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déric eut la douleur de perdre tous ses enfants. Il eut de sa seconde fem ne, Anna , duchesse de Brunswick, un fils, Si^isiuond ,quifutsou héritier, la perdit aussi et languit encore cinq ans.
Frédéric V d'Autriche fut désigné par les états pour être le tuteur du jeune Sigismond , selon l'usage de la maison . d'Autriche de conférer toujours ce soin au plus Agé. Ce fut celui-là même qui se fit i^ouronnerefupereurd'Allemagne, sous le nom de Frédéric IV, en 1440.
Deux ans après, l'empereur chanta I cvangile à la messe de minuit, en qualité de diacre. Après l'expiration du délai fixé pour la tutelle , Frédéric ne voulant [)omt rendre la liberté au j<'une duc, le Tvrol s'arma, nomma un général, et df'pêcha une amba'jsade à ^uremberg,où se tenait la diète, fionr reveiuliquer de l'empereur les droits du légitime souverain. Cependant il n'y fut fciit droit qu'en 1446. Lorsque Sigismond revint, il fut re(;u' avec enthousiasme ; bientôt il épousa dans Inspruck la princesse écossaise Elconore , et confirma les franchises et les privilèges de la cité par un «icte solennel; il y ajouta l'avantage de tenir T. j)lusieurs ibires et de nombreux marchés. •
Les intrigues du cardinal Cusa compromirent l)ient()t cette prospérité des Tyroliens. Fils d'un pauvre pêcheur dé Cus , dans le pays de Trêves , au bord de !a Moselle, ce prêtre ambitieux était parvenu à écarter du siège de Brixen le chancelier du prince, Léonard "Wissmayr, qui cependant avait été légitimement élu. Par suite de ses querelles av(>c Sigismond , il fit mettre tout le Tyrol -en interdit par Calixte III, Énéas Sylvius, qui succéda à (Calixte," sous le nom de Pie 11 , avait été le f)récepteur du duc; il ne l'en excommunia pas moins, et défendit à tous de conununiquer avec le Tyrol, Soit sous prétexte de commerce , soit pour toute autre cause : il fallut beaucoup de temps et de négociations pour apaiser ces différends.
Chris^tian , roi de Danemark , s'arrêta à Inspruck avec tonte sa suite dans un voyage qu'il fit à Rome en
i;UNIVERS.
1474. II y eut trois jours de fêtes et de
réjouissances. En la même année, Sigismond réunit k'S ét.lt.s : on y rendit beaucoup de luis ntiies sur les ilnances, la police, le droit civil, çtc. Frédéric IV ayant élevé l'Autriche au titre d'archidiiché , Si?ismond s'appela désormais arcliidiic. En 1484 , il épousa en secondes noces Catherine , fille du duc de Saxe. Malheureusement il écoutait facilement de trèsmativnis ronseilltTs qui abusaient de l'extrême bonté de son ereur : il en résultait d'énormes abus et des plaintes tiras les jours plus vives« Aussi- le vit-on abdiliuer en faveur de Maximtlien , roi des Romains , qui lui assura un gros revenu dont il jôiiit encore quelques années. Il avait fait battre monnaie en f^rande quantité , par suite de la découverte des mines d'ErhstoIlen et de Fiilkenstoin, près de Schwatz; aussi fut-il surnomme le richfu
Maximilien alla prendre possession du gouvernement en J490: après un veuvage de douze ans, il épousa la fille de Galé.is Slorce , duo de ÎMilan : c'était ime l>elle princesse i la noce fut magnifiquement célébrée le 16 mars 1494 , dans le château d'Inspruck qui vennit d'('tre construit. Ce prince y paraissait trés-souvrnt , et dans les moments où on s'y attendait le moins. Il y reçut une ambassade turque, et y donna asile à Louis Sforce , à sa femme et à ses enfants, quand Louis XII les eut chassés de leurs États. L'empereur organisa , en 1^ U , la défense du pays : àtcet effet, il convoqua les états; et, dans cette assemblée, fut rédigée la célèbre charte connue sous le nom de LandlibeUj où Ton a réglé le. nombre d'hommes que doit fournir chaaue district ou quartier. Il convoqua ne nouveau les états en 1518, pour pourvoir à des embarras de linnnces. L'année suivante, il partit malade de sa résidence, et mourut SX Wels, en Autriche.
L'emgereur Avait institué pour héritiers ses petits - fils Charles et Ferdinantl. Le [jreniicr fut élu empereur; le second épousa, dans l'eglisede Saint- Jacques à Inspruck, la princesse Anna, •t fvt investi du gouvernement du Ty-
roi; à cette occasion, il vint visite
cette partie de l'Autriche.
La guerre, dite des paysans, qui suivit çt accompagna les premiers mouvements de la reformation , étendR m ravages jusque sur le Tvrol. Les habi* tants de la vallée de l'AdiL'-^ o]HM«:saieht à un séditieux appelé Gaisniayer; il osa urésenter au prince une série de griefs et une demande d*aboittion^ de toutes les redevances qui n'étaient pas perçues pour le souverain ; il remit cette I)ièce à l'occasion d'une diète convoquée à Inspruck en 1525, et à laquelle Ferdinand avait eu soin de n'appe^ 1er ni les nobles ni les prêtres si odieux au peuple. Il fallut céder, du moins en partie, aux exigences des insurgés; mais les avantages qu'on leur avait* conférés pour vmgt-cinq ans cessèrent dès l'année 1532.
En 1514, une incursion subite des troupes de la ligue de Snialcalde força les états à entretenir à Zirl un corps de douze mille homnfes , et la failiille réirnante à se retirer : vainqueur à la biitaiile de iMubll)erg , Charles - Quint fit prisonnier l'électeur Jean Frédéric et Philippe de Hesse; il conduisit le second a Inspruck ^ .Maurice de Saxe cependant se jeta à l'improviste dans la vallée de l'Inn, après s'être emparé du passage d'Ëhrenberg : il fallut que, dans la nuit du 19 au 20 mai 1552, l'empereur, le roi des Romains et Jean Frédéric de Saxe lui-même prissent la fuite: l'empereur était malade, mais ne put s'arrêter qu'à Yillach. Maurice entva dans Inspruck ; d'abord l'ordre fîil observé; mais, quand l'électeor fut parti pour Passau , ses soldats se livrèrent à toutes sortes d'excès, pillèrent les églises et les couvents ; ouvrirent et profanèrent les tombes docales de Stams. Après la convention de Passau, l'empereur revint à Inspruck. C'est dans le chûteau de cette ville qu'il médita profondément sur les soins de la monarchie , sur l'inutilifé de ses efforts, sur la vanité des choses humaines, (''est à Inspruck qu'il arrêta le projet de déposer la couronne des Césars , pour se réduire à l'état de simple religieux. En 1558 , Ferdinand fot
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TTEOL.
proclamé empereur. Cinq ans après,
il vint à son châtrau avec ^Taximiiien, l'aîné de ses fils , déjà élu roi des Romains, et couronne roi de Jîolienie ; en même temps l'empereur présenta aux ^ats son second fils , Ferdinand , coninie devaal^ ^re leur souverain.
Une peste épouvnntnhle désola la ville en 15G4: le f;ou\eriH'nient se retira à
vjnt à Inspruek, où elle épousa Tempereur Ferdinand II. La cérémonie
eut lieu à l'église du château. Quatre ans plus t.ird . T.éopold, institué souverain héréditaire du Tvrol , y reçut Claude de Médicis , veuve du duc d'L'rbin, qu*il épousa. On vante beaucoup In magnificence des fêtes dont ce mari:i!zo fut .'uToiiipagné. Inspruek vit
Sterling; les princesses a Meran. En^ alors la première illumination. L'ap 1566, iQspruck fut totalement sub- proche des Suédois jeta la terrepr dans
le pays ; on recourut à des emprunts
mergé , et Ton parcourait ses rues en
nacelle. A cette époque, la population, non compris les bourgs de Ild'ttingrn et de VV ilten , était de cinq mille cinquante âroeâ.
Un tremblement de terre de quarante secousses ébraida, en 1572, les murailles et tous les édilicesd'Inspruck : hommes et animaux , tout s'enfuit dans les champs. Céfait 1e 4 janvier; et, quoiqu'il fK un froid très-rigoureux , l'arcliiduc passa la nuit dans une grange : sauf quelrjncs intervalles de repos, cette Cidamile dura environ quarante Jours. Elle fut suivie d*une disette. La bienfaisance de Philippine VVelser se manifestait pnrtout; Ferdinand avait choisi sa première épouse dans la classe bourgeoise; il avait écouté son cceur, et oedaîené les obligations de son rang; et la fille d'un négociant d'Augsl)oin-g partageait avec lui la puissance suprême, l.e Tyrol est encore pkin des souvenirs de cette heureuse union: on montre, on révère tous les lieux où séjourna Philippinc. Il semblerait, à entendre les éloges qu'on lui prodigue, que ses bienfaits ont soulagé des infortunes récentes. A Ambras , est la chambre où la princesse se baignait ; à Inspruek, la chapelle d'argent où rlîc repose.
Ferdinand y est aussi ; niais \\ s'était remarte deux ans après avoir perdu Philippine. Ce fut à Inspruek qu'il épousa Anne Catherine, fille du duc de INIilan , Guillaume. Ce mariage était probablement commande par des raisonspolitiques, car il ne cessa de pleurer amèrement sa première femme.
Maximilien, puis Léopold V furent les arcbiducs successeins de Ferdinand. ^ 16^2 , Éléonore de Mantoue
forcés, à des levées extraordinaires.
L'an biduc courut à Khrenberg pour aviser aux moyens de delénse; niai^ Tennemi ne vint point , et tout rentra dans Tordre. Après une minorité, Ferdinand-Charles gouverna et épousa la princesse Anne de Toscane, nièce de sa mere oui, d(^:i malade , épuisée des fatigues de la régencè, mourut deux mois apK^ ta signature du traité d'O^- !i.il)ri!CK , vov;n!t s'accomplir enfin leç \ (l'ux qu'elle f iisail depuis si longtemps pouf le repos du monde. Ferdinand- Cbafrles fit bltfr le théâtre ; sous son gouverneiiient InsprucH fut visité par i;i reine Clu'istine de Suède; il alla au-devant d'elle à cheval, avec tonte sa suite. Un nonce du pape avait préeédé sdh aririvé^i il était acc6tirà de Rome pour -recevoir' son abjura» ' tion; et, le 3 novembre Ki')!, cotte (\ r< monie s'accomplit solennclirmcnt .
dans l'égli.se du cliàteau a Insuruck. . FVànçofs Siçismond, frère'4*"1PcrT dinand-Charïes, lui succéda à défaut'^ d'héritiers directs; on peiis(> aujourd'hui (]uc ce prince mourut (Mnj)()isonné par sou médecin A^ricola, en haine aê ce tfa*fl avait éloigné tous les ItaK liens de sa cour. L^apinion générahi était que Sigismond s'était rendu mal;i(lc en l)U\a!it frais à la cli isse dans un instant oîi il était fort ecliautfé. L'archiviste Primisser a prouvé, il n'y a pas longtemps, qu'un poison lent devant opérer a point nommé , avait été administré à ce prince. Kn lui s'éteignit la race des souverains autrichiens du Tvrol, auxquels cette pro* vince était spécialement affectée.
L'empereur Léopo!<i 1" régna sur r^Utrlcoe siotefieiire; il vint à L||s^
rUNIVERS.
prurk en IGGô, et reçut \c serment des Klats. Les iiioiuJations et les tremblements de terre reparurent en 1G69 et en 1670. La terre semblait |iréte à s^ouvrir ; le vent mugissait avec furie ; les animaux liurlaîent , les clorlies agitées sonnaient d'elles-mêmes, eomme si elles eussent annoncé la fmdu monde. Pâles et tremblants, les habitants attendaient le moment suprême. Il n'y avait pas une maison qui ne fût endommagée, et plusieurs étaient tombées en répandant leurs décombres sur le sol. La terreur fut telle qu*elle occasionna des maladies graves à quelques personnes ; d'autres |)érirent errnsées. La nature ne reprit son cours que lentement : les secousses se représentaient de temps à autre comme si •la cause du mal subsistait toujours; elles se renouvelèrent pendant un an , mais sans produire d'autre effet que la consternation de ceux qui jugeaient l'avenir par le passé. Les princes,
Î)0ur se garantir ae pareils malheurs , irent construire, en 1G75, un palais de bois. Pendant les années suivantes, les états du Tyrol furent souvent convoqués pour voter des subsides à l'empereur , qui leur donna pour gouverneur son frère Charles de Lorraine.
En 1G89, un cruel et désastreux tremblement de terre fit beaucoup de victimes et renversa beaucoup de maisons. Les édifices publics furent plus maltraités que les autres. La guerre de la succession d'Espagne fut line nouvelle calamité; Alaxunilién Emmanuel de Bavière prit de vive force Kufstein et Rattenberg, et fit son entrée à Inspruek le 2G juin 1703. U voulait gravir le Brenner pour opérer sa jonction avec le duc de Vendôme , mais son avant-garde fui massacrée, et lui-même avec son corps d'année fut contraint de céder à la résistance des paysans. Il ne put même faire connaître son arrivée au général français ; tous ses émissaires étaient pris, et pas un Tyrolien ne voulut consentir a s'enrichir au prix de la trahison.
Averti en même temps du mauvais état de tes garnisons de Rufstein et de Schaimitz , il se replia du Brenner sor
Inspruek , et bientôt il quitta cette ville pour rentrer dans ses États.
En 1711 , Inspruek reçut d-ans ses murs Tempereur Charles VI et le prince Eugène: ils y méditèrent leurs plans de campngne.'nésormals lelVrol ii*eut plus qu'une simple administration de régence : aussi la capitale perdit beaucoup de son éclat. Marie -Thérèse y tint en 1738 avec le grand-duc son époux et Charles de Lorraine. Devenue impératrice, elle consacra aux provinces du Tyrol une sollicitude particulière. En 1763, elle y célébra le mariage de son fils Léopold , grandduc de Toscane, avec l'infante Marie- Louise d'Espagne. Deux ans après, on vit à Inspruek l'empereur François 1*' et Joseph, roi des Romains, le 18 aoiU, en revenant du spectacle, ce souverain tomba mort dans les bras de sou lils : les fêtes furent remplacées par un deuil général. Cet événement fut suivi et précédé de beaucoup d'autres calamités. Joseph II, empereur, s'anêta à Inspruek au retour du voyage qu'il avait lait en France sous le nom du comte de Falkenstein.Pie VI, revenant de Vienne par Munich et Augshonrg , fut acaieilli dans Inspruek avec enthousiasme. Le gouvernement de Joseph II ne fut pas très-favorable à cette ville; peu à peu il fit transformer tous les couvents en casernes, et il transfera à Clagenfurt le siège de la cour d'appel, La dernière assemblée des états eut lieu sous Léopold II, son successeur ; on y résolut le rétablissement de l'université , et le souverain rappela la cour de justice. Il réj)arait toutes les plaies de ce pays quand la mort l euleva le 1* mars 1792. En 1796 , à l'approche d*ane division française de l'armée d'Italie, le trésor cî'Ambras, les archives et les collections furent emportés à Linz. D'un autre cote, l'aile droite de l'armée de Moreau s'avançait; elle était déjà à Bregenz et à l^ussen. Les Tyroliens prirent les armes , se défendirent vaillamment , et , cette fois , leur pays fut préservé d'invasion. Mais, en 1797, Joubert pénétra jusqu*au Brenner : le traité de Campo-Formto niit fin à ces
TYROL
inquiétudes. Deux ans après, les généraux Desselles et Loison entrèrent dans le pays ; le tocsin sonna dans ces vallées, et tout prit les armes; mais les Français étaient victorieux sur tous les points. Le traité de Lunéville amena la seule délivrance possible. La paix ne fut pas de durée ; à la (in de l'année 1805, le maréchiil Nry célébrait un Te Deum en l'honneur de la soumission cénéraje du Tyrol. Le traité de Presbourg en disposa en faveur du roi de IJavièrc, Maximilien ce fut un bouleversement total des usages et du gouvernement. Le Tyrolien , sans doute, ne pouvait être insensible aux vertus d'un si digne monarque; mais il était blessé dans son attachement héréditaire à la maison impériale , froissé dans ses habitudes. L'orgueil militaire s'accommodait mal de cette soumission à une puissance toujours détestée. Aussi , quand les Autrichiens reparurent à Brixen en 1809, le peuple se souleva , accourant en foule a Inspruck , dont le gouverneur se défendit en héros; ce brave périt en voulant se faire jour pour opérer sa retraite; mais ces joies ne furent pas de durée. Le duc de Dantzig et le général de Wrèdc emportèrent d'assaut la position de Steub; ils entrèrent dans Inspruck, ce qui rie mit point fin à la guerre, car les Bavarois eurent encore bien des combats à soutenir. Il fallut quitter et reprendre la capitale; on l'entoura de trois camps ; on se fit rendre toutes les armes du pays. Le duc de Dantzig étant allé à Stérzingcn où il fut battu , le soulèvement fut universel. Les Bavarois, assaillis de tous côtés , furf'nt obligés à la retraite. L'aubergiste de Sand, André llofer de Passeyer, était Tihiic de tous ces conlbats. Les chefs de l'insurreciion avaient •tous rendu hommage à son héroïsme; tous s'étaient rangés sous ses ordres.
Il fit à Inspruck son entrée solennelle. Mais l'armée bavaroise revint en force, et pénétra par tous les points dans le ïyrol. Les Tyroliens prirent ensuite une forte position sur l'IseLEIIe fut emportée d'assaut; le coumge ne pouvait rien contre In supériorité de la tac-
tique et la prépondérance de Tartillerie. Il fallut reconnaître la souverainetédela Bavière; Inspruck perditalors son université. Enfin, en 1814 seulement , ce pays retourna à ses anciens maîtres; et souvent l'empereur François II vint convertir en véritable ent'housiasme la joie sincère de ses fidèles sujets. On ne peut s'empêcher de reconnaître que, sous ce régime si paternel, le Tyrol a beaucoup gap;né; et la prospérité publique se manifeste en toute chcsc. Si la police autrichienne est sévère, incommode, ce n'est que pour l'étranger : l'habitant
f»rofite du repos assuré par sa vigiance; et, comme il est d'un caractère paisible et peu soucieux d'agitations, il ne s'inquiète pas beaucoup des entraves apportées à l'introduction des iournaux. Les conversations de table d'hote sont fort réservées : il ne serait pas prudent d'y discuter les questions qui agitent l'Kurope, ni de prôner le régime constitiitionnel ; on pourrait avoir à termini?r sa démonstration à la police , et recevoir l'intimation d'aller prêcher la propagande un peu plus loin. Mais ces aésagrémeiits, on ne les éprouve que par "sa propre imprudence.
11 n'y a pas bien longtemps encore, les rues étaient malpropres, les auberges détestables, et le voyageur, une fois qu'il avait visité l'église des Franciscains, n'avait rien de mieux à faire que de s'éloigner proniptement. Les maisons avaient en bas, des arcades surbaissées et des boutiques sombres, en haut, des gouttières qui versaient leurs eaux jusqu'au centre de rues étroites; des quais sans pavé, et, pour ornements, des amas de fumier et des cloaques; la villa neuve offrait seule quelques rues spacieuses et des maisons de bonne apparence. Aujourd'hui , Inspruck est presque belle; déjà elle est propre, grâce à un pavé neuf et aux égouts qui emmènent les im mondices ; elle a aussi de bons trottoirs. Les rives de l'Inn sont plantées de promenades publiques, et quelques édifiiTs en construction promettent un aspect tout nouveau à ses
L'UNIVERS
principaux quartiers. Déjà le voyageur s'y complaît, et choisît cette cifé pour centre de ses excursions vers les ait'férpnff's pnrtîrs du Tvrol septentrional.
