‹ Histoire et description de la Suisse et du TyrolChapitre 4 sur 32 · SU · texte numérisé non relu

SU

t6t on nvHît quittés bien portants.

Les fossoyeurs ne suftisaieiil plus au travail ; les porteurs et les chariots manquaient au nombre des morts :

on se bâtait de les jeter dans une fos.'^p roininune. La peste ravageait avec pliis de fureur parmi les pères du eonctle; elle les suivait quand ils fu^ aieutt et Ton regardait comme des beros ceux qui restaient à leur poste.

De ce nombre fut le cardinal d'Arles, qui dit cette iiob'e parole : « J'aime mieux, au perii de ma vie, sauver le concile, que de sauver ma vieau péril du concile. » Il vit donc avec douleur, mais sans en être ébranlé, périr et le jeune Pontanus et le vénérable duc de Tek, patriarche d'Aquilée. Quatrecents personnes se rendirent, avec croix et bannières, dans la foret Noire; d'autres allèrent, au nombre de cinq cents, inipiorer iNotre-Dame des i^rmites , et le concîte, pour la fléchir, ordonna de célébrer l'immaculée conception.

Les alliés et les villes im[K rinles ne négligeaient rien pour assurer la paix ; il y avait réunion sur réunion , conférence sur conférence.* Un jour qu'on était assemblé à Zug, les envoyés de Zurich déclarèrent qu'ils s'en rapporteraient au futur roi des Komains, ou que s ils acceptaient la juridiction des confédéré, ce ne serait pas sans l*ad* jonction de quelques autres villes. Les confédérés en fnret)t justement blessés; lis coiiiiniiniquLrtiit ( ( tle prétention à Schwyu et a Glarus, qui ne voulurent accepter aucune modification aux bases (le la confédération, fis dirent qu'il fallait la conserver telle que la leur avaient transmise leurs pères, et qu'ils s'en remettaient à Dieu du succès (le leur cause. Les confédérés néanmoins réussirent à établir une espèce de .statu quo qui dura toute la saison; et si U'S querelles se réchaulïèrent, c'est que Zùricli , en laissant arriver des provisions à Rapçerschwyl, faisait j'irer qu'il n'en serait rien vendu aux habitants de Schwytz et Glarus. On alla jusqu'à gêner la récolte des vignes du iandamman de Glarus, jusqu'à em-

Sher de porter du poisson à l'abbaye imiedelii» jua^*a refuser k salaire

à cîc' pnnvres veuves qui rivaient moissonne pour les Zuricnois, et dont les enfants mouraient de faim. La mesure était comble : Schwytz et Glarus jurèrent de se venger , et dix honnnes de chaque canton se réunireuf h Lnchen, dans la Mardie, pour arrêter le plan de eam|)agne. Un résolut de faire une brusque attaque sur Sargans, pour empêcher Zurich de recevoir des secours de Hhétîe, rt pour n[ipi)ver lé comte Henri; d'aiiieurs ceLltî expédition in ittendue exigeait peu deuiondc»

et donnait le temps de préparer de plus grandes forces. Huit cents hommes furent envoyés à Wrsen; b bannière du pays fut portée sur TP^izel; les habitants du Tockenbourg, les Barons, ett;., parurent sur les frontières de Zurich, et Glarus, allié des Rliétiens, obtint leur neutralité, quoi-

3u'il8 fussent aussi les alliés du pays e Sargans qu*on allait envahir.

Le 25 octobre, tout se mit en mouvement; le comte de Sargans, Henri de Tettnnnf;, Wolfhard de Brandis et Henri de Sax déclarèrent la guerre au peuple de Sargans, et maigre la nei^^e, ui tombait abondamment, une partie es huit cent«i hommes postés à Wesen traversa le lac, tandis que l'autre en côtoyait la rive. I^. Roueliybenberg, ou s'arrêtèrent ces derniers, était occupé par trois nn'Ile hommes.

La position du petit corps d'armée devenait très-critique; car on ne pouvait faire un pas en avant ou en arrière sans risquer d*étre pris à ta fois en' tete et en queue. I/intrépidîté des so.dats fit disparaître le dani^er : ils montèrent comme à l'assaut. Les guerriers de Sargans, se voyant abandonnés par leur chef, oublièrent qu'ils étaient dix fois filtis nombreux; ils s'enfuirent, à en perdre haleine, jusque dans les murs de ^Yahlenstadt, où ils furent vivement poursuivis. On leur fit dire que les murs ne protéf^êraient personne, et que tout serait mis a feu et à sang : aussitôt Walhenstàdt lit implorer la cicnience des vainqueurs.

Le comte Henri , qui arrivait de Yadiiz avec sept cents bonames, oyéij^

bientôt sa jonctiun avec Scliwytz et Glurus; on alla occuper Sareaos, d*oà Ton appela tout le pays à Tobéissance.

De fo;tffs parts on se soumettait : le coriiie Henri rentra en possession de tous ses biens vendus ; on annula les serments de combourgeoisîe prêtés à Zurich et les traités conclus avec Coire et la Rhétie, et Ton défendit d'en conclure jamais aucun sans Tautorisation du souverain. Ainsi le pays . 4e Sargans fut soumis en moins de trois jours, et sans effusion de sang.

Weibe! , l'nnteurdeces desordres, comparut à Walilenstadt, uon plus dans rattitude superbe d*an ennemi : il se jeta aux genoux de son maître, et en obtint sa çrâce. Dès le l"" novembre, Keding et Fschudi repartirent avec leur troupe saiiS a> on perdu uii ^cul homme; ils emmenèrent une pièce prêtée aux insurgés par Zurich, et le jour même ils nrrivèrrrit h I.nrhen, où étaient rass^ioblrs les députes des confédérés et de beaucoup de villes et de seigneuries. Us entrèrent bannière déployée à la tête de jeunes guerriers dispos et bien cqui()é> . î Is y eurent connaissance d'une alarme a iatjuetle avait été en proie le couvent d'Ëmsiedetn. Le bruit s'était lépandtt que Zurich faisait une invasion ; tout aussit ôt Ir toi sin avait armé tout le pays ; ia bannière avait marché sur rEtzel. Bientôt cependant Ton 8*aperçut qu'au lieu d'ennemis, il n'arrivait quune caravane de pèlerins étrangers. Dans les cantons, nu contraire, tout était prêt : les rontiiigeiils de Weg^is et de Gersau occupaient fEtzel; il arrivait des guerriers d*Unterwalden et de la Sane.... Néanmoins les confédérés demandaient ia tenue d*une assemblée.

Weggis et Gersau , dont nous venons ne parler, attireront quelques instants notre attention. "^Yeggîs avait d'abord appartenu au couvent de Pfeffers; les seigneurs de Ramstein, puis ceux de Hertenstein le tenaient en fief de cette abbaye ; Lucerne acquit les droits de ces derniers; enfin, en 1378, Wegiîis conclut un traité d'alliance avec les W aldstetten. En temps de guerre ses soldats marchaient tou*

jours sous la bannière de Schwytz.

Gersau, qui dispute à Saint-Marin l'honneur d'être la plus petite république du n^oïide. après .tvoir appartenu à la maison de Habsbourg et à celle de Moos , s'allia aux tValdstetteu vingt ans avaift We^^gis , et prit une part glorieuse à la bataille de Sem-

fjach. L'un et l'autre sont situés sur e flanc occidental du Kigi , au bord de ce lac des quatre cantons, si pittoresque, si varié par la multitude de ses gones, par ses forets, ses abruptes rochers. Près de AVeirgis, ses rives sont gracieuses : elles n'ont pas ce sauvage aspect qui rend le lac sî redoutable vers sa pointe méridionale.

