‹ Histoire et description de la Suisse et du TyrolChapitre 23 sur 32 · L£ VALAIS · texte numérisé non relu

L£ VALAIS

C'est une longue et étroite s;alerie qui descend des sources du Rliône au iac du Genève ^ entre des montagnes immenses dont les roches perpendiculaires sont la plupart couroBnées de glnciers , tandis que leur hase repose sur un soi marécageux. Des deux cotes h ouvrent de nombreuses vallées latérales , non moins profondes et souvent plus pittoresques. Deux peuples divers vivent ici à coté l'ur) do r.Hitre : une horde germanique est descendue des montagnes ou sont les cantons primitifs ; elle s'est répandue sur le fa^t Valais jusqu'au-dessous de Sierre (en allemand Siedcrs). Depuis le lac jusqu'à Sinn, au contraire , les restes de l'antique population celtique sont entremêlés de Romains et de Bourguignons.

La guerre se déclara eâtre ces deux races ; et d a n s le V : 1 1 n i s co m me n i ! 1 eu rs , les Germains curent ravant:ii;e. La division territoriale en dizains a ellemême le caractère germanique. Depuis 1475 Jusqu'à la révolution, le haut Val;us était le pays dominant; et il reste toujours des traces de l'infériorité de la partie basse, qui est représentée dans une moindre proportion.

A l'est , le Valais confine au royaume iiOmbardo - Vénitien et aux cantons d'Uci et du lï'sin ; nu sud , au Piémont ; à Toucst , à la Savoie ; au nord , au lac de Genève , aux cantons de Vaud et de Berne. Sa superficie est évaluée , par approximation, à quatre-vingt-dix ou (fuatre-vingt-quinze milles carrés d Aiieniagne. La giande vallée commence à la Furca , et du nord-ouest au sud-ouest s'abaisse sur Martigny, et de là vers le !nc de Genève. Cette longueur est de trente -six lieues sur

une de large. Depuis Saint -Maurice jusqu'au lac, le Rhùne turuje ia limite des cantons de Vaud et du Valais. Près de la même ville les montagnes se rap* prochent si fort que, pour fermer le pays tout entier, c'était assez d'une {)orte au ijout du pont du Rhône- Il y a trois vallées latérales au nord et treize au sud. Gelles-Gl sont les plut grondes et pénètrent souvent dans cette cli'iînc iusqu*à huit ;i dix lieues. Les ci u les s élèvent de huit miilt^ à quatorze mille pieds dans les airs *, on voit beaucoup de glaciers suspendus , comme s'ils allaient s'ébouler sur la vallée. Ébel , l'auteur de l>xcellent Manuel sur la Suisse, dit iji e \>' Valais est peut-être le pays le plus étonnant de rEurope; il réunit tous les climats» tous les produits, depuis ceux de Tlslande Jusqu'à ceux de la Sicile et de l'Afrique. La nature y est t.intoi menaçante, horrible , sévère ; tan lût bienfaisante, agréable et riante. On peut, jusqu'à un certain point, comparer la Valteliue au Valais ; mais il est plus remarquable et par la majesté de la nature et par les, variétés Je sa popu* lation. Il est beaucoup d'endroits o6 Ton moissonne en'mai , d'autres où les récoltes ne sont rentrées qu'en octobre. Â côté de districts oîj ne peut croître un seul fruit, il y en a d'autres où tes amandes , les figues , les grenades , les asperges viennent en pleine terre- La vigne y prospère presque sans culture : on la voit serpenter sur le sol sans que 1 on prenne soin de ses rameaux, et elle produit un. vin qui ap> proche de celui d'Espagne. Le muscat de Sierre est fort connu et fort recherché. Les chamois , les loups et

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même les ours sont assez nombreux ; Iç gibier abonde dans les forêts. Les montagnes recèlent de Tor, de l'argent, du cuivre, du fer et d'excellents cbarbons de terre. Le marbre est assez commun. Il y a des eaux minérales , et surtout à Giys et à Louèche. La culture' est assez négligée, et l'on ne fait guère ce qu'il faudrait pour i'endiguèment du Rhône et le dessèchement des marais. On ne voit de prairies et de vii^nobies que dans le voisinage des villes et villages. L'élevé du bétail est la principale industrie des habitants; encore n'y mettent -ils ni l'activité ni l'intelligence nécessaires.