La principale auberge, celle de TAi^le d'or, présente à l'extérieur des peintures originales et antiques ; ses apparteinents et les corridors même sont tapissés de discours prononcés , -i hi fenêtre de cette maison, par le célèbre André Uofer : on y voit aussi des collections de papillons et de minéraux;, partout on retrouve la mesure d'un f^énnt du \ (\\ Ledro, qui fut autrelois doniesliquc de r.uiberi^e.
Ijx carte que l'aubergiste distribue eu forme d'adresse « présente la topographie du Tyrol,avec un quatrain quisignifie qu en ce monde chacun a ses preneurs et ses détracteurs , et qu'à cet égard l'hôte de l'Aigle a le sort commun de tous les mortels. En général^ on fait fort rnativnîsc chère dans le pays; les aliments sont sul)stai]tiels, mais grossiers et inal'accommodes : il est Juste d'ajouter que les pix sont fiort bas, et (iiril est assez difficile de dépenser siv franrs dans sa journée quand on se borne à ses repas.
Inspruck ne compte pas plus de dix mille âmes, mais ron ne vit jamais tant de monuments dans une ville de si peu d'étendue. Les églises poi t tr !letnent nombreuses, qu'il serait fatigant de les nonmier toutes. Ln curiosité des étrangers se porte princi[)a!ement sur celle dite de la Cour ( ilofkirch) ou f]r< Franciscains. Le toml)enu de Maximilien décore le centre de la nef: sur deux rangées parallèles s'alignent, j usqu*au chœur,de nombretises statues d'airain : images de souver i i ns de tous les temps, de tous les lieux ; imposants par leur taille sévère, par la sombre couleur du métal, ils font, sur quiconque se présente au milieu de leur majestueuse assemblée, une indicible impression, surtout quand les derniers rayons du jour , affaiblis encore par les vitraux, éclairent la blanche et suppliante image de marbre de Maximilieu, et quand cette lueur lugubre jette du vague sur les fantômes d'airain dont la gigantesque stature se
confond dans les ténèbres, et devient plus incértaine h mesure ^ue la nuit devient plus noire. Les vtstères «oot
mobiles; les rois et 1rs reines ne sont point exaltés sur un picdcstal : vous en êtes entouré, et, pour ainsi dire, pressé , et cependant le silence el Vitth mobilité ont un caractère sinistre, mystérieux, que la fraîciieur de ocs voiltes sévères convertit eu un véritable frisson. 11 a\ a pas d'exemple, je crois, d'une pareille assemblée de roîa : ee serait le sujet des très-beaux dialoijiies des morts. Nous allons décrire le monument où Maximilien voulait reposer, où cependant ses restes mortels ne sont pas encore. Si puissant quand il régnait, sa suppliante statue n'obtient pas même l'entrée de son tombeau; il reste à Wienerisch-Neustadt.
Le style de l'architecture n'est pasremarquâble : l'église fut bâtie au seizième siècle par ordre de Ferdinand I le portail est en coloimes de marbre; dix autres colonnes de marbre rouge séparent la nef des bas c6tés. Maïs l'art du fondeur etcelm' du statuaire Ont riva* lise d efforts pour Tillustratioa deœ lieu de dévotion.
Le tombeau de Maximilien repose sur trois degrés en marbre; il est haut de six pieds deux pouces, long de treize et lar^e de sept pieds trois pouces.Lne belle garniturede métal se compose d'armes et de trophées ranges autour des marches supérieures; au haut du monument, qui est aussi de marbre, l'empereur Maximilen est agenouillé sur -un coussin. Cette stMue fut d'abord modelée en bronze par Louis dei Buca, Sicilien, en 1582.Aux angles sont des génies qui représentent les quatre vertus principales : la Justice, la Prudence, la Force et la Temperancp : ces chefs-d'œuvre sont de Lendenslreich.
Les cdtés ou faces des monuments son( divisés en divers carrés ou champs par seize piliers de marbre noir, et, sur une double rangée, ils offrent aux regards vingt-quatre tableaux, chacun de deux pk& de large sur un et demi d'élévation ; ce sont aes bas-reliefs qui rappellent les plus mémorables actions de Âlaximiiien. Au-dessus de chacun est
TYROL
Uke in <;cription tracée sur un cartouche, en forme de bouclier ; les cartouclies sont de marbre noir et supportés par deux génies. Le tout est entouré «Tune grille de fer, ouvrage étonnant d*un simple serrurier boliemien, lequel y a figuré toutes les armes divers pays soumis à l'Autriche.
Les scènes tracées sur les bas-reliefs nous donnent Maximilien à tous les âges de sa vie, et la progression e t toujours observée. D'abord il épouse , à dix-huit ans, Marie de Bourgogne, puis on le voit, h la bataille de uuine*
fate, chargeant à la t^te de Tinfanterie ourguignonne, et, dans Inint n'n, ses troupes vont occuper Cï.mbr;ii. Son entrée dans Arras est remarquable par h fini et la beauté d^une ligure de ti» vandiè^ placée sur le pîreikiier plan, Le couronnement th' l'empereur à Aixla-Chapelle vient ensuite. Le cinquième tableau est la bataille de Ca'liano : on ▼oit dans le lointain la ville de Rové^ rédo, et, sur le premier plan, la torrentueuse Adige serre le chemin et le rétrécit; les Vénitiens se précipitent sur un pont de bateau et tombent dans ses eaux. L'entrée de Maximilien & Vienne avec sa noble suite, la prise de Stuhhveissembourp en 1490, le retour de la princesse M.iriïuerite, nprès que Charles VI il lui eut manque de loi, l'expulsion <les Turcs de la Croatie, la ligue conclue en 1 495, contre la France, avfc AlevMU'lre VT, In rcpMhlifjtie de A'eriise el le duc de Milan, ("insei^liture de Louis Sl'orce , enOn le mariage de \Hùlippe le Beau, fils de Maximilien, avec Jeanne, héritière d'Aragon et de Castille, tels sont les sujets qui occupent les douze premiers tableaux.
Le treizième nous montre les Bohémiens battus à Ratisbonne; Maximilien, dont 1^' cheval s'abat, est sauvé par le duc Kric de Bnmswick. Une autre action de la guerre de succession de Bavière, et pareillement de l'an 1504, est le siège ou beau château de Kufstein; on y voit un trait retenu par Thistoire : le cofnmîuulnnt Pinznauer balaye de sa main les remparts, en dérision de l'artillerie euneraie. De ce côté de rinn, Maximilien met lui-même le
feu Rux pièces ésormes qn'il a fait venir d liispnick. T^quinzième bas-rejief est la soumission du duc Charles de Gueldres, qui , la tête nue, se jette au pieds dei'empereurà cheval. La scènese passe dans un (>n\ s })(>i<^f', p t . ffnns le lointain , on voit Aruheim en grande partie détruite. Une Hgue formidable se conclut dans le cadre suivant ; le roi cl'Rspaçne, le pape , le roi de France ^ M ixiiniHen, traitent à .Cambrai de la perte de Venise. Les hautes parties contractantes se donnent allégorique-^ ment la main ; dans le fond , on aperçoit une ville que des troupes vénitiennes abandonnent en fuyant. L'occupation rapide des Ltats de Venise, et Maximilien recevaiit les clets des cités auprès de Padoue, viennent ensuite comme conséquence de la ligue; enfin, dans le dix-huitième tableau, Sforce est reintf ^ré dans Milan; les Français partent d un coté, les Suisses et Maximilien arrivent de Tautre. La seconde bataille de Guinegate, du 17aodt 1513, est représentée dans le vinutième; l'empereur commande en personne la cavalerie, Henri Vlll est à la tète de Finfantene d*Angleterre. Après cette action , n \ oit les deux armées impériales et anglaises opérer leur join t mn devant Térouenne di'ja ebrécliee. i)an.s le lointain, Tournai est la proie des flammes.
Le vingt et unième sujet nous reporte à Virence : les Impériaux et les Espagnols iorcent un défilé garde par les Vénitiens, dont l'armée prend la fuite, lie vingt-deuxième est une sortie vigoureuse de la garnison allemande de !Murnno, sur le rivage de In mer.
Le vingt-troisième représente les négociations pour le mariage de Ferdinand , petit-fils de Maximilien, avee la fille de Wladislas. Ce roi et l'empereur Ini-mt^tne y figurent; mais la téte de Maximilien a été brisée par un vandalisme inexcusable, dans les agitations qui désolèrent Inspruck. Le dernier tai)leau est consacré à la belle défense de Vérone, par les Impériaux, contre les Vénitiens et les Français.
Ces (juatre derniers ont été exécutés les premiers par les frères Abe) deCo-
L'UNIVERS
logiie» en 15C3. On ne saurait croire jusqu'.à quel point on est frappé de la transition « et cependant il y a du mérite dans ces compositions , qui « si elles
étaient vues avant les autres, pourraient plaire davantaj^e. Malheureusement on suit rorcre des faits, et Ton a déjà contemplé les ouvrages d'Alexandre Colin quand on arrive à ceux de ses deux prédéces-^purs. Ot artiste, né à Malines, eu l'année même où se commençiïit le chef-d'œuvre qu'ji était destiné a terminer, fut appelé à Inspruck par Tempereur Ferdinand et s'y établit. Il mourut à l'Age de qnatrevin«t-six ar)s; son portrait et celui de sa femme, sculptés par iui-inènie, sont attachés h la grille: on ne saurait louer assez dignement les chefs-d'œuvre de Colîn. Il n'a pas mis moins tPrirt à conserver le tvf)e des physionomies nationales, cju a préserver de confusion ces groupes innombrables : on distingue très bien les Allemands des Françnfs et des Itnlierîs; les Turcs seraient reconnaissables s;ins le secours des costumes, (ju) sont néanuioins d'une grande précision. Les sièges et les batailles se multiplient sans monotonie, les armées se pressent sans désordre, et, sur le premier plan, tout est plein de vie et d'énergie; il suffit d'un nom pour aue l'histoire parle en quelque sorte a'elle-méme.
Les statues co!os«;ales qui entourent le tombeau sont au nombre de vinr^thuit posées sur deux files, sans ordre chronologique : la plupart appartiennent àla maison d'Autriche, et en particulier à la famille de Mnximilien. Klles ont été fondues par <jeorge.< Lœller de F^ldkirck et par ses lits. Il avait été arquebusier de Charles-Quint , et mourut à Inspruck dans un Ai^e fort avancé. Clovis ouvre cette série de héros; le second est Philippe le Beau, fils de Mâximîlien, et roi a'Espagne. Rodolphe de Habsbourg, Albert le Sage, duc d'Autrirhe, et'i héodorie, roidesOstrogoths, voin([iieur d Odoacre, Krnest, suruonnné rilomme de fer, duc d'Autriche, grand -père de Maximilien, Théodebert, duc de Kourgogne, Arthur^ fondateur de la- Table ronde.
Sigismond , arclidu d'Autriche, Blanche-Marie Slqrce, duchesse de Milan, seconde femme de Maximilien , Tarcbi* duchesse Marguerite, fille de cet empereur, CymburgisdeMassovie, traîne d'Ernest "d'Autriche, et enfin (Charles le Téméraire , composent la prenîière moitié de cette imposante assemblée.
Son père, Philippe le Bon, Jeanne d'Aragon, inconsoinble veuve du fils de Maxiirulien Philippe le Beau, Ferdinand le Cathohque, Cun^onde, fille unique de Frédéric I V, mariée à Albért de Bavière, Éléouore de Portugal^ épouse de Frf'fVrie IV, Marie Je "f'onrfiOLine, lilk- de Clliarles le Téméraire, Élii>abeth vie Bohente, femme d'Albert II, puis, tout à coup, un' souvenir des croisades personnifié dans Godefroi de Bouillon; un atitre pour l'histoire suisse, Albert 1" d'Autrii he, assassiné nar Jean, son neveu; après cela , le malheureux Frédéric h la bourse vide, mis au ban de l'empire et excoinjnunié pour avoir fait évader le pape au concile de Constance, Léopold le Pieux, duc d'Autriche, Rodolphe le Grand, père de Rodolphe de Habsbourg, Léopold le Saint, devenu le patron de rAutriche , dont il était margrave, l'empereur Frédéric IV, et enfin Albert II l'empereur, mort au village de Nesmel.
Un grand qombre de ces bronzes date de 1513, époque h laquelle n'était point construite l'église dans laquelle on les voit, car elle ne fut commencée qu'en 1553. Ferdinand les a Mi compléter. Ce. n'est pas tout encore : on admire nii-dessus de la frise du chœur une muiiiiude de saints dont les petites statues font lace à la nef, et semblent protéger la tombe de Maximilien. Il n'est pas une de ces puissances célestes qui n'ait aussi régné sur la terre : on y retrouve Clovis et saint Ilichard d'Angleterre; il y a cependant quelques prélats et quelques prêtres. Lorsqu'on a fait le tour de ce tombeau et que déjà Ton est revenu près d'Albert H , on se trouve posé sur une pierre sépulcrale, où le nom vénéré de Hofer, héros villageois, marque la place accordée à ses restes; sa statue en marbre blano
TjYROL.
est placée tout près de là, dans une niche, et cette rois rhumble paysan, tombé pour la patrie, est devenu dans la mort l'égal des rois dont il a défendu la Ciujse. Ce monument lut inauguré le à mai 1834; il est très-beau, et cependant .le voisinage de tant de chefs-d'œuvre ne lui est pas favorable.
L'impression de l'étranger était plus profonde lorsque, après avoir passé en revue ce régiment d'illustres héros couronnés, on lui disait : « Vous êtes sur la sépulture de Hofer. »
Alors il s'inclinait vers l'inscription à demi-effacée , il en déchiffrait avec soin les caractères, et ce néant d'une gloire récente parlait à son imagination Bien plus haut que ne le fnit le monument lui-même : André Hofer était grand, même de l'absence de son efiigie. Un artiste, dont la conception avait été rejelée par l'empereur, eut la fai- Mrs^r d'en mourir de chagrin. Le bon I raiH-uis nénmnoins avait eu raison de ne point vouiou' de ce génie de la Renommée couronnant pompeusement le héros; il valait mieux cent fois le montrer à la postérité dans son vêtement de paysan. On reproche à la statue préférée le défaut absolu de ressemblance; il y a , du reste, quelque mérite dans l'exécution; l'ouvrage est du pro* fesseur Sehaîler.
En face de la statue de Hofer, à droite du portail, est l'escalier qui conduit à la chapelle d'argent, ainsi nommée à cause d'une statue de la Vierge et de quelques ornements du maître-autel ; on y arrive au moyen de vinj^t-ciiiq degrés de marbre blanc, li'archiduc Ferdinand fit construire cette chapelle, en 1558, pour y disposer un lîP!! de sépulture pour minièine et pour Pliilippine VVelser. Un marbre noir, appliqué à la paroi de la chapelle, se recourbe en forme de TOÛte et reçoit l'miage de ce prince, sculptée en inarbre blanc. Il est roucb^ et revêtu de ses insignes d'archiduc, les uiains levées au ciel. Le piéde^stal est fort bas et chargé d'écussons. Une inscription latine au-dessus du monu* ment rappelle . toutes les actions de Ferdinand. Un calvaire est au 2»ommet
de la voûte; la Vierge, saint Jean, saint LéopoM, ete. , sont près du Christ. L'ar-
chiduc est encore représenté à genoux et priant devant son propre tombeau.
Pliilippine Welser est du même côté; c'est aussi un beau marbre blanc placé dans une niche de marbre noir. Les génies de la mort renversent leurs torches. L'archiduchesse est couchée, vêtue des habits qu'on lui avait mis à json lit de parade. Quelques inscriptions d'un style simple rappellent ses bienfaits. Les deux sépultures sont dues encore au ciseau de Colin. Près de la est un bel orgue de bois dont le pape Jules II avait fait cadeau à l'archiduc.
Un nouveau musée appelé le Ferdlîiandpmn réunit de précieuses collectionsd'iiistoirenaturelleetsurtoutd'oryctognosie. Il y a dèbelles pétrifications de mammifères et de coquillages; la flore du 7a roi et les papillons attirent l'attention des connaisseurs. Ou £;arde, comme singularité, un pigeon empaillé à quatre ailes. Ce musée possède des objets curieux sous le rapport industriel ; par exemple, le fusil fa])riqué par un [lav^an (hi Pusterthal; il y a incruste des ouvrages d'ivoire qui révèlent, ainsi que les ciselures, un gofit parfait joint à une grande lilleté. On rapporte que des Anirlais qui avaient trouvé ce paysan à l'ouvrage lui en offrirent des' sommes considérables; mais le patriotisme de ce bon villageois n'en était point satisfait; il fallait que ce clief-d'œuvre appartînt à son pays. Quand il l'apporta au musée, on lui demanda quel prix il y mettait; il déclara y avoir employé un an , et se contenta d'un florin par jour. Chaque contrée y a livré avec empressement ses produits: près des ouvrages en bois de Grœden, on admire les soieries de Rovérédo. Les artistes tyroliens qui sont à l'étranger s*empressent d'eor voyer leurs tableaux : c'est \h seulement qu'on peut voir un portrait de Hofer bien ressemblant.
L'arc de triomphe qui décore i'éntrée méridionale de la ville est consacré à la gloire de Marie-Tlîérèso et de Joseoh II ; il est orné de belles coioones
L'UNIVERS
d'ordre ionique et <K>nstruit en marbre rouge, dans lequel sont incrustés de beaux médaillons en marbre blanc Du
côte de la ville sont les effiiiies de Ma rie- Thérèse et de Joseph II; et à 1 opposite les portraits de l'iulortunée Marte^Antoînette et de Marie-Cbriatine. Ce roooiunent fut élevé par Tinénieur Walter, en 1-76Ô. Quant aux as-reliefs, ils sont dus à un artiste qui jouit de quelque célébrité : ce lut Bagenauer oui les posa en 1774. De^ puis , on a cnangé la destination de la façade intérieure : tout y rappelle la mort de l'empereur Frnnii^ois I**". Audessus de Tattique , une teuiuie abaisse sur la téte de cet empereur une couronne étoih'e; Saturne est assis à côté de lui : ce dieu laisse tristeinont tomber sa taux, comme si lui-tnème otjuis- •aità regretà rinflexible destin./ peine le voyageur a-i-il admiré ce momi* ment, à peine a-t-il fait quelques centaines drpas dans la ville, que ses regards sont fratipés de la vue d'uu autre objet mémoraole : la colonne de Sainte- Aone qui s'élève entre deux fontaines, et qui est destinée à perpétuer h\ souvenir de révacualiond'Inspruck par les Bavarois, pendant la guerre de la succession d*Kspagne. Pour se délivrer de ces Ilotes incommodes,, les états du T> roi avaient fait vœu d'ériger ce monument en rhonneur de riniiii;u nlee conce4)tion. La Vierge est sur la colonne , et I:) base est ornée des portraits de s.iint George, de. saint Vigile, de saint Cassian et de s;iinte Anne : cette dernière lui a 4onne son nom , parce que IMoauguration eut lieu le jour de la féte de cette sainte.