Un cliemin e.scarpe conduit de Weg-

§is au sommet du Higi. Des n chers , isposés de la manière la plus bizarre , forment tantôt de vastes enceintes « tantôt d'incommensurables parois chargées d'inncressibles terrasses, tnntot enlin d'etroils passages sous lesquels le voyageur passe comme sous ua majestueux portail. En 1795, au mois de juillet, un torrent de f mge descendit du Hi^i, et emporta plusieurs maisons; des bruits souterrains s étaient fait entendre , d s crevasses s'étaient entr'ouvertes : le courant avait ulu^ sieurs toises de hauteur, et, penuant

3uinze jours, il charria sur une largeur un quart de lieue ses flots bourbeux jusqu'au lac. Dans ces lieux la nature est terrible, non moins .]uc majestueuse. De l'autre côté du Uigi , le voyageur frénn't encore à la vue des énormes rochers qui ont plus récemment englouti GoMau. Une Ionise déchirure laisse à nu le roc vif sur toute la hauteur de Uossberg; au pied de cette montagne un clocher s'élève au-dessus des débris : les maisons sont demeurées couvertes sans qu'on ait pu en retirer les habitants, t'ne jeune fdie a survécu, sauvéd' miraculeusement, après

Plusieurs jours de détresse. Retirée es décombres, elle a raconté com* ment le son des dodies parvenait à son oreille, comment elle se nourrissait de quelques fromages , attendant avec effroi la mort, pour l'instant où. elle aurait consommé le dernier. 0»'

SUISSE

se souvient encore qa une noce célébrée au bord du lac de Zug, périt pn>8que entière : dans ce terrible moment, elle quittait Arlh pour revenir a Goidau; le iiaocé et le beiiUpère survécurent seuls au désastre, parce qu'ils s'étaient arrêtés quelque»

instants de plus^à.Fauberge pour payer la dépense» Du haut de Kif^i , ces affreux monuments de destruction, qui couvrent le sot depuis le lac de Zug à celui de Lowcrtz, sont encore un sujet d'effroi et de douleur; et quand la vue s'é:inre nu îoiu sur dix-sept lacs, quand elle m repose sur la majestueuse cbatne de glaciers que le soleil dore à son lever, ces scènes grandioses , ces solennités de la nature ont une mélancolie à laquelle se marie Tamertume de ce funeste souvenir. Mais Ton se trouve plus à Taise quand on intcrro.c;? ThistOire, quand on demande des faits à cet héroïqtie canton de Schwytz ou que l'on s ap-

5 roche du vieux monastère d^Einsfeefo^ oâ le christianisme entier seinble représenté par ses pèlerins, où toutes les nations, toutes les langues se confundent. ^on loin du Mytlien à la dme recourbée du Hacken , à la pointe crodiue, et dans le fond des forets, un magnifique édifice remplace la vieille demeure des premiers religieux. T.n cour circulaire renferme la fontauie i laquelle la tradition veut que Jésus se soit désaltéré, et les pèlerins boii vent à ses quatorze tuyaux; de même qu'ils entrent leurs doigts dans les \ icom d'une plaque sur laquelle il im- I prima les siens lors de la dédicace. La cour est entourée de bouti^iues où Ton vend des chapelets et des images de la ' Vierge.

l L^tzel « où se postait ordinairement

f k contingent de Schwytz, est situé , de h manière la plus favorable pour observer le pays : on y découvre tout k lac deZùric'b avec ses riches coteaux, les belles habitations, et Pœil pénètre feloo^ de TAibis dans la vallée de ia Lîmmnth jn5.qti'à Baden. Kn face est la chaîne de montasines nui sépare ^ canton de Zurich du TocKenbour^, * fcst les pics glacés de rAppeozell,

au sud.-est le Schcnnis et le Kothenberg, la Lintb et Textrémité du lac

de \Valilenstntt , enlln le Waeggitlial et la vallée de la Sil. Aucun genre de spectacle ne manque à Padmiratton : ni la profondeur des furète , ni les formes acérées du roc, ni le miroir limpide des ondes, ni les neiges éternelles des glaciers.

Les ambassadeurs des confédérés réunirent la communauté de Schwytz près du calvaire de Lachen. Il y en avait trois du concile et du vieUx'^duc de Savoie qu'une partie de la chrétienté vénérait conwne pape sous le nom de Félix V; il y avait aussi beaucoup de dé|jut('s des villes et des seigneuries; mais la patience deScliw\tz t t de (j larus était enliii lassée : œ6 cantons exigèrent trente mi.le florins d'indemnité, et stipulèrent tes plus dures conditions. Adam Riif , ammeister de Strasbourg, recoui.ut franchement qu'il ne fallait plus rien espérer. Les déclarations de guerre partirent immédiatement, et mille hommes d'Uri et d'Untérwalden étant vonus s'et ilîirr au pied de l'Iîlze!, coni ne | o'ir forcer Scliwvtz a accepter une médiation, n'empêchèrent pas qu'on ne marchât sur la frontière. On brdla le pont de Schindellegi de peur de surprime, et l'on campa sur l."s ten'CN (le /lirich, ( ù Ton soiijKi du produit du piiiaije. L'armée n"elait quo de deux à trois mille hommes. Au coucher du soleil, Stussi conduisit six à sept mille hommes à l i rencontre da Tennemi. Les avant-postes s appi oclièrent de très-pres, et s'appelèrent nu combat; mais Reding ne jugea pas oonvcDaible de rengager à Tentr. e de la nuit , et) pays ennemi, et contre des forces doubles des siennes. Le bourgmestre Ut occuper une hauteur près de Wollrau, derrière Schindellegi ; il y plaça cinq cents hommes du pays, tous connaissant bien les sentiers; Uri et Lnterwaldeu allèrent se poster près du pont de la Sil, pour dénliérer sur le parti qu*ll fallait prendre. Zurich avait beaucoup de partisans parmi eux à raison des oroits de Tabbesse : les suiirages se déclaraient en majorité

pour cette ville. Tout à coup ^Yerner

L'LlNiVEKS.

de Frauen , banneret d'Uri , interrompt

rassemblée : Dieu nous garde y s'écria^-t-il, de voir le banneret d'Uri porter la bannière contre ceux qtd mît tOMjours accepté les décisions de la confédération , pour ceux qui les ont toujours j'ejeiées! Toute la troupe 5'ecria : Le banneret a raison. Aussitôt un messager partit pour annoncer à Scbwytz l'accession â*Urt et d*l>nterwaldên, et un autre courut 5 Pfeffikon déclarer lu guerre au bourgmestre. Celui-ci en fut épouvante : d'abord il ne croyait pas que ces cantons prissent jamais une part active à la guerre; en second lieu, li prévoyait rinlluence de cet exemple et de ces paroles sur toute la fédération. Dans la nuit même il leur adressa de touchantes remon* tranceSfdout Teffet fut tel que le matin avant de iTiarcher, Un etlinterwalden supplièrent d'en venir à des arrangements , et de ne point combattre (tes alliés. Schwytz répondit qu'il y avait nécessité, et dès lors on se mit en mouvement. Mais la surprise fut grande : le Jour commençait à peine à poindre, 0|i vint annoncer qu il n*y avait plus d*année de Zurich ; on fit explorer le pays avec précaution, et les éclaireurs rei^onnurent que sur le lac il y avait cinquante-deux bateaux se dinceant vers la rive opposée. Ce pouvait être une ruse : peut-être Pennemi voulait-il choisir pour le combat un lieu plus favorable. Tschudi et ileding firent avancer leur arm^e avec lenteur et en bon ordre. Cependant les paysans accouraient en pleurant pour sup()Iier

âu'on épargnât leurs demeures; ils irent que vers minuit il s'était fait un grand bruit dans le camp , que le bourgmestre avait été accablé de reproches , et que toutes les troupes s'étaient dispersées ou embarquées à PfetïiUon sans aucun ordre; qu'aussitôt les habitants s^étaient enfuis dans le fort. Redin^ le fit soumier par son fils : le pont était chargé de paysans, de femmes, d'eulants; chacun cherchait à sauver ce qu'il avait de ulus

{irécieux. L*8bbé d'Kinsiedeln implora a clémence du vainqueur pour cette foule suppliante : il était leur seigneur;

mais, dans cette circonstance, ils avaient obéi à un traité de conibour-

feoisie avec Zurich. Ils y renoncèrent Jamais, et Schwytz ut occuper le château, puis la langue de terre qui s'avance dans le lac vis-à-vis de Rapperschwyl; ensuite l'on marcha sur le bourg de Ilichterschwyl , dont les riches coteaux ^élèvent>de degré en dogré au-dessus des belles ondes du lac jusqu'aux forêtsde l'Ftze!. Les hommes de Wollrau , que le bourgmestre avait mis en embuscade , vinreut faire leur soumission. H y eut beaucoup de pillage; Pfeflikon ne fut pas épargné par "Llri et l'uterwalden , et le poste de l'isthnie de liurde, vis-à-vis de RapperscJiwyl, poursuivit sûr le lac les bateaux qui conduisaient à ZûHcii les provisions ou les effets qu'on voulait sauver; car, dans ce temps-là, il n'y avait point d administration qui pourvût aux besoins des soldats : chacun emportait de quoi se nourrir un certain temps , s'en remettant à son bras et au hasard du soin de pourvoir à l'avenir.

