne, que lui-même et ce seigneur se trouveraient chacun avec cent lances devant Soleure dans la nuit de la Saint-Map> tin : un tiers du butin, un tiers des prisonniers srrnient nbniidonnés aux soldats pour leur paye ; le reste serait partagé. Rodolphe resterait maître de Soleure, etTniébaut lui fournirait vhi|Çt lances qu'il garderait tantqQ*tl en aurait besoin. Ghes k chanoine^ on préparait
des cordes, ^, pmir surprendra -fet
magistrats sans qu'ils fussent avertis , des draps enveloppèrent le battant de la cloche du tocsiu. Déjà la nuit descendait des montagnes , déjà les guerriers s'approchaient des murailMS.
Vers minuit, la garde d'une porte fut ;ippelee vivement par une voix inconnue. Uupaysan de Euinisberg avait eu connaissance du complot, et était accouru par des diemins détournés.
Son récit se trouva confirmé quand on voulut sonner le tocsin , et que la cloche ne rendit aucun son. On s'eiupara de Jean de Stein ; on sonna toutes les cloches , on éveilla toute la bourgeoisie, on courut nux murailles. Dans sa rage , Rodolpiie ravagea les jardins et les fermes voj|ines ; 11 irisait pendre aux arbres tous ceux ^u'il rencontrait. Le chanoine, après avoir été dégradé de ses dignités ecclésiastiques par révéque de Lausanne, fut écartelé à Soleure. On prit même à l*àb* baye la dîme qu'elle avait à Selpach ; Whû décrété qu annuellement on ferait présent à Jean Rott , le paysan de Rumisberg, d un hdbit ruu^^e et blanc (ce sont les couleurs de la ville). Ce cadeau se perpétua en faveur de l'aîné de ses descendants , e^, en eommémoratioude ce fait , une inscription en caractères fondus fut placée sur le portail de l'église de Saint-Ours.
Le lendemain , la ville envoya à ' Berne, lui rappelant qu'elle l'avait secourue , et lui demandant de participer à sa vengeance : tout aussîtdt les Bernois 8*em|>arèrent de tout le paysdeThoun; puis, comme Rodolphe était rhomme lige de I^eopolil , les confédérés se réunirent a Lucerne, et la diète députa quelques-uns de ses membres vers Leopold. On lui de»
manda quelle part il prenait à la tentative et au malheur du comte ; Léopold dit : QuHl réponde seul de ce quHl a fait sans moi; je n*empécher ai pas tes Suisses de lui faire la atterre. Les hostilités recommencèrent Bientdt : nous ne nommerons pas ici tous les châteaux pris par les Bernois sur les Kybourg et leurs amis ; mais l'attaque de Bourgdoif mérite d'étrs
fapportée. Cétait ta principale viUe de la maison de Kybour^. Berne y
appela les AVnIdstrttrn , qui y envoyèrent toutes leurs forces, ainsi que Lucerne. Zurich fournit quatre cents liorn- Bies; U y en eut deux cents de Zug, autant de Glarus. En y joignant les contingents tie Neufcl lUpI et de la Savoie, enfin les Bernois eux-mêmes, Tarmée comptait plus de quinze miile hommes. Les maclilnes et le train de sl^e ne manquaient pas. Après un siège de trois semaines, on conclut une suspension d'arjnes, et il fut convenu que iiur^durf se rcdi ait si elle n'était secourue. Contrairement à cette convention, le comte Henri de Montfort jeta deux renls homnies dans la place. Trois cents autres vinrent à travers TArgovie autrichienne, et campèrent à peu de distance des confédérés, l.e délai expiré, Berthold de Kybourg prétendit que Montfort lui faisait violence, et Tempéchait d ouvrir la ▼ille, comme U favait promis. Les Suisses, qui manquaient de tout , se retirèrent. A Berne, on en iniirfnnr^; on dit, on ré])et.i que si Rodolphe de Kybourg n'avait eu quelques hommes liges parmi les sénateurs , il ne s'en serait pas tiré à si bon marché. On accusait d'ailleurs ce petit nombre de familles qui se perpétuaient dans le pouvoir et constituaient une aristocratie. On se plaignait qu'on n'eût pas remboursé aux Bourgeois l'emprunt levé j*our l'acquisition de Tlioun. Le mécontentemeiU édata vers le carnaval ; la bourgeoisie se réunit , desti* tua tous les conseillers qui lui déplai« saient , et ne maintint que l'avoyer Othon de Hubeaberg et quatre auti'es.
On ne se porta à aucun excès , et Ton
i'ura une convention qui ramenait à a franche «édition de ta constitution de Frédéric, en assurant te renouvellement annuel du conseil et l'exclusion des bomnies liges de seigneurs étrangers. L'affiitre de Burgdorf se termina par une vente à l'amiable. Herne
rya les dettes des K)bourfj, et le août 1364 , l'avoyer de Burgdorf ouvrit aux Bernois cette cité , fondée «mmo Berne par le due Berthold de
. 9/imKtoii« (SuiasB.)
Zahnn^en.Lescomtes abandonnèrent à regret leur vieille résidence, et se réservèrent le château de Landshut et
les droits du landgraviat. Berne confirma aux citoyens de Burgdorf et de Tboun la possession de leurs libertés^ en les félicitant de n'avoir désormais pour maîtres que ceux qui relevaiei.t immédiatement de rempîrp. En général , les Bernois urobterent du désordre des afftires des ducs d'Autriche : pour payer ces importantes acuisitions, leur patriotisme se conauma à d'innnenses sacri lices; pendant dix ans, chacun donna pour impôt le quarantième de sa fortune. Les comtes de Kyi)Ourjg devinrent boiir* geois de Berne. Tef fut le résultat ^e l'audacieuse entreprise de Kodolpbe contre Soleure.
Le dédain des seigneurs pour le peu-
f)leet les exactions des baillis excitaient 'indignation générale. Le ducLéopold lui-même prévoyait ce qu'il en (H)uvait résulter de malheurs; souvent il le prédisait. Les villes se liguaient Ica unes avec les nntres pour assurer îa liberté du rciiimerce , tandis que le pâtre, ber de son indtp iidance, restait sans alarme au milieu de ses montagnes inaccessibles. Les nobles sa voyant en bntte à la haine universelle, conclurent une vaste alliance, qui fut appelée l'Association du Lion; elle s'étendait Jusque dans les Pays-Bas»
et devint (Tautnnt plus redoutable que les faibles mains de \Venceslas laissaient échapper les rênes de l'empire.
Bâie se joignit à la société du lion, et cet exemple fut suivi par beaucoup d'autres villes. Les BAlois promirent d'assister la société par 1 envoi de cinq lances, chacune de cinq chevaux, et de porter ce secours dans les diocèses de BâIe , de Strasbourg, et dans le Wurtemberg. Les chevaliers s'engagèrent à prendre fait et cause pour la ville dans tout le rayon de la ligue , en Alsace, en Lorraine, en Soual)e, en Franconie. Bientôt la lifjue du Lion s'uuit a la «^oriété de Saint-Georges, au comte Ëberiiard de Wurtemberg, aux villes de Souobe et de Prauoonie. On stipula que Léopold serait
secolKlé dans toutes ses guerres : mais hg Villes se détAchërent peti a péu ' de oétie alliatire. Les seigneurs et les
chevnllers , dont les habitudes sympnthisaicnt avec relies du duo, y lurent plus lidèles. Cinquante-une villes des Dords da Rhin , de la Souabe et de Franconie, demandèrent à être admises dans la confédération suisse. Les pâtres de ScUwytz rejetèrent cette •«tèmande su nom des quatre cantons.
Ils disaient qu'il ne leur Allait, pour garder leur nidëpendance , que I aide de Dieu , de leur bras droit et de leurs défilés. Quant aux afiaires d'authii , ils ne voulaient point 8*en nftéler. Cependant Zurich, Berne, SoleOre et Zug conclurent un traité de neuf ans avec les villes allemandes.
Lucerne s'engagea à combattre si Ziiricii l'en sommait. Léopold était venu à Zurich vers cette époque; il avait rcccinmenl acquis Lautfenbourg de la même branciie de Kybourg qui Avait vendu aax Bemoii Tbonn et Burgdorf , et à son frère Happerschwyl. Là il reçut les envoyés de Schwytz,qui se plaignaient d'un péage, et ceux de Lucerne , qui demaudaieut rabolitloil de celui de Rotenbourg.
Léopold maintint celui-ci et supprima l'autre. Les Lucernois en furent trèsmécqntents. Sur ces entrefaites, le duc décltira la guem à la ligue des villes , et rechercha ramitié des Suisses : à cet effet , il leur envoya INlilller, bourgeois de Ziirich, Louis de Horn- «teiu et Ulrich de Ferette. Les Suisses y milrent pour oondition que, dans les états voisins, Léopold abolirait tous les péages. Pendant la négociation, le prince avait divisé raliiatice des villes; il était moins disposé à rien céder. Dès lors ses baillis prirent un langage plus hautain, et les Suisses, pleuis de méfiance, purent prévoir une rupture. Ou était dans ces dinpnittioBs, quand la foire annuelle de saint-Thomas en fit naître l'occasion. Soit vérité, soit invention, 00 répandit le bruit que les Zurichois fIB youlaient profiter pour s'emparer de Rapperschwyl , oi^ elle ae tenait.
Vê •*att0od««nt, disait^, fie Tar*
rivée des bateaux de Glarus . que Ton avait vus à PfefDkon charges d'bont* mei bien armét. Trompé ou trompeur, le commandant de Rniiprrschwvl fit, en toute h.lte, venir Henri Gesiler avec la garnison de G runingen, fort voisin de Rdpperstfi^yl. Les ZÔrichois s*embarquerent , et ceux de Glarus , avertis à temps , n'arrivèrent point. L'Autriche accusa les uns et les autres de violation des traités.
Quelques jours après , le seigneur du château de Rotenbourg, où était le nouveau péage, étant sorti avec ses gens, pour assister à une féte religieuse, les magistrats de LUcemene purent contenir la jeunesse, qui s'empara de ce fort par une incursion sit- Lite, le démantela, et de ses murailles combla ses fossés. Lucerne ne se borna pas là , elle donna droit de bourji^eoisie aux habitants de l'Bntlibuch. Pierre de Thorberp; auquel était engagé Timpôt, lit mettre à mort les auteurs de cette négociation ; car H accablait le pa^'s sous le poids de ses exactions, et il voyait avec peine le prix de ses rapines échaj)per a sa cupidité; tout annonçait une guerre prochaine. Les conféoéréi étaient .enoorè aigris de la tentative de Rodol|^ de Kybourg sur Soleure; les Zurichois songeaient avec indignatfou à l'insulte de nappersdiwyl. LUceme, prévovant ia vengeance des nobles , ap;»elait les cantons à son aide : ils vinrent se ranger sous son avoyer Pierre de Gundoldingen. 11 fallait punir Pierre de Thorberg de ses cruautés. Les châteaux de Wolihausen et de Kapfenberg furent rasés. On attaqua et détruisit Baldegk, qui apj)artenait au seigneur deHunenberg, puis l'antique Lielen et Rheintoh; on marcha sur Scbaftlangen , et, dans le trajet, on fut rejoint j)ar les habitants de Sempacb, petite ville de TArgovie, relevant des duos : ils désiraient depuis longtemps se joindre aux Suisses.
Quand LtopOid vint en Argovie, l'exaspération (les grands était telle, qu'en moins de Uou^e jours les Suisses recréât les dédamoM de gnem ib cent MixHiti*iept mH^amn^ lut
SUISSE
(ju« qu'ecclésiastiques. Panni leurs
enuemis, on voyait trois margraves de Baden, puis Eberhard et Ulrich de Wurtemberg , des Landenberg, des Kybourg; quiconque voulait effacer les souvenirs de Rlorgarten, de Taetwyl, de l^iupen; quiconque avait un nom à transmettre, une épée à illustrer. Vin^^t messages apportèrent aux confédérés les défis des grands : on voulait ainsi renouveler incessamment leur effroi ; les uns n'étaient pas encore lus que déjà on en apportait d'autres.
Les AValdstetten appelèrent les Bernois , qui répondirent qu'il s'en fallait encore de quelques mois que leur trêve avec Léopold ne fdt expirée, qu'ils étaient épuisés d'argent; enfln on refusa, et la gloire de Sempach manquera toujours à Berne. Cependant les hostilités conwiiençaient. Les bourgeois de Mayenberg trahirent leur garnison suisse : deux cents hommes de Lucerne et de Zug , attirés hors de la place, furent taillés en pièces par l'ennemi caché dans une embuscade; le reste de la garnison mit le feu à la ville et s'en alla. D'un autre coté, Reichensée, lidele aux confédérés, fut prise, et tout ce que la flamme ne dévora point tomba sous le fer. Quoique Glarus fût ouvert aux forces ennemies, il y eut beaucoup de noblesse dans sa conduite. On fit dire au duc (lue la cause des confédérés était celle de Glarus ; seize cents hommes de ce canton , des Waldstetten, de Zug et de Lucerne, allèrent prendre position dans Ziiricli. Les troupes de Léopold s'étaient rassemblées à Baden, d'où l'on était parti soixante et onze ans auparavant pour Morgarten. Le duc voulut qu'un corps considérable demeurât a Brouck , sous le commandement de Jean de Bonstetten, afin que Zurich en fdt toujours menacée. Quant à lui, il irait avec les chevaliers punir Sempadi de sa défection , puis il s'emparerait de Lucerne, je boulevard des Waldstetten, avant que les confédérés pussent quitter Zurich. Dès que les Suisses connurent sa marche, ils pensèrent que les grands coups seraient portés à l'eudroit où était Léopold. et
que rien d'important ne se ferait sana lui. Ils résolurent donc d'abandonner Zurich à la garde de ses citoyens , et ils marchèrent sur Sempach, selon la belle expression de Jean de Miilier, le petit nombre contre le grand i. ombre, avec Dieu et pour la patrie. Chemin faisant, beaucoup de braves s'associaient à cette vaillante troupe. Le jour même où ils arrivèrent dans l'Argovie, les Bernois
{)arurent devant le château de Hasen- )ourg , non loin de Sempach : en apparence, cette expédition avait pour but de terminer leur dilTérend avec la veuve de Jean d'Aarberg; mais ils voulaient, sans doute , se tenir à i)ort« e de cx)uvrir Lucerne, si Léooold eût remporte la victoire, ou de le prendre en queue, afin que les confédérés eussent le temps de se rallier.
Sempach est siiué au milieu de collines boist'es ; un lac rédéi hit dans ses ondes limpides les vergers fertiles qui l'entourent. Les confédérés se postèrent sur les hauteurs,dans une forêt d'où leurs regards iwuvaient parcourir le champ de bataille de Butishoitz, sur lequel naguère les campagnards de l'Entlibuch avaient vaincu les bandes aguerries d'Enguerrand de Coucy Le 9 juin ils virent arriver l'ennemi. C'était une belle cavalerie, aux armes resplendissantes, à l'aspect belliqueux; chaqué baron avait sa troupe, chaque avoyer marchait à la tête des guerriers de sa ville ; les mercenaires composaient l'infanterie : enfin on amenait un grand train de machines pour réduire Sempach. Les Suisses distinguaient dans ces rangs, Hermann de Grunenberg, contre lequel ils avaient pris Rotenbourg, les Gessier, leurs éternels ennemis , et une multitude de seigneurs ; mais le plus remarquable par sa beauté, son air martial et son ardeur, c'était Léopold lui-même, alors âgé de trentesept ans. Ses troupes ravageaient les moissons, et ses chevaliers caracolaient autour des murailles , insultant les bourgeois, et se promettant de vaincre les paysans suisses sans attendre l'infanterie. Voyant Tetinemi sur les hauteurs, le duc ne se souvint pas que les attaque* de cavalerie se font
rUTÎIVERS.
arec avantage en montant; il jugea convenable de faire mettre pied à terre à «!9 cavaliers, et ne renécbit pas
qti'ils aurai ut de la peine à se moU'ï voir sous leur pesante armure. 11 lit serrer les rangs et croiser les lances : C^était une forêt impénétrable. Le land* grave d* Alsace, Jean d'Ochseustein commandait sousLpo; old. et Frédérin de Zollern, surnouiuit; Je comte ^loir, conduisait Tavant - garde avec Jean d*Oberkirdi ; mais Tavant-garde fut mise à la queue; il fallait que le cliamp fût libre à rimpr'ttio'^ité des chevaliers. Cependant Jea.i de Hasenbourg , en vieux guerrier qui avait observé rorare de uataille des Suisses , aver* tit celte nohiesse que Tor^ueil ne servait qu'a se perdre, qu'il serait bon de fasre venir le corps de Bonstetten.
On se rit de sa prévo^-ance , et Léooold repoussa les conseils de ceux qui i en- ;în;;eaipnt n ne point exposer sa personne. fj(/oi , s'écria-t-il , Je serais donc impassible spectateur de la mort demeseheoaiiersilci^ dan» mon pays^ pour mon, peuple t je saurai vaincre ou périr avec vous. Quand la fiotilcsse mit pied à terre, les Suisses, aui nr Teussent point attaquée dans a pl .ine, sortirent de la fon^t : leurs armes étaient f:iil)les et courtes; la plupart, pour toute déîense, s'étaient attaché uni' planche au bras gauct^e en guise de bouelier. Quatre cents Lucernois, ueuf cents hounnes dc*s Waldstetten , cent comltattauls de Chrus, Zug et Gersau, c'était toute l'aruiee; mais dans leurs mains avaient passé quel-, ques-unes des ballebardes de Morgar* ten; mais la mort n'était à leurs yeux qu^in passai^eà l'immortnlité : ils toml>èreut à genoux, et, selon le vieil usage, ils invoquèrent Dieu. Pendant ce temps, Léopold armait des chevaliers. Le soleil était déjà fort e.evé, la journée était chaude et le ciel orageux.
. S'étant relevés après leur prière, les Suisses coururent à travcr > champs en poussant de grands cris; iis furent reçus par une niuraiile de boucliers hérissée de lances. La bannière de Lucerue Tattaqua sans hésiter; mais
en vain elle chercl\ait à y pénétrer : » les Autrichieus s'étendaient en demi^ lune à droite et à gauche , et menarnient de cerner la pptito armée des confédérés. L'nvoyer de Lucernc, Petcrmann de Gundoldingen, tomba blessé à mort, et autour de lui benncoup de braves. « Frappez sttr ie$ la7\çes, elhs sont creuses s'écria Antoine du l^ont, Milanais, qui combattait dans le contingent d*l ri ; mais les efforts des Suisses étaient sans résultat, car les lances brisées étaient remplacées à riiistant !n<'nie. ïîpureusement que les mouvenients de rennemi étaient difficiles, et que sa demi-lune ne s'achevait point; mais les ran/^s étaient immuables et fermes, rt déjà plus de so x inte Suisses étaient moits. On redouuiit queloue enibûcl.e, on craignait l'arrivée ne Bonstetten.
Danscet instantd'indécision, un homme d'i iiterwald, Arnold Struttban de AVinkelried , s'élanea à bi trte des ronléderés : C ompagnons , dit-il , Je vais vousfraijer un pasaage: prenez soin de m'aj'èmme et de me» enfants» Aus* sitôt il embrasse cpie'ques lances, les icunil, les enfonce dans sn poitrine, i l les Ciitraîne dans sa chute. Le» ci nfédéres franchissent son cadavre, se serrent les uns à la suite des autres; l'ennemi étonné cherche à remplir le vide; on se foule, on s'écrase, et beaucoup de seigneurs périssent étouffés sans être frappés. Du haut de la forêt , de nouveaux combattaiits accourent : le terrible bâtard de Krandis, l'orgueilleux Fricbliani , expirent en ce. moment. Ceux qui gardaient les i4ievaux voyant le sort dfu combat tourner contre leurs maîtres, s'en uirent avec eux. La bannière d'Autriche tomba, Ulrich d'Aarboing la releva, l'agita et tomba lui-même; Lé<>|iold alors la reçut de sa main défaillante et l'éleva de* nouveau au-dessus de sn troutie.
La bannière de l'vrol , celle de Habsbourg étaient d«^à renversées, et sur elles Ulrich d'oneidjouri: , Tbnring de Haiewyl. Là périrent les Lichtenstein , quatre frères de Habsbourg, Uermana d'fclschen/, et ses deux (ils, le margrave de Hochberg, Othoo d9
* ftUISSË. M
Paris , conseiller do due, le oootte de liberté « un Rathmaliatisen , un Berav
Thierstein, Pierfe d'Aamrg^ le no- fels, un Flachsiand, tous les Reînarh,
ble chevalier de Mullinen avec cinq à l'exception d'un seul (*) , qu'on avait guerriers de son nom. Léopold s'é- emporté parce qu'il s ct.iit blessé par cria : J*ai conduit à la mort tatU de maladresse au conimencenieot de la m<comt€s^ ttmtde ehevaUert; Je tfeux bataille, en voulant abattre le bec de <^ lot/afement mourir arec eux <, V et, sa chaussure, comme l'avaient fait se dérobant aux regards de ses amis, il les autres chevaliers en mettant pied cberclia la mort dan^i les rangs enne- à terre. La plupart des avoyers des mis; mais il ne voulait pas mourir villes autricliiennes périrent*, et les sans tuer Ijeaucoup de Suisses : déjà Suisses s'emparèrent de i ri sque tou* tombé , il lutte contre la pesanteur de tes les bannières. .\ir( las Tbiit, avoyer son armure, pmir se relever et com- de Zolin^en, déchira la sienne;" et battre encore, li n guerrier de Schwytz uuond on le découvrit nanni les ca* • survint pendant qu'il essayait de se davres, il en tenaitencore le bâton serre mettre debout: «76 siiù le prince entre ses dents. Depuis, on insé a daiiS r/' tutrtche,» lin' crin Léopold; mais le serment des a oyers de Zoflngen, soit qu'il ne Te ten lit pas, soit qu'il la proiiiesse c. o-^erver la hannièie nelecnltpas, ou qu il pensiit que. le rouiuie Nicolas 'lliut. 11 rola sur le combat ne connaît pas de distinction, rlianip de biiaiUe six cents cinquartê ii le tua. Alors Mattrrer, qui |)ortait comtes, barons ou chevaliers. Las de la bannière Hp Fribourj; en Prisuau, t ler, les Suisses s'al nDcîonnèrent au l'aperçut, laissa échapper sa baruiiere désir du butin, les A-utric.liiens au déet se jeta sur son corps pour le préser- sir de vivre.Le lendemain, une troupe ver: il mourut en remplissant ce pieux de fuyards fut atteinte a Sùrsée et devoir, et dans le niême lieu combattit taillée en pièces , \v\\?> on accorda une jusqu*;) h rirmirre i^outte de SOU sang trêve pour enterrer les morts. Le duc Aodoipiic (le Schœnau. et soixante autres clieva.iers furent Quand les Autrichiens connurent cet portés à Koenigsfelden , et vingt selévénement, ils prirent la fuite. Les gneurs de l'Argovie ayant été rendus clievnliers demandaient leurs chevaux ; aux sépultures de famille , tout le reste mais une po5issière lointaine leur lit fut inhumé sur la place. Deux cepls connaître rinlidclité de leurs gardiens, cautedt rés ret^urent les dern ers dc- Acciiblés sous leurs armures, étouffés voirs à Luoerne. Les vainqueuis r -sde chaleur, épuisés de soif, ils ne tèrent trois jours sur te diamp de l<a-
f)0uvaient p!us que vetidre i hèremerit taille, puis ils se mirent en mnrcîie eur vie. Les coiifédens [ierdireut le avec quin/.e bannières, et reiitrèrent landainman d'I ri et un landaumian dans leur patrie en chantant leur vicd'lTntrrwald; Tavoyer Peterir.ann de toire.
G»nuloldiuiî''n était expirant sur le Le fils du duc Léopold leur enchamp de bata'lle; un I.uc mois vint vova luie nouvelle déclaration de lui demander ses dernières volontés: guerre, et les hostilités contliiuèrent ^ a nos concitoyens^ ré\mu\[i-\\^ de sur différents points. Les Bernois, ne pas conférer désormais la charge à Texpiraiion de la trêve de Thord'nrof/rrpour pfus d^une aniu'e ; d's- berj;, brûlèrent beaucoup de ch.lteaux, leur que c'est le dernier rmnrif f/e ravagèrent le pays de Fribourg et (iuNdoldimeii^ et qu^il leur souJiuiie se lortifièrei.t dans l'Oberlaud, en à jamais oonheur et victoire. Dans recevant sous leur protection TOber^ Ta rmée ennemie, te vieux Hasenbourg y
était mort nvee îem irOehsenstein , vînt imsuîte •'«lèWir «i "
qui s était moque de sa prudence. On Alsace. Ces! ilt- lui que «»in i.ssiie* le» .litei^
comptait parmi les tues, Sigefroi d'Iir- ses branchus lU- cfiu- iltiisue famille à ta-
laeii, d^une maison dout les armes ne quelle apiMuiieni M. le barun dt» Adaacltt
«levaient pas être heureuses contre la pair de rmio!».
L'UMVERS.
sîcbenthal. Cependant les Fribourgeois se montrèrent subitement à la vue lie Berne; au lieu d'en être effravée, toute la population s'élanra sur l'enîiemi et le battit. De leur côté , les Lucernois et les Zîiricbois rasèrent des cliûleaux, dont ils jetaient quelquefois la garnison par-dessus les murs.
Les Zùricnois se distinguèrent surtout dans un combat contre un commandant autricbien, Trucbsès de ^yaldbourg ; l'action eut lieu près de Krahenstein. Cinq attaques furent vaillamment repoussées par un petit nombre <le braves, que le cliev;ilier Pierre Diirr, leur capitaine, avait réunis dans Tassocialion du Renard, et qui devaient mourir l'un pour l'autre, comme chez les Tbébains le bataillon des amis.
Le tour deOlarus était venu dedonner aux armesdes confédérés un nouvel éclat. Wesen, au bord du lac de Wahlenstadt, étaitennemie de ce pays : il yavait PU déjà des combats. Les AValdstetten furent forcés de l'occuper ; la garnison s'enfuit. Pour remplacer le gou- Terneur autrichien , Zurich , les Waldstetten, Glarus, eurent à nommer tour a tour un magistrat, dont les fonctions tfureraient quatre mois. La possession de cette ville était importante , parce (ju'elle interceptait les relations des cantons avec Glarus, et en rendait \)i\r conséquent la conquête plus facile aux Autriclïiens. Il y eut une trêve de six mois avec les ducs; cette trêve est appelée la méchant/! paix^ à cause de toutes les perlidies qui signalèrent sa courte durée. Les esprits s'aigrirent de plus en plus : l'exaspération en vint à ce point que quiconque, chez les Suisses, aurait porté sur son chapeau ou sur son casque des plumes de paon, eût été à l'instant mis en pièces, parce
?ue c'était l'ornement favori des ducs.
I n'y avait plus de paon dans tout le pays; la haine inspirée pour tout ce qui rappelait ce symbole , était telle, qu'un jour les rayons du soleil ayant
Iiroduit les couleurs de cet oiseau dans e verre d'un buveur, il le brisa d'un coup d'épée en proférant mille imprécations, l.cs Glarnais profitèrent de ce repos momentané pour se donner des
lois saffcs, tout en respectant les droits de l'abbaye deSeckingen,dont l'advocatie appartenait aux ducs ; mais ils interdirent à tout habitant du pays d'en être le receveur, sachant trop ce que le désir d'un emploi lucratif peut inspirer de sentiments bas et serviles.
Wesen regrettait ses anciens maîtres ; les bourgeois tramèrent une conspiration ; ils se ménagèrent des intelligences avec le comte de Werdenberg et Sargans , et avec Arnold Bruch, commandant deWindegk. Des soldats cachés dans des tonneaux furent introduits et gardés au fond des caves.
Pour éviter les soupçons, on affecta de demander des renforts à Glarus , sous prétexte du voisinage des Autrichiens, et en effet, Arnold Bruch simula plusieurs attaques. Glarus envoya donc cinquante hommes. Cinq jours avant l'expiration de la trêve, Conrad d'Au, que le pavs avait nommé gouverneur, assembla la communauté et lui fit part des moyens de défense qu'il avait préparés. On l'écouta avec une feinte approbation ; mais, dans la nuit, vinrent du coté du lac les troupes de Sargans, et de l'autre côté, celles de Rapperschwyl , de Kybourg, de Tockenbourg , etc. Il y eut tout à coup six mille hommes devant Wesen. A un signal donné , on éciaira la ville, on rompit les ponts, on ouvrit les portes; Conrad d'Au, le banneret Tschudi et trente Glarnais furent massacrés, vingt-deux sautèrent du haut des murs dans le tac. Au point du jour, ils rencontrèrent leurs compatriotes, qui venaient renforcer Wesen, et ils prirent position avec eux sur la frontière, incertains de leur salut.