Il y a peu de sites aussi agréables que celui du petit village de Ilcrtling, au delà du pont de Hun ; il lait près-
aue partie dè la ville, tant il est près u quartier qui s*élèvesur la rive gauche; à peine sf qiielqttes prriiries l'en séparent. Ihctliiig est au pinl dp la rande paroi de rocliers qui hoide le cuve : son église est fort ancienne, et l'on y remarque le tombeau dV I u fler, de celui nui a tait la plupart des bronzes de 1 église des" Fraïu isenins. T-e tombeau^ est Tousia^c de 5uu lilsj il
renlerme aussi les cendres de sa femme : c'est un très-beau travail. Le Père éternel apparaît dans toute sa
niajestp an milieu des génies ; pins bas, le Sauveur est attaché sur la croix : on y voit saint Jean, lu Vierge et la Ma> delaine, puis, dans l'attitude de la prière , le fondeur Loefler et sa femme. On visite encore à coté de l'église l'atelier de cet artiste célèbre. Quand les clooiies s'ébranlent, la tour éprouve un balanoeineot si violent, que ron croirait qu'elle va s'écrouler : les habitante sont les seuls qui n'en soient pas effrayés. Hœttin^ est le lieu d'où l'on jouit le mieux de la vue d'inspruck et des montagnes méridionales.
L'antique château de 'VVeyersbourg attire les étranijers, qui viennent y admirer les belles sculptures d'Albert Durer et les peintures de Hollbeio. La traiiiiii M [ trie d'un revenant terrible doiji 1 ciiibre haletante fait chaque nuit le tour des murailles, et demande des orieres qui assurent enfin sou repos.
Koo loin de là, un serpent élève sa crête verdàtre au-dessus d'un étang:
ce reptile à l'itil enflammé, à la dent venimeuse , présente la clef d'un trésor aux passants elfrayés. Maximilien préférait ce séjour à toutes ses autres résidences \ ) 1 1 bras est un chî\teau que l'on aperçoit de toute la contVee. Avant de se cuuîondre daiis l lnn, la Sill se précipite en cascade des hauteurs avancées du Brenner; elle est entourée d'une belle véucuition. Il y a non loin du clifitcau un lieu appelé Tummelplatz, parce qu au moyen âge les chevaliers, y exerçaient leurs chevaux. Aujourd'hui un souvenir affreux domine cette tradition et l'elface : on se rappelle seulement qu'en 1799 un h(ipital exij,tait â Aiubras, que les morts étaient enterrés sur cette colline, et que trop souvent des fournisseurs avides ont l'ait ensevelir avec les morts des ma- I ule.s et des mourants; dans l'horreur des nuits, c'en était assez de la première pelletée de terre pour mettre im terme a leurs cris importuns. La crainte de l'épiih inie était un merveilles v auxiliaii'c a ces cruautés. Ainsi furent iuiiumes plus de huit, mille iudi*
TYROL
vi(^u8,la pluprt étrangers ou inconnus.
Aujourd'hui, tous les arbres {lortent des ex voto; il y a partout des pierres ■florales, des croii et d autres omtments funér.iires; une chapelle découverte et un calvaire sont placés sous le ddnie tornié par des chênes et des til- ImJs. La foi attira les pèlerins i oa \m voit souvent agenouiUés à la presti* gicuse riarté de la lune.
Ambras est du trei/jème siècle; ses murailles sont bien conservées , les portes, les fenêtres, les appartements paraissent eneore habitables ; nulle part il n'y a deruifies, rifn n'est abandonne; Ambras semble conserver le ijunca âge tout entier. Là se trouf aient les trésors de l'histoire; mais, à l'approche des Français, on retira toutes les collections que Ferdinand y avait amassées ; les plus belles années de cetârchiduc s'écoulèrent dansiimbras.
A ladièted' Aui;sbour^, en 1648, il avait connu Philippine Welser; âgé de dixneuf ans seulement, il Tépousa en secret, et cette union, qu'il nosa révéler de longtemps , dura trente et un ans. Tout est rempli de souvenirs de cette femme bienfaisante autant qu'elle était belle : là sa tour fovprite, la le cabinet des bains, où une tradition atïligeante prétend qu*on liii donna la mort en loi ouvrant les veines. On voit encore de beaux tableaux à Ambras, et surtout des portraits; ils occupent toute une galerie lurt longue. On montre près de là une fienétre d*où Tillostre Wallen- ■tein encore enfant se laissa tomber pendant son sommeil. Peu s'en est fallu que l'un des plus illustres guerriers de l'Europe ne |>érît ignoré sur le plancher de cette galerie, mais il se releva sans avoir éprouvé le moindre mal. Tout est en p:énéral si bien disposé, qu'on croirait le propriétaire absent, et qu'on serait moins étonné peut-être de le voir rentrer avec son chevaleresque cortéc^e, que d*apf)îrndre que trois siècles nous en séparent. Il y a dans la cour une grande salle d'armes antique, puis une autre où •ont rani^s des chevaux empaillés: là se trouve celui que montait Maximilien à Gttine^te, celui de Cbarles-Quint,
celui de Ferdinand. Leurs états de service sont dans la mémoire du concierge, et l'idée que ce corps que Ton touche est celui-la même qui agissait, qui chargeait dnns ces grandes batailles, a quelque chose de saisissant; les âges semblent se rapprocher; la pose nolile et hardie de ces chevaux , le mmvenir précis qui se rattache à leur don
fdaisent a l'imagirîation , et donnent à 'histoire une action que les livres ne peuvent lui rendre. Le cliâteau est octogone; sur la crête du toit on a pr&> tiqué une galerie sur laquelle on en feit le tour. Tl sorait impossible d'imaginer une plus belle vue; l'œil s'arrête alternativement sur Hall, sur Inspruck, sur la pelouse si verte que traverse Tlnn de l'une à l'autre ville, enfin sur ces après rochers qui séparent cette vallée de la Bavière. On a quelque peine à descendre de ce lieu, et Ton se décide avec regret à reprendre le cbemin d'Inspruck.
Les souverains du Tyrol avaient trois palais dans cette ville : l'un, appelé Ottoburg, est une vieilie tour pentagone, ainsi nommée parce <|ue Otton F", dur dr 'Mernn. la fit construire. La seconde résidence est la matbun qu'on appelle encore aujourd'hui das çoldeM DaechH, le petit toit d'or, oarce que Frédéric à la bou rse vide, voulant prouver qii'il ne méritait pas ce nom, fit dorer les tuiles d Une aile de son château. Trois statues représentent Maximilien I*" et ses deux lemmes , Marie de Bourgogne et Marie- Blnnehe de Milan. î,e troisième palais €st sur la place publique qui sert de romenade; il n'a rien de remarquale, non plus que la statue équestre de liopold V, l'époux de la duchesse Claudia, fondue en bronze. par un artiste tyrolien, en 1797.
Les représentations théâtrales ont un caractère singulier; c'est de l'histoire traditionnelle entremêlée de sujets rrlic^ieux, c'est une poésie naïve et uopulairc qui est à peu près semblable a ce que nous conjecturons des atellanes de l'Italie antique; mais dans le village de Biichsenhaufen , lieu de plaisance voisin d'Inspruck, il y a un
L'UNIVERS-
théâtre où les filles seules sont admises à iouer : elles s'acquittent fort bien des rôles de chevaliers» de tyrans ou de Tieillards. La plupart des sujets sont pris à la Bible ou à la légenae; (fest par exemple sainte Geneviève on In vertu de Joseph en F^ypte. J.a directrice, veuve d'un cordonnier, est ellemême Tauteur des pièces, et les représentations ont lieu dans l*après-midi.
Des tableaux mimiques occupent le publie pendant les entr'actes.
La partie inférieure de la vallée de rinn est fort agréable et surtout trèsbien cultivée; les bases des montagnes s'écartent, la plaine s'élargit. Les Mîontées sont bien boisttes; il n'y a plus de ces formes heurtées, de ces rocbea arides; à. Texcention du Saitzberf;, tout est vert. Le fleuve iui-même prend un caractère plus imposant pnr sn Inr^jeur ; les villages se pressent les uns contre les autres, interrompus seu^ement par des vergers et des champs.: tout annonce P.iisaiice et la propreté. Les petites villes de Hall, de Schwatz et de Ratteuberg, sont en harmonie avec Taspect général du pays, et la pittoresque citadelle de Kiifstein ferme la vallée vers la frontière de Bavière.
Hall a un aspect antique; à l'exception de quelques réparations, tout est resté dans le même état, et si , par une subite résurrection, les citoyens du quinzième siècle pouvaient y reparaître, ils orniraient avoir- dormi s^^nle- .ment quelqucî> heures. L£S luurailies et les tours n'ont rien perdu de leur hauteur; les rues sont toujours aussi étroite-^; les portes, garnie^ de leur défense^ semblent attendre l'ennemi et le défier; enfin les fossés ont conservé toute leur profondeur. L'exploitation des salines est la principale industrie; on y fait venir, rm moyen de conduits, le sel dissous d.ins l'eau : il arrfve du Saitzberg à plus de trois lieues. Les chaudières qui le remettent à l'état solide ont chacune la grandeur d'fine chambre; on les remplit d'eau sàlée à huit pouces de iiaut, et, pendant trois heures, elle cuit sans interruption jusqu'à ce qu'elle soit ré- . duite 9 ou plutôt^yaporée à deux pouces
et demi ; nlnr<^ on attire vers les bords, au moyen d'une pelle de bois*, le sel qui s'est posé au fond. Chaque opération donnedé vingt à vingt-quatre quintaux, de sorte que chaque chaudière peut en produire en un jour cent soixante et dix. Le Saitzberg est percé intérieurement de longues galeries , que l'on parcourt à la lueur de la lampe, non sans. Quelque frayeur : ce éont des roches orillantes, des plaines immenses recevant et renvoyant la Kmiicre aux yenx éblouis de l'étranger. Quand les masses brisées par le nf\ineur gisent sur le sol en suffisante quantité, on dirige les sources ver^ ce point; elles dissolvent le sel , en séparent les parties terreuses et s' écoulent vers la ville» Souvent, lorsque dans une avenue souterraine on est paisiblement occupé à contem-' pler les cristaux, il se fait un bruit sourd lointain, mais toujours grossissant; enfin on dirait qu'un torrent mugit sous ces grottes mystérieuses; * effrayé, l'on interroi^e son guide, et celui-ci, pour produire plus d'effet, «ntraîne ie questionneur en le saisissant par la main , et le collant à la muraille, il lui interdit le moindre mouvement. Tout h coup on voit passer, avec la rapidité de l'éclair, une suite de chars emportant des matériaux : ils sont conduits par des jeunes gens auxquels il ne faut pas. moins d'aud.ice qued'habileté. Les roues courent dans des rainures dans lesquelles il faut les maintenir; ie moindre accident, le moindre choc jette le condueteur à bas de son char, et il est rare alors qu'il ne soit p is irrièvement blessé ainsi (pie ses successeurs; car la rapidité de la descente est telle, qu il est impossible d'arrêter le convoi.
Autant les contrées sont belles, autant est horrible la partie comprise entre la vallée de l'Inn et le Pinz^au; ce ne sont que tourbes , marais , misère et maladies. Il vaut mieux s'arrêter .
dans rAclienthal, qui a un beau lac, ou dans le Zillertiial, l'ime des plus délicieuses parties du Tyrol. Sur le chemin qui y conduit, entre Inspruck et Hall, on voit, à l'ouest du village de Sollstein y une roche singulière ; ellé
ÏYROt.
réssemble à une femme assise qui & in-
• dînerait pour donner le sein à son en* fant. On rappelle la* femme Hiitt, et voici ce que rapporte In trndition à cet égard : C'était une princesse j)uissante qui régnait sur le pays, à une époque où tous tes fruits du^Midi enrichissaient lé sol. Fière de ces richesses, elle ne connut plus de bornes à ses
• dépenses ; et pour donner accès à son cbateau, qui^ était à ce même endroit OÙ on la voit Immobile aujourd'hui, elle fit accaparer tous les fromages de In vnlléeet en fit construire un escalier ; elle se servait de pain blanc pour nettoyer les langes de son enfant. Le ciel en fût si courroucé, qu'il là changea en pierre. Les avalanches de rochers et les torrents dévastèrent la vallée, qui demeura loiigtemps inculte, et, bien que la Culture en ait repris possession, la fertilité ancienne n*est jamais revenue.
Aussi la femme Hiitt est toujours à la même place, et derrière e!le . à la frontière de liavière , une aride vallée sans habitations et sans végétation , où Ton no- voit que des débris et des pierres qui en encombrent le fond.
Une des plus l)ellcs contrées du Tyrol est le Ziilerthai, dans lequel on pénètre près de Schwatz Jolie ville située sur la rive de Tlnn. Non loin de là , à Strass, deux grandes roches semblent avoir été séparées par une commotion du globe ; c'est comme le portail dé fai îSlIée : elle est assez large ef entourée de collines d'une riche V verdure, car la culture tapisse les montagnes jusqu'au sonnnet. Dans le lointain est le village de Schlittcrs; mai|te?ue n*est jamais fort étendue , à cilll^les détours fréquents que fajt la roilte en montant ot en ds^sccndant à la base de ces hauteurs. On aperçoit successivement plusieurs villages; enfin , après avoir traversé Zell , le paysage se rétrécit, et bientôt deux embranchements s'enfoncent l'un à droite , vers l'agreste village de Duclis, l'antre vers rabruute paroi de Gerlos. Les ha|>itant8ide ces vallées ont un caractèiede physionomie riant, ils sont gais etcommunicatîfs : on les considère l'cnéralement comme les plus beaux
honunes du Tyrol ; mais cette grande taille va mal aux femmes; leur gorge est pendante et compriméë sous une
large pièce d'estomac ; leurs camisoles sont évasées et si larges que , de la hanche aux épaules , elles paraissent être tout d'une pièce; sur un vétementd'un bleu foncé estun fichu noir, le tout surmonté d*un chapeau d'homme.
La population du Zillcrtbal jouit en général de l'avantage d'avoir de fort ioelles dents , à la différenee des habîtants des autres parties du Tyrol ; maïs ils mikhrnt, pour les entretenir, une sorte de poix d'un goût fort désagréable. L'émigration des hommes est iresfréquente ; ils parcourent l'Allemagne , l'Italie , et font souvent de très-bonnes affaires. L'un d'eux rapporta, il y a deux ans, le corps d un saint que le pa|)e lui avait donné : leclersédu pays vint le recevoir au son' des cloches , et il rentra triomphant dans le village de ses pères. C'est quelque chose de fort animé que la féle patronale de Zelh La jeunesse d*Inspruck y court en joyeuse confrérie qui se donne le titre de /)cup!e (das Volk); on y exécute des danses extraordinaires. Tout se fait ici avec une vivacité étonnante; soit que le Tyrolien danse ou travaille, soit qu'il se réjouisse ou s'afllige, c'est toujours avec une sorte de passion. Il a des . instants d'extase, et les cris de joie qui lui échappent lorsque, frappant du pied , il part avec'sa danseuse, le montrent dans toute son originalité, non moins que les ondulations du chant qui se réiiètent d'une montagne à l'autre; ils prennent, reprennent une même phrase musicale, la reproduisent en • fausset, et la renvoient aux échos des vallées. La foi antique a été fort ébranlée dans le Zillerthal : il renferme une grande quantité de séparatisks : c'est ainsi qu'on nomme ceux qui ont de« mande.le culte protestant. La rigueur ni la persuasion n'ont eu d'effet : on leur a signifié qu'ils pourraient émigrer vers celles des provinces d'Autriche, où le culte protestant est toléré; mais, ne voulant' pas s'expatrier, ils sont entièrement en dehors de to^ite religion , et ne. font ni bapti-
L'UNIVERS
ser leurs enfants , ni hémr leurs mariages : aussi le gouvernement a-t-il ■oiii de né nommer à cette eure <|e Zell qu'un prêtre fort conciliant. La vallée de Zell garde un usage bien bizarre : on se passionne pour une sorte de lutte qu on appelle Raufen; elle consiftt à entraîner Tiolemmeni son adfenaire, en ne se saisissant mutuel* lement que par le doiizt du milieu;' diacun emploie ses efforts a ne pas bouger de sa place. Souvent un homme seul dans les montagnes fait retentir un en aigu et provocateur; ce cri ne s'adresse à personne en partirulier,mais il interroge quiconque en aura Toreille frappée , et c'est un point d'Iionneur d*y répondre quand on Ta entendu; alors les deux adversaires marchent l'im sur Tautre; ils s'avertissent du chemin qu'il faut suivre en répétant encore leur provocation. On rapporte fftt'un jonr Tun de ces jeunes gens qui acceptent les défis marclinit dans la société d'un vieillard ; la voix lointaine appelie.à la lutte ; il réuoud : mais, au debor dHine rodie, if reconnaît son intime ami , celui dont il veut é{)ouser la sœur; il hésite, mais il n'était pas seul , une fausse honte le g.ii:iie. La lutte commence sans hostilité d'abord; le témoin encourage, conseille, eidte :
on se trathe, on se tire à droite, a gauche, on s'abaisse, on se relève; enfin on s'écluiufA', il y a un \ainqueur; mais le vaincu, saisi par le mttfeu dq corps et jeté sur terre , mord dans son dépit le nez de son ad ver* snire. I.'inipnssil)le témoin juf;e dans son expérience qu'il est conforme aux règles du combat de s'emporter le nés ; non moins que de se crever un œil ; et , tandis que le nez de I un reste entre les dents de l'autre, le pouce du vainqueur défiguré eborgne le rancunier vaincu. L'impassible vieillard déolsre^tt'il a été satisfait à Thonneur. Cela est-il beaucoup plus absurde que leduel ? Les habitants du Zillerthnl ont encore une autre manie bien etrant^e, c'est de faire combattre entre eux des Mliers; et, de commune à commune, il y a un grand orgueil à posséder le pHis basai il faut qu'ils aient des
cornes et une barbe à l'abri de la critique ; et les combats de coqs ne sont ])as plus de faveur en Angleterre. En 1834, Zell et le villa^^e de Fu^en enj;ni»èrent environ mille ecus dans un de ces paris ; les béliers étaient d'égale force , la victoire resta indécise , mais la bataille dei*înt générale et sanglante pour les spectateurs. Le Tyrolien aime la gageure ; souvent les procès se jirîient paruncou^)dedé;onapi)elLeaM5Ao/>de;i cette manière de Juger les contestations. Les peintres accourent de tous côtés dans le Zillerthnl , et l'on fait volontiers une excursion de Munich à Kufstein, Schvvatz , Hall et Inspruck, pour rentrer en' Bavière par roberin*.
thaï , Reuten et Fûssen.
