‹ Histoire et description de la Suisse et du TyrolChapitre 21 sur 32 · LES GRISONS · texte numérisé non relu

LES GRISONS

Ce canton, adjoint à la fédération en 1798, y tient le quinzième rang.

Jusque-là, ainsi que nous l'avons vu, il était république alliée de la Suisse, à laquelle le liaient d'anciens traités, mais il en était indépendant, et faisait souvent la guerre ou la paix pour son propre compte, ce qui l'exposait à de ftéquentes invasions. lia pour limites, à l'est, le Vorariberg et le Tyrol; au sud, la Louibardie et l'ancien État de Venise; à l'ouest, les cantons du Tésin, d'Uri et de Saint-Gall; enlin, au nord, Glarus, Saint-Gall et le Vorariberg. Sa plus grande longueur est de vingt-huit à trente lieues, sa plus grande largeur de dix-sept à vingt; on estime sa superiicie à cent quarante milles d'Allemagne carrés. Il y règne la

f>lus grande diversité de cliinat : sur es hautes montagnes des neiges éternelles, et dans beaucoup de vallées un ciel d'Italie; mais ce climat est fort sain partout où les marais ne gâtent point l'atmosphère par leurs exlialaisons : souvent aussi la chaleur concentrée dans des vallées trop profondes compromet la santé des habitants; mais ce sont de rares exceptions. Nulle part on ne trouve de si brusques transitions de la nature riante et tertile aux imposantes horreurs des montagnes et

des glaciers; il n'y en a pas moins de deux cent quarante et un, et, en une multitude d'endroits , ces glaciers , s'attachant aux rochers, descendent à plusieurs milliers de pieds au-dessous de la ligne des neiges. La plupart sont fort vastes, et lorment de véritables mers de glace. L'Inn porte leurs ondes au Darnihe et à la mer Noire; le Rhin les entraine vers l'Océan septentrional; d'autres alimentent l'Adige, et d'autres encore le Poschiavino, la Mera, la Mœsa, l'Adda, et rejoignent le Tésin, le Pô et l'Adriatique : géographie vraiment poétique, science sublime qui élève l'miagination et la reporte aux extrémités de l'Europe; mais nieutot elle se concentre de nouveau et s'attache sans distraction aux beautés dont on est entouré. Les alpes Ilhétiennes ne le cèdent point au Saint- Gothard; elles traversent les Grisons; elles rejoifjnent celles du Tyrol et de la Cariuthie. Une chaîne latérale s'étend du Crispait aux limites de Glarus et d'Uri jusqu'à l'extrémité du lac de Wallenstadt; une autre sépare de la Valteline Chiavenna, Bre^ell et la haute Kngadine. La mémoire, parmi tant de noms, retient ceux de l'Adula, du Bernardin, du Splu^en, du Septimcr. Il y a beaucoup d'oiseaux daus les

tao Luj^i

Grison9, entre antres le teemmergeyer et l'aigle, he sanglier et le cerf sont très-comrauris , ainsi que les loups , 1rs chamois et même les ours, dont on mange la chair. Lies eaux sont fort poissonneuses, et le sanmon remonte jusque dans les torrents.

L*élp\ r thi bétail y prosprre comme dans tout le reste de la Suisse; on compte environ quatre-vingt-dix mille bêtes à cornes, cent mille moutons, soixante et dix mille chèvres , et une quantité infinie de porcs. Les chevaux n'y réussissent pas au même degré.

On cultive le seigle, le maïs, l'orge, le chanvre. Il y a des endroits où Tamandier et le figuier croissent fort bien ; mais le cerisier est Tarbre le plus Utile, à cause de Texcellente liqueur qu*on exporte en grande quantité; la vigne a aussi ses succès, mais seulement à Mayenfeld et n Cnirr L'agriculture ferait plus de progrès s'il n'y avait pas tant de terres communales et de pâturages , si les propriétés étaient plus divisSes. Le bois est très-commun ; on l'exporte en ïyrol et vers les lacs italiens; mais il y a un grand nombre de forêts dont on ne peut tirer parti parce qu'elles sont inaccessibles. Le transit est très-considérable, ainsi que le passage des voyageurs, qui, de Constance, se rendent en Italie. Du restée, l'industrie est peu prospère, et les mines mêmes sont incomplètement exploitées , encore ne le sont-elles guère que par des étrangers. Les revenus de l'Etat sont évalués à deux cent quinze mille neuf cent trente et un florins, la dépense à cent soixante-huit mille trois cent neuf; tel fut du moins le résultat des comptes présentés en 1829. Le nombre des habitants est de soixante et douze mille neuf cent quatre-vingt-deux , dont les deux tiers sont de la religion réformée; l'allemand est la langue parlée par environ vingt-six mille cinq cents.; dix mille son! Italiens; enfin tous les autres ont un dialecte roman qui est fort nncien , et dans lequel des savants , entre;ujtrcs Kiebuhr, veulent reconnaître l'étrusque primitif, supposant que la Toscane a été conquise, dans les temps que

rhistoire n*atteint pas, par les montagnards de la Rbétie, et que les Grecs

venus d'Asie Mineure, et ç|ui passent pour les fondateurs des villes étrusques, ne formaient qu'une petite minorité au milieu de ces grandes populations. D'autres auteurs pensent, au contraire, que les Rhétiens, et par conséquent une partie des Grisons, sont des Étrusques qui se sont retirés dans ces montagnes, lorsqu'ils furent expulsés de la plaine par 1rs Gaulois Insubriens, fondirteurs de Milrui. Quoi qu'il en soit de ces iiy^theses, la langue romane est exclusivement pa^ lée a Ilanz et dans les environs.

Les Grisons se divisent en trois ligues : la grise, celle de la maison de Dieu , et les dix justices. Celles-ci sont encore divisées en une infinité de petits États , ayant chacun sa constitution particulière. Ce canton e<;t donc une fwlération de républiques dont le pouvoir souverain eàl le produit de la majorité de tous les suffrages collectifs. Les dix justices élisent leurs maîîistrats pour l'administration de la justice et de la police inférieure dans les communes. On y établit telles lois que l'on veut, pourvu qu'elles ne soient pas en opposition avec les lois générales qui réi^issent le canton ; elles élisent leurs membres au grand conseil , et jouissent du droit d'accepter ou de rejeter les lots, les traités, les alliances qui ne leur conviennent pas.

Chacune des justices peut changer sa constitution si les trots quarts des citoyens en sont d'avis : on soumet alors les dispositions nouvelles au grand con'-eî!. Celui-ci est composédesoixantecinq membres; le petit conseil assiste à ses délibérations avec voix consultative. Le grand conseil nomme les employés et les représentants du canton; il est juge souverain des contestations entre les communes, et reçoit les comptes du petit conseil, iry a de plus une commission du |s;ouvemement de neuf membres, aussi nnriimrs par le grand conseil. Le petit n"a que trois membres qui exercent le pouvoir exécutif, administrent le pays et veillent à sa sûreté. Il y a un tribunal

d'appel général pour tout le canton , ce qui n einpéche pas que, pour certains cas et dans certaines localités, il n'en isiste d*autres. Il règne aussi

quelque complication de compétence pour les affaires criniinelIpQ, On jouit des droite de ciloveii des uu un entre dans sa dix-septfème année; mais il faut vingt et un ans pour être éligible. Les deux tiers des dignités et des emplois appartiennent aux réformés. Les Grisons donnent deux mille hommes au contingent fédéral et douze mille francs de Suisse. Les communes ont le droit de conférer les plnees de pasteurs; mais un synode examine les sujets, et peut les suspendre et les exclure. Il y a un évêque à Coire; il dispose des cures, à rexception de celles de Pusclave et de lîriis, qui appartiennent à révéché de Coine. Le canton a fait d'énormes dépenses pour rétablissement des routes du Splugen et du Bernardin ; on a bâti aussi un très -beau pont sur la Plessure, à Coire.

Cette ville , appelée Quera en langue romane , et Chur en allemand , a quatre mille cinq cents habitants; elle est assez mal bâtie ; les rues en sont étroites , les maisons irrégulières. Le palais épiscopal fait à lui seul toute la naute ville; il a son enceinte particulière dans l'enceinte générale , et les tours du mo3Tn âge dont elles sont flanquées produisent un bel effet au milieu de ces hautes montagnes dont la Yille est dominée. L*église passe pour être du neuvième siècle; on cite aussi celle de Saint-Martin , qui sert aujourd'hui aux réformés. On soutient que Coire renferme des monuments romains; entre autres, les tours appelées Masœl et Spinvil : on gratifie la première d'une ridicule étymologie; Masœl serait Mars in ocu&s. Celle du nom de la ville est au moins plausible : Curia Rhœtorum. Constantin le Grnnd l'aurait ainsi appelée pendant son séjour. Il parait certain que Tévéehé y fut établi dès le milieu du cinquième siècle. Coire est la patrie d'Angélicn Kaufmann , dont les tableaux sont si recherchés ; elle y naquit en

1741 ; son père était meunier dans la forêt de Brigenz.