Le Valais est le vingtième canton pour le rang qu'il occupe dans la fédération ; il a près de cent trois mille deux cents habitants , et il est divisé en treize dizains, savoir: Conclics, Brieg , Viége , lîarogne , Louèche , Sierre, Hérens, Conthay, Martigny, Entremont, Saint-Maurice, MontheV.

Le haut Valais comprend les six premiers et la plus grande partie de celui de Hérens; les autres appartiennent au bas Valais. Jusqu'en 1798, cette

f)ortion du pays était gouvernée par es baillis envoyés par le haut Valais.

Les Valaisans sont en général doux et bons, mais la superstition et la paresse rabaissent leur caractère. Sion est la capitale où s'assemblent les autorités, religion catholique est exclusivement celle de l'f.tat; c'est la seule qui ait un culte public. Le pouvoir souverain appartient au landrath ou diète composée des députés des dizains, au nombre de quatre pour chacun; en second lieu, de l'évêque, dont le suffrage est compté pour celui de tout un dizain. La présidence de la diète et du conseil d'I'Ltat appartient au grand bailli et au vice-badli.^eux-ci sont nommés par la diète qui choisit dans son sein ou au dehors; et ces deux magistrats, réunis au trésorier et à deux autres membres , composent le conseil d'État qui siège à Sion. En lui résident le pouvoir exécutif, le soin de la police, la décision des contestations administratives, la correspondance avec la diète centrale, les autres

cantons et l'étranger. Il dispose de la force militaire quand le repos public est compromis a l'intérieur ou à l'extérieur : néanmoins il est obligé de donner avis a tous les dizains des mesures çju'il a prises , et de convoquer une diète extraordinaire. La diète s'assemble régulièrement deux fois par un ; les membres du conseil d'État gardent leur place deux ans, et sont toujours rééligibles, à l'exception du grand bailli qui ne peut être réélu qu'après deux ans d'intervalle. Ciiauue commune a un conseil municipal ; chaque dizain un conseil particulier qui tmt les nominations qui lui sont attribuées, détermine les dépenses, répartit les charges entre les comnmnes, et rè^le les affaires qui concernent le dizam.

Chaciue dizain a un président et un vice-président; ils convoquent le conseil , et sont de droit députés à la diète.

La forme du gouvernement est déclarée démocratique par la constitution pronuilguée le 12 mai 181.5. Nul ne peut exercer les droits politiques s'il n'est ûgé de dix -huit ans accomplis; on n'est éligible qu'à vingt et un pour les fonctions de communes, à vingtcinq pour celles de dizains. Les députés à la diète sont nommés par les conseils de dizains; ils restent deux ans en place et sont toujours rééligibles : pour être nonnné, il faut avoir remjili des fonctions législatives, administratives ou judiciaires dans le dizain , ou être gradué docteur dans les facultés de droit ou de médecine, ou enfin avoir occupé le grade d'olficier dans les troupes de ligne. La diète a le pouvoir de faire grâce et de commuer les peines; il entre exclusivement dans ses attributions de faire battre monnaie. Le vice-bailli , le trésorier et les conseillers d'État, sont de droit membres de la députation de leurs dizains à la diète. La diète fait toutes ses nominations au scrutin secret. Il faut avoir trente ans accomplis pour cire grand bailli , vice - bailli ou trésorier. Des cinq membres du conseil d'État deux doivent toujours appartenir aux dizains occideutauK , et

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, Jes trois autres aux huit dizains orientaux. Mais la proportion «9t loin d'être égale quant aux députés : ainsi , pour trenteKleux mille cina cents âmes, le

" haut Valais q trente-aeux députés , et ]e bas n*en a que vingt pour une population de soixante -quatre mille sept cents. Cet état de choses a donné lieu jusquMci aux réclamations les plus vives.

Les haujts Valaisans comprennent que si Pon mesurait la représentation à la popul'atipn , ils ne seraient plus en nialorité à la diète , ce qui va mal avec leurs idées de domination nrknitive.

D*un autre côté , les bas Valaisans se soucient peu des réformes partielles qu'on leur propose, et veulent une réforme totale tondée sur le princii)e de l'égalité. Ces dispositions pourraient bien, un jour, compromettre le repos du canton par une sanglante explosion.