La route du Brenner est tantôt pittoresque, tantôt aride; elle est belle tant qu'on s'elèye au-deâsus de la vallée de rinn , et que , dans le fond des foréte, au-dessiis de la cime des ar* bres, on voit dans les airs briller les glaciers du Stubay. Après avoir gravi risel , on monte le Schœnberg ; on
Fasse à Mattrey, à Steinach, enfin on est au pied du Brenner, que la route contourne |)lntôt qu'elle ne le franchit. Sur le versant méridional est un petit hic assez poissonneux:
mais rien nVst pittoresque dans ce ooi des Alpes ; la vue est toujours bornée, et le principal nicrite de ce passa^ est d'être sans danger et d'être praticable en toute saison , ce qui ss|J[a^ tant plus important que c*eSt là glimp route de Hambourg à Vérone. L'Elsach , qui donne son nom à toute la v.ilice jusqu'à ilolzano (en allemand liolzen;, descend écumeuse et mugissante des somniitéa du Brsiuier, se brise contre les rochers qui souvent se rapprochent au point de lui disputer le passage : aussi la route s'établit-elle à côté de belles pelouses, de bosquets entrecoupés de prairies»
Avant de descendre a ^lauls, assez jblf villnae, on a passé à Sterzing, vieille l)()ur;^ade aux toits pointus, aux i;outtieres bizarres et prolongées. A droite sont Irâ hauteurs ^i conduisent an nie du Jauchen,d'Ou l'on peut gagner la vallée de Passeyer. Od entrevo^
diverses sommités des Alpes juliennes,
mois elles n'ont pas re raractcre grandiose qu'on ne peut se lassrr d'ndniirer en Suisse. Quelques croix placées sur la descente do Brenner rappellent des nialheurs arrivés aux voyageurs ; et, chose étrange, il y en a quelques-unes qui sont destinées à abreuver les passants ; ainsi , l'un deK:es criicifîx rend un beau filet d'eau par le noinbril; près de Sterzing , on montre une chapelle devant laquelle l'armé* IVanenise a été frappée d'immobilité; si bien que, voulant marcher, elle ne faisait que marquer le pas. Plus loin, il y a si peu de place pour la route entre TRisarli et la montagne, que Ton a taille dans le roc des abris où les voitures peuvent se retirer en cas de rencontre pour se donner un passade libre.
A une lieue de Mauls, on établit une forteresse destinée à rendre le Tyrol im|)re{ial)le ; des nnlliers de Croates travaillent a démolir une montagne , à briser ses blocs pour livrer ces matériaux à ceux qui en font des tours et des remparis et des aqueducs. Toute cette population provisoire campe ici dans des baraques de buis; les fours, ' les cuisines, les allées, les venues des liofiQOies qui travaillent, des femmes qui, ùâjïiarent leurs repas, rappellent les OTScHptions qu'on a\ ait faites des ateliersdelatuur deliubel. 11 faut, {)our pénétrer dabs les nombreux souterrains déjà creusés, une permission du gouverneur d'Inspruck. La forteresse nouvelle est voisine du village (l'Liuteraïusur le chemin de Brixen.
Qm^Ue est dans une belle, situation; la vallée s'élargit, les coteaux sont fertiles. Les clochers sont i)resque aussi nombreux que les habilalions :
leur forme et leur disposition ont queb que choSiB d^orisinal : ainsi Ton voit sV'lever à côté ae la dout)Ie flèche de la cathédrale, la flèche d'une autre église ; et , contre l'usage qui veut que le choeur soit tourné vers l'orient, 169 dfiU^ nèfs s'en vont en sens inverse Tune de l'autre. Le point de vue le plus favorable est au confluent de la Rienz et de l'Eisach. lîrixen est très -petite, et n'a tout au plus que
Oh. m
trois mille cinq cents babîtMts. Ce»
pendant elle est le siège d'yn évéohé, d'un grand (^hapitre, d'un séminaire, et Ton n'y compte pas moins de cinq couvents ; il n'est doue pas étonnant de voir désertes les rues a'une cité qui ne compte presque pour habitants que des reclus. On veut que saint Cassian ail fondé cet évéehé dès Tan 360. Le nom italien de Brixen est Bressanùna.
Déjà le climat se rapproche de celui dfl riialie; la vigne réussit; toutes les liahitations sont ombragées de beaux arbres; le noyer et ie châtaignier bordent les chemins. La ville est mal bâtity etsurtoutmal pavée. Il y a , dans l'église^ cathédrale, un beau Christ de Schœpi et quelques autres tableaux du peintre allemand L nterberger , qui vécut h Rome , et qui est connu des artigtet sous le nom de Christoforo. C'est à Ihixen que so tint le concile qui, tu 1080, déposa Grégoire VIL
De Hrixen on se rend dans la vallée de Puster et dans l'Enneberg, où Ton parle une langue assez semblable à celle du pays de Grœden : le nom local de la vallée est Maro, en latin Marubium, que Ton fait dériver de Mona Mari»; il n'y a entre dit et Grcodeii • (juc les districts de CufidauQ et Kol« fu>chg. Là se voient des merveilles qui n'appartiennent qu'au Tyrol : les dolomites , ainsi nommées parce que le naturaliste Bolomieu fut le premier à les décrire. Ce sont des roches éle« vées verticalement du sein de la terre, ù pointes acérées , ciselées , dentelées comme des scies , et d'une couleur trèsblanche. On en peut voir la description dans une lettre qu'il adressa à la Péronse; il [)arnît que ces produits volcaniques ont été lancés comme ceux du Vésuve , comme Içs blocs du lao d*Albe. Léopold de Buch a consacré de savantes recherches à ce sujet. L'aspect de ces masses é|opne toujours : • il y a des obélisques, des tours, des murailles à âice polie, qiîi cependaQl dépassent les montagnes de piusimi milliers de pieds. Les crevasses de ces . roches ressemblent à des ouvertures de fours immenses. Ces beautés de la . Diiturp s'étepdent jusqu'à la vallée 4i
4Si
Passa , qu'elles dominent entre Groeden
et Enneberîç, en s'élevnnt de neof à dix mille pieds dans K s airs ; mais la dolomite se retrouve dr-ns toute la chaîne méridionale Jusqu'au lac de Garda , quoique sous des formes moins grandes. Tout le soi de l*Enneberg est voleaniquo , et les secousses sont toujours fréquentes : souvent les arbres éclatent, les roches se brisent, des gouffres se forment ; cependant les habitants chassent une patrie qui ne leur offre que des périls , la cultivent sans relâche, et vivent sans souci d'un avenir auquel ils paraissent ne pas penser.
Sur la limite de la vallée d*Ampezza est le célèbre Sasso di Stria, ou Roche des Sorcières , que l'on appelle aussi Sas de Glatscha, parce qu'il portait, dit^n, un glacier. Le roisseau Ru daGanna a vu autrefois une bande de sauvages né.-; des amours du di.ible avec les sorcières. Le héros de cette vallée est un archer habile, un chevalier de la fin du dix-septiéme siècle ; on cite de lui le trait suivant : il se rendait souvent au château de Reutelsteîn pour y voir sa dame; et, pendant ce temps, il abandonnait^ ses guerriers campés dans te voisiin||t.^1Ses ennemis Pobservèrent et coupèrent un pont sur lequel il fallait qu'il franchît un abîme de mille pieds; qucuid il arma, il hésita ; mais , voyant derrière lui cette troupe hostile, il enfonce ses éperons dans le flanc de son cheval ; le robuste animal atteint de ses pieds de devant la rive opposée , et parvient à se hisser d*efirort8 en efforts au haut de rescarpemeiit. T.e chevalier s'arrête alors , des>'end et baise les pieds du cheval en raillant ses ennemis décontenancés, (^ui s'attendrait à trouver à Camprip]nj»jine précieuse relique de Part iàMUÊû? Pendant un voyage d'iiiver, ce grand peintre se vit retenu au col de San T.ucea par le danger des avalanches; il habita leWidum, QMÎBon CPHalé, et pava rbospitalité par une Bmle Jointure a fresque représentant la mort qui moissonne tontes les grandeurs humaines. iMallieureusement ce chef-d'œuvre a été re-
peint; on a Yainement essayé de faire disparaître .le badigeon;' il n'v a
phis iruère du Titien qu'un pied de la mort et quelques couronnes. Une compagnie qui établit des routes et des canaux a acheté les bols voisins de Brixen, et s'occupe de canaliser l'Kisach : on y établit des écluses et des digues ; on en ôt^ les rochers afin de rendre la rivière Uottable; seize scieries façonnent les troncs d'arbres qui doivent ensuite être portés par le courant jusqu'à l'Adiiie. Toutefois on reproche aux entreprises particulières peu de solidité; et les protestations des propriétairesdu Tignobleont prouvé déjà que les fonds sont menacés par le défaut de précaution et l'imprévoyance des ingénieurs italiens.
A l'endroit où la vallée de Bri.xen se resserreest lebourgdeKIausen (Chiusa de Bressanone), appelé au mo\ en âge Clausina ou Cînusimn ; ce n'est qu'une longtie et étroite rue sur le bord de rLisach ; et du haut de la roche se ^ésente une vieille tour aux créneaux pittoresques, c'est le château de Selien , au-dessous duquel est un couvent de capucins, où Ton fait voir de beaux tableaux. En face, sur la hauteur opposée, est le beau castel de GriesbrudK. Le passage qui suit Rlausen est assez dangereux ; souvent des morceaux de rochers, que l'iuliltration des eaux détache, tombent dans le précipice où marche le voyageur. Ces vallées profondes, ces vieux châteaux, et Colmann et Trotsbourg, et le bruissement de i'Fjsach, sont fort beaux, tout cela n'est fas le Tyrol ; mais le Tytol , ce sont les hautes plaines dont l'étranger ne soui)connc pas même l'existence, j>loteaux* presque aériens, plages supérieures qui reçoivent la cul* ture sur ces pics que Ton prend jMur des sommets isolés ; là sont des ruisseaux , des rivières , là, des villages et des chauips, là des montagnes sur les montagnes, des glaciers sur les roi^hes,. et des ai^illes sur les glaciers ; mais les descriptions de ces lieux inconnus ne nous arrivent jamais, naree que la curiosité s'arrêie devant l'obstacle, parce qu'on ne suit que la route,
parce qu*il faut des auhorgrs h ces amis de la nature, et qu'on ne les arrache pas facilement è leur îiiîiHe imprimé, dont la loi est invariablement de passer de T Adiçe à la Piave , à la Rrenta , ou de rennontep le cours de l'Eisach, le Rrenner, ou de se diriger vers le Glockner et Gastein.
Avant de continuer notre description du Tyrol, noas dirons quels sont ces bains si pittoresfues que tous les étrangers veulent connaître. Au niîliru de sauvages 'vallées, dans un lieu humide de ia poussière d'un torrent, au fond d'une retraite où tout est solitude et désçrt, la masse immense du Graukogel laisse échapper de ses flancs de gneiss et de granit trois sources bouillonnantes. Dans un temps où la foi naissante s'entourait de mythologie, un conte populaire a mêlé la voix de la tradition au fracas dont une trijile cascade fait retentir Técho des rocbcrs. Grâce à ce que ces lieux ont d'imposant, il semble que dans la solennité des nuits d'été cette tradition se raconte d'elle-même, car le merveilleux des faits trouve moins d'incrédulité devant le merveilleux de la nature.
Dans les premiers temps du christianisme, un cerf blessé avait dérobé sa trace à l'avide chasseur; on le vit un jour tremper et retremper ses plaies dans ces eaux salutaires, et l'homme, instruit par Tinstinct de l'animal, y établit d'abord un ermitaue où saint Primus et saint Félicien, qui sont les patrons de Gastein, chantèrent les louanges du Seignèur; aussi furent-ils tout-puissants pour maintenir l'abondnnce de cette source; et le diable s'étant avisé de vouloir la transférer à ^of ou à Badenbriicke, oiH Tair est moins humide, où les promenades seraient plus commodes, le n^alin esprit n'y put faire œuvre. On assure que l'intérêt des aubemistes a merveilleusement secondé la résistance que les saints n'ont cessé d'opposer nnx projets du démon. Les eaux minérales de Gastein ont la limpidité d'une source.
Celle de l'édifice épiscopal, que Ton appelle ambitieusement le palais, a trente-trois degrés; celle de l'auberge
' » WraUm. (Tyrol.)
en a trente-sept , et il lui en reste encore vingt-huit quand on Ta laissée •toute la nuit dans le bassin. Quant à leurs vertus, ces eaux se rapprochent beaucoup de celles de Pfef fers, avec lesquelles elles ont d'ailleurs plus d*ua rapport. On y accourt pour se puriGer le sang, pour guérir d'anciennes plaies * mal f<;rmées; salutaires pour les suites de la guerre, elles corrigent aussi les effets a'uu amour trop sensuel; enfin ellf's promettent une postérité aux epoijv stériles. Pour mettre tant de bieniaiLh à portée de la classe pauvre » il a été fondé un hôpital où, depuis la * quinzième siècle, on reçoit les étran»
gers moyennant un salaire modique; on y donne même de Tardent à ceux qui sont privés do toute ressource. La cascade est entourée de quelques chétives cahutes qui i eposent sur le rocher; on lui accorde jusqu'à. quatre cents pieds d'élévation.
Replaçons-nous au centre du T3T0I :
il est difficile de trouver quelque chose de plus orijïin:?! que In petite rlaine de Bolzano qui divise toutes les uiontanes de l Eisach, de la Telfer,*de i'Aige. On voit devant soi les antiques tourelles de celte cité moitié germame, moitié italienne. Au fond de la vallée de TAdige, des sommités» chqrgées presque toujours d'une neige récente, dont la blancheur fait d'autant' mieux ressortir les roches noirâtres qui s'élèvent derrière Méran. Fn lace de Holzanu, sur les soumiets du sud , l'antique castel deSigmundskrone, ou couronne de Siçismond. Les montagnes de la rive droite de l'Ailige enserrent le lit de cette rivière, et plorvsîent presque verticalement sur la route; mais, chose bizarre, les vallées, au lieu de s'ouvrir, comme partout, à la base des montagnes, af)[inrnisspnt toujours au liant de quelque roche : ce sont comme de longues fissures depuis le sommet jusqu'au niilieu de Tescarpement. Toujours une chapelle, un vieux château, et souvent l'un et l'autre, sont placés sur une aire étroite en avant de ces caleries, comme pour en dérober rentrée à tous les regards.
L'église est presque une cathédrala
4S4 L*ÙKiVEllS.
mininture; il y a beaucoup d'élégance rant à peine Bolzano. L'hiver exagère dans ses proportions; elle6StTeoou?erte- aussi ses rigueurs, à cause des hautes
éb tuiles yernissées en diverses cou- montagnes qui environnent ce bassin,
leurs, et son toit jette beaucoiip d'éclat Le Telferbach , qui vient du Sanilhal,
sous les feux du soleil. Les places sont passe près de la ville. Ce torrent
assez bien bâties, ainsi que les rues brave toutes les dieues et se jette
«riiiiB|pa1ee.llràfmebea«iooupd*aetivit6 dans TBisach, qui elle-même e'éeoule iiidiistrielle à Boleano; les chaudron- * dans TAdige à une lieue plus loiq. niers vous assourdissent et les fahri- Le caractère des habitants est encore
cantsdechandelle vous empestent dans allemand; cepenti^jnt il s'y mêle quel-
certams quartiers. Tout se fait dans Que chose d'italien qui sied bieu aux
les ruée : n sont les blanchisseuses, les lemmes ; c*est une double natiopaliti»
tailleurs, les barbiers, etc., etc., tous des connaissances ^k» variées, des
aux portes de leurs maisons. La vie études plus faciles. Il en est ainsi de
est bien moins domestique que publi- tous les pavs frontières où la basse
que. Le dimanche attire sur la route et classe ne suit d'une langue aue ce q|i'|l
sur les promenades la population en- luienlButpour]*empécher4ebieo)ioë-
tière : on voit alors les costumes tout séder Pautre, tandis que VéducmhB
à fait bizarres de jeunes femmes roif- multiplie les moyens et les ressources
fées d'un chapeau d'homme et vêtues intellectuelles de la classe moyenne,
d'ailleurs comme on Test généralement La société est fort animée et, fort gaie;
à la ville depuis que la mode a si fort on a surtout la passion du.tbêAtre el
étendu son emt)ire. Néanmoins les an- de la danse; mais, au commencemeÎBt
ciens et les vieilles conservent en- de l'été, on s'empresse de quitter la
core le§ vêtements nationaux , en ville pour se réiugier sur les hauteurs
sorte que le même groupe, la même et y chercher le frais : ou appelle cette
famille oftrent un mélange singulier jouissance \êfaaieAetiréréii {Sommer^
ëe costumes appartenant à différentes Jrische), et elle est prescrite, comme
époques et à différents pays, et que moyen d'entretenir la santé, surtout
souvent même, dans une seule per- aux femmes et aux enfants, ne fdt-ce
sonne, on voit régner à la fois la mode que pour huit ou quinze jours. On gca-
et l'usage du lieu. La bonne compagnie vit ces montagnes à cheval ; on se nod
paraît fort tiombreuse | oiir une ville à Oberbot/en, où il y a de charmautes
aussi petite. Le commerce a enrichi maisons et de tres-bonnes auberges,
beaucoup de négociants, qui ne man- Là, tout se passe dans la plus entière
quent pas de se fiiire apjpelelr Be& intimité, et toute circonstance devient
twn, se gratifiant ainsi de la noblë fiite. Les chefs de famille, retentis en
particule, et joignant, par une sotte ville par leurs affaires, emmènent leuîs
manie, une noblesse usurpée à une ri- amis dans le sein de leurs familles dès
chesse iégitiniement acquise. qu'ils en ont le loisir. Cest un vérita-
Il y a beaucoup de maisons d*âné oie besoin pour eux. Les l>TOllens qui
architècture extraordinaire : les appar- sont loin de leur patk'ie font souvent ae
tements kont rangés autour d'une im- fort longs voyages pour jouir quelques
mense salle ouverte par le haut jusqu'au jours seulement delà Sommerfi-ùch^.
toit; du milieu partent des colonnes Ce genre de vie est fort codteux, parce
què supportent dlflutre toit central ^u'ilflDMittoutfiiirftvettir, à grand 'pende
supéirietti^ à celui du pourtour, en lais- et à )|rand j^rix, par des sentiers difll-
sant place ehtre l'un et l'autre aux ciles.
rayons du soleil et a Tair, de même Quo-que le commerce de Bolzano
^u'à la neige et à la pluie. Les chaleurs soit déchu de ce qu'il était autrefois, iVy
iont insupportables en été , parce au'^ à encore beaucoup de riches : ils aiMR
n'y a presque pas* de courants a'ait avec passion les parties de compagne,
dans la vallée, et que le veut du nord et (Test une chose bien originale qucde
passe de r£isach a l'Adige en eflleu- voiries daflaes élégantes et les iieouues
TYROL
en frac noir danser, à une hauteur de quatre millepieds, les valses deStrauss, uis revenir, à la rouge lueur des Hameaux, sur le bord des précipices, et 8e perdre dans les étroites vallées comme des gnomes et desespriisititins.
Toutefois les processions, les chants religieux et les prédications en plein air sont d'un effet bien plus majestueux.
Les parures des dames, les vc'tements des paysans endimaurhés, les drapeaux flottants, le son des boîtes et les échos lointains composent un ensemble impossible à aécrire. Dans le fond, l'Eisach s'écoule comme un filet d'argent, et sur la route qui la borde d'im-
f)erceptibles voitures courent à travers e pays, emportant les voyageurs qui s'imaginent le connaître sans avoir rien vu de ces admirabl s scènes, ni de ses mœurs, ni de sa religion.
Une des plus belles excursions que Ton puisse faire est celle de la vallée d'Kppan : on s'approche des rocs pittoresques de M£ndola, masse de porphyre près de laquelle s'ouvre un délilé qui semble ignoré du reste de la terre. Une série non interrompue de jolies habitations s'étend l'espace de plusieurs lieues jusqu'au château de Haut- Eppan, qui domine toute la vallée de l'Adige jusqu'à Meran, et d'où la vue se porte vers le pays de Passeyer.
De l'autre coté, on aperçoit les montagnes (le Trente, et derrière Eppan est le majestueux calvaire d'où Ion admire les coteaux fertiles qui entoui*ent le val de Fiemme et la haute paroi qui le sépare du val di Fass.i. Vers le isud, se présente une montagne bien noire, c'est le Grinunerjoch, puis un grand édifice à la façade blanche, c'est le couvent de Weisenslein, pèlerinage très - fréquenté. Si de soinbres nuaçes chargent le ciel , si la cl.irté en est obscurcie, ce paysage prend une teinte sombre et mélancolique, dont tous les
fieintres seraient jaloux de bien rendre 'effet.
