DË TOU§ LES PEUPLES
OB LBL'BC ASUGIOKSt MOfiUfiSi INDUSTRIE, COSTUMES, net
PAR M. DE GOLBÉRY^
OOEltSVOirttAIlT BB L'uTfTItUV»
G<E pays , situé au sud de la Bavière , au nord de Tltalie, sMnterpose entre les régions qui appartenaient à Pancienne civilisntion et l'niitiqne Germanie. Les Alpes juliennes s'élèvent dn sud jusqu «lu Breiiner, des portes de V érone et des riantes contins de Siitniohd Jusqu'aux sie;^es primitifs des Rhétiens, aïeux ou desT:end.ints des étrusques , selon que la vérité appartient à l'un ou à l'autre des systèmes défendus avec une égale sagacité par des profesîseurs érudits. La Viixlrlicie était au septentrion, et s'étendait du Danube jusque sur lu belle vallée de l'Inn. Dans Je moyen âge Je Tyrol u ajiparait d'abord que comme un comté dont les possessions segroupent autour de Méran ; puis il devient pnneîpauté, chanize quelquefois de maîtres, et demeure désormais )a propriété de l'Autriche , à laquelle Je rattachent maintenant ses souvenirs^ ses afîeetions etd*héroTques sacrifices.
C'est l'un des pays les plus remanjuables de rAllemâ^ne , non-seulement par )es beautés de la nature, mais par U caractère original et naïf de ses ha- DÎtants. La Suisse n'est pas plus belle, le eonrnge des Tyroliens n'est pas moins inébranlable que celui des défenseurs de la liberté; mais , au lieu d'em-
ployer leur énergie à s'affranchir , ils ont toujours fait consiste^ leur |mncipnle vertu dans l*obéissnnce et la fidélité. F,n y eompreiinnt le Vorarlherg, la prineipauté s'étend de Flllyrie jusqu'au lac de Constance, et contient dnq cent seizemSIIes d'Aileiitagne cartés, ayant sept ceht soixante - de^k mille éinquante âmes de population , réparties en viniit-deuv villes, trentesix bourgs et trois mille cent cinauante triHagfs ou hamèanx. Le^ ntofitAf^efc oeeupent lescln^ Sixièmes de la superficie, et l'on pourrait ofipeler le Tyrol la Suisse de rAllemaizne, car il est, en effet, le prolongement des pays que nous venons de décrire : mêmes glaciers, iti^mes !c:oufrrès, tnémes cascades : l'avalanche mennee des m^'mes dangers , et cause des ravages et des malheurs pareils. Les roches sont de granit ou de calcaire pHmitif. Le Brenner, la plus célèbre des montagnes, n'en est pas la (dus hante , car il n'a que six mille trois cent soixante pieds au-dessus du niveau de la mer. L'Ortetes, au contraire, est un des pics les plus élevés de I*Rurope : on évalue sà nanteur à quatorze mille huit cent qiiatorze pieds au-dessus du niveau de la mer; il s'en faut donc de bien peli qu*fl
L'UNIVERS
n'atteigne la môme élévation que le Mont-Blanc. On ne se souvient pas quMl ait été visité plus d'une fois ; mais, en 1804, un chasseur de chamois, Georges Pischler, du village de Pasfiéyer, y parvint après plusiemrs essais infructueux; toutefois il ne lui fut pas possible de s'y maintenir plus de quatre minutes ; le sang lui sortait par tous les pores , ainsi qu'à ses compagnons. Les glaciers de TOEtzthat sont presque de même hauteur; cette vallée, fort haute rll( -iiit''nie , offre peu de traces de végétation ; il y a des endroits où Ton n'est frappe ijue de la vue éblouissante de la neige ; tel est le pic qui domine d'une part l'inn, de l'autre l'Adjge.