Pendant trois semaines, mille guerriers demeurèrent sous les armes , à l'entrée de la vallée ; également éloignés d'un fol orgueil et d'un découragement funeste , ils firent des propositions de paix ; mais il leur fut répondu avec une intolérable hauteur. On exigea qu'ils ol>éissent comme des serfs , qu'ils n'eussent plus de lois que la volonté du maître, plus d'alliances que celles qu'il autoriserait, et surtout on leur ordonna de rompre tout pacte avec
les Suisses. De plus , on les condamnait à payer tédoihmage ^uffîerf par Weseif . Ces conditions, quoique fort dures, eussent été acceptées ; mais celle qui devait changer leurs rapports avec les cantons, leur parut intolérable; ils refusèrent, et subirent les dédains des conseillers autrichiens et I i risée des habitants de Wesen. On arma donc, et Ton se rassembla dans cette ville.
Le commandement supérieur ftil oon»
férc à Jean de Werdenberç. Pierre de Thorberg et Jean de Werdenherg conduisirent, l'un |pcontini;ent de laThnrovie , Tautre celui de l'Argovie. JecUi e Kiingenberg (le continuateur de la rhi o nique de son père) était entotiré de la noblesse de Schaffljouse , du Hegau et de !a forêt Noire. La bannière dMutrîche était portée par le baron de Sax. Le 8 aotU, au soir, Matthieu Am!>'ihl , qui gardait le défilé du ]\aefels avec deux cents hoininos, fut averti de Tattaque; le nombre des ennemis était d^envîron six mille. Les enfants 8*enfuireat et se réfugièrent au haut des montn^ne'^ avec les bestiaux et les })rovisioiis. On envoya demander du secours à Schwytz, à Unterwalden et à Luceme; mais on était inîcrcej^té de Zurich. Trente jeunes gens de Schwytz , et, la nuit suivante, vingt antres, devancèrent le contingent , impatients de se mesurer avec rennenii et de sauver Glarus.
Les Autrichiens se mirent en marche le j' iidi ;) :m\t . h quatre heures du matiij , et parurent devant le retranchement qui, d*une montagne & Taotre , fermait la vallée. Ambuhl ne put y tenir , mrce que le comte de Weridenberg clescendait d'une montas;ne à la téte de mille hommes , pour le prendre en queue. Après avoir fait asses de résistance pour qu'on eiU le tt :nps de s'assembler, il se relira. T/eiiru':iii pénétra avec une irrésistible inipecuo- Bîté dans Tintérieur du pavs. Cependant le tocsin sonnait , et I on accourait de fous cotes. Ambuhl, qui n'avait que ciijq cents hommes, s'adossa au Ruti , montagne escarpée , de peur qu'en ne fût tourner sa position; Il j iknia. la oaonîère de Glarus, ^ les
habitants, a la vue de cette bannière, traversaient les ran^s ennèmis pour le rejoindre.L'Autrichien, méprisant leu^ petit nombre, s'occupait à prendre des troupeaux, à piller les grandes; il mettait le feu ati bourg de Nsfels , et pénétrait jusqu'à Notstall. La cava- . lene cÎKrr.'ren In petite trntipe de Glarus; le terrain était pierreu.x et défavorable aux chevau.x qui, fréquemment atteints par les frondfeurs, éoiient blessés, effarouchés^ et mettaient le désordre (f.uis les ran^s. Après une courte prière, les Glaniaîs font une vîîîoureuse attaque. Habiles cl intrépides , ils jettent beaucoup de cavaliers à bas de leurs chevaux. Tout à coup retentît un cri de guerre dans une vallée voisine ; c'étaient les jeunes gens de Sdiwyta que Ton prit pour l'avantgarde d'un corps plus nombreux. Les Glarnais répétèrent ces cris. T a terreur passa dans les ranss eiinemis; ces sons inaccoutumés, l'aspect sauvage de ces Alpes eouronnées de glaces éternelles, la résistance héroïque de ces pâtres, tout contribua à la déroute des agresseurs. Elle fut complète dès neuf heures du matin. Saisis de ter* reur , beaucoup d'Autrichiens se précipitèrent dans la Lintli. Afbert et Rodolphe de Landeoberg moururent ensemble, Bonstetten y termina sa carrière, et Sax tomba en défendant la bannière d'Autriche. Tockenbourg et >îontfort perdirent le leur en fuyant. Les Autrichiens ftirent j>oursuivis jusqu'au pont de Wesen , qui rompit sous eux , et les chevaliers, pesamment ar* més, s'abîmèrent dans le lacdeWah- Icnstadt. Il périt dans cette bataille cent quatre-vingt-trois nobles et chevaliers, et plus de deux mille cinq dots soldats. Les vainqueurs prirent onze bannières et dix-huit cents cuirisses. La nuit suivante, Wesen fut évacué, et les bourgeois se retirèrent sur le mont Ammon. Les Glamois, après avoir remercié Dieu, laViergt et saint bridolin , leur patron, et saint Hilaire, dont le nom est devenu celui du pays, passèrent la nuit sur le cbamp de bataille , et , le lende« main^ de grand matin y vinrent à We*
■en quMls brôlèrent^TwrriMe fcngeauca d*unetrabiabn 'détestable !
En roniînéînorntion dp crttp jotirnéc, il lut ordonné que chaque on née, - le premier Jeudi d'avril, un homme de chaque maison viendrait à Nœfels. On
ffait des processions et des prières; on s*arréte à onze endroits , et quand on arrive à la sixième slalion, sur le lieu ou elait plantée la bannière de Glarus, on lit au peuple assemblé Thistoire de la bataille de Sempach, de la trahison de Wcsen et de la victoire de Nacfels. On récite aussi les cinquante et un noms des Glamaia tués , et Ton fait mention encore de Conrad d'Au et de deux hommes de Schwvtz. La messe est ordinairement suivie de réjouissances et de iétes populaires.
Deux jours après la bataille, sept cents Ztirirhois , rjui étaient en chemm pour se joindre aux Glarnai?« , ayant appris leur délivrance, s'arrêtèrent et firent venir des maditnes de guerre pour assiéger Rapperschwyl. Le duc Léopold , tué à Sempacli , y avait mis une garnison italienne (|iie lui avait ' envoyée Barnabé Visconti , son beaufrère. Le douze avril, les Ziirichois donnèrent le premier assaut ; les Glarnaîs vinrent aussi, et après eux ceux de Schwvtz, Zug, Lucerne, UnterwaM et *l]ri; enfin ceux de Berne, et, à la fin du mois, ceux de Soleure. Il y nv'iît six mille hommes: Ton résolut un ; ssaut gênerai. Pierre de 'I horberg, qui commandait dans la pî"C3, en fut effrayé. Il parlait de reddition; mais les habitants, pleins d'ardeur et de haine contre les Ziirichois, n'y consentirent point. L'at'aque dura neuf beures; déjà soixante hommes avaient pénétré dans une cave ; malheureusement ils apportèrent du vin à leurs camarades, ce qui les fit découvrir.
Les urqjectiles les empêchèrent de recevoir du renfort, et dans Tintérieur les femmes leur jetèrent de l'eau bouillante et les contraignirent de se retirer. Le lendeniain , les confédérés abandonnercul leur camp en mettant |e feu' aux machines.
^ts jours après la bataille de
felSf BcffïM êt fioieuFC prirait Ikiieu, occupée par les Autrichiens, quoique cugafîée a Fnguerrand de (k)uçy. Faute de solde, ces mercenaires se répandaient dans le pays et le pillaient. Les cavaliers des Bernois lancèrent des matières infiaminables dans la ville, et on donn'j l'nssnttt. Les Bernois prirent iiijssi Jciu du Rosay dans Mdau, qu il gardait pour Enguerraxid de Coucy. Ce gentilhomme pioard capitula, non sans avoir bravement tenu la place pendant six semaines. On trouva dans un cul de basse fosse i t'vn|ue de Lisbonne et le prieur d*Ala(^ova, oui avaient été pris et dépouilles par les soldats du château ; ils étaient dans un état pitoyable. Berne les rendit à la liberté et leur donna les moyens de retourner dans leur patrie. De Nidau les Bernois marchèrent contre Unter* séen et Ttiispunnen, qui, depuis la décadence de la maison a Ksci»enl)ach, appartenaietitaux Kybourg. Après s'en être emparées, les troupes revinrent contre Fribourg, qui fut secourue par les Bourguignons. Il v eut auprès du Schœnenberg une bataille sanglante pendant laquelle il s*éleva une teile poussière, qu*on ne distinguait ui aitiîs , ni pnneuiis. Les Rernois voulurent attirer les cavaliers bourguignons dans une embuscade, mais iU s'en aperçurent et prirent ta fiiite. Les Bernois, victorieux partout, poussèrent leurs incursions dans l'Argovie jusqu'à Frick , et prirent le cimetière, où l'on avait reluj^ie tout ie butin du pays. Zûr'ch ii*était pas moins active; elle déûaît Ki^bourg, emportait d'assaut le cimetière d'Embrach, brillait Baden , secourait les guerriers de Zug et les maintenait en possession de leur butin. Ceux-ci ne furent pas toujours heureux : la veille de Noël , le cfievalier Jean de Hospital et 42 bourjzeois de Zug périrent près du château de Hunenberg , pour avoir, sans précaution, attaqué un parti autrichien. L'embus(*ade dans laquelle ils tombèrent a fait nonuiK r < c lieu TodteDbalde (colline des mûris).
Les ducs d'Autriche, dont les sol* dats étaient abattus, le t^^r épuisét
SUISSE
lei poMeMiooi iiienaeéM , etquid'aiK leurs avaient à craindre la Pologne,
conclurent avec les Suisses une paix de sept ans; les villes médiatrires furent Constance, Rothwyl, Kaveusbouru, Bftie, Ueberlingên, Lindau; la négociateurs , le comte de Thiers*eîn, prélat d'Rinsiedein, et Burj^ard Wvss , prélat de Wettingen. Il fut sti- Dulé que les Suisses garderaient toutes Kurs acquisitions : que tous oeux qui avaient juré leur alliance continueraient d'en faire partie. Ils s'enj;aîîèrent à rendre la ville de Wesen , mais à condition qu*aucun de ceux qui avaient fiiussé leurs serments à leur égard ue pourrait l'habiter durant la paix. Les Lucernois purent établir un gouverneur du pays de Seinuach. Il fut convenu que les Suisses n étendraient leur droit de bourgeoisie qu*à ceux qui viendraient se fixer chez eux. On pré* vit les différends qui pouvaient naître, et onréula, à l'avance, la manièredont ils seraient décidés par des arbitres.
Quatre ans après la conclusion de la paix, le jeune duc Léopold essaya de pro/jter de gueiaues intriinies pour détacher Zurtcli de la c;infedératîoo.
Il néi^ocia secrètement avec le bourgmestre Schœn et quelqties conseillers; niais les Suisses apprirent ces menées; ils accoururent de Schwvtz , Unterwald , Zug et Glarus, et demandèrent la convocation du grand conseil. Le bourgfuestre protnst.i qu'il ne faisait rien contre l intérét de la confédération , et dès le lendemain il envoya au duc un traité , dont chaque clause était une véritable trahison , en ce qu'il livrait toutes les nouvelles conquêtes aux armes de Léopold. Quand on l'apprit, ce, fut une indiguation universelle, et le 8 juin 13^)3, parurent à Zurich les envoyés de toutes les villes , qui évitèrent de iiou\ enu la convocation du conseil. Ils éluient si adimés, leurs discours étaient si vifs, que la bourgeoisie accourut devant la maison de ville et sur le pont. Là, on entendit le récit et les plaintes de ces ambassadeurs. La foule crois* sait toujours , les esprits étaient dans la plus grande aviation, la menace
était dans toutes léabooehet. la grand
conseil décida que le boukpMstre, les
chpfs de tribus et les deux conseillers seraient provisoirement suspendus ; puis, quand on eut une plus ample oonnaissance du traité, on diÉn»#f^ .
seraient bannis , et Ton modim la constitution ; désormais les bourgmestres n'eurent ^lus qu'un pouvoir semestriel. •
Dans rintervalle, les envovés des huit cantons et de Soleure ISxèrent des règles pour la guerre; elles furent rédigées en une convention qu'on aiipella traité de Sempacb , parce que la guerre de Sempacb en fut principalement l'occasion. On y établissait !a sécurité des propriétés et du coîumerce ; on y prévoyait le cas de défense commune; on y prononçait des peines contre les lâches qui oéserteraient le combat ; les blessés mêmes devaient rester sur le champ de bataille; le pillage ne commencerait Jamais qu*après la victoire, etc., «4c.
Le duc d'Autriche apprenant toutes * ces propositions, et comptant bien plus sur ses intrigues q le sur ses armes, demanda la prolongation de la paix , qui fut Stipulée pour vingt ans. I^lle fut encore plus avantageuse aux Suisses que la première.
La prospérité de leurs villes s'accrut de riches possessions; cependant la plus entière justice présidait à leur conduite. Zurich, à laquelle les seigneurs de Hallwyl réclamaient la seigneurie de Horgen, concourut d abord à la nomination d*un arbitre, puis se condamna el!e-mt^me avant !« jugement; mais la cité acquit Kusnacbt, Goldbacb, Meila , au bord d.i lac, Hœngk^ sur la Ummath. l^s IVIanesse léguèrent leurs biens à la patrie. Le duc lui vendit aussi le cli;îteau de Rhcinfelden , à remboucimrc de la Giatt dans le Rhin ; les Gésier cidèreut l'importante forteressede Grun* ningen avec la juridiction de Stsfa.
Bientôt Zurich acquit encore Regensberg et Bulach. Dans toutes ces trajisactions, son but était moins de s'enrichir que de ranger sous s;i bannière des ^eirriçrs cajoles de défeqdre sg
L'UMVERS.
liberté. C'est dans le même esprit qu'elle reçut dans sa bourgeoisie beaucoup de seigneurs qui ne trouvaient pins an appui assez solide dans la défaillante maison de Habsbourg. Ainsi la combourgeoisie fut stipulée pour dix ans avec le comte de Thaiersteiu, abbé d'EinsiedeIn , pour son château «le Pfeffikon. Jean de Bonstetten fil î« s mêmes conventions pour ses châteiiux d'Uster, Sax et AVillberg. D'autres ics imitèrent en grand nombre.
Lucerne aussi étendit ses domaines, acquit des châteaux et posséda TEntlihucb que les ducs lui engn^îèreiit.
Mms les lîernois surpassèrent tous les confédérés en puissance; ils eurent sofressÎTement tout l'Oberland, le 8immentlial, et Frutiçîen . qui appnrten.u't à ce même Chàtillon dont les i^nns nvnient prf^oipité l'evèque de Sion du haut des murs de Sion. Les pâtres de ces sauvages contrées firent preuve d*un grand amour de la liberté. Ils se cof îfîèrfwt pour se racheter du tribut, et de vieilles chansons répètent que , pour y parvenir, ils jurèrent de demeurer sept ans sans manger de la lîhair de leurs brruts. Les Bernois prirent pied dans I Lunnenthal; le célèbre Pierre de Tborberg lui-même s*étant dégagé de la suzeraineté de Kyboon;, fonda une chartreuse et leur en conféra l'advocatie. Ecron de Kyl'Otiriî leur abandonna le fort de Bipp, et Soleure prit part a cette acquisition, qui avait une grande importance en ce que cette place est sur les confins f'es diocèses de Baie, Constance et J^a:isanne. En même temps, les comtes de Rybourg cédèrent a Tavoyer de Berne leur landgraviat de Bourgogne tel qu'ils le possédaient depuis Thoun jusqu'au pont d'Aarwangen.
Soleure augmenta ses possessions dn fort de Batm , qui était entre les mains des comtes de Nidau , et elle acquit les châteaux de Falkenstein, qui gardent les dédiés du Jura, et sont comme les portes du pays. Après la bataille de sempach , Baie acheta le petit Bâie, que Jean de Vienne son évoque avait aliéné au duc Léopold.
Bientôt elle re^ut de son évéque les
défilés des deux Tîauenstein et le bourt de Liestall. Fribourg s'unit enfin ^ Berne : la Ikue fut jurée à Laupen ^ des arbitres furent oonstituà pour tc^ miner désormais les différends. On $ti^ pula la franchise mutuelle du péa^e .
et l'on conclut une alliance otïcnsive et défensive; entin il fut établi uue Fribourg aurait avec les Suisses les mêmes rapports que Berne elle-même. Peu de temps après, F rihourg conclut aussi uue alliance avec Bieime.
La nobljessé avait perdu beaucoup de guerriers dans les batailles : a Sclianiousen , l'influence de la bourgeoisie s'était relevée à raison de la diminution des familles de chevaliers.
D'ailleurs, les nobles étaient les plus zélés pour l'exécution des lois: ils eussent exilé de leur association quiconque ne se serait pas soumis a la constitutioq. Celle-ci recrut de notables changements dans Tannée qui suivit la bataille de Sempach. Plus tard , on la clKUK'ea encore, et on la modela, en quel({ue i>orte, sur celle de Ziiricb.
Toute la bourgeoisie fut divisée en douze tribus, 'qui délibèrent sur les affaires publiques , qui nomment les deux conseils et qui pourvoient à la défense de la patrie, li ue faudrait pas confondre ces tribus avec de simples corporations d'ouvriers.
Il s'éleva une contestation entre la ville de Zug et les conununt s rurales, qui préfendaient, à leur tour, garder la bannière et le sceau du canton: pour apaiser cette querelle, la confédé^* tion s'arma tout entière. La jeunesse de Scbwytz. contrairement a l'avis de ses magistrats , était venue au secours des campagnards; la bannière avait été violemment arrachée aux boureois. Mais les cantons rendirent une écision .contraire, et Scbwytz fut frappé d'une restitution pécunîahre.
Pour la première fois on voit les cantons décider ensemble les affaires intérieures de l'un d'eux.
Il y avait deux cent quarante ans que tlunon de Bubenberg avait bflii Berne, sous le duc de S^ttiringen, lorsque le 14 mai , vers cinq heures du soir, le feu se déclara et consuma
SUISSE
pfasde cinq cents maisons; alors toraeèrent toutes les demeures des anciens héros, des chevaliers, des bourgeois; ks fiaoïmes ooimioièrént les hôpitaux, lét ooiiTents; et la population , sans nourriture, épuisée de travail et presque sans vêtements, mêlait ses cris
{ilaintifs au fracas des murailles qui ^fcrouIaieDl de toutes pairta. Dans cet tfifreox malheur , Berne re<^ut des villes voisines des témoignages d'un intérêt bien vif : Fribourg oublia sa récente inimitié , et cent hommes avec douze chariots travaillèrent à Penlèveruent des décombres. Laupen , Thoun , Aarbcrp;, Burgdorf firent de même:
de tous côtés arrivaient des provisions, des secours en argent et des consolations. Au lieu des frêles édiflces qui composaient la ville primitive, on vit s'élever des rues réiiulières avec de belles arcades. Cest à cette époque que Ton construisit Tininiense muraille
Îue porte la terrasse de Saint-Vincent.
)an8 le temps où Ton rétablissait Berne . Lucerne se fortifiait de tours et de murailles , et Bâle eu entourait ses ^bourgs.
A Neufcnatel, deux conseillers du comte fabriquèrent une charte qu'ils attribuèrent à son père, comme s'il eut, avant de moiirir« afiflrancbi la ville de son autorité. Ce fut une joie tumultueuse parmi le peuple; le œmte était consterné. Il invoqua le secours ^es Bernois. Des députés de Berne, de Fribourg , de Soleute et de Bienne accoururent; l'un d'eux ayant examiné ce titre avec une attention scrupuleuse , découvrit la fraude. Les laussaires furent mis à mort. Vers 1^ même époque, Granson perdit Fillustre famille qui en portait le nom.
Othon avait autrefois séduit la femme du seigneur d'Estavayer: celui-ci en
§ ardait une rancune profonde. Âméée Vlif comte de Savoie , étant mort à la chasse , on répandit le bruit qu'il avait péri par le poison , que l'auteur de ce crime était Othon de Granson, et qu'il Favait commis dans l'intérêt d'Amédée de Piémont. Ce fut bientùt une chose arrêtée. Le roi de France, k 4H9 JittW^^'t U Or-
léans, les ducsdeBerrietde Bourbon, oncles des comtes de Savoie, (irent faire des recherches sur les causes de sa mort; ils se convainquirent de
l'innocence d'Othon de Granson; elle tut affirmée par le duc de Rourfro^jne devant Richard d'Angleterre. Mais Tenvie et la vengeance n'étaient point apaisées : tout a coup se présenta Gérard d'Estavayer : il accusa Otbon de haute trahison, et offrit de le combattre en chanip ciqs à Jiloudon : le jeune Amédée qe Savoie indiqua Bourges. Toute la noblesse v accourut, attirée par la nouveauté ou spectacle, et par le nom d'Othon de Granson, célèbre par sa bravoure et par ses chants poétiques. Là, Gérard d*Esta- ▼aver répéta son accusation et son défi, mais il demanda que le combat eût lieu dans le pays de Vaud. Othon lui donna un formel démenti et voulut combattre sans délai. Son discours fut noble et touchant. Amédée prit les voix de son conseil ; puis: a Au nom du Père, du i^ ils et du Saint- « Esprit. Amen* Nous voulons et dé- «cidions par cette présente sentence, « que gage de bataille soit et se « fasse. Que chacun fasse son devoir:
a pieu fera connaître la vérité. » Le Jour du duel fut fixé au sept abût.
Les champions durent combattre avec armes pleines sans aucunes pointes ojjcndables. Ils entrèrent dans la lice avec une lance, deux épées et une dague. Ils avaient fourni chacun vingtdeux garants de leur comparution.
Othon aurait pu facilement se di.spenser d'y venir ; il était malade : mais il avait râme trop élevée, trop fière pour décliner le péril. Le signal fut donné, les lances pointées ; les chevaliers se coururent sus , et Oliion de Granson tomba. Tous les biens de sa maison furent confisqués par Amédée, sans égard à Guillaume Je Granson , frère du défunt. Deux ans plus tard , le dernier des Monlfaucou périt à la bataille de ïiîcopolis , et Montbéliard passa aux Wiirtembcrg. Les Cosso'nex s'éteignirent dans le même temps.
Au-dessus du pays d'Uri, en gravissant le Saiut-Gothard, le voyageur
L'UNIVERS
te trouve cominp intercepté de 1* univers, au milieu d'une tissure profonde, à travers latjuelle la Reuss s'échappe en mugissant : sa blanehe écume humecte au fond de i'al>îme les roelies verticales qui s'élèvmt dnns les airs à plusieurs miiie uieds. ( ne route aujourd'hui y autrefois simple diemln, permet l'accès de ces lieux terribles, où (a vofUr rrlpsfp s\i|)(T("( iî h pleine, OÙ gronde un torrent furieux, dont les battements ébranlent la masse inoommensurable du roc Cette vaJIée, ou plutôt cette crevasse n'admet au* en ne vpj^étation : de Gœschenen au pont du Diable il n'y n qtie des blocs de pierre, et cependant la clochette des chevreaux retentit sur ces hauteurs décharnées. Seuls, de tous les animaux, ils osent se si i<; pendre à cet effroyable ese irpement. Le nom de cette vallée (les Sciiellenen) ne rappelle que le bruit 'du torrent. Jadis il n*.y avait • aucun passage; la Reuss ne trouvait d'issue que pour elle-même : en s'échappant de cette fissure, elle retombait en poussière à plus de mille pieds. Les sciences n'avaient pas encore ouvert le ninruir lu tr,'ivaiMel*liointnp, mais il sut triompher de l'obstacle en créant un danger. A l'endroit où est aujourd'hui le trou d*Uri, tl suspendit des chaînes, il y attacha des planches : au siècle dernier seulement , le ciseau a taillé la roche, a percé »me route que l'on appelait le Trou d'IJri; elle a deux cents pieds de long. Aujonrd''hui Texplosion de la poudre a élargi le pàssaue, et il est pmLical.Ie potir des voiuires; mais l'ancieu pont est contemporain des planches et des chaînes , qui maintenant ont disparu. (!e n'est plus une merveille dejiuis qu'un pont nouveau présente à coté de lui sa !n! c^c croupe et son arche nou moins audacieuse.
Maïs la tradition ne s*est point condamnée au silence; elle n'en dé(*tare pas moins l'impuissance de l'homme et le pouvoir du démon : le pont est et sera toujours celui du diable. Jadis, dit cette tradition , le gouffre de la Beuss, la roche d'L'ri et les Schetlenen séparnicnt le nord du midi : l;r-
Kra, au uùUeu de l'Allem^ne et de
l'Italie, était inaccessible de toutes parts. C'était au sommet des Alpes comme l'aire de l'aigle. Le démon promit ce domaine à Tliomme, et lui en fraya le chemin; mais il ne voulut consentir à jeter le pont qu'en s'assurant la possession aune âiue : le premier être qui le franchirait serait k lui. La proposition acceptée, le dé* mon 'ortr. dans la vallée, en rapporte les maU^rtaux , et déjà Tarche majestueuse se recx)urbe d'une rive à l'autre. Mais l'homme trompa Satan : au lieu d'une Ame humaine, il ne lui livra que celle d'un hnnr: un bone, en effet, lut le preniKM être qu on y fit passer, i urieux du subterfuge, le diable veut détruire son ouvrage; il va quérir une roche incommensurable pour en écraser le pont ; déjà il est près de Gouschenen, quand, sous les traits d'une vieille, la Vierge se présente; elle se signe , prononce le nom du Seigneur, et' la roche s'échappe des mains du* malin. On la montre encore dans la prairie de Gœschenen avec Tempreinte de ses ergots.
TJrsern, au milieu de ces ho»*recirs snhliîiîcs de \ \ nature et de la tradition , offre tin spectai le nouveau.
Après avoir atTron é les Sdieilenen, aj)rès avoir mnrclié avec préciiution dans rf.bsciirit ■ de la vodte d'Uri , un paysaire ravissant s'offre à la vue. Au To'ul du tableau, avant que la route du Saiiit Gothard reprenne son ilpreté et ses escar|>ements, une roche isolée porte le chîUeau d * Hospi^al : nn de ses niaî res en descendit autrefois pour vaincre avec les Suisses a ISIorgarten. A gauche est Andermatt, et de l'un à l'autre de vertes prairies sillonnées f)ar les eaux de la Reiiss , qui s'écoule liuipide après avoir réuni dans le village de Hospital les eaux qui descendentdu Saint-Gothard, et celles que lui envoie la majestueuse Furca, dont la double pointe se montre au-dessus de Hénip, A l'opposite, depuis le trou d'Uri au clocher resplendissant d'Andemiatt, le pied de la montagne est tapissé d'étabh s, où l'on fait hiverner le bétail. Au-dessus de ce vîU lage est une tbrét dont iei arbres aa«>
SUISSE
crés ne doivent jamais être coup(?s : il est défendu d'y tou lier sous peine de la vie, parce que seuis ils garantissent le paysdesavalanrhes : un peu plus loin est le chemin des Grisons. Peutêtre dans nos centrées la vallée d'L rsern ne ferait-elle pas sur le voyaçj'uir ia même impression; mais, soit qu'il arrive des sources du Rhône, pour visiter celles du Rhin, soit qu'il vieiuiede l'italieet du Tésmpourfnmchir l'Adula, nour redescendre dans lesAValdstetlen, les terribles beautés <|ui viennent d'étonner son imagination, le préoccupent; puis à la vuedecette nature si gracieuse, de cette Reuss si tranquille encore, et ç|ui sera tout à l'heure si torrentueuse, il est saisi d'un sentiment indélinissable, il s'abandonne à unedoucecontemplalion ; et si la cloche du soir appelle a l'église du hameau , si l'étoile brille au firmament, si la lune jette sa placide clarté sur cette douce contrée, Tàme, en quelque sorte interceptée de la terre, s'exalte d'un sentiment doux et religieux, elle prend son esso: vers l'auteurde tant de mervei.l -s, elle joint sa ferve;;te prière à la prière accoutumée du villageois. Tout paraît sublime, tout, jusqu'au mouotou" relraiu Uu chapelet; car dans ces solitudes, dans cet autiq !e laboratoire de la créaiiou primitive, on oublie le monde, on ne pfut penser qu'à Dieu, on n'a d'autre langage q»ie la for. mile ado| t^ e par l'Kiilise f'our converser avet! lui.