En descendant du Saint -Gofhard vers l'antique abliaye de Dissentis, on

marche à travers d'arides et profondes vallées, dont les flancs dépouillés n'offrent que de tristes pâturages. Le petit lacd'Oberalp est au jiied de Timposant glacier de Baduz , qui , de l'autre coté , envoie ses ondes à la source du Rhin antérieur. La naissance de ce fleuve majestueux a quelque chose de mystérieux ; il semble que sa destinée , soit de n'avoir ni origine, ni embouchure bien connue : il se perd à sa fin, et ne se trouve pas quand on recherche le lieu d'où il sort; produit du tribut de ruisseaux et de placiers, il part, majestueux déjà, deReichenau; mais c'est quand il a rassemblé toutes ses ressources et réuni dans un seul lit ses ondes cparses , à la différence du Rhône qui jaillit de son glacier et court à travers le Valais, sans déguiser son origine ni son nom. Trois noms divers et tout autant de branches du fleuve se confondent en un seul.

D*abord dans la vallée de Dissenti^, non loin de l'abbaye , et quand les prairies ont pris la place du sol pierreux des montagnes, on voit accourir le Mittel-Rbem ou Rhin du milieu, qui se joint au Yorder-Rhein ou Rhin antérieur, issu des lacs de Toma et Palîduica , et grossi par les torrents de Cormicâ et Kamerthal. D'autres courants encore descendentde la vallée de Sumvix et de celle de Lu^nez ; mais la plus belle partie du Bhm, le îTînter-Rhein, s'élance du iihmvvaid, derrière le Muscheilhorn et le Bernardin, reçoit à Tusis TAlbula qui vient de Davoz et de Domlessch , et va rejoin- ' dre aussi Reieheuau. Le Rhin, qu'on me passe l'expression , y est constitué à Coire ; il prend la Plessure, à quelqiu's lieues plus loin la Lanquart , et désormais il sert de limite à la Suisse, et ia sépare du Tvrol et du Yorarlberg jusqu'au lac de Constonce. Les lieux que nous venons de nommer sur son passage méritent tous d'être visités, surtout !n vallée de - Lungnetz et les bains de Perd, situés

L'UNIVERS

au fond d'une gorge étroite ; ils ne sont guère fréquentés que pai* les habitants du pays. La vallée de Saint- Pierre est richement boisée : laGlenner mugit au fond d'un précipiœ affreux dont les l)ords sont revêtus de broussailles , ce qui empêche que Pescarpenient ne donne des verti^;es : c'est le chemin du Bernardin ; il faut, pour y parvenir, marcher souvent dans une neige ramollie; et , tandis que le soleil darde ses feux brillants sur la tête du voyageur, il souffre du froid, et perd la resni ration à cause de la raréfaction de l'air. Là sont rassemblées , comme des débris de la nature, des roches en décomposition , h travers lesquelles s'inHltrent les eaux. Kniin on arrive à une grande route ; et , dans ces solitudes même, on retrouve la civilisation. Celle du Bernardin vient de la vallée appelée Rlieinthal , et redescend dans celle de Misocco vers la Micsa; elle est partout à l'abri des avalanches, et partout la pente est douce et facile. La hauteur du col est de six mille quatre cent trente pieds ; vers le sud est le village du Bernardin , consistant en douze ou quinze misérables maisons seulement; mais il y a des bains très-fréquentés dans la belle saison. Il n'a pas fallu moins de cinqliaute-deux ponts sur les précipices de Reichenau jusqu'à la Maesa ; ils sont tous en pierre. Le roi de Sardai^ne a contribué pour une forte somme a toutes ees dépenses,

aui ont été principalement à la charge es cantons des Grisons et du Tésin.

La route du Bcrnardiji communique avec ce canton et le lac Majeur; mais il en est une autre encore qui se sépare de celle-ci , longtemps après avoir quitté le Rheinthal au villape du Splugen, et descend dans les États d'Autriche en Lombardie. L'une aboutit au lac Majeur et à Bellinzona , l'autre au lac de Come et à Chiavenna. Toutes deux sont des chefs-d'œuvre de l'art ; elles s'appuient à des murs ele revêtement , passent dans des galeries de rochers, se plient et se replient sur elles-mêmes. Souvent un obstacle subit empêche d'en juger la direction ; le voyageur croirait alors que sa

voiture va se précipiter dans ces abîmes, dont il ne devine pas encore le fond.

.Te ne connais rien d'étonnant comme la route de Chiavenna. A peine on a échappé à ces horreurs, que l'on se voit en Italie , sous un ciel du Midi. La ville est bien bâtie ; elle a six églises , un vieux fort que la tradition donne aux Gaulois, que les Lombards ont agrandi, un beau château , puis des caves dans le rocher; usage assez générai dans ces régions où il se fait des crevasses profondes, et des grottes dont les ouvertures servent d'abri et de lieu de repos aux propriétaires de ces jardins suspendus aux flancs des montagnes. La route du Splugen est garantie contre les avalanches; elle est si douce que rarement il faut des chevaux d'aide.

L'hospice est devenu une douane où les Autrichiens visitent les voyageurs.

La vallée d'Avers offre aussi un passage, mais il n'y a point de route. La paroisse de Crista est à près de cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer.

La Via Mala est commune à l'une et à l'autre route; elle conduit au Splugen aussi bien qu'au Bernardin : on y entre du côté de Tusis , ou plutôt on s'y glisse entre deux parois de rochers immenses, presque inclinés l'un vers l'autre. Ce sont comme les portes de cette terrible solitude. Le Rhin disparaît en certains endroits ; c'est à peme si l'on voit l'ouverture de l'abîme au fond duquel ses ondes se brisent sur les pierres; et il estdescendusi loin dans ce gouffre, que someut l'on voit, sans les entendre, bouillormer ses flots et son écume. En beaucoup d'endroits, l'ouverture qui permet de le deviner plutôt que de l'apercevoir, semble n'avoir que deux ou trois pieds de large : des troncs d'arbres renversés se prennent entre les rochers, et, couvrant le fleuv^e, font obstacle à la vue qui ne le retrouve qu'à quelque distance de là. Cette route est l'une des plus grandes merveilles de la Suisse; ses ponts sont efï'rayants d'audace. Les travaux exécutés près de Tusis pour la construction de la nouvelle route , n'ont pas été favorables à ce que cette partie de la Via Mala avait de grandiose et de pit-

toieMRie. C*est un ravissant contraste ne r aspect subit de la vallée de ©omiescng , l'une des pins vertes et des

S lus jolies des Grisons. Le iUiin, comme itigoé d^afoir été brisé et lancé de roc èn roc, •embtes'yieiioser; il promène son onde avec quelque lenteur. Wtv^tdeux villages garnissent ses bords et le pied des montagnes, ou se disposent SB amphithéâtre sur le Heinsenberg.

Ce site romantique eet animé encore J>ar les vieux cbâteaux dont les ruines imposautes ont quelquetois reçu des hamtatiolas modernes : les manoirs de la fvlaine n'ont point été détruits, et les plus beaux sont ceux que baifiue le khin. L'on arrive ainsi par Uaezuns et ik)naduz jusqu'à ileichenau. hà poiHHm de c«te petite ville est hnposiible à décrire : le cliàteau est nu confluent des deux lUiins; à la fin du siècle dernier, lo bourirniestredeCoire, Tscharner, y etabbt un pensionnat:

le célèbre sSscfaoltke, l'historien de la Suisse , y donnait des leçons. Un jour, ut jeune inconnu se présente, et de-

mande à être reçu ; il portait un pe .

paquet au bout a un bâton. La fdtisài dont il paraissait accablé, rîntérôt qu'inspirait un extérieur simple mais distingué, le firent accueillir; et M. Chabaud devint maître de littérature française et de niathnnatiques. Le duc d'Orléans demeura longtemps dans cette maison toujours ignoré, toujours sous le nom de M. de Ghabaud-Latouf, Cm ' mandant des gardes nationales du Gai comme lui fugitif, comme lui en Suisse : les élèves qui étaient si fort attachés à lui, étaient loiii de ^eih ser qu'un jour leur mattre devrait 1 son patriotisme et à ses liantes qualités plus encore qu'à sa naissance, l'honneur de présider aux destmées de la grande nation pour laiîuéHe il étm (Jéjà combattu, et dont les armes alors jetaient la terreur dans ces vallées. Le souverain fiardc soigneusement encore dans les archives de la famille royale, le certificat délivré au professeurCttàbaud , et sa bienveillance s'est attachée à un nom qui fut le sien.