En général, ces glaciers forment une ligne transversale des sources de cette rivière jusqu'au Zillerthal. Du poté de Saitzbourg et des bains de Gastein, les Alpes s'enfoncent en lllvrie; et le grand Glokner', élevé de douze mille sept cent cinquante-quatre pieds , est comme une colonne majestueuse qui marque la limite du Tyrol, du Saltzbourg et de la (>;irinlhie. Il y n quelques montagnes de moindre grandeur, qui s'abaissent en forme de collines, et sont entrecoupées de vallées fertiles et pittoresques. A l'ouest le Vorarlberg donne naissance au Lech. L'Adige, l'Eisach, risar, la SHI , la Drave, la Sarca et la Brenta sont les courants qui naissent dans le Tyrol. L*Inn lui est envoyé (>ar la Suisse; le Rhin baigne la frontière du Vorarlberg, enfin le lae de Garda enfonce dans ees montagnes sa pointe septentrionale. Gracieux et riant au midi , il prend dans le Tyrol les formes les plus sévères, tandis que le lac de Constance vient baigner Tîregentz , sans perdre le caractère presque maritime
3u*il a sur les bords de la Souabe et e la Suisse. L'air est très-froid dans ' les \ allées , et les hivers sont très longs, surtout dans Pusterthal. A Trente , à Kovérédo , et sur les bords du lac de Garda , les dialeurs de Tété sont souvent insupportables, au point que, pendant plusieurs mois, les habitants abandonnent leurs maisons pour aller se loger dans les crevasses de rochers. Le Sirocco ou Fœn produit les
mêmes effets que dans la vallée d'Uri ; il règne , surtout à la fin de Taotomne;
alors il fond les neiges, et les torrents grossis par les glaciers se jettent impétueux en dehors de leur lit. L'agriculture ne peut être florissante sur un sol presque tout entier composé de rochers; aussi ne doit-on admirer m Tyrol que l'infatigable travail de l'habitant.
Ce n'est guère que dansle Winstgau , le Pusterthal et le pays de Sterzingen que réussissent les céréales et le mais: il s'en faut de beaucoup que l'on en recueille assez pour sufOre à la consommation. Les districts italiens cultivent le tabac. On récolte dans les environs de TAdige de grandes quantités d'un vin rmsez agréable, mnis il a le dpfrmt de ne se point conserver. Les pommes de la vallée de l'Inn et celles du pays de Méran. sont fort vantées ; on exporte ces dernières jusqu'à Saint-Pétersbourg. Roitznno produit chaque année quarante-huit mille citrons , et le district de Riva trente mille. Le midi du Tyrol est fécond en fruits des payschaucîs; tels que la grenade^ la figue, Torange, etc., etc. La soie y réussit à merveille. Les montagnes recèlent de Tor, de l'argent, du cuivre, du plomb, du fer, de Talbâtre^ etc., etc. L'industrie est^assez active:
il y a des fabriques de draps, de toile, de fleurs artilicieiles. Le désavantage des importations qui sont beaucoup plus nombreuses aue les exportations, est compensé par le transît entre l'Italie et l'Allemagne, qui est très-actif, surtout à raison de la facilité du passade du Brenner, le moins élevé de tous les cols des Alpes : on le franchît au moyen d'une roule excellente, longue de quatre lieues , haute de quatre mille trois cent soixante et seize pieds.
Tous les ans , trente à quarante mille Tyroliens vont à l'étranger pour y vendredes images, desouvrages en bois,des couvertures, etc., etc.; ils acquièrent ainsi des gains qu'ils envoient ou aulls rapportent annuellement dans leurs foyers. Il y a tant de loyauté chez ces bonnes gens, que souvent il arrive que plusieurs familles remettent leurs marchandises è m seul homme qui
TYROL
les emporte toutes ; puis à son retour,
il fnit aver nn Iniînhie désintérpsfîement le compte de chacun. La probité est la vertu la plus commune en T) roi ; et le vol y est si rare que beaucoup de
r»rsonnes n*ont pas même de serrure la porte de leur maison. T.n mnjorité des Tyroliens est de race allemande; les autres , au nombre d'environ cent soixante mille, sont Italiens. Les caractères de ces diverses populations varient beaucoup selon les nations auxquelles ils appartiennent. L'ancienne constitution, confirmée en 1816, établit des assemblées provinciales.