Sigmundskrone est l'un des nombreux chdteaux bûtis par Sigismond :
en abdiquant en faveur de Maxiniilien , il s'était réservé Sigmundsbourg, Si^munU&krone, Sigmundseck, Sigmunds-
ried , Sigmundsfreud et Sigmundsiust; c'étaient tout autant de résidences pour ses plaisirs : la plupart sont accessibles; le premier sert de magasin à poudre et ae garnison à quelques invalides. Griess est presque un faubourg de Rolzano; il a une des plus belles,églises du Tyrol; on y visite de- • très-belles peinturés à fresque. La superstition n'a point erjcore permis d'abandonner le dangereux usage de sonner les cloches pendant l'orage : à ÎSIoritzing, la foudre frappa les sonneurs, perça la voilte de la nef, renversa le table»au du maître-au#l, éteignit la lampe éternelle, fit sauter une porte de fer, et traversa de part en part un missel. Les ordres de l'autorité ne purent anéantir l'usage; seulement, pour se préserver, les sonneurs se placèrent en dehors de l'église, derrière un rempart de terre, et tenant à la main un cdble qui leur permettait de rester à une distance con\enable. Cette fois, le câble servit de ronducteur, et la foudre vint les chercher dans leur asile. Ce double avertissement n'empêche pas qu'on ne sonne encore, en dépit de toutes les prohibitions.
A quelque distance de là est un vieux château dont on ne peut concevoir ni la construction ni I existence. Comment imaginer, en effet, que de|)uis des siècles d se maintienne au haut d'une aiguille de rocher? Les habitants affirment qu'il est impossible' d'y monter.
Le Greifenstein, c'est son nom,, est connu dans toute la contrée sous le non» de Sau-Schloss, château du porc; en voici la raison. Guillaume de Star- 'kenbourg, l'im de ses maîtres, portait dans tout le Tyrol le meurtre, I incendie, la dévast<âliou; nul n'osait l'attaquer dans ce lieu redoutable qui lui servait de retraite. On lui dépécha un jcuir le bourgmestre de Bolzano pour lui présenter une humble supplique :
quoique Guillaume lui eiU donne un sauf-conduit, il le lit précipiter dans l'abîme par des i:ens secrètement apôstés pour le guetter a son retour. La ville envoya dix citoyens au château pour s'informer de la caûse de son absence; on pensait que Guillaume le retenait
captif; mais, cbemîo falsaot, on aperçut son cadavre sanglant et mutilé, et
on lo rnpporta avec de grandes démonstrations de douleur. L'orsiueil et
.les excès du chevalief' grandisî^aieiit
.toujours; il' avait accueilli un Italien appelé Jacomel qui se vantait d*avoir
, inventé une nouvelle manière de tner, vt qui accompagnait partout son Iiôte.
.Cependant les habitants deBuizano entreprirent un blocus, dans la vue d*af]G3imer le château; mais te seigneur, pour leur prouver qu**!! ne mnnqfnitde rien, fit jeter du haut des remparts un porc gras, grands éclats de rire de ses soldats. Le château du porc a été construit dans la haute antiquité de la Rhétie; il a appartenu aux seigneurs d'Eppan , puis aux évéques de Bolzano, aux Greîfenstein , enfin aux Starken* bourg. Guillaume, délivré de ses en* nemis, fit incendier iNIeraii < ( l'olzaiio; après quoi , le duc Frédéric d'Autriche lui .fit subir un siège de deux ans. Il s'évada pendant une nuit nébuleuse, et ses soldats se rendirent. Plus d'une fois , il essaya d'empoisonner Frédéric, mais ce fut en vain. Il lui intenta ensuite un procès à Vienne et le gagna.
Leduc d'Autriche n'en tint compte, et depuis lors Greifenstein resta entre les mains des souverains du Tyrol.
De Bol^no, on va visiter Groeden, en passant par Steg, le long de TEisach , et de là on gravit la chaîne centrale où Toadécouvre comme un monde nouveau : ce sont de vastes plaines entrecoupées de collines, peuplées de nombreux villages, parcourues par d*im-
'pétueux torrents, qui se précipitent ensuite de toute la hauteur aes rochers dans la resplendissante Eisarh, qui se montre à une innnenseprolondeur, et promène clans la vallée ses longues et brillantes sinuosités au milieu de hautes parais de porphyre. Celles-ci, que du fond de la vallée on regardait avec une véritable IVayeur, n'apparaissent plus ici que comme le support, ou, en quelque sorte, le contre-!oit de ce paysage en relief qui oeeupe le sommet des montagnes : c'est comme un pays superposé à un autre. Plus on a'âève, plus à l'opposite, sur Tautre
chaîne, se découvreni de beautés : là
sont le Ritten et ses beaux pâturages, là les jardins de plaisance (les liahitants de Bolzano, là lesforétsde la Mendola et les montagnes du val di ]\on, ie Tobal à la cime crochue, les roches da Vintzgau et les glaciers de TOrteles; enlin le pittoresque Schlern, qui pèse sur la chaîne que l'on gravit , élevant au-dessus des arbres de la forêt sa double crête.
Le bain de Ratzes est situé si haut, que l'on ne conçoit pas que les malades puissent rassembler assez de force pour y parvenir. 11 y a néanmoins de petites voitures à Tusage de ceux qui ne peuvent se mouvoir; on les appelle biindl ; deux roues supportent le siège; celles de derrière sont remplacées par un arbre traînant qui crée un obstacle à la rapidité desdescentes. On peut juger des secousses qui font snuter h chaque pas le patient. Le bâtiment reiilrrme jusqu'à soixante baigneurs, ia plupart campagnards; le beau monde n'a point ici d'ao^s. On prétend que, sur six cents personnes environ qui ont recours chaque année aux banis de Ratzes, la^cure est eflicace pour au moins quatre cebts. Il y a une source ferrugineuse et une source sulfureusé : ou voit les malodes entourer celle où l'on boit, et se remplir d'eau à grandes rasades.
C'est un beau coup d'oeil que celui des pointes du Schlern dorées par Taurore, et dans le fond des vallées encore assombries par la nuit, on distingue les créneaux du vieux castel de Hauensteio assis sur les flancs de la rodie opposée. Là vivait un troubadour allemand, un prédécesseur de François de Seckingen, un guerrier comme lui.: c'était Oswald de Wolkenstein. Dans l'obscurité, on voit de blanches robes passer rapide* •ment à travers les ombres, puis l'en entend retentir les cordes d'un instru- Dient. Au temps des victoires d'Appenztll, l'enthousiasme de la liberté avait gagné les Tyroliens : alors Oswald de Wolkensteîn possédait deux châteaux, celui de Hauenstein et celui de Kastelruth; Aichach et Trostbourg appartenaient à ses frères Léonard et Michel.
Us entrèrent tous trois dans la ligué.
TYROL
Oswald avait visité la terre sainte et le nord de l'Afrique; il parcourut avec Tempereur Sigisrnond plusieurs contrées de l'Europe. Plus tard, il fut assiégé dans Greifenstein par Frédéric Tl' Autriche : en repoussant un assaut, il fut atteint d'une flèche qui lui creva l*œil droit; puis il fit la guerre aux Hussites... enfin, dans sa retraite, à Hauenstein, le génie de la poésie l'inspira; il chanta surtout la reine d'Aragon. II reste deux volumes in-folio de poésies d'Oswald de AVolkenstein.
Après avoir tourné la base du Saltria et du Buflatsch, sommités rivales (lu Schlern, on descend par Puffels dans une vallée profonde sillonnée par trois torrents : tout à coup la roche blanchâtresecouvredejolis tapis de verdure; là sont de rustiques maisons aux vitres luisantes, aux portes vertes, aux toits rouges; elles apparaissent de cote et d'autre sur les hauteurs : c'est le village de Grœden, le berceau ou le refuge de l'Étrurie, selon les divers systèmes des savants. Mais cette révolution pourrait bien avoir une date plus rerente; on serait tenté de le croire au seul nom de la langue qui sert de prei^ve à ces hypothèses : en effet, on l'appelle ladine, et on y retrouve une multitude de formes et d'inflexions qui ont plutôt rapport au type des langues romanes qu'a aucune de celles de l'antiquité; il y a même des traces de l'article dont nous nous servons encore en français; ainsi l'œil est Voîiedi; le corps,' l'cor/j; le père, Vpèr; Tours, la iors, etc., etc.
Les habitants se distinguent par l'adresse et la promptitude avec laquelle ils découpent en bois les diverses (igutes d'animaux, qui se vendent ensuite comme jouets d'entants à tous les marchés de l^llemagne. Cette industrie, qui date de. 1703, n'est point guidée par l'art du dessin : le goilt et le sentiment du vrai sont les seuls guides de ces Phidias rustiques, et ils ne parlent qu'avec dédain de l'école de dessin
3u'on a récemment fondée pour eux, isant que leur talent s'inspire et ne s'apprend pas. Cependant leurs devanciers, devenus leurs maîtres, avaient
pris à Venise des notions des arts dMmitation. La spéculation fut un puissant stimulant, et dans la vallée il n*est presque pas une main qui ne se soit mutilée ou cicatrisée par quelque maladresse d'apprentissage. Il y a des dépôts de ces sculptures à Venise, à ' Messine, à Cîidix, et jusqu'à Philadeî-
f)hic. Non loin, de Orœden est le vilage de Castelruth , dont la tour élancée domine, sur une descente rapide, la vallée de l'Eisach. Là se fait adorer une singulière sainte, une sainte barbue, dont la statue même pousse et repousse la plus longue barbe dont puisse triompher un rasoir. Le habitants ne racontent le fait qu'avec réserve et mystère. Sainte Kumnerniss était , au moj'en Age, une danseuse entourée d'hommages; les amants ne cessaient de tendre des pièges à sa vertu ; pour les punir, elle supplia le ciel de la rendre laide, et il eut la générosité de la gratifier d'une barbe de sapeur qui la rendit à une parfaite sécurité. On a la prétention do rattacher à la période romaine l'origine du village. De là, on redescend à CÔlmann ou à Trostbourg; mais le chemin est effrayant d'escarpement, et l'on préfère ordinairement revenir à Bolzano par un assez long détour.
La route de Trente par Salurn , le long de l'Adige, offre plus d'une singularité; à l'ouest, les rouges déchirures d'une inculte et haute paroi de porphyre, et les flancs rocailleux de la grande Mendola, où quelques vieux châteaux se présentent sur des corniches. Celui de S.ilurn, au contraire, repose sur une roche qui naît subitement du sol, connne si elle se fût élancée , à la manière des décorations de théâtre, pour recevoir les majestueuses murailles dont la base s'identifie avec elle. A l'opposite, des coteaux cultivés, des habitations et la jolie vallée de Fiemme. La langue italienne remplace l'allemand après' Salurn , et l'Adige , compagne inséparable de la route, jette ses ondes contre les roches qui encombrent son lit. Ici le hourç de Caldern , là celui de Tramin.
La vigne est la principale richesse du pays; le raisin y est excellent. Les vil-
lapes çont moins pittoresques et surtout moins rustiques que dans la partie allemande : c'est le j)lus souvent une jonque lue de maisons de pierres noirçîes par le temjis et fort malpropres; l'aspect en est triste, narre que les fenêtres sont la plupart dépourvues de carreaux. L'habitant, mal vélu, a du moins le mérite de la sobriété; mais, .4ans son orgueil, il sê croit supérieur au Tyrolien allemand, qu'il appelle dédaigneusement porcotedesco. Ici commence la culture du mOrier, mil souvent se montre dénomllé de reuilles, car elles sont arracliées pour la nourriture du ver à soie. Ces squelettes végétaux font un triste contraste avec la fraîcheur du paysage.
Quelques relations nous disent que les Alpes des environs de Trente , couvertes de neige toute l'année, sont si hautes et si escarpées , qu'elles semblent inaccessibles et paraissent toucher aux cieux. Cependant les nombreux clochers de cette ville célèbre se préseiitent au milieu d'une plaine fertile dont les Alpes semblent respecter la culture, en n'élevant autour d'elle que des montagnes d'une médiocre élévation. La tradition remonte aux anciens Tusci pour les honorer de la fondation de la ville ; Pline, Strabon, Ptolémée en font mention. Les Goths, les Lombards s'y sont succédé , puis les empereurs, les ducs de Bavière, jusqu'à ce que l'évéque de ce siéue, devenu prince, en tit un petit État indépendant de soixante et dix lieues carrées, et de cent cinquante mille habitants. Il a été depuis englobé dans les possessions autrichiennes. Une haute muraille entoure Trente; l'Adige forme un des côtés de cette enceinte.
Les rues sont spacieuses, mais irwgulières; on y voit encore des maisons fort antiques : leurs vieilles peintures contrastent avec les façades des palais modernes; puis, de distance en distance, aj)parait au milieu de la rue une tour dans le gepre de celles du moyen âge. Ce n'est point, comme le dit le voyageur Mercey, une série d'innombrables palais, de terrasses, de dômes resplendissants , de ilèches
L'UNIVERS
élancées, etc., etc. C*est une yîeille ville entrecoupée de constructions pliis modernes ; c'est un mélange de différents Ages , de çoilt et de vétusté , d'élégance et de laideur; e^ les débris du passé ne sont pas séparés , reléguâs dans ce que partout on appelle la ville vieille; la ville neuve n'est pas un quartier; elles sont l'une et l'autre confondues , dans la même rue , sUir le même alignement. Le plus beau monument que l'on doive visiter n'est pas l'église de Sainte-Marie Majeure, où se tint le concile , où l'on voit encore tous les portraits des prélats sur le tableau de cette illustre assemblée. L'antiquaire et l'architecte se dirigeront vers la cathédrale , qui est l'un des ouvrages les plus remarquables du style lombaru ou byzantin. Cependant il s'y trouve aussi quelques ornements du style gothique , tels qu'une magnilique rosace au-dessus du portail , et une chapelle pratiquée dans Tun des bas côtes , mais elle est trop surchargée d'ornements. Le portail serait la plus belle partie de cette église , s'il n'ofirait trop de disparates : ainsi l'on voit s'élever une tour de son flanc gauche, tandis qu'à la droite la façade s'abaisse sans grâce, et même sans solidité. En général, le coté droit est déparé par des constru('tions d'assez mauvais godt ; mais les bas côtés de la gauche sont surmontés par de belles rangées d'arceaux à plein cintre; et d'élégantes paieries s'en vont rejoindre un vieil édifice qui est au moins contem|)orain de la cathédrale même. Le chœur se termine en une triple abside. Trois ran^s d'arceaux le décorent, et ceux de l'étage supérieur se séparant de l'édifice, composent une belle galerie semblable à celle du latéral gauche; enfin une tour octogone s'^ve majestueusenfent au-dessus de la croix. L'intérieur n'a pas un caractère moins grandiose : la nef est haute et étroite; les bas côtés ont plus d'élévation qu'on ne leur en donne communément ; l'ensemble est sombre et religieux. Partout ailleurs, les piliers qiii séparent la nef des bas côtés sont lourds et écrasés; ici, au contraire, ils s'élancent
TYROL
si haut qu'ils sont d'un très-bon effet , et leurs colonnes engnsées paraissent se diriger avec beaucoup de grâce vers les arceaux qui se dessinent en festons entre les bas côtés et la nef. Telle est la métropole où fut « élébré rac<*oniplissement des destinées de l'Église; c'est dans ce lieu, en eft'et, que le concile termina les séances qu'il avait commencées à Sainte-Marie Majeure; et Ton alla processionnellement de Time à l'autre pour rendre à Dieu de solennelles actions de grâces d'avoir à jamais repoussé les doctrines nouvelles.
La cathédrale est dédiée à Tévéque et martyr saint Vigile, qui vécut à In fin du quatrième siècle : on le célèbre avec une pompe extraordinaire le 26 jum : Trente prend alors l'aspect d'une
f;rande ville. Des cafés s'ouvrent sur es promenades; il y a feu d'artifice, opéra , équipages ; tous les campagnards sont dans la ville; on se presse autour des boutiques. Les dames rivalisent de parure; on court, on crie, on se heurte , on se foule dans les rues ; le vin et la bière coulent h grands flots ; l'église est ornée de tapis^ le chœur de draperies r là est le trône du prince évéque ; la sont les vases précieux et les saintes reliques exposés aux regards du peuple.
A Saint-Pierre, on conserve la sèche momie de saint Simonin, enfant de trois ans, que les juifs, s'il en faut croire la tradition , ont étranglé il y a plusieurs siècles , tandis qu'une vieille |e piquait avec un stylet pour recueillir son sang dans un vase. Ce sujet est Représenté en sculpture à la maison que l'enfant habitait, puis encore à celle oii se comuu't le crime : la superstition et la haine populaire ont fait subir d'affreux supplices aux juifs accusés de ces infamies, et ces massacres ont eu lieu dans beaucoup de pays; le quatorzième siècle a vu périr amsi des populations entières. La bétise dégénère 'souvent en férocité. L'orgue de Sainte-Marie Majeure a été cause aussi d'un graiwl malheur; on veut que le diable se soit fait le collaborateur de l'ouvrier, et ils accomplirent un chef-d'œuvre; mais les habitants de
Trente tirent crever les yeux de l'artiste, dans la crainte qu'il n'enrichît une autre ville d'un mstrument aussi parfait. L'artiste dissimula sa colère, et demanda, pour toute grâce, d'être conduit encore une fois à l'orgue pour réparer un peti^ défaut que lui seul connaissait; mais, dès qu'il y fut arrivé, il brisa et dérangea plusieurs tuyaux... On l'emmena de force, et ce chef-d'œuvre resta pour l'admiration de tous , jusqu'à ce qu'enfin le feu du ciel le réduisit eu poussière. L'instrument qu'on y a substitué est un des meilleurs de* l'Italie; on croirait entendre le hautbois, la flûte, la clarinette; l'orchestre est complet, et l'illusion ne permet pas de supposer qu'il n'y ait pour la produire qu'un orgue.