Ce canton, le seizième de la fédération , a pour limites , à l'est , le canton de Ziirich ; au sud , Zug et Lucerne; à l'ouest, Berne, Soleure et Bâle; au nord , le Rhin qui le sépare du grand-dni lié de Baden. Sa superficie est de trente -huit lieues carrées; le nombre de ses habitants de cent soixante-neuf mille neuf cent quarantecinq ; le sol est , en général , fort montueux, m.'iis très-fertile. Le Jura s'abaisse toujours plus , et les cimes les

i>las élevées sont ici le Gyseifluh et eWasserfluh, dont aucune ne dépasse deux mille neuf cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Les principales rivières sont : l'Aar, la Limmath et la Reuss; il n'y a qu'un lac, c'est celui <le llallwyl. On récolte beaucoup de fruits , de vin et de céréales : le chanvre et le lin réussissent bien, et les prairies artificielles, jointes aux patufages naturels, permettent d'élever un

§rand nombre de bestiaux. Dans les .^stricts de Mûri et de Baden il y a de

la tourbe : le fer et les carrières de marbre et d'albâtre produisent des richesses minérales. Les eaux de Schinznach attirent un grand nombre d'étl1il^ gers; enfin de nombreuses voies de co!n?nunication rendent le commerce florissant. Le drap , la toile , les rubans, les indiennes occupent les fabriques. Les habitants sont très* actifs , mais on leur reproche un esprit tro[) processif. Il y a deux cent quarante - trois communes qui , en y ajoutant les demeures isolées, comn^ tent vingt mille cinq cent trente-troii maisons ; les protestants sont en majorité. On a quatre mille trois cent soixante -quatre chevaux, vingt-sept mille cent dix-neuf vaehes , sept mim neuf cent vingt-trots bœufs, quatre mille six cent q^iarante-quatre montons , vingt-six mille cinq cent soixante et quatorze porcs , et environ dix-huit cents chèvres. En 1839, les menas de rittat s'élevèrent à six centdix-hutt mille neuf cent cinquante-six irancsy

L'tNIVEflS.

8 revenant des domaines, de la dîme, e4a rente foncière, des impôts, droits

régaliens, etc.

République indépendante dès l'année 1803 , Aarau entra dans la ligue , mais n,'y fut incorporé que plus tard. Cecan» ton , tel quMI est aujourd'hui , se compose de l'Argovie inférieure , du comté deBaden, des bailliages libres dudistiat de Zurich, appelé Kelieramt, enilu du Frifiktbal réuni à la Suisse en 1803. It y a en tout onze districts* Le ponvernement est une démocritie re-

{ïresentative ; le grand conseil exerce a souveraine puissance. Avant 1830, il se composait de cent cinquante membres , dont moitié catholiques. Les électeurs de district en nommaient quarante-huit; le i^rnnd conseil luimême cuiquantc-deux ; enlin cinquante étaient élus par un collège électoral composé de trente membres. I-cs fonctions étaient conférées pour douze ans , (le manière à ce quç tous les

âuatre ans il sortit du conseil le tiers es membres ; mais , après une révolutien de douze ans, le renouvellement devet>ait intégral. Dans l'Argovie, comme dans le reste de la Suisse, le grand conseil délibère sur les projets de loi , reçoit les comptes du petit conseil , vote les impôts, nomme les députés à la diète. Les réunions ont lieu deux fois par an dans Aarau ; mais , à moins de prorogation prononcée par le petit conseil , ( lli s ne peuvent durer plus d'un mois. La présidence appartient au bourgmestre en fonction ; à son défaut, à son collègue. Le petit conseil est composé de treize membres élus pour douze ans dans le sein du grand conseil : il faut qu'il y ait au moins six catholiques et six réformés.

Il exerce le pouvoir exécutif et administre; à raison de quoi ce petit conseil se partage en commissions ou sections, selon la nnture des affaires.

Il y a dans chaque district nn grand bailli pour Texécution des lois et la sunreiflance des employés inférieurs, et, de plus, un juge de paix qui juge et qui concilie. l e tribunal de première instance se comiiose du grand bailli et de quati e autie^ membres \ le tribunal

d'apçel de treize magistrats , chaque rehgion devant y avoir au moins six

membres. T.e canton d'Argovie ne connaît ni privilège de naissance , ni privilège personnel ; le service militaire est obligatoire pour tons. Il fournit deux mille quatre cent dix hommes au contingent tédérnl , rt rifiqijante-^îeux mille deux cent douzr tV iiics de Suisse.

Le clergé dépendait autrefois des évéchés de Bâte et de Constance; aujourd'hui il est soumis à un conseil ecclésia.sfiqne. Les célèbres abbayes de Mûri et de Weîtiniicn existent toujours. Les pasteurs reforméi» se réunissent tous les ans sous la nrésidence du boui^mestre de leur religion. Le gouvernement fait de grands sacrifices pour Pinstruction publique. La maison de. correction à Baden , et celle des aliénés à Kccnigsfelden , sont très-biea tenues. Aarau possède une école mili-.

taire jpour l'exercice des troupes ; et les bataillons de la milice y passent, chacun à son tour, un temps déterminé.

Le 6 décembre 1830 , la ville fat ■ occupée par des citoyens armés de Mûri , Bremgarten , lîaden et Lenzbourg; ils amenèrent avec eux leurs orateurs; et, sans commettre aucun désordre, ils exigèrent des changements dans la constitution , mais surtout le rapport (Vun décret dti grand i conseil qui s'était constitué l'arbitre i de ces cnangcmciits : ce conseil fut obligé de s*assembier sur-le-champ et de se déclarer provisoire , en attf'noant que les élections eussent produit une assemblée constituante. Dès que cela fut fait , les insurgés se retirèrent en bon ordre : leur volonté fut exécutée , et voici quelles furent les principales modific.'îtions opérées par cette revision: souveraineté du peuple, égalité des citoyens , aptitude de tous aux emplois , à^noins qu'étrangers à la Suisse ils n'aient pas encore six ans de résidence. Le nombre des membres du grand conseil est porté à deux cents.

Chacun des quarante-huit districts en élit quatre : or, il faut que l'un de ces quatre puisse prouver qu'il possède une fortune de six mille francs, le second de quatre aube, le troisième

by GoogI J

SUISSE

de deux mille : quant au quntrième , il n*est pas nécessaire qu'fl ait aucune ressource. Le gmml conseil lui-même choisit les huit membres qui manquent enrorp 31» nombre total , en observant le plus posiïsibic de maintenir la balance égale entre les deux religijons. Il n'y a point de cens électoral; on n'exclut du droit de voter que les fai^lis, les mendiants et les repris de justice. Le grand conseil nomnve le petit dans son sein, et les membres des tribunaux en choisissant iodifTéremment parmi tous les citoyens; c'est lui qui fixe les traitements et les émohimcnts de tous les fonctionnaires. Si, dans le temps prescrit, le petit conseil ne rédige pas les projets de loi que lui a demandés le irrnnd conseil , celui-ci a le droit d'initiative; il élit un président qui a toujours le droit de le convoquer , quoique cette attribution ap* partienne plus spécialement au petit conseil. Ce derruer a neuf membres , y compris le iandamman et le gouverneur; ils ont tous séance au grand conseil, mais ils ne peuvent en être ni président ni vice-président. On a inis à la téte de chaque district un administrateur. Le tribunal supérieur n'a que neuf membres, non compris les suppléants. Aa bout de dix ans, la constitution sera revue, modiûée et scimiîse de nouveau à l'approbation du peuple.

Le clief-tieu du canton parait une fort jolie ville quand on n^en voit que les quartiers situés*en dehors des murs; mnis tout ce qu'ils renferment est vieux et hideux; elle estau milieu d'une pliine étroite, resserrée entre deux lignes de montagnes aux former bizarres, et dont les roches se dessinent avec beaucoup de hardiesse en croupes et en pointes d'un aspect fort aij;reable.