Les états sont divisés en quatre classes, conifnn autrefois: ce sont les prphts, les chevaliers , les bourgeois , les paysans. Quoique le Vorarlberg soit compris dans une même administration, il a ses états particuliers, sa diète et ses privilèges. Les revenus de l'Étnt sont d'environ cinq à six millions. L'amour de la cbasse est le caractère distinetif do Tyrolien , qui excelle dans l'art de viser juste , et s'exerce au tir dès sa plus tendre jeunesse. Le costume du chasseur est fort remarquable : un chapeau rond, surmonté d*une plume re- . courbée; une veste rouge s ir 1 i quelle descendent en se croisant des hreleiles noires , peintes de diverses Usures en argent , une culotte noire et un justaucorps de même couleur. Il en est qui passent pour être doués de qualités surnaturelles : celui-ci n'a jamais manqué un ours ; il les poursuit dans leurs lanières ) les attend au passage, les combat corps à corps, et se rit de leur fureur; en viiin ses nrines seraient en défaut , il en triompherait toujours. Celui-là est préservé des atteintes de ses ennemis; et les. plus habiles tireurs ne Tatteindraient pas. La superstition est grande dans cette classe d'hommes. Les erovnnces aux génies , aux fantômes sont fort accréditées : que ie vent agite le feuillage ; que, sur les i^âles lueurs de son reflet, la lune jette l'ombre vnciP intf^ d'un arbrisseau; que dans le lomlain l'oiseau de nuit fasse entendre un cri plaintif, ce sont des esprits qui révèlent leur présence et qu'il faut conjurer.
Que des feux follets parcourent le marais, ce sont 1rs âmes des lilles qui n'ont point trouvé de maris. Chaque maison se pourvoit d'une image révérée« sauvegarde du doinidle. Les vertus de famille sont pratiqué» reli* pieusement ; rien n'égale le respect d'un fils tyrolien : la veuve souvent Durte pendant toute sa vie le deuil de l'époux qu'elle aimait. Les malheurs publics sont généralement sentis ; long*- ♦ temps après la guerre de 1809, la nation tout eiitière a continué à se vêtir de noir. La lutte est fort en usage dans le Tyrol ; et les lutteurs ont un costume particulier. L'adresse est autant que la force le but de leurs exercices; ils se défont de ce qui pourrait entraver leurs mouvements^, font entendre un cri de guerre, propre à les faire reconnaître, et mettent autant de pfumps à leur chapeau qu'ils ont remporte de victoires. Le Tyrolien est fort industrieux ; la mécanique n'a point de secrets qu'il ne puisse pén^rer; souvent le métnver ou le berger crée de petites machines hydrauliques pour battre le beurre; quelquefois aussi le berceau d'un enfent est mis en mouvement par une petite roue qui plonge dans le ruisseau voisin de la maison.
Le Tyrol est comme une grande forteresse avec cinq portes : Tune vers Vérone, l'autre au Pust^rthal.prèsde Draubourg, la troisième est au col de Stelfs, laquatrièmeestledeliledeFinstermunz, enfin la Scharnitz, autre défilé gardé par des ouvrages militaires, ouvre un accès vers la Bavière. Des roclies grises et nues , sans aucune végétation , deux ou trois petites maisons . un pont-levis et des débris de murailles avec des bastions nouveaux , tel est l'aspect qui avertit le voyageur qu'il va francnir une frontière. Le double aigle d'Autriche, et les douaniers qui gardent l'entrée, font connaître suflisannnent SOUS quelle domination Ton passe:
quant a la visite qu'ils devraient faire, ils en dispensent volontiers pour quelques pièces de liiounaie. Ce défilé s'appelle Porta Claudia; l'imagination se prend aux Romains, mais elle se trompe, car le^fort avait été bfttî par
4ié vvm
la iiiébaiia CMlia ; il fut ensuite ren*
^ersé par les Bavarois. Quand on a franchi ce détilé si facile à défendre, la verdure réparait, les rocliers se oacbeot derrière Ut forêt , mais oo eiit toujours dana la solitude , jusqu'à ce qu'enfîo Ton aperçoive le clocher de Seefeld et les ruinsf di^ cliâteau de iicbkviberg.