Voici comment est constitué Tordre judiciaire. Chaque commune peut avoir un juge de première instance, sous le nom de châtelain, devant" lec|uel sont PQrtées toutes les causes civiles, et qui, dans certaines limites, prononce en dernier ressort. Les châtelains restent deux ans en fonctions , et sont rééiigibtes. Dans chaque dizain il y a un juge supérieur, sous le titre de grand châtelain; il a un lieutenant ou vicegrand châtelain. Il est nommé par le

- conseil du dizain , comme le châtelain inférieur par le conseil de la commune. Les conditions d'éligibilité pour les grands châtelains sont les mêmes que pour le-député. Dans les dizains qui , pour la convenance de leurs conv munes, ne veulent pas de châtelain, le grand cliâtelain et son lieutenant peuvent remplir les fonctions de juge de première instance. Les appels se portent au tribunal du dizain, qui est composé du grand cliâtel;iin , du lieutenant et de huit assistrMts choisis par le conseil parmi les anciens grands châtelains ou chîHelains et leurs lieutenants, les notaires et les hommes les plus recommondables par leur nioralité et leurs lumières. Le tribunal prononce en dernier ressort jusqu'à une somme déterminée; il a aussi des attributions de police et de justice cri-

minelle ; rinstfQCtion est faite par le • grand cliâtelain assisté de deux assesseurs. Il y a un tribunal suprême pour tout le canton ; il juge , en dernier ressort, les affaires civiles et criminelles , et il ^t nommé par la diète : la création de notaires publics fait partie de ses attributions. Ce tril^unnl rnoisit son président etsongrefOer, dont le premier a titre de grand juge. Les fonctions judiciaires et administratives ne sont pas incompatibles. L'État supporte les frais de l'instruction publique dans ' les colléiîes de Sion, Saint-Maurice et Brieg. Il ne peut être fait de changements à la constitution que quand ils ont été adoptés dans deux diètes surcessives, etdécrétésà la majorité de trenteneuf sulïi*ages. Le Valais donne douze cent quatre-viugts hommes au contingent fédéral ; et , en considération des mijlheurs qui ont aflligé ce pays en 1 798, la confédération n'exige en argent qu'une somme de neuf mille six cents li anes de Suisse. L'évêque est élu par la diète valaisanne; il habite Sion, et s'appelle évêque dé' Sion. Ce sont les jésuites qui dirigent les écoles de Sion et de Brieg. Il y a beaucoup de couvents , sans compter ceux du Saint-* • Bernard et de Saint- Maurice; parï»

exemple, des ursulines, et des moines de l'ordre de Cîteaux à Brieg.

Autrefois la superstition dominait tous les usages et toutes les lois ; ainsi- Ton forçait le débiteur insolvable à s'asseoir presque nu sur une pierre glacée ; Ton intentait beaucoup de procès de magie et de sorcellerie. L'usage de la matze est connu : on enfonçait des clous dans une pièce de bois , et ce signe de réprobation était porté devant la maison de celui qu'on accusait ; la matze avait un-avocat qui citait l'ennemi public ; pour se justifier , il déveaities î;

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riels de la multitude; alors

il ne lui restait plus d'autre parti à prendre que de s'exiler; sinon son cinUeau ou sa maison n'était plus un asile qui

f)Ot le protéger. Ainsi furent traitéi^ es Rarogne , les Chàtillon , les Super- sax , etc. JSous avons eu occasion, dans le cours de cette histoire , de décrire Saint-Maurice et Pisse- Vache, ainsi

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que Martîgny et Sion. Le Saint -Bernard aussi n fixé notre attention , et , grâce aux événements qui ont passé sous nos yeux , toute l'archéologie valaisanne à été successixement indiquée. Sion et sa double montagne occupent à peu près le centre du Valais; le château de Tourbillon et le fort Valèreen chargent la crête; mais les rues de la ville sont étroites, sombres, malpropres , et la population est affligée de la présence a ijupurs crétins , dont Timbécillité et la laideur sont comme une insulte à la nature humaine. L'ermitage de Longeborgne est dans une vallée méridionale auprès de Sion. Il n'y a peut-être pas de pays où la religion ait mieux su profiter de la solitude pour élever l'âme au moyen des l>eautes de la nature ; quand un torrent s'échappe d'une gorge solitaire, quand les bois tapissent ues montagnes escarpées , on trouve toujours place pour loger dans le lieu le plus pittoresque une chapelle ou un ermitage. Kn pénétrant d;ms le vallon de Longeborgne, on aperçoit d'abord à la base de hautes parois qui de loin paraissent descendre dans le fleuve, des maisons de campagne, des vergers et des ceps dont les pampres touffus se mêlent et se croisent sans culture. Les habitations de Braniois sont éparses au milieu des prairies, et ses moulins tournent au bruit de la Borgne. Il faut en remonter le cours : là tout se rétrécit, se rapproche, s'élève ou s'abaisse ; on voit que les rochers tombés dans le torrent seront bientôt suivis d'autres encore. La demeure de l'ermite est taillée dans le roc, ainsi que le double cintre qui reçoit deux autels. Les degrés et la chapelle ont pris une teinte luisante d'un brun tirant sur le jaune. L'humidité est telle qu'on a été obligé de supprimer le couvent qui était dans ce lieu: on dit qu'en 1574 les moines moururent tous. Il n'y a pas dix ans qu'un ermite tomba au fond de l'abinie, parce qu'une chaise qu'il portait avait heurté le roc. Il y a trois cents ans, dit une jolie tradition, le torrent grondait seul au milieu du désert; mais, du fond de cette gorge, Sion