Le thé.'Ure a quatre rangs de loges, garnies de rideaux et de glaces, éclairées par des bougies et meublées comme des boudoirs ; mais l'éclat de ces loges fait remarquer plus désagréablement l'obscurité qui règne dans la salle. On en voit d'autant mieux les dames; quant aux hommes du parterre, ils vont et vieiment, parlent et rient sans égard pour ce»ix qui voudraient écouter le récitatif; et le silence ne s'établit que pour les morceaux favoris. C'est à peu près comuje dans les débats parlementaires, où le peuple législatif se met en continuelles allées et venues, en conversations bruyantes , pendant qu'un orateur sans crédit occupe la tribune. Qu'ime voix puissante annonce rharn>omedela parole, c'est le moment solennel ; à la chambre comme au théâtre d'Italie, cliacun reprend sa place en attendant un nouveau récitatif ou im nouveau discfturs écrit qui rende à chacun sa vagabonde et bruyante liberié. ' «-^ « m» -j iv. ti *i,<
Les cérémonies religieuses l'emportent de beaucoup à Trente sur toutes les autres : le jour de Saint-Vigile on a soin de fairevenir le prédicateur le plus célèbre des environs : après le sermon, réalise se vide rapidement; chacun court a la place où il pourra le plus commodément voir défiler la procession , tandis que du portail principal sortent lei bannières flottantes et les longues files
L'UMVERS.
du cortège. T^es rnpurins marchent les
Eremiers, leur croix est ornée des plus elles Heurs; après eux viennent les franciscains encore plus nombreux,
f)uis les séminaristes, enfin les curés, e chap'tre et le pri^ice évoque, qui n'est que le iils d'un simple niltivateur. Les chanoines portent chacun des 'vases préeieux renfermant des reliques de saint Vigile : un écrin de crî^tnl contient la lanjrue de ce bienlieureiJX, qui fut si éloquent et si assidu à la conversion des païens. On promène aussi le cercueil d*argent sous un baldaquin. La main est d'une énorme dinipnsion, ainsi que la lani^ne; et la légende dit que de cette main le saint se fit une ouverture à travers les rochers, et les partagea pour se frayer un pnssai^e au nionirrit où il était poursuivi dans une impasse. Ce pnssn^je sert encore à ceux qui vont visiter Stenico ; et , à cet égard , Vigile fut le .bienfaiteur de Trente qui en tire ses meilleures provisions. Les représenîations populaires qui attirent la foule sur ia place publique, ont aussi pour sujet diverses scènesde la vie du saint ; c'est une biographie peinte sur toile, c'est une tenture en forme de temple; au centre est le cercueil ; et du faîte de Pédifice improvisé. Vigile distribue sa bénédiction : le tout est entouré de fusées et de pièces d'artifice ; et , quand vient la nuit, les boîtes, les pétards, les soleils partent, se meuvent , et vont se perdre dans les nua;;es , aux acclamations générales. L*aigle du Tyrol , le chiffre de l'empereur, enfin le temple lui-même resplendissant et coulant en torrents de flamme, forment le bouquet dont la bruyante explosion laisse f iisiitte tout le monde dans l'obscurité. Une fondation pourvoit à re^ frais, quoiqu'une narration vulgaire prétende qu'ils sont sunuortés par les habitants d*une vallée TOisine, descendants des meurtriers de saint Vigile.
La route de Trente à Koveredo a le caractère du paysage italien. La vigne grimpe jusqu'au sommet du nun'ier, et suspend ses festons d'un arbre à l'autre. Le saule pleureur et l'acacia bordent le cbeniio , et la téte des cy-
près se montre élancée comme un minaret de rOrient. Déjà Ton voit cà et là des oliviers : les maisons assez' négligées paraissent ne servir que d^abri moftjentané contre le mauvais temps; le ciel est si bleu , le soleil si chaud , qu'il semble que chacun veuille vivre uniquement nour la nature et d'une vie toute extérieure. On n'entend plus parler allemand, on se nourrit de pâtes et de riz. Le commerce s'agite dans cas vallées : et dr !:^r;iiids b<1timents aux fenêtres multipliées , aux étages super-
S osés , reçoivent les produits du ver soie ; ce' sont des jUandes, L'Adîge devient navigable; mais les murs dans lesquels le chemin est emprisonne dérobent souvent le paysage au voyageur; et, lorsqu'il veut voir autre chose que les hauteurs, il faut qu'il se dresse dans sa voiture. C'est ainsi qu'il arrive à Koveredo sans connaître beaucoup les châteaux pittoresques au pied des- (|uels il a passé. Là , du moins, quand il a traversé le Corso il admire les palais Albert! et Federigotti; malgré leur magnificence ils sont tristes : presque tous les volets sont fermés , quelquefois les vitres sont brisées; on trouve la demeure déserte; cependant, par une porte latérale , on monte à un étage supérieur, où vit dans la solitude ie vieux seigneur ou la douairière avec ses filles, pendant que rhéritîer du nom achève de se ruiner an service d'Autriche, sur la frontière de Turquie ou de Russie. Les appartements splendtdes sont montras aux voyageurs, qui ne voudraient pas de la pauvre retraite où languissent sous un toit ceux dont il envie l'opulence de parade. Il en est ainsi de la plupart des
{)alais.que l'on montre dans le nord de 'Italie , à Géoes, à Milan, à Vieenoe»
à Venise.
Les faubourgs de Roveredo sont fort agréables , mais l'intérieur de la ville est mal bâti : il y a cependant une place Saint-Marc, et même une rue de Rialto , comme à Venise, noms ambitieux appliqués à Tangle de quelques masures. La salit de spectacle est à l'auberge de la Couronne, et tï\e est fort jolie. Le vio d'{8cra,
TYROL
tout près de Koveredo, fait la gloire du IVrol; on y boit aussi le vino
santo , ainsi norniné pnree qu'on ne le fait qn'à Noël ; le Montepniciano et l'Aleaiico, qu'on recherche en Bavière , ne sont pas autre chose que des ▼îns du Tyrol. Les femmes sont cliarmantes au Corso : partout elles effacent les beautés des environs, et c'est grand dépît parmi celles de Trente quand elles arrivent aux solennités de Saint-Vigile, car les regards ne sont plus que pour elles. Plus de vingt mille personnes vivent ici du commerce et de la fabrication de la soie. C'est d'Ala, petite ville voisine, qu'est venue d a* bord cette industrie. Au seizième siècle, le curé fit h Hpux Génois fugitifs la proposition d'exercer chez lui leur profession , et ils établirent la première filature au presbytère. Cent ans •plus tard , il y eut déjà trois cents métiers; mais, sniis Joseph II, des restrictions de tout genre firent dépérir la prospérité d'Ala; Roveredo gagna ^e que perdit sa rivale: toutefois elle ne . fabrique point l'étoffe; cVst à Milnn que sont envoyés les produits des tilandes, c'est là que se font les tissus.
Gracieux autour de Koveredo, le paysage reprend son escarpement , ses forêts, ses vieux donjons sur la route d'Ala. Le vieux château de Sabionera, le joli village au clocher effilé, qui s'in; terpose sur une verte pelouse entre lui et l'Adige , les habitations du rivage, les barques qui suivent son cours, contrastent si l)ien nvec les cannelures et les pointes des montajînes ! Et jar delà ces montasnes l'imagination cherche déjà le golfe septentrional du beau lac de Garda; mais on reste encore dans la vallée de l'Adige. On traverse \e village de Péri , on arrive sur le céleijre plateau de Rivoli; et Napoléon, Hasaéna , les exploits des soldats fran-
gis, et ces batailles de géants du mps de la république , élèvent rfune aux plus sublimes impressions. C'est ici que le brave Lasalle répondit au . vieux général autrichien qui l'interrogeait Sur l'âge de Bonaparte : Il n l agft ffu'nvntf Sctpion quand il^ vainquit^
AmibaUtX trois armées autrichiennes • 7
trouvèrent des défaites dignes d'être .
comparées n pelles de Zama; admirablescampagnes, commencements d'une gloire qui ne finira jartiaîs.
Entre Ala et Pieve sont les effrayants débris d'une chute de montagnes qu'on appelle Lavini di Marco : beaucoup de savants ont disserté sur cette avalanche; mais le Dante lui a imprimé un caiBCtère d'éternelle célébrité : il dit, dans le douzième chant de son Enfer:
4jHal et quflla ruina chc iirl finnco H» qiia da Trrnto l'Atl ce prrcossf. O |»«T trrinuoio, o prr tostrjîno OIMICO CLeda cima (1< 1 inoiii", onde si ino»M Al piano e si la rnccia discoscesa Cil' alcoiM via danebbc a dii tufoMe.
Ces fragments de roches remplissent tout le fond de la vallée sur l'espace de quatre milles d'Italie, et iii^f|n':» Mori. 11 a fallu , pour ouvrir une route à travers les ruines de la nature et pour ressaisir un peu de terrain propre a la culture, les efforts de plusieurs générations. La terre végétale y a ele amenée par les pluies , et le travail des habitants a contribué à cette amélioration par la direction laborieusement donnée aux eaux des vallées affluentes.
Toutefois c'est un' sol bien aride; et, s'il porte quelques ee[)s et quelques mûriers , le contraste n'en est que plus frappant , surtout quand on détourne les regards de cet éboulement pour les porter sur les coteaux opnoses ou la végétation est si belle , où les cultures les" phî'^ variées s'élèvent d'étage en étage. Mariani , chroniqueur du septième siècle, attribue ce désastre à un tremblement de terre , dont il reporte la date à l'année 309; mais il y a lieu de douter de l'assertion , faute d'autre mention qui confirme la sienne; tandis que l'histoire a retenu le souvenir d'une commotion générale arrivôp sept ans plus tard, en 370. Alors lurent renversées beaucoup de villes; des îles disparurent sous les eaux; la mer franchit ses limites et jeta ses flots sur la côte. Il serait possible, néann-oins , que Téboulement de San-Marco reino ntât à l'an 2 1 7 avant Jésus-Çhnst. Ou Y rapporte un passage de Ciceron sur les prodiges qui marquèrent cette
L'UNIVERS
époque ; et Ton a pour narrateurs Valere Maximé, "Çite-Live, Florus, Silius Italicus. De cette époque au douzième siècle, la conjecture a de quoi s'exercer , maîS elle ne sait où se fixer. Les récits sont très-nombreux , les traditions très-flottantes. Le comte Giovanelli a résumé les unes et les autres dans un excellent mémoire, où .sont réunies aussi les opinions des géologues sur les causes de la ratastrofiiie : la conclusion est que la chronique de Fulde dit vrai , en attribuant l'événement à Tan 883 ; ce fut alors, ajot^t^-t-il , que l'Adige refoulée forma un lac , et que la vallée prit le nom de Lagarina, nom dont la racine est évidemment Laço.
Après ces impressions de la nature, de la poésie et de l'héroïsme, on arrive à la Chiusa de Valorgne, étroit passage où les montagnes se rapprochent de l'Adige, et se tranchent perpendiculaires en rocs murailles, comme si on eût démoli une enceinte pour se frayer, à travers une brèche, l'accès de cette forteresse qu'on appelle le Tvrol. L'aspect de cette valiez Lagarina est bien différent des vertes prairies de Tlnn.
La porte du Tyrol est assez semblable à une coulisse de théâtre : une cascade, une chapelle sont près de là. La scène change à l'issue au défilé : tout est plaine; l'étendue succède presque sans transition à une sorte de captivité : on est en Lombardie , pays admirable de richesse, de fraîcheur*, qu'aucun obstacle n'empôche de parcourir en tout sens, tandis que les Alpes d'où l'on vient de s'échapper retombent à pic sur le sol , sans que l'on puisse à quel-
3ue distance reconnaître l'ouverture 'où l'on est sorti.
Pour visiter le lac de Garda et les sombres rives qui l'enserrent du côté du Tyrol , il convient de faire une excursion à Vérone , et de se diriger ensuite sur Desenzano et Pe^chiera. Et comment ne se point arrêter devant les monuments de la grandeur romaine.
L'amphithéâtre antique de Vérone est encore un magnifique édifice, quoique Tenceiiîte extérieure soit considérablement endommagée : des arcades qui surmontaient le pourtour, deux
seulement sont encore debout ; mais à l'intérieur tout est conservé , tout est majestueux. Les souterrains circulaires, où se tenaient les gladiateurs, où l'on entretenait les animiux destinés au combat, sont intacts: les derésoù se plaçaient les spectateurs semlent disposés pour leur arrivée : avec un peu d'illusion on se croirait le premier venu ; on attendrait la foule empressée qui doit garnir rinniicnse étendue de l'édifice; mais souvent »un théâtre en bois, une salle provisoire détruisent l'illusion, et nous rappellent que la grandeur des temps passés a fait place à Polichinelle. D'ailleurs on a surchargé le sugsestum du magistrat romain d'une laide balustrade ; et les monarques des congrès se sont assis il y a peu d'années , à l'endroit où se plaçaient, il y a beaucoup de siècles, les chefs qui dirigeaient les destinées du peuple-roi. On aime, à.
Vérone, les souvenirs mélancoliques de Roméo et Juliette; et même la tradition a dépassé la réalité; dans un faul)onrg lointain, on vient visiter une pierre assez semblable à une auge' que Ton décore du nom de cercueil de Juliette. Les tombeaux des familles de ces deux amants laissent au voyageur des impressions plus profondes; ni la vue de l'arc de triomphe de Gallien, ni les créneaux de l'enceinte du moyen âge ne donneift une si agréable rêverie Si de la patrie de Catulle on se rend au lac de Garda, on admire, après un trajet de quelques lieues, cette onde si limpide qiii se repose en quelque sorte sur les prairies et les vergers de Desenzano Jusqu'à Peschiera; elle entoure et réfléchit dans sa douce transparence la délicieuse presqu'île de Sirmione, dépositaire des tendres in&|)irations du poète romain et des ruines de sa maison. Des colonnes de marbre rappellent le séjour de Julien.
L'histoire est riche dans ces contrées; elle a possédé des empereurs de la maison de Souabe ; et des rois et héros français, Louis XII, Bayard , Gaston , sont venus à Peschiera. Bonaparte a combattu dans ses environs , àLonato , à-Castiglione. Quand la nuit
TYROL
8^abnisse des cjmes du Monte -Baido sur les ondes du lac, quand l'oiseau oquatique rase leur surface de son aile rapide, il est doux de se placer sur les remparts de cette forteresse : seulement on regrette de voir la sentinelle autrichienne se promener au bord du •Mincio, qui s^écoule du lac vers la patrie de Virgile.
Au nord , tî'est un tout autre spectacle , le lac y est âpre et sév ère ; il ditise les bases énormes des monts du Tyrol, se glisse dans leurs anfractuosités, baigne de ses ondes rembrunies |es rochers du INlonte-RiiIdo , reçoit le ponal et la Sarca , et se rétrécit incessamment jusqu'au vieux castel de Pencde, d'où l:i vue s'échappe à travers une double roche et plonge sur 8PS derniers récifs. Ici les souvenirs çont vagues et confus : c'est la sauvage Rhétie dOi.t l'histoire n'a retenu que (e nom. A Nago, une montagne blancne, escarpée, descend verticale sur la rive ; |à sont le port de Torbole, la vallée de la S;irca; et plus loin, sur les bords de cette rivière, le clulteau et je village d'Arco, dont le climat est salutaire, où les orangers, les citro'nniers croissent en pleine terre. La roule de Riva est tout à coup interceptée par une roche qui descend dans le lac; on ne sait pas où L'on passera , et Ton est fort étonné d'apercevoir une percée dans cette roche, et «me grille dont un douanier garde la clef; sa maison est taillée dans la pierre, et n'a de maçonnerie que la façade. En général, Pextérieur de ces petites bourgades italiennes est fort joli , mais l'intérieur n'y répond jamais : ce sont des rues étroites, des maisons noirfes et sales, et cependant on lit en grosses lettres les noms les plus harmonieux , la Con- ^rada di Nereidi , la Florida, etc., etc.
Le lac est souvent agité de tempêtes qui naissent on ne sait pourquoi.
Toscano et le Sovero sont les vents
Îpii produisent les plus grands dégâts : es vagues se lèvent alors presque aussi grandes que celles de la mer : Tobscurîté produite par les nuages permet à peine de distinguer les objets les plus voisins , excepté quand les éclairs sil-
lonnent la surface des eaux en furie :
c'est un horrible spectacle, et le danger est souvent bien grand. Cela n'empêche que le lac ne soit parcouru par un joH bateau «i vapetir, et que de nombreuses bargues ne le visitent en tout sens. L'effet apparent est plus terrible que la réalité, et les malheurs sont fort rares.
La Sarca apporte beaucoup moins d'eau dans le lac qu'il n'en rend par le l^lincio; ce qui a fait soupçonner à Pline que celui-ci était le produit de sources souterraines; cellef de la Sarca sortent du glacier qui domine le val di ]Non , au delà d'Arco. Les seigneurs d'Arco ou de l'arc ont fondé ce castel au douzième siècle; en 1413, l'empereur Sigismond érigea leurs terres en comté. La famille d'Arco est aujourd'hui en Bavière. Le Ponal est une rivière qui passe dw lac Ledro dans celui de Garda ; il s'y précipite en cascade, dont la masse, grossie parles eaux pluviales , frappe l'onde avec une telle violence qu'il est imprudent d'approcher de trop près. C'est un tonnerre perpétuel ; la course est si impétueuse qu'elle entraîne des rochers dont la chute produit de violentes secousses.
Souvent *on gravit la hauteur pour mieux jouir du cotip d'œil de ce phénomène ôt de la vue du lac si agité sous les pieds de l'observateur, si tranquille, si placide au delà du cercle d'action du Ponal.
Il est bien rare que le voyageur qui a traversé le Tyrol ne fasse point une excursion du lac de Garda ^ers Venise, en traversant Vérone , Vic«nce , Padoue, en suivant. les bords enchantés de la Rrenta, où sont tant de beaux édifices dus au génie de Palladio, et que l'on est d'autant plus empressé de contempler qu'on sort des rues étroites, sales et sombres de Padoue. Cette ville n'a guère d'autre mérite que d*afi voir été la patrie de Tite-Live, dont on prétend posséder la dépouille mortelle dans l'immense salone de l'hôtel de ville, tombeau mensonger, relique sans réalité, offerte à la crédulité des ignorants. Mais c'est un jour à jamais solennel, et qui doit marquer
L'UNIVERS
dans la vie de quiconque a été favorisé d'un beau ciel et d'un temps calme,
§ue celui où i on arrive au port de usine; là, sur cette vaste é|enduedes lagunes, une grande cité srinbie sortir du sein des eaux. Ces dômes dorés et resplendissants qui s'élèvent au-dessus de l'azur des mers , ces innombrables palais et cette multitude de gondoles qui vont , viennent et se croisent pour chercher des passagers et des marchandises, produisent une impression qu'il est aussi impossible d'oublier qu'il le serait de la communiquer à qui ne l*a pas éprouvée. On aime à se reporter au modeste commencement de ce prodige. A l'approche des barbares , les haliilants d'Aquilée s'enfuirent sur quelques flots où ils établirent leurs demeures : ce fut d*abord comme une cité de castors : ils n'avaient plus de territoire. Ils se li\^èrent au commerce; la navigation l'etendit, et les lois sages et sévères d*une ville , flren{ bientôt de cet établissement une république. La richesse amena la puissance ; Veni.se put disputer aux despotes de l'Orient les débris de l'ancien monde classique ; elle devint le centre des arts et des lettres , et ne crniguît^point de soutenir les efforts (!e r("r;)irc ttidesque qui succédait à celui deb Césars, ni d'opposer le courage de ses guerriers aux chevaleresques exploits de Nemours, de Louis XII, de Bayard; mais aujourd'hui tout est chani^é : le soldat autrichien pas.se avec une i^no-v rante lierté.à côté des palais noircis des Dandolo, des GrittI , des Falieri : quelques-uns de ces nalais sont devenus des auberges , d autres ont conservé leurs riches collections de tableaux , de sculptures et d'antiquités.
Tout languit et s'endort sous le joug étranger : la population dont i'aclivitc animait nm^uere ce puissant Ktat, est réduite a moins de moitié : cependant tout ce qui ornait autrefois la vflleTembellit encore. C'est touiours Venise, mais Venise en un jour die deuil ; timIIc ruine particulière n'explique la ruine générale , c'est Corinthe soumise , déaerte , mais Mummius n*en a pas encore enlevé les statues. Il faudrait la
vie d'un artiste pour voir en détail les églises, les palnis . les tableaiix, les bas-reliefs ; et celui qui ne fuit que traverser Venise, ou ne lui donne que peu de jours , en rapporte une fatigue d'admiration et une sensation semblable à celle de l'imprudent qui s'est troublé la vue pour avoir fixé son re-* gard sur ledisque ébloaissant du soleil.