Vm de la baiitfur de 2îrl un sin* dulier aij^ que o^lui des habitations eoilées aux rochers* ou placées dans quelque enfoncement de ces niasses granitiques. Ces églises, ces maisons rettsemoleot avec plus de vivacité et de fraîcheur aux plus belles décorations de théiitre ; on ne peut concevoir qu'il y ait là des demeures, ui que Ton y puisse trriffffaana risquer sa vieàde contiQuels sauta périlleux. Cepeodantquand on est parvenu dans ces lieux escarpés, quand on voit ces vastes plans inciiiiés, (ini semblaient si étroits, s étendre en pluteaui, on est frappé de la douceur da ^atmosphère , de la dialeur des rayons du soleil. Les rosiers v sont plus abondants, les cham()s plus fertiles; tout se meut et s'agite d'une vie bien plus animée; ee n'est que dans ces haut^ lieux que le voyageur peut ci^maltr^ le véritable aspect du Tyrol.
La Martinswaud ( uaroi de Saint- Havtin) est la plus beHe des roclies d(f fajË : ^le tombe perpendiculaire sur la ilva gauche de rinn , et serre la route eontrela rivière. A peu près au milieu de Tescarpement, il y a un calvaire . au-devant d'une eaveme : nul accès ne eradintà cette grotte qui porte encore le nom de Maximilien. Le roi des Romains s'était laissé emporter à l'ardeur de la chasse aux chamuis; sou audace avait été poussée jusqu'à la t^ mérité par la présence de quelques dames qui le regardaient du pied delà niontague. 11 saute de rocher en rocher, ■e suspend aux moindres aspérités, eÉ, sans tenir compte de la profondeur du précipice , ni de l'absence de tout Jïoint d'appui, il s'avance loujours au grand eflroi de sa suite qui n'ose s'awtnrer dana ces ledoutables lieux.
Cepaudantka erampous de fer qui aâ- «IMBft Mi pts «e bnieis^ et l'abaudoo-
nent; il n*y a |ilu8 pour lui de moyen
d'avancer, et il ne peut revenir sur ses pas: il hésite longtemps, veut atteindre à la grotte, hésite encore, et 8*élance enfin vers eet antre sauvage.
Là plus d'espoir de retour; la consternation est générale : le pasteur de ZirI est sorti de son église à la téte de ses fidèles : du fond de l'abîme il étend vers le roi des Eomains la aaiute iHMh tie ; aucun secours ne semblait plDêsiblei si Maximilien revenait , une chute horrible briserait ses membres sanglants ; s'il restait, la faim le consumerait avant qu'on pdt le fheroher; il y dejneura donc |ilusieurs jours. Les cloches sonnaient l'agonie; le peuple agenouillé récitait les prières des moutants. Ife {touvant redescendre sur fa terre, le prince implorait le ciel comme pour en obtertir un meilleur séjour.
Tout à coup le hasard , ou plutôt ta faveur du ciel amène un audacieux chasseur. Lips était son nom ; il ap»
paraît au détour d*ufte roche ; et , sui^ pris d'apercevoir un liomtne là où les chamois eux-mêmes hésitent à se ha- sarder, il s'écrie: Hola, que fais-t^ làf Puis , en voyant la ftme Breate>»
née, les bannières flottantes, les prêtres en prières , il brave tous les pé- . rils; et, d'une main assurée, ramené Maximilien jusqu'au pied de la mou»
ta^ne. Pénétré de reconnaissance, eu prn:ce embrasse son libérateur. Que ton nom rappelle désormais ton action; Je te Jais f dit-il, baron de fiohet^ felsen {ée tfauté^Moche)! H feaneA»maUon que f inspira ma vue resêera dans ce fifre comme un vionument du secours que tu m^ns donné. Sois désormais le baron HoUauer de Ho~ henfeken.