Les Zurichois, après leur ftiîte,

avaient abordé à Urikon, et, après s'être mutuellement reproché cet acte de faiblesse, ils avaient re{)ris leurs bateaux pour retourner à Zurich, au grand étonnement des guerriers ennemis, qui, du rivage, voyaient leurs mouvements et s'écriaieiit : Dieu leur a ôlé tout courage! Lucerne envoya douze cents hommes à Schwytz, et Zug, qui avait aussi- déclaré la guerre, fît occuper les contrées qui s'étendent de l'Alhis à la Reuss; il y vint encore un petit corps de Scliwytz et de Gla« ru8. Les rives du lac étaient gardées, et, d*un autre côté, deux mille Bernois marchèrent à Adiischwyl, tout

f)rès de Zurich , où il y a un pont sur a Sil; Soleure suivit. La noblesse de TArgovie les imitât passa l*Aar, et se posta à Meilit.gen. De tontes parts Ziirich était menacée; ses campagnes étaient ravagées, et chacun envoyait dans sa patrie les dépouilles des églises. Les horreurs de la guerre n'épargnaient rien dans ce malheureux pays : Tennemi iocepdidit lior^ nafdiaitfiur

SUJSSE.

G runinjïf n , et de son côté Baron en?aliissait le territoire. Le désordre était à j^on comble; en ville il y avait encoinbremeut de fuyards ; on pillait les provisions; on exigeait pour prix du transport la moitié des ol>j ts; enfin, on d^pei^^nait sous les rouleurs les plus lunnidaliles les soldats de Siinvytz, auxquels on attribuait une fatile de :é:int et une inaltérable soif de san;;. It.iites !ps ex|)éditions de Zùr'cli furent iijiîUftiieuses; ses a lies n etnient pas plus lieureux. Pendant qu Llric de lommia gardait la frontière à El^'g avec huit cents honaraes, Bérenuer de Landeiiberg, surnommé le Mauvais, <|ui avait été bourgeois de Zuridi, se itguu avec les sei^^neurs de iiarun, et prit ie château de Lommis, qui fut pilié, brûlé et rasé. De là il m.ircha sur I Elgg, dont la garnison avait été retirée par Zuridi : le fort et la petite viiie de ce nom capitulèrent. Ses soldats se répandtrent ensuite dans toute la contrée, menaçant la ville de plusieurs points a la 'fois, et ronnnettant des excès de tout genre. L( s |)ius tidèles se soumettaient en rachetant à prix d*argent la destruction de leurs cbâteaux : ainsi Gaudenz de Hofstetten, ainsi Henri de Hettlingen, tous deux citoyens de Ztirid). Landenberg et Raroa atta9uèreiit Grunin^en, tandis qtie Ruti et Bubikoii, qui avaient été çar- (^é-i par dès troupes Ziirich, ét;nent désormais abandonnes et avertis de se défendre « sous peine de se voir enlever Dius tard par Ziirich ce que Tenneinl leur aurait laissé, et, en effet, on en as^it ainsi envers Kybourg. Mais Gruningen n en tint compte, et regardant cet abandon comme une renonciation, elle eovo} a , au delà du lac, prévenir le commandant, qui tenait pour Schwytz et Giirus la presqu'île de llurden.

Aussitôt, le (ils de iieding vint à la tête. de onze cents hommes, et reçut tes serments de tous : seulement il raU Jut dominer le château. Le bourgnicstre ivait échoué (hns une expédition sur ce point : il s eu était honteuseinent letourné avec ses cinq cents hommes, laissaot à Tennemi le champ libre et la teilté dfl btùim le b^u cbfltean do

Liebensberg : Grunin^en se rendit.

Les villes impérinles intervinrent; il y eut de nouvelles conférences non loin de Zurich, qui se repentait de son obstination, et proposait de prendre pour arbitre le T ruclisesde Walhourg, gouNernenr de fKmpireen Souabe; elle acceptait aussi le jugement des confédérés. Sdiwvtz et Glarus exigèrent ({u'on leur laissât leurs conquêtes pour indemnité. On conclut d'abord une trêve, et rheurcuse aiuionee en par« vint à Zurich en même temjis que la nouvelle affligeante de la reddition de Groningen.' Les négociateurs eurent beaucoup de peine à modérer les prétentions de Schwytz et Glarus, qui objectaient le sernicnt prêté aux habitants de quelques pa}s, à Grunittgen, par exemple, de ne point souffrir que ïamnis ils rentrassent sous I?» d(Mnination de Zùri h. Les confédérés, con- ▼atncus que rien n'est plus funeste à une fédération que la conquête au profit des uns et au préjudice des autres, jKirvinrcnt enfin à faire arcppter les conditions suivantes : Schwvtz et Giarus garderaient ce que Zùricli avait audessus (lu lac de VVahleostadt, (fest* à-dire, Sa rçans; Schw vtz conserverait aussi Pfefïiliion, liurden, Wolirau. La liberté du commerce fut expressément stipulée. 00 reste, teroise serait faite de tous les pays conquis aux Bernois , qui les restituêraienb a Zurich, intermédiaire jugé nécessaire jK)ur relever Sclmvtz du seraient de ne pas les abandonner. Il fut stipulé aussi que Zuridi ne se permettrait aucune réac* tion. A ce sujet, on ent^nL^er'it Raron à rendre ses conquêtes, snion Z'irich potirrait le citer au tribunal des cx)nfédérés. Ces conditions et d'autres moins importantes furent lues en plein air à rarniée de Schwytz et Glarus, à Kiichi)erg, où était la bannière, et le soir même les députés allèrent en donner connaissance à la bourgeoisie do Ziirich. On Qxa jour pour les rédiger à Lucerne, et, des le lendemain matin, les troupes se retirej'ent. Ainsi tinit la première guerre des confédérés contre Zurich; mais ht paii no fUt pas df iouguc durée.

L'UiMVERS.