Faut-il s'etonuer qi:e ces contrées aient été négli^^ées : Ijrsern n'apparaît dans l'histoire que pour se jomdre à L'ri. Leseinp reursnelui avaient point donne de gouverneur pour exercer la juridiction capitale 11 arriva , un jour, qu'un forfait en rendit l'^ixercice indispensable. L'abbé de Disseutis ne pouvait disposer de ce pouvoir; mais le landanunan d'Uri en était investi.
On s'adressa donc à lui, et l'on envoya deux juges à lirsern, pour connaître du fait devant le peuple. La vallée garde encore son amman particulier et son conseil; mais Vri en connrme le choix. Cette union d'I ri avec l rsern prépara la conquête du Yal Levantine. V oici à quehe occasion
les Suisses portèrent leurs armes en Italie et se tirent un territoire sur le revers méridional des Alpes. Quelques habitants d'Uri avaient conduit leurs bestiaux au marche de V^'Irèse, les employés du duc de Milan les confisquèrent pour une difficulté de tarif.
Toutes les réclamations auxquelles donna lieu cette saisie , furent vaines. Au bout de six mois, Uri et Ufiterwald saisirent leurs bannières et descendirent du Saint-Gothard à travers les gorges profondes où le Tésin se brise en écume, où le roc refuse un lit à la rivière. Le Monte PioUiiio , le défilé de Dazio furent bientôt franchis. C'était en l'an 1402; les Visconti y levaient l'impôt et y exen\nieut la juridiction , et le pays ét it aiçlté de querelles des Guelfes et des Gibelins.
Le peuple s'empressa d'accueillir les guerriers qui leur apportaient la fiberté : on jura de se soumettre à leurs institutions, de recevoir d'eux des juges , de leur payer l'impôt, de les affranchir de tout droit de péage , et de leur demander des secours. Quatre ans après, Albert deSax, baron de IVIisox , ayaiit dis})uté la possession de Bellinzona à Visconti, son fils Henri se laissa gagner et la lui livra; mais V isconti manqua aux promesses qu'il avait faites, et les seigneurs de Misox essayèrent de reprendre cette ville, llsvoufurent aussi punir r|uelques bourgades de s'être attachées a la tigue sui>se. Des qu'on le sut à Uri, on s'arma; maigre les frimas et les avabnches, on franchit le Saint- Gothard le 24 décembre et l'on parut devant FaiJo. L'un des Sax était mort; et comme l'on pensait que Giovanni Visconti l'avait fait empoisonner, ses parents eux-mêmes demandèrent la comliourgeoisie d'Lri et d'Lnterwald. Les Suisses stipulèrent que Tîellinzona leur serait désormais ouverte, pour leur servir de place d'armes; ils exigèrent un tribut , et chargèrent les seigneurs de l'entretien de la route; enfin lis établirent une franchise VA tth plète de péage pour les gens dXri, (i l nterwald, du Val Levantine et d'Abiasco.
Cependant les barons de S rotitinuaient la guerre contre Facnio Qui, gouverneur de Visoohth dHin autre tiSté , Luther Rusca reprenait les chllteniix de Conie et flp l.ocnrno , et, dans ce désordre général , on enleva lest troupeaux de quelques patres de Faîdo. T^es auteurs de ertte spoliation comipandaient à Donio d*Ossoîa: quand on leur dit que les Suisses voulaient venger leurs allies de Faido, ils .se prirent à rire : « Qu'ils viennent, répondirent-Ils, nous allons leur crever leurs goîtrcs ». !\înis bientôt on sut qu'ils étaient venus , et qu'ils avaient
{iris déjà le rctranclienient qui ferme e pays ; on Tit arriver les fuyartis ef- A'ayés, et il ne fut plus temps de songer à la défense. Francisco Brogno, magistrat de Donio d'Ossola, ouvrit la ville à l'ennemi. On le coniirma dans la possession de sa charge i et on lui laissa une garnison , en décidant que Domo d'Ossola appartiendrait à la confédération. Brogno était fidèle à mn serment. Les seigneurs feignirent de vouloir accéder à la ligue suisse, et Payant nttiré au-dehors de la ville, ils massacrèrent la L'arnison. Les Suis- ' ses ae tardèrent pus; des le printemps (1411) il patfxt quatre .cents hommes (le Zurich. Les chfiteaux furent assiégés, démantelés: celui de Formazzo «'écroula avec toute la garnison. Les Milanais n'osèrent se mesurer avec les Suisses. Ceux-ci gardèrent Domo jusqu'à ce que les troupes de Savoie et tarmignuola , l'un des premiers capitaines du temps, vinssent Toccuper eu 1414.
Dans le même temps , il se formait
liu'Mf» nouvelle dans laKliétte. Cette antique patrie de la population étrusque a toujours conservé uu langage «t des moeurs <|ui ne ressemblent en rien au langage et aux niœiu's des autres pays. La dinîne de l'Adula élevé au-dessus de ses vallées le Crismlt, voisin d*Uri, d'où s'échappe le ^in antérieur; le Luckmanier, où la source du Rhin a h forme d*un lac.
Près du Spiugen de.sceiid In {urineipaie iûUrce de ce Ceuvc; maiâ> avaitt d'y «rnver, il y a reçu déjà seise ruisiseaux.
Liignez sépare le Rhin du milieu, dU > Hhin postérieur qui tombe des glâcîert de rincommettsurable VogeN berg,8Uit le Rheinwald, arrose les.
champs fertiles de Srlt.tm^ , et vient se Cîfcher dans les goutires de la terrible Via Mala, à travers l'une des gorges les plus affreuses et les plus remarquables qu'il y ait en Suisse : il passe ensuite à Tusis , à Rhœzuns , et se mêle près de Reichenau au Rhin antérieur. La haute Rhétie 8*arrétc en deçà de (Loiret nous n'avons point à en* décrire la partie méridionale , ni les vallées qui s'ouvrent vers Belltnzona, Chiavenna, Pallanza. C'est une véritable forteresse de la nature, un asile pour de vieilles pofiulotions , qui survivent aux générations dont elles ont couvert d'autres coritrees , et qui gardent à jamais leur physionomie prinutive. I/Lngadiiie a conservé encore l'usage du latin. Les évéques de Coire ('tendaient leur pouvoir, d'une part, sur l'Inn et leTyrol, de l'autre sur la Suisse ; niais depuis longtemp les seigueurs avaient miné leur influence. Les plus redoutables étaient les barons de Sax et ceux de Rhœzuns, les comtes de Werdenberg , Moniort , ceux de Tockenbourg et les abbés de Bissentis. Ulrich Brun, baron de Rceiaus, beau-frère du comte de Torkenbourg, eut quelques contestations avec l'évéque; il tut second^ par l'abbé et les Glarnais, et vint mettre le siège devant Coire; néanmoins la querelle tourna à l'avantage de l'évéque. C'uu] ans après, Jean Zann, labiie, Ulrich de Rcczuns et Albert de Sax jurèrent une alliance avecGIarus; elle devait durer tant que durerait la vallée, tant que durerait la montagne, et chacun des contractants promettait d'assister l'autre dans toutes ses guerres, dans tous ses périls. L'évéque considéra ce traite comme un acte d'hostilité : des troupeaux de Glarus furent saisis à leur
Sassa^e ; alors tes bergers s'appelèrent e toutes parts au combat. Au mois de juin, un contingent d'Rntlibuch, de Zug, de Schwytz et d*A(»|)enze!l se joignit à Glarus i oa jjasj>a le |Lirei^-
MQ, et l'oa viîît «î tM^^ P«r rnt^
8UISSB.
jçans. Le pillage fut continué jusqu'à ce qu'on jugedî rindemnité suffisante; il fallut que le gouverneur autrichien de Sarj^ans intervînt pour négocier la paix. L'évéque était de la maison de Werdenberg ; il conclut avec Jean son parent une convention qui réunissait en une sorte de fédération leurs vassaux des vallées de Sclianis , de Tomiliasca,de Vaz, et nièmeceux qui habitaient les roches décharnées de l'Avers, de TAdula et du Sp[)limer. L'exemple ' des Suisses gagnait même les grands. Les détails de leurs querelles, de leurs entreprises, de leurs actions, n*appa; tiennent pas à l'histoire générale.
I>lle porte ses regards avec plus d'intérêt sur la liberté naissante; elle s'arrête avec complaisance sur les pics glacés d'Appenzell, sur cette population agreste qui ne prit les armes que pour demeurer indépendante, et n'apprit l'art de la guerre que de la victoire. La renommée redira toujours les noms de Sj)eicher, du Stœss, de Wolfshalde, ou vinrent échouer les efforts des abbés de Saint-Gall et de VAutriche-^ elle dira qu'en moins de cinq ans, ces paysans ont vaincu dans quatre «irandes batailles, pris de nombreux drapeaux, cinq villes, soixantecinq châteaux , et répandu la terreur depuis Rybourg jusque dans la vallée de l'Adige. Lorsque de Saint-Gall on gravit la montagne, la vue se repose sur de riches piiturages alpestres, parsemés d'habitations. Derrière ces pâturages s'élèvent de hautes murailles de rochers, et par-dessus le Ganioret le haut Sentis, des glaces éternelles. Des sommités d'Appenzell on découvre le Tyrol et la Souabe, et vers le sud, la grande chaîne des Alpes. Appenzell est isolé ; les sources «le la Ihur, les vallées de Sargans et de iMonfort le séparent de la chaîne de l'Adula. Les rois francs avaient donné ce pays h l'abbaye de Saint- Gall , qui le taisait administrer , qui en percevait le tribut. L'abbé Cunon fie Staulfen était d'un caractère dur et impérieux j il méprisait ces pAtres et leur avait nnposé des maîtres dont les exactions devenaient intolérables.
Jl prit fantaisie au commandant du château de Schwendi de frapper d'un in)p6t le beurre , le lait et le tromage ; et ceux uni se refusaient à le payer étaient dévorés par deux chiens qui le suivaient j)artout. Ce tyran poussait la cupidité jusqu'à ouvrir les sépultures, afin d'en retirer les véteint^nts des morts. Il se lit une ligue secrète entre tous les villages d'Appenzell : au jour fixé, on s'empara des châteaux dont les commandants prirent la fuite. Mais l'abbé de Saint-Gall s'était confédéré avec les villes de Souabe; elles envoyèrent des députés. Les montagnards deinandèrent a proposer dés.irmais les magistrats que nommerait rabl)é.
Les députés n'accueillirent point cette demande, prononcèrent la dissolution de la ligue , et , pour toute satisfaction, promirent que l'abbé et ses baillis seraient à l'avenir d'une entière modération. Cependant la ville de Saint-Gall aussi avait à se plaindre de lui, car il manquait aux promesses solennelles de la mettre en possession de libertés plus grandes. Il v eut encore une sédition à Wyl que l'on écrasait d'impôts ; le mécontentement éclatait à Bernhardzell , à Wyttenbach , à Waldkirch. L'abbé jugea nécessaire de faire queUjU'es concessions auxquelles il se prêta de mauvaise grâce. Quant aux griefs d'Appenzell, il ne les écoutait même pas; et comme il n'apparaissait pas qu'il se mît en mesure de faire la guerre, il était évident pour tous qu'il attendait quelque
f)uissant secours. Pour prévenir ce malleur, les habitants urireut les armes, et en avertirent la villequi s'était unie à leurcause. Celle-ci lit à l'abbé une énergique déclaration : pour toute réponse il transféra son siège à Wyl, ne laissa qu'un moine à Saint-Gall, et fit cesser le service divin. Les dix villes avec lesquelles l'abbayeétait confédérée, interposèrent alors leur médiation : on cîioisit pour arbitre l'ancien bourgmestre d'Llm , Jean Strolilin ; mais dans sa partialité il prononça l'annulation de la igue de S;unt-Gall et d'Appenzell.
Quand on notifia cette décision, l'exaspération fut portée à son comble. On
envoya dans tous les cantons; mais deux seulement acceptèrent l'alliance.
Glarias fit proclamer aue tout ami de la. liberté pourrait aller soutenir la couse d'Appenzell : il partit deux cents hofnmes. Srhwytz envoya Pierre Lœri pour coiniiiander ies guerriers , et wemer Amml pour être landamman.
O canton conclut «nvec Appenzell un traité de combouri^eoisie.
Les villes résolurent de dompter ces montagnards ; et des le commencement de mai H03, les contingents
Constance, l'eberlini^en, Ravensbotirg, de Wani;en , de Huclihoni, de làndau, se mirent en marche. Saint- Gall se joignit à eux. Du haut des ro> C^rs, les gardes avancées d'Appenzell donnèrent le signal. C'était le premier combat : les vieillards bénirent les guerriers. Bientôt deux mille hommes des divers villages se trouvèrent réunis sous le commandement
Jneqiie'; Hartseh ; ils se pestèrent sur le Vœgelinseck , auprès du village d»»Speicher, sur le ciiemin de Saint- O.dl. La descente n*est pas trop ra* pille; mais il s'y trouve un chemin creux, qui était entouré de bois : tandis que l'ennemi passait la nuit du 14 au VS mai à Tabbaye et diez les bourgeois, cette petite armée, après queltines instants de sommeil, la sait des 'iispositions de défense dont on le croyait peu capable.
Dès raurore les cavaliers sortirent de Saînt-Gall; Us étajent suivis de l'infanterie au nombre de nnq mille hommes : lorsque cette longue tiie arriva au chemin creux, les deux cents Olamais et les trois cents de Schwytz qui occupaient le bois, ne bouj^èrent point; au baut de es chemin il v avait quatre-vingts Appeuzeliois, que 1 ennemi prit pour une grand* garde. Cette poignée de braves attaqua les cavaliers avec iinpetuosité, et dans le moment même Glarus et Schwytz se jetèrent sur rinfauterje à la faveur du chemin creux. Les soldats des villes voyant le danger, redoublèrent d'efforts pour forcer le passage et sorti r d u défi lé ; mais tout à coup parut le e;ros de l'armée d'Appeuzeii, qui li abord s'étn't
tenu caché derrière les hnuteurs. Dans Timpossibilité de se développer, la cavalerie se refoula sur rinfanferîe, et la
confusion s^accrut d'un malentendu :
les chefs avaient l'intention d'amener le combat sur un autre terrain ; ils pensaient que les Appenzellois ne manqueraient pas de les poursuivre, et, dans cette intention, ils crièrent zwûck^ zuriick (arrière, arrière).
Ce mouvement rétrograde fut pris pour une fuite; les soldats se précipitaient les uns sur les autres , et les Suisses en profitèrent pour rompre la colonne.
nombre des morts futtrès-considerable : les deux bourgmestres de Saiut- Gall périrent ; (|uatre bannières et plus de six cents cuirasses demeurèrent au pouvoir des vaincflieurs. Ils tombèrent a genoux, remerciant Dieu d'avoir accompli , presque sans perte , leur premier exptoit pour la (râtrie.
Cependant Vabbé ne renon<^ait pas k ses projets; il solIicitT l'îiit^rvention de la maison d'Autric he; le duc Frédéric était à Inspruck. On lui représenta qu'AppenzeIt serait bientôt une seconde Suisse; que si on n'étouffait le mal <lans sa racine, la noblesse était perdue, et l'expédition fut résolue. Un hommè se sépara de la cause des grands , c'était le comte Rodolphe de Werdenberg, Monfort à I:i hnniiière noire. Il vint à AppenzelL ta assembler le peuple, et dit: «Amis, « vous me connaissez: issu de la no* « ble maison de Monfort , je ne le « cède à personne pour la naissance; « mais est-il quelque chose de plus « noble que la liberté. Les malheurs « des temps passés ont créé desdistine- « tions entre les hommes; votre main » valeureuse saura redresser les torts « des siècles : les braves comme vous « et moi sont frères. Mes ancêtres et « mot nous avons régné : pour prix «de nos services, l'insatiable Autri- « che nous a enlevé nos domaines.
« J'apprends, amis, que le duc, qui « est en Tyrol , vient vous attaquer:
« lesopprimés doivent laire cause comn mune. Confiez-vous n nioi, Monfcrt «n'a jnmnis trompé personne; je ne « puiâi vous ûilnr que mou ^iuive et
•oc.
SUISSE
« mon sang, je combattrai comme l'un « de vous. » Quand les Appenzellois le virent si ferme dans sa résolution, ils raccueillirent, car ils le savaient vaillant et sage. L'on se jura mutuelle amitié. Dès lors le comte se dépouilla de son armure , et revêtit un sarrau de toile comme les pâtres. Il fut nommé commandant, et dans chacun de ses soldats il avait un ami. Des retranchements furent construits ; on renouvela l'alliance avec Saint-Gall; et pendant que le duc faisait ses |)réparatifs, les troupeaux parcouraient paisiblement les pâturages.
Au commencement de juin, les troupes de Frédéric franchirent l'Arlennerg. Arbon fut désigné comme point de réunion : là vinrent les plus illustres seigneurs: le comte de Lupfen , gouverneur, le comte de Montfort, maître de Brienz et de Kybourg , Hartmann, comte de Thierstein, le margrave de Baden-Hochberg, Marquard, évoque de Constance, Cunon. abbé de Saint-Ga/i.L'arinée la plusconsidérable remonta le Rhin : on voulait surprendre le pays du côté de Gaiss , pendant que toutes les forces d'Appenzell se concentraient près du Speicher. Mais Appenzell ne tarda pas à connaître ce plan : partout on faisait des vœux pour sa cause. Le jour de la Fête-Dieu le ciel était chargé de nuages et bientôt la pluie tomba. Les Autrichiens arrivaient par Allstetten, ils ne trouvèrent point de résistance aux frontières : deux cents archers ouvrirent les retranchements pour se procurer un passage ; ils parvinrent donc au Stœss; mais la pluie rendait le gazon fort glissant. Tout à coup se montrèrent sur la hauteur quatre cents hommes d'Appenzell avec Quelques guerriers de Schwytz et de Glarus; ils roulèrent sur l'ennemi des blocs de rocher et des pièces de bois : quiconque- n'en était pas atteint, continuait a gravir la montagne; alors se présenta l'armée d'Appenzell en entier. Les archers autricniens ne purent tirer aucun parti de leurs ares que l'humidité avait relâchés. Dans le combat, on vit Uly Rotlach s'adosser à une étable, tenir
V Livraison. (Suisse.)
téte loi seul à douze hommes , en tuer cinq , et comme on mettait le feu à l'écurie , se précipiter dans les flammes, afin gue personne ne pût se vanter de l'avoir vaincu. Cependant le comte Rodolphe donna le signal ; il était nu-pieds comme les autres, afin de se tenir plus ferme sur le gazon. Pendant que ces braves se précipitaient sur l'eimemi , celui-ci se crut pris en flanc: les femmes, vêtues de blanc, avaient paru sur une hauteur pour assister au combat. Les chemises qu'elles avaient mises sur leur vêtement , les firent prendre pour des guerriers. En ce moment, l'action devint sanglante.
L'avoyer de Winterthùr périt avec quatre-vingt-quinze de ses bourgeois; il en tomba environ autant de Feldkirch. Le torrent ensanglanté apprit à la vallée les hauts faits des montagnards, et le carnage fut d'autant plus grand que les retranchements étaient un obstacle a la fuite. Quand les restes de cette armée furent descendus dans la vallée du Rhin , les Appenzellois se jetèrent à genoux et s'écrièrent: Dieu a combattu pour nous; il nous a donné la pluie du ciel.
Frédéric, qui ravageait tout sur son passage, vint devant Saint-Gall; mais la ville était trop bien défendue. Il n'avait point de machines, et se vit forcé de reprendre le chemin d' Arbon.
Quatre cents hommes de Saint-Gall coururent se poster sur le Hauptlisberg, où il fallait qu'il passât. Les Autrichiens marchaient sans ordre.
L'attaque fut aussi terrible qu'inattendue. Hermann de Thierstein tomba, ainsi que Jean de Klin^enberg, le fila de celui qui avait péri à ISœfels. La bannière de Schaflnousen fut prise.
En vain Frédéric présenta la bataille, les agresseurs ne se montraient que dans les défilés, et ces attaques réitérées suivirent l'ennemi jusqu]auprès d'Arbon, où le duc d'Autriche apprit la malheureuse issue de son expédition du Stœss. Fatigué de tant de malheurs, le duc ordonna la retraite, et fit ouvertement toutes les dispositions nécessaires : sa troupe se mit en marche vers la vallée du
L*UNIV£R3
Rhin, comme pour passer le fleuve;
mais retia conduite cachait une sur-
Srise. Il voulait au moins que l'expéition fût signalée par un avantage quelconque. Les Autriehians devaient gravir rapidement la montagne appelé Woîrshalde , surprendre Appenssell, soumettre le pays, ou tout au moins le pilier; mais une fille à la* quelle on s'était adressé pour savoir le rhrrnîn , prévint les habitants. Quatre cents hommes se monti t r( ut inopinément : Tennemi, qui savait aue la iuite lui était funeste, nrit position près d'une église. Là, sWgagea un combat des plus opiniâtres; ce ne fnt
3u'après avoir perdu quarante-qnalre es leurs, que les Appenzellois triom-
Ïihèrent do nombre, et purent venger eur mort par la mort de dix fois autant d'Autrichiens. De la vallée Frédéric vit accourir les fuyards sans ordre, sans bannière; il maudit ^ttc guerre et repassa le Rhin.
Le comte ae Montfort marcha à 1 a téte de ses braves compagnons, et rentra dans ses domaines après avoir pris, misé, ou reçu à composition beaucoup de coflteaux. Ce fut ensuite le tour de la noblesse de Thurgovie; elle fut battue près de la chapelle de Saint-AfVa.
En reconnaissance des services de Schwytz , on entreprit à Noël , et malgré la rigueur de la saison, la conquête de la vnm'c de Wagi et de la Marche inférieure , et on la donna à ce canton. Frédéric de Tockenbourg, le gou- *verneurd* Autriche, essaya en vain de la reprendre.
En 1406, les guerriers de Saint- Gall et d'Appenzeïi firent deux expéditions pour venger le comte de Montfort, de son parent qui avait marché v.yor. Ir^ rfucs; deux lois ils l'expulsèrent, vinrent à Plnflrnz et de là dans le Prettigau; puis voyant les Tyroliens disposés à la liberté, ils appelèrent de nouveaux renforts. On combattit près de Landcck : les troupes du duc vaincues , on accourait de toutes parts • et jusque des bords de l'Adiré, pour se ranger sous les drapeaux d*Appenzell. Il s*en fallut de peu que tout le 7yrol n*entrât dans la ligue suisse, et
que ritalie ne fût à jamais fermée âut Allemands ; mais Appenzeil étant menacé, les vainqueurs se retirèrent chargés de butin, et détruisirent plusieurs châteaux avant de rentrer dans leurs cabnnes. Puis, en attendant l'hivrr, îh allèrent avec les contingents de Schv^ytz et de Saint-Gail mettre le siège de« vant Wvl. pour contraindre VMé
?ui 8*y était retiré à revenir à Saint* îrall : il voulut d'abord soutenir un sié<Te ; maïs se voyant abandonné de tout ie monde, il ouvrit ses portes, et après avoir recommandé son ime à Dieu, il descendit dans la cour oà étaient les confédérés : sa déniarchrî était ciiancelante , sa physiononiie exprimait l'embarras; accablé par ies années et plus encore par le chagrin , Cunon fit pitié à ses ennemis. Queloues-uns cherchèrent à le rassurer, et 1 aidèrent à monter à cheval. De retour à Saint-Gall , il se mit sous la protection de la ville et d*Appcnzell.
L'année suivante 1407, noiize cents hommes prirent les armes pour forcer la noblesse de Thurgovie à une paix durable: ils présentèrent le combat devant Ctonstance, prirent Andolfinpen . ravas^èrent le territoire de Winterthiir, sans que Frédéric, (]ui était en Tyrol, osât venir au secours des siens. Enfin on alla ^re le aiége de Bregenz , et Ton prit d*abord la ville et le ch^îteaii d'Flggan , et , pour punir l*évéque de Constance de son excommunication, on lui enleva Dischofssell. Brégenz est à Textrémité du lac, au pied d'un rocher abrupte, et bien fortifié. L'armée y arriva le 8 décembre : à un froid rigoureux succéda un dégel , qui amena subitement de grandes inondations ; rien n'émut les assiCgeaiits. Toutefois il s'était formé une ligue de la noblesse; pour se défendre des progrès de Tinsurrection , elle résolut de dégager Br^enz : huit mille hommes marchèrent rapidement, sans que les Appenzellois en pussent rien apprendre. le 13 février 1408, un épais brouillard couvrait ie lac. Enfin l'approche de Tennemi fut aunoncée aux assiégeants , qui prirent position contre ie Rict Jje combat fut
terrible : Conrad Kupferschmîed , de Schwjtz, qui commandait le siège, fut tué et quatre-vingts hommes avec lui ; mais la retraite se flt en bon ordre, et avec une telle contenance, que
Sersonne ne voulut obéir à Déranger e Hohenlandenberg , quand il cornmanda la poursuite. SainMrall et Ap-
fïenzell perdirent en cette occasion eurs machines de siège. Au printemps, Tempereur Kobert vint à Constance, où se trouvèrent aussi les seigneurs et les députés d' A ppenzelt, deSaint-Gall et de [etirs alliés. On examina les fijriefs réciproques. La décision de remperrur ofOre des caractères singuliers : il conimence par annuler toutes les alliances conclues par Appenzeil, Saint-Gall, etc., puis il oraonne aux ducs d'Autriche , qu'il remet en possession de leurs droits , de conserver à leurs su- Jets les libertés accordées par leurs aïeux. U annule les excommunications fu\n^\nées par les évoques de Constance et d'AugsIwurg , déclarant qu il n'a pas le droit d'en agir ainsi, quant à ce//es qui viennent au pape : enfin , il coniie le maintien de cette décision h ces évéques , aux chevaliers du bouclier de saint George (c'était le nom de la ii^ue), et même à Appenzell dont les droits étaient si singulièrement méconnus.
vSOrs de pouvoir toujours défendre leurs montagcies, les Apuenzellois conclurent une trêve de deux ans avec Frédéric d'Autriche; mais pour fiiire comprendre à l'empereur le peu de cas qu'ils faisaient de sa décision, ils n'en\oyerent personne à Heidelberg, quoiqu'il dât connaître de leurs différends avec Tabbé de Saint-Gall. En même temps ils jurèrent de garder à iain'us leurs libertés, et adoptèrent , au lieu du drapeau particuiier de ciiaque village, une bannière commune à tout le pays. Le jugement de Tempereur soumettait Appenzell à l'abbé sans restriction; on refusa de s'y conformer. Robert mourut sans secourir Tabbé, qui s'estima heureux de rentrer, (»ar la médiatioo ée Sob'wytz, dans la jouissance de ses revenus, en n!>nndonimt presque tous ses droits poUiii^ues*
La trêve avait laissé Appenzell en possession du Rheinthal; dès qu'elle rot expirée, Ferdinand dirigea sur ce oint une eipédltion de s^ raille
ommes coiimirindée par le ceinte llermann de Soulz. Il y avait quatre cents hommes d' Appenzell dans Kheineck, deux cents dans Altstetten. On fit semblant de vouloir soutenir devant Rbeineck une bataille rangée; cela donna le teinps aux habitauts de sauver leurs effets, puis chacun mit le feu à sa maison et suivit les Appenzel* lois dons leurs montagnes. Le comte de boulz resta trois semaines devant Altstetten , uniquement pour attendre Frédéric; car ce ptinee briguait la réputation militaire. U vint enfin, et nfvif^na douze mille comlinttntits ; niais il etuit accompagné de niu.^u iens et de dames. Après une fête nocturne, il se mit à la tete des troupes : remarquable par la beauté et par la richesse de son armure , il harangua solennellement les soldats, et donna Tassant. Mais quelle fut sa surprise, il n'y avait per- ■onne dans la place : à la finveur de la nuit, les bourgeois étaient partis avec femmes et cniants, sous l'escorte de leur petite garnison, irrité autaot que honteux, le duc fit brâler cette ville qui lui appartenait; il en démolit les murs, et se retira: car il était nu pied (Je la funeste montée du Stoess.