Lorsque de la descente de 2irt on porte ses regards sur le cours de Plnn et sur les prairies qu'elle arrose, on est frappé du contraste imposant de ce beau paysage , avec les montagnM sévères qui l'entourent: au sud, les Alpes et le Schoenenberg , cronpe avancé du Brenner. Cette chaîne descend par degrés ,> et comme d*étage en étage ; elle offre plusieurs ouvertures ; quelques torreuts sortent des TalWeif ,
TYROI..
et , vers les prairies qui en bordent la base, s'arrondissent en amphithéâtre 4'une riche verdure et d'un beau cliinat; quelques anses solitaires, délldeux refuse d'abbayes , de vieux châteaux et de charmantes maisons de campagne; nu nord, an contraire, il semble qu'il n'y ait point de transition éntre la roche et la prairie : tout est perpendiculaire , ce sont des murailles sans régularité comme sans végétation; et les cimes tantôt échancrées, tantôt élancées ou recourbées, dominent à pic et à une prodigieuse élé* vation cette plaine étroite dont Inspruck occupe toute la largeur depuis la Dase d'une chaîne à la base de I autre. Par delà les deux quartiersgue rejoint le pont, se présente dans le lointain la jolie petite ville de Hall, au pied du Saltz- Derg; et, dans Tintervalle qui la sépare d'Inspruck, une multitude de villages; à droite , Ambras , magnifique château, autrefois le séjour heureux de Ferdinand et de Philippine ^Ve^ser ; du haut de la montagne brillent ses vitraux et la galerie octogone qui recouvre le f^ftede rédifice; à Topposite, Weyerbourg, le château ifn von de l'empereur Maxfmilien; la couleur rouge de son toit se montra au milieu des vertes ein^es des arbres et du feuillage de la montagne. Plus près de la ville, Pab- J)aye de Wilten , avec son église et ses édifices semblables à des palais. Inspruck est comme i,e centre de belles avenues qui en partent vers toutes les directions. Cette ville est vraiment le type du pays dont elle est la capitale : elle a essentiellement le caractère montagnard : à la naïveté qui est ici te fond de toutes choses, se niéle un mouvement semblable à celui des grandes cité-s : ses rues sont populeuses; et, dans le costume le plus reclierché des dames , comme dans le simule vêtement des paysannes, et même à travers Vimitation des modes étrangères, domine tot^ours la pliysionomie nationale.
On veut que l'abbaye de VV ilteu ait été construite sur remplacement du Vefdidena, colonie de vétérans ro* mains. Depuis la chute de leur empire jusqu'au nuitièwe siècle, cette uiai-
heureuse contrée fut sans cesse ravnçée )ar les barbares. On vit se succétier es Huns, les Goths, les Lombards, es Francs , les Slavfs. H parait que le castrvm ad Breoues dont parle Ve^ nanliiis Fortunatus était à "Wilten; mais le christianisme fut souvent banni de ces contrées. Dans la suite, l'usage des empereurs d*aller se fiilre reoeftoir à Rome amena beaucoup de commerob dans ces vallées. Ce fut le grand passage de l'Allemagne à fltalie : un pont sur rinn devenait nécessaire; autour de ce pont se groupèrent quelques maisons. Le village fut bientôt le marche auquel tout le pays venait s'approvisionner. Au onzième siècle, Inspruck ou Insbniek'Cpont sur Tlnn) é:ait florissante par le transît; cette 1)011 rgade sortait de l'obscurité de ses origines, mais sans les éclairer d'une lumière précise. Ln prêtre de l'abbaye de Wilten desservait la petHe ^ii^é du lieu toujours restreint à la rivé gauche. Enfin Bertold d'Andechs , margrave d'Istrie et seigneur de cette contrée , obtint de l'abbé la permission dn transférer les demeura sur ses terrés au delà du pont. Il n'y avait plus de place entre l'înn et les hauteurs de Hœtting. Othon lf\ duc de Méran, entoura la ville naissante d^un fossé, d^une muraille et de tours. Il y bâtit une résidence pour lui ; ce fut en 1234, à une é[)oqiieoù Fredei ir II , de la maison de Souabe, constituait dans tout son empire un grand nombre de viDfls impériales. Le âiâteau d*Othon était néamnoins sur la rive gauche; on veut Pv reconnaître enroie dans une maîson qu'on Ottoburg (château
d*Othon); et le cbifira im, Inseirft sur cette maison , prouve au moins que telle était l'opinion commune à ré[>oque où on Ta tracé. La branche d' A iniechs s'était éteinte en la personne d'Othon II, oui mourut sans postérité ni desceu»
(lance. Albert de Tyrol , son beaupère, lui succéda sur les bords de l'Adige. Après diverses transmissions, I nspruck appartint à Meinrâd deOOBVi , qui avait épousé la mère du malheureux {'onradiu, infortuné prince qui vendit toutes ses possessions d'Aile-
rtJMVÈRS.