Avant de rapporter comment Zurich s'unit à I.T maison d'Autriche, nous ferons mention de quelques faits contemporains, et cTaburd a*une nouvelle expédition contre Bellinzona. Philippe Vivroriti réi^nait toujours; mais aux gr.uui.s capitaines (jui lui avaient concj^uis des provinces, il prêterait des jeunes gens sins evpérienoe. Carmagnuola et Sforcc l'avaient surressivement abandonné. Dans te temps où la bannière d'Uri revenait, poyr la première fois, de l'Etze), on refusait de' rendre justice à quelques habitants d'Ursn n pt l'on méconnaissait les traités a leur égard. U ri et l'abbé de Dissentis participèrent à la vengeance : avec une incroyable rapidité ils prirent le val Levantine et Bellnizona. Cen était fait du duc et de sa puiss Mice, si IL ri et la Khetie se fuss:*iit Jiiiui ^ ;ivec Venise. -Ses armes n'étaient pas iieurcuscs en ce moment, et le seul général qui lui restât, Piccinino, venait d^éprou ver de nombreux erlu^os Visronti eut donc recours à la médiation. On vit arriver, au nom des villes, Stussi, le bourgmestre de Ziirich; au nom des campagnes, Ustéri d'L'nterwnldeii ; puis le noble Gaspard de Curten accourut de Brig^ pour représenter le Valais. On convmt d'une trêve de six mois, (|ui expira lois de la secondé expédition contre Ziirtch, à laquelle on ne voit pas de coiuinî^ent d'I rsern, parce qu'il gardait sans tfouti" la irontiere d'Italie. I>ans le traité qui fut conclu ensuite à Luccrne, on stipula une indemnité en argent et une franchise de pénire, et pour garantie on abandonna pour quinze ans tout le val Lévantine, à la "^(11 le condition de le bien administrtr. Tous les confédérés,}' compris Soletirc et l'abbaye de Dissentis, purent eommercer librement jusqu aux portes de Hilan. Le passage du Saint>Gothard avait alors d'autant plus d'importance,

Jfue dnF)s Imites les disettrs Ziirieh ermait son marché àT'ri. Si li\\ytz et Unterwalden,ainM qu aGlarus. li était d*un grand avantage pour la fédération Je posséder la belle vallée! du Tésin, dont les roches profondes reçoivent dans cette rivière écumeuse les casca*

des de ton<; )f9 sommets voisins. Les aflluents de la Rlietie viennent ensuite grossir ces eaux, qui, d'un cours plus paisible, s'écoulent à travers de belles prairies , quittent Bellinzona , baignent !,-! base du mon e Cenere, et courent se perdre dans le lac Majeur, auprès de Locarno. INulle part la nature n'apporte plus de variété dans ses tableaux. Le viil Treinola, au liant du Saint-Gothard , présente dans son aridité d'étonnants effets de uuages : reposant sur les lianes de la montagne et dans les cnvités du chemin, ils s'élèvent tout ù coup en troinhr serrée vers le lirmanient ; on les croirait lancés [)ar une force inconnue, tant il y a, dansée mouvement d'ascension, de rapidité et de soudaineté. Ça et là on voit , sur le gazon d*tiii î;ris cendré et p:irmî les rochers, des chcv;ui\ erraiii> ([tii , sur les limites de la végetat'On, disc utent au désert ses derniers pâturages. Plus bas on retrouve la région des forets; puis Airolo et \p Stretto di Sa Ivédro, porte de roclu r d'où le Tésin s écouie avec furie; enOn , la bruyante et riche gerbe aquatique qui, du iKiut des monts les plus escarpés, s'eiance dans le fleiive, et qne l'on appelle (^alcaii^ia. (let'e colonne a ce ciiractère particulier, qu'elle rebondit en spirale comme Tonde lancée par les narines d'un dauphin , parre que ses latix sont d'abord arrêtées par un rocher qu ede Iranchit avec tracas.

Une poussière aquatique s'agite autour 'de la gerbe principale, et, recévaut les rayons du soleil , embellit cette cas»

cade humide de tout l'éclat des couleurs de l'arc-en-ciel. C'est comme une gaze flottante, ou comme l'ombre fugitive qui suit le mouvement des corps.

Plus loin, à Faido, il existe une autre cascade d'une î:r.:nde beauté : c'est aussi un torrent qui se précipite dans le Tésin; mais la Piumona se divise à ses divers étages en trois, quatre ou cinq nippes : elle les réunit , les sépare encore , les croise et les replie sur ellesmêmes en lorme de tresses. Si la douce clarté de la lune vient h Tédairer, on dirait une cascade de feu : tout est bruit . mouvement , écume. La végétation qui l'entoure est souibre €t

SUISSE

majestueuse : les nrljrcs se succèdent en galeries serrées, et leurs cimes s'élèvent à Fenvi les unes des autres d'étage en étage. Au sommet sont trois grandes roches décliarnées, au nJHeo - d'une verte pelouFC : rc sont romnie ' trois sièges {^ii:nnles(jues dotijies ii recevoir les génies de ces lieux sauvages. Kon loin de Giornico il est une cas- • cade qui n'a rien de commun avec fa Ci.'caî^gia , rien avec la Piurnona : celleci S tiitache aux flânes dp !n montagne; c'est un magnifique her|jent d'argent j qui s'agite et parart se débattre en longs ! anneaux sur toute la longueur de m côte, eonime pour dégager sa queite retenue au souimet par quelque obstac e invisible. A l'opposite, un torrent, se replie en zigzag, pareil à ces routes qui sillonnent de leurs ranipt s les descentes trop rapides. Enfin , parmi les nombreuses chutes d'eau qui décorent cette belle vallée, nous remarquons encore celle qui est voisine du pont de la Busrra; du liaut (l\in sommet dont l'œil atteint à peine Televation , tombe et retombe quatre lois une cascade brillante des feux du siJeil : on dirait qu'elle va s*élancer de toiitf' son impétuosité contre une chapelle adossée viw rocher; mais tout à coup elle s'arrête, se détourne, et, reprenant un nouvel élan « elle rejaillit trois fois encore. I Sa dernière chute partdesi haut, que la val ée ne reçoit de ce ruisseau qu'une ' poussière huinide chassée par le vent, f Le Tésin est souvent impétueux, jamais malfaisant; il ne se répand point I en marais infects; il Ini^se aux nabif tants le s )l nécessaire à l'agriculture et

(féconde leurs prairies. D'agréables demeures bordent le rivage et la route, . et se présentent éparses sous de magnifiques chAtaigmers. I.a vigne serpente le long des murailles, s'arrondit co berceaux, ou se recourbe en guir- ' landes sur le gazon. Ce pavs, aussi ri- ; che que pittoresque , était d*une grande ^ 'Uiportance pour la Suisse. Cette fuis '9 possession lui en fut assurée pour . Quinze ans, et se perpétua pour Ta- / ^enîT-

La marche des événements nous ^mène à décrire aussi la chute du Rhiu ;

car ce fut vers cette même époque que les el!;1te iu\ de Laufen et de "VVcerth lurent pris et repris. Ils appartenaient aux nobles de Fulach, race antique, qui précéda de longtemps rétablissement de Schaftliousen. Laufen est au sommet de In montagne qui domifte le Rhin. Aujourd'iiui Ton descend par ses jardins sur une estrade eu bois, que les battements éternels du fleuA c ébranlent sans cesse, et que la ra|)idité de ses ondes semblent faire rétrograder avec une étoimante célérité. Il serait difficile de donner une idée de cette diute niajestueuse, dont le mugissement retentit . ri Iriin dans tout le pays, dont Técume toujours renouvelée se brise et lutte sans relâche contre les piliers de roc qui Teniprisonnent et la forcent à se partager. Cette cataracte est la plus gratifie qu'il y ait en Kurope; la hauteur de la chute est de soixante à soixante-quinze pieds. Sur la rive droite est la tour de Wœrth, oij cette merveille se présente sous un autre aspect; on y a pratiqué une chambre obscure, et quelques voyageurs poussent roriginalîté jusqu'à préférer ce spectacle au spectacle majestueux que leur donne la nature.

Conrad de Fulach avait été bourç;mestre aSchafjhousen ; ses deux petitsfils possédaient les châteaux de Laufen et ne ^Vœrth, quand tout à coup il s'éleva sur la provenance du fief une contestation dont le fond ne nous est pas connu. Au nom des ducs d'Autriche la noblesse surprit le château, qui« dépourvu de provisions , ne put tenir.

Cependant il était in)jK>ssible de Je cerner; dun autre côté, le bruit de la cataracte est si fort , qu'aucun mouvement ne devait être entendu de Tennemi. La garnison en descendit honnne à homme au moyen d'une corde; un seirl y demeura, et, quand le jour fut venu, il entama des négociations, et obtint des conditions avantageuses. L'ennenii fut très-surpris de le voir sortir seul dri château; n\îus on respecta la parole donnée. Les nobles établirent un commandant pour l'Autriche. Cependant les Fulacli avaient lienneoup de pnr-tisans à Schaftliouseu; ils formèrent

une troupe de grifrrîer'5 déterminés, et, conn;iissnnt bien les abords île Laufeii,ils le surprirent la nuit et égorgèrent le gouverneur. Cet événement changea les dispositions de Schaffliousen, qui, d'abord favorable à rAutri/" chfi fit a I;i nol)le^^e, le devint lieaucoup yiu^ aux cunledérés.