Aarau est entourée de belles maisons de campagne ; les quartiers nenfs sont propres, spacieux « les maisons très-élégantes. Le pont couvert de l'Aar est fort bien construit; uneseuleéglise reçoit les deux cultes. Les fabriques donnent un

grand rtiouvement à la population. La ibfiothèque publique est riche en ma* miscrits, et M existe une grande quan-

36* Wruism, (Stnssx.) .

tité de collections p^irticulières d'histoire naturelle et d'objets d'art. Les sociétés savantes «'occupent de This* toire nationale et de la propagation des connaissnnres usuelles. Anrna est la demeure du célèbre /.schoiike , auquel on doit tant de bons écrits , et qui est à la fois romancier, historien et littérateur distingué. C'en est assez pour expliquer rimpiîlsion donnée à tous les genres de travaux. L'Etat a acquis la belle collection d'oryctognosie de M. Wanger , si riche en cristaux et en pétrifications. Les cabinets zoologîques et ornithologiques s'augmentent chaque année des dons que leur font les membres de la Société d'histoire naturelle. On y peut étudier des espèces que Von chercherait en vain dans de plus grands établissements.

Des squelettes d'oiseaux ont été ajoutés à cette collection.

Les palais du gouvernement et du grand conseil ont été bûtis tout récemment ; ils sont d'une noble simplicité. Ce fut dans Aurau que , le 2^ janvier 1798 , pour consolider la £édé ration contre Pidée révolutionnaire « les treize cantons et leurs alliés , moins celui de Baie , firent de nouveau le serment mutuel. Plus tard , quand cette ville eut été le siège du gouvememeitt helvétique, elle devint Tobjet de ia haine publique; et ce ne fut- pas sans peine que, dans l'insurrection de 1802 , les chefs parvinrent à empêcher qu'elle ne fût mise à feu et à sang.

N'oublions pas de dire que la Gazette d'Aarau jouit d'un grand crrdit en Suisse et en Allemagne, et qu elle est presque la rivale de celle d'Augsbourg.

Le Fricktbal est, sous le rapport pittoresque, fort peu digne de nire partie de la Suisse : rien de plus monotone et même de plus îiiaussade que la route de Bâle à Schattnousen , si l'on en excepte toutefois Rheinfelden.

La situation de cette petite ville au milieu du fleuve, la vieille tour du château qui repose sur la pointe de rtle, et semble écraser le pont, comme si elle en chargeait les piliers, et la course rapide du Rhin , composent un fort Joli tableau. Plus loin on

L'UNIVERS

admire aussi l'aspect de Seckingen, qui se présente avec son double clocher sur la rÎTe badoise , au milieu d'une riche plaine que domine la route assez élevée du rivage suisse. C'est la patrie de nilustre François de Seckingen , de ce chevaleresque héros de la reforiBation, dont rhistoire du eeizième siècle a tant vanté les lumières et les exploits, et qui remplit toute l'Alleiiiagne de renommée. A quelques lieues plus loin est Laultenbourg , où le Rhin, encaissé et Interrompu par des roches de granit, s'élance en écumant vers le bassin inférieur. Ce nVst point , il est vrai , une chute , c'est un gouffre de tourbillons et de mousse se brisant contre une niultitude de rochers. Les saumons qui remontent le Rhin franchissent ces obstnries;

3uelqucrois ou les voit bondir, et, 'un vigoureux coup de queue, s'élancer vers la partie supérieure. C'est là . qu'est orf;anisée la capture de ces aventureux voyageurs ; l;i ville même y a établi une pèche, qui rapporte environ quinze cents francs, ce qui suppose qu'il passe un nombre considérable de saumons : car beaucoup d'antres encore «-r font j)reu(lrr dans les pays qui sont vers les sources du fleuve et dans les rivières afiluentes : or il faut , pour cela , qu'il en arrive des caravanes fort populeuses. Le passage de Ijiuffenbourg n'interrompt pas la navif^ation d'une manuie absolue comme la cataracte de Schaù iiousen :

on attache à un câble les embarcations qu'on veut faire descendre ; à force de précautions on parvient à rrtnlilir les communications. La ville est |::w tnf:rc en grand et petit I^auffenbourg : un pont les rejoint. La double enceinte et M» tcnirelles du moyen âge qui l'entourent sont d'un effet très-pittoresque.

Le Rhin embellit d'ailleurs toutes les , contrées qu'il |)arcourt.

La route de Frick et de Hornussen , fersAarau ouversBrugg, n'a pas de compensation à son aridité : il semble qufl jamais on n'arrivera. Mais, au bout d'une journée de marche, on retrouve la Suisse dans toute sa majesté.

Rien n'est plus beau dans la nature,

plus grand dans l'histoire, que les eoniluents des rivières qui se réunissent dans TAar avant de porter au Rbin le I tribut des Alpes. Mon loin de BrofUi la Reuss s'avance avec calme vers Te grand fleuve; ce n'est [)lus cette onde torrentueuse qui faisait mugir k& | Schellenen , ni cette rivière qui rcnsis* sait tout à coup avec vigueur dans le port de Lucerne; elle coule mai ntenaat le long dp collines l)oisées, et forme, avec le bassin de l'Aar, une sorte de presqu'île. Là sont les vestiges dérintique Vindonissa, hmiorée d'une iiiefi* tion de Tacite : c'était comme la c^îpi* taie des Romnins dans ce pays. Les ruines en attestent la grandeur : elle couvrait tout le sol sur lequel sont aujourd'hui Brugg , Kœnigsfelden , Altenbouri; , Fahrwindisch , Gebis* dorf et Ùausen. On voit les restes d'un vaste amphithéâtre, et les aqueâucs romains conduisent encore Icni | vde la montagne de Rraunieg au cfltt* Tent de Kœnigsft Iden, à plus d'une lieue. On a découvert à Windiscli , vil- | lage dont le nom est évidemment la corruption de Vindonissa, des lia* tuettes d'or et d'argent, et une im-.

inrnse quantité de médailles des empereurs , prineip;ilemer«t dp Vespasien.

Attila et ses Huns détruisirent cette vaste cité : cependant i I en resta encofs i une assez grande partie pour que Ton pilt en faire le siège d'un évrchn. En 594 , le roi franc , Chi'ld<d)crt , en acheva la destruction, et Tevéche fut transféré à Constance. On continue à faire des découvertes, à déchiffrer des inscriptions. On peut lire à ce sujet le brl ouvrage du savant Haller sur les ' antiquités de l'Helvétie; mais il est de i 181 1 , et depuis, les objets les plus précieux pour la science ont accru lei | collections d'antiquités. Vindonissa ligure dans les itinéraires sur la route de Milan à Wayence. Le eonvent (1« Kœnigsfelden est en partie bâti de ses raines. C'est là que la redoutable ves* peance d'Acinès mêlait à la dévotion les sentiments les plus haineux : à quelques pas plus loin périt Albert, assassiné par son neveu : les lieux n'ont presque pas changé d*état, et to voya- {

SUISSF.

geur, qui s'est fait un ( ompaguon de route de Jean de Miiiler, peut ranimer toutes ces soèiMS et renosciter à son ohoiK les temps les plus éloignés.

A qnrlr^je distance de Ij on tphcontre la Limmath, dont le nom rappelle toiyours Ma^séna et ia bataille de géants qui délivra la Suisse dè Parmée russe. Cette rivière est belle lorsqtiVIlp s'écoule par une prntr nsspz rapide au pied des débris du château et devant les maisons élégantes du

Suaiiier des bains. Cest dans ce vieux onjon que deux Léopold méditèrent , l*un au commen -PTiienl, l'autre ù la fin du quatorzième siècle, la perte des Suisses. Le premier s'enfuit de llorgarten , le second demeura sur le champ de bataille de Sempach. Baden a aussi ses nu' nés et ses souvenirs ro* mains. La chaleur des rniix est de S7 à 38 d^rés. Les grands bains , situés sur la rive gauche, sont destinés à la bonne compagnie; ceux de la rive droite ont de plus vnstrs bnssiiis où se plojifient pêle-méle paralytiques et ^ blessés. Ces pauvres ^ens sont secou- ' rus par le psnteur qfii reçoit des dons de toutes les parties de la Suisse... Les femines^qui veulent devenir enceintes, doivent aller s'nsscoir dans le b.iin public sur le trou de sainte Verene, et y rester plusieurs heures. La mat-

son de correction de TArgovie est située dans i enceinte de la ville. Lors-

20*00 descend de Brugg vers la rive roite de i'A«r« dont le rivage se

serre peu à peu contre une collîne , on aperçoit à sa gauche sur ta bauteur le vieux manoir de l il lustre famille des Habsbourg; puis, quand on pénètre plus avant dans le bois , on se sent romiiK» suffoqup d'une forte odeur sulfureuse qui annonce le voisinage de la source. SciiinznacJi a de fort beaux établissements; Tauberge est vraiment un palais: aussi voit -on accourir de tous les pays d'Kurope ceux qui ont à guérir des maladies cutanées ou des plaies invétérées. C'est à bchmznach que fut instituée, en im, la Société helvétique; elle fût ensuite transférée à OIten.