Bientôt les sept cantons recurent A^h . penzell dans leur union. Ce Tut le jour de la Sainte-Catherine 141 L Dès l'année précédente , le comte de Tockenbourtr avait conclu avec ces mêmes nioutu^uards une alliance de quinze ans, le baron de Sax une ligue de cinq ans. Il importait à la cause commune que l'ardeur des Appenzcllois ne les entraînât pas à des jjçucfres dangereuses pour la confédération ; iU promirent donc de ne jamais prendre les armes sans le consentement des Suisses ; il fut convenu de plus qu'ils assisteraient ceux-ci gratuitement et qu'ils payeraient une solde aux troupes qu'on leur enverrait.
Vers le même temps, Bâie, qui était parvenues une grande prospérité et qui avait re^u de nombreux bourgs
L'UNIVERS
eois , fut le théâtre de ^i^nds désorres. Sa constitution inclinait à la démocratie; mais les grands s'appuyaient sur l'Autriche et surtout sur le gouverneur d'Alsace. D'autre part, le comte de Soulz et la ville de Rheinfelden fai- ' saient la guerre à cette cité : et tandis que les Bdlois assiégeaient Istein, on ravageait Liestal et Homherg. Précédemment les Autrichiens étaient venus devant Baie ; l'arrivée des contingents de Suisse et de Strasbourg les avait forcés de se retirer. Louis de Bavière, landvogt supérieur d'Alsace, assembla un congres à Kaisersberg, où la paix fut conclue. Le château d'Istein fut ensuite démoli.
Le 28 mai 1412, la paix conclue entre les Suisses et PAutriciie fut prolongée pour cinquante ans; elle lut commune à leurs alliés de Soleure et d'Appenzell. La possession de la Marche fut confirmée à Schwytz, sauf les droits féodami et celui de rachat.
Seize villes des États autrichiens promirent d'observer ce traité, qui fut promulgué le 8 juin dans tous les pays mtéressés. Il y avait à peu près cent ans que les ducs avaient attaqué les pâtres voisins d'EinsiedeIn , et maintenant ils en étaient réduits à se réjouir d'une convention qui était un véritable hommage à la supériorité des Suisses.
A l'époque où Sigismond de Luxembourg occupait le trône impérial , au commencement de l'hiver de 1414, se réunirent à Constance , non loin des frontières suisses , les envoyés de toutes les puissances ecclésiastiques et temporelles, pour y délibérer sur les affaires de l'Eglise. C'était pour l'esprit humain une grande époaue; la discussion se mêlait à la foi , les querelles des Albigeois se ranimaient sous Une autre forme, et bientôt Rome devait trouver de plus redoutables ennemis. Malheureusement on avait trop négligé, dans la religion, ce qu'elle a de sublime; on l'avait trop mêlée aux affaires de la terre, trop abaissée à n'être qu'un moyen du gouvernement.
Les traditions se perdaient, les formes symboliques étaient devenues inintel-
ligibles au milieu de cette société dont les croyances étaient dégénérées en pratiques. Une population originale, étrange, répandue sur toute l'Europe chrétienne , faisait un contraste tranché avec les chrétiens: les juifs, toujours plus opprimés, réclamaient l'accomplissement d'un grand événement; la venue du Messie était d'autant plus désirée qu'ils étaient plus persécutés. C'étaient à peu près les seuls qui eussent de l'ardeur pour leur culte. L'Église, au contraire, se ressentait encore du Ions séjour des papes à Avignon. Grégoire XI étant venu mourir à Rome, Te peuple se présenta en armes devant le palais , exigeant avec menace ijue l'on nommât un pape italien ; déjà deux cardinaux avaient refusé, quand un Vénitien fut présenté au peuple sous le nom d'Urbain VI. Des qu'il fut nommé, il se porta à des actes de violence contre tous les cardinaux du parti frnncjais, et les fit arrêter. Sur ces entrefaites , on créait un autre pape à Fondi. C'était Robert, cardinal de Genève, l'objet de la haine particulière d'Urbain.
Un jurisconsulte napolitain, Spinelli , prouva que l'élection d'Urbain était nulle comme dictée par la violence. On affirma qu'il avait promis d'abdiquer au bout de quelques jours , et qu'il ne s'était prête à cette apparente exaltation que pour apaiser le peuple irrité. Clément VII, c'était le nom sous lequel Robert de Genève s'était fait introniser, se rendit à Avignon, et le schisme éclata : Urbain fit expirer dans de cruels tourments tous ses captifs. Le désordre était partout, car il n'y avait pas une dignité ecclésiastiaue qui ne fdt conférée à la fois par 1 un et par l'autre pontife , pas un prêtre qui ne se crût en droit d'appeler suppôt de l'Antéchrist celui qu'un autre pape lui opposait. Les choses en étaient encore la , et les deux séries rivales de souverains pontifes se perpétuaient, quand Wenceslas fut dépose de l'empire , quand Charles VI tomba en démence, quand le roi Richard , fils du prince Noir , du vainqueur de Poitiers, le plus beau, le plus
loi
accompli des princes de son temps, expira dans sa prison , quand la ciirétieDfë se vît tout entière menacée depuis le triomphe de Bajazet à Nicopoiis. En France, les dissensions des ducs de Bourgoj^ne et d'Orléans continuaient à désoler , à ruiner les plus belles provinces; en Angleterre, la Rose blanche et la Rose rouge divisaient la nation:
enfin, le Danemark et In Suède se combattaient avec acharnement, et Tempi rc grec tombait et s'écroulait sous les pas des Turcs.
Trente et un ans après l'établissement de ce sc!ii?mn, les cardinaux réunis à Pise destituèrent les deux papes, et choisirent Aleiandre V, de nie de Qindie. Ce fut principalement parl'ioK fluence du cardinal deCossa, homme à la fois habile et audacieux, auquel il ne manuuait pour se taire le restaurateur ae l'Église que de la vertu.
Benoît "XllI, appelé Pierre Luna, et Grégoire Xn, qui était Angelo Cornaro, ne voulurent point se soumettre à la décision qui les déposait. Ladisbs, roi de Kaples, en profita pour s'emparer de Rome. Cossa , qui était devenu pape lui-même h la place d' Alexandre V , ne put résister à 1 armée de ce roi , qui conquit tous les États romains. Jean XXU, excommunié par les deux nnti-papes, méconnu par une grande partie de l'Eglise , sans secours de la part de la France ravagée, s'enfaii à Bologne, précisément dans le temps où l'empereur Sigismond entrait en î.ombardie. 11 allait en Italie pour rétablir les affaires de l'Église; niais il n^avait ni troupes, ni argent, et n'avait même pu arrêter les progrès de Vein-^e m Dalmatie. En vam il Ot un appel aux Suisses contre Visconti , la diète de Lucerne se borna à permettre aux volontaires de prendre part à l'expédition. Il s'en présenta six rent'^ à Belfinznna, et Guichard de Union, valeureux capitaine du Valais, alla rejoindre Sigismond , en passant le Simslon avec cent cavaliers et six cents fantassins; mnîs qtiand on vit au'au lieu (l'attaquer avec audace, rem|)^reur négociait, ces guerriers se lassèrent d'attendre à leurs dépens et de sou&ir
les hauteurs de la noblr<;se alleinandc. Le légat de Jean XXII convint avec Sigismond d*un prochain concile , et , contre le gré du pape, on désigna
fjour cette réunion Con<=;tnnce, que 'on croyait située au k ntre de la clirétienté , et qui se trouve dans l'un des plus beaux pajrs de la terre, à Veoh bouchure d'un lac immense, à Pendrolt où le Rhin s'en échappe pour entrer immédiatement dans ceiui de Radolfszell , à la vue des glaciers de Saint-Gall et d'Appenzell.
Pendant que l'on convoquait îe concile, Siiiismond revint en Allemagne par la Suisse; il franchit le Saint-Bernard , et quand îl arriva h Romont , i I y ; trouva les envoyés de Berne qui l'ilï-. ' vitèrent à visiter leur cité. L'empereur : avait à sa suite le comte A médée de Savoie , le marquis Théodore de Montferrat et huit cents cavaliers. Il traversa Fribourg , et entra dans Berne le jour de In Saint-Uirin, au mois de juin. Cinq cents jeunes garçons, ornes de couronnes aux armes de l*empire, sortirent pour le recevoir; le plus beau portait la bannière, puis venaient les prêtres et les moines, enfin Tavoyer, Petermann deKrauchthal : le sénat, le conseil et la bourgeoisie bordaient les rues. Sigismond niarcha sous un dais
f)orié par les quatre bannerets. Le endemain, il reçut des députés de toute la confàlération ; pendant les trois jours gue dura son séjour, on donnnit le vin à discrétion, et. chose bizarre, les filles publiques eurent ordre de recevoir sans payement les seigneurs de la suite de Sigismond , à raison de quoi la ville eut un mémoire assez considérable à payer.
L'empereur repartit pour Soleure , charmé d'un accueil si liberaJ. Les envoyés de la confédération ne le Quittèrent qu'à Râle, d'où il se rendit à Aix-la-Chapelle, se fit coufooner, et revint à Constance.
Cependant le pape iit son entrée solennelle le 28 octobre. A Trente, il avait été rejoint par Frédéric d'Autriche. Son cortège était de six cents chevaux. Il était arrivé d'Italie, de France t d'Allemagne, d'Angleterre»
de Suède, de Danemark et même de Constantinople, des envoyés de tous les souverains et des doutes des villes, des édîses et des écoles. On rivalisait ae luxe, on prodiguait des trésors accumulés par des g<^nprntions entières : c'était a qui aurait les plus Idéaux chevaux, les plus riches vêtements, les plus magnifiques armures.
Les cardinaux et les prélats s'apprêtaient à se signaler par leur savoir et par leur élu^uence. Beaucoup d'étrangers accouraient comme à un spectacle.
VEurope attendait , les âmes pieuses priaient. Jean XXII n'avait franclii les Alpes qu'avc" répugnance, et plus par peur de Ladisias , qui le poursuivait , que par déférence pour Tempereur.
liés qu'il sut que Ladislas était mort et que Rome était rentrée dans l'obéissance, il maudit son voyage. Toutefois, il espéra que dans très-peu de séances le concile aurait conflrmé les m>érations de celui de Pise; il se confiait dans (e grand nombre âe ses prélats, et, pour grossir le chitïrc de ses voix , il conférait des titres nouveaux ; mais il fut bien déçu (]uand on décréta que les suffrages se'raient comptés non par la maj(n-ité des voix, mais par celle des nations , car il n'avait pour lui uue ritalie. Tout ce qui était au norcf des Alpes était compris sous trois noms, France, Angleterre, Allemagne : ce ne fut qu'à h 22" séance que l'Espagne fut admise à former une cinquième nation. Le Nord Tem^iorta donc, et sur l'avis du cardinal Pierre d'Ailly, on décréta que ce qui s'était fuit à Pise sous l'inûuence du pape actuel n*étaît pas digne d*examen. On exig^ea rabdication des trois papes; après quoi on procéderait, disait-on, à In inrincatiou de rKi^lise, sans autre crainlp que de Jesus-Ujrist, le seul grand prêtre. Jean XXII eut beau snntri* guer pour prévenir ce résultat : Tesprit, la sagacité échouèrent Les choses eu étaient là, quand Sigismond entra à la téte de mille chevaux. Ami de la pompe , fier de sa suprématie , il voulait que Frédéric d'Autriche, qui alors était à Scbaffliousen , vînt recevoir de lui 1 investiture m iie&i f i^^éric s'y re-
VEllS.
fusa. Ce fut le commencement d'une mésintelligence qui eut de graves conséquences. L'empereur recourut aux Suisses pour s*en faire promettre as« sistance contre Frédéric ; mais ceux-ci observaient religieusement leur trêve de cinquante ans ; il y eut donc quel-
âue hésitation. Frédéric, pendant qu'on élibérait , se soumit , de peur que les Suisses n'acceptassent les propositions de Sigismond ; puis il excita celui-ci contre eux ; mais Sigismond n'en tint compte, et les en avertit. On vit alors arriver les envoyés dft toutes les villes et cantons, et ^empereur eut soin de leur reprocher en nrésence de Frédéric tous les griefs aont ce prince avait fait Tobjet ofe secrètes délations. Les députés suisses parurent fort surpris* Frédéric demanda un délai pour réunir les preuves de ses allégations; alors l'empereur feignant 1 étonneroent , lui répondit ((u il edt été mieux, avant de porter plamte , de s'assurer de l'exactitude de ses griefs. Quelque temps après, Frédéric Ht dire à U dicte tenue à Lucerné, qu'il avait été trompé par ses subordonnés , qu'il venait de les en punir, mais qu'il comptait sur le maintien de la paix avec una nation si loyale. Les Suisses répondirent qu*ii les avait bien jugés.
, Le concile força Jean XXII à abdiquer la dignité pontificale; il luf la formule prescrite, et déposa la couronne avec une apparente sérénité qui attendrit beaucoup les assistants. Le patriarche d'Antiocbe le félicita au nom de tous les pères de la grandeur du sacrifice qu'il faisait à la paix de l'Église; l'empereur lui baisa (es pieds, et vint dîner chez lui. Cependant Jeaa XXII s'apercevait que les suffrages ne se porteraient pas sur lui qunnd il s'agirait de donner un nouveau chef à rÉsUse; il r^hit qu'il' lui suffirait d'être libre, pour régner encore sur un grand îio!iibre de croyants. II avait d'abord gagne la faveur de l'empereur en lui prêtant des sommes considérables , il la perdit en refusant do nouvelles avances ; d'un autre cdté, Frédéric d'Autriche , son ami, étnit ac- GU$é ysix les évalues de C^Qure, de Xr«o(d
etdeBrixen,dcles avoir spoliés, et d'avoir alleuté à la liberté des deux premiers. Ce prinee craignait Tissue de ees plaintes, et n'était pas fScbé que la concile fût dérangé par réluignement du principal personnage : il favorisa donc les projets de départ de Jean XXII. On cite encore comme y ayant donné las mains rarcheréque de Mayence, de la maison de Nassau, et le duc
de RonrirotiTif'.
Ce dessein ne demeura pas tellement secret que Tempereur n*en apprît quelguechose. Il fit de vives remontrances à Jean XXII, qui prodigua les protestations les plus énergiques contre cette allégation. Il afUrma qu'il ne
Sttterait Constance qu'à la ctôture concile. Mais se voyant trahi, et sachant que les Anglais demandaient son arrestation, il précipita Texécution de soii plan. On célébrait alors beaucoup de tournois, car il y avait plus de cent quinze mille étrangers à Constance , et dans les environs , et l'on y compt*'i/t trente mille chevaux. Le 2t mars de Tannée 1415, Frédéric d'ilutrtcbe entreprit un combat cbe« valeresque contre le comte de Celiey, lieau-frere de l'empereur. La lier était dans cette belle plaine qui sépare les deux lacs ; tous les yeux étaient fixés sur les illustres champions. Jean XXII protita de Toccasion ; déguisé en postillon , il s'échappa sur un mauvais dicval : suivi d un seulgart^ou, il s'emharqua à Ermatingen, et s'en vint en descendant le Rhin jusqu'à Scliaffliousen,qui est située au milieu des possessions et des châteaux de Frédéric. Celuici, secrètement averti, se laissa vaincre pair Cellev ; puis , réunissant qudques af&dés, il entra avec eux dans la maison d'un juif, ft leur révéla son secret. Le conitti de Lupfen s'écria :
y/càevez aans moi ce (fue vous avez ammencéions moi. Mais JeanTruchssss de Diessenhoffen protesta qu'il n'abandonnerait jomnis le duc; il le suivit donc et ils allèrent rejoindre le pape.
Quand on sut que le pape avait dis»
paru, la consternation s'empara des
smMU et,d«» j»«râs du «oocile, I^
peuple furieux s'en prenait aux Italiens et aux Autrichiens. Les uns et les autres fuyaient à cheval , à pied , en bateau; toutes les boutiques furent fermées. L'enipereur et le prince Louis, palatin du l\ hm , parcouraient les rue# a cheval pour calmer les esprits. On appela tous les prélats à la cathédrale, fous les grands cbes Sigîsmond. Lo concile dépêcha vers le pape trois cardinaux et rarrhovfî(nie de Reims.
L'empereur lit due a Frédéric qu'il s'exposait , s'il ne revenait, à la perte de tous ses fiefs. Le pape répondit qu'il s'était séparé d'une journée de marche de son cher fils l'empereur et du concile, umquenient parce qu'il avait besoin de prendre l'air et de se donner du mouvement; mais il écri* vit aux cardinaux que la cause de son départ était dans sa juste déliance des intentions de l'empereur. Cette conduite inspira un profond mépris pour lui aux pères du concile, et il s'en fallut de peu que , sur la motion de Jean Gerson , chancelier de l'université de Paris , on lie saisit ce moment pour décréter (pu Tautorité des conciles était supérieure à la puissance des papes. Il fut résolu que le concile n'en continuerait pas uioins ses opérations : douze pères furent choisis parmi les dno nations , sans la permission desquels nul prêtre ne pourrait s'éloigner , et l'empereur ordonna aux nobles des châteaux de prendre et d'arrêter tous ceux qui n'en seraient pas munis. Quant à Frédéric, il refusa de revenir; à raison de quoi les grands et les prélats le <li i l it èrent coupable de haute trahison et déchu de ses liefs. Le concile retoommunis pour avoir , semblable à Pharaon, endurci son cœur, pour avoir résisté aux larmeS de l'Église aflligée, pour être demeuré sourd aux conseils de ses amis, aux aver" tissements de Fempereur, comme le serpent aux conjurations , etc. , etc.
Sigismond , en punition du mal qu'il avait fait aux évéques de bnxen , de Trente et de Goire, et d'autres roé' faits encore, défondit de Théberger, de lui donner n manger ou à boîre,
de lui fournir dea bourrages, $tA: U
L*UIVIT£R&
annula en même temps tous les traités conclus avec lui « et rabsotntion lut donnée à l'aTanoe pour toute rupture de convention.
De toutes les parties de 1 empire arrivaient à Frédéric des déclarations de guerre. L*armée marcha le S8 mars sous le commandement de Frédéric, burgrnve de Nurrnhnrîi , le premier électeur de Brandei)oijrg de sa race, et Taieul des rois de Prusse. Les Suisses , léunisà Luceme , répondirent aux demandes de l'empereur, qu'il v avait à peine trois ans qu'ils avaient conclu avec le duc d'Autriche une trêve de cinquante ans, et qu'il serait peu généreux de la rompre maintenant qu'il était dans le malheur. La ré()onsede Berne fut simplement dilatoire. Ce-
gendant ie burgrave avait déjù réduit tein ; Diessenboven lui avait ouvert ses portes; il marchait surSchaffhou* sen. Quoique située dans un bas-foud e!ître les collines qui bordent le Rhin, cette ville pouvait tenir contre un ennemi qui manquait de machines de siège. Le burgravepénétra donc dans l'iatérieur de la Tnursovie, et prit position devant Frauenfeld. De In il fît dire aux habitants de Schaffliousen :
que s'ils résistaient à l'empereur , leur maître , ils subiraient toutes tes horreurs d*un siège; que s'ils obéissaient, ils seraient dégagés de !n puissance de l'Autriche et i éprendraient leur immédiatité. Il leur donna six jours pour délibérer. Il y avait 85 ans que Louis de Bavière avait engagé cette cité aux ducs d'Autriche. Les bourgeois s'assemblèrent , et In cause de la liberté prévalut : on tournit à l'empereur le prix du rachat, et à cet effet on s'imposa une taxe eitraoïdi»
naire , qui se percevait encore en 1689. Ce fut le 6 avril queSchaflliouse affranchie jura fidélité à l'Empire : toute la Thurgovie se soumit.
De nouvelles instances deSigisraond assemblèrent une nouvelle diète à Bekenried , non loin du rocher de Guillaume Tell et du Huttli, sur les frontières d'Uri et dUnterwald. Les envovés de l'empereur insistèrent beaucoup suc Je devoir d'obéir à r£glise;
ils citèrent l'exemple des villes et des seigneurs. Les montagnards suisses, Zurich, Zug, Lucerne et Olaras,
répondirent qu'ils ne pourraient jamais se persuader que ce qu'on leur demandait pdt se concilier avec leur réputation de bonne foi et de loyauté, qu'ils préféraient à tout au monde.
Mais h Berne , quand on vit que déjà la Thurgovie était conquise, on sortit avec toute la jeunesse, en y joignant les contingents oe Soleure, aeNeufchâtd et de Bienne, et l'on se jeta dans FAri^ovie. Les Fribourgeois , ne pouvant prendre les armes contre le auc leur mattre , voulurent cependant seconder Berne leur alliée: ils envoyèrent donc sept cents hommes pour y tenir gar* nison. Le sipi!;p de Zofinçen fut entre-
f»ris; ce qui lit craindre a Zurich que 'Argovie elle-même ne fût conquise por les Bernois, et que leur domination ne s'étendît jusqu*à ses portes.
Cette ville envoya donc dps député? à l'empereur, pour le prier d'uiterrogjer des jurisconsultes , aûn de savoir si la trêve de cinquante ans pouvait être rompue; on demanda l'assurance que les terres conquises en commun ne seraient données en fief qu*aux confédérés, qu'elles ne seraient rendues que de leur consentement, qu'il serait pourvu aux frais de la guerre, etc., etc. Enfin, les scrupules des Suisses n'y tinrent plus : réunis h Schwvtz , pressés par Sigismond , par les pères ou concile, convaincus par une consultation des grands, des Jurisconsultes et mcmp des principaux ambassadeurs, ils reconnurent que leur devoir le plus sacré était celui qui les obligeait envers l'Empire. Il fut stipule que les terres conquises sur TAutriche appartiendraient aux confédérés , et que la bannière impériale marcherait avec eux dès qu'ils entreraient en campagne. Les Suisses envoyèrent donc à Frédéric leur déclaration de guerre.
L'Argovie se vovant menacée : une assemblée de députés des villes et de la noblesse se réunit à Sursée. Les députés des villes voulaient que le pays se constituât en république et s'adjoi*
gait à la confédération, en se décla- Tant neutre. Les nobles étaient contraires à ce parti; ils étaient ennemis de régalitp. Cette opposition mit quelque lenteur dans 1 exécution; et quand les magistrats partirent pour porter ces propositions aux Suisses, Ulrich WaU 1er, avoyer de Lucerne, avait déjà fd'it invasion dans la contrée. De tous côtes les Suisses arrivaient, et il irétait plus temps de négocier. Zofingen ouvrit ses portes aux Bernois, Sursée aux Lucernois. Les conquêtes des uns et des antres s'étendirent avec rapidité. Bientôt les Bernois turent devant Aurau.
De leur côté , les troupes de Zurich franchirent TAlbis, entrèrent dans le bailliage de Knonau , et s'emparèrent du cours delà Reuss. Dans cette mierre, Je pout du lac entre Rapperschwyi et Eichterschwyl fut brûlé. Aarau cepenilaiit ce rendit au bout de trois jours , et jura fidélité h Berne et à Soleure , qui lui promirent leurs secours. Tous tes droits des ducs devaient être exerces dorénavant par ces deux cités. Leurs conquêtes se poursuivaient presque sans résistance. Un Rodolphe de Reinach essaya de soutrnir un siège dans son château de Trostbourg. Il y était bien approvisionné; mais Tennemi ne lui donna point le temps de consommer ses vivres ; il fut pris avec une étonnante dextérité, et la flamme de son châteaa incendié Jeta sur le pavs une horrible darté. Cependant efle B*dBfraya point le seigneur de Thuring du château de Hallwyl. Ce fort était au bord du lac, son enceinte était entourée de fossés profonds, les murailles étaient d'une hauteur im« mense; rien ne résista aux machinistes bernois. Une épaisse fumée couvrit bientôt le lac, et porta au loin la nouvelle de la chute de Hailwyl.
De là les vainqueurs vinrent à Ruod.
Lentzbourg, et même l'antique château de Habsbours^ que commandait "Wolen, acceptèrent la loi de ers républicains. Les confédérés prirent Bruneck, le château des Gessler, et se Tcngereot ainsi de Toppression soufferte 108 ans auparavant. Les Bernois s'arrêtèrent au confluent de i'Aar et
de la Reuss, et se reposèrent sur les Suisses du soin de s'emparer de
Baden ; enfin le siège se prolongeant, ils envoyèrent cinquante cnvaliers , mille fantassins et des machmistes.
Le pape Jean et le duc Frédéric, maigre les neiges qui couvraient la foret Noire, s'étaient rendus à Fribourg en Brisgau. Ils y apprirent res désastreuses nouvelles, la conquête de FAlsace par le comte palatin , et le sié^e de Seckingen par les Bfllois. Fré* dénc ne manquait pas de ressources; leTyrol lui ét'iit dévoué, cent soixante seigneurs avaient uris fait et cause pour lui , les ducs de Bourgogne et de Lorraine l'eussent seconde, le pape ne le laissait point manquer d*argent:
mnis il s'abandonna lui-même; il empêcha le pape de se rendre en France, et vint à Constance. jour de Thumiliation de ce rivai , Sigismond eut soin (riiniter les principaux prélats dfs quatre nations. 11 s'assit ,i l'extrémité du réfectoire du couvent. Frédéric entra : le duc Louis et rétecteur de Brandenbourg le conduisaient par la main. Trois fois il se mit à genoux. Çiœ voulez-vous^ lui cria l'empcrptir.
Puissant monarque, répondit pour lui le prince baoarms , Frédéric mon COU9ÙI est ief^fje vous supplie de lui pardonner; il se rend a dise ré f ion et s'engage à voys /ir rer aussi le pape^ sous la seule condition que celui-ci ne souffrira aiueun préjutnce ni dans sa personne ni dans ses bie?is. Alors Sigismond d'une voix altérée : f)i<'C Frédéric y accomplirez-vous cette promesse.
— Oui , je demande grâce à f^otre Majesté. Le ton sur lequel ces mots furent prononcés, émut les assistants:
tout aussitôt Frédéric fit cession à l'empereur de toutes ses terres, depuis le Tyrol jusqu'en Alsace, et se retournant vers les assistants: SëgnnarsUaUens^ dit-il, vous connaissiez la splendeur et la réputation des ducs d'Àuf riche .'apprenez par ma soumission ce que prn'f un empereur d' AUemagne. Ce^)endant les confédérés pressaient le siège de Baden : Mannsberg défendait le châ« teau fort. Déjà lo brèrlie rtnit prnti- ^uée par les machifùstes bernois
L'UNIVERS
lorsqu^OD sut ce qui se passait à Constance : le commandant promit de se rendre an bout de huit jours , sMl no recevait point la nouvelle de la réintéf^r.ition de Frédéric ; mais Frédéric lui-méiue était absorbé par de plus grandes infortunes, et ce qui occupait uniquement son fidèle serviteur n'é* tait (qu'une faible portion de ses contrariétés. L'électeur de Brandebourg fut envoyé à la suite du pape, avec ordre de le ramener de gre ou de force. Abandonné de tous, privé de sa liberté, desespérant de lui-méroe, Jean XXII fut entraîné à Kadolfszell, à la pointe du [>etit lac a travers lequel le Rhin s'échappe vers Schaffhoo* sen. On ne se crut plus obligé à aucun ménaj»ement à son égard , et l'on lit sur toute sa v ie une enquête de mœurs dans laquelle on lui reprocha ranibition , la débauche et des voluptés de . tout genre. Frédéric ne put le secou* rir ; tout ce qu'il put obtenir, c'est que Haden ne fût point abandonné aux confédérés, non plus que Waldeck, château des Haliwvl. Les confédérés représentèrent qu ayant pris Baden surBurghard de Mannsber^ç , ils abandonneraient difUcilemeot cette proie.
L'empereur sMrrita, et dépêcha pour en prendre possession Conrad, comte de AVeinsberg, et Frédéric, comte de Tockenbour^S mais quand ils arrivèrent, le fort était en ûammes , et les archivas étaient char^^surdeicbarioti nue Ton induisait à Luoerne. Les suisses s'excusèrent sur ce que Winterthùr avait attaqué les Zùrirliois malgré la paix. De^ lors ils avaient, disaienl-lls, démoli le château de Baden par voie de représailles. Nous avons pénétré, ajouterent-ils , dans ces appartements où l'empereur Albert menaçait les Waldstette, où Ton méditait rattaquedeUorgarten, l'eipédition de Sempach; nous arons renversé ce repaire de tyrans. Que ce soit pour jamais, et les acclamations, les cris de joie saluaient l'écroulement des créneaux.
Le pape Jean XXII refusa de lire le factum qu'on lui porta contre lui- Oléine , et fut dépose. Xi vécut easuite
une année à lleidelberg, fut plus sévèrement gardé à Mannbeim, et au bout de deui ans parvint à s'échapper et gagna Florence. Après qu'il eut été déposé, Grégoire XII, âgé de 88 ans, se démit de sa dignité. Benoit XIII continuait à se dire pape dans dn coin de TEspagne. L'empereur aimait les voyages, îl entreprit d'aller le faire abdiquer. Pour se procurer de l'argent, il lit semblant de réclamer la souveraineté de l'Argovie; mais il n'insista pas, et dit que du moins il ne pouvait priver l'Empire de ses revenus. Les confédérés étaient épuisés par la guerre , Zurich, se char-
gea de tout. Jacques Gleatner, l'ancien ourgmestre, fut chargé de négocier avec l'empereur. Dans une séance solennelle, Sigismond recommanda aux pères du concile d'eniplover en délibérations utiles au aalut oe l'Église la temps de son absence, puis il partit, suivi de quatre prélats des quatre nations, de réiecteur de Brandebouri;, du duc Louis d'Insolstadt, du comto Frédéric de Tockenbourg , de Jean do Lupfen , du comte d'OEttingen et de quatre mille chevaux. D'abord il descendit le Rhin jusqu'à Bàle, où Tattendaient les envoyés bernois , qui lui payèrent cent milia florins, pour lesquels il leur engagea tout ce qu'ils avaient conquis dans l'Argovie, à la condition que le rachat ne pourrait se faire jamais qu'au nom de TEmpir»
et de leur plein gré. De Bâle, l'empereur passant le Hauenstein, traversa Soleure et vint à Aarberg. Le comte Amedée et beaucoup de nobles de Sa* ▼oie vinrent lui rendre leurs devonrs.
Il y demeura trois jours. Ce fut là qgm se conclut la négociation entamée au nom de Zurich par Glentner. Il fut stipulé que l'empereur, entreprenant un ^rand voyage dans l'intérêt de l'Eglise, et voulant pourvoir au bienêtre de ses sujets , désirait que Baden, Mellingen, Bremgarteu et Sur* sée, villes nouvellement conquises pour l'Empire, ne lussent pas sansdélense; qu'a ses yeux personne n'était
{)lus capable de les bien protéger que es cito^eas de ia fidèle ville de ^ù*
SUISSE
rich; qiin par ces motifs il en p;agea)t à leur ville ces seigneuries pour 4600 florim. Les Zurichois fîiraii aatorisés è admettre dans le bénéfice du marché leiffs aîlîés. Le rachat ne pourrait avoir lieu que par un empereur, pour Thuipire, et du gré de Zurich; cuUn, dans ce cas , il serait payé , outre w lemboursement du rachat, six mille florins. Sigismond partit après cette transaction , passa par Morat , le pays de Vaud et Genc\ e , entra en France et de là en Espagne. A son arrivée, il trouva Benoît XIII très-peu disposé à se démettre de la papauté. O. pontife lui tic une harangue de sept Heures pour établir ses droits , et régna encore longtemps malu^ré toutes les protestations de TÉglise. Sigismond ne revint à Constnnce qu'après dixhuit mois; car lï alla à Paris et à Londres, espérant concilier les rois de France et d'Angleterre, et les réunir ensuite contre les Turcs ; pensée louable, mais qui ne lui réussit pas plus que ie projet de iaiie abdii^uer Benoft Xm.
Les confédérés, se rappelant qu'à l'avance on leur avait abandonné leurs conquêtes, se réunirent pour en régler le gouvernement. Une antique vertu dicta la conduite d*Uri. La guerre que nous venons d'achever, disaient ses représentants, n'était pas la notre, c'était celle de Frédéric. Comment, chers eonfôdérés « ooniment anrions^nous pu nous approprier des terres à son préjudice, lorsqup nous étions emrnivs envers lui par une paix de cinquante ans? Puisque l'empereur a fait la paix, ne retenons rien de ce qu'il pourrait rendre au mallieureux prince d'Autrî»
vhe. Nous, du pavs <rTJri , nons ne prend rons aucune part à ce qui ne xiuuÀ appartient pas. iSos pères nous ont appris à placer la bonne foi audessus de tout. L'assemblée regarda cette opinion comme une morale intempestive. Ou convint que le comté de Baden et les bailliages conquis seraient administrés en commun « et que Zurich, Lucerne, Srinvytz, Zug, tinter wald et G brus nommeraient un
raient deux ans , et que clwque année il rendrait compte aux députés de ces cantons. Berne garda ses propres oon* goétes; Uri ne voulut rien. Cette campagne eut encore d'autres résultats : il fut fait remise à Glarus de toute suprématie autrichienne; l'ad- Tocatle d'Einsiedeln Ait alors donnée à Sdiwytz; Zugclioisit un gouverneur dans son sein : enfin T^tîfnrwald put jouir de toute l'autorité dont Landenberg avait autrefois abusé; elle fut coufiée désormais à son landamman, qui administra aussi les conquêtes faites dans le val Levantine. Nous n'avons
S oint à narler du séjour de Jean XXII Heidefberg, de sa déposition, de sa détention à Hannheim, de sa fuite en Italie, non plus nue dti supplice de Jean Hus, acte de baibarie par lequel le concile crut affermir la foi. L*empereur , qui ne voulait que de Targent pour ses voyages , fit semblant de revendiquer les conquêtes des confédérés, puis il transigea. ;
Les différends de Frédéric avec le concile et rempéfeur amenèrent, en t4t 7« une nouvelle expédition de Zurich et de Constance contre Feldkireh, qui avait été cédé à Frédéric de Tockenbourg sur Frédéric d'Autriche. Les troupes de Constance avaient une grande ma* ' chine de guerre, qui s'appelait le Schupfen et qui lançait dix quintaux; elle tit brèche à la muraille , et le fort ae rendit Sigismond fit alors un mé- ' morahie voyage en Suisse, côtoya In lac de Constance, remonta le cours du Rhin, visita les champs de bataille où Appenzell avait acquis tant de gloire, puis se dirigea vers le lae de W ahleustadt, (î mt les ondes perfides fjiliirpnt l'cniJîloutir au mtlipTi d'une alïi euse tempête. Sur les ruines de Wesen , il trouva la députation des Glamais , et se fit raconter la bataille de IHœfels. De là il se rendit à Einsiedehi, en suivant le chemin des pèlerins. Les envoyés de Schwyti l'y attendaient. Encore saisi de 1 impression religieuse que lui avait faite la sainteté du lieu, il descendit de Scbindelegi vers le magnifique lac de Zùricb, s'embarqua a iiicbleischwj'l , et
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navigua au milieu de ces innonilirnbles villages et de ces fertiles coteaux. La cité tout entière, ooostable et tribtts, nobles, bourgmestre et bourgeois, se pnrtrt nii-devant de lui , et lui fit cioii l'un bocal rempli de llorins d'or. On le reconduisit au delà de TAibiis dans la belle vallée de Diétikon, où l'atteodatent les Lucernois. A Lucerne, il ^ alla se prosterner dan s l'église de Saint- * \ Léger, puis il parcourut toutes les sinuosités du lac, vint à Unterwalden , dont un Arnold de Winkelrîed était lanJamman, passa devant Grrsan , qui conserve toujours sa charte d'atiranchissement, débarqua à Brunnen, et fut reçu par le jeune Ital Kedîng, fils du landamman. 11 était à Schwytz , quand la nouvelle que Ton
Eressatt Télection d'un pape le fit suitement retourner à Constance; et en effet, le jonr de la Saînt^Martin, Vëvéque Othon Colonna, de Rome, fut ('levé à la dignité pontinrnie par VI niit-deux cardinaux et par trente électeurs que leur avait adjoints le concile; ce fut Martin V. Il choisit pour patron le saint du jour de son élection.
Bientôt l'empereur conrlut un traité de paix avec Frédéric, auquel les Suisses refusèrent de rendre la Thurgovie. Les conditions de la paix furent solennellement proclamées sur la place publique à Constance, et le pape nouveau entreprit à son tour un voyage en Suisse. Le départ lut solennel ; Il se rendit à sa barque suivi de quinse cardinaux et de bemiroup d'éveques; l'empereur conduisait son cheval avec l'électeur de Brandebourg ; le dais était porté par quatre comtes; le duc Frédéric et le duc de Bavière tenaient la housse du cheval. On arriva ainsi à Gottlieben, et le soir le bateau s'arrêta à Schaffhousen. Martin y parut tout autre que trois ans auparavant, quand il était le fidèle compagnon de la fuite de Jean XXIF. Le rivage était couvert de jeunes garçons vêtus de blanc et couronnés de Deurs ; le clergé, les magistrats, la noblesse « la bour«ïPoisip le condoisirent au couvent de Ions 1rs Sainte. De Schaffbtjuâea ie poiitile alla a iiàdm et ù
' JCâMXiS»
Lentzbourç ; il resta trois jonrs h Soleure, dix à Berne, où ou lui lit de riches cadeaux, entre autres huit foudres de vin de Bourgogne et de vin du Rhin, huit bœufs gras, quarante moutons, beaucoup de poules, etc., etc. Il fut bien reçu aussi à Fribourg , vint à Lausanne 'et à Genève, passa en Italie et établit son siège à Flo> rence.
Dans le Valais s'agitaient d'autres événements; Guichard de Raron excitait le mécontentement général par ses rd itions avec la Savoie, h laquelle H avait facilité la conquête du val d'Ossola. Ce seigneur ne rendait pas compte de la succession d'Antoine de la Tour deChâtillon; il n'avait point payé ceux qui Pavaient suivi en Italie près de Sigismond : enfin les confédérés, et surtout Lnterwald, ne lui pardonnaient point ses propos insultants. Il avait dit que s'il se fàt trouvé à Doino d*Ossoia quand la ville fut surprise par les confédérés, pas nn n'aurait échappé. Ceux-ci se plaignirent à la ville de Berne, dont Raron était bour> geois; mais Berne répondît que depTTîs ffn'il n'avait tenn roinpte dp sf<^ exhortations précédentt s , elle l'abandonnait à lui'Riéme. Que ques soldats savoyards ayant passé te Simpton pour venir à Brigg, on les désarma etonles chassa , en leur enjoignant (Paniioncer à leurs pareils que les Savoyards eussent à se garder de renwttre les pieds dans le Valais. Pour échapper aux conséquences de cette action, les habitants de Brigg résolurent de soulever tout le pays ; ils eurent recours à la Matze. Ils taillé* rent un morceau de bois en figure humaine, l'entourèrent d'épines, et cette figure devint le symbole du faible opprimé. Chacun de ceux qui s'engageaient à porter secours enfonçait un clou dans le tronc de l'arbre sur lequel on r.ivait hissée. La nuit, on allait l'attaclier à un arbre voisin de la route, et dès le matin , (|uand la foule était rassemblée, ses défenseurs écoutaient les disronrs des curieux. Tout à coup un hominp aiidorieux détachait la Matze, et se pla^it a cote d'elle : alors.
SUISSE
lOD
on demandait : Mafze, de quoi te plmns-tuf Matze y pourquoi es-tu là? La Matze gardait le silence ; puis on appelait à grands cris un ami du pays qui se vonliH f.ilre ocnt de la Matze et répondre pour elle. Jls renient te secourir, s'écriait-il, en s adressant à la Matze ; elétkme^nùwt Vhomm e que iu crains: serms-^ SiUinenf.... As* perling?.... Henngartenf Toujours méaie silen* e. A ( liacjue nom on articulait uii nouveau genre d'oppression dont on «apposait que la Matze pouvait se plaindre. Enfin l'homme s'écria : 71? plains-tu des Harons? et la Matze s'inclina en signe d'affirmation.
Eh bien ! camarades, s'écria son defen- . aeor, elle a parlé ; que quiconque la veut sauver, levé la main. On reconnut que )a violence avait fait taire les lois, qu'à la violence il fallait opposer la violence, et dans tous les dizains se répandît la nouvelle que la Matze en voulait au gouverneur , ;i l'^ vcqiie, à tous les Karons. Au jour lixé, on sus- ]>endit ia Matze devant toutes les maisons de leur parti; on les pilla, on disp&sa les meuhles , on consomma les comestibles. Dès que Raron le sut, il craiiinît le sort de Cliàtillon, il s'entuiL a Berne, qui lui objecta sa désobéissance passM, et ii n'obtint de Fribourg qu'une simple médiation , à condition de déposer le gouvernement du Valais. Guichard de Raron n etait point un méchant homme; mais il avait montré trop de dédain pour la grossièreté vnlnisanne, trop de prédilection pour les ma urs de Savoie ; il avait par son inducuce t'ait établir à \ SioD des statuts fort sages sur la pro- ; prêté , ia salubrité publique et sur la police des marchés. Voinmient il espérait que sa renonciation aux affaires , apaiserait ses ennemis. On craignait I IWet du temps et la puissance de ses châteaux. Le peuple se précipita sur celui qui domine Sierre et le démantela ; puis on passa la Daia , et l'on attaqua une tour de Raron et un château de révéque à Louèche; tout fut pris, pillé, dévasté, démoli. De là on se porta sur Beauregard. à l'endioit où la vallée s'eufouce dans les
Alpes d'Aostc. Rnron, qui avait sup»
porté patiemment les premiers désastres, recotnrut de nouveau à Berne; mais cette cité, uniquement occupée de l'Ar^rovie et de Frédéric, ne put récouter. Il fallut alors se jeter dans les bras de la Savoie, qui s'empressa d'envoyer Amédée de Challant pour Occu|jcr le fort de Majorie, le château de Tourbillon et Gerstenherg dans le pays de la Saue. Le sire de Raron réunit tout ce qu'il put se procurer de vivres, appela à lui ses plus vaillants soldats, s'entoura de sa femme Marguerite f> Rœzuns, de l'evêque, de tous les vieillards, de tous les enfants de sa maison, et fortiiia Séon où ii s'établit, tandis que Beauregard était défendu par d<! fidèles serviteurs; mais pressés par la famine, ceux-ci furent obligés de capituler, et Ton vit de loin les flammes qui dévoraient l'antique BeaurefB^rd au haut de sa roche inaccessible. Les secours In Savoie jetèrent dans le pays une telle exaspération, que celte puissance eut à trembler pour la possession du Cbablais ; sans tenir compte de Raron, elle se hâta de traiter en remettant les châteaux, uoii a Tevèque, mais au chapitre ; aussitôt les Valaisaus les prirent et les détruisirent. Guichard de Raron ne se laissa point abattré par Tinforttinc ! il vint à Berne et harangua le conseil, lui rappela de auelle hauteur il était tombé, parla aes vicissitudes de la fortune qui pouvaient at> teindre aussi leur cité, et vanta la générosité qui convenait à cette république; enfin, il représenta que de toute sa grandeur passée il ne lui restait rien, et que la seule chose qui le piU délivrer, c'est qiri! était citoven de Berne. Ce discours emut toute rassemblée; on ne put lui résister
Cependant le dizain de Gonches, dans le haut Valais, aux sources du Rhône, s'éleva contre les projets de Raron. Ce pays est habité p:u des pâtres, la contrée est ùure et sauvage, elle se couvre de rocs éboulés , et ne se pare que de gazons alpestres aux teintes grisâtres et cendrées. Un vif amour de la patrie, un esprit d'indépendance
m vvm
toujours soutenu, rendaient ces montagnards dignes do Toteinage de WaldS" tetten : ris implorèrent le secours de leurs guerriers ; ils dirent qu'ils avaient repoussé Raron parce qu'il avait appelé l'étranger, parce qu'il avait excité la* Savoie à la oonquMe du val d*096ola.
«C'est aux houimes libres, ajoutèrentils, qu'il appartient dp se donner de mutuels secours; en dépit des Bernois, il laut conquérir pour les cantons, pour le haut Valais, ce pays que la nature rapproclie de leurs demeures. »
Conches promit donc sa coopération , et pour récompense demanda qu'Uri et Unterwald la protégeassent contre Berne du côté du Grimsel. Ces cantons accédèrent à ces propositions et y firent consentir Lucerne. On Jura un traité d'éternelle alliance , et il tut décidé que les différends du Valais avec Berne seraient terminés par la simple média* tion des confédéré^ et sans emision de sang. ï.e traité, sans compromettre en rien l'indépendance des contractants, stipulait encore beaucoup d'avantages réciproques pour le commerce et l'agriculture.
A peine le traité eut-il été juré, et avant même qu'il fUt écrit, les bannières d*Unterwalden et d*Urî, les troupes de Lucerne, et par entraînement Zurich et Schwytz, franchirent je Saint-Gothard, tandis que ceux de Conches descendirent par Altbrunn.
Le comte Garmagnuola gardait le val d'Ossola pour Milan et pour la Savoie.
On prit bomo d'Ossola, on renversa Mâtarello, on chassa Garmagnuola , et la bannière de Savoie, conquise par un guerrierd'Unterwald, demeura suspendue désormais dnn^ l'rcilisede son village. Zurich et Schwyiz achevèrent la soumission du pays uar une dernière victoire remportée h rentrée du val Diyédro, issue mystérieuse du Simplon, immense n<^'?ure entre d'inmmmrnsurables moutagnes , d'où s'ecliappc en bouillonnant la Dovéria. De leur côté, les Valaisans empêchèrent la Savoie d'envoyer des renforts, et les arrêté* rent en chemin.
Sur ces entrefaites , on apprit dans (ous les dizains ^ue l'empereur, après
avoir vaineu^cnt commandé le rétablis* sèment de Raron « avait chargé les Ber- |
nois d'exécuter sa volonté. Ceux-ci, | n'ayant pas mieux réussi , s'emparèrent i de quelques effets appartenant à des Valaisans qui se trouvaient à Fruti- '
S en ^ur passer la GemmI. Ces voies !
e fait eurent un résultat contraire à | celui qu*on en attendait î Brigg, Naters etViége, se joignirent à l^lîance suisse, comme avait laii Conclies. Le siège de Séon fut entrepris en eom* mun, et en même temps on gravit les sentiers escarpés qui , ae Loueche, s'élèvent avec les roches entassées de la Gemmi, sillonnent ses masses j>ierreuses, s'avancent sur le précipice et paraissent redoutables au voyageur le
f)lus intrépide. On ne craignit pas d'y lasarder des troupes; on parut à Frutigen, et Ton reprit ce qui appartenait aux Valaisans.
Il y eut à ce sujet une diète et des conférences fort animées à Lucerne; enfin , on résolut d'arrêter le cours des hostilités : la médiation d*Unterwald et d'Uri d'une part, de Fribourg de l'autre, eut pour résultat de fnire rendre Séon. La dame de Raron, ses enfants, sa suite et l évéque Guillaume, purent sortir du château , et dans ce moment même le peuple s'y précipita muni de torches enflammées et y mit !e fon.
Cinq dizains, entre autres Sierre et Sion, jurèrent l'alliance de Waldstetten : ce fut une occasion de pottrvoir à la défense du pavs, et de reviser les dans l'intérêt de la liberté et du bien-être des citoyens.
Nous ne parlerons pas de quelaues incursions ae Guichara de Raron dans le Valais. Après beaucoup de discussions, les confédérés convoquèrent une diète dans l'Oberhassii ; Guicbard y comparut ainsi que ses adversaires. Les Bernois y a[)peièrent des délégués de tontes les villes, pour qu'ils pussent apprécier la justice de leur cause.
Quant aux Valaisans , ils refusèrent de \ remettre, selon Tusase, les choses eik leur état. Zurich fit de vaines instances , et Brrno somma les confédérés de • proif^L^çr [laron,son citoyen. On indiqua un nouveau rendez-vous »ut les
Lords du lac de Brientz , et l'on y appela les alités des Valaisans, que l'on prétendit obligés à marcher avec Berne contre eux, en vertu d'une alliance beaucoup plus ancienne. Ils répondirent que le Valais n'était Justiciable de personne, et aue nul n*avait le droit d'entraver Texecution des décisions des états. Rien ne se conclut :Raron se mit eo route, surprit Sion, en brûla une partie, pilla le reste, dévasta tout le pays, et s*en revint sans éprouver d'échec. Les Bernois n'avaient ni favorisé, ni empêché cet arte d'audace; mais ils annoncèrent que la guerre ci- Tffe allait éclater; car Unterwalden et Uri répondirent à leurs messages,
rlenr ligue avnc T.ueerne prér ' I «it vingt ans celle qui Irs unissait à Berne, et qu'ils avaient promis à Lucerne leurs secours contre Raron. Le danger était imminent; on choisit des arbitres dans les cantons non intéressés. Le débnt s'ouvrit n /l'irich; Raron y fut attiiqué par rarciievé^ue André, admiA/sfrateur de Sion, qui était l'en^ voyé du chapitre, et il y eut dans sa réponse une touchante dignité. î! (ut jugé qu'avant tout il serait réinle^^ré dans ses biens, qu'ensuite il donnerait satisfaction à tous les griefs* Les adversaires de Raron se livrèrent aussitôt nu pillage, et sous préte.tte qu'avant le traité ceux de Sanen l'avaient- secondé, ils se jetèrent dans roberhassit et enleTèrrât les troupeaux. Berne réunit les contingents de Soleure, Fribouri:, Neufrliâteî et 'Valengin; on passa les déliiez du Sauetsch, et l'on en chassa les Valaisans. Enfin, sur de nouvelles f négociations , les cantons engagèrent le \ Valais à accepter la décision des arbitres.
Berne cependant fit une seconde expédition : il n*y vint pas moins de Treize mille hommes de Fribourg, de Soleure, de Bienne,de Neufchâtel; il eut aussi trois cents hommes de hwj-tz. Vers la fin de l'automne , ils se jetèrent sur le dizain de Conches, tandis que les environs deSierre étciient envahis pnr une autre expédition partie de Sanen et de Gruyère. Lucernc, Lri, Ujpterwalden , ne voulurent point sou-
sse. 111
tenir leurs alliés au prix d'une guerre civile. D'abord rarroée des Bernois jeta la terreur dans le dizain de Conches;
les dévastations roniF^irncèrent n CMtillon, qui n'est qu'à une lieue de la sauvage Furca; plusieurs villages furent incendiés ; déjà les vainqueurs marchaient sans obstacle sur le village d'UIriehnn . Toutàcoupse révèle Tcmstence d'un héros berger. Thomas in der Biindt, couvert d'une peau d'ours, se met à la téte de deux cents de ses eom-
f)atriotes, et il attaque brusquement 'ennemi. Néanmoins, il allait succomber sous le nombre, quand Jacques Munichow accourut avec quatre cent$ hommes rassemblés au son du torsin.
Leur arrivée ranima le courajïe de Thomas in derBùndt. Il se forma derrière les Bernois, près de l'hôpital du Grimsel, une embuscade de montagnards qui n'avaient plus rien à perdre , parce q'ie leurs maisons avaient ôto hrnh r>. Le combat devint terrible : Tiiomas lit des prodiges de valeur, mourut, vi laissa à la postérité un nom à jamais glorieux. Si le contingent d« Scnwyte n'eût forcé les Valaisans h reprendre leur première position, c'en était fait des Bernois. Ceu.\-ci n'osèrent pas pénétrer plus avant. L'autre expédition fut arrêtée avec la même valeur dans le dizain de Sion, et le lendemain la contrée fut libre d'ennemis. La retraite^ flit très-périlleuse, les Valaisans Tinquîétèrent sans cesse; il s'en fallut de peu que l'arrière-garcle ne fût massacrée. De nos jotirs encore on voit entre Lilrichen et Munster deux croix de bois; l'une oorte : Jd les Bernois ont perdu me oeUaiile, le 29 septembre 1419; l'nufre rnppfMIr un fait d'armet plus ancien de deux siècles : Rerlhold de Zœhringen y avait été battu a i epoque où il prétendait fiiire valoir ses droits sur l'advocatie de Sion. Les Valaisans se montrèrent en plus d*une rencontre dignes de faire partie de la ligue suisse, dans laquelle Uri, Unterwalden, Lucerne, les avaient en quelque sorte enpfncés ; mais le traité ne fut pas ce que pouvaient désirer les amis de la liberté; tout en faveur de Karon, il leur imposait des restItatlOflt et dt9
amendes sans fin. Des conférences eurent lieu, pour les confédérés, à Zug; pour les autres, à Évîan en Savoie. Guichard de Raron fut réintégré dans ses domaines ; il vécut encore dix-huit ans, et mourut loin de sa patrie. Jamais sa puissance ne se releva; sa noblesse, sa ricbesse, ses allianees, ses qualités chevaleresques, ne purent compenser le seul bien qui lui manquât, mais le plus nécessaire de tous, 1 amour de son peuple.
Les guerres nussites agitèrent aussi la Suisse. Lrs Bohémiens virent dans le manque de loi du concile envers leur con)patriote, une manifestation de Tantique aversion des Allemands pour leur nation : ils se dirent victimes de la cause fl<' !>ipii rnntrr l'Antechrist, et prociainerentl'uiteritiondextirnertous les vices par le fer et par le leu. Ces &natiques s'exaspéraient en lisant et relisant les passages de la Bible qui flétrissent !a ronduite des pervers. Reconi)ai.s.sant tous ces vices dans le clergé et n'en voyant pas la réforme, Zislia, leur clief, se déclara un nouvel Attila, un fléau de Dieu; toute impureté, toute escroquerie, toute oisiveté, appelait la colère de ces iniiexibies rigoristes; le luxe même était puni de mort. Ces excès surpassent tout cé ^*on a jamais rapporté de l'inquisition, et justifient en quelque sorte les terribles repré>sailles de Tarmée allemande. Les Suisses, cAiez lesquels on avait prêché une croisade contre les Hussites, furent appelés h la diète tenue, entre Pâques et la Pentecôte de 1421, à INuremberg. Quiconque avait atteint l'âge de douze ans fut astreint à jurer qu'ail dénoncerait tous les individus qui lui paraîtraient suspects d'hérésie. Le contingent des villes et des abbayes fut déterminé; Zurich, Bâle, Mulhousen, y prirent part; mais toute Tarmée nîlpmnnde, forte de près de cent cinquante mille hommes, fut dispersée par les Hussites devant Saaz, ' sans coup férir et par le seul effet de la peur. Une seconde fois les forces ailemandes marchèrent avec les contincents suisses; on vint en Bohême, à Miedz ; mais cette luis encore il suffit
de l'aspect des Hussites pour tout disperser. Toute la contrée lut ravagée, et
Sendant dix-huit ans la qualité de loi e Bohême ne fut qu*un vain titre.
TJne troisième sommation appela les Suisses à Nuremberg. Le pape Martin et son légat n'épargnèrent rien de ce qui pouvait exciter Ks esprits; mais la confédération s'excusa sur sa pauvreté; Zurich seule envoya deux cents hallebardiers, qui rejoignirent en route le contingent d'Ulm. Cette cité avait besoin de Tappui de Sigismond. Frédérir, élprtnir de Br.iuidcbonrg, commandait l'armée, forte d'environ cent mille hommes; les troupes d'Albert d'Autriche, gendre de l'empereur, sou* tenaient ses opérations; mais à l'approche de Tinvmcible ennemi , tous les Bavarois s'enfuirent à Ratisbonne; l'électeur Frédéric se retira dans la forêt de Frauenberg, et le reste se dis* persa , en abandonnant armes et bagages. La Suisse ne prit plus aucune part aux n>ouvemeuts occasionnés par les Hussites.
La dépravation des mœurs ecclésias^ tiques , les superstitions , les débauches de tout f^enrc, faisaient désirer généralement la convocation d'un concile, et même on regardait les progrès des Hussites comme une punition infligée par le ciel, à raison de Tinsouciance avec laquelle on avait abandonné les réformes délibérées d'abord à Constance, puis à Pavie. Bâle était indiquée pour une nouvelle réunion. Le pape Martin, pressé par le cardinal-léîgat, Julien Césarinus, ne put différer davantage; mais à peine les pères s etaient-ils rassemblés qu*il mourut, et fut remplacé sur !r trône pontifical par Gabriel Condulnier, Vénitien, qui prit le nom d' Kugène IV. Il craignait l'autorité des conciles, et les haïssait ; il ne négligea donc rien pour entraver les opérations de celui de Bàle; il fulmina niéme des bulles qu'ensuite il fut obh"gé de. rétracter. On décréta la suprématie des conciles sur les papes comme sur tous les évé^ues, soit cpie ces conciles eussent été convoqués par ordre du pape ou mn!2ré lui. On sut concilier à l'Kgliâc tout ce que le parti bussite ren-
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SUISSE
lia
f^rm-îît dMiowmcs sages et prudents, et par là on affaiblit notablement cette secte. On eut recours à des mesures trâs-sagf» et très-modérées pour ramener les prêtres à la chasteté; on permit ( t on rerommanda renseignement des laïjgues orientales. Ce concile opéra beaucoup de bien j quelques per- Bonnes lui attribuent une intervention salutaire d^ns les a£^iresde la France et de l'Angleterre.