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entendait retentir une invisible cloche; elle annonçait toujours l'heure des oraisons; et ce prodige, interprète de la volonté de Dieu même, ne s'arrêta que quand la pieté eut obéi à la voix du miracle.

Entre Sion et Sierre la nature semble avoir voulu faire de l'antiquité, en imitant , par une série de tertres, parfaitement seniblables , les tombelles des Celtes et des Germains ; mais les proportions en sont souvent si fortes que l'illusion n'est pas possible. Le bourg de Faren , celui de Louè(^he et l'embouchure de la Dala offrent un bien bel aspect à celui qui gravit le chemin des bains. Tout à coup ce chemin se place au-dessus d'une paroi de rocher de plus de mille pieds d'élévation : une galerie le sillonne diagonalement comme une corniche inclinée : un petit toit abrite le voyageur contre les chutes de pierre. Deux taureaux, dit- on, se livraient un combat dans les prairies

?|ui dominent la Dala , et l'un d'eux ut précipité de toute la hauteur du roc dans la rivière. Le village des bains de Louèche est situé daiis un creux au-dessus duquel la Gemmi paraît s'élever perpendiculairement. Ses flancs sont inégalement rompus d'étage en étage. Les echancrures de leurs angles et quelques rainures parallèles en divisent la masse ; un sentier la contourne, sentier dangereux pour quiconque a des vertiges. On raconte qu'un étranger arrivant du canton de Berne fut tellement effrayé de l'escarpement, qu'il fit un détour de soixante lieues plutôt que de descendre vers le village, terme de sa route. Les bains sont très-chauds : on va chaque matin boire à la source; puis on se plonge dans un bassin coupé en quatre parties par une galerie croisée. On y est assis en chenuse de flanelle, et la cure consiste à y siéj^er tous les jours une heure de plus, jusqu'à ce qu'enfin l'on diminue la dose dans la même proportion. Une des merveilles d<i canton c'est le chemin des échelles qui éinhiit unecommunicUion entre Louèche et le village d'Albignon : elles sont au nombre de huit au-dessus d'un pré-

cipice affreux 9U fond duquel gronde la Dala : les enfants , les femmes rhargées de paniers, les ivrognes même y

fiassent $ans cesse sans qu'il v ait eu amais d'accident. Quand on séjourne à îrieg, où l'on voit le premier pont de Ja belle route du Siniplon, il faut visiter le cours de la IMassa , rivière qui en franchit une autre à quelques centt)ines de pieds d'élévation : un aqueduc porte d'un roc à Tautre le torl-ent tout entier; là, il sert à l'irrigation des prairies, tandis que l'autre torrent, passant sous cette arche, suit dans le fond la direction que lui a donnée la nature. La route du SimpIoD, terminée en octobre 1806, a Vingt-cina pieds de large; nulle part çlle n'^ plus de deux pouces et demi

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par toise. Elle compte neuf maisons de refuge, vingt-deux ponts et dii galeries percées dans le roc. NapoléoB n'edt-il fait exécuter que ce monument, sa mémoire serait éternelle ; car il suftirait pour immortaliser tout autre homme. Les Valaisnnnes sont, en général , fort bien ; elles portent un petit chapeau de paille à bords relevé^; on l'orne de rubans, de pièces de hvih cart , de dentelles : on y emploie le drap d'or et le drap d'argent ; mais la paille et la forme ne varient pas , et les dames les mieux mises soumetteoi rarement leur coiffure à l'empire de la mode. Malheureusement, quand la fraîcheur du ruban l'emporte sur celle du visage , rien ne va plus mal que le Joli chapeau valaisan.

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