L*avénjement de Frédéric 111 ao trône impérial devait influer brnucoup sur les alfaires des cantons. C\ tait le petit-nis de Léopold,tué a Seinpach; il n'avait pas encore vingt <cinq ans quand il fut élu. Son caractère était calme, ferme, prévoyant et surtout patient. Comme s'il ei)t prévu que sa destinée serait de survivre à tous ses ennemis, il attendait tout du temps.

Son principe était de laisser les partis en proie à leurs propres ftjreftrs, de proliter des occasions, et de ris pifr le moins possible. Sur-le-ciiamp il conçut le projet de rentrer en pos»»8îon des dotnanies que lui avait enlevés la fédération suisse : h noblesse de TArgovic l'y encouraj^eait , les villes n y répugnaient pas, et leurs magistrats en conféraient tantôt à Sursée, tantôt à Rlieinfelden. A Ziiricb, une paix humiliante n'avait produit que des i,'prmes de iiaine et de discorde. Le bourgmestre vit donc avec un grand plaisir ces dispositions de l'Argovie. C'edt été une no!)le oeeî\sion de se mettre à la tête de la fédération , et de prouver que son union était indissoluble; de la sorte, Zuridi se fdt attiré Padmiration et la reconnaissance de la postérité : elle préféra la vengeance, et subit la condition de la faiblesse humaine, dont une liaute sagesse et des sentiments magnanimes peuvent seuls préserver.

Rien n'est d'un caractère plus bas que le premier message adressé par cette cite au gouverneur de rAutriclie antérieure, Guillaume de Baden Hochberg. Ziirich y disait qu*il fallait bien se g irdi r de considérer comme de l'iniiniiie les différends qui l'avaient séparée de rAutriclie, que ce n'étaient que de simples malentendus, bien éloignés du caractère de haine qui animait d'autres pays voisins. «A Morgarten, disait-on, nous avons combatui tideie-

ment contre les Suisses, comme nous l'avions fait autrefois contre Ottocaire. Des dissensions civiles nous ont rendus les ennemis d* Albert , nous ont faits les alliés des Suisses; mais nos mains sont

fiures du s.ioL^ versé à Sempach et de a nirtrt iJf Leopold. » La suite du discours ue décèle pas moins de Iwssesse, et l'on conçoit que le margrave n*ait pu y croire. Il renvoya les ambassadeurs à l'arrivée de l'empereur, et promit de l'instruire de leurs dispositions.

Henri SehwemI, bourgmestre, et Michel. Graf , greffier de Zurich, trou» vèrent Frédéric à Saltzbonri^; b conférence fut indiquée n Insprurk. 1 . 1 ils ne se bornèrent plus aux prutestatioûS dont tous les renégats politiques ae»

compa^nent leur défection, ils promirent dé restituer Kybourg : c'était à peu près la moitié de leur territoire.

L'empereur ne s'engagea point; il désira gu^ils voulussent bien suivre sa cour jusqu'à ce qu*il eût, spit avant, soit après son couronnement, pris un parti définitif sur toutes les aliénations laites, au préjudice de su niaison, par Sigismond. Ils allèrent donc avec luit par Nuremberg, Francfort, Maycnce, jusqu'à Aix-la-Chapelle. A Francfort on conclut le traité qui avait été néocié pendant la route avec beaucoup e seigneurs, entre autres révéque d'Augsbourg, celui de Chiemsée, le margrave, le gouverneur de Souabe.

C'était, outre les cliartes ordinaires de franchise et d*iromunité, une convention qui constituait un système politique font nouveau, et une allinnce qui était comme le premier acte de ce système. Zurich y cédait Rybuurg; la Glatt; depuis le lac de GreifTensée jus^ qu'au Rhin, serait désormais la frontière, à l'exception du péage de Kloten et de la seigneurie d' A lideliingen, qui, provisoirement, restaient engagée aui Zurichois. Le oommandemeot do fort de Kybourg serait tou jours confié à un nohiedupays, mais sur la présentation de Zurich, et Henri Stiiwend, négociateur de ce traité, en serait investi le premier. En cas de nouvelle aliénation de la seigneurie, vîfjc ;Hiraitlou]our5 la pretéreuce à prix (iguk. VAuiriciie

SUl

te réservait encore le rachat d'autres engagements, mais toujours à la condition (|ue les gouverneurs seraient liommés avec Sa partidpatîon de la fîlle. Par un article secret, les ambassadeurs promirent la réintégration du comté de lîaden dans les domaines de rAutriclie : on convint aussi de rachefer le pavs de Gastcr, qui était au pouvoir âe Schw\1z; Uznach et le Torkenbourg anrnient le même sort; enlin, on organisait une fédération: à sa téte serait Zurich , sous la protection de l'Autriche ; on y ferait entrer le marîr.ive, Bregenz, Constance, Frauenfdd, Saint-Gall, Appenzell, Schaffbousen, le comte de Montfort, Tévéque de Coire, les Grisons de la ligue supé* rieure; enfîn, Rheineck, les villes autrichiennes, les villes forestières, et àn delà du Rhin Pludenz, Feldiurçh et la forêt Noire.

Cependant les envoyés des confédérés étaient en route pour venir, selon Vu-i'A'ie établi, dnnnnder au nouveau souwni n In conliniiaiion de leurs libertés : ceux de Baie et de Berne arrivèrent peu de jours après la conclusion de ce traité. Ôn ne le connaissait pas; mais la grande fnveur dont jouissait Zurich parut suspecte aux cantons. On en conféra, et il lut convenu que, pour éprouver cette cité, on renouvellerait Vantique allianee ; car on était persuadé que la solennité de ces serments excluait toute dissimulation , et que Ziirlch refuserait de les prêter, ou se laisserait entraîner dans de meilleures voies; mais rette cérémonie ne souffrit aucune d fiit ulté : rien dans la lettre du nouveau uacte ne blessait les anaennes reiatiof». Les confédérés se tinrent pour satisfaits.

Mais leurs députés n'eurent pas lieu de I*étre. Quatre-vingts villes impériales demandaient ia confirmation de leurs privilèges; outre leurs envoyés, il y avait à Francfort tous les possesseurs de grands fiefs qui venaient les fecevoir de l'empereur, à la téte de leurs vassaux, avec tout le faste et le luxe des cours les plus riches. Les Suisses attendaient toujours qu'on voulût bien leur donner audieuce, et c^était

avec înqnîf'tiide; car le jonr moine de son couronnement Frédéric avait manifesté rintention de rentrer dans les p(^sesstons dont sa maison avait été privée par Sigismond. Quand ils 0om« parurent, il fcur fut dit que l'on roniinnerait leurs immunités des qu'ils auraient recunuu 4es droits de T Autriche, notamment sur TArgovie. Ils répondirent qu'ils étaient sans pouvoir , pour le faire. I/empereur remit cette affaire au temps où il viendrait dans ses possessions antérieures et a Zurich, ajouta-t-il : paroles d'autant plus sif^nificatives pour les Su sses, que la froideur du bourgmestre Sriuvend et du greffier les avait depuis longtemps blessés. La rumeur publique leur fit deviner ^ue Zitrich avait déjà fait bon marrlie de ses droits sur l'Argovic.

A leur retour il v eut une assemblée à Luceriie : ou sununa Zuricli d'y coinnarattre et de s'expliquer sur son allîauce avec TAutnche. Tout à coup survinrent, au nom de l'empereur, (luillaume de Grunenber^ et I huring de 1 lall wyl. Si vous tenez VAraovie eu VEmpire, dirent-ils, rendett4a à son chef; si c'est une conquête, elle a été faîte pendant ia trêve de cinquante ans et doit être restituée. Les députés dirent que pour répondre il leur fallait de leurs cantons des instructions spéciales; que d'ailleurs Zurich, dont la présence était si néxîessaire, n'était pas représentée. On s'y rendit; on voulut connaître les articles du nouveau traité* I^s envoyés exigèrent que des députés de Zîiricli vinssent avec eux dans l'APgovie pour exhorter les villes à la fîdéiité. Zurich ne pouvait s'y refuser sans paraître en contradiction avec la conduite qu'elle avait toujours tenue; elle fit donc cette démarche, qui la mit en fausse position envers l'Autriche. Plusieurs villes montrèrent des dispositions favorables ; mais à Zofingen l'avover Martin dit : Nous nous félicitons de ce que la volonté de Dieu nous a réunis aux confédérés: nous sacri* ferons pour eux nat mens et notr0 vie j et serons inéUranloJblesdans notre fuit- (lté pour Berne y notre sotwerainf». Bubenberg et Ërlach en furent vive-

144 * L'UNIVERS

ment émus. Cela n'empêcha point qu'on présentés; Frédéric leur ftvait aussi' i

ne reçût dignement les seigneurs qui doané rendez vous dans cette ville. I|g

SP port.'/ierit au-devant de Frédérir, a\nifiit fl'niitnnt moins de confiance,

car en ce moment il s'approchait. Dès que la veiiiede son ;ii ri\ée les.l»abitants

que les i^ùricliois Teurelit invité à pa- du pays de Sargans , aliiés de Schwj^tz , i

rattre dans leur viJIei il se mit encne- avaient été mis au ban de l'Empire, j

min, et y fut reçu avec un grand en- sur la plainte de Zurich. Ce fut Rodol- 1

thousiasine; on cria vire l\1utrkhel plie d'Erlach qui porta la parole au

on affectait surtout de répéter ce cri nom des six cantons; il le fil avec as- |

quand on apercevait des confédérés; surance, certain, disaiL-il, d'obtenir

on se mirait aussi de plumes de paon , ce que ne leur fwaU encore rejwé an^

BigneoistincUf de cette maison. A son cun chef de V Empire, et ce qu'ils

entrée, r<'mpereur était suivi d'un cor- méritaient- et mérUeraienf encore par

té^e de princes et de comtes; il y avait leur JidéUté a l'empUr leurs devoirs. |

radie chevaux. La commune fut ras- L'évéque de Brixen, investi de la con- •

semblée dans la grande église et prêta fiance de l'empereur, dit que lu con*

le serment (le fidéTilé à l'Empire; on lut cession ne leur serait pas refusée;

ensuite le traité d'alliance t tous \v ju- mais que l'empereur ayanl aussi des

rèrent, et le serment fut prête , au nom droits à conserver, il fallait préala-

de Frédéric, par le margrave , par Gru» blemefU remetire les choses en l*itai

nenberg et par Hallwyl. Le lendemain, où elles étaient arant la trêve de cte^

plus (le trente navires étaient préparés; quajde ans. Erlach répondit : iSempe^

on navigua vers llapperSi hwyl, où les rmr Albert, votre jurdreesseur ini-

ancie is' sentiments de lidéiité pour médiat , et comme t ous de la maison

l'Autriche se ranimèrent, où Frédéric d^AuMche, n'a point ftUù cette (Uffi-

fut reçu avec enthousiasme. Le ^oir euUéf et cependant de sm temps, i

même il revint à Ziiricli, alla à "Win- comme aujourd''/un , nous possédions

tertluir, a Rybourg, et ordonna à la plus CArgoi^ie. Des deux eûtes on persista,

grande partie de sa cour de l'attendre à et Fevêque annonça que Frédéric con-

Constance. Frédéric visita lechâteaude sulterait les électeurs, ou s*en rappor-

Baden,donl les ruines Pintéressèrent; terait au pn!;itin du Rhin, ou prenm'ait

puis il alla prier a Tautel de kœnigs- sur-le-cliainp l'avis des princes et des

lelden , sur le lieu même où avait péri seigneurs présents. L'un des ainbassa-

Albert. Il Implora le ciel pour l'ûmede deurs s'écria : Que Vempereur refuse

son grand-père tué à Sempach: entouré s*U le veut de confirmer nos droits,

des tombes de sa famille, il s'inclina cela nmt^ pmp^cher a point de juger

sur celle de sainte Agnès et de sa res- 7ms malfaiteurs : nous attendons qui'

pectable mère. Cette nuit même il alia conque oserait nous attaquer. coucher à firugk , et le lendemain il Assez mécontent de tout ceci et de

aperçut, sur le Wulpeisberg, lechâteau Constance même , l'empt^rcur s'embar-

de s*es pères, celui de Habsbourg, qua sur le lac, vint à Arbon, et de là

Chaque pas lui rappelait un souvenir àSaint-Gall, où il passa trois jours au

ou glorieux ou mélancolique, et les plus milieu des réjouissances. Cette ville

douces comme les plus pénibles impres- prêta le serment des villes impériales;

sions Tniiitiiient tonr à tour. Mais re- mais elle refusa toute accessi. n à ta

pren;mt le cours de ^on voyage, il visita W^m de Zurich, dont elle prévoyait

Soleure, Berne, Fnbourg, Lau anue, bien les conséquences. On ne négligea

Genève, revînt à Besançon , où Philippe rien pour y faire entrer Appenzeil : on i

le fion l'accueillit au sein de la cour la lui représenta qu'il ne fallait rien re- j

plus brillante dr l'rpotpie. De là il vint fuser au chef de l'Empire; que de lui I

a Bàle par Moiitl « hard ; il entra enfin dépendait encore la coniirmation de sa \

dans Constance, ûu l'attendaient beau- liberté; que Schwytz ne lui avait ac-

coup de grands et d'ambassadeurs. Les cordé qu^une alliance inégale , d'après

députés des cantons s'étaient souvent laquelle les services d' Appenzeil se»

SUISSE

raient gratuits, tandis que ceux de Schwytz seraient payés. Le canton répondit que les serments prêtés étaient au-dessus de toute considération, et que dans Appenzell l'honneur et la bonne foi remfrârteraient toujours sur ce qui llYtalt qu'utile ou avantageux.

Après le départ de Frédéric, qui recommanda spécialement le salut de Zurich au gouverneur des provinces antérieores et à la noUesse, elle ob^ ttntf ainsi que Rapperschwyl , la promesse d'une îrnrnison rnitrirhipnnp.

Cette tmiiison indigna le^ coniedt^res, et vers le nouvel an, 1443 , ils eurent de fréquentes conférences. A toutes les remontrances, Zurich répondait que la partialité des confédérés l'avait seule obligée à rechercher une autre alliance , et quMl était trop tard pour Ten détourner ; qu'enfin il n'était rien de plus naturel que de voir une ville impériale en relation avec le chef de TEmpire, sansaucunpréjudice des traités antérieurs. ThunngdeHallwyl ap> rivâ bientôt avec sa garnison , reçut les serments delà commune, et fit substituer à la croix blanche, signe distinctii ilt£> confédérés dans toutes leurs guerres, la eroix rouge d'Autriche. Les aigles , les plumes de paon furent portées par les habitants à Tenvi l'un de TautrCi Un Alsacien, Louis Meyer, dHuningue, vint à Rapperschwyl avec sa troape. On faisait contre lès Suisses les plans les pins hostiles pour Tété suivant. D'après les uns, il fallait occuper TEtzel, le Sattel, l'Albis , et ravager Scfawjtz , Artb et Zug ; d'après les autres , il fallait attaquer à la fois de deux côtés. Pour exciter la guerre , Zurich n'aurait qu'à réclaiBer la seigneurie de \V indeck , ou bien Rapperschwyl braverait Schwytz et Glarus, et appellerait ensuite Zurich à son secours. Il ne fut pas besoin de ces détours , les partisans de cette ville n'attendirent pomt ses ordres pour se porter à la frontière. Zug et Schwytz în firent autant de leur côté. La vue ^es croix rouges d'Autriche, à la place 4e celles qui leur avaient si souvent lerrî de signe de rallieinent dans leurs glorieuses campagnes, souleva toute

iif livraison, (Soissb.)

leur colère. Depuis lors il fut impos* sible de parler en Ueo de rAotndie

et de la noblesse, et l'on ne put sans pril ])orter une plume de paon. Cette naine était poussée à tel pNaint, qu'un jomr deux buveiurs étant au cabaret, et le soleil jetant sur un verre les couleurs de lare en ciel, le verre fut brisé avec violence d'un coup de sabre, parce que ces couleurs jouaient la queue de piaon. On arrachait partout les armes de Habsbourg , et de part et d'antre les partis exerçaient vexatioii sur vexation; les soldats étrangers enlevaient les denrées qu'on portait au marchédellapperschwyl , ou ils en volaient le nrîx , ou même ils poussaient dans le lac les campaguarcts qui passaient le pont.

Cependant les confédérés se préparaient à la guerre ; Ital Reding se rendit à Apprnzpll, où fut tenue une assemblée générale le 1" mars. Là il rappela les services que Schwytz avait rendus à ce pays, ut la lecture d'un nouveau traité qui lui assurait une indépendance et une égalité entière ; ni:)îs rien ne put ébranler la résolution de rester neutre : on craignait le courroux de Tempereur, on craignait que les vivres ne pussent plus arriver dans le canton. Ital Reding s'en retourna plein de dépit. Le pays de Gaster, Wesen et Wtndeck, déclarèrent qu'ils ne feraient Jamais la guerre à l'Autriche à moins qu'il ne fnlItH défendre Srhwytz etGlarus.Tous les t sprits s'exaltaient; Zurich devenait de plus en plus suspecte ; on excluait ses envoyésdes délibérationscommunes.ARapperschw^'I, oij Ton s'attendait continuellement a une attaque, la garnison sortit un jour en armes, car on avait vu la bannière de Schwytz venir de Hurden ; mais c'étaient des enfants qui joiinif nt sur le pont, en arborant un moiK hoir et en portant des bâtons sur les épaules. Une assemblée tenue à Brunnen cita Zurich à comparaître à Einsiedeln, pour s'expliquer sur le traité et pour se soumettre au jugement de la li'dfTntion ; mais Ziirich prétendit que, d après la confédération même, elle avait pu conclure ce traité, déclina le . jugement « et envoya dire

146 L'UNIVERS

u'elle s'en rapporternit à la décision arrîvn des renforts de Pfeffikon et k

es princes, des nobles et des villes, la mont^i^ne, dans le moment où déjà

ou bien qu'elle en appelait à Berne ou Albert de i^indenberg et 1 avoyer Stei*

à Soieure. Lci conndéiéa aec^itèrent nerde Rapperschwyl te croyaient ito

UD arbitre de Tune de ces deux villes, de la victoire. Pensant que c'était M

{)our le cns où il y aurait partage entre Rp'lin^ çt In bannière, ils en furent

eurs propres jui^r?;. !/nnaire ne s'ar- eû rayés, et cherchèrent leur salut danS;

rangea poiat, et 1 un se porta aux fron- leurs vaisseaux. Meyer et Scbwend eo'

tières. Le J8 iiiai,It«l Redin^ prit donnèient Texemple ; I^andeniierg Ml

position sur TEtzel avec la bannière de lieau crier, oommander, combottrt, 3

Scliwytz , et la gurrre fut dérlarée tant mourut en voulant retenir les fuyards;

à Ziiricb qu'à rAutriclie. Lri et Ihiîer- l'avoyer de Rapperschwyl et son fils

\valdeu,qui venaient avec leur coutin- furent aussi laissés jyarnii les morts,

gent, en furent ébranlés : ils repro- L'effet moral de cette bataille fat très-

Shèrent à Schw}'tz d*aToir, sans leur grand ; la confiance des ennemis de

participation, fait une démarche qui Schwytz s'affaiblit, et doux jonrs nprès

pouvait avoir d'aussi graves consé- elle s évanouit, quand tut perdue pour

quences pour toute la conlédération, eux la grande bataille du Uirzel. puis se retirèrent; mats ils reparurent A Bar étaient postés Un et Untov

dans la nuit,«i disant qu'ils acceptaient ivald pour couvrir Zug , dont les trou-

les faits accomplis, et qu'ils siuirnient pes gardaient le pont de la Sil h |

remplir leur devoir; m même temps Baueiiwaag. Les Lucernois marchaient '

ils se portèrent au secours de Zug, qui .sous le commandement de Petermapo

était menacée par les Zurichois. de Lutisbofen; Jean Puntiner, migis-

Deux jours après la déclaration, six trat depuis trente aÉM et historien de

à sept cents honmies de Rapperschwyl son canton, était commandnnt dTn;

s'embarquèrent pour faire une recon- Jean IVluiier et ÎVÏehri Zelirer condui-

naissance, passèrent des deux cotés de saient les troupes d'Unterwaid. Le re-

rile d*Uiiiaa et Tinrent aborder à tranehement de Horgen, près du Hi^

Fre^enbach. Les ooUines et les forêts zel, était gardé par cing cents paysans

ne leur avaient pas permis déjuger la zurichois des bords du lac. On était de

force de i'eunemi. J)e leur côte, les part et d'autre convenu de ne se point

Suisses craiguirent que ce ne fiilt une attaquer sans avertissement préalable.

Y ruse pour les ftire descendre de leurs Cependant le margrave, Guttlaumede

hauteurs et pour les prendre ensuita en Baden , thoringde Hallwyl et le bour^-

queup. Rediniî n'envoya donc que cent mestre Stussi, descendaient de rAU)is

hommes bien armés, avec ordre d'ex- à la tète de cinq mille hommes, la

nk>rer les projets de la troupe débarquée, plupart Autrichiens. Il y avait des Al*

oe oomliattre, et de demander dareo* saciens, des Souabes, de la cavalerie

fort s'il en était besoin. Ces r^nt horo- française , beaucoup de oonhtes, de sei-

mes commencèrent par fnire évacuer gneurs, de chevaliers, et quiconque vou*

le village; mais il tut repris, grâce à la lait gagner la faveur de l'empereur ou

supériorité du nombre, et les Suisses se venger des souvenirs deNsefels oude

fîirent renfermés dans le chnctlère, Sempach. On y comptait fe méchaot

d'où ils sortirent avec tant d'iropétuo- Berenger de Landenberg, Henri de

sité qu'il fallut leur œder une seconde Bîtsche, des Andlau, des Gerolseck»

fois le village , et !e reprendre encore des Waldner. Les bourgeois de Zûncn

sur eux. Un nouveau combat s'enga- obéissaient à Mayer de Knonau. IIFT

gea dans le cimetière; mais personne raît qu'on voulut profiter du

n'allait demander du secours. Les or- où la bannière de Schvrytz flottait aa

dres étaient mal exécutés dans ces bord du lac pour pénétrer dans ce

temps où chacun se conduisait selon canton, par Art et Morgnrten, et

son libre arbitre : on craignait en s'é- mettre à teu et à sang. Pour y parveniTi

joignant de paraître fuir. Cependant il il fallait d'abord vaincre les trois W

aMm dei eonffidérés; niait Stutl

eommit rimpardonnabie faute de ne point faire éclairer sa marche ; il arriva donc sur le territoire de Bar sans savoir que l'ennemi y était. Parvenu au nilitii de l'Albis, où le chemiD se péril^, le margrave, le bourgmestre et la plus grande partie de Tarmée, se dirigèrent, par le couvent de Cappel, vers le pays de Zug, tandis que Mayer de Knonau marcha vers le Hind , à travers les forêts de la SU. On croyait que Zug gardait ce dernier point, et que le passage serait entièrement libre pour arriver à Schwytz a travers son territoire. Pour déclaration de guerre , Stussi nait le feu au village de Blikenstorft le premier du pays de Zug, et son avant-garde courut vers Bar. Aussitôt se déployèrent les bannières des trois cantons. Saisis d'effroi , le bourgmaetre et le margrave firent un mou- Tement rétrograde, quoique ce lieu fût propre à déplorer leur cavalerie. Eniiauiinés de colère , à cause de Tincendie de JBlttenstorf , les conftdârés poursuivirent les Autrichiens jusqu'au couwt de Cappel, où ils s'arrêtèrent pour prendre du repos. Revenus à leur position sur TAlbis, le bourgmestre et le margrave reprirent une partie des troi^pesqa*ils avaient envoyées duHirzel, persuadés que le retranchement était parfaitement défendu par sa position. Mais les confédérés, connaissant l'aivantage de cette position, résolurent de la tourner, ils passèrent les montagnes et la Sil, et gravirent le Staig malgré la difficulté des lieux. Ils étaient environ trois à quatre mille.