Il ne peut être ici question de description d'aurimc de ses merveilles. C'fSI donc sans parler de la place ni de fé- . lise Saint -Marc, du grand canal ni u palais des doges , ni même du pont de Uialto, que nous rentrerons dans le Tyrol , après nvoir débarqué à Maestre, et visite l revise, Feltre, Montebello , Bassano, duchés devenus de sim • pies dignités nominales pour une gloire française; ils appartiennent encore à notre histoirequand flr j i ils n'appartiennent plus à ceux pour lesquels un héros les avait créés. Possagno , la patrie de Ganova , est aussi sur le chemin du val Sugan 1 ; il y a£iiit construire une église. Primolano est à l'entrée de cette vallée, sur la frontière du Tyrol : avant d'y arriver, on passe soûs la roche qui porte le chÛteau deCovelo, où l'on ne peut entrer qu'en se faisant * hisser au moyen d'une eor le. Les canons méjne y ont de nitroduits ainsi.
Le défilé est très-celèbre : c'est cuinme une porte ; et ta Brenta n*est pas moins emprisonnée, pas moins écumeuse que l'Adige. La garnison pc^sède une bonne source; et les magasins, les arsenaux sont dans des grottes naturelles. Sur la frontière aussi , et dans les étroites vall(cs qui bordent le Tyrol, sont les sei/e comniuni, les sept cotnmnnes dont les habitants sont d'ongme germanique , ce qu'il est facile de reconnaître à leur idiome. Quelques-uns veulent que ce soient les descendants des Cimbres vaincus à Vérone par Marins : d'autres y voient des fhuringiens battas à Tolbiac par Clovis : on a beaucoup disserté sur ce sujet. La race y est grande, forte et belle; les hommes émi^rent beaucoup , mais reviennent toujours dans leur sauvage patrie. Pergina est sur le diemin qe Trente, avec son entourage grandiose
TTROL-
de roches acérées jetées dans les uucs; on tes voit au fond>du précipice, et Ton n'y descend qu'avec étonnemeat.
11 n'y a plus alors qu'une seule montagne à franchir, et l'on revoit Trente
aue Ton avaiL quittée pour le lac de rarda.
Le val di Non est au nord-ouest de Trente; c'est relui que pnrronrt la Noce, (fin se jeltedans l'Adige près de Saint-Michel. La iiaturey est fort belle; mais hBB habitants ont une réputation de brigandage qui a fait dire que ce pays était un inorcenu du ciel tombé sur la terre, mais que si^ l'un de ses habitants avait affaire à dix diables, il sortirait vainqueur de la latte. Se commet-il un meurtre, un assassinat dans la vallée de l'Adige, on est à peu près sûr, à l'avance, que l'auteur du crime est sorti du val de Non. Il s'en faut de beaucoup que le Tvrol méridional soit, comme la Suisse, un pays de sécurité; 11 est fort dangereux (le s'y aventurer la nuit. La superstition a établi ici quelque chose (ranalogoe BU célèbre Blocksberg, résidence des sorcières allemandes, l.e diable tient aussi sa cour près de Kevo, sur leRoveno, à peu près au. centre du val di Non. Il y a d'autres traditions merveilleuses: une noble dame, Anne d'Alessandrl , assassinée par son mari , le 5 mal 1615, était ressuscitée quinze jours après; elle habita d'abord Coredo, mais elle rentra dans son château di Non.
L/évéque de Trente envoya un inquisiteur pour constater le fait. Des témoins gagnés ayant attesté le sortilège , la niallieureuse fut condamnée au feu.
On ajoute que ce forfait est dû à l'accusation d'un mari cruel, qui choisit cet horribln moyen de se débarrasser d'une couipagne qu'il haïssait. L^oce sépare la langue italienne de la langue allemande : un village appelé MetM Lombardlco, unrautre du nom de Deutsch-Metz porteïït chacun les caractères de la nation à laquelle ils appartiennent. Ici propreté, aisance et gaieté, là misère, saleté et malice. Au-dessus de Deutsch-Metz est un vieux château, celui de Kron*>letz :
sur ses créneaux éboules surplombent
des roches pesantes, comme si elles allaient échapper i l'instant même pour écraser les débris de ces tours: mais il y a des siècles qu'elles font vainement
cette menace.
Près des sources de la Noce est le val di Sol , en allemand Suitzberg, puis le val Rabbi , où il y a des eaux minérales assez sen^.hinhlps aux eaux de Seitz. On est au.\ lumtes de la Valteline, sur le versant méridional de la chaîne qui se rattache à l'Orteles : lA sont les derniers glaciers tyroliens. Le château moderne des comtes de Brandis est près de Tisens, sur le Gampen.
Les débris de Tancien château rappellent un récent désastre : encore habitée il y a cinquante ans, la vieille tour s'écroula sur les habitants, écrasant la mère, les enfants, leur précepteur et tous les domestiques. Le maître du logis étant absent, ne connut son malheur qu'à l'aspeet du dés:>strp. On passe (Irvant ce sï jour de deuil pour se rendte à Meran, véritable métropole , premier anneau de la chaîne généalogique du comté. Aujourd'hui
ern-ore In vnllée supérieure de l'Adige est appelée Miitterlàndchen^ petite j)atrie, ou LaiidL diminutif de priysj d'où vient que ron a donné le nom de lûndler à ces airs de danse tyrolienne dont la mélodie est si fraîche et la mesure si vive. Meran était appelée la ville, comme les Romains disaient urbs en pariant de Rome. Le comté primitif ne s'étendait que sur une partie du territoire de Rolzano, et de l'autre côté jusqu a Pontalto dans TEngadine. Le val de Meran est entouré de hauteurs boisées; il estTertile et présente au voyageur qui descend du Gampen un magnifique aspect.
L'Adige n'est encore qu'un ruisseau.
Meran est adossée à la montagne ; elle est flanquée de vieilles tours et eutou* rée d'antiques castels. Le plus remarquable est celui de Tiriolis ou Teriolis. Ce nom est devenu celui de tout le pays , à mesure que les seigneurs de ce canton ont étendu leur domination :
toutefois il y a qtirl ;ue divergence sur l'orthographe et i'etymologie. Beaucoup d'anciens titres écrits portent ïy-
m L'UlS'lVÈRS. .
rolis; et c'est là, nous le pensons, la vé- bers, et à l'extrémité de l'horizon , a
ritable orthographe, celle qui rappelle l'endroit où la chaîne de la Mcndola
le plus ndèleinent les origines : aussi présente les formes les plus grotesques,
les meilleurs «TrivainsPont-ils adoptée, s'avance sur une saillie le cli.îteaii de
sans tenir compte de l'i qui veut ex- Hohen-Eppan. Telle est l'historique
puiser l'y. Je ne sais même si l'on ne ceinture des forêts : les bas-fonds sont
pourrait pas prétendre que les Tyrrhé- garnis de villages; là sont Algui^d,
niens sont pour quelque chose d;ins le nom du Tyrol. S'il est vrai que les ancêtres des Étrusques en sont sortis, ou si les Étrusques, chassés d^s rives du Pô par les Gaulois, se sont retirés dans la vallée de l'Adige, ils ont pu y porter leur nom ou le conserver : ainsi , dans l'une et l'autre hypothèse, la principale syllabe aurait passé dans le nom du peuple antique, qui est resté si original aux environs de Grreden. Au surplus, c'est une question sur laquelle les nistoricns ne donnent pas de solution , pas plus que les chartes du moyen âge. C'est en 1140 que Teriolis paraît pour la première fois sous la forme actuelle, il n'y avait pas beaucoup de positions romaines dans la contrée; on ne cite guère , entre Teriolis , que VeMidena et Massiacum : toute notre science, à cet égard, est due aux itinéraires : or, il paraît que Massiacum était près de Schwatz, dans la vallée de l'Inn. Au centre du Tyrol, près de Meran, était le castrum'lMajense ou Maya, dont quelques-uns font une colonie romaine , et qui occupait le sol sur lequel est maintenant Obermaïs; elle fut détruite par un .éboulement de montagne. Meran est exposée aux vents du Vintschgau et de
• la vallée de Passever; cependant le •chmSt y est fort doux; les matinées
sont fraîches et les journées très- . chaudes. La ville n'a guère qu'une rue .longue et étroite avec des arcades sur- : baissées : les faubourgs sont plus jolis.
• Les habitants se promènent sur une terrasse qui domine la Passer : peu so-
- ciahles entre eux , ils accueillent volon- . tiers les étrangers. Du pont de la Passer, près de la ville, on aperçoit une
: multitude de châteaux, lyrol, Aur,
• Josephsberg, Forst, Zenoberg, Lœ- 'wenl)erg, Jîrandis, Fr.igsbourg, Ivat-
- «enstein , ISeuberg , Schenua , Rubein , Rametz, Knilleaberg , Winkel, La-
Gratsch, Saint-Pierre, Tyrol , Marling el les charmantes fermes du Freiberg. Néanmoins il n'y a guère de promenades qye l'on puisse entreprendre autrement qu'à pied. Oh visite volontiers le triple village de Lanà, au pied du Gampen, à l'entrée de la vallée d'Ulten, dans laquelle sont des bains très-fréquentés, quoiqu'ils soient encaissés dans les rochers au point de ne permettre aucun exercice aux promeneurs. On a découvert à la Tœll (Téloneum) beaucoup d'antiquités romaines. Au dixième siècle, celte montagne avait encore ses inscriptions et ses pierres milliaires. On lesJit transporter au château de Marœtsch, près Bolzano :
elles étaient relatives à la construction de la route au temps de Drusus. En 1700, il y avait un autel de Diane au sommet; il est maintenant à la bibliothèque dlnspruck.
Le château appelé Saint -Zenoberg ou de la montagne de Saint - Zenon , a été la résidence de Henri , i^jui prenait le titre de roi de Bohème, à cau'ie des prétentions de sa femme. Aune de Bohême. Ce fut le père de MârgUerite, la célèbre Maultasche, qui naquit d'ùh second lit, et eut pour mère Adélaïde de Brunswick, ^ous avons déjà parlé de ses diflormités physiques et morales ; toutefois il y a quelque doute sur les premières. La tradition, qui la fait si laide et la gratifie d'une bouche en ftc , se fonde uniquement* suir [e nom lui-même; mais ce nom existait avant elle, et déjà il était celui d'iun château qui lui appartenait dans lés environs de Terlan , et dont elle affectionnait beaucoup le séjour. D'autres disent que le nom de Maultasche est resté à Marguerite d'un soufflet qu'elle avait reçu de son beau -frère, pai-ce que, dans le langage du pays, ou appelle ainsi les soulHets. Quant à ses vices , 1(1 traditioa en a perpétué le sou-
tYROL.
venir : beaucoup de chroniqueurs lui imputent ce que l'on a reproché à plusieurs princesses du jHoyen à^e : die avait , dit - on , choisi quelques Jeunes gejis (Joiît elle, se aenrait ùwir.sa^islilre jsa lubricité; et quand elle s*étân rnssasiée de plaisir, elle les étranglait de <:n main dans le lit où elle les avait rei^s. On montre encore , dans le château de Saint -Pierre, une chambre obseure où la fit renfermer SQn premier judH qui voulait réprimer ses désordres; mais elle parvint à s'évader.
^int*Zenoberg et Tyrel ont chaGun un beau portail, décoré de figures emblématiques : rillH^tre M. de Hammer, auteur des Sourcea de tOrient, a prouvé aue ces représentations ne sont pas. oe ▼aines imaginations des artistes, pas plus que celles du nicme genre qu'on voit d:ius les éiilises du SoMZiàme et du treizième siècles; ce ^nt de véritables symboles d^one doctrtne mystérieuse, d*on gnostidsnie opposé aux enseignements publics de |a révélation. Les lions, les hxenes, leç griffons sont des allégories au pouvoir temporel et à TÉ^glise. Le dragon dévore riiomme, qui périrait si la science de la Cfiosis ne le sauvait : le bon principe, le serpent, est opposé au mauvais principe, Je dragon. Le
italienne. Fragsbourg (trifragiuni) domine encore les châteaux- réupis de Katzenstein et de ^eul)erg; mais ils ont tous changé de muitres, à l'exception de celui le Tyrol ^ui appartient encore aux empereurs d'Autriche. L'iH* térieur de Fragsbourg est toujours ce qu'il était au moyen âgei avec ses meurtrières, ses petites fenêtres, s^s portraits de fomille. Les bepcs /BUtQi}rent les murailles ; les tables sont tixées devant ces sièges, immobiles comme eux, et les dimanches une messe dite da^s la chapelle, à côté de ce grand salon , appelle les paysans d'alentour, et raprès'diriée est consacréeà des danses, dont le châtelain peroiet le divertissement à sa suite rustique et aux amis qui le viennent visiter. Du reste, la vie est tort solitaire et f&rt calme : les mœurs simples et n.TÏves des catn-
f)agnards sont d'un autre âge et coiilri- >uent à celte illusion de féodalité antique. ,
lies arts mécaniques sont instinctivement pratiques par les Tyroliens de la v-sllee de M cran : ou cite un cultivateur d Ubermaïs^ Ântpine Immbofer, ^ui excelle à fabrique» des instruments à vent en ébène et en argent dont, il invente toutes les pièces, ce qui hc renijièche pas de servir de valet de ferme a sou père. Uu autre^ qui dès
Siostique est'totgoùrs représenté coiii- ' l'âge de quatreans iierdit la yue^ se mît ttant ; il terrasse un lîon et un san- à découper du bois : dès.sOa enfance, fûttr: l'un le pouvoir tem|)orel , l'antre il fit des petits chevaux et des jouets, le pouvoir spirituel. Le centaure in^ Un jour, il voulut x iilpier un ci ucilix, dique le gnosiique se meiant aux créa- «et il y parvint en observant les lorjnes tures de çe tnolide, en tant qu'il peut du dhrist |Nir le seul moyen du tqHff'en servir pouir {larvenir à son but. eher; enfin il réussit si bien qu*il en ^
Les reliefs de ces portails méritent tl^ètre visités. T/intérieur du Tvrol n'a plus rien qui sua di;^ne d alicuUon.
Schenna» vieille résidence des comtes de Lichtenstein, à Mtrée de la vallée de Passeyer, est encore habité; ses rondes murailles el scb terrassas s'élèvent fort haut sur les Uaiics d'une immense montagne. Ce castel a eneore ses ponts, ses portes, ses voûtes profondes; les salles (Pannes, les cacnots et les remparts semblent construits d'Iiier. ^'on loin de là le vieux donjon dfi &aimêts a été converti en une viUa
son métier, et que !ps commandes se succédèrent pour divers ouvrages d'art, tels qu'un samt tiiarles Borroiuee pour l*évéqoe de Ërixen , statue de trois pieds et demi dont on vante beaucoup la beauté. Anjourd h^ii Kleinhtinns (Petitjean) vit heureux et dans la pratique de lu vertu aùx environs d inspruck OÙ il a amassé quelque tnen. Le Tyrolien est également bon peintre; la dature lui a donné de si beaux modèles, qu'il en est aisément inspiré; niais le plus souvent il se borne 4 décorer, ile ses tableaiut les églises da voistaage.
L*UNIV£aS.
Cest par Saint-Léonard, chef-lieu de la TEiilée de Passever, qu'il convient
d'aller aux ççlaciers ne l'OKtztlKil : d'abord de petits coteaux boisps ronduisent à Rabenstein, au pied du limbl- Joch, ou col da Timbl. Le long d*épouTantables rochers se glisse un sentier qui atteint le village de Zwiselsstein. Dès lors ou sent que l'on est arrivé dans une autre atmosphère.
rAchenbach, qui se précipite d»cbute en chute dans ces lieux sauvages, est un courant produit par la fonte des neigea; il passe sous les vodtes de glace, et le bruit de sa course retentit comme gronde le tonnerre; c*est à peine si ron s'entend à cdté de ce torrent. 11 fnnt !e suivre l'espace de trois à quatre iieues. Près de ces glaces éternelles est le triste village de Fend, souvent détroit par les avalanches.
Tout est grand et solennel dans ces solitudes, le mugissement du vmt, le bruit des eaux, les pentes resplendisbantes des glaciers. La clodia du soir et les derniers rayons du jour ! impressions magiques, sujet de profondes méditations qui ne «^ont pas dans le domaine des liouniies quand ils vivent loin de ces grandes scènes. Qui croirait qu'un lac qui semble dormir immobile au milieu de ces frimas, iette parfois dp terribles inondations dans les vallées. De là au glacier du Finail, il n'y a plus qu'une demi-lieue: les guides usent ordinairement de la précaution d'attacher les voyageurs les uns aux autres. On voit devant soi connne une muraille de cristal entourée d'un tapis de neige. A une lîeue plus loin est une petite chapelle de pierre avec une cheminée où l'on fn it du feu pour se chauffer. Enfin cette mer de glace se terminé par le iac de Gurglen avec ses vagues ballantes et ses jolis tlots, tandis que dans le lointain sont les glaciers de Sfubny. Le tableau est entouré de nombreux pics abrupts, sombres, déchirés. Les glaciers du Gebatsch Qe sont que la prolongation de ceux de r^tz , et font, comme eux, amphithéâtre autour du Fendertiuih on ne voit d'ailleurs que le ciei qui paraît beaucoup plus bleu, et la neige sur la-
quelle on marche : l'impression en est terrible. Ce nVst qu'après être arrivé
avec benuroup de difficultés sur le Hattenkogel qu'on peut apercevoir une vallée , et Texclamation du voyageur est à peu près celle du marin, quand après ffne longue navigation il s'écrie avee enthousiasme tei're ! ferre !
Lorsqu'on pénètre dans la vallée de Passeyer, vers Je château de Jauchenberg, on voit sur la f;rève, à coté da torre^ït, l'auberge célèbre que le héros du Tyrol, André Hofer, avait reçue de ses pères. C'était un homme vertueux, niais pauvre, obligé, pour nourrir sa familfe, à des courses et à des travaux multipliés. La profession d'aubergiste n'y suffisant pas, il avait entrepris de transporter à dos de bêtes de somme les hommes et les marchandises qui devaient gravir le Jauchen. Hofer était d'un caractère lo\nI, d'un oourain é[)ronvé, mais il avait dans l'espnt (jiielque cbose d'aventureux et d'mspire : âgé de quarante ans au moment où r Autriche voulut insurger le Tyrol, il fut choisi pour agent et bientôt pour chef. Il cill.i secrètement à Vienne. Le conseil de guerre s'assembla sous son humble toit; les paysans coururent aux armes, et bientôt le stiocès répondit à leur enthousiasme. Après quelques action*; glorif^uses, Hofer entra dans Inspruck; li haUita le château impérial, lit battre monnaie, exerça tous les droits de la souveraineté, 4nais ne prit d'autre titre que monseigneur l'amer- ■ (liste (le Sand. Il ne changea rien à son ^enre dévie, se faisant apporter à dîner aun petit cabaret voisin, et recevant à sa table des gens de sa classe. Il ne voulait pas aller au théâtre, mais rj'cn empêchait pas ses oflieiers, sauf à les faireappelerquand \i avait besoind eux.