magne afin de pouvoir reconquérir son royaume de Napies, et ne trouva au lieu de la victoire que l'échafaud. Ainsi c'est dans ces hellps contrées qu'une mère au désespoir pleurait son royal fils ; ce l'ut pour obtenir du ciel le salut de son ànie que , d'accord avec Meinrad , elle fonda le couvent de Stams.
Cependant la population d'Inspruck croissait toujours. Les mury'lles ne renfermaient qu'un espace désormais trop petit: les faubourgs s'allongèrent vers \Vilten ; les nobles y établissaient - des jardins et des maisons ; et cin-
auante ans s'étaient à peine écoulés p|)uis la construction des murailles . que déjà il y avait une ville neuve (Neustadt). Mnis, en 1292, un violent incendie di vora presque toutes les maisons d'Inspruck , la plupart de bois. Pour ne |)Uis manquer d'eau , Meinrad fit creuser un canal à la Sill ; il est aujourd'bui garni d'usines et de moulins. En 1315, en l'année même où Morgarten abaissait l'orgueil des ducs d'Autricbe , et peu de mois auparavant, on célébrait dans la prairie de l'abbaye de Wilten le second mariage de Henri de Gœrz, souverain du Tyrol, veuf de la reine Anne, sœur de Winceslas, avec Adélaïde de Brunswick; et, douze ans après, il se remaria encore, dans le mêtïie lieu , avec Béatrix, comtesse de Savoie. La célèbre princesse , si comme sous le nom de Maultasche, ou bouche en sac y à raison de la difformité de son visage, était fille de ce Henri et d'Adélaïde de ' Brunswick. L'histoire romaine ne proclame rien de la lubricité de Messaline
• que la IVIaultasche n'ait surpassé, et
• sa ménïoire est encore dans toutes les i traditions populaires, aussi vulgaire,
aussi prodiguée qu'elle l'était ellemême. Ses vices n'avaient point encore éclaté à ce point lorsque Jean de Luxembourg, la voyant seule héritière du Tyrol et de la Carinthie, la rechercha pour son fils Jean Henri ; pour l'obtenir, il donna à l'empereur Henri quarante nulle marcs d'argent ' Néanmoins le fiancé n'avait que huit ans, la fiancée était déjà nubile. Louis de Bavière et Frédéric , en nobles et gé-
néreux compétiteurs dont Tambition laissa subsister l'amitié, étaient venus à Inspruck trois ans auparavant : la bataille de Muhidorf avait déjà ternuné leur riv alité. Lnesuite non)breuse les accompagnait , et des ambassadeurs accoprurent de toutes les villes d'Italie. Un nouvel incendie fut pour Henri l'occasion de nouveaux bienfaits ; il institua dans la ville neuve l'hôpital du Saint-Esprit, et mourut en 1335.