XéammHns, ils firent avertir les Soisses, se reposaient de leur victoire à Freyenbach , et les prièrent d'accourir avec Glarus. Vers le coucher ■ du soleil, d'insultantes provocations exdtèrent le courroux des conftdérés.

Les chefs, remarquant qu'ils s'attroupaient, les supplièrent de ne rien entreprendre, leur représentant que la journée allait Gnir, que le terrain était déftvorable , qu'il valait mieux attendre l'arrivée de Scnwytz et Glarus. En vain ils tirent former le cercle; en vain ils parlèrent je langage de l'autorité, rien

ISE. Uf

ne put arrêter IM iotdate; ils s'écriaient : Noi therf alUéê de StkwffU

ont fait leur part de besogne; aujourd'hui même nous allons faire la nôtre!

et sur-le-champ ils gravirent la montagne à rendrott le plus escarpé. L*avoyer et les landamman élevteent les bannières, et suivirent le mouvement qu'ils n'avaient pu empêcher.

La bataille s'engagea donc; elle fut terrible^ car les zuridiois, profitèrent de tout Tavantage que leur donnaient leur position et les machines de guerre. Leurs adversaires n'avaient pour eux que leur colère et leur impétuosité. Là périt Tavoyer de Lutishofim, victime d'une guerre qu'il aurait voulu empêcher; là tomba Jean Muller, qui avait négocié la dernière paix; Mehri Zelger, landamman d'Unterwalden, mourut, ainsi qu'un grand nombre d*illustres guerriers. Les fossés étaient , comblés de morts; on entendit crier:

7\iez, tuez toujours! et à l'instant on

i)assa sur les cadavres pour donner 'assaut, et l'on pénétra dans les retranchements. Alors le désastre fut du côté de Zurich, qui perdit Maver de Knonau. Le carnage fut grand et la fuite désordonnée. La consternation se répandit dans tout le pays, et les vainqueurs, oaleulant le prix de leur succès, ne purent que s affliî^er. Le contingent de Zug, qui vint les rejoindre diiias la nuit, ne comprenait rien à cet enpioit. On lui montra la bannière d'Éntlibuch, oui avait eu les dangereux honneurs du poste du péril, et qui était percée de cent coups de feu. Parmi les tués, les chefs se distinguaient encore par les traits mâles et menaçants de leur physionomie. A cet aspect leurs braves soldats pleuraient; puis, par un sentiment contraire, ils se réjouissaient de la victoire; enûn ils louèrent Dieu qui la leur avait donnée.

Désormais il ne s'agissait plus pour les confédérés que d'envahir le territoire de Zurich. Le margrave et le bourgmestre quittèrent l'Albis pour le défaSlK; Hallwyl consulta les guerriers pour savoir s'il ne serait pas plus opportun de marcher audacieusement contre l'ennemi dîùiibi par sa victoire.

Plus de deux mille levèrent la main

f)Our cette no]>\v. (ii'trrmiiuition; mnis e margrave ne le voulut point : il vit bien , malgré cette démonstration , que la confiance manquait à Tannée, et il ordonna la retraite^ promettant d'amener à raYenir beaucoup plus d'auxiliaires.

Le dimanche, pendant la messe, les soldats de Luoerne« Uri,. Schwytz, Unterwald, Zug et Glarus, se jetèrent

sur le village de ITorgen, y mirent le feu, par représailles de l'incendie de J]iiken!>torf,et, pénétrant dansTéglise, ils ta pillèrent, frappèrent les crucifix, jetèrent les hosties au vent, et reprochèrent à la Vieri^e d'Imbitor nnssi les églises des Zurichois, lis maltraitèrent le prêtre, et violèrent les femmes dans réélise même. De là ils coururent à Taïwyl : le prêtre vint au-devant d'eux avec le saint sacrement ; mais ils se moquèrent du dieu de Zurich. En générai, ces montagnards si doux, si probes dans la paix et quand nulle passion ne les agitait, ne connaissaient

Ïilus de bornes leur emportement, 'humanité faisait place à l'ardeur guerrière ; ils ne respectaient plus rien , et le sentiment religieux, run des plus nobles caractères de ces hommes rustiques, s'évanouissait lui-même devant leur fureur. Ils continuèrent à ravager les bords du lac, et demeurèrent trois jours à Kilchberg sans que personne osât les attaquer. Zurich se plaignait amèrement de ces chevaliers, qui, jusque-là, s ct iient excusés sur ce qu'ils ne pouvaient combattre dans les montagnes , et qui ne défendaient pas même la plaine. Les confédérés passèrent i'Alhis , reçurent le serment de iMasrliwanden, et campèrent à Lunkolèn, où ils attendirent la bannière de Berne.

Berne avait longtemps hésité. Erlach était encore dans Zurich quand les envoyés de Schwytz vinrent rappeler h ses concitoyens les secours qu'ils leur avaient donnés à Laupen, et les serments mutuels, qui remontaient à une époque antérieure à Taccession de Zurich. On n'hésita plus, et, quoique Erlach y fût encore, on vint déclarer la i^juen e, ce qui n'empêcba pas qu'il

nefAt reconduit dans sa patrie avec m

sauvegarde. En reconnaissance de a procédé, Krlach ne prit aucune pirt aux hostilités.

On avait, en vain, sommé Bremga^ ten, qui est sur une presqu'île de la Reuss; on rassiéizenit , quand arrivèrent, sur l'autre rive ciu fleuve, les troupes de Berne et de Soleure avec des Goulevrines. La place fut bientôt réduite aux abois; les murs nienaçaiect (le s'écrouler; il fallut capituler. Les magistrats de Baclen apportèrent aussi les cle£s de leur ville, et dans l'une et dans Tautre on jura fidélité aux alUés, pour le septième de souveraineté mi avait njipartenu à Zurich, et qui fut abandonné à Berne. Tout le pays entre ia Reuss, la Limmath et le Rhin, se soumit. Il n^y eut de résistance qo'à Ren» Regensberg : on le prit et on lebrdla, et Te château de Gruningen capitula dès (j[u'il sut qu'il ne pouvait recevoir de Zurich aucun secours. Ce fut le dernier acte de la campagne; on n*a]nit point de munitions pour faire le siège en règle de Rapperscfîwyl ; d'ailleurs les Bernois étaient indisposés, j)arce que deux habitants d'Unterwalden avaieot, au mépris des traités, tué à coups de hallebarde le landvogt Kilcbmatter.

L'indignation avait été universelle.

L'on rendit une loi, de Tassentiment de tous les cantons ; eiie portait peine de mort, non-seulemeot contre les auteurs de ce crime, si on parvenait à les saisir, mais encore rlîe menaçait du supplice de la roue quiconque, a l'avenir, tuerait les prisonniers qu'il était chargé d'escorter.

U 1 1 mois après a vo i r déclaré la guerre , les Su i sses rentrèrent dans leu rs t oyers , vainqueurs à Freyenbach, vainqueurs au Uirzel , et après avoir conquis •Brcmearteu, Regensberg et Gninin-

fm: ils étaient ta terreur de l'ennemi e marp;rave comprît qu'il ini fallait des renforts étrangers; mais les Turcs d'une part, les Hussites de l'autre, nacaient TAllemagne; l'Autriche ellemême était décbuée de dissensions intérieures; il n'y avait rien à espérer de ce côté. Le margrave alors s'avisa d'un expédient nouveau, il s'adrew*

Page 1