Frédéric d'Autriche ne s'empressait pas de racheter ses domaines; il aimait mieux accaparer des trésors que de ren* trer en possession de terres qu*il ne pourrait défendre contre les confédérés. Il laissa donc Kil)ourg à Cuné-
Çonde de Tockenbourî; , et Fi^érîc de 'ockenbourg put conserver Gastem, Sarj^anf? pt Feldkirch. L*empereur céda ses droits de suzeraineté à la ville de Zurich, qui acquit aussi les autres contrées desbords deIaGlattjusqu*au pont de ScbafflAousen , seigneurie dont s*énorc-neillissait autrefois; ?p ^rrnnd RodoiphCy et dont aujourd'iïiii ( ik ore les empereurs et les rois d'Espagne ont retenu le titre.
Sigismond était dans la vingtième année de son règne, lorsque l'idée lui vint de se faire couronner par le pape Eugène IV. Il ne demanda rien aux princes et aux villes; seulement Zurich et Berne furent ch irîiprs d'engager les confédérés à l'escorter au delà des monts. Zurich lui donna huit cents boDimes, sons le commandement de Rodolphe Stussi, bourgmestre. Ils le sn!\îrent jusqu'à Milan; mais quand ils l'eurent quitté, Sigismond se vit délaissé de tout le monde; il fallut négocier avec le pape. Le jour de son couronnement, il fit chevaliers Rodolphe Sfncsi, Codcfroi Escher, et Hennemannd'Oifenbourg, riche particulier de Bàle; mais, ce qui est beaucoup plus important, il conserva et augmenta îrs privilèges dn. divrrses villes dp la eonfedération, leur accorda des droits de haute Justice, de monnaie, etc., etc. A son retour, Sigismond pa« rut si inopinément à Bâie, que le concile, le chapitre , les magistrats , eurent à peine le temps de se porter à sa fen>
contre; les chanoines étaient recouverts de l'armure chevaleresque. L'empereur feignit de s'étonner de ne point voir d*ecciésiastiques, et lorsqu'ils re* vinrent vêtus conformément à leur état , il dit qu'il fps trouvait vénérables précisément parce qiiiU ne rougU" saient pas de, le paraître.
Déjà nous avons parlé de la conquête du val Lévantine et de Toccupatlon de Beiilnzona. T es confédérés devaient éprouver près de cette place leur premier revers, et cependant y signaler à jamais leur valeur. On se rappelle la double fort de Schwytz et dUri, et sur la montagne op()6sée les créneaux d'Unterwald, puis l'enceinte de la ville resserrée entre les deux rocs, et derrière Bellinzona cette longue avenue du Snirit-Gothard , à travers laquelle s'échappe le Tésin mir^issant dans son lit de roches , et roulant de nombreuses et bouillonnantes cascades. Quiconque est descendu de la cime des Alpes, quiconque a parcouru cette magnifique vallée et ses terrasses de forêts , en retient un éternel souvenir: enfîn, quand la vue se repose sur les prairies qui s'étendent au pied du monte Cenere, le long du val Versasca, et Jusqu'au lac Majeur; quand ces ineffables beautés d*une nature si grande et pouirtant si riante se mêlent aux souvenirs historique*? \ quand les noms de Tschndi , de Carmagnuola, de François 1", le souvenir des exploits des Suisses , des Condottiéri et des Français, raniment ces riches tableaux, alors il semble qu'en nous se révèle un sens nouveau; on dirait que Thistoire a iniprimc sa trace sur les beautés de la création. Lliomme instruit du passé ne jouit pas seule* ment du présent, tous les siècles sont h. lu! , et la pensée, fécondée par la mémoire, est plus puissante encore que la sensation.
Philippe ViseontI ne négligeait aucune intrigue pour se rendre maître de Bellinzona , que les comtes de Sax occupaient en leur qualité de combourgfoîs d*Unterwatd et d*Uri. Ce poste était la clef de l'Italie. Un mariage de la fuie de Jean de Sax avec Lothaire Rusca lui fournit Toocasion désirée,
Après avoir tenté diverses menées, il entretintdes intelligences dnns la place. Agnolo délia Pergola, l'un ci(^ ses commandants, la surprit, et permit a la ^rnison buÎbm de sefstirer librement.
Domo d*Ossola eut le même sort, et les Milatjais s'nvnnrèrent f!;ms; le val Levantine, jusqu'au pied du Saint-Gothard. C'était ia faute des confédérés, avaient trop tardé à déférer à Ta* ▼ertfssementd'Uri etd'Unterwald. Cependant ces deux cantons ne doutaient pas de la vengeance, et, dans la persuasion qu'ils seraient soutenus, ils marehèrent jusqu'à Giornico, où ils reçurent ia réponse des ni liés. Elle portait qu'on leur donnerait assistance jusqu au Platifejr, déiilé qui est au uiilieu du val Lévaotine; mais qu'il n*était point question de Bellinzona dans les trnités : qur d'ailleurs Uri et llnterwaldcn ( iis>ent prérdablement à procurer à i année des vivres a bon compte. Cétait évidemment de ta mau* Taise volonté; car les cantons approvisionnaient ordinairement ceux dont ils exigeaient ce service. Uri et Unterwald reconnurent donc la nécessité de se retirer, et lorsque la diète se réunit h "Lucerne , le 2-1 Juin , ils se plaignirent amèrement de rintpr[)rétation littérale que l'on donnait aux traités. Ils sounnrent que leurs pères auraient mieux oomprts la gloire et Tintérét des Sais* ses, que surtout ils ne se seraient pas laissé enfermer derrière le Saint-Gothard; qu'ils savaient trop bien que pour leur sécurité il fallait que leur domination descendît jusqu'aux plaines de la Lombardie, et que tous les défiîés fussent en leur pouvoir. Lucerne n'hésita point : son exemple fut suivi p<'ir tous les confédérés, excepté par Berne.
Saint-Gai! et A ppenzell donnèrent leurs meilleures troupes. L'avoyer de Lucerne, Ulrich Walker, embarqua dans sept bateaux ses bourgeois et ses campagnards. Le contingent de Zog, sous le banneret Colin Jes rencontrèrent sur le lac. Avec Coiin étaient ses deux fils, émules de la vertu de leur père. Du
SIfe d*Alpnach arrivèrent les soldats l'Oberwald ; Unterwald quitta le ritage àStamtstadt. Les petites bourgades
de Weggit et de Gtnau se stgnalèrent
aussi. A Krunnen, on vit s'emi>nrqricr quatre cents archers que Zurich envoj^ait en avant de son corps d'armée.
Uri attendait à Fluelen le débaroue> ment de ces secours; sa bannière était déployée , ses cnerrîer*; prêts à marcher. L'armée lemonta le (oin ^ In Reuss, et parvenue aux lieux uu le Saint* Gothard s*élève vers les deux* on mit les archers en avant; trois mille hommes les suivirent en quatre divisions; enfin, on réserva pour l'arrièregarde les troupes qui arrivaient par le^i défilés et par le Tac. De son ooté, duc envoya par le lac Majeur et par le monte Cênere IVIite de ses soldats, ëix mille cavaiieri> et dix-imit mille fantassins, sous la conduite du eéii^re Carmagnuola. Filsd'on pauvre paysan de Saluées , ce chef ne devait son élévation qu'à sa valeur et à ses talents militaires. Il lut honoré de railiaiH-e du duc, et considéré comme le plus ferme soutien de l'État. Dans cette circons»
tance i! jugea convenable de dissimuler ses forces, et se reuferoia dans Bellinzona.
Cependant les Suisses parcouraient sans obstacle le val Lévantine : seulemeiit il n'y a\nrt pn<^ un ordre bien SUIVI dans leur marciie, et Schwvtz, qui faisait le premier corps de l'arrièregarde, se tenait à une journée du •gros de l'armée. L'union était d'ailleurs troublée par quelques fâcheux souvenirs : un reprochait à Uri d'avoir affecté d'être plus généreux que les autres dans la conquête de TArgovie; ScliNvytz, de son enté, nrcnsait Lucerne de vouloir lui aliéner les esprits. Son contingent, maigre les plaintes les plus amères, ne pressa donc point sa marche, et s'arrêta même à Pollegio, à l'issue des défilés, sous prétexte d'y attendre Glarus. Peut-être tes autres confédérés voulurent-ils vaincre sans eux ; quoi qo'il en soit, ils eurent l'imprufience de passer la liloesa et de s'approcher de la place, (larmagnuola envoya des cavaliers, que des guides sdrs conduisirent à travers des sentiers dil^ ficiles, et qui tout a coup parurent sur les derrières des Suisses, et s'empac^
SUISSE
lis
Tcni de leurs bagages et de leurs cod-
vois de vivres. Si Schwvtz ne se fdt arrêté a Pollegio, si Ton eut marché dès le soir tnèine., cufiiiiie le conseillait Tscbudi, qui partit avec vingtquatre chevaux, le convoi eût été pro* té\ic, et les Suisses ne se ser^iieiil pas trouvés dans la triste nccessit»* d'ureepUï le coaiuut aaus eu choisir le temps et le lieu.
Le 30 juin 1422, au point du jour, les confédérés et tient devant Betlinzona,dans les cliatiips d'Arbédo; Lucerne était en avant, au centre Lnterivald et Uri , Zug adosséà la montagne. Glarus et S< li\v\ tz arcoururent pour se joindre à eux. La bannière d*' Zijrich, ÂppcDzeil et Saint-Gall, descendaient eDrx>re le Saint^othard; mais il n*y avait dans les opérations ni ensemble , ni direction. I/avoyer de Lucerne, investi du comuKindemenl en chef, était découragé de la perte des ba^^ages. La confiance s*était retirée de lui , et chaeue se conduisait d'après les inspira* tions de rimpatîence et du courage per*îonnpi ; on ne sou|ironnait pas même le nombre des ennemis. Six i euls hoiumes environ se dispersèrent sans en avoir reçu Tordre, et pour chercher des provisions, ils remontèrent la Moesa.
Le reste de Tarmée était en désordre, et la plupart des soldats s'étaient déshabillés à causede ia chaleur. Carma-
fnuola en fut bientôt inlbrnié; aussitôt 'ergola s'avança a la tète de la cavalerie; 1 infanterie, divisée en trois corps, suivait , et devait attaquer de tous côtés à la fois, ou bien renforcer suc* Cessivoinent \e<. rnrps engages. Lrs Confédérés ne prirent conseil que de leur valeur, et Pergola s'aperçut bientôt que rimpétuosité de ses cavaliers ne produisait point son eft'et accoutumé.
Les Suisses ne frappaient que les chevaux, .s'irifjuietant peu du cavalier; mais, dès que celui-ci était à terre, on le tuait sans rémission. Lucerne fit des prodiges et perdit un grand nombre de guerriers. Le banneret, se voyant en danirer, roula son drapeau et le jeta suub ses pieds , déterminé à mourir sur plaoe: il n*en combattit pas avec moins d^ardeur» et son exemple fut si
bien imité, que les Lucemois prirent
la bannière de Milan. Carnuii^nuola (It alors emmener les clievnu.x. Les Milanais attaquèrent à leur tour avec une infanterie supérieure; Carmagnuola prit les confédérés en flanc : il fallut céder. On se pressait à reculons, la face tournée contre l'ennemi; on voulait gagner ia hauteur; mais déjà le général milanais Pavait fait occuper.
Les Suisses serraient de plus en plus leurs rangs, et leurs hallebardes elles-m^nics entravaient leiîrs mouvements, a cause des crochets du niuiiclie qui se prenaient aux vêtements. Mal* gré les obstacles de tout genre, trois mille conféilérés soutinrent, de quatre côtés, l'effort de vin^t-quatre mille Italiens bien armés, bien équipes, ayant à leur téte Tun des plus < elebres capitaines de son temps. Le premier qui paria de reddition lut tué par les siens, ce qui n'empêcha pas Tavoyer de Lu- Cerne et quelques autres de planter leurs liallebarcles en terre, uour dt* mander quartier. (>t exetnple ne fut point suivi : les Suisses pensèrent que le plus grand service qu'ils pussent rendre à la patrie était de prouver que rien n^était capable de vaincre leur na* tion, rien que la mort, et (foe la mort même était impuissante pour leur inspirer Teffroi. Ainsi ton)l)a lelandamman Jean Rot, qui avait vaillamment com> battu. Il y eutdai.s sa lin .lutantde bonheur quede gloire; car s'il edt vécu quelques années encore , d eù t ete témoin de Texil de son (Ils unique, justement condamné pour s'être laissé corrompre par un pnnce étranger. La bamiiere d'TIri échappa des nuiins de Henri PunUner de Brunberg , qui périt en combattant; mais elle ùii sauvée par les braves qui se précipitèrent autour de son cadavre. Colin se montra digne de sa vie passée : il tomba sur la bannière de Zug. Lin de ses lils la relira baignée de son sang et rafîta sur sa téte. Le jeune Colin mourut aussi vaillamment : il arracha la bannière du bâton auquel elle était attachée, s'en enveloppa et périt. Alors Jean Land*wing, digne de son amitié, la reprit et réleva de nouveau sur le contmgent
L'UNIVERS
de Zug. On la conserve encore teinte du sang du père et du fils, et durant ^tre tièdes la éifpiiU de banneret sortie qu*une fois de la famille de
ces héro^ , pour honorpr celle de Land- M'îng. Dans cette bataille sanglante,
âui dura de neuf heures du matin à Inq heures du soir, il périt trois cent guatre- vingt dix-neuf Suisses, et trois rois autant d'Italiens. Dpjri les confédérés avaient renoncé h toute autre espérance qu'a celle de mourir; deja Carmagnuola comptait douloureusement le nombre des tués qu'il lui en avait coûté potir ne conquérir que des cadavres , lorsque tout à coup de grands cris se firent entendre sur ses derrières : les six cents Suisses répandus dans la vallée de Misox accouraient.
On crut généralement que c'était le second corps d'armée des confédérés.
Slalbeureusensent les ponts étaient rompus et la Moesa débordée; ce renfort innttpndu ne put donc produire un eltet décisif. (Cependant Carmagnuola, peu jaloux de soumettre son armée à de nouvelles épreuTes, se retira dans Rellinzona.
Quand la bataille rnt cessé, ce fut un aspect bien douioureui; chacun dierchait parmi les morts un parent, un ami. On y voyait Pierre Colin et son héroïque fils ; 'plus loin, lehnrlamman d'I'ri elle br;ive Piiniiner; à travers le sang qui les couvrait, se dessinaient encore, mâles et vigoureux, les traits de leur visage intrépide. Les reprorhe? se mêlaient aux regrets :
on accusait Scliwytz de cette nuit funeste perdue à Pollegio ; Schwytz , à contour, se plaignait de la précipitation et de rimprodence des nilirs ; mais le remords ren)[)ort:i sur l'aigreur, et pour venger tant de braves immolés, Schwytz passa et repassa sous les murâ de Beliiuzona , appelant au combat et provoquant avec dédain Carmagnuola,qui ne jugea pas convenable de sortir. Ces guerriers marchèrent jusque vers Domo d^Ossoia. Le rai Lévantine resta en la possession des Suisses, et personix^ n'osa inquiéter leur retraite. Lorsqu'on sut a Lucarne que les soldats partis dans sept
navires en remplissaient à peine deux, les magiiitrats craignirent une maniftstation trop douloureuse; il fut défendu d'attendre les arrivants sur le ort ni d.jns les mes. Chacun observait arrivée des bntp;ujx, du haut des «iifices : on vit ilotter ia bannière, mais percée de toutes parts; celle de Milan ne fut pas déployée, le deuil était trop grand. 1! se cnangea bientôt en C( !♦ re Quand on connut les accusations dont 1 avoyer était Tobjet ; il s'en fallut de peu que le peuple ne courdt à sa de> meure. Le conseil prévint ces exrès en promettant de le juger. Trois mois après, une sentence prononça qu'il était a -la vérité sans Intelligence et sans courage, mais qu'il n'avait pas mérité de peine , et qu'il serait plus juste de punir ceux qui avaient élevé un pareil honune sur le siège occupé autrefois par rillustre Pierre de Ouatfoldingen. Le conseil y ajoutait une haute considération politique : si nos généraux sont respons«'U>les du mauvais succès, connue l'etaierit ct^ux de Cartbage, ils ne songeront qu'a leur propre conservation , ils n'entreprendront plus de ces actions hardies ouxuueUes souvent nous avons dd notre salut.
En général les cantons étaient fatigués de ces expéditions transalpines:
ils se refusèrent longtemps à l'exécution des traités, qu'ils interprétaient à leur manière, alléguant qu'il y avait quelque injustice à soutenir on peuple contre son souverain , et qu*il ne lal- Init pns môjue permettre les enrôlements volontaires. On prétendait aussi emnécher Uri et Unterwald d'agir seuls, sous prétexte que la ooo|.«:ratioa des autres cantons leur donnait ce droit, et que cette guerre était désormais ra:£aire de tous. Knfin , Zug et Glarus se déclarèrent lavorablts a la cause d'Un et d'ijnterwald , et au bout de trois ans tous les autres cantons , moins Rerne. Quatre mille cinq cents honmies environ passereut le Saint- Gothard, mais sans aucune Itoime volonté , trouvant partout à faire naîtra des objections, et déclarant Brliinzooa inexpugnable. On vint ainsi jusqu'aux bords de ia Moesa, ou i'ormée se dis*
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Ail
persa sans avoir vu rennemi. Appen-
ztW seul demandait à combattre pour 'venp;er les victimes tombées à Saiot- Paul.
Un guerrier de Schwytz, Petemianii Kysigy vit avec impatience le retour
de l'expédition; il assprnhh tous ceux qui avaïp^it t te témoins de sa valeur en d autres occasions. Dès qu on sut
S'il voulait entreprendre quelque ose , on lui fît dire de toutes parts qtï'ori marclierait sous sa conduite, et qu il n'eût qu'à Oxer le jour fi le lieu du rendez-vûui. 1 rois cents liommes de Schwytz et deux cents autres s*y trouvèrent à la mi-septembre. On descendit à Airolo, puis, du val Lévantine, on se dirigea pnr !e Monte- Vaidoso sur Domo d'Ossola, d'où les Milanws 8*en(iiîrent précipitamment.
Le due de Milan en fut tres-effrajé :
Carmagnuola n'était plus avec lui ; la
ÎTésenre des Suisses pouvait fortifier a li^ue conclue entre Venise , Florence et la Savoie. Ilétaiturg^tdelesdiasfler i ùny employa tout ee que le MilaHcif? avait de forces. Rvsig fut sofiimë de se retirer, et l'on promit de protéger sa marche jusqu aux Ij uutières suisse^. Il répondit que y sans dottief oft n'awtii point présumé qu^une garnison suisse pfit jamais céder a de simples paroles. Alors rennemi éleva des potences pour annoncer quel serait le sort de cette garnison ; vaine menace, oui ne produisit qu'un appel aux confédérés. La bannière de Scliwvtz se m t en mouvement ; deux des plus vénérables magistrats du pays se rendirent au sein du conseil 'de Berne, et rappelèrent que quatre- vinf^t-six ans aupnravnnt Schwytz avait délivré les Bernuis devant Laupea; ils vantèrent i'attacheowot de leur canton pour Berne, son inébranlable fidélité; enfin Berne céda et prit les armes. La bannière fut confiée à Ital Heze! de Lin(ienacli;ravoyer Rodolphe llolÏjnei6ter eut le commandement, et sous lui Ulrich d'Erlach et Nicolas de Gisenstein. Cinq mille hommes vinrent par Thun , LinterseeUf Brienz, roberhassli, et de là dans le yalaiâi où ils furent reçus connue
S^ils n'eussent jamais été enncnn's.
Schwvtz et T^ri s'étaient hâtés de franciiir le Samt-Gothard : ils étaient renforcés des contingents de Lucerne et d*Unterwaldfti. Soleure envoya le sien; Ztirîdi fournit seise cents hommes; il y i'^'^'^ mille guerriers dfi Tockenbourtî, septcents de l'évéche de Coire. La bannière d'Appenzell et les montagnards du haut Valais marché»
lent aussi. Cette armée , dont Berne ne composnîf que le tiers, inspira une salutaire terreur. Aux sources de la Doveria, onze cents iMiianais, postés sur un rocher , firent rouler des pierres sur tes Suisses; mais ceux-ci, habitués à ce genre de combat, surent les éviter, et prirent la position. Le second retranchemeul lut emporté de même, et TelTroi fut |;rand dans Tarmée qui assiégeait Rysig. Le 4|^c se trouva très-heureux qirtiid il apprit que les Suisses voulaient bien négocier. Le val d'Ossoia demeura soumis aux sept cantons; Berne ne voulut point partager une conquête aussi éloignée , et qui Peut forrre souvent n se séparer d'une partie considérable dr ses troupeS»
Mais bientôt les conlederes renoncèrent non-seulement au val d'Ossoia.
mais encore à Bellinzona et au val Levantine qui leur était si dévoué. Le chambellan Zoppo, envoyé du duc de Milan , avait su les jprendre par la ruse. Il parvint à obtenir de Lucerne, d'Uri et d'Unterwalden , une paix séparée, et se créa dans les autres cantons de telles relations qu'il put t iiiiii vaincre la résistance de l'Oberwald, qui était la plus opiniâtre. Les confédérés reçureutdeux cent trente et un mille florins pour ee qu'ils possédaient dans le Milanais ; on les atïranchit de la taxe , on abaissa certains droits en faveur de leurs négociants, on en supprinta d'autres , et après ces avantages , oui devaient durer dix ans, les droits aevaient être modérés. Il fut stipulé que les routes seraient bien entretenues, et que le passage serait accordé aux troupes armées quand elles ne dépasseraient pas soixante hommes, et qu'elles iraient servir dans un autre pays.
Cétait là une paix de marchands , et
non de guerriers. Les Suisses luisaient ainsi le sacrifice de leurs conquêtes daos Tannée même qui vit Philip()e Visconti perdre Rergaiiie au prolit ilo Venise, Verceil et d'autres places au profit de la Savoie. Il y avait vingtquatre ans qu'ils poesédaient en commun cfô belles contrées.
Berne était devc-nue la caj)itale d'un Taste Etat; la puissance de ses armes, la splendeur de &es ricliesses avaient peu de rivélea. En Tan 229 de aa fondation, il y eut une grande assemblée de conseillprs et de bourgeois , et Ton y résolut la construction d'une cathédrale digne de cette cité. Il y avait cent ans déjà que le aol et les fondations en étaient préparés parles soins de Plinhile Matthieu de Steinbach, iils du célèbre I'>win, architecte d|i||i cathédrale de Strasbourg. Le pane Martin n'avait point oublié l'accueil que lui avait fait Berne; il recommanda les aumônes et proclama des indulgences en faveur de ceux oui concourraient à l'érection du nouvel édifice. Le 1 1 mars, après la messe, toute la population se rendit processionnellemcnt s;ir re.sj)îanade où il devait s'élever: l'avoyer et le prêtre qui avait ofBeié posèrent la première pierre. Ce fut l'ouvrage de Ireaucoup d'années. Dans le temps oùfutdécrétée cette belle construction, le conseil et les bourgeois, justement orgueilleux des actions de leurs ancêtres , et voulant que le même esprit d'héroïsme et de liberté devînt l'héritage de la [)0s(én*té, ordonnèrent à Conrad Justinger, gieiller de la ville, de réunir 'en corps d'ouvrage toutes les indications éparsr^ sur l histoire de la patrie, et d'interroger les vieillards aux longs souvenirs, pour apprendre d'eux ce qu'ils avaient di)pris de leurs ancêtres. Justinger flracquitta de ce devoir avec zèle, mais ôvec simplicité et bonne foi.
Le gouvei lU'iiKMii de Berne ne craignait point i ennemi, ne soup^'onnait point ses sujets et ses aUies , et se montrait fraternel p( nt ses citoyens.
La lutte entre les tribus et les mapstrats s'était entièremerit év;monie. On donna aux (Quatre tribus les plus an-
ciennes le droit de fournir seules leg hannerets ; il en fut de cela comme 4 Rome du consulat, qui demeura longtemps aux patriciens, même après que le droit en eut été accorde au\ plébeieus. Les banaei*ets aussi continué" vent à être choisis presque exclusive* ment dans la noblesse. Du reste, chaque tribu faisait la police dans son sein, et jugeait les pet'tes aff aires, les rixes, etc. Le cierge était trop abandoinié aux, plaisirs pour exiger des mœurs sévères de la part des autres. Quiconque contribuait de ses deniers à la construction dcTeglise, ou au payement de la raîi- ^n des chrétiens esclaves, se livrait a une entière sécurité sur te pardon de ses péchés. On regardait aussi contme tort agn*ablc à Dieu l'usage d'admettre à sa table un pauvre Its jours de fête et le dimanche. L'or et l'argent brillaient dans le mobilier des heriUHS» et il était assez ordinaire de léguer à un ami In eonjip flims kujuelleon avait bu à la niuiueiie amitié. La puissance de Berne s'était rapidement aecrue pour plusieurs causes : d'abord le« seigneurs la servaient sans rétribution, et souvent lui concédaient sur leurs terres des droits de juridiction exerces par leurs ancêtres; puis elle avait un système d'impùts lepartis assez également etfl:His I;: prciportion dc'S fortunes sur tous se» citoyens el ses sujets ; enlin la cite, au lieu d opprimer ivji villes de second ordre, se montrait bienfaisante envers elles. Ainsi, quand T^nrgdorf se plaignit que ses murailles tu iil*.)ient en ruine, Berne affranchit de ioui impôt huit villages à condition qu'ils contribueraient à relever l'enceinte et les tours de cette ville. On lui pernn't aussi de reiiduveler son alliaiice avec Soleure. Jierne conclut un sa^ traité avee Luoerue sur Ici différends entre les villes, entre les seigneurs et celle-ci, sur les arbitrages, sur les limites des deux Étals, tlies avaient été déterminées l'année précédente, en 1420, entre le comte éê Willisau, appartenant à Lucerne, et l'Ar-'ovie bernoise. Bientôt Henri de lhil)enl)erg, baron de Spiez, gouverneur d' Aari>ourg , présida devaul ixnÂ'
SL ISSE.
bourg une ns^rmbîf p dos états ; \h oom|rarut la noblesse de i'Argovie» là Wnreut tes députés de toutes les communes, et, au nom de Berne, Ulrich d*Rrlach, rht'valier seigneur de Jaegistorf, avec Hodolphe de Rint:oitirrj;en , seigoeur de Laodstuit : on rechercha , à l aide de témoignages et sous la foi du serment , quels étaient , dans l'ancien état de PArEjovie, les droits seigneuriaux. Les Bernois acquiicnt Aarwangen, et, de concert avec Fribourg, Grasbur^, seigneurie qui était engagée à la Savoie, et que ces deux eités rachetèrent en commun. Soleure cepetid.int s'njrrnndissîiit aussi, et, profitant de la dctres&e de ses vuiâins,elie acheta au chapitre de Bâie la ville d'Olten, si importante par le pont qu'elle possède sur TAar. D'un autre cote, Jean de Falkenstein lui vendit Ballstall.
Soleure devenait ainsi mattresse des dt.rités du Jura. Elle rivalisait avec Bf rne de zèle et d'efforts pour lacon-îtruction crime église : il n'était point de ville dont l'ambition ne fdt d'avoir an beau monument religieux et une cloche sonore.
Il y avait environ soixante et dix ans que le chapitre de Bâle était en décadence, surtout à raison des prodigalités de révéoue Humbert de lïeufdiâtei au profit de ses amis et de Sf*s pnrents. Un autre évêque s'en fit le restaurnteur : ce fut Jean de l'ieckenslein, issu d'une noble famille d'Alsace; arrivé au siège de Bâle dans les cirronstances les plus dit'Iiciles, il réunit les qualités du prélat à celles du prince. Thiébaut de Neufchàtel possédait à titre d'engagement Saint-Uf»
sanne, levai Saint-lmier et beaucoup de chAteciUx ; partout les impôts et les revenus étaient assignes à des créanciers, et il se commettait de telles exactions que les populations de Délé* mont et du val de Rloutfer émigraîent <'n foule, î/év^qtie, ncro inp:vin('' de relui de Worn)S et de celui de Spire, ses parents, parut tout à Ci»up dans Bâle à la téte de quatre cent cinquante cavaliers, non pour faire une vaine parade, mais pour effrnyer Thiebaut w lieufcUâtei, et le disposer ainsi à
consentir au rachat. Auf^^îfdt l'évoque se flt envoyer des députes de toules ses terres», proniil de faire des sacntl* ces personnels , et obtint une IcontHbution de quatre mille florins, à l'aide desquels il put racheter les impots.
Mais Thiebaut ue voulait point vendre ses domaines; alors les comtes de Saarwerden, de Linan^('s et Louis de Lichtenbcri;, l'un des héros de son temps , intervinrent ; l'évéqtie mit à la tète de six ceuts cavaliers Jean de Thierstein, et le fit commandant des troupes du chapitre. Les Bélofs y joignirent un contingent sous les orure.s d'» f^iirghard ze Rhvne, et en moins de tj ois jours le.s châteaux engagés à Thiébaut de Neufcikâtel Ai* rent repris ; mais la guerre continua : Ilesinijen fut hri'ilé par Thiébaut; Fioriniont se rendit a lui, en haine d'excès conmiis sur les femmes par les troupes du chapitre. Bâte et les alliées de l'évéque firent de nouveaux efforts : on renforça l'armée, on assi^ea, on prit Hericourt, et Thiébaut, qui ne s'attendait pas à de si vigou* reuses attaques, fintt par abandonner ses droits pour iai somme de dix mille florins.
A cette époc]ue, Bâle entra aussi dans b ligue des dix villes alsaciennes dont lebut était derâablir la paix en Alsace
etdnns le Rrisgau, sous If"^ ordresdu palatin du Rhin. Sept députes, siégeant à Brisach , connaissaient des coiiieslations qui auraient pu troubler le repos public dans ces provicices. Il y eut une expédition contre Bernard, margrave de Baden. Bâle y fournit dix-huit cents fiintassins et deux cent cinquante cavaliers, toujours sous le commandement de Burgnard ze llln ne. Onbrùla Bastadt. La division se mit ensuite entre le contingent de Strasbourg et celui de Bflle, et le différend qui avait fait mouvoir toutes ces forces en Hit plus aisément tcniiiné par la médiation des envoyés de I empereur Siglsmond.
Alais, pour faire une diversion utile au margrave de Baden , le prince de Châ- Ions avait fait irruption dans le Sundgau; aussil<)t l'ancien bourgmestre Reici) d^ Heichensteiu marcha contre
L'UNIYERS.
lui , et rarmée qui revenait de Texpéditlon le rejoignit; on s'avança sur Belfort. Le prince de GbâJons se retira.
L*année 1426 présente un fait de peu d'importance en lui-même, mais qui caractérise cette époque de licence et de désordre où chacun se faisait justice à luî-méme. Un serviteurde Rodolphe de Wessenber^, Tliomas Oberrot, avait été arrête dans un village bAlois , tant pour vol que parce qu'il avait tué le chasseur du baron de Hamstein; ii s'évada, mit le feu nu village , et suspendit aux branches d'uu arbre une déclaration de guerre aux Bâlois. Ce qui les blessa le plus , c'est qu'il répn niait partout des écrits contre • leurs magistrats, en leur reprochant d'avoir voulu le corrompre pour lui iiiire commettre une trahison.
?«'ous donnerons encore quelques détails propres à faire juger de l'état de la législation , qui était bien plus dans les usases et dans les souvenirs que constatée par récriture. Pour prouver les accusations de meurtre, de brigandage, d'incendie, d'hérésie, etc., fi fallait sept témoins ou le combat Judiciaire. liorsqu'après le couvre-feu un assassin s'était introduit dans la maison d'un homme qui vîvnit seul, si cet assassin était tué, il suffisait pour justifier le bourpois qu'il arrachât trois brins de paille de son toit et qu'il amenât son chien en laisse, ou, à d^ faut de chien, qu'il apportât son chat ou son coq; en présence de ces objets il jurait devant les juges qu'il était innocent, et qu'en tuant son adversaire, il avait cède à la nécessité de se défendre. Tous les ans, avant le carnaval, les jeunes gens se réunissaient en présence de ï'avoyer : c'était l'époque des mariages; il assignait aux hommes libres des femmes de condition libre, aux serfs des lemines de leur condition. Les mésalliances entraînaient la confiscation de corps et de biens, et cepen- ' dant l'infraction aux prohibitions pour parenté , et la bigamie elle-même, n'étaient punies que d'amende. Tels étaient les usages de la Sisgovie et des cantons Toisios. '
En t428, se présenta à Bâle un chevalier ^i*angpr ; il s'appelait Juan de Merlo. «Ma noble rare est espagnole,
dit-il ; j'ai parcouru cent pays , un millier de villes, mais je n'ai trouvé personne qui osât se mesurer avec Juau de Merlo. » Irrité de cette bravade , Henri de Ramstein lui jeta le gant:
on convint de rourir chacun une lance, de se porter trois coups de hache et quarante coups de sabre. Le juge suprême du combat fut Guillaume de Rœteln^ et avee lui Jean de Thierstern, Thuring, baron de Hallwyl, Rodolphe de Ramstein , et Églof de Rattssamhausen. De toutes parts on accourait; peuple et nobles , tous voulaient voir l'issue de ce combat qui intéressait si éminemment l'honneur des armes allemandes: la fouie lut si grande que les magistrats craignirent des désordres : la plupart des portes demeu* rèrent fermées; les nutres furent occupées par des troupes , tandis que des cavaliers parcouraient les rues pour observer le moindre mouvement. Sur le Rhin étaient vingt bateaux chargés de soldats; enlin, les gardes des tours étaient prêts à sonner le tocsin. La lice s'ouvrit enfin dans la ville haute, sur la grande place de la cathédrale : on vit paraître le bourgmestre de la ville, ze Rhvne, le sénat et le irrnnd conseil en armes , les dames nobles de Bâle et des environs, les chevaliers et les citoyens. Les deux champions entrèrent dans la lice ; ils combattirent à la lance, à la hache , au glaive, avec tant d'ardeur, de dextérité , de courage et de vigueur, au'on eût dit que du succès de ce combat dépendait la prééminence chevaleresque de l'Espagne ou de l'Allemagne, lis eurent beau se «urpasser, beau ^Ire des prodiges , ils ne réussissaient qu'à se oondiier Tadmirntion universelle, sans pouvoir se portt-T aiirtin coup décisif. Enfin , Jean de Tliierslem , vuuiaut honorer la- valeur de rétranger, entra dans la Uce , et l'arma dievalier.
De plus grands événements appellent nos regards sur la Rhétie et sur la ligue naissante des Grisons, qui fut Jurée aousiin tiUeui non loin au Til*
SUISSE
lage de Trunz , le 15 mars de la 1424* année de l'ère chrétienne. Il convient de rappeler les circonstances qui préparèrent cette grande ligue , et de dé-
Bdndre en peu de mots rétat du pays* epuis la mort de Donat de Vnz,'la puissance des seigneurs s'était affai- Diie, car, d'une part, les communes s'étaient rapprochées; de l'autre , ses descendants n'avaient point ci^ hé* roïsme et ce presti^'e L'tierrier qui commandent In sounîisMOfi. Sur tes bords du Eluii pusterieur, entre Tusis et le Splugen, s'étend la belle vallée de Schams ainsi nommée des six rivières qu'elle jVtte dans le fleuve naissant (SexamnefKsis). Cette vallée, dans laquelle on pénètre après avoir affronté les bruyantes profondeurs et les escar* pements de la Via-Mata , est l'une des plus fertiles et des plus peuplées de tout le Days. Elle était dominée par les Kedoutaoles châteaux de Baerenbur^ et de Tardun ; tous deux appartenaient au comte de Werdenberg Sar^zans , qui a^art commandé à Nœfels contre les Glarnais. La tradition répétait , et les chroniques ont recueilli de nombreux outrages prodigués par les commandants des châteaux aux hrîf>itants de ces contrées. Celui de P^erenburg forçait ies passants à mander avec le bétail dans l'aube des porcs; celui de Fardun envoyait pattre ses troupeaux à travers les moissons; et ferjn Chialdéraire ayant tué deux de ses chevaux, fut longtemps détenu pour ce fait ; enfin , le Eatlli de Guardoval , dans TEngadinc, exigea d'Adam Camopnsch qu'il lui livrât sa fille pour en faire sa concubine. Camogasch ordonna à sa ûlle de revêtir ses plus belles parures, et Bortit pour exciter les braves à la vengeance ; ils sVmfni^qiièrent niitour du château. Cependant Camogasch parut avec sa HUe; aussitôt le commandant se précipita vers elle ; mais il paya de sa vie cette dernière débauche , car le . fort fut surpris, et toute In ^nrnison • périt. Le commandant «le l anlun invita un jour Chtaldéraire à prtager son lepas, et, par un excès d'msolence, il endia dans les mets qu'il lui lit servir ; AHôs celui-ci saisissant son hdte d'un
bras vigoureux, iC contrnfs-nit h les mani^er lui-même, puis il insurgea le peuple et s' empara des châteaux. Le pays était d'ailleurs accablé par les continuel* les dissensions oui s'agitaient entre la ville de Coire, i'évéque , les Werdenberget les Raîzuns : il serait fastidieux d'en raconter les détails, il éclata une sédition dans Coire, et l'évéque , ob. igé de prendre la fuite par une porte dé" robee, ne fut réintégré pnr h inédiatîon de Zurich qu'après le pillage de son château. Il était bourgeois de ce tte cité; mais, voyant qu'elle ne l'appuyait que dans les limites de l'équité et de la justice, il conclut un traité avec les ducs d'Autriche pour mieux opprimer son peuple : la ville de Coire en surprit ' une copie qu'elle envoya h Zurich.
Cette dangereuse ail înnred'unepnrt, l'esprit inquiet de l'évcçiue de l'autre, enfin , la hautaine domination des employés des seigneurs , devinrent des causes de fermentation; de valeureux montagnards se rétmirent dans les forêts; mnis l'histoire a oublié le nom de celui qui le premier parla le langage de la liberté * il n'a d'autre monument que la république des Grisons ellemême. Les hommes les plus connus pour leur valeur et leur vertu se voyaieut la nuit non loin de Truns, dans une belle vallée, au pied d'une montagne escarpée. Ou dit que les chefs des villages étaient tous des vieillards à la figure vénérable , à la barbe grise; et l'on ajoute que Tabbé de Dissentis, Pierre de Pontaningen , seconda leur entreprise. On pensa gue l'ensemble et la force de la volonté contraindraient les seigneurs à la justice: tous les Rhétiens de la montagne , tous ceux des sources du Rhin s'entendirent; ils choisirent parmi eux lespitjs nncîens et les plus considérés, et les envoyèrent aux seigneurs pour leur notitier leur résolution, et pour en obtenir un« constitution libre. L'assentiment de ral^hé de Dissentis entraîna celui de Jean, Henri et Ulrich de Rœzuns.
Jean de Sax que , dans la guerre de Bellinzona, nous avons vu se déclarer pour Milan contre les Suisses, imita cet exemple, çar il avait besoin du
peuple contre l'évêquc et contre Henri ûe WerJeuberg. Les députa ne furent pas moins heureux envers un autre nerdeiiberg , Hugues de la bannière noire, le frère de relui qui nvait naguère combattu pour Appenzeii contre les ducs d'Autriche. Le seul récalcitrant fut donc Henri de Werdenberg à la bannière blanche; il écouta les conseils de subordonnés oriiiieilleux et imprudents ; ce qui ii'euipécha pas ses campagnards de Laax , les conimunes du pays de Schams et du Rhcinw.ild d'entrer d:ins la ligue. Ce fut donc vers le iniiieu du mois de mars 1424
âue Ton vit se rallier a Truns Pierre B Pontaningen, ubbé de Dissentis, les trois tVi l es EU;zuns, Jean de Sax, Hugues de VVerdenberg, les vassaux de Dissentis, les bourgeois d'ilanz , les habituntsdes vallées de Lu^netz, Vatz, Ftin)s, ceux deTruas,Tamin8,Sclianw, Tschapina, Tusis, etc.; les seigneurs, les magistrats, les anciens s'assirent sous le tilleul; la foule les entouniit; et, ievauL ies mains au ciel, uiijuia la lifnie suivante, qui existe encore.
« Sans distinction et à tout jamais, «nous sommes auîis et alliés; nos « corps., nos biens , nos terres , nos « soldats sont à notre disposition mu* « tuelie ; nous nous aiderons du con* m seil et des armes ; nous userons du « droit réciproque de vente et d'achat; a nous veillerons à la sécurité des «routes, et nous maintiendrons îa « paix. Nul ne pourra se faire justice « a lui-même , ni porter atteinte à la « liberté et à la propriété d autrui; on «devra s'en rapporter a la décision « du tribunal dont l'accusé est justi* « ciable, selon le droit et Tusage. On « respectera dans leurs personnes et « leurs propriétés les nol)les et les ro- « turiers, les riches et les pauvres. Oa «jure en commun qu'à la mort des « abbés de Dissentis, on ne portera ja- « mais aucun empêchement à !"élection « faite par les religieux , non plus qu a «leurs droits , revenus , libertés, et « Ton s'engage mémek tes protéger. Si « des rixes trop graves ou d'autres «causes dépassaient la puiss,?tif'p des «juges ordioaires, s'il eu réâuitait uue
« grierre , l'abbé nommerait trois ar- « bitres, les barons de Rxzuns trois, les « comtes de Sax tout autant, le RheiQ- « walddeux, Flims pareillement deux.
«Ces arbitres pourront, selon l'iin- « portaucc de la cause, s'en adjoindre « d'autres ; et si les voies de douceur « restent sans succès, la sentence qu'ils o prononceront devra ëire exécutée «contre îr> récalcitrants, au moveu « du concours de toute la ligue. » Un convint que ces afiàfres graves seraient décidées en assemblée générale à ïruns, et que, pour plus de solennité, rallianee serait jfjrée de nouveau tous les dix ans. Elle devait durer tant qu'il y aurait des montagnes et des vallées; et nul désormais n'y serait admis sans le consentement de tous. L'abbé réserva son alliance avec Lri, Schwyta et Unterwald; les barons de R'aezuns et le comte de Sax stipulèrent que rien ne serait changé à raocomplissement de leurs devoirs envers chacun. Cette fédération de montagnards ronaans et allemands a pris le nom de ligue supérieure, à cause de sa position géographique; et, dans In suite, elle a communimié aux trois unions rhétiennes celui de ligue grise ou Grisons ; soit parce que , dans une haute anti* quité, on appelait ^rûe.s- les plus hautes sommités des Alpes , soit parce que ce peuple avait coutume de se vêtir en gris.
Vers le même temps , et peut-être quelques mois plustot, les sujets du monastère et de la seigneurie de Raezuns, de Tomilicasca, du Heiuzenberg, et de ta plaine, se réunirent et se promirent un mutuel appui contre toute mjuste violence, lors même qu'elle viendrait de l'évèque ou des l>rîrons.
Les seigneurs de la liaute et bas^e Juvalta , oeox de Schauenstein et d*Ehr«n. fels , accédèreut à la convention , et il ne resta plus à l'évèque et aux frères de Uœzuns d'autre parti à prendre que de la confirmer et d'y apposer leur «ceau. Le même désir d*étre gouveméff avec justice pénétra au delà du Rhin chez les habitants des plus s:^uvnu'rs contrées, dans la grande comuiuao
d Oberraï , dans les fermes dispersées d'Avers, et jusqu'à Stalla , v;liage situé biea plus haut que la réji^ion où s'arrêtent les forêts. Furstenau, à reinboucbiire de TAIbula , et la vallée de Bergiin , ét^iient ; niiiiés des mêmes senîifnents: le tiel semble avoir tout relusé à ceâ niout.ignar(l.s ; ils ue connaissent aucun des biens auxauels trop souvent les peuples sacrifient les droits de l'humanité ; néantnoins ils envoyèrent leurs anciens à une réunion des Grisons qui eut lieu à liantz, et furent admis à participer à la ligue éternelle. La troisième fédération se forma dans les dix hautes justice <^ dans lesquelles régnait Frédéric, comte de Tockenkoiirg , celui-ci ayant conclu une alliance pour vingt ans avec Conrad Planta de Cernez, et avec les habitants de l'Enpadine, dans la vue de s'dttacher le peuple , et de se procurer des souUeos contre le duc d'Autriche , les barons delUezuns, et les comtes de W'erdenberg.
Cependant , malcrré le repos que ces ligues donnèrent nu. pays , K s AVerdenberg et Févéque de Coire étaient toujours en querelle. L*empereur Sigis* mond intervint pour que ces se-gneurs reconnussent tenir du chapitre de Coire Schams, Tomils, les châteaux êe Baerenburg et Ortenstein; mais le peuple n'avait point oublié la violence des châtelains. En vain Sisismond ordonna de le contraindre à rohéissance :
il fallut des excommunications soufent répétées et tbujours plus sévères; Sfhams ne s'en alarmait point, et ne Voyait dans ces actes de colère qu'un abus des ciioses les plus saintes ; toutefois on fut obligé de céder à la croyance des peuples voisins qui craignaient plus ces <innps spirituelles que le nombre des ennemis. La ligue de Truos fiâuva ces montagnards.
Hactino Visconti a?ait donné k Vëvéque de Coire, pour prix de l'hos^ î'ftnlitê qu'il en avait renie, la grande V tj|( >e (jti'nrrose l'Adda, et les contrées ^ui 7 du Spiugen , s'étendent vers le lac «e Gôme: néanmoinfis la suzeraineté ^n demeura au duc de Milan , et cette <iofiiition ne l'ut longtemps qu'ua titre
vain. Ces pavs étaient toujours di\ îs(^s entre les Gibelins et les Guelfes. Dans l'origine les premiers étaient les partisans de Tempereur; maintenant ils Tétaient du pouvoir en général, comme les Guelfes étaient devenus les sontjfiîs de la liberté. Les Giielfes obéissaient à deux caj>ilaines , les irères .Mcodémo et Francisco, fils de Tébaido; le chef de l'autre parti était Jean Rusca, fils de Fran liino , homme d'une rare beauté, d un mérite distingue, et jouissaut de toute la faveur du duc Philippe. Le parti guelfe n'avait l'avantage que dans le centre de la Valteline, où il se fortifiait du voisinage et des dispositions du pays de Poschiavo, qui reterait aussi de révéque de Coire. Le duc était en proie à l'inimitié de la ligue itilienne, particulièrement dn Venise, qui, maîtresse des mers, affermissait maintenant sa puissance sur terre : déjà la prise de Bresda et de Bergame avait rapproché la Valtejîne de sa dominntion. Georges Cornaro eut ordre de s en emparer, et il ne lui fallut que huit jours pour envaliiï tout le pays depuis le lac de Cdm&jusqu'à fiormio, conquête qui entraîna la somnission du val Sassina. Vetturi partit de ce lieu pour pénétrer au cœur du Milanais. Le succès inspira la confiance; une troupe de Vénitiens marchait avec un entier dédain de l'ennemi : des campagnards de liormio l'attaquèrent et la taillèrent en pièces dans les plaines de l'Adda, en un lieu que Ton appelle encore Funiarogo, parce que, dit-on, ils y brillèrent les morts. D'un antre c/>lé, Pierre Drunor marchait contre Vetturi avecjjne petite troupe dont les montagnes dis* simulaient la faiblesse, et que des cris, le bruit des tambourins et des tro'îipettes faisaient paraître beaucoup plus nombreuse. ^
Piccinitto , l'un des meilleurs capitaines de ritalie , suivit avec une mcroyable rapidité la rive occidentale du lacdeCome. Cornai u, a Sorigo, franchit un pont de bois, et parut dans les chamns qui divisent les maisons éparses de Delibio : là il eut affaireà un ennemi foxi trois mille hommes, qui t'é»
L'UNIVERS
tait retrandié entre le fleuve et la mon*
tagne, et qui le repoussa. Jean Rusca conseilla a Picrinino d'attendre les itinntiisnards qui, en etïet, prirent Cornaro en queue : son arniée iut fûi t maltraitée ; quelques fuyards regagnèrent Ber^aine par des sentiers de montagnes ; la plupart des chefs mirent bas les armes. Mais Venise, qui ue pouvait posséder tranquillement Bres* da et Bergame qu'autant qu'elle aérait maîtresse de la Valteliue , envoya surle-ciianip des forces supérieures sous le commandement de François de Gonzag;ue. La paix de Pannée 'suivante en maintint la souveraineté au duc de Milan , et stipula aussi rechange des prisonniers. On éluda ce traité , on feignit que Coruaro était mort, tandis que, dans les cachots, on le mettait à la torture pour lui arracher les secrets de Venise: il sut souffrir et se taire. Après un intervalle de plus de dix ans, il reparut au milieu des siens, et ils reçurent avec joie celui qui avait si noblement expié la faute commise à Delibio.
Mous allons rappeler quelques faits de rbistoire intérieure de la Suisse, et nous reprendrons ensuite la série des événements. L'hiver de 1434 a 143.» fut l'un des plus froids que l'on eût Jamais sçufferts. Le Uhin était ^elé dans tout fon cours ; on traversait a cheval te lac de Zurich et celui de Constance : on y voyait des traîneatix et même des chariots. Les magistrats de Zuricii rendirent une ordonnance qui défendait de faire aucun mal aux oiseaux que le besoin attirait parmi les boni mes ; cette ordonnance recommandait même de leur jeter du pain. Dans les montagnes suisses, quand un hiver rude est suivi d*un printemps trop doux, il arrive tonjonrs de î^randes catastrophes: le 4 mars de r;innée 143r>, le sol manqua 80U6 une partie de la ville de Zu^ ; la rive trembla ; quelques maisons s'en* tr*ouvrirent ; la population , saisie d*effroi, restait ou fuyait, selon que chacun écoutait ou l'intérêt ou la peur. A cinq heures du soir il se Gt une explosion soudaine; la terre laissa échapper des torrents de poussièfe : deux nies,
plusieurs tours et la muraille d*en> ceinte s^abtmèrent. Soixante personnes
périrent en ce moment : entre nutre.c , Colin, le chef de la république, le greffier "NVikard , et tous les titres de la ville. L'enfant de cet infortuné fut porté par les eaux , tandis que sa mère mourait en voulant le sauver. Tous le^ confédérés témoignèrent leur intérêt à Zug, et Zurich enyoytk sur-le-champ des chariots chargés de vêtements a de provisions. Depuis cette catastrophe, on agrandit la ville vers Tintérieur à l'opposite du lac.
Giarus offre, vers cette époque , un exemple remarquable de combat judi* ' ciaire Un homme riche elieminait vers l( uifon du ri; il était .suivi de son be.m -frère qui, dans la vue de s'approprier sa tbrtunt , le poussa au fond d'un précipice; mais Blumer, c'était le nom de sa victime , ne se fit aucun mal , sauvé comme par miracle. Il accusa Heintz, son beau-frère. Celui-ci eut recours à la calomnie : il répandit parmi ses parents le bruit que RItimcr se rendait coupai)le du crime honteux de bestialité; que, Payant surpris, il avait résolu , pour l'honneur de la fa* mille , d'en faire justice lui-même et sans éclat. Biumcr nia le fait: on romparut devant les ju^es : de pari et d'autre, les assertions étaient pareilles; de f)art et d'autre, même apj>areiic8 de sincérité. Dans le doute, on résolut de s'en rapporter au jutjemptit de Dieu; et, le 12 août 1423', tous les habitants de Glarus , de Tun et de l'autre sexe , moins les parents des deux champions , se rendirent au lieu où se faisaient les exécutions. Le iandamman Tschudi y présida soixante Juges : les deux beaux -ftms entrèrent dans la lice demi-nus et le glaive en main ; et tous les assistants adressèrent de ferventes prières à Dieu pour quM fît trioiapiier i i nnocence.Le signal donné, la lutte s'engagea ; enfin Blumer atteignit Heintz, et lui porta plusieurs coups de pointe qui lui enlevèretit l'espérance de vivre. Aussitôt il confessa son crime à haute \uu, soupira et mourut.
Un d«9 effets du oonclle de Gons*
SUISSE
tance fut In pro'îpprité du commerce marches eiiTers les confédérés. Enfin,
de Saint-Gall et rrg"<nidîsspment de on annonça solennpîlpfnent le jour de cette ville; en el'fetraiiJuence des etran- la décision ; là, les depuies é\\ pijpnzeil gers fut telle à Constance, qu'elle arrivèrent sans aucun pouvoir. Alors avait à loger quatre ou cinq fois au- les confédérés réunirent la population tant de monde qu'elle en pouvait con- à FîniKiwyl; mais ils eurent beau prêcher, presser, supplier, les Appenzellois répondaient toujours que Dieu et leurs bras les avalent fait libres ; qu'il n'était pas besoin de jugemènt pour cela. Fn vain on changea le jour et le lieu où l'arrêt de\ail être prononcé; l'abbé fut le seul qui déclara s'y sou- De la sorte, elle put acheter les liber-, mettre. EnQn Je36inai 1421 , lesjuges tés les plus importantes , acquérir des décidèrent que la ligue d'Appensell
tenir; la fabrication des toiles, qui faisait i,d principale industrie, en fut interrompue; les ftibrlcants cherchèrent un lieu moins incommode, et s'établirent à Saint-Gall, qui sur-lechamp ajouta plusieurs rues h Tancieune ville, et vit doubler ses revenus.
propriétés, et devenir ville impériale.
Consumée par les ilammes, ses habitations de bois firent place à de belles maisons en pierre, et pour qu'il n'y eût plus de toits d'étèles ou de chaume, la ville fournit des tuiles aux pauvres.
A l'époque oà Henri de Mangisdorf fût è\evé à l'abbaye de Saint-Gall, Ap-
penzell refusa de jurer obéissance à ses iïaiJiffs, et de payer les impôts et les revenus. Ces montagnards pensaient qw CUnoa y avait renoncé par sa tyrannie, et qu'ils avaient à jamais re* conquis ces droits par Ifnr vnleur.
Plusieurs autres communes imitèrent cet exemple. Quoique l'abbé eût préftré le jugement des villes de Souabe, parce qu'il doutait de l'équité des Suisses, i! fallut bien s'en rapporter à ceux-ci, et même les supplier d'acxîepter cette mission qui n était pas de leur godt ; car on ne pouvait manquer fîr (! éplaire à Appenzell oude méconnaître la justice. Toutefois les deux parties leur ayant donné plein pouvoir, ils acceptèrent: Zurich, les Waldstetten, Zug et Glarus nommèrent quatorze juîies , la plupart élevés en diLMiité, et connus pour leurs ImincKs et leur probité, ils mirent plu^ de dix mois bnt à étudier raffaire qu'à des essais de conciliation entre les parties, qu'on fiiisait venir tantôt à Rnden, tantôt à Zucr, tant(ît à Saint-Gall ou à Luccrne. Les quatorze allaient vers le prince abbé, puis ils revenaient près des montagnards. Le prince et les Appcnzellois ne néglilgeaîeot pas non plus les dé-
était vnhible, ainsi que les traites conclus par cette li^ue; ils fixèrent à 25 marcs d'argent, raclietubles par 650, les redevances envers l'Empire , désor* mais enj^auées à l'abbé. Ils réservèrent les droits ide l Einpire et de l'empereur; ils évaluèrent encore d'autres droits en nature, et firent des règlements sur remploi de la dîme; enfin ils res* pectèrent les propriétés particulières de l'abbé. Ilérisau fut autorisé à se racheter de ses prestations.
Cette sentence, empreinte du cachet de l'équité, déplut aux deux parties; car l'abbé aurait voulu qu'on lui soumît Appenzell, et Appenzell, à son tour, aurait désiré un atlranchibisement complet de tous les droits de l'abbe: aussi les habitants n'y eurentils aucun égard, disant que Dieu était pour la justice, et que la justice c'était la liberté. L*abbé se plaignît au pape, à Tempereur, à l'évéque de Constance, aux confédérés; le tout en vain. Les avert issements que donnèrent ces derniers ne fui eut pas ^lus efficaces. Zurich alla jusqu'à dire que si Appenzell refusait encore Tobéissance, on l'abandonnerait comme parjure.
On ne voit pas la moindre trace de soumission , et cependant on voit deux fois Appenzell franchir le Saint-Gothard pour assister les confédérés dans leurs guerres d'Italie. Enfin, en 1425, les foudres ecclésiastiques entreprirent ât vaincre cette résistance : I évéque de Constance fulmina une bulle d>xcommunication au nom du pape ^Tartin Y, et fit défendre de due l\
L'UNIVERS
messe, de célébrer des mariages , de
donner rextrême-onction, ni d'assister les mourants. Il fut interflit à tous les chrétiens d'entretenir ius moindres rapports avec Appenzell ou avec Tuii de ses habitants. Ceux-ci se réunirent, firent comparaître les prêtres, et chassèrent ceux qui ne voulaient pas continuer leurs fonctions. S'il arrivait que Tnn d'eux prononçât des malédictions, on le tuait. Quant aux indécis, on courait chez eux, on les menaçait de coups. L'absence de relations avec le voisina<^e n'était |)as un embarras; tant que Dieu laisserait croître l*herbe , tant qu'il y aurait des troupeaux , de In laine et du lait, on ne s'en inquiéterait pas. Mais dès que les Appenzellois apprenaient que quelqu^un avait mat parlé d^eux, qu'il filt seigneur ou paysan, prêtre ou laïque, u rava'ze;i!P!it ses propriétés, pillaient ses biens, prenaient ses gens, et remontaieiit dans leurs solitudes chargés de butin et joyeux du succès. Ils disaient qu'au beisoin leur patrie serait leur cimetière, et au'ils sauraient y défendre leur liberté contre Punivers entier.
L'abbé de Saint-Gai! se vit contraint de fuir fî:ins In forêt Noire; révé(]ue de Constance éprouva aussi les effets de icur vengeance.
Alors s*eleva contre Appenzell un nouvel et dangereux ennemi, c'était Frédéric de Tnckenbourç, le citoyen de Zurich, qui i etait aussi deSehwytz.
Cette dernière alliance étant arrivée à son terme, les Appenzellois, ne se sentant plus retenus par aucun lien, reçurent quelques-uns de ses sujets dans leur ligue, et firent des actes de violence contre ceux qui étaient leurs ennemis. L*abbé de Samt-Gall , Kgloff de Rliarrr. se servit de ces faits pour irriter Frédéric de Tockenbourg. A peu près dans le même temps, d'autres vassaux de Tockenbourg f rent admis à Glarus. La guerre pensa éclater, maïs des arbitres furent nouimés. Le cofute était soutenu par Zurich ; les conféde-i rés jugèrent que Glarus avait eu tort : Ils engagèrent te comte à recevoir sans châtiment ceux qui reviendrai^nt, à oondition qu'ils lui prêteraient foi et
hommage dans le délai d'un moii.
Cependant Frédéric marcha contre Appenzell à la tête de quinze cents hommes, et vint près de iMaj^cieiiau. .
Un autre corps longea les montagnes du sud de 1 Appenzell, passa par Gambs-Sax , descendit par le Rheintnai et pur Alstet(en, se dirigeant vers Gais, en traversant le célèbre champ de bataille du Stœss. Gais, que fréquentent aujourd'Iiui les voyageurs, est situé au pied du Gaebris,' au inih'eu de vastes
i)rairies ; du sommet de la montajy^nei a vue s'étend sur tout le canton d'Appenzell, parcourt ceux de Saint-Gali, et de Thurgovie, le lac de Constance, la Souabeet le Rlieinthal. A l'est soiit les montagnes du Vorariberg et du Tyrol; au sud les étemels glaciers.
Gais est dans le fond; il ne faut que trois heures ftour se rendre à Appenzell par Trogen, Speicher et Vogliseck. Le comte de Tockenbouri^ voulait irriter son ennemi, en faisant parcourir ses limites par deux armées.
Il espérait qu'en attaquant l'une et l'autre, les Appenzellois partageraient leurs forces.
Frédéric n'avait point encore assemblé to(nes ses forces; la division qui se trouvait dans le Rheinthal apprit que la bannière d'Appenzell se portait contre lui à Hérisau. Elle crut que le pays qu'elle était chargée d'observer était dégarni, et courut Toccuper; mais, soit (jue les Appenzellois ne l'eussent pas encore (juitté, soit que, pour éviter une surprise, Haussent gardé Gais, l'ennemi fut déçu dans son attente, et sur te champ de bataille du Stœss il trouva la population dans une position avantageuse : il v périt beaucoup de soldats de TocKOubourg; le reste s'enfuit à Alstetten.
Frédéric l'ayant appris , donna à tous sescapitames Tordre d'accourir, reçut des volontaires de Zurich, partit de Magdenau, Ht le tour des Rodes extérieures au nord-ouest , et vint jusque dans les plaines de Gossau, a environ ime lieue de Hérisau, oui en était séparé par une forêt que oes piétons pouvaient à peine j)arcourir« Ka même temps, le comte Ht opéref
SIJISSÉ*
nne fnusse attnqnc sur TTrn.Tfîdicn : il voulait ainsi couper la rout^ , ou, si la bannière était déjà près de Hérisau, b faire rétro/^rader pour la défense dQ pays; enfin il pouvait espérer qu*Appenzp/l même serait surpris. Ces soins furent infructueux, les Appenzellois
grdaient tous les accès. Il sufUt des bitants de Hundwyl et d'Urnaeschen
f)Our repousser Tattaque. Cependant e f îllage de Gossan était In proie des fbmmes; Frédéric voulait à la fois le punir et attirer son ennemi dans la plaine. A cet aspect, h la vue de qael* ques troupes de ïockenbourg, on ne put plus contenir la bouillante jeunesse de Hérisau: elle s'élanoa des rctranehenients et se précipita sur renneiui, dont la poursuite fût racile; mats quand on vit tout à coupf à rissue du bois, Frédéric à In trfe fie forces supérieures ft en bon ordre dr l^ntaillc, felfroi i^^a'^na les imprudenU vainqueurs. Cependant ils se montrèrent braves, et moururent en combattant; il en tomba fjfiatrp-vingts : nn? ne se rendit, et la l}in}[iivi-(' fut rapportée au retranclieuiL'iil; cuiiu la foret fut si bien gardée, que Fréléric, ne jugeant pas convenable de pousser son avantage plus loin, s'en revint à Saint-Gall.
Trois jours plus tard, Frédéric essaya de pénétrer dans le pays du cote de Bernang et par Hobeneek : là périrent aussi ceux qui le combattaient avec le plus d'impétuosité; mais il ne put entrer dans leur patrie. II avait perdu beaucoup de monde; la neige vint : an secours des Appenzellois ; d^illeura j les châteaux du Rheintlial n'avaient 1 plus ni portes ni fenêtres; if se pourrait que Frédéric eût manqué d«* Iol'Cnient; il se retira donc au couvent à ' Hagdenau.
' Cependant Zurich et Scbwytz engageaient cessivement les confédérés a contr iiiidre Appenzell à rol)éissnnrr'.
Après i atlaire de Gossau, beaucoup de volontaires de ces deux cantons allèrent Joindre Frédéric de Tockenbourg. Les confédérés, voyant le danger, obtinrent une trêve de quinze jours pour négocier la paix à lîeckeiïried. Liri et laterwald témoignèrent beaucoup
d'intérêt à h caiîso d' \ppen7c1l , et rtiiver rendit inipossii)le la reprise des hostilités. Au printemps de 1429^ les députés de Bdle, de Sâiafïhousen, d« Saint-Gall, ceux deConstance et d't'lm, (les deux villes qui étaient à In tête de la fédération souabe). vinrent se joindre à ceux des confédérés, pour presser enfin la conclusion du traité. Dans Appenzell, les hommes les plus sages désiraient l'exécution de la sentence des quatorze. C'est à ce parti qu'on en revint, sauf quelques modifications commandées par le tem|)s. Les arréra* ges dus à Tanbé de Saint-Gall furent évalués en argent ; il fut obligé de lever à ses frais Pexcointnunicalion. L'evéque de Constance s'engagea à envoyer son coadjuteur pour consacrer de nouveau les églises, et des ecclésiastiques pour donner l'absolution, même à ceux qui avaient tué des prêtres. Otte paix, conclueà Constanie,eutpour effet nouseulement le repos, mais une véritable amitié, qui dura tant que vécut l'abbé É^îloff Blaurer de Wartensée. Ce fut niéuie à la demande de ce prélat (jue l'empereur concéda aux Appenzellois le droit de haute justice : ta liberté faisait tous les jours de nouveaux progrès, et les liabitants rnehctèreiit successivement beaucoup de droits exercés sur eux par des nobles étrangers.
Jusqu'ici nous avons vu la liberté suisse se développer; l'histoire ne nous a fait cofmaître que des traits dt' patriotisme et de dévouement : partout où la fédération est menacée, la nation naissante accourt sans égard au nombre ou à la valeur des ennemis, et la Providence elle-même semble protéger ces nobles efforts. Désormais des dissensions, des guerres intestines vont diviser les oonrédérés : Tambition et la soif d'acquérir obscurciront leurs antiques vertus, mais du moins l'héroïsme ne les abandonnera jamais; et si nous avons à génnr quand nous verrons Ziirich et Schwytk s*attaquer avec acharnement, et les ducs d'Autricha se faire des alliés parmi les des! endants de ceux qui avaient brise leur joug, d'un autre côté les fastes de cette république fédérativa l'enrictii*
L'UKIVERâ.
ront (îps trnpbprs de Saint- Jacque<? , de Granson , de Moral, et de tant (1*311tres que la postérité admire encore.
Ce rat la mort du dernier comte de Tockenbourft et le partage de sa succession qui donnèrent lit u h ces agitations^ et plus tard eau sci ent l'intervention de i'Aulnche et de la France. Finédérie expira le 30 août 1436, ne laissant qu^un fils îltégitimr, sa veuve et des collatéraux, et n'apnt fait aucune disposition qui pût régler les prétentions de^ uns et des autres, ni aétermîner les droits de Zurich et de Schwytz, avec lesquels il avait conclu des traités de conibourgeoisie, en stipulant certains avantages en leur faveur.
Zurich, qui prévoyait les désordres, conséquence inévitable de la mort prochaine de Frédéric, lui avait adressé une députation à Feidkirch, oii il était entoure d*uoe Ibule de ^rents avides.
Le bourgmestre de Zurich, Rodolphe Stussi, y .'ivait aussi envoyé son fils, jeune homme fort vain et peu dij^ne d'appartenir à un inamstrat aussi distingue gue Tétait son père. Ce jeune homme nit la risée de la cour à cause de son sot oriîurii, et quant à sa mission, il ne pouvait même la comprendre, comment Teiit-il accomplie? 11 s'aperçut bientôt qu'il était en butte aux railleries des seigneurs, en avertit son père et se retira. D'un autre côté, Frédéric de Tockenbourg venait de perdre à Zuridi un procès assez important.
Telles étaient les dispositions de mu* tuelle défiance , quand vint le mes>:iîz;<*. On lui représenta que, vu son grand âge , le terme de sa vie pourrait n'être pas éloigné , que le traité de combourgeoisie liait ses héritiers pour cinq ans, et que Zurich avait intprrt h connaître. On ajoutait que depuis 25 ans , il tenait a titre d'engagement la seigneurie de Windeck, d'abord de l'Autriche, puis de l'empereur, et que depuis plus de huit ans , l'empereur en avait permis le rachat à la ville de Zurich; avantase qu'on ne jugeait pas à propos de différer.
Le comte ré()ondit froidement qu'il aviseraiti il indiqua une conférence à
înqMrlIc n«;sisteraient des envoyés de Berne et de Schwytz; car plus il se refroidissait envers Zurich , plus il tenait à sa liaison avec Schwytz. Alors ce canton avait pour landamman Ital Reding de Hibberegg, arrière-pptit-fils de celui dont les conseils assurèrent la victoire de ISlor^aiten. Ital Reding était fort riche, et ses qualités populaires lui avaient concilié l'estime de tous ses concitoyens , à tel point qu'on eût dit q^^u'il régnait dans ce canton démocratique ; il était courageux , entreprenant, infatigable, et di^ne en tout d'être te rival de StUSSl et de faire échouer ses projets.
Jjù Rhin divisait en deux portions les domaines immenses de la famille de Torl(enbourg. Sur la rive gauche elle possédait, outre les vallées dont la reunion compose le pays qui porte son nom , la Marche de Tuken , la seigneurie d*Uznach, la seignenrie de Windeck et Gaster, les châteaui de Nydberg et Freudenberg, Sargans, le chûteau de Wartau , le Rheinthal, enlin beaucoup de vassaux et de terrée, dans la Thurgovie. Toutes ces contrées sont belles, pittoresques, fertiles; elles entourent les montai^nes d'Ap« penzell. Au delà du Rhin, Frédéric de Tockenbourg tenait les bords du lac de Constance, Montfort, Feidkirch, Musinen, Waligau, les forets de Brogenz , Mayenfeld , le château de ISlarsciilin;enQn l'étroit passage du Rhéticon et le cours de la tanqoart lui ouvraient l'accès du pays des dix justices, qui maintenant forment le tiers de la répuMiffue des Grisons.
Au jour indiqué comparurent à Rap-> perschwyl cinq membres du conseil de Zurich ; des députés de Sch^ vtz vinrent pour défendre la ranse rîp F'rédenc;eniiii ceux de Berne y siei^eaient tant comine nicdiateurs que comme concitoyens des principaux int^wés.
On reconnut avec Schwytz qu'il était impossible dVxii^er du comte qu'il choisît sur le ctiamp son héritier , et l'on adopta un nouvel ajournement. On se revitdonctrois mois plus tard etSolear^ aussi envoya ses députés . Cette foisZuridirenon^ à/aire expliquer F rédérie
SUISSE
sur rifistîtution d'an héritîert mais
elle exigea que le peuple de Tockenbourg jurât immédiatement d'observer Talliance pendant cinq ans après la mort du comte; ou demanda que ce serment filt prêté par jas magistrats, et Ton exigea comme sûreté , sinon la remise du château de \\ inrjp( du moins un titre qui en assurât la possc^ssion k Zurich. Poar que le comte de Tocke])bouig pAt nommer un héritier, il fallait que Tempereur l'y ntitori^nt:
il obtint facilement cette faveur. ïn déric oe fit qu'une réponse évasive aux prétentioDS de Zîiricn, et deux années s*éoouIèrent aa milieu de ces intrigues, b comtesse espérant trouver un appui dans cette ville, tniin , le comte s'etant reodu à Sarga^s avec son neveu ^Volfbardde Brandis, quefevorisaientNioolas de Wattewyl , banneret de Berne, Tt il Redinç et JeandeYberg, landammail de Scnwytz , il déclara devant ses conseillers, devant les bailli Is de Tockenbourg etUznach, convoques à cet effet, que Brandis lui succéderait dans ces f/euv pays, a charge d'observer envers Zuncli l'alliance de cinq aus , et de jpnlar avec Schw)'tz une éternelle et mvioiable combourgeoisie. Néan* moins cette déflaralion ne futque verbale; le secret fut recommandé à tous, le comte se réservant d'en rédiger le titre dès qu'il aurait déterminé ses parents à renoncer à leurs prétentions pour une indemnité^ en argent; mais tout cela ne décidait rien , car il répondit aux Zurichois, inquiets du réultat de cette réunion, qu'après sa mort ils eussent à s'adresser a la comtesse. On croit que Frédéric éprouvait un maiiu plaisir à jeter tout ie monde dans l'incertitude, et qu«il se complai" sait à ridée du désordre qui suivrait sa fin.
Dès qu*il eut fermé les yeux , Frédéric d'Autriche, qui résidait à lusprucà , se réjouit de cette occasion de tacheter les terres qui , dans de mauvais jours , avaient été cnL'nL^ées aux Tockenbourg : Zuricli s'apprêta à prendre Windeck ; mais Schwytz les devança tous, et reçut à Tuken le serinent des habitants de la Marche su*
^ WraUon, (Suisss.)
péricure que Frédérie de Todtenboo»
lui avait donnée en signe d'amitié.
L'empereur voyant que ce s^^igneut était mort ab intcslat^ prétendit rentrer dans tous les Uets masculins , et en disposer comme de terres appartenant à l'Empire. Quant aux vassaux, ils se réunirent pour se donner une administration conunune: le Pretti- ' gau surtout jura une fédération dont Ks conditions sont semblables a toutes celles qui ibndèrent ies républiques suisses. ^
La comtesse ût, de son coté, plU'»
sieurs dispositions : d'abord elle prolongea pour tout le temw de sa vie l'alliance de cinq ans avec Zurich; puis elle donna à cette ville Uznach et Schmérikon , ne s'en réservant que l'usufruit. Quant à la lourdeGrunau, selon Tintention de Frédéric , elle en confirma la possession à Schuytz.
Mais quand les magistrats de Zurich voulurent recevoir le serment d'Uznadi , les habitants s'y refusèrent, alléniiant qu'il fn lait p'réalablement décider si la comtesse avait eu le droit de disposer d'eux. Ce refus, dont rien ne put vaincre l'opiniâtreté, mit le bourgmestre de Ztirtch en grande colère.
Savez-vous bien , s'écria -t- il , qite vous nous appartenez, vous, votre ville, votre pays, vos fortunes , iuutfJuaqcL'a vos entrâmes» lis répondirent froidement : Nous verrons,
Zurich ne fut pas j>Ius heureuse en offrant aux habitants de la seigneurie de Windeck le droit de bourgeoisie.
L'Autriche avait déjà déposé le prix du rachat, et tout ce pays était disposé en sa faveur. Zurich demanda Tiotervention de Schwytz, et probablement ce fut pontàe forcer oe canton à s*explii]uer : car déjà ses dispositions lui étaient suspectes. Le laudamman répondit que l aftaire était assez grave pour être traitée en assenibiée générale, et qu'il enverrait la réponse :
mais cette réponse ne vint pas , et Zurich comprit le silence. Apres quelques négociations , le duc d'Autriclie était rentré en possession deSargaus , Frcudenberg , ?Ivdberg , Windeck et We* sen« dont il avait opéré le rachat.
i-'UIîIVKR8.
Mais les campagnards de ces contrées É'acoonimodaient mal de cet état de
choses qui nt^ leur promettait niicunc sécurité : ils eurent recours à Schwvtz et a G arus : le duc lui-même , bien aise d'être eousuité, permit au pays de Gaster et de Sargans de conclure (iné alliance de trente ans. Otie nc-
gistrats, jurer une allfanee avec ieurs
cantons, lis parcoururent en<^!!itn !a pays, continuant à recevoir les serments. Le duc d'Autriche reproclia vivement aux Zurichois la conduite qu'ils avaient tenue envers Sargans, et leur refusa toute prétention sur Wihdecl4. Les-licritiers se disputaient
gociatiun n'était pas terminée quand . toujours la succession, lorsque Tena- Zurich interdit toute communication pereur imagina de disposer en fsiveur
avec Gaster et Sargans : le bruit se
répandit que cette ville envovnit une année; les campagnards y opposèrent ûfie autre armée, et repoussèrent le continrent de ia ville de Sargans quMts accusaient dMnfidélité à la nause de la liberté. Le duc se plaignit en vnîn de in condtMte de Zùricli; elle réclama Windeck que fempereur lui avait promis, et dit qu'el e pouvait ouvrir son mardié à qui il lui plairait. Sargans refusa d'accéderàralliancedeSchwytz, et le duc la rcda bientôt à Henri de
du comte de Schlik, son chancelier, des fiers mascu ins qui, disait-il, ne pouvaient appartenir a la veuve; il lui donna donc le Tockenbourg, Uznacli, la Prettigau et te pays de Davos : ce fut dans cette affaire,*déjà si embrouillée, une nouvelle complication.
A Zurich, lorsqu'on vit comment , par un traité d'alliance, Schwytz et G larus s'étaient emoarés de Windeck, Uznach et Tockenuourg , comment les lettres impériales ellcs-m^mes dé-
truisaient toute espérance de posséder
Werdenberg, dont le père Pavait ven- Windeck, on se sentit profondément
due à TAutHche. Schwytz et Glarus cfrensé,rt, malgré la rigueurderiii ver,
fournirent a Henri l'argent du rachat; on envoya des troupes sur la fron-
7 iirîch négocia avec les campagnes, ci tière. Schwytz en fit autant, Glarus
conclut une alliance d'a^jrès laquelle l'imita. Toiite la coufeaération en lut
Walilenstadt, Plums, Milz, Ragatz, effniyée, et le 81 décembre vinrent à
Groptsciiîn, ne feraient jamais la guerre Zurich les députés de Berne, Lucerne,
coî^trf" elle, et ne donneraient passage à Interwald et Zug; ils supplièrent de
personne pour l'attaquer. On se d<'vait retirer les troupes et offrirent leur mé-
{iréter secours mutuellement cuutre diation. lis allèrent ensuite à SchwytE
^Autrtelie; si les chilteaux étaient re- ^<i!t à Glanis, et obtinrent à grand^-
[)ris par les habitants, ils seraient en tout temps ouverts aux troupes de
Zurich.
Schwytz ne put voir de san^-froid que Zûnch, contre le gré du souverain au pays, et an moment où il avait autorisé son alliance avec ce pays, le gagnât de vitesse pour exercer dans ces contrées une plus grande autorité que le souverain lui-même, de telle sorte que Talliance projetée devint impossible. Aussi , le jour même où le bourgmestre naviguait sur le lac de Wahlen- ^adt pour aller recevoir les serments , Ital Keding et Ulrich Wagner, de la part^de Schwvtz , et de !n part de Glarus , Jost Yschudi <t Jean Galiati, réunirent près de Waltwyl les habitants du Tockenbourg, et leur firent, malgré quelques bésilations des. ma*
peine que l'on se soumtt à la décision que rendraient les confédérés dans une réunion indiquée à Baden, et dont les délibérations ne devaient pas durer plus de quinze jours. Cependant les Iiostilités continuaient et les habitants de Gaster prirent Wesen et s'emparèrent de deux bàtuuents zurichois pendaîit qu^on traitait de la paix. L'amet^ tume s'en accroissait de jouren jour| et In dipte allait se dissoudre, qiinnrî 1rs fiqiutés des villes se rendirent de nou\ eau à Zurich , tandis que ceux des cam|)agnes allèrent à Scbwytz ^ à Un^ ten^vald. On indiqua une autre réunion à Lucerne; Zurich s'y montra plus exigeante que jamais; Henri de Werdenberg venait de conclure avec Sdiwytz une alliance pour toutes ses seigneuries; d*uii autre cdté lespar«
SUISSE
*'«in5 fîf 7À]r\rh ne cesFrîient û'nzW iiour die, et Glarus, pour empêcher ces mouvements, (il marcher trois cents bommes sur Quarten. L'exaspération était telle à Lucerne, que Ton ordoima que désorm.iîs 1rs afiaires se ir niterment pnr écrit, car les injures les plus gra ves a va leu t ete pro lérées pa r le bourgmestre Slussi contre Scbwytz. Esperez'vous , dU*U* remporter sur Ztt* rich aux y put (les confédérés de Zug: il est vrai qua JielUnzona vous avez réparé vos fautes; Colin et PuïUiiier en dépOMeraient nXannagnuola nê Iffs eût tués avec quatre cents autres braves. Lucerne aussi vous doU de fa reconnaissance; vous lui avez épargné des frais de transport: elle a vu revenir MUT deux bateaux ses guerrière < qui enrempUssaient sept a leur départ. La réponse de Scliwytz fut noble et élevée, celle de (ilarus amère et ironique. Sliissi , le bourgmestre, était originaire de oe paya : on lui rappela la bassesse de sa naissance et la nouveauté de sa noblesse. On examina ^ucressivetnent les griefs reciproçjues:
enfin les quinze juges prononcèrent ;(ie l atlianœ de Sdiwytx avec le Tockenbourg serait maintenue, si dans trois fois quinze jours Schwytz prouvait à siargans le feu comte 1 avait permise; mais eette allfance ne regar^ dant que Schwytz , le serment prêté aux Glarnaîs serait regardé comme non avenu , à moins que les luTiliers du comte ne lui rendissent sa l'orce en étendant jusque-là la permission donnée par leur auteur. Il fut jugé que Schwytz né devn't nurune réparation pour (Jznaeh, attendu que Zurich n'en était point en possession ; de plus, que Winoeck avait pu être compris dans l'alliance de l'agrément du duc, à moins i]ue Ziiricîi ne prouvât que la taculté du rachat iui appartenait. On s'abstint de prononcer sur Sargans et Grunau, piiee que le ex>inpromts n'en parlait pas, et Ton déclara mal fondés tous les autres reproi'iies que s'adressaient ies parties..
SLurieh Ait irritée et surtout humf* Kéc duoetto sentence. Une disette étant •wvtBiw, toi ooimnuflications avec
Uznach et le Haster furent fîo nou»
veau interciites, et l'on à une modique ration ce que pourrait acheter de grains chaque liabifant de Schwytz, de Glarus ou d*Rinsiedein. Schwytz, cependant accomplit les conditions imposées, et l'alliance fut ctendiif à Glurus par les héritiers réunis à t eidkirch. Il fut même stipulé que si jamais ces héritiers voulaient aliéner leurs domain"??, Schwytz et Glarus auraient l;i préférence. l\a comtesse de Tockenboui'^ avait renoncé a toute ré* damation, et par <ionsé[fuent les droite que Zurich prétendait tenir d'elle s'évanouissaient, liai Kcding donna lecture de toutes ce^ pièces , (juand il fallut comparaître de nouveau à l.ucerne; la colère de Zûridi s*en accrut; el quand la conduite des cainpaf^nards de Sargans donna lieu à une guerre avec l'Autriche, elle s emuressa d'y prendre part : elle considéra comme rupture quelques vexations des baillifs envers ceux qui lui avaient prêté serment. Les confédérés se reumreat à Zug, et interdirent toute hostilité avant qu*on edt épuisé les voies de conciliation. Il était trop tard. Irrité des violences (les paysans, Ulrich Spiesz, baillif de Freudcuberj; , exécuta une sortie, lit des prisonniers et emmena treize cents têtes de bétail. On déclara ^ la guerre à Zurich , à Tévéque de (.'oire et aiix G risons : alors vinrentà Schwytz et a Glarus des envoyés de Zurich | ils demandèrent le passage pour faire la guerre centre le duc d AutriclM, affirmant que Henri de AYerdenberg ne serait l'objet d'aucune hostilité: le passage fui accordé; mais ^wytz ai Glarus ne purent se décider a une coopération active. La réunion fut indiquée à Sehméricon; l'armée arriva dans trente bateaux, sous le commandeineiit du bourgmestre Stussi : elle traversa Uznach sans difficulté; mais les habitants du Gaster résistèrent, disant qu'ils n'rtrcordernient point de passage contre ie duc d'Autriche leur seigneur, à ceux qui leur avaient coupé les vivres dans la disette. Les envoyés deSi'bwvtz firent cesser la résistance:
cependaùt ils ue louniirent ni câbksi ni
chevaux poor fratner les bateaux vers le lac de Wahlenstadt , et les Zurichois eurent beaucoup de ppine à remonter la Linth. Quelques jours après ils prirent JNydberg et Freudenberg. Les bruits les plus alarmants se 'répandirent; on croyait aue Scbwytz allait envahir les bords mi lac pour intercepter l'armée de Zùricli. Aussitôt cette ville envoya dix-huit cents hommes aux frontières , au pied du mont Etzel, prés d'EinsIedeln. Schwytz, de son côté, fit occuper l'Etzel , la Mnrche et Uznach. 11 était résolu déjà que dès que Tannée de Ziirich attaquerait le comte Henri , on lui couperait la re« troite. L'exaspération* était c^ande; les avant-gardes s'insultaient nuituellement. Les confédérés prévinrent les malheurs dont on était nienMïé , et telle fut la modération de Schwvtz, que ce canton consentit à ce qtie tes députés décidassent, snns sa participation, les ditïerends du comte Henri et de Zurich, a raison des su ets qu'elle avait reçus à eonibourgeoisie sans son conspiitement. Le commandant de Freudenberg ne voulut entendre à aucune proposition; il brava tous les dangers, toutes les menaces, et, sans la trahison qui débaucha sa garnison , il ne serait point sorti du château. Quand il fut parti avec six braves seulement , on y mit le feu, et les ^ûrichoîs revinrent à Waleijsiadt.
L'abbé de Saint-Gall perdait à l'alliance du TockenhonriîavecSrhwvtzet Glariis plusieurs avantages. Le bourgmestre Stussi sut profiter de son mécontentement, et ce prince allait être reçu 1)0(11 iicois de Zurich , quand Schwytz prévint cet événement eu promettant de respecter tous ses droits , et en concluant avec lui et la vilie de "Wyl un trnité (i'nliiaripe pour vingt ans. Entin le concile de Bàle s'interposa pour établir une trêve entre Zurich et l'Autriche, car une guerre pouvait compromettre la sûreté des communications et la prospérité du commerce de tout le pays. Mais il ne fut pas possible d'obtenir la paix , parce que aune part, le duc s'était assuré que la plupart des cantons observeraient Gdèlement la trêve conclue pour cinquante