Les actes de son gouvernement ont (|uelque chose de noble et de rustique à la fois. Il se croyait appelé à la réforme des ma'urs et de la décence publique. Une dame avait à lui présenter un placet; malheureusement la mode présidait à sa toilette, et sa robe ne montait pas assez haut : ^ t'habiller, s'éeria le souverain villageois, et iu reviendras ennuiie im parler. Il
TYROL
avàîtavec lui nnr iinrdede beaux hommes, tous de la vailee de. Passe^er, et les chargeait de toutes les commissions les plus délicates ; se déclaraft-il une querelle, c'était un de ces chasseurs qui allait rapuiser, car on les respectait, et nul n'aurait osé opposer de la résistance à leurs ordres. Ce sont ces mêmes chosëeurs aussi 4|Ui coupaient impitoyablement les boucles de la chevelure des dames, et cela ne se faisait pas toujours avec beaucoup de ménagement. Uo jour, Hofer, ému de^ larnnes d'un plaideur qni a? ait perdu soft rocès, cassa le jugement; mais ce fut ien autre chose quand accourut la partie adverse; de nouvelles larmes amenèrent une nouvelle décision : la sentence du juge fut confirmée. Il portait h sa bretelle une image de la Vierge en gui^r d'amu lotte, et priait souvent avec une véritable ferveur.
La seconde insurrection lui fut en quelque sorte imposée; il prit le com< mandement , reparut dans Inspruck et en lut bientôt repoussé. Pendant longtemps^ il se tint à Sierzing, refusant de croire à la paix, espérant toujours Tarrivée des Autrichiens, et taxant de mensongères toutes tes nouvelles qu'on lui apportait. Obligé de fuir, il s'était retiré dans les montagnes , en échelonnant des gardes pour le préfenir en cae de danf^. On a ao» cnsc ini pri^tre appelé Donay d'avoir indiqué sa retraite; mnis cette accusation, accueillie par plusieurs ouvrages, est injuste : personne en Tyrot ne Pad> met, et Ton sait qu'un de ses ennemis, qui habitait aussi le val de Passeyer, s'est seul rendu coupable de cette indignité. Hofer, arrête avec sa fennne et un jeune enfant , fut conduit à Mantoue par des soldats italiens. Rejoint par sa famille dnns la solitude, il avait renvoyé ses (jualre lilles à Saint-Mnrtin , dans la vallée. Il se conduisit avec une rare fern;)eté : Priez , disait-il à son secrétaire et à sa femme, prient iot0yz avec patience , c'est le moyen que Dieu vous remette ro'^ péchés. A Bolzano, on sépara Holer de sa femme et de son fils; son secrétaire seul Ait emmené Me lui et plongé dans un même et»
29* Wraiim, (Tybol»)
cliot. Le captif conservait toute sa résignation, et surtout sa dévotion à la Vierge. Il inspirait beaucoup d'intérêt aux habitants de Mantoue, et I*ob dit que la ville offrit cinq mille écus pour * racheter sa vie. Dans un mémoire de son secrétaire, ou lit oue le commandant lui promit sâ ^race s'il consentait à entrer au service de FriiiBe« et que Hofer s'y refusa. Le conseil dt guerre tint sa séance dans la prison même, et le secrétaire fut traîne clans un autre cachot. Le 20 février, au point du jour, des prêtres entrèrent dans eei réduits; ils passèrent de celui de Hofer àceiui de Dœnninger, apportant à celuici de l'argent et un billet par lequel le condamné annonçait qu'il allaitmourir.
A onse heures du matin , son malheureux ami entendit la détonation, et le jour suivant ia grâce parvint au commandant... tardi ve clémence , dont Tarrivée plus prompte edt sauré d'une tache sanglante un règne quf n*aurait pas dû punir riiéroïsme. Heureux celui au nom duquel s'accomplissait cet attentat,, si, quelques années plus tard, il eût trouvé beaucoup de Hofer pormi les citoyens dont il avait fait ses sujets^ s'il n'eiU éteint dans la plus vaillante nation de l'univers Jusqu'à la volonté de défendre une patrie qui n'appartenait plus qu'à lui seul. Hofer ne perdit pas un scnl instant sa fermeté : quelques heures ruant sa mort, il écrivit à M. de Puhler, à ^'e^ma^kt, une lettre aue l'on conserve encore au Ferdinan* ^m , à Inspruck ; elle est ebaoliMMit sans orthographe; le héros nam^ mande n cet nmi sa femme et ses enfants : Cest a neuf fleures, dît -il, qu'avec l'aide de tous les saints j 'irai vers DêeH*
Pendant longtemps, et surtout après les événements de 1814, les Anglais voyageurs visitaient ardemment l'auberge de Uoter, où vit encore sa veuve anoblie par l'Aotriohe. La maison a été décorée; il y a même à l'extérieur def bustes et des portraits de son héroïque maître. Une enseigne, bout d'un long bras de fer, porte ces uotns : Andri de H^fét et Awm ét Hofer. néê iMdumer. Set fiUes aonfc éleiiéoi k
y^knm^ et éeriveat : ji nuuhmê N€m>nette de Hofer, à PaBêeffer. On ne ae
fait point n t'idpp d'une correspondance en trançais , entre ces victimes du tles-
SotisnW français, et quoique, sans ODte, netre iabguene fûtemployée que snr radressCfC^estun déplorable confrespns. T.n vnive a dans vieillesse une grande dignité de caractère; elle se dérobe volontiers aux iinportunités des curieux, ^oiqu'elle dirige toujours son aobmo, dont an gendre est le propriétaire. Tous ces détails sont empruntés à Texcellent voyage en Tyrol de M. Auguste Lewaid.
En remontant le cours de FAdige, deux issues s*olfrent au voyageur qui ne craint pns d'nffronter les escarpements de jnoiit.igne : l'une conduit, à travers Tantique Vintschgau (Finisgowe), Ters le col de Bormio et dans' h Valteline; l'autre est le chemin du Vorarl!)er2;. Quand on se dirige vers l'Italie, il faut gravir la rocailleuse vallée de Steits , et s'avancer vers le Giogo . di Stilvto : <^est ainsi que Ton nomme . dans le pays ce passage, plus généralement connu sous le nom de col de Bormio. La route est l une des plus étonnantes que l'on connaisse ; partout Ton estl^aranti du danger et du vertige par des eiirocheroients de rocs Immenses. Stelfs est, nvee «;es jnrdins et ses maisons collées perpendiculairement les unes au-dessus des autres à ces masses géologiques , comme un bourg peint sur toile, comme une tapisserie suspendue à la roche. Les avalanches ravagent tous les ans ces tristes habitations; plus on s'avance et plus elles sont rares, et, peu à peu, s*évanooit la végétation; eimn il n y a plus que des pierres, qu*un gazon c;ris:ître et stérile, un torrent qui gronde en's'échappant des glaciers, et des ponts bien solides qui en assurent le pasrâge. C'est dans ces lieux qu*est le petit village du Trofoi, qui a bien son église, mais qui est obligé d'enterrer ses morts à Stelfs, le sol refusant de s'ouvrir pour eux. Il faut faire Tenir de cinq lieues toutes les provi« sions. La route se oourbe et se recourbe cent fois, toujours soutenue par des murailles, et toujours de nouveaux es-
carpements anpellent de nodnaus détours. Dans le fond sont des roches couvertes de neige; il faut les franchir aussi: mais tous les obstacles sont vamcus devant ce cbet-d œuvre de fart.
On voit à ses pieds, à une immense profondeur, la chapelle des Trois-Fon* ta i nés nn-dessousde l'Orteles : on aperçoit jusque dans les airs tes belles et vertes crevasses du placier, qui se d/sssinent si audacieuseS'Sur la blancheur des neiges. Les canton nièresou maisons de refuge s'échelonnent jii«;qrr:i Poutre versant du col : on y doiivf les employés de la route et un asile avec quelques rafr&tchîssements. Des glacis ou remparts sont placés de distance en distance pour rompre les av.ilrinelies et leur donner une direction. La pointe de rOrteles est si blanche, si leiaisante, si gracieuse dans sa majesté, qu'on la croirait poliedematnd*homme.
Cependnnt les galeries rouvertes se succèdent; elles ont des meurtrières, comme dans les vieu.\ châteaux ; mais ici le principal but est de donner du jour à ces souterrains artificiels. Là, sont des toits robustes, des contreforts, des poutres assrinl)le('s par des barres de 1er, préc^utiuu:> uecessaires à la sécurité publique. Il y avait autre» fois une poste dans ces heux : en une nuit d'hiver le maître de la maison reposait sur son lit, au premieretage; deux valets veillaient au rez-de-chaussée. A son arrivée, le postillon de Bormio trouva ôette habititftion couverte de décombres et de neige, et sur le maître s'était écroule, avee^les débris de la mr3Îson, un énorme rucher. Les valets avaient été préservés par les poutres de l-étage supérieur; ear en s'anattant , elles les avaient couverts comme le ferait un toit en tuiles inclinées. On a transféré, depuis, cet établissement sur le plateau; la limite du i yrol et dè la Lombardfe est marquée par une. colonne en cône tronqué. I/é'-rlise solitaire de Santa-ÎSÎaria et le vjl!;i2e de Spondaionga sont toujours au milieu des neiges : enfin reparaît la région des ro* chers; ce sont les mimes gouffres , les mêmes ouvrntres que de l'autre côté.
Spondalonga est entouré de belles
TTROL.
cascades, et. de distance en distance, on aperçoit aans le roc des ouvertures comme des bouches de canon : ce sont les galeries qu'il faudra traverser, véritables tunnel, toujours plus belles, toujours plus étonnantes. La source ide rAdda est à la troisième; elle est d*un aspect fort pittoresque, et la verdure qui commence a renaître , l'aspect de la Valteline qui se développe de jtlus en plus aux regards du voyageur, Vindemnîsent richement des ratmies qu'il a si longtemps éprouvées. On arrive aux sources oes bains dcfiormio, séjour peu agréable, misérables buttes, niais beaucoup plus fréquenté depuis Tachèvement de la route.
' Il est uae autre route non moins remarquable, celle qui conduit du baut Vinschgau à TRogadine. Cette partie du Tyrol était, au temps de Drusus, habitée par les Venonètes ou Yenostes , et les modernes ont fait de ce nom Vintzgau , puis Vinsrbgaii . Drusus y fit passer une route qu'il fortilia de tours et de remparts : souvent on découvre dies médailles et des vestiges d'antiquité. Les noms mêmes ont quelque chose d'étrange, et il est aisé d'apercevoir que de ceux de IMals, Glurns, Naturns, INanders, il s'est échappé quelque voyelle : au moyen âge Ghims est appelé Gelumum ou Giorium. Le haut Vinschgau est boisé, autant que la route de Bormio est aride; l'Âdige, simple ruisseau , naît dans les alpestres lirairies de Reschen, et bientôt forme trois petits lacs sur une étroite plaine de bruyères comprise entre les montagnes. On appelle cette petite vatlée Malserhaide. Les lacs se suivent de très- près sur la gauche du chemin, et sont régulièrement disposés entre Glurns et Wanders. Ici s'élève l'Orteies avec toute la série des placiers. C'est chose impossible à décrire que le son des cloches ' du soir, quand un ciel chargé de nuages dérobe h la vue les sommités des glaciers, quand le tintement des sonnettes agitées par la course des chèvres annonce que le troupeau dispersé se réunit et se rapproche pour échapper à l'orage. Ici les habitations sont assez pressées les unes contre les
autres, les terres sont cultivées et les bois épais ; te contraste avec les autres
parties du Vinschgau est complet.
Glurns est entouré de murailles; sur la montagne qui domine le bourg est le vieux château de Kotund,puis le village de Laatsch, enfin Mais, ou Too gardé encore les pièces d'un procès intenté, en 1519, contre, les souris.
Nous avons déjà cité les faits relatifs aux vuares excommuniés à Lausanne.
Celui-ci est à peu près semblable. Vn particulier de Stelfs était le deoMindeur; il conclut, pour commencer , à ce que le juge nomniât un défenseur aux souris, ce qui fut fait avec la plus ffrande solennité. Un bourgeois de Glurns fut chargé de ce soin , et il en fut rédigé nrte formel devant témoins. La commune de Stelfe, au nom de laquelle s'intentait l'action, fut également pourvue d'un avocat, et l'on fixa pour l'audience le jour de Saint- Simon Saint-Jude. Les souris furent hautement accusées de dégâts notables aux récoltes; il y eut enquête, plaidoirie, défense; enfin les souris furent condamnées à délaisser dans là quinzaine les chninps des plaignants. On eut soin toutefois d'épargne;^ les souris enceintes ; on ménagea aussi TenÊince.
- Mais est assez bien bâti. On fait volontiers des excursions, dont cette ville est le point de départ, soit vers les Grisons, soit vers les jolies vallées de Planai! et de Matsch, terminées par un beau glacier, le Langtaufer. Il n'y a
3ue peu de distance de Matsch à Suleri, où sont de gigantesques masses de glaces semblables à des cristaux.
Ces glaciers gagnent souvent du te^ rain dans les vallées étroites d*alen»
tour, sur le flanc de l'Orteies , au nordest; et il y a peu d'années qu'un déplacement subit, une commotion violente jeta la terreiir dans Htm des pauvres montagnards. Après le village de Haid la végétation s'affaiblit. Graun est situé au bord du troisième lac ; on y jouit de la vue de la vallée de Lângtaufer, galerie étroite entre de. rocailleuses et arides montagnes. Plus loin que Reschen, quand on a passé les sources de l'A-*
ilgfe, tant itviMl MUftff») tes fHct ae
tuioèdent, se dépassent et se croisent dans les formes If s pltis hnirtcps et les plus bizarres; eiilin l on a^icrçoit ISanders et son château, sié^e du tribunal du pays. On «si 1 phit de trois mille pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer. T es légumes ne sont pas encore à leur maturité au mois de juin, ^'anders e^ît iurt joliment bâti, comme presque tous les iMMirgs de la vallée sopéncore de rinn. Quand on a dépressé relni-eî, !n route commenre à descendre ; elle est serrée entre des rochers toujours plus hauts, toujours pluf âpres; tel est le défilé de Finster* muM , que Ton vient de fortiOer encore par des ouvrages d'art construits avec une inroncevabie audace. Souvent les ingénieurs s'aventurent sur des pointes de lochets d*où il leur est fort dilllcile de redesosndre, ^ Ton en cite un pour \Bqu(^\ s'est en quelque sorte reproauite l'aventure de Maximilien à la Martinswande. i^t otûcier était arrivé si iMut, qu'on ae l'entendait pas erier; Jbeureusement il fut aperçu par ^uéi*
2ues voitiiriers qni nllèrentle secourir. ;*est un coup îi'œii bien pittoresque que celui dont on jouit au détour d'un MMher, quand lesiiabitations hisarres de Finstermunz se présentent aux regards : on voit deux maisons serrées contre Vlnn, et sur un rocher la demeure du préposé à la surveillance de la route. Sur la rivière est un pont couvert d'où s'élève une haute tour, défense de cette limite sauvage, entre le Tyrol et 1 tn^adine. Les sentiers sont tous interdits : la prohibition est écrite Sûr le territoire autrichien ; elle a pour but d'empêcher la contrebande, qui ne s'en fait pas moins avec beaucoup d'nudace. Lorsque Ton continue à suivre les bords ae Tlnn, on arrive à Martinsbraek , charmant village suisse dans une délicieuse situation. L'architesture n'est plus celle du Tvrol ; déjà les petites fenêtres se succèdent de manière à occuper toute la façade; déjà les toits aplatis se ehargent de tuiles; il y a plus d'aisance, plus de politesse, plus de gaieté. A une lieue et demie plus loin règne la langue romande.
' Au contraire, si l'on descend verfi
Landeck , TEngadine devient de plus en plus gracieuse: les roches se retirent peu à peu. En passant le pont de rinn, on se trouve sur le champ de bataille de Fiies, où lés Tyroliens défendirent vaillamment leur patrie en 1703. La route de Landeck à Fouest varie beaucx)up les sites; toujours étroite , toujours collée à la montagne, elle s'élève et s'abaisse tour à tour.
Imst était célèbre au dernier siècle par le commerce que ses habitants faisaient de serins des Canaries qu'ils elevaiciit avec un soin extraordinaire ; ils emportaient ensuite leurs élèves emplu* niés dans toute TEurope; mais cette industrie a cessé; les grnndes guerres qui se sont succède à la iiti du siècle ont mis fin à ces courses qui se faisaient par quelques-uns pour toits.
Lors(^u un voyageur revenait, tous les propriétaires étaient convoqués à V-w]berge, chacun recevait son compte, puis on allait à l'église; après le ser* vice divin, un repas terminait la liquidation.
La route se divise bientôt : l'un de ses embranchements s'attache on cours de rinn , et va rejoindre Inspruck ; l'autre ^ non moins pittoresque , gagne la Bavière par Nassereith et Kempten. ÎS'oii loin de Fiissen est le couvent de Stauis, que Ton aperçoit au fond d'une sombre vallée. On rapporte un singulier effet d'avalanche i la maison du chas* seur, à deux lieues au-dessus du couvent, servait d'habitation à une famille; il u'y était resté que déjeunes enfants. Leur frère, qui a quelque expérience déjà, croit apercevoir des pronostics de danger; il observe, il passe la nuit è veiller; tout à coup il court réveiller ses sœurs; à peine est -il entre dans la maison qu elle est écrasée. Il semblait que ces infortunée fussent perdus sans ressource; mais au couvent on remarque que le torrent s'est arrêté, phénomène qui annonce toujours une perturbation de la nature.
L'ahbé envoie à la petite maison, elle a disparu sous les neiges , on n'en retrouve plus la trace. Pendant deux jours on la cherche , et toiyo^r$ 4»
BOUTeltes a?alanche8 dispersaient les travailleurs : nul n*osait s'aventurer au secours de ces infortunés, eosevcH Iit4^à4apuis auatre jours. Gepesclttiit la piété de Taobé ne se rebute pas :
on n'a pu sauver les vivants, on enterrera du moins les morts ; enlin , le cinquième jour, on retrouve le toit; on le découvre avec précaution i et d'abord on est frappé de la vue de deux jeunes filles dont les cadavres sanglants annoncent qu'elles Ont péri au premier cboo. Dès lors plus d'espoirs on trataillf avae ardeur ; la hache sépare les poutres, lorsqu'au milieu du bruit les accents plaintifs d'une voix éteinte révèlent l'existence du faoM hteme. Il craignait qu'on oa ratteignît ; on travaille avec d'autant
fdus de soin ; enfin on le retire de ce ieu d'horreur. Le mallieureux ne savait ce qu'était devenue sa sœur aînée ; BéaniQOUMi on la trouva dans sa cham* bre an im indicible état de faiblesse.
Un paysan eut l'audace de se glisser aous leis déi^ombres pour en retirer un autre enfant ; le saisit par les pieds , mais ne put plus raeqlert il fellut an« Qore travailler pour les dégager tout deux. Le jeune homme raconta qu'au moment de la chute, il avait voulu grimper lor le fourneau ; mais que sa jambasa trouva prise, an sorte qu*il demeura quatre-vingt-quatre heures suspendu dms cette position. Ses membres ^elés furent atteints de gangrène, at il mourut peu de jours après sa délivrance. Les doux niles se rétablirent. Avant de mourir, l'infortuné raconta que le temps lui avait paru si court qu'il pensait avoir été délivré la «ail même où 8*étaU pasaé l'événeniant ; Il se nourrissait en suçant de la neige à travers une crevasse. Quand on parvint jusqu'à lui, il crut voir le ciel entr'ouvertf et l'assemblée des aaînta. LajeunefiUedisaitavoiréprouvé une sorte d'engourdissement qui na laissait point d'accès au désespoir :
seulement elle espérait que l'on rendrait les derniers devoirs à son corps.
Le couvent de Stams est fort beau ; l'église a quelques bons tableaux et lenferme la tombe du fondateur Mein*