Trois ans après, une calamité sans exemple jeta l'épouvante sur tout le Tyrol : au milieu des steppes brAlants de l'Asie les feux du soleil firent éclore des nuées entières de cigales : leur vol obscurcissait le jour; elles passèrent sur la Hongrie, et s'abattirent toutes sur les vallées d'Inspruck et de Bolzano.
Les plus riantes prairies et les champs les plus fertiles furent tout à coup dépouillés de végétation. En 1340, la ville fut encore réduite en cendres, et soixante habitants périrent sous les décombres. Alors le mariage de Marguerite (c'était le véritable nom de la Maultasche) était accompli; on l'aonula , et l'empereur Charles IV transféra ses droits à son second mari , Louis de Brandenbourg. Celui-ci régla les institutions du pays; il renforça les murailles , et donna plus de hauteur aux tours. A sa mort , la princesse conserva la souveraineté de Hall et d'Inspruck : le fils qu'il avait laissé mourut à l'.lge de vingt ans. Marguerite s'entoura d'un conseil de neuf seigneurs; mais ils ne, songèrent qu'à s'agrandir à ses dépens : alors elle conféra le gouvernement à son lieutenant Ulrich de IMatsch , puis elle institua pour héritiers Rodolphe, Albert et Léopold d'Autriche, petit-fils de la sœur de son père. C'est à dater de ce moment et en vertu de cet acte qu'un lien indissoluble, un attachement invariable unirent à cette puissante maison les fidèles sujets tyroliens : plus d'une fois ils ont prouvé que rien ne leur coûtait pour défendre leurs souverains. Le testament rédigé à Bolznno est de 1363 ; en la même année encore elle quitta le pays, délia les états du serment de fidélité, et partit pour Vienne,
Cependant les ducs de Bavière, jaloux de cette disposition , avaient envoyé des troupes dans la vallée de rinn ; et, sans les bourgeois d lnspriick et de Hall , c'en était fait de Rodolphe. Léopold III, après le partage de rAutriche , eut le Tyrol : ce fut lui qui périt à Sempach , laissant quatre nls mineurs. En 1390 , le feu fit encore des ravages affreux ; il endommagea même l'enceinte et les tours.
Léopold IV, l'un des fils dont nous venons de parler, fut surnommé le Superbe; il succéda à Albert l'aîné, et fit place à Frédéric IV à la bourse vide ( mit (1er leeren Tasche). Ce fut le premier des Habsbourg d'Autriche qui établit à Inspruck sa demeure permanente. Il construisit son château sur la place même , et le recouvrit ensuite d'un toit d'or. Gendre de l'empereur Robert, il perdit sa -femme après deux ans de mariage; puis il se trama contre lui une conspiration à la téte de laquelle figurait Son grand bailli Henri (le Rottenbourg : suscités par lui , les ducs de Bavière firent plus d'une incursion dans la vallée de l'Inn; il fut enfin obligé de s'exiler, et n'obtint qu'à ce prix la vie et la Hberté.
Ce même Frédéric reçut l'empereur Sigisiiiond , en 1413, au passage de ce prince pour se rendre en Italie; mais il fut mal récompensé de son hospitalité et se vit à la fois excommunié et privé de ses États pour avoir favorisé l'évasion de Jean XXII ( d'autres historiens l'appellent Jean XXIII.
Nous suivons l'autorité de Jean de Millier). Lorsque ce malheureux pontife s'enfuit du concile de Constance, Frédéric le suivit et le protégea.
Frnest bardé de fer , auquel la noblesse déféra le gouvernement du Tyrol, prit sa place. Ce fut à Inspruck que naquit l'empereur Frédéric, son premier fils ; mais le généreux Krnest ne tarda point à remettre son frère en possession de ses Ktats ; il contribua beaucoup à faire lever le ban de l'Empire et l'excommunication sous le poids desquels gémissait l'infortuné prince. Il sut dompter les grands et reprimer leurs excès à une (liète tenue à Méran ; mais Fré-
27' Livraison, r Tyrol.)