Le canton d'Aarau ne n n ferme qu'un seul lac, celui de Hallv»}!, qui a deux lieues de long sur une dnnllieue de lar^e : ses bords sont charmants; ils offrent les baies et les i ndes les plus pittoresques. T.e vieux château de l'illustre famille de Haliwvl est situé à la pointe septentrionale ou Jac, dans une espèce d'Ile que forme rAabach en sortant du lac. On n'a point ce fut un Uallwyl qui

commanda i avaat-garde à MoraL

THUHGOVIS.

Ce canton, situé dans la Suisse orientale, a pour limites, à Test, le

lac de Constance ; au sud , le canton de .Sarn'-Grill ; à l'ouest, celui de /lirich; enlin, au nord, le Khin le sépare du grand-duché de Badeo. Il a de dix. à quatorze lieues de long sur une largeur moyenne de quatre à cinq lieues. Ses limites sont en général fort pittoresques, et peu de points de vue sont comparables à ceux dont on jouit des hauteurs qui dominent le lac de Radoifszell et la délicieuse île de Reichenau. Nulle part l'ft il n'est fatigué de l'aspect de plaines luonotonfâs : tout le ua}:i est partagé en collines et en valtéès fertiles, où l*on voit alterner les cbampSt la vignCt les vergers, les prai-

ries, et les forêts m^me ont l'air de petits bosquets. Le climat est trèsdoux. Les rivières principales sont la Thur qui a nommé le canton, la Sitter qui s'y jette a Bischofszeil, et la Murg . qui baij^ne Frauenfeld , la capitale du canton. ILy a aussi quelques petits lacs ^ intérieurs, tous fort poissonneux, par exemple celui de Steineg^ ou de liutuyl. tn 1833, la population était de quatre-vingt-trois mille cinq cent quatre-vingt-quinze âmes, dont soixantecinq mille deux cent quarante-deux réformés, et dix-huit mille trois cent cinquante trois catholiques. L elevedes bestiaux est en grande prospérité: d'après les dernières données, la Thurgo* vie possède deux mille cinq cent cia«

BS8

L'UNITBRS*

quante-trois cbevaux, huit mille sept cent soixante et douze bœufs , sept cent soixaote-iieaf bœuft gras, treize mille cinq ceot cinquante-sent vaches, cinq,

mille cinq cent onze betes maigres, deux mille cent soixante et dix-neuf moutons, treize cent soixante et dix« Iluit chèvres, et dix-huit cent vingt-huit porcs. Le revenu total de l'État était, en 1829, de cent trois mille deux cent quatre-vingt-un florins. Le commerce est très-florissant , la fabrication trèsaetive, les communications avec l'Allemagne sont rapides et peu coûteuses.

Le rnnton de Thurîî;ovie est le dixseptiemede la fédération , dans Inquelle il fut admis en 1798. Il est divisé en huit districts : FrauenfeM , Arbon , Bischofszell, Dissenhoven, Gottlieben, Steckborn.Tobel etWeinfelden ; à leur tour, il sont répartis en trente-deux cercles, et les cercles en niunici^jalités.

Tous lescito^irens ont des droits éjsaux : d'après Tancienne constitution, il suffisait , pour faire partie des nssemblées politiques, d'être maieiir vl de posséder une fortune de deux iiiiiie. Horins; on en n'exceptait que les rem is de justice, les faillis. Tes interdits et les. mendiants. Le conseil peut, par un décret , conférer les droits politiques à un étranger. A vaut iâ30, la souveraine puissance appartenait à un grand conseil de cent membres; il v avait, pour y entrer, un triple mode d'élection : les assemblées de cercle, un collège électoral spécial, enfîn le grand conseil, faisaient des choix. Là, comme ailleurs , le petit conseil administre , exécute et rend compte nu crnfid, qui dispose des biens, vott^ l'imput, nrrorde tes grâces, nomme les envoies a la diète et leur donne deà inslriicttons.

Il suffisait d'avoir trois mille llorins de fortune pnur être éln dlreffement; au contraire, on en exii];enit cinq mille de ceux que Ton présentait comme candidats. On était éligible à vingt* quatre ans, et les pouvoirs du grand conseil étaient contVri h ces membres pour huit ans; on le renouvelait par moitié tous les quatre ans, de sorte que les membres sortants pussent être réélus.

Le É^rand conseil choisissait dans son sein neuf membres pour composer le petit : nommés pour neuf ans, on les renouvelait par tim de trois en trois ans; eux aussii pouvaient être réélus. Les conseils étaient alternativement présidés par les deux landamman ; en cas d'empiScnément, un landstatthalder« gouverneur ou bailli les remplaçait. Chaque eerrie :\ son !>ni!!î pofir Vadininistration, la poiice et ia présidence des élections; chaque district a son fprand bailli qui exerce ces mêmes fonctions dans un degré supérieur. Il préside aussi le trihun-i! de disfrfrt nu de première instance qui est compose de six juges. Le tribunal supérieur en a treize élus par le grand conseil. Les catholiques n*entrent que pournn quart dans ce grand conseil. Le petit a deux tiers de reformés; les eaiholiques ont quatre membres dans le tribunal supérieur. Les catholiques et les réfor- . més ont des trifaunaui ecclésiastiqueB spéciaux pour j titrer les cas matrimoniaux, et nièiiie les infractions aux mœurs, quand elles ne sont pas de celles dont révà|ue connaît immédiatement, ht contingent fédéral de la Thnr'jovie est de trois mille quarante hommes vt de vingt-deux mille huit cents francs de Suisse.

Le 32 octobre 1830, plus de deux mille citoyens se réunirent à Weinfelden pour se eonrerter sur les articles que l'on M [jiiiettrait au ji^rand conseil. On lui demandB la création d'une commission pour reviser la constitution.

Après quelques hésitations, le grand consf'il se déclara dissous, et, pour repoudre aux vœux du peuple, en lit nonnner un nouveau par les électeurs des trente-deux cercles. Dans le cours du mois suivant, on travailla à la re« fonfe de la loi fondamentale : le pasteur Voriiliiuser, à Arbon. fut dans tous ces mouvenu nts un modérateur et un homme de grande influence, et il empêcha le peuple de se livrer à dei excès coujiables. Voici les principes de la nouvelle constitution q»n' a été acceptée par les citoyens : le peuple se gouverne lui-même par ses représen» tants; Il n*y a de privilèges de nait*

SUISSE

sance ni de fortune; la censure est supprimée, la liberté du rouiuierce est illimitée, les rentes sont rachetnbles; les districts nomment les membres du grand conseil, et peuvent cboisir indifféremment dans leur sein ou au debors; il y a soixante et dix-sept conseillers dd la religion reformée, vingttrois catboliques; les ecclésiastiques sont éliiîibles; les conseillers reçoivent une indemnité de séjour; tous les ans , on renouvelle la moitié du grand conseil, qui, tous les ans aussi, nonnne un président et un vice-président. Le petit conseil n'est plus que de sept membres cboisis par le grand, soit parmi ses membres, soit ailleurs; son président ne ijarde cette dignité que six mois; les autres n'ont que trois ans de fonctions, et se renouvellent tous les ans avec faculté d'être réélus. Dans chaque district, une espèce de préfet élu par les citoyens exécute et fait exé- . cuter les lois au nom des membres du petit conseil. L'ordre judiciaire est ainsi constitué : un tribunal supérieur de onze membres, qui connaît en dernier ressort des affaires civiles et criminelles; un tribunal criminel composé d'un président et de six juges; un cabinet d'instruction composé de deux juges. Dans cbaque cercle, il y a un tribunal dont les jugements sont soumis à la cassation de celui de district; enfin, dans chaque cercle, un juge de paix médiateur.

Frauenfeld est située au revers de rinniienberg et du Wellenberg, sur la rive droite de la iNIurg, et sur un promontoire de rocher d'où elle domine la vallée; elle forme éift les deux côtés de la rue principale des carrés longs, et elle a trois jolis faubourgs. Avec ses annexes, Frauenfeld ne compte que douze cents ihnes. Son château a conservé sa physionomie antique; ses tours délabrées, tapissées de lierre, pèsent sur une roche de soixante pieds d'escar|)ement, et la Murg vient se briser contre cette base inébranlable. On croit que le château date du onzième siècle; le fondateur était ou un des comtes de Kybourg ou un seigneur de leur alliance. Une tradition, dont

plusieurs vitraux peints ont retenu les diverses scènes, veut qu'un ccmte * de Sehen ait épousé contre le gré de son père, une fille du comte de Kybourg. Elle ajoute que le ravisseur se mit sous la prolec4;ion de l'abbé de Reichenau et bâtit ce fort sur ses terres. DesKybourg, Frauenfeld passa en la possession des Habsbourg. Au treizième siècle, elle est nommée parmi les possessions de l'Autriche; mais elle ne devint capitale que depuis l'instant où les confédérés s en emparèrent; ils en firent la résidence habituelle de leurs baillis. Deux incendies, l'un en 1771 , l'autre en 1788, la firent successivement rebâtir à neuf.

Il y a dans la Tburgovie beaucoup d'antiquités romaines : à Eschenz, au .^ bord du lac de Radolfszell, apparais«Vr sent à chaque instant des médaillesromaines, et, quand les eaux sontjjr basses , on voit encore les restes d'un pont au moyen duquel les doininateurar> de l'antiquité communiquaient avec l'autre rive, en passant par l'île de Werd. Dans le voisinage, on remarque anssi les fondations d'un castellum appelé Gaiinodurum. On ne sait pas bien si la voiHe sépulcrale, découverte il y a quelques années, est romaine, ou si elle appartient à l'époque des Mérovingiens. Dans le Bucnenwald, près d'Altenklingen» il y a trois grandes tombelles en terres rapportées. Pfyn rap-

f)elle le nom latin ad fines ^ station de 'itinéraire; on y a découvert un sceau d'Antonin le Pieux et de l'impératrice Faustine, et beaucoup de médailles.

En 1831 , le soc d'une charrue heurta un vase contenant plus de six mille pièces d'argent et de cuivre; mais toutes ces richesses tombèrent entre les mains de spéculateurs ignorants.

Arbon est TArbor'-Felix de l'itinéraire.

Les restes de la voie militaire de Vitodurum (Winterthur) et de lactation appelée ad fines sont visibles en beaucoup d'endroits , surtout entre Ellikon et Felben; il est des portions de cette route qui servent encore aux communications modernes. On trouve aussi de nombreux vestiges entre ad Fines et Arbor-Felix, Constantia, Gaunodurum et Castra-KIue-

tica. Des connaisseurs veulent que les fondations de l'église de Pfyn soient les débris cTun temple romain : Tendi-

guement du port à Arbon a évidemlent ce caractère. La tour de Bischofszell est de 910, et servit de refuge à révéque Salomon à l'approche des Puns. Il y k d'ailleurs beaucoup de tnonuments religieux du dixième siècle et de temps antérieurs.On admire, dans le ch/itenii dp T.iebenfels, des fresques ei des arabesques oui ne peuvent être plus modernes que la ûn du quinzième siècle.

Les annuaires du canton ont ron<^taté un assez grand nombre d'illusira tions locales : il en est toutefois qui se sont répandues au loin, et qui ont pris

place dans Thistoire générale du monde savant, telle est celle de Dasypodius, qui a feit des lexiques, a écrit en ^rec, en latin, et compte |>armt les réformateurs. Il enseignait en iSîîO , à Strasbourg, où il vécut et mourut.

Son véritable nom est StoUfusz; il en a ftiît une sonore traduotion, selon Tusage du temps, conryiie OEeolampade qui s\'i[)pelaitH:tiissrlieiii , comme Molancbtbon dont le nom était Schwarzerde ou terre noire. Il y a en Tiiurgovie plusieurs sodétés savantes ou d'utilité publique et de bienfaisance.

La reine Hortense a fini ^rs jours à Arenenberg, délicieuse retraite, où sou esprit, sa bonté attiraient une cour qui n'&aitplusûomposéedeeoàrtisans.

Ce canton, le dix-buitième de la itdération, n'y entra qu*à la révolution : jasque-Ià il était dans la sujétion la

Efns entière, et nous avons vu comien il ri faisait peser sur lui sa domination. Au sud-est, il confine au iroyaume Lombardo-Vénitien; au sudouest, à celui de Sardaigne; au nordouest, sa limite et le Valais; ITi i le borne au septentrion, et les Grisons au nord-est. 11 a vingt-deux lieues de long, dix-huit de large, et trente-huit liiilles et demi d'Allemagne carrés. Le sol est chargé de m()nt,ii:rips , dont la plus haute est leChiinonedi Chironico.

On visite de préférence le Saint-Gothard et le Monte-Genere. Rien n*est beau comme Taspect des profondes vallées de Bellinzona, de Riviera ou de la .Maggia. Le val Levantine est Gomme une avenue fravcc par le Tésin ; ft /gronde dans ie précipice, il fend les rochers, et les arbres se suspendent aux rocs les plus escarpés; pnîs , quand Cette galerie s élargit , quand eile donne accès aux feux du soleil, tout annonce au voyageur qu'il est sous le ciel d*Italie : le firmament est plus bleu , les prairies scmlîlentplus vertes , |ps forêts plus vigoureuses, la vigne serpente avec plus de liberté; elle enlace les habitations , etsouventd'un seul cep fiât tout un boreeau. Le goât semble guider la

nature elle-même ; la plus modeste duh pelle plaît par sa grice, soit qu'aventurée sur l'escarpement elle ait à peine

la place nf'cessnire pour s'adosser con- ~tre ces p;irois iiiim('ii>^('S , soit qu'elle se cache au imiieu des bosquets, au bord du torrent. Le Tésin, dans œs prairies, offre encore un aspect asseï singulier : des poutres, disposées en forme de chevaht ou de trépied, divisent son cours pour arrêter le flottage des objets entraînés par le torrent. Nous avons dît déjà combien étaient bel h s les cascades qui se replient en serpents , tombent par étages, se précipitent en gerbes ou se croisent en nattes; nous avons parlé de ces galeries de roc^ de ces vallées

3ui s'ouvrent à deux mille pieds auessus des vallé<?P principales; et si nous avons fait assez pour la description écrite, nous sommes loin d'avoir rendu les sensations du spectateur de ces merveilles. Ce canton est celui qui renferme les plus grandes beautés; il a d'ailleurs un caractère particulier; la création , les hommes , le ciel mlmt^ tôut est méridional, et' la langue 4è ritalie coutribue éminemment à rap* peler au voyageur qu'il entre désormais dans un monde nouveau pour lui.

S ad il descend du Salol-Gotbaré, e «or tous les soawMlf , «t JfMeè

SUISSE

droite un avide' coup d'oeil sur le val Bedretta qui s'avance vers le Valais et rejoint la Furca; il s'arrête à Airolo, uu double villajïe d'Ainbri, à la chapelle du Saalvedro, à la Qiica^ia, à la chute de Faido; puis il admire la fertilité de Giornico, et marche sur cetteprairie inondée jadis par les Suisses pour placer leurs ennemis sur un miroir de glace; enfin il n'oublie ni Poleggio, ni sa chapelle interposée entre les cascades , ni les forêts de Pontirone , d'où les bûcherons précipitent le bois par des conduits suspendus à la roche. Tout est grand ici, souvenirs et nature, architecture géolo(;iquc, entreprises de Tindustrie humame. Enfin Bellinzona s'offre aux regards : c'est une petite ville, chef-lieu du canton, assez laide à l'intérieur, mais animée par un continuel passage; elle ferme la vallée sans laisser aucune issue, élevant de part et d'autre ses nmrailles et ses créneaux en saillie jusqu'au sommet des montagnes, et montrant, à l'ouest, le château d'IJnterwald; à l'est, celui d'Uri, et plus haut celui de Schwvtz, noms qui rappellent les exploits de la conquête et la domination des vainqueurs; l'enceinte générale comprend ces enceintes particulières; le seul Schwytz apparaît comme une citadelle isolée. Du côté de la rivière, uu beau pont semble coiuiuiredans lesentrailles de la terre, car il se terniine par une tour qui est comme incrustée dans le roc : on n'en apcrçott pas la sortie, parce qu'il a fallu la pratiquer sur le côté. De la hauteur, la vue se promène par delà les prairies sur les derniers golfes du lac iVlajeur, dont les ondes brillantes s'agitent sous les feux du soleil, contraste admirable avec les escarpements du Monte-Cenere et les montagnes du val Verzasra et du val Maggia. L'église de Bellinzona est moderne; mais, comme la plupart des monuments religieux d'Italie, elle est d'un godt parfait. Le quartier du sud est maintenant fort joli; les maisons qui avoisinent l'enceinte du côté du Tésin et du côté de la route sont très- . élégantes. Il y a de magnifiques tableaux à l'église. Outre les eaux du Té-

sin, le canton reçoit celles du Blagno, de la Mœsa, de la Tresa et de l'Ayno; il possède un golfe du lac Majeur et le lac l.ugano. L'élève du bétail prospère dans les montagnes, surtout en ce qui concerne les moutons et les chèvres; les chevaux n'y réussissent pas. Il y a beaucoup de bêtes sauvages, et les ours viennent souvent la nuit vendanger tout une treille au détriment des propriétaires. I/orge, le seigle et ] le blé de Turquie, sont les céréales que l'on cultive le plus : le pauvre se nourrit plus particulièrement de la po- ^ lenta. Le figuier, l'olivier, l'oranger viennènt en pleine terre. Un usage bizarre est d'abandonner aux femmes la culture de la terre, pendant que la plupart des hommes émigrent non-seulement pour le commerce de la soie, qui est la principale affaire du canton, mais pour aller en Allemagne ou en France , en Hollande ou en Angleterre , ramoner les cheminées, raccommoder les vitres, ou faire le métier de maçon, de tailleur de pierre, de voiturier ou même de pâtre.

D'après le dernier recensement, il y a quatre-vingt-dix-neuf mille cinq cent trois habitants tous catholiques; il y faut ajouter environ deux mille étrangers; il n'y a pas moins de vingtcinq vallées et deux cent soixante-huit conmiunes. Le territoire se compose de sept bailliages italiens : Bellinzona, Biviera, Blagno, Lugano, Mendrisio, Locarno, Val-Maggia : les trois premiers appartenaient à Uri, Schwytz et lJnterwald-]\ id-demwald ; les quatre derniers aux douze autres cantons, à l'exclusion d'Appenzell. Ês eurent des baillis jusqu'en 1798, et, en 1803, ils entrèrent dans la fédération, mais ne composèrent pas sur-le-champ une unité de territoire telle que nous la voyons, car ce territoire avait été d'abord partagé en deux cantons, dont les chefslieux étaient tantôt Lupno, tantôt Mendrisio. Les huit districts sont subdivisés en trente-huit cercles. Il n'y a de privilège de naissance, de lieux, de famille, de personnes, ni de place; les prêtres ne peuvent prendre part ni au pouvoir judiciaire, ni au pouvoir cxé*

L'UNIVERS

entit Avant 18S0, un mnd conseil

de soixante et seize membres exerçait , au nom des bouriïeois, la souveraine puissance; Tinitiative des lois était dévolue à un conseil d'État de onze membres choisis dans son sein; tout le soin de Tadministration, la direction des affaires, la nomination des fonctionnaires, la convocation et la prorogation du ^rand conseil, reposaient sur ce conseil d'État. Deux landamman, élus chacun pour deux ans, présidaient ' alternativement Tun et l'autre; les membres du grand conseil étaient élus pour six ons , et les sessions se tenaient tantôt à Bell inzona , tantôt à Locarno, tantôt enfin à Lucane. Les communes élisent leurs maiz;istrats; le ^rand conseil nomme les tribunaux de première instance et les treize membres du tribunal d'appel. Le contingent fédéral est de quatorze compagnies, chacune de cent vingt-quatre hommes, et de trentesept soldats du train. Le canton donne en argent dix4iuit mille quarante francs de Suiss . Pour les affaires ecclésiastiqiirs, il est resté soumis aux évoques de Milan et de Corne. Il y a jusqu'à cinq cents prêtres séculiers, et deux cent quarante moines et religieuses, répartis dans vingt couvents, ^instruction publique, encore dans l'enl^nce, esi en grande partie contiée au clergé.

La nouvelle constitution n'a point

été le produit d'une commotion révolutionnaire , car elle a été adoptée dans les six premiers mois de 1830. Le grand conseil a désormais cent quatorze menihi i^.^ élus pour quatre ans et Inéligibles; n se réunit toujours le premier dimanclie de mni dans Tune des trois villes ()ue nous venons de désigner; les membres de ce conseil ne peuvent accepter aucun emploi salarié.

Le conseil d'État est réduit h neuf memhres; il r-iuî compte au grand conseil de sou administration , et , présidé par un de ses membres, il dispose des troupes, fait la correspondance, entretient des relations avec les autres tintons, enfin se livre à tous les actes dn pouvoir ex(''ruli!'. Les Inluinaux ont mhï de légères modihcaliùns dans le

personnel , mais le système général est «

resté le même.

Quand on vient de Côme, et que Ton croit avoir épuisé son admiration à contempler et les villas et la belle contréedu Leoccon est a^réaiilement surpris encore de toute la iV.iîcîirnr du paysage de Mendrisio. Cette frontière est délicieuse par Taménité des sites, par l'éléganQe des habitations. Au bout de quelques heures, on arrive à Riva.' Noiivenu contraste : ce ne sont que roches sauvages, que bords escarpé.s; on ne voit de ce beau lac Lugano que le golfe le plus aride; mais bientôt le . spectacle change en quelque 'sorte sous la rame du batelier : après avoir dé-

fiassé Melnuo , vous entrez dans legrand ac, et, laissant à votre gauche le golfe profond qui reçoit la Tresa, vous naviguez au milieu d'une belle verdure, et de promontoires chargés de \ illn^es et de villas; quelquefois lu montagne laisse à peine place au rivage. Au pi^ du Salvador est une chapelle; non loin de là, les broussailles cadient des fourches pntiluilnirps , et des serpents y font leur séjour redoutable. On assure que les grandes chaleurs et le soleil du midi leur rendent quelquefois ce lieu insupportable; alors on voit ces reptiles se i^lissrr sftr les ondes du lac, et franchir a la nage l'espace qui les sépare de la rive 0|>()08éf. La rame cependant redouble a'elforts; on approche de Lugano, et le voyageur attardé pefit voir, sous !a dr^'ure clarté de la lune, la cime recourbée, noire et rocailleuse, du San -Salvador. Une chapelle le surmonte, lieu sublime, intermédiaire entre le ciel et la terre, sujet d'étonnemeîit et de méditation.

On tourne la base du Salvador ; en face de la poupe est Lugano, amphithéâtre qui ne donne place qu'à une double rue entre le lac et la montagne. Les couvents prrsentent de belles façades; les fidèles abondent a la prière du soir; les chants religieux et le tintemeut des cloches se marient bien au battement de Tonde, au bruit ir la rame. Lel^c est dangereux ; le vent le change souvent en mer impétueuse; on redoute burtout celui du go|fe Poriezzo. C'est

SUISSE

* à rimproviiite qu'il s'élève, et le navigateur qui n'anend sa sécurité gue de 8on entrée dans l^port, peut s*imaginer, s'il est disposé à In rêverie, que c'est pour son salut (jue retentissont les refrains de Toraison ; mais , quand il aborde^ nilosion 8*évanouit; les chrétiens sortent du temple, la foule s\'coule sans le rc^nrder, un douanier lui demande la clef de ses effets, et les couiniissionnaires se les disputent pour les emporter.

Le golfe septentrional du lac Majeur pénètre aussi dans le canton du IVsin; il est près de Locarno et de Ma.uadino, TuQ des plus beaux oriienients de la oon1a*ée; néanmoins, il faut Tavouer, oet embranchement n*est pas aussi gracieux que les rives d'Intra, ou le promontoire de Palanza; on est loin encore des ilesBorromee,de leurs jardins artificiels, et le Tésin se montre plus beau à sa sortie, au port de Sesto- Calende, qu'à son entrée dans le lac : rien a Locarno ne ressemble aux délicieux coteaux de fielgirate, de Meina, d'Anghiera , d*Arona, al fière de la statue colossale de saint Charles Borromée. Cette statue, haute de plus de cent pieds, appartient a la gloire des artistes suisses; son auteur, Bernard Falcunede Lugano, s'est acquis parcechefnToeufre imposant une réputation qui" ne périra point. Grâce à son eolosse, Arona est la Rhodes moderne. I ne j)rcmière échelle conduit l'étranger à la corniche du piédestal, une seconde aux jambes du saint, puis on grinipe,à l'intérieur, dans les plis de sa robe, en s'nccroehant à desbarresdeferquiratîaclu nl les lames de cuivreii une pyrannde dont on a fait un support à l'intérieur. De là on jouit de la vue la plus étendue au moyen d'une sorte d'œil-de-bœuf [)ratiquédans le dos de la statue, et Ton peut s'asseojr dans la cavité qui forme le nez. • (M assure que deux Anglais ont déj^né dans les narines du saint. Il étend sa main protceirire stir le lae et le bénit. Ik-rnard Falcone eut pour collaborateur Siro Zanelli de Pavie.

Les cantines ou caves de montagnes sont des fentes ou des ouvertures que (d oààrea pratiquées dans les rochers^

les habitants de Lugano les transforment en lieux de plaisance et y déposent leurs vins; ils viennent passer leurs loisirs dans les jardins qui taj)isseiît la montagne. Il sort toujours de ces grottes un vent très-froid , ce qui fait qu*on les nomme cavernes d'Eole on crtfpim jEoUcx, On construit des btitiments devant ces ouvertures, et l'on dirige ses promenades vers ces abris pendant les grandes chaleurs.

Il y a peu de temps qu'en faisant des fouilles dans le district de Rovio, sur la rive (gauche du lac de Lugano, on découvrit beaucoup d'urnes a dessins de lleurs élégantes; elles contenaient des cendres et des ossements humains. Stabio présente dans le mur de son église une belle inscription romaine parfaitement expliquée par le savant docteur Labus de Milan. Au village de Ligornetto, il y a une fontaine dite de Mercure avec une autre inscription. Les vieux châteaux sont très-nombreux dans le canton; plusieurs remontent a l'époque des Lombards m leur sont attribués.

Les paysans et les paysatmes portent des safidales et vont nu-pieds. Les costumes de fenune sont jolis, et varient

C)ur ainsi dire de district en district, es plus remarquables sont ceux des vallées de Versasca, de la Haggte et d'Onsernone : un jupon assez court, un tablu r serré à la taille par une ceinture, un corset de couleuir vive boutonné sur le devant, une^Herette, enfin, par-dessus le tout, une redingote ouverte du haut en bas. La coiffure est un bonnet noué en forme de mouchoir, dont les bouts retombent sur les épaules; ce bonnet est surmonté d*un chapneau assez grand. Dans quelques parties du canton , les femmes portent à leur vêtement de larges franges. Celles du val iMarobbio ont un costume qui approche du froc des capucins. Les personnes qui ont quelque prétention suivent les modes françaises, ou |)()itent des voiles très-longs, abandonnant ainsi le costume national , au erand détriment de la simplicité et de rorigiiialité antiques.

Le canton du ïésin a produit beaQ-

coup d'erudits et d'artistes de renom.

LugdDO est une véritable pépinière d'arcliiteetes, et la SuiBse tout entière

aurait peine à citer un aussi grand nombre de peintres et de sculpteurs.

Il y â beaucoup de sociétés savuutes pt d'encouragement à l'indus-

VA

Le dix-neuvième canton de la fédération est celui de V;ind. Il n pour limites, à l'est, les cantons deFribourg et Berne; au sud , le Valais , le lac Léman et le cantQi) de Genève ; à Toiiest, la France ; au nord , le lac de NeufrbAtel et le rnnton de Neufrhâtel. C'est l'un des plus 1 cnux et des plus riches de toute la Suisse. Ses valrées et ses collines produisent du vin et du blé en abondance, et de beaux pâturages couvrent les sommets des hautes montagnes. T es chaînes qui le traversent sont, d une part», le Jura , de l'iiutre, les Alpes et , vers le milieu, le Jorat; les Diablérets portent d'éternelles neiges et des glaciers. Le Rhône sépare le pays de Vaud du Valais depuis I\Iartign;^' jusqu'à son embouchure ; il y a aussi d'autres rivières, telles que TAvençon , l'Orbe, la Brove et In Sarine. Outre les lacs de Genève et de Meufchâtel , on visite ceux de Joux et de Bret. La végétation y est saperbe : le blé de Turquie parvient à une hauteur qui fait l'étonnenierit des étrangers.

Il y a des carrières de marbre et des salines. D'après le dernier recensement , la populatfOQ estdecent scHxante et dix-sept mille neuf cent quatre-vingttreize anies, dont trois mille trentedeux seulciiicnt sont catholiques. L'instruction primaire est florissante, car il ^' a , pour trois cent quatre-vingthuit communes, six cent vingt -trois écoles, et une école normale érigée en 1833. L'académie ou école supérieure d.e Lausanne comptait deux cents élèves en 1832. D'après le cadastre de 1807, le canton a douze mille neuf cent cinquante jours de vignes; douze mille neuf cent quatre-vingts de jardins, vergpijl, (^eneviière^^ œnt dix-huit mille

trie. Chaque e4>uvent a sa bibliothèque. 11 paraît plusieurs journaux. Les jugements d*Ebel et de Bonstetten sur les

usages et la vie domestique sont entachés d'exa£;eratU)n , et viciés par nn esprit de dénigrement qu'oq reconnaît à chaque ligne.

cinq cents de prairies; cent quarantehuit mille sept cents de terrî's bhounibles; cent neuf mille neuf cent soixante de forets; vingt-cinq mille cent de pâturages, etc., etc. En IS36, la race bovine offrait un chiffre de soixante et dix mille sept cent soixantequatre; In race rhevafine vingt et un mille cinq cent quarante -neuf; en moutons, soixante- cinq mille deux cent vingt -neuf; en chèvres, onze niîîle cent cinquante-six; en porcs, dix -neuf mille neuf cent vingt-sept.

Pour les chevaux , la race est la même

3a'à Friboarg : le gouvernement fait e grands sacrifices pour l'établissement de haras. Le produit des salines n'est que de quinze mille quintaux.

L'industrie s'est portée principalement sur r horlogerie , la bijouterie, et sur les fabriques de toiles. Aiiile, Bex , Granson et Fsrhallens , qui et icnt des bailliages bernois, font maintenant partie du canton. En 1798, il prit le nom du Léman qu'il ne garda que jusqu'en 11 est divisé e;, dix-neuf districts, savoir : le pays Komand , Aigle, Avenches, Payerne, Moudon, Vevay, le Vaud , Lausanne, Morges , Aubonne, .Rolle, Nyon, le val de Joux, Orbe, Yvprdun , Granson , Oron, Rchallens et Cossonex. Os districts sont subdivisés ei^ soixante cercles. Toute commune qui a moins de cinq cents habitants administre ses affaires en assemblée générale. Les autres ont un conseil. Il y a de pins ?mp municipalité de deux à seize membres qui restent douze ans en fonctions , et qu'on renouvelle par tiers. Le syndic préside le conseil municipal et rassemblée rommunate : c'est lui qui exécute les lois et les délibérations. Xa juge 4e ^aix

est médiateur pour les intérêts civils des citoyens : il est officier de police judiciaire, et même il se fait assister de quelques assesseurs pour juger des affaires civiles et de simj)le police. Le conseil d'État a ses délégués dans les districts , mais un seul de ces lieutenants peut en gouverner plusieurs : à lui sont confiées fadministration et la direction des autorités inférieures. Le grand conseil est composé de cent quatre-vingts membres dont les fonctions durent aussi douze ans. Il exerce la puissance lé<;islative , entend les comptes , nomme les députés à la diète , et leur donne des instructions. Il se réunit le premier lundi de mai ; ses séances ne sont pas publiques, et durent un, mois, à moins que le conseil d'État ne prolonge la session. Celui-ci compte treize membres du grand conseil; il a l'initiative des lois et le pouvoir administratif et exécutif. Il dispose de la force militaire , sauf à rendre compte de ses actes.

Les assemblées électorales des districts envoient au grand conseil soixante-trois membres (Lausanne en a quatre) ; cinquante-trois sont nommés par le grand conseil lui-même sur la présentation de candidats par les mênies assemblées; enfin une commission électorale en désigne encore cinquantequatre. Ainsi constitué, le grand conseil cboisit dans son sein le conseil d'État pour douze ans, de manière à ce qu'il soit renouvelé par tiers à cbaque période de quatre ans; il nomme aussi deux présidents appelés landamman pour quatre ans. Outre les justices de paix , il y a dix-neuf tribunaux de prenn'ère instance et un tribunal d'appel dont les pouvoirs durent encore dou2€ ans , rééligibles aussi par tiers et tous les quatre ans. Quatre de ses membres, réunis à un conseiller d'État président, décident des affaires contentieuses de l'administration.

T'el était l'état de la constitution et du gouvernement avant 1830 : alors des reproclies amers furent adressés au grand conseil. On prétendit qu'il n'avait jamais entrepris sérieusement 1^ ^éforoie de la constitution. Beau-

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