‹ Histoire et description de la Suisse et du TyrolChapitre 6 sur 32 · L'UNI · texte numérisé non relu

L'UNI

semble, y ai donné mon conseil en eomelenee: IHeu vengera (e sang innocent. T^a querelle s'érli;uir;ait; la rage était à son comble. Lh bien, s'écria Reding, que les habitants de Greijfensée vitrent, que ffWhannêi et les autres mewent. Des voix alors Ini rriprrnt : Hypocrite ^ hoh , bois tout Le sang, ou deviens humain tout à fait, 'Wiidhannes était présent :

Tuez-moi , tuez-mot, ditMl d une voix forte ; mais les autres , qud est leur • crime? Les vioilinrfjs, Ifs femmes, les •enfants des inalheurciu G.i[)tirs vinrt-nt se précipiter aux uied^ des vainqueurs pour demander fa vie de ceux qui n'avaient combattu que pour gagner .

de quoi îes nourrir. L^asspfîiHée en devint plus tumultueuse : quiconque inclinait à la clémence était appelé trattre. Enfin, au moment de voter, la terreur était partout. Autour de Reding les mains se levèrent pour voter un massacre général; les lionunes de bien s'enfuirent pénétrés de douleur, et jetant des cris dMndignation. Mais les auteurs de ce cruel arrêt s'endurcirent aux pleurs des femmes et des vieillards, dans la funeste pensée que le bien public commandait cet exemple , et Tavenir personne ne résisterait qtinnd on saurait quel serait le prix de l'opiniâtreté.

Après une courte confession , Wiidhannes s'avança au milieu du cercle et dit : Le Tout-JHdssant Va voulu, celui gui sait tout le 7' oit. CompagnonXj je mourrai le premier, car je ne veux pas que Von puisse penser que celui qui a vécu et combattu avec vous, a quelffiœ prétexte ou quelque espoir de se séparer de l'ous a volrc dernière heure. Puis se tournant vers le bourreau: Malire Pierre, fais ton office.

Après lui ce fut Ulrich Kupfersciimidt,

{)uis un valet de ville de Ztirirh ; e l)onrreau s'arrêta, interrogea Reding d un regard suppliant. Il espérait qu'on feraitgrâoe aux hommes de basse condition. Pendant les premières exécutions, des pigeons blancs avaient pnssn au-dessus de l'assemblée, et ce sigiie d'innocence avait éu)u tous les esprits : Rediog toujours cruel, dit

au bourreau i Si tu ne veuxfldre Um

office, d'autres le feront envers toimf'me- Cel u i-c i co nt i n u a d o n c t r i stement à abattre les tètes. Quand il en tut venu au dixième homme, il le mit de côté, disant aue, d'après un droit impérial pratiqué de toute éternité dans les grandes exécution'^ , îe dixième homme devenait à l'exécuteur... lais ton mi- Uer et ne bavarde pas, lui cria Medlng, Plus de vingt cadavres étaient autour lui ; l'exécuteur , à une nouvelle supplique, reçut pour r^^ioii^e un nouvel ordre. Il en fut de mèiiieau trentième, au quarantième. Le jour baissait, la terre refusait le sang dont elle était* saturée , il s'en formait de randes mnres. Ati cinquantième, Reing ordon na d apporter des flambeaux, et ce fut à leur clarté que tomba la soixantièmetéte. En ce moment, Pierre snisit la main tremblante d'un jeune garçon; il n'y avait plus qu*un vieillard, l'un et* l'autre avaient presque perdu connaissance. Le bourreau mtercédait toujours , Reding ne fit point grâce, mais il paraît s'en être allé après le soixantième supplice. Ils furent sauves.

Quelques auteurs disent qu'on épargna dix personnes, les unes dans un %etorl avancé, les autres dans Tenfanœ. Une horreur profonde [)énétrn tous les assistants. La terre demeura stérile en ce lieu, et les superstitions populaires racontaient les plaintes des victimes.

Ainsi les anciens pensaient que l'âme séparée du corps avant le temps, s'arréte autour de lui, soupire et se montre errante aux hommes effravés. (iaspard de Ronstetten retrouva 'le corps de Wildliannes .et le rendit à la sépulture ordinaire des Laudenberg. "Une petite chapelle lut élevée sur le lieu de l'exécutton. Toutes les semaines Ton Y disait la messe et l'on répandait dfe l!eau bénite sur les tombes. On révéra longtemps les ossements entasses de CCS guerriers; enOn l'autorité elle-même les Ht disperser. Les confédérés brûlèrent Greiffensée, puis Dubelstein, clK(lf>:ni dti hrnve Paul Gœldli, briil'" de (jfeilïensee, et la grande Moos, château de la famille de Schweuii, enfin Werdegg, appartenant auiHuoo-

irfl, et tout ce que les Landenberg

possédaient à Pfefttkon. Pendant ce

temps , einq cents honnnes de Si hwytz etée Glrirus clias.saifiit les Autrichiens lie A) dberg et Freiidenberg au pays tut Sargans.

On voulait contraindre Zurich à faire la paix avant l'arrivée des Armagnacs.

Le baoîiières se reunirent à Hongg, à Dnelieut de la ville. Uri, Sdiwyii et Oarus veDaient de Gruniitteo; Luceme, Zug et Unterwalden, de Baden ; Berne s'y joignit avec quatre cents hommes de Soleure. Zurich ne fut point prise au dépourvu. L'esprit patriotique s'y réchaufl'a : tout fut rasé autour de la ville, à une portée d'arquebuse. On voulait que l'ennemi ne trouvât ni fruits pour se nourrir, ni Biaisoi», nl granges, oî murailles à la faveur desquelles il pût s'approcher pour tirer de plus près; on creusa de profonds fossés, drs liiines decircon- Tallation, des reiimarts, et Ton y mit des pièees : tous Ks pouvoirs furent suspendus» et les clefs de la ville furent données à Guillaume de Rruien, investi du comniandeiupfit .suprême: le «ave chevalier Jean de iiechberg comloanda spécialement les troupes de Zurich. Six cents bourgeois se reléguaient chaque jour pour la défense des Hiurailies et des tours. Il se forma vac société d'abord de seize, puis de Sûàante homnnes grands et robustes, ÎDi,sous le nom de bo-ics ^ devaient, comme les chefs du troupeau, se porter partout ou serait le danger. Il régnait te toutes œs dis^sîtions un tel accord, une telle activité f qu'on songeait ^l'eine à la fruerre, et que la crainte même se cliangea en gaieté. Les portes jKtèrent ouvertes, on dansa sur les Mulevards , et rennemi n'entendait de JOQcamp que le cri moqueur qui imirait le beuglement de la vache, etce- IW-cj, ^ moi! Mriche.

la 1* juin 1444 , Z«Jg passa la Limjoath, entre Hông^ et Alstetten ; Soleure et Berne suivirent, et le camp «it appuyé à la Sil , près du couvent w religieuses. De l autre côté de la ^math, étaient Lucerne, Glarus et '^hyts, plus près Uri et Unterwal-

dett. On comptait environ vin^ mille Suisses bien pourvus de machines de

guerre. Un pont mettait les deux corps 'armée en communication. Le siège se faisait avec d'autant plus d'ardeur que 1*00 voulait prévenir Tarrivée de rennemi ; mais ce fut en vain : il dura Soixante jours sans résultat. Les conleileres, endurcis au coniKit, étnient beaucoup plus vaillants qu iiabdes, ils n'entendaient rien à l'art des si^es.

En général on visait mal , on choisissait plus mal ses positions. Les Loues parvinrent à s emparer de trois chariots chargés de vins du lac de Genève; on le but a la vue de I ennemi ; on prit aussi des convois de bétail ; enfin, une sortie pour enclouer les canons bernois donna lieu a un combat de deux heures, pendant lequel il fut tiré seixe mille coups d'arquebuse et de combine.

Cependant les assiégeants s'impatientaient de l'inaction; il fallut céder à leur valeur; mille hommes de Zug reçurent ordre d'attacpier au point du

jour un moulin voisiji du couvent de religieuse» entre TAar et la Sil. On pensait que la garnison ne iaiit^erait pas consumer la maison d'Othon Werdmuller voisine du moulin , car c'était l'un des ritoveus les plus considérés; et nulle iiommes encore devaient profiter du moment où elle porterait secours, pourprendre un retranchement d'a.ssnuî; afin de mieux assurer le succès , on ferait une fausse attaque sur la ville. Mais WerdmuUer défendit sa maison avec quelques amis , et la garnison ne bougea point. Pendant rassaut, on lançait sur l'enupini de la chniix vive; d^autres furent prie ipiti s du iiaut des édielles. Les boucs iiicut des merveilles , et les Suisses furent repoussés.

Cependant le margrave envova vers l'empereur deux habitants de ZiiricU :

on en référa à la diète à Nuremberg.

Les grands d'Allemagne avaient cbaouo leurs occupations : ils s'excusèrent de ne point participer à une guerre entreprise sans leur aveu. Les villes peu* sèrent que c'était l'affaire de l'Autriche, et que d'ailleurs il ne follait point

L'UNIVERS

porter de dommage à des villes et à des cantons avec lesquels on avait jusque-là vécu en bonne harmonie. Cham, run des députés de Zurich, lut un récit des malheurs de la patrie. L'empereur renouvela ses instances : tout ce qu'il put obtenir, ce fut une réponse qui sous de pompeuses promesses cadiait la YOlonté de ne rien faire du tout.

Cliarles VII était bien aise d'occuper au dehors l'esprit inquiet de son lils, et de se défaire en même temps des Armagnacs. Vers la Pentecôte, il déclara qu'il serait permis au dauphin d'aller avec ses chevaliers et une forte armée chercher des ennemis à combattre. Tous se disposaient; ils étaient en marche, quand dé nouveaux événements les appelèrent plus spécialement vers Bâle, et préparèrent la mémorable bataille de Saint-Jacques : nous allons les rapporter en peu de mots.

La noblesse d'Argovie, quoique liée de combourgeoisie avec les villes , tenait en gnmde partie à la maison d'Autriche, dont elle recevait tout son édat Td était Marquant de Baldecfc, possesseur du château de Schenkenoerg et faisant partie de la bannière de Brugk, ce qui le soumettait à Berne. Dans la guerre de Zurich, Baldeck avait pris le parti de la noblesse; ce que les Bernois ne voulurent tolérer, car le château de Schenkenberg pouvait inquiéter beaucoup la marche de leurs troupes, soit sur Laufenbourg, soit sur Zurich. Ils chassèrent donc Baldeck , puis , sur la prière de l'évéque de Bàle , ils le rétablirent; mais Baldeck, au lieu d'en être reconnaissant, ne cessait de se plaindre qu'à lui seul, de tous les seigneurs, il ne fût plus permis de faire la guerre aux Bernois Chez lui se trouvaient son frère, Jean de Baldeck et Thomas de Falkenstein , autrefois gendre de Jean. Les Falkenstein avaient été sous la tutelle de Berne : ils étaient d'une très-antique noblesse, possédaient beaucoup de ciiâteaux , et Thomas était landgrave de laSisgovie. Mais l'un et Tautre étaient capables des plus folles entreprises. Jean avait engage à l'Autriche son château de Farnsbourg, et il en dépensait le

prix à Seckingen avec une maîtresse.

Thomas, sur les instigations de la noblesse, résolut de tenter un coup de main, pour la réussite duquel tous les moyens serninit bons. Les Falhensteiii avalent droit de bouri;eoisie à Brugk; ils y étaient accueillis avec resnect:

on disait que du camp de Zurich, ils allaient chercher l'cvéque de Bù\e pour qu'il mît la dernière main à une convention qui ferait cesser tous les maux du pays. Leur passage fut donc un jour de Rte, et le jour suivant un iour de sécurité. Dans la nuit du lendemaio, le {îarde de la tour au-de.-:sus du pont de l'Aar entendit frapper; on lui ma:

Compère, ne connah-lu pas Fwkenêtebif Fuid monseigneur de Baie y nous apportons la paix, ouvrez; nous sommes pressé s , nous courons au camp de nos seigneurs nois. Le portier, qui connaissait w kenstein, n'hésita point. Deux valets a la livrée de Bâle passèrent, et la nuit ne permit pas de voir que le compagnon de Falkenstein, au lieu d'un e»eque, était Jean de Recbberg, enveloppé dans son manteau. Il y avait une suite nombreuse. Les cavaliers arrivaient deux à deux : c'étaient, ^^Jr" on , des secrétaires , des valete* députés , etc. Le portier s'en étonna et voulut refermer la porte pour aller prévenir le magistrat : aussitôt sa teie vola dans la rivière. Plus de quatre cents cavaliers pénétrèrent alors dans la ville en poussant de grands cris :

les bour{;eois accourus à ce tumuiw furent massacrés; les issues ètînent gardées , et les magistrats furenteniw* més avec les principaux citoyens au nombre de soixante et dix ; on piHa '^^ objets les plus précieux. Falkenstein allait faire décapiter les magistrats qui avaient reçu ses serments, qui Ta^fl'*"* honoré , aimé , quand Rediberg lui re* procha sa cruauté. Les campagnes s'armèrent pour venger Brugk, et sfô oppresseurs y mirent lefeu ^ '^^P^f. « en étaient fermées, toute la population allait périr. Les cris des femmes et des enfants effrayèrent Falkenstein Ijjjmême. Il rendit 1rs clefs à une vieiue femme, mais la ville devint un monc*'

Suisse. 157

de cendres. Pendant qu'on emmenait tant plus difficile, que là aussi la no<

iescaptift, Thomas de Falkenstein se blesse 8*était séparée de la boamoiste.

montra une seconde fois avide de leur On éleva un boulevard devant u porte

sang: Ne ferait -il pas aussi bon qui rofnrde le Suntgau , on rasa les

mmsonnerieiy sécr']n-t4ï.,qu'a Greif- maisons extérieures, et Ton fit des

fenséef Ce fut encore Rechberg qui les pi uv lisions pour un an. Le dauphin ce-

sauva, et ils furent enfermés dans la pendant accourait poar dégager Farm*

four située au milieu du Rhin, àLanf* nourg, puis Ziiricn; il voulait punir

fenbnur?. les Suisses, dissoudre leur fedéra-

Fâlkensteia se retira dans le château tion , venger la noblesse, et tirer pour ^Farosbourg, non loin de Rlieinfel- la France et pour lui-même le plus deo. Berne , Luceme, Soleore et Bâie grand parti possible de son expédition* l'envoypiTnt «issiéger. Ces guerriers A l'npprorhp dp rrs trntipes , les camttaient brillants du désir de se venger; pagnards, effrayés de leurs excès, se il ne paraissait pas qu'il y eut des mu- sauvaient dans Baie , où Ton accueillait nilles ou des rochers capables de ré- quiconque apportait ses provisions sister à leurs assauts; on proposa de pour un an, et consentait à vendre te capituler, mais sans succès. Jean de reste h bon prix n la ville. Au camp fiediberg alors exhorta la garnison à devant Ziiricli , on ne s'émut pas tenir jusqu'à ce au'ii eilt appris si Ton beaucoup des rapports qui arrivaient lioofait espérer des secours. Dans la les uns après les autres sur les forces nuit iltrouva moyen de traverser le des Armagnacs , et Ton se contenta camp d"S ennemis, courut vers le d'Hi- d'envoyer six cents hommes de plus piiin, et dirigea de ce coté la marche devant Farnsbourg. ^ Armagnacs. Il n*eut pas de peine Le dauphin s^avança par Landscron, ^/déterminer le prince, car le pape château ae Burgard,IViônch, la vallée i^mit surtout la dispersion du con- de T.eymen et celle de la Bîrse jusqu'à ciledeBâle; il mettait à ce prix la Pfef(ingen. 11 envova le comte de Santtnlinnation de la pragmatique sar\c- cene à la téte de huit mille hommes tijMi de saint Louis. Le roi , au lieu oé occuper la plaine de Munchenstein , en ^ mille hommes qui lui avaient été prolongeant le Wartenberg dernière fJemandés, en pn\ omit rinquante mille, pointe du Jura. Ce corps était sou- Incorps d'armée fut dirigé sur IVIetz, tenu par le maréchal de DanHnnrtin un autre surToul et Verdun, un troi- qui s'établit à Muteoz. Bâle avait enliàne sur I* Alsiice. Le dauphin mar- voyé un de ses conseillers, Seevogei , am <^aTers leSumlgau,par Montbéliard. confédérés pour leur représenter le I nt^ déclaration annonrnit qu'on venait dnnger qu'ils couraient en se laissant fhâtier les Suisses ennemis de tout intercepter , et pour accélérer leur pouvoir institué par Dieu , et rendre marche. Les Suisses ne firent qu'en i ia France sa limite naturelle , le rire : Je ne suis point timide , s'écria Rîiin. L( s paroles les plus pacifiques Seeso^e\; ceque Je dis est irrai: ren^' tainaient cette pièce, où l'on deman- nemi s'approche; mais je reste avec <)3it néanmoins des subsistances pour vous» et vous verrez si foi du ccsur. vingt-quatre mille hommes. Les plus II fut décidé, pour satisfaire à l*arvaillantsetlesplusillustresseigneursde deur de Tarmée, que dans la nuit France étaient avec J>ouis. La noblesse quinze cents hommes iraient pousser alsacienne vit leur arrivée avec joie , on une reconnaissance vers Pratteln pour ^ porta au-devant d'eux. Les princes explorer la position et la force de l'enw TEmpire et Sigismond lui-même nemi, mais qu'on éviterait le oombat, conçurent de graves inquiétudes; et que surtout on ne passerait point la

»K comprirent qu'il était temps de son- Birse. La marche fut précipitée et s'exé-

( S^à des mesures de précaution. cuta avec une sorte de rage. Le 26 août,

Bâlepourvut tout aussitôt a iadeiense à 8 heures du matin, les Suisses rencon-

^Miaste enceinte; ce qui était d*ath trèrent les Armagnacs. GeaK«ci étaient

L'UKIVEES.

«Tcrtis de leur afrivée par des éelai* leurs et par la garnison de Farns!)Ourg. Le maréchal de Dammartin développa sa division , envoya cent cavnliprs pour attirer Tennemi, centautre;:) pour les soutenir, et œut encore pour le prendre en flanc. Quant aux Suisses, Seevogel et Matter eurent beau disposer la bataille, il fallut les abandonner à leur impétuosité. Le maréchal reconnut bientôt qu'il ne devrait le succès qu'à l'avantage du nonïbre; il se replia sur Mutenz. [Malheureusement ni ta fatigue, ni le danger ne purent rendre les Suisses dociles à la voix de leurs chefs. Ils mettaient en fuite plus de nnilliers d'hommes qu'eux-iiiPtnrs nVn avaient de centaines, et forcèrent les Francis de repasser la rivière. De la hauteur oiî ils étaient, c'est-à-dire, du rivagede la Birse, ils vo} aient la campnîznp jonchée de morts, Bâle bien delendue; la poussirre leur dérobait la connaissance du reste. Ouant à eux, ils n'avaient point éprouvé de pertes; ils avaient conquis des drapeaux, des chevaux, des caisses, des provisions et des munitions: forts de leurs succès, on ne put les retenir. Ils voulurent passer lapine, parce qu'il y avait là six cents hommes qui semblaient les braver et los provoquer.

Mon ioin du rivage étaient les trou* pes du maréchal : plein d'admiration pour les Suisses, ce corps avait fait sa jonction nver le dauphin, qui envoya liuit mille hommes pour observer la ^luce, de luçon qu'elle ne pût secourir l'ennemi , ni le recevoir. En effet, trois mille hommes sortirent de la porte Saint- A!!)nn, espnrnnt faciliter ' aux Suisses les moyens de se retirer dans la place. Ces trois mille hommes allaient être coupés, quand les gardes dn la tour jetèrent des grands cris et firent tous les siîznaux d'alarmes. Cette troupe rentra tristement dans ses murs.

Cependant les chefk suisses rappelaient les ordres qu'ils avaient donnés en quittant Farnsbourg; ils faisaient ressortir les avantages de la position qui permettait d'attendre des secours en gardant le cours de la BIrse ; ils réclamaient l'obéissanoe an nom de Thon*

neur et du serment , le tout en vain f

on eût dit que les ombres vengeresses de Greiffensép poursuivaient les soldats. Ils se jetaient dans la Uirse et gravissaient la rive opposée sous le leu des pièces ennemies, et en face de ses innombrables bataillons.

Toute l'artillerie française fit feu :

alors Jean de Kechberg avec six cents cavaliers allemands , et après lui toute la puissance des Armagnacs, s'avancèrent avec impétuosité contre les Suisses : ceux-ci ayant passé la Birse et longé l'étang de Suint - Alban , étaient parvenus près de Saint-Jacques, non sans éprouver des pertes notables. Il ne leur fut plus possil)Îp de . se reformer, car cinq cents hommes se trouvaient interceptés entre l'étang et ! la rivière, et cernés de toutes parts; les autres se virent forcés de se frayer un chemin vers BAIe ; mais dans ce moment mènie les Balois étaient contraints à la retraite par les Anna- , gnacs postés à Sainte-Marguerite. Les cinq cents Suisses, épuisés à force de 1 vaincre, fatigués de Ta marche et cer- ! tains de la mort, s'emparèrent du cimetière de Saint-Jacques. Mais leur perte était évidente , ainsi que la desinirtîon de ceux qui étaient dans la plaine. Le dauphin voulait leur offrir une capitulation, bien persuadé que chacun vendrait cbèrenient sa vie. Alors ; Pierre de Morimont supplia le maré- ; chil de Dammartin de n'épargner personne , tant la noblesse était irritée contre les bourgeois et les' paysans.

Trois fois les Suisses repoussèrent ' les assaillants du cimetière de Saint- Jacques, tandis que leurs valeureux compagnons périssaient dans la plaine; deux fois ils exécutèrent de sanglante sorties , répandant partout la terrsur et la mort. Il fallut pour renouveler . l'assaut les exhortations et les reprocher des chefs; enfin l'artillerie ren- , versa 4à muraille derrière laquelle étaient retranchés les Suisses. Des chevaliers allemands pénétrèrent dans te cimetière : les Aniujunacs mirent pied à terre, le combat eut lieu d'homme à h(HDme» et Ton mil le feu à la tour' dont les Suisses avaient détruit reS*|

Suisse.

Calîer. Après plusieurs semaines on trouva sous les voiUes, quatre-vinj^tdix-neuf hommes étoufTés , desséchés d écboot ocmtre les murs. Tous ks autres, sans aucun sentiment de la dooleur, arrachaient souvent de leurs blessures les traits dont ils étaif* nt percés et les renvoyaient à i enneuii ^ eu Tain leur sang s'écoulait, en Tain les forces les ouittaient. Ils combattaient toujours : I un se défendait à genoux et Pautre d'un seul bras. Nul n'expirait qu'il ne se fûteiitouré de cinq ou i^ix cadavKs. Après dix heures de combat , à rexception de dix hommes qui avaient étpcoitpés de leur corps d*""; lepassag;ede laBirse, tous IcsSiiisscs étaient couchés sur le champ de bataille. H y en avait, tant à Saint-Jacques que dans la plaine, onze cent quatre-vingt-dix. Au f'cntraire , du côté de Prattein , et justiua la Birse , irisaient onze cents chenaux et huit mille morts; à Saint-Jacqociilest Reding, frère du landam* man, était tombé avec tous ceux de Schw}lz. Un seul osn leur survivre; ies nombreuses blessures ne Jni servirent point d'excuse , et il lut toujours fol^ de la haine publique. Glarus trait perdu Tsehudi, fils du landam- •nan, et Werner ^â\i respirait encore, quoique évanoui sous le poids de sept blessures, li vécut , et, dans une vteiHene aTanoée, fut le chef de son cantoD. Le capitaine d'Uri , Arnold Scbik, Jean ^întter. cripitainedes Bernois, et le Bàiois Seevogel, dont le cuufage n'était plus douteux, doranieDt sur le champ de doufeor avec tetts leurs soldats. L'histoire a retenu un trait d'héroïque Justice qu'il ne faut pas omettre : I un des plus ardents moteurs de la guerre, Burkaid HÔncfa , était reste pendant la bataille renfermé dans son château de Munchenstein. Après la victoire, il se promenait avec d'autres cavaliers, et ptiiddtit Que leurs chevaux loulaient aux pieds les cadavres, il se réjouissait devoir un de ces héros tiux prises avec la mort : pour rendre ses derniers rooments plus amers, il s'érrîn , u riant : /Vous nous baignons aujour- Atd dans let rases* L'indiguation

rendit la vie au guerrier : Mange une de ces roses, dit-il , et d'une main assurée, il lui lança une pierre sur la visière, et lui écrasa les yeux , le nez, la bouche. Aveugle et sans voix, Burkard mourut en inoins de trois jours, et ne fut point inhumé dans la sépulture de ses pères.

Le dauphin jura que jamais il n*avait vu de pareils hommes , ni remporté une victoire qui lui laissât a déplorer la perte de l'ennemi , autant que la sienne. Dammartin , Sancerre , les Pères do concile, tout ce qu'il y avait dans ce pays d'illustres étrangers, s'iînirrnt dans wv rmmmmç admiration de ces braves qui avaient del>eaucoup surpassé l'action des Thermopyies. Louis leur fit rendre les derniers devoirs ^ les Bâlois. On prit soin de ceiiT qui res[»irr!f('r»t encore. Soleure et Ueriit" firent lever le sici;t' tie Farnsbourg et celui de Zurich , car le bruit se répandit que ces villes étaient ellesmêmes menacées par les principales forces de France et de Bourgogne. Un émissaire de Thuring de f lallwyl avait pénétré dans Ziiricb. et y avait donné la nouvelle du massacre des Suisses* La joie qu'on fit éclater demeurera comme niir tnrhf étcrnrllr chus l'histoire de celle ville : un sunn;) toutes les cloches, on lit retentir les laniares. Les assiégeants n*en connaissaient pas la cause ; mais du haut des murs on îeiir rriîiit les nom?? di^ l^irse et de l anisbourg; enim un messager de Bùle vint annoncer le désastre. L'artillerie de Berne fut conduite à Baden sur la Limmath, et la bannière avec celle de Soleure se concentra à Lenzbourn. Zug et Lucerne prirent ensemble une position, et toutes les autres bannières rentrèrent dans leurs cun* tons. Les Zurichois avaient fait une sortie, et jeté beaucoup de désordre dans l'arrière -garde, en se rendant maîtres de tout ce qu'on n'avait pas encore enlevé du camp.

Mais des querelles s*élevèrent entre le dauphin et l'empereur: Louis se plaienait de ce qu'on un'W point pourvu a l'entretien de son armée , quoi<^u'il fiQt venu dans l*intérét de la maison

rUKIVERS.

d'Aotriche; il demandait ponr continuer In guerre qu'on lui livrM le trésor de Sigismond, attendu que [Kir un article secret, li était dit qu'il épouserait une |>rince8se française. Fradéric se récriait contre cette publication d^un article secret , il se rf fusait à livrer à 1 aval ire des sommes gui appartenaient à son paient, se plaignant de ce que les troupes du dauphin campaient cbez ses sujets au lieu de faire la guerre aux Suisses; enlin il accusait Louis de traiter avec eux , et en effet on négociait. Leduc de Bourgogne ne se souciait de voir régner sur ta Suisse, ni la France, , ni l'Autriche; il fit sot)*; main disposer à la paix les confédérés réunis à Zophingen, et il y employa les comtes de Valengin et de Neuiciiâtel , qui étaient liés avec Berne de combourgeoisie. Les conférenees eurent lieu à Ensisheim.

Ledau[)liiri y conclut la paix avec les nobles , bourgeois , eauipaguaids de Bâle , Berne , Luoeme , Soleure , Un , Schwytz,Unterwalden, Zug, Glarus, et leurs sujets, et promit d'en agir envers Louis , duc de Savoie , Jean , comte de Fribourg et Neufchâtel , Jean, comte d'Arberg et Valengin, comme si jamais il ne leur eût fait la guerre. On stipula liberté entière du commerce dans tous les États du roi très-dirétien et du dauphin. Gelui*ci s'engageait à contraindre à la paix les nobles qui avaient déclaré la guerre à Bâle et aux cantons. En conséquence de ce traité , ii ne viendrait youit avec son armée dans les eantons. Il essayerait de se faire médiateur entre eux , Ziirich et l'Autriche, sans que le mauvais succès de cette négociation pût en rien invalider le traite , qui devait être juré sur l'Évangile par tous les chefs présents et par tous ceux qui surviendraient. 11 fut si£^iié !e 28 octobre 1444. Bâle, beaucoup d'autres viiies, et le pape Félix V, crurent devoir acheter le repos en satisfaisant à une oontribution en argent réclamée par le dauphin; mais Tes Suisses ne donnèrent pas un denier, et deux mois après le maliieur de Saint-Jacques, on les V(Nt traiter avec la France d'égal à ^al. D^is la levée du siège de Zurich,

les Suisses n'avaient pas cessé de tenir

la campagne et de faire du ma! à l'ennemi. Le lac était à eux, p.n-çc qu'il était croisé en tout sens par un grand vaisseau portant plus de soixantendix hommes et de Tartillerie. Glarus était rentré dans la possession du pa} s rîe Sargans, momentanément envahi [jar les Autrichiens pendant le siège. Cependant les déclarations de guerre de tous les seigneurs allemands arrivaierjt les unes a|)rès les autres. Ils tentèrent une surprise sur Baden : un matin , à la faveur du brouillard , et revêtus des insignes des confédérés , ils s'introduisirent dans la ville; mais les bourgeois, éveillés par le bruit des cavaliers , coururent aux armes et les chassèrent, non sans perdre leurbrave avoyer. Les essais de négociations , que l'éveque de Baie et les villes de Souabe tirent à Constance, avortèrent, les Suisses ne voulant ui céder un pouce de terre , ni payer un florin d'indemnité. Ils serraient Rapperschwyl de si près, que les chats, U's souris y étaient ' ' regardes comme les mets les plus dé- ' licats , et qu'on voyait des enfants mourir de raim. Le duc Albert rava* ' gea le bailliage de Gruningen. Deux vaisseaux fabriqués à Brégenz furent vus sur le lac à Meila : ou les avait fait venir jusqu'à Diessenhoven sur le lac de Constance et sur le Rhin; de là, ils avaient été amenés sur des cîmrints h Zurich, où on les avait chan:( s de provisions pour Rapperschwjl, tandis que le duc Albert et le margrave protégeaient Texpédition par terre. Dans le même temps le pays de Sargans fut surpris par Brandis, arrivé de l'autre rive du Rhin avec six mille hoiiimes; il entra dans Walenstadt avant que Glarus pût y porter secours : il fallut se borner à garder la frontière. Au milieu de Tin ver, on vengea cette surprise en ravageant les terres de Brandis au delà du Rhin , en revenant devant Sar2;ans , en le [)illant, en y mettant le leu , tandis que le comte se , renfermait timidement dans les murs I du château et gémissait sur ks résultats de son expedittOtt. A Bâle, la conduite de la noblesse amena une mesure

SUISSE

qui priva des droits de cité tout homme <iui De Tenonoerait pas aux fiefs étrangers. Elle afflige.! les Baerenfels , les Rotbf rg , les Offenboiirg, et d'autres familles qui avaient rendu de ^^rands services a la patrie, dans la guerre comme dans la ^ix; mais elles ne sacrifièrent point a Pesprit de parti. On lit des expéditions contre les châteaux des seigneurs gui avaient favorisé les Annagnacs : celui de Blotzbeim appartenant aux d'Eptingen ; celui deDurmenach aux Flaxianden , furent pris tous deux. Quelques excès de Pierre de Morimont furent sévèrement réprimés.Les Bâlois firent aussi une incursion sur Otmarsheim, ne respectant ni la sainteté du monastère, m les dames qui wivaient. Soleure envahit la seigneurie de Ferette. Rheinfelden s'unit à Bâle pour dix ans, malgré la noblesse qui oocupait la citadelle. Elle est au milieu du ileuve, sur un rocher que battent les Ilots écumeux du Rhin. La ville était comme le boulevard de TArgovie; la voyant atta^u^, Berne, Soleure et I^lle y envoyèrent garnison ; déjà Jean de Faikensteiû avait tenté l'assaut.

Les confédérés rompirent le pont , qui do fort commiihique avec la nve droite, pour empécuer les provisions d'arriver : alors on attacha une rorde au moyen de laquelle les {nov irions passaientdans une corbeille, de la tour de la rive droite au fort. Les machines de l'arquebusier Stuber y faisaient de fortes brèches; il ne paraissait plus tenable. Le duc Albert entreprit de porter secours , mais il ne put tenir sur la rive du Rhin , tant le feu était bien dirigé. Dans le fort , les nobles craignaient pour la vie de Hnllwyl et de Jean de Falkenstein , dont les assiégeants ignoraient la présence, car les Autrichiens avaient donné Texemple de décnpittr 1rs prisonniers. La garnison proposa donc de se rendre si on lui promettait qu'elle pourrait se retirer. Sur la question qu'on lui en flt, Ulrich Sdiiitz jura qu'il n'y avait point de nobles. A la chute du jour, ces implacables ennemis de la Suisse sortirent à la faveur d'un dé^^uisement. Us descendirent le Ehin jusqu'au petit

It* llmîfoii. (Suisse.)

Huningue, et dans la nuit ils vinrent

rir un détour, rejoindre le duc qui était Seckingen. I^s Bàlois retrouvèrent

parmi les déccml res la pièce qu'ils .1 vn ient abandonnée devant Farnsbourg. On prit beaucoup d'artillerie, une quantité de provisions , et Ton trouva tonte la correspondance de Guillaume deGrunenberg sur la marche des Armagnacs.

Dix mille hommes de Bâle, Soleure et Berne, marchèrent sur Seckin^ea en ravageant le pays. Cette petite villa s'ét lit formée peu à peu autour du couvent de Saint-Friuolin , autrefois propriétaire de Glarus. Ou sut gré à ce canton de ne point envoyer de troupes contre Tabbesse de Saint- Fridolint son ancienne princesse, et de re^nr- (i( r comme des alliés les bourgeois de la ville. Ijri, Lnterwald et Lucerne prirent part a l'expédition. Les Bâlois et les Bernois se disputèrent la préséance pour donner l'assaut , et cette querelle empêcha les confédérés de réussir aussi bien qu'ils le faisaient ordinairement avec des forces de beaucoup inférieures. Nous ne ferons qu'une simple mention de Texpédition contre ISeuDOurg, entreprise pour se venger de quelques pillages : elle fut roccasion de rendre à la noblesse ses droits, et l'on comprit, après un premier désastre , qu'on avait besoin de l'habileté de quelques chevaliers. A la tin de cette expédition , le bâtard de Ramstein fut nové , nialgrf' toutes les promesses qu'ail faisait pour racheter sa vie par la plus riche rançon.

Une autre expédition fut tentée par Jean de Rechberg ponr s'emparer furtivement de toute I Ar^ovie; mais Pilgrimm de Heudorf qui devait amener quatre mille Autrichiens, ne parut point. Rechberg fut donc repoussé des murs de Brugk, à peine i-elevés de leur récent désastre; il y fut même blessé:

sa présence d'esprit put seule le tirer de ce mauvais pas. Le frère du bourgmestre Stussi nt aussi la tentative de surprendre Baden, il y partit dans Tarricre-saison à la tête de quatre mille hommes. Il avait des intelligences dans la place ; mais elle fut si bien d^endue qu^il Mut se retirer.

L'UNÎVERS.

Ruf ces entrefaites on se disputait la possession du lac de Zurich , comme flti gt-andeis puissances rivalisèrent de-

i»uis pour rernpire des mers. Zôrîch alsait construire des bâtiments et de grands radeaux ; Schwytz rimitait, son fadeaU avait ceut vingt pieds de long six isents hommes et dé Tafctillerfe. I! était entouré d'une galerie (fet surmonté d'uh toit. L'effet de cette machine qu'on appelait VOurs, était tërrible. Le duc Albert étant à Zûrich, les soldats de Schwytz dirent qu'ils Voulaient lui donner un feu de joie , et ils allèrent sous ses yeux , sans que

Sërsonne osât les en eiîipècher, incenifcr lè VillàM de ZoUicon ; toaUMM ils petisèrent étirè les victimes de leur témérité : un ingénieur ifiiadna une machine à crochets amarrée avec une corde à la porte de Zurich j cette nia- <!hine se cram))onna si bien à leur radeau soiis les pontons, qu'on put l'attirer vers la ville; heureusement pour l'équipage que le câble rompit. Rap-

Serscnwyl désormais 8*apprbvisionait par tenre et par eau. Dans une de ces escarmouches, le commandant de Gruningen, Werner OEbli,tua de ia main tout autant d'ennemis qu'il avait rapporté de cicatrices de la bataille de Saint- Jacques : il avait brigué ta conduite des avant-postes , unique-

roie et le Canard.|II y eut un rombat naval fort opiniâtre entre l'ile d'Ufnau et Maenidorf : les bâtiments des confédérés fùrent mis hors oe combat.

Par une des plus froides nuits 4 blver , le garde de nuit de Wolirau, non loin de Pfeffikon , au-dessus du lac , aperçut des vaisseaux ennemis ; il vit gu*à Rapperschwyl il se faisait de grands mouvements. D'un autre côté, Jean de Rechberg arrivait par terre avec des soldats de la forêt P^oire, accoutumés à gravir les sentiers les plus éscarpés; enfin kapperschwyl fit une descente sur la presqu'île de'Hurden; ces forces étaient considérables, c'était toute la bannière. Hechherg avait brûl^ le poni de Scbindellegi pour àUst toill

moyeii de retraite ou de renforts aux Suisses peu nombreux qui étaient à Pfeffikon. Aussitôt que le feu se.niarnifesta sur le passage de l'ennemi , le capitaine des Suisses crut que c'était une ruse pour l'attirer loin ou lac où se ferait la principale attaque, il vivait erreur ôè pari et d'autre , comme il at*rivedU clair de lune ; les confédérés ne connaissaient pas la force de Uechberj^, et celui-ci était loin de se douter qu'il n'avait affairé qu'à deux cents hommes : se croyant trabi, il se retirait, quand la plus crande partie de la {garnison de Pfeffikon se porta sur tVollrau. Chacun donnait avec fureur sur l'ennemi qui cherchait à regagner la hauteur. La confusion était leiie que les Zurichois se tuant eux-m^tnes, égorgèrent leur banneret et plusieurs niembres du conseil; enfin le soleil larut, et ce corps , mietix avisé , s'efbrça dé regagner le lac pour foire sa ^ onction avec les navires. Les Suisses ' )rirent position sur une hauteqr d'où Is redescendirent avec impétuosité , quand les Zurichois se furent postés près.du cimetière de Uf-Grâzzen , derrière un fossé et une haie. Ils attendaient la du renfort; mais PfefUlion était entre eux et fiuraen , où les lïtiments des Suisses avalent étéiort maltraités et abandonnés. On les aliénait, quand un guerrier qui portait ordinairement la Dannière devant le banneret oui venait de périr, la tiira ^rtlvement de son manteau et la montra aux équipages; à cette vue ils comprirent l'étiindue du désastre et se retirèrçqt , laissant quelques vaisseaux çoiir charger les nports. Pfeffikon n'avait pas été eatamé : on entendait çà et la des troupes qui accouraient au secours de St ii\Tytz. Rechberg, pour couvrir son départ, mit le feu aux maisons de t'reyenDach ; les confédérés n'avaient perdu que quinze hommes ; mais leurs na y i/cs . étaient au pouvoir de Zurich qui les brdla. 1

Quelques petits combats près du iacde Walenstadt et dans laThurgovic, une surprise inutilement tentée sur Wyl , tels sont les événetneu ts de peu d ' i mpo r-

iaiioeqttlkllttoiteett6àcaon.Le8Att-

PUISSE

tHéliiêhs voulurent aussi envahir AppenzeU. On s'était réuni au cbâteau ae Khêineck, on avait gravi la montagne

Erès du champ de bataillé de Wolnh alde, lorsqu'une brusque attaque occasionna une fuite générale. La noblesse y perdit beaucoup de monde; le aedl eiploit qiii mérite d'élre tapporté avec quelque détail « c'est la bataille de Ragatz , parée qu'elle eut de l'influence sur les négociations entamées depuis si longtemps , toujours iofimctueu^es, toujours abandonnées ou transférées de ville en ville.

Le chevalier de Rechberg persuadé qu'oïl ne pourrait vaincre un ennemi aussi redoutable que par des masses, eut recours à Wolfbara de Brandid ; il s levèrent une armée de six mille hom- )nes dans les navs qui séparent le lac de Constance de i'Adige, et la réunirent àVadue.Là eiroonstance paraissait vorable : Bâie et Soleure redoutaient les soldats des Armagnacs, Berne était en dissension avec Soleure. Le projet ^it de passer le Rhin. AppenzeU en avertit les confédérés. Les Glarnais désiraient prendre possession définitive du pays de Sargans , d'où l'ennemi pouvait toujours les inquiéter, ce Qtti les empêchait souvent de prendre part à des expéditions lointaines : on voulut donc surprendre l'ennemi au delà du Rhin pour se rejeter sur Sargans; mais le contingent d'Appenzell, On tte sait pourquoi , manqua au rendez-vous. Cela n'empêcha pas les vSuissesde s'avancer en vainqueurs jusqu'à Kagatz. Ils passèrent le Rhin plus iTune fbis, et puoirent Brandis en ravageant les terires de ses vassaux. Cen était fait du pays de Vadnz, si une crue subite du fleuve n'eût mis fin à Ces incursions. Déjà il y avait lieu de supposer que la campagne se ter m i n e r a i t sans action décisive, et les confédérés ke tenaient à Metz sans soupçonner aucune attaque. Toup à coup Rechberg l^ssa le Alun aveb toute son armée et s'établit à Ragatz. Les onxe cents confédérés en furent promptement informés : ils ne soncçèrent pas à la retraite : loin de là, ils prirent position sur iliie faaulMIffi M hésitait si on atten-

drait Tennemi ou si on Tirait chercher. Les Glarnais regardant leur bannière où ^^ait l'image révérée ile saint Frif dditt^ s*écritfent : Celui qui par

amour pour son Dieu est venu des extrémités de la terre, ti'ohtiendra-t'il pas de Dieu que den^ain^ Jour de sa /été, sa baimèrM sqit tnimpnanle comme toi^omf JDku e# saint /r^ dolin sont avec nous. On marcha dpqc à l'ennemi, en silence et les rangs serrés , ep se dirigeant sur Wongs, , Le lendemain, quand les jSuissessenairent en mouvement, l'armée de Recliberg était à peine éveillée ; il s'avança à la téte de quelques cavaliers , recgqr m% W Reding , et derrjèré lui les Suisses. Aussitôt il rentra pour pàiiger ses troupes , les cavaliers au centre, l intanterie aux deux ailes, l'artillerie en avant, un corps de réser^^p sur les derrières. On voulait faire tipe trouée au moyen de l'artillerie ; la cavalerie devait ensuite y pénétrer et sabrer tout ce qui se présenterait, tandis qu*à droite et à ^ouche i'inl^nterie prendrait l'ennemi en daao* it9^ Reding, digne de son père par son couraae, son habileté, son éloquence, et Jost isclmdi, respecté depuis trente ans dans les diètes et daos .les ba-* tailles, firent chacun aux soldats de courtes allocutions. L'ordre de bataille de l'ennemi n'était pas enpote complété, que déjà Schwyts et Glàfl^ avaient donné avec vigueur. LesjHI»

valiers de Rediberg attaquèrent : son artillerie n'avait pu jouer avjcc gyçcès, et bientôt une chareq irré^i&tibÀe lut exécutée par les Suisses^ Iifl. noblesse se rappela involontairement les massacres de Sempach et Naîfels , elle ne put tenir en présence des mêmes ennemis. Bientét Tarmée se débandai les chevaliers fuyaient à bride abattue, les fantassins étaient tués par centaines ; tout eiU péri sans un mouvement de la réserve. Chacun voulait être le premiet à repasser le Rhin* on ne cherchait pas même le gué ; beauooim de chevaliers se noyèrent, et les confédérés en tuèrent encore en les visant au milieu du fleuve. L'urliilerie et les magasins tombdnmt en leur poufiiif • On

L'UNIVERS

féta saint Fridolin , ci l'on consomma gaiement les vivres préparés pour six raille hommes. Uennemi fut entièrement décoaragé , et Ton résolut de célébrer éternellement cette journée.

Toutefois !a victoire n'ont nns le résultat qu'on en devait attendre; faute d'artillerie on oe put prendre ni Sargans, ni Walenstadt; le pays rentra donc sous l'ancienne domination En général , les cantons ne s'inquiétaient pas assez de l'intérêt de chacun d'eux en particulier; au lieu de protéger Glarus, ils se contentèrent d avoir ajouté à leurs trophées un impérissable fait d*arnies.

Le commandeur de Saint-Jean , Hugues de Mootfort, faisait de grands efforts pour amener la conclusion de la paix; ami des deux partis, il indiqua une conférence sur le lac même , auprès de WsBdiscbwyU sa conunanderie. Les plénipotentiaires avaient chacun un navire; pour lui, il passait et repassait en nacelle, et les exhortait à la concorde. Rechberg assurait qu'il était disposé à la paix; mais il voulait toujours qu'on rendît à l'Autriche ce dont on s'était emparé pendant le concile de Constance, et à Zurich, ce qu'on lui avait pris. L'électeur fialatin, ceux de Mayence et de Trêves, intervinrent; ta négociation du lac n'ayant pas eu d'effet, ils indiquèrent une réunion à Constance: les seigneurs avaient perdu leur arrogance depuis la journée de Ragatz. Le palatin y vint avec une suite de trois cents chevaux, et les grands maîtres des ordres tcutoniques et de Saint-Jean. I.es confédérés y envoyèrent les hommes les plus hahiles et les plus considérés, tels que l'ancien avoyer de Berne, Rodolphe Hofmeister, et Ital Reding. Le comte de JHeui» châtel y parut pour le duc de Savoie; on y vit niis^i beaucoup de conseillers des villes impériales. Les réjouissnnces et les plaisirs conciliaient les esprits; de son cdté, le palatin ne négligea rien pour mener son ouvrage à bonne fin; enfin, le 9 juin, les préliminaires furent signés entre le duc Albert, les villes de Zûricli , de Bâle, de Fribourg , de Bme« et tous les confédérés. Cette

convention remettait à des arbitres le soin de prononcer entre Zurich et les Suisses : il en devait être choisi deux par chacune des puissances belligérantes, pour commencer leurs opérations dans deux mois à Kaiserstuhl, et les terminer dans vingt et un mois au plus tard : s*ils ne pouvaient s*accorder, ils dioisîssaient eux-mêmes un sur-arbitre dans une ville libre de l'Empire. Ital Redini^ ne ronsentit qu'avec peine à cette ^érogalioii aux traités de la confédération , qui faisaient décider tous les différends à Einsiedein sans aucune intervention étrangère. Cette nouvelle fut reçue avec enthousiasme dans toutes les parties de la Suisse; le dimanche, jour de la Trinité, les cloches sonnèrent , et firent connaître à tous que ce$ temps de mallieur étaient enfin écoulés.

Devant les arbitres comparureiU les envoyés des confédérés et ceux de TArich; la principale difUiculté consistait à décider si cette ville avait pu se liguer avec l'Autriche sans violer ses devoirs envers la fédération : Zurich demandait h en être affranchie ; elle réclamait de plus les conquêtes faites sur elle et des indemnités. Au fond, tout dépendait de la solution de la première question. Les deux arbitres suisses décidèrent que Zurich rentrerait dans la confédération. Les deux arbitres de Ziirich comprenaient bien qu'il devait en «tre ainsi, mais ils n*osaient le dire, et se jetèrent dans des moyens dilatoires; car, agir autrement, c'eût été s'exposer a de grands dangers de In part de la populace. 11 lut donc convenu uue le sur-arbitre déciderait, et Ton choisit Pierre d'Argun, bourgmestre d*Augsbourg, homme puissant , qui, dans sa ville, jtmait a peu près le rôle qu'avait si longtemps soutenu Rodolphe Brun à Zurich. Il fallut que le palatin, les électeurs, et ses concitoyens euxmêmes, le suppliri'-sfMît d'accepter cette mission délicate. Lutin, il s'y décida, essaya vainement de concilier les uns avec les autres, étudia tous les titres, et se réserva le droit de prendre conseil où il voudrait , et de prononcer ensuite avec une entière autorité. Environ trois mois plus tard , il convoqua les inté-

SUISSE

ressés à Liiidau , fit de nouveaux efforts

£)ur jparvenir à une transaction , puis , vant solennellement les mains, jura de décider le litige comme il convenait à un homme juste; tous 1rs esprits étaient (Inns la plus vive émotion.

Pierre Goldschmld, dit-il, et liai lieding ont bien Ji^jé; il faut que ZUrieh s*eii tienne à tous les arwdes de (a ligue éterndle. Ces paroles produisirent un elïet indicible, on eût dit que la foudre était tombée sur Zurich; la consternation 3^ fut universelle, on sonfi;eait même à une nouvelle guerre.

De In part du bourgniestre Argun, il y avait du courage à se montrer si iodépendant; il était en rapports fréquents avec les souverains, surtout avec Frédéri(" TTT; rritillciirs Hrflihcrii et Irs rhevjiiers de la S^ nuilic pouvaient s'en venger. U se munira grand dans cette circonstance. Désormais ami, et non plus juge, il fit venir à Raden les députée des dnix parties en présence de ceux de cinq villes impartiales : là il fut reconnu, malgré les répugnances des confédérés, que pour cette fois seulement il serait nécessaire de choisir un sur-arbitre étranger pour terminer le différend qui devait se débattre à Einsiedeln, devant les arbitres qui avaient précédemment siégé à Kaiserstuhl : la s'élevèrent de grandes difficultés sur les indenmités prétendues, sur la rupture du traité avec TAutriche , sur la remise des conquêtes. Les arbitres rendaient des décisions absolument opposées, et ne s'accordaient pas sur le choix d'un départiteur : l'abbé a*EinsiedelQ resta dépositaire des pièces , et on se sépara. Après bien des débats, on se revit au couvent de dppcl, entre Zurich et Zug; il fut décidé que Zurich re))rendrait tout ce qu*on lui avait pris : Wadischwyl , possession de Saint-Jean, devait ètrr la limite entre Sclwytz et Zurich , coniine par le passé, (^uànt à la question auvicbienne , on la remettait toujours à un arbitre; mais on ne put s'accorder ; on se borna à en présenter plusieurs, dont les noms furent envoyés, sans aucune observation , a Ueberlïngen, avec prière  Tavoyer et au conseil de cette ville

de le désigner parmi tous ces candidats. Ueberlingen ne refusa point ce service à l'amitié des Suisses, et désigna Henri de Bubenberg, chevalier, seigneur de Spicsz , avoycr de Berne.

Après avoir lu et relu , médité et consulté pendant un mois, ce magistrat, dont toute la Suisse révérait la sagesse , fixa un jour où Ton revint à Einsiedeln: là il déclara que le jupeinent de Pierre Goidschmid et ital Reding devait l'emporter, dit que la ligue de Zurich avec rAutricbe était illégale, Tannula, Fa* bolit. Ainsi Ouit la fiuerre qui, depuis quinze ans, ensanglantait et ravageait ce beau pays ; elle ne changea presque rien à la droonscription des États.

Les différends avec rAutricbe furent plutôt assoupis que terminés par un traité : chaque seigneur avait à porter des plaintes plus amères les unes que les autres, chacun accablait les confédérés de réclamations. Les Suisses s'en inquiétaient peu, faisaient valoir leurs droits , et répondaient que c'étaient des £iit$ de guerre dont personne n'avait à rendre compte , qu'enfin il y; avait compensation. 11 n'y eut pas moins d*amerfume dans le litige de Bâie avec l'Autriche, liniifi toutes ces notes, ces |)laidoyers écrits , cessèrent par Taudacieux coup de main de Guillaume de Grunenbergsur Rheinfelden. Cette ville, toute dévouée aux Suisses, n'avait dans ses murs que des plénipotentiairesdeBAle, Berne et Soleure, dont la pr^ence attestait le droit de leur cité : cependant m l'Autriche l'avait engagée à Grunenberg. Impatient de ne pouvoir s'en emparer, il pria l'infatigable Rechberg de le seconder; Thomas de Falkenstein , l'auteur des malheurs de Brugk , ne manqua pas de s'y joindre; on y vit aussi Bmmeneck, et Hastadt, Ulustre seigneur d* Alsace; enfin, on promit tout le secours des Bourru îcrnons et des Français. En un jour ue îéLe, pendant le service divin, parurent devant Rheinfelden des bateaux chargés de bois, sur lesquels étaient quelques hommes en longs habits gris. Ce sont des pèlerins, dirent les oateliers; Us reviennent de Notre-Dame des ErmUes, et veulent iHner, Mais tout k

L*UNIYERS.

coup ces prétendus pèlerins jettent leurs manteaux, et l'on voit briller le3 cuirasses ; la gardç des portes fu^ égorgée; cent vin^t cbmbafttants tâches dans le bois s'élancèrent aus- 'sitôtdansla ville: tout ce qu'on trouva dans les rues fut tué, les magistrats furent enfermés; il n'est sorte d'exni de' dêsardre qii'pn ne se perçut. Les nialheureux habitants saùlaîent, les uns à bas des mUrailles, les autres dans le Rhin; enfin, on chassa tputis la population , hommes , femmes , enfaob, sans leur laisser un denieé pour leur subsistance. Ils furent recueillis à BâIe , tant à l'hôpital que chez des particuliers. Les vainqueurs se partagèrent le biitia; i» eurent chacun ttoifi wats florins. Les Bâloîs en tirèrent vengeance; ils battirent Rerliherg auprès de Ueffingen, blessèrent Thomas de t^alkcnstein, et Dunirent Grunea- |)erg par la destmcnon de Binzheim.

En vain Éptlngen eut l'insolence de leur déclarer la guerre en son nom et de la part de son cliien (c'était peutêtre un jeu de mots, une allusion aux Armagnacs, car le chien s'appelait t)auj)hin) , ils brillèrent son chAtean de Blociimout sur le Blauen: pour lui, il Jl'ut pris et jeté dans les fers. Les evénejDacnts bâtèrent la conclusion de la naix; ejle fut négociée à Brisach,par révêque Frédéric et le margrave Ja- .cob, le palatin étant déjà atteint de la DKiladie dont il mourut peu de temps après. Rhemfelden fut rendue h l'Autriclie, et le dur permit de rétablir les anciens bourgeois. Dès que les seigneurs l'apprirent, ils brisèrent les portes, les feoâtres, les fourneaux, chargèrent sur des chariots tout ce qu^on pouvait emporter, et ne laissèrent à ces infortunés que des propriétés dévastées.

La guerre avait coûté à Ziirich des sommes immenses; la peste, la disette .et les combats avaient réduit sa popuktion d'environ moitié; jamais le prix aes loyers n'avait été si bas. La viHe avait sur le margrave une créance de vingt et un mille florins; les soldats étrangers devaient aux bourgeois. Les puisses, oubliant tout ressentiment,

secondèrent Zurich pour opérer la rentrée des sommes que l'on n'avait avancées à l'ennemi que pour leur faire la ^erre. Cette uiiHin fit 'ObniiA^ndre an Que dTÀutrichtt qiie la fidssession de Kybourg ne serait pas paisible; il la céda en compensation de cette prétention, et s'arrangea avec le margrave, dont il aâieta léS drôits sur Bri^enk (st Ôohenek.

Les boucs , ces braves défenseurs dè Zurich, n'avaient point encore fait leur paix ; les Suisses n'oubliaient point les offenses ët les maUx quMIs en avaient soufferts. Voyant qu'ils étaient obst.ic le au bien publfc, ils se présentèrent devant le bourgmestre et le conseil, et dirent quMls sauraient poiirvoif ft leur existence, suppliant seulement qu'on leur gardât les sentiments paternels qu'on leur avait montrés jusqu'alors.

Aussitôt ils quittèrent la ville , et ache têrent, dé l'autre côté du Rhin , Un ehèteau appelé Hohenkrayén; là ils attendirent du temps et du refroidissement des haines un meilleur sort. Ils ne laiissaient point passer une séble «ssembléé sans interceider, mais toujours sans succès; si bien qu'à la longue ils trouvèrent des défenseurs même parmi les Suisses , et qu'un jour Friesz , landaniman d'UrI , dit que s^Us se portaient à de nouvelles hostilités , que sHls s^emparn'wnt de la persojme d^un illustre cunjëdèréy on ne pourrait leur en vomdr. Ce discours fût rAppoHé aux boucs. Or il arriva qu'un jour FriesK s'en revenait de Ziirich sur un bateau , à un endroit où des arbres ombrageaient une baie du lac; tout à coup il en sortit deux nacelles chargées d'honomes armés : c'étaient les boucs. Ils lui crièrent : l.andamman Friesz dU/ri, vous êtes notre prisonnier, ne craignez rien. Lui , sans manifester d'émotion, dit en passant à leur bord :

vous ai donné un bon conseil, camarades; mais f ranch ement je ne croyais jms qu'il dût vi' atteindre. On le conduisit à Hohenkrayén, oâ II Ait tr^honorablement traité, et il écrivit aux confédérés qu'il fallait maintenant acheter trois cents florins la paix qu'ils n'sH valent pas voulu donner. Itai Kcdifl|^

SUISSE

lif

({({laMer la somme, et les boucs promirent une fidélité aussi inébranlable que l'avait été leur courage. Leur io»

cié^ (jura autant que la Suisse.

Dan leg dernièm anriédi &• qette guerre, le concile dé Bâle fut dissous, par l'effet des intrigues de plusieurs |riilflds que Kicolas V avait gagnés, heiis Sylvius , qui dtvait son élévation «I pèlf 5pi'il avdit tnontré poar ettbi assemblée, fut désormais l'un de ses plus ardents antagonistes. Bâle, pour Thofuieur et pour Tintérét de ses habitutt, ré8i9t» è trois flfdm df fcMpd* reur, jus^*è 06 qu'une imlènce rendue aGratz, par la cour impériale, les rappelât à l'obéissance. On se soumit ivec (jouleur. Il était temps que left Pères s'en allassent : quelques treurci (le plus, ils étaient exposes à toutes sortes d'insultes. La translation à Langue fut décidée une heure i)lutôt que N Q*a?ait eoutame de se réunir; et, «commémoration de cette pi'écaution contre de turbulents adversaires, l'Iiorfut pour toujours avancée d'une wwe. Cinq cents hommes armés accompagnèrent les Pères jusqu'au ool (lu Haueostein : là ils étaient attendus par une escorte de Soleure et de Berne , Iji les conduisit à Lausanne. Félix V *P<liqua, se retira à Ripaille, délicieux ^ur au lac de Genève, snr la rive de «l'fpie. Le coiirilc avait eti pour prinj'Nobjet la réforme de l'Église, la (in ju schisme des Uussites, la réunion «es Edises d*Orient et d'Occident. Il y ^vait dans son sein assez de oonstance , ue lumières et de talents; mais les intrigues de cour, les ambitions des pootifes et des souverains , paralysèrent ces résultats, et l'Église arriva au siècle suivant sans s'être mise à l'abri des entreprises de réformateurs nouveaux.

Une des idées de ce siècle était que 'bofliine, dans le^el i^side une por- Jjjn du souffle dîvm , règne sur toutes «^créatures; que sa domination a péri P^e qu'il s'est éloigné de Dieu, mais îue pour la ressaisir il lui suflit de s'en rapprocher. De là les croyances tes plus absurdes; de là ces conjurations, ces «coniinunications contre les animaux nuisii}les , ks épizooties , l«s blessures ,

les orages. Guillaupié de Qulifit, it#.

que de Lausanne, célèbre par sa sainteté , maudit l'anjniille ; son successeur, Georges de Saluées, accabla de ses malédnctioiif les Sangsues V enniotftél des tîuites; puis les vers, les vigàles et les souris. Kn 149^, on donna une assignation aux hannetons qui ravageaient le canton de Berne . <Â od lôUt ■dtaîma un défenseur. D'dprfti èHIaVft était naturel qu'on crût niix prodiges.

Le jour de Saint-Félix et de Sainte-HéguU , patrons de l'église de Zurich , ua Dnril eitraordfntflre^ seifiblaM9 11 une explosion, té fit ditendre danà la ilèf . à minuit; ce prodige avait déjà anrfohcé le grand incendie de 1280. Près de Meflingen , jaillit tout à coup une source dé sang; dans l'Argovie, il fit subitement grand jour à minuit ; on eû^ dit ensuite que la nature était renversée, tant l'agitation fut terrible; puis un grand calme s'étaMit. A Ebérsecli , parurent des eiiiftvres entaèséà ; il y eut de la neige au mois d'anut, il y eut des oiseaux dont la présence présnge la mort, des naissances monstrueuses, des eris plaintifis, des cliquetis d'ar* nies , etc. ; on eût dit que là nature ioid entière et les esprits eux-mêmes prenaient part aux malheurs de la délirante humanité.

Une guerre s'éleva bientôt èntre la Savoie et Fribour-r. Guillaume d'Avenches, avoyer de cette ville, était feudataire de la Savoie; le truchsés ou sénéchal deDieSenhoveli, rèffensa gravement : soit h Toccasion de cette querelle, soit dans toute autre Contestation, Guillaume d'Avenches fut jeté dans les fers. Il renonça aux formes i judicisires; et, sûr de raffection des citoyens, il déclara s'en rapporter aii jugement de la commune. On n'osa poursuivre; on le contraignit de jurer qu'il restoraitàfrii>ourg et ne se Vengerait pas; mais, dès qu'il fut libre, il courut vers son suzerain. La Savoie exigea satisfaction de la part du sénéchal, et saisit les marchandises que FriboUrç ehvoyait à Genève. Be Ion côté, Fribourg s*empara des biens de Guillaume d'Avenches, et ces repré*»

sailies amenèrent des hostilités

rUNIVERS.

quelles Berne prit part. Ringoltingen , son avoyer, l'un des seigneurs les plus puissants de l'époque, avait projeté un mariage Important pour son nls, et Pa?oyer Felga de Fribourg venait de Je faire échouer. Vn antre sujet de mécontentemeiit s'eievait entre les deux cités : Pierre, ce bourreau oui avait montré tant de compassion à I horrible exécution de Greiffensée, venait d'être tué dans un cab.irpt, ,? la foire de Fribourg, et ses compagnons avaient été J>l«ue8. On Toyait ifaineurs avec répugnance respnt autrichieD qui régnait dans la jeunesse de Fribourg, et les plumes ae paon dont elle affectait de se parer. Albert d'Autriche envoya du aecoura . d'abord soos le commande* inent de Louis Mever de Iliiningue, puis sous celui de Pierre de Moriniont. Les Fribourgeois combattirent vaii- Jamment à Villarsel, à Montenac, à Saint-Fodele. Tout h coup les Bernois s'avancèrent par Morat et par Avenches , et Henri de Kubenberg serra la ville de si près, qu'elle subit pendant plusieurs jours un véritable blocus.

Cependant les Fribourgeois surprenaient Schwartzenbourg, et l'incendie des villages apprenait à la ville de Berne le d^astre , dont elle fat bientôt vengée. L'avoyer de Bubenberg s'avança par des sentiers difficiles, et parut inopinément avec huit cents bomines, auxquels il avait eu soin de faire prendre des croix rouges, pour gu'on les crût Autrichiens. Passant la rivière à gué, il s'empara d'une bonne position. L'ennemi avait des forces doubles ; mais l'attaque fut si brusque , qu'il lui tua plus de quatre cents hommes.

Bubenberg reprit le butin, le renvoya aux habitants de Schwartzenbourg, et rentra dans Berne.

Cependant la Bourgogne, la France, et les confédérés eux-mêmes, intervinrent; la médiation fut confiée à la sagesse de Jean de Neufchûtel. Le traité ne fut pas avantageux pour Fribourg; dix de ses conseillers furent envoyés vers le duc de Savoie, pour demander pardon le genou en terre. Les conditions furent en général aussi défavora-

bles; le rnéoonteotement s'exhalait en

reproches mutuels; enfin , le duc Albert d'Autricbe résolut d'v venir pour apaiser les paitiï) : il se /it suivre de Thurîng de Hallwyl, et montra beaucoup de partialité, ordonnant à l'avoyer et aux conseillers d'attendre ses ordres.

Au bout de queiques jours , Hallwyl les apporta : il fallut qu'ils se laissassent tous enfermer; puis on exila Vavoyer et ses ronseiders à Fribourg en Bris- Çau, et l oii renouvela tout le conseil , a rexceptiuu de cinq membres. Hallwyl fut nommé gouverneur, Thierry de Montreux remplaça l'avoyer Felga :

beaucoup de citoyens s'enfuirent près de Guillaume d'Àvenches, qui avait quitté la ville dès l'arrivée du duc d'Autriche. L'audace criminelle de Hallvryl alla jusqu'à faire pendre à un arbre le président du tribunal supérieur, sans même lui permettre l'approche des sacrements. Berne intervmt: elle ne pouvait, non plus oue la Savoie, souffrir gue l'Autriche dominât exclusivement à Fribourp; ; l'Autriche, de son côté, comprenait qu'elle serait infailiibiement expulsée par la Savoie, créancière de fortes sommes : elle négocia donc ellemême. Mais, avant de partir, Hallwyl eut recours à une perfidie dont le but était d'empêcher les riches de racheter leur liberté : j)our cela, il fallait priver les habitants de leurs dmit? au remboursement de leurs prétentions, et même de leurs objets précieux. Le gouverneur annonça donc une nouvelle visite du duc Albert; il ne s'agissait de rien moins que d'une conciliation universelle; la solennité de la réception se préparait; Hallwyl emprunta à cet effet toute l'argenterie des principaux citoyens. Au jour indiqué, il sortit comme pour aller au-devant du duc, et enuiiena Felga et tous les grands, A peine avaient-ils fait une lieue , qu'on vit paraître de la cavalerie; le gouverneur alors se retourna, et remît à Felga une charte par laquelle Albert renonçait à sa souveraineté; le prix de Taffranchissement était ce qu'il devait à la ville, et l'argenterie que venait de lui extorquer le gouverneur.

Immédiatement après, Fribourg eut m Wtie danger à courir : des paysaxi^

SUISSE

voulaient s'emparer du conseil et des soixante, les tuer, et prendre possession de leurs maisons. Meyer de Ha-

ningue, de chef militaire, était devenu

bon bourgeois, en se mariant à Fribourg; sa sagacité et sa valeur sauvèrent sa nouvelle patrie : tous les conjurés qu'il put saisir furent décapites.

Ce fut au milieu d' ( os calamités que les Fribourgeois entreprirent la construction de leur tour, haute de trois cent soixante-cinq pieds; ils suivirent un plan que l'un des exilés avait rapporté de Fribourg en Brisgnn. T a domination de la Savoie fut rec ounue :

ce fut le comte de Gruyère, seigneur, ami de la cité, qui en prît possession le 10 juin 1452; tous les magistrats étant rassemblés dans l'église de Saint- I^'icolas, Louis et ses successeurs furent déclarés protecteurs : on abjura tout rapport avec Albert, dont P indigne conduite fut justement llétrie.

Le duc pron)iL en érhange que les percepteurs itéraient ses seuls employés, qu'il n*établirait,aucun château, aucun ouvrage qui pût inquiéter la ville; il fit remise de sa errance, et accorda encx)re d'autres avantages. Peu de temps après, Salicettî, ^ui avait été surpris dans Avenches et jeté dans les fers, fut remis en liberté par rinfîuence de la Savoie et sur la foi de sa parole; mais l'ayant méconnue, il fut repris et décapité. On détruisait tout ce qui rappelait l'ancienne servitude, et la tour du château de ZîPhringen fut démolie.

Berne, voyant l'esprit de liberté se développer, restitua toutes les conquêtes qu'elle avait faites.

Le comté de .\eufchatel légué à un nmrirrave de Baden, le Valais rapproche (le Berne par la sagesse d'un de ses évéques , quelques démêlés ecdésiastiques dans les .Waldstetten, tels sont à peu près les faits contemporains. Alors aussi on allait se prosterner devant le vénérable ÎNicolas de Flue, dont on admirait la sainteté. On se précipita vers son ermitage quand un incendie consuma la ville de Sarnen : on lui demanda des prières. Il parut sur la montagne , pria Dieu pour son peuple , et rélement destructeur cessa ses ra-

vages. Il avait fait la guerre avec courage; mais il reiusa ia dignité de landamman, et continua à se vouer à la prière dans son agreste ermitage ; ses conseils et sf s vertus devaient un jour sauver la patrie et la liberté. Ou montre encore les ruines de son ermitage dans les affreuses solitudes du Helcn* tbal.

Les guerres qui éclatèrent f ntrc Venise et les Sforce, après la mort de Philippe Visoonti , donnèrent lieu à

filusteurs expéditions d'Uri vers Tltaie, et bientôt le val Lévantine fut entièrement abandonné à ce canton.

Dans les Grisons, la noblesse conspira contre la ligue populaire : Henri de Werdenberg Sargans organisa la ligue noire, ainsi nonunrc soit à cause de la couleur des vêtements, soit à raison de tmit autre signe. Jean de Rechberg conduisait cette noblesse : à la faveur de la nuit, nn put traverser Tanuns , Ra'zuns , Domleschg , et s'emdes défilés du pa^ s de Schambs.

Henri de Rsezuns faisait partie de rex< pédition, et l'évéque de Coire la favorisait. L'affaire était des plus dangereuses pour les Suisses; car Milan 8*associant à la ligue, ils étaient pris en queue , et c'en était fait de leur iiH dépendance. La petite troupe s^avança donc; d'abord elle évita les villages, choisissant de préférence les prairies; et, quand on entendit résonner les pas des chevaux, les habitants du pays de Kaezuns n'en conçurent aucune inquiétude, parce que les seigneurs, pour mieux couvrir leurs projets, avaient annoncé une partie de chasse; mais quand vint le jour, quand les pâtres les aperçurent, ils poussèrent de grands cris. Quoique Schambs fût déjà intercepté ne toute communication , on prit les armes ; tout le Rheinwald retentit du bruit des cors. Les hommes du désert accoururent, et la noble troupe, qui avait pénétré jusqu'au pied du château de Bœhrenbourg, en frénn't d'effroi , chercha son salut dans la fuite , et ne trouva que la mort. Le seigneur de Raczuns, empêché par son embonpoint, espérant d'ailleurs qu*on ignorait sa participation , se laiâa prendre*

LniNlVEllS.

Il fut CQU^^lt ùennt le tribunal de YaiewItQp clGomtaniDéaQ dernier 8up<

f>ljce. Péjà le bourrm s*apprêtait à ui trancher la tête, et, selon l'usage, lui deniandait pardon de ce que son devoir l'obligeait à faire; Henri le çria de racheter Wnû eeul ooiip. Aqsfijtdt l'exécuteur, pour lui montrer son habileté , partagea en deux un cheveu qui Hûttait au gré du vent. La fermeté du InrOo n'y tint pas. Heureasemenl; sop TBlèt eut une inspiration qui lui sauva la vie. Âmis, dit-il aut assistants , mo» maifre reconnaît sa faute, il ne pevt se la pardonner et désire la mort; nmti u voudrait-numHr ewme ont vécu ses pères. Il vous sovvienl avec quelle cordialité ils voit^ traitaient j et coîfybien de/ois Us ontjraternellement VliU a»ee wm 1$ bon tfin qu'Us possédaient, te baronj avant de descendre au tombeau y demande à faire comme Us ont fait. Et en même temps le valet distribuait aux assistants di^ |)aili, du rin el des Tiandee, disant i tous que son maftre n^avait pu résister aux séductions de l'évêque, leur rappelant sa jeunesse , son affection pour eux. Tobt à coup ces guerriers se levèrent, et tous, d'une voix, crièrent :

Grâce, grâce à Henri! Il abjura la ligue noire, et lit serment d'éternelle ^délité à la ligue ^ise. Cependant la miillifude se précipita Sur les châteaux : Werdenberg, Sargans, Ortenstein^ Sans, Canova et Baehrenbourg, furent emportés , démolis ou brûlés , et le pays de Tomilz se vit affranchi, llink» le commandant de Baldenstein , au con« fluent de l'AlbuIa et du Rhin, accéda aussi à la ligue et renonça à ses liefs; Coire, qui avait conclu un traité de fiombourgeoiiie aree ZSrich, fut en* fièrement incendiée en 1464, et l'emfîcreiir, à cette occasion, lui accorda des libertés qui furent pour elle une source 0e prospérité : elle fut déclarée indépendante de tonte juridiction» on lui fit lemise de beaucoup de rede- Tances.

A Saint-Gall il se préparait de grands évéï^ments t le fils d'un boulanger de Wàng^, Ulrich Rech , employé à f adininlsintioii de l'abbaye, excitait les

religieux contre la conduite molle et insouciante de l'abbé Gaspard de Landenberg. Ce prélat, tout entier à l'étude et à la prière, se souciait peu du pouvoir temporel, et laissait les can* tona s*approprîer la principale influenoe sur les aÏËiires ; il venait de coiiclurè avec eux un traité dont les dispositions soulevèrent tout le pays , et même Ap* ; penzell. On résista: les religieux protestèrent : Tabbé, fatigoé des menées d'Ulridî, le fit jeter dans les fers, j L'affaire en était là, quand arriva, de la part du saint-siége , le cardinal £nea$ ' Sjlvius Picolomini : il fit un sort assez riche à l'abbé, mais il le reconnut in* I capable de gouverner, et l'élévation d'Ulrich Recli futconlirmee par le pape. Il n'avait que trente ans, gouverna sept ans comme administrateur, et Ibl vingt-huit ans abbé. C'était un homme de belle taille, maître de lui-même, prévenant pour ceux qu'il estimait, dur et terrible pour les autres. A côté de son lit était une table noire et de la craie, afin quMl ne lui pût échapper aucune des idées que la nuit fait naître dans les grandes âmes : toute la vie de Eech fui une continuelle activité; il n'avait qu'une passion , qu'une pensée, c'était de rétablir les affaires de Saint- Gall, et d'en être en quelque sorte le second fondateur. Dès qu'il eut reçu les serments de ses inférirârs, îl conclut une transaction a?ec la ville, sous Passistance d'un envoyé de Berne, et sti-

{)ula en faveur de l abbaye tout ce que { es titres anciens lui permirent d'exiger. I

Appenzell continuait à recevoir en combourgeoisie des vassaux de différents seigneurs ; ce qui l'exposait , à chaque instant, au ban de l'Empire : la potection que ce canton accorda aux habitants du Rbeînthal, lui attira une disgrâce de ce genre. A la demande des Peyer de liagenwyl, les Appenzellois avaient marché vers le château de ces seigneurs ; il y avait dans l'intérieur du fort un de leins compatriotes exilé : îl y mit le feu : aussitôt l'ennemi profita de l'incendie; mais, au lieu de récompenser le traître, on l'envoya à Berne, oùil fotécaitelé:puis on fxu> demnisa les Peyer, et tout le Bhelntiwl

SUÎSSË.

demeura soumis à Appenzeîl. De son côté, Ûlricli ne négligeait rien pour se l'approprier j mais il eut beau s'intriguer , ces montagnards comprenaient trop (Je quelle importance il était pour eux d'avoir à leur disposition le Rhin et le lac. Leurs affaires furent décidées a Luçerne avec quelque partialité pour l'abbé : il éleva ses prétentions à vingt mille florins, et offrit de faire remise de six mille, si on lui cédait le gouvernement du Rheinthal. Les menaces n'y purent pas davantage.

Tous les hommes en état déporter les groies se rassemblèrent ; il tut décidé qu'on rejetterait la sentence de Luçerne, et qu'on n'en accepterait plus aucune des sept cantons. La majorité était acquise à l'abbé, puisque quatre cantons avaient conclu avec lui un traité de protection. L'abbé somma les confédérés d'exécuter leur sentence; maïs il fallut la changer, et surtout en retrancher tout ce qui blessait l'honneur d'Appenzell.

Le Tockenbourg devait bientôt ac^ croître les domaines de Saint-Gall :

Pelermann de Raron en était le seul maître; il le vendit , à la fm de l'année 1468 , au prince abbé pour quatorze mille cinq cents florins; l'empereur Conlirma cette acquisition ; et les traités d*ailiance du Tockenbourg avec Schwytz et Glarus furent à l'instant renouvelés. La sage administration d'Ulrich Rech lui procurait les ressources nécessaires a ces immenses acquisitions.

Les Zurichois se relevaient de leurs niallieurs; ils s'agrandissaient beaucoup. L'archiduc Sigismond , voyant "Wintertiir entourée de leurs possessions, l'engagea à Zurich pour dix mille florins, tous les citoyens de celte ville s'imposèrent une taxe payable pendant (quatre ans ; mais les habitants de AVaedisdiwyl et de Richterschwyl n'y voulurent point contribuer. Ils rerésentèrent qu'ils appartenaient à ordre de Saint-Jean. On envoya quarante hommes au château de Wa^disdiwyl ; ils répandirent le bruit que c'était pour reprendre Pfeflikon ; et , tout aussitôt, Schwytz mit quatre cents

hommes Hif les ftôntièreS. Zug et Glarus intervinrent : quinze èfents Zurichois arrivèrent, et les rebelles s'enfuirent; on eut peine h empêcher l'effusion du sang ; enfln , les confédérés, réunis à Berne , condamnèrent les récalcitrants à payer, mais ne leur imposèrent aucune peine à raison de leur msurrection.

Les grands chemins étaient infestés de brigands , qui ne Respectaient ni le sexe, ni l'âge, ni le caractère ecclésiastique , ni le titre révéré des ambassadeurs. Ils se livraièht, dons les environs de Liestall , à des actes d'une atroce barbarie. Un jour, une femme n'ayant pu apporter que la moitié de la rançon exigée pour son mari , on la contraignit à le voir exécuter au château de Farnsbourg. Une autre payait dix florins pour que l'on ne coupât qu'une des mains de son mari ; et on les lui livra toutes deux dans un panier. Guillaume de Runz gouvernait pour Albert ce chAteau redoutable; il flt donner la question à un étranger ,

f>our le forcer à déclarer que les Râois avaient résolu de s'y introduire par une petite porte ; puis il le fit écarteler à Rheinfelden , et l'on commença par lui arracher le cœur. Dans ce temps d'horreur, Bâie était florissante par l'ordre, la sagesse, et la vigueur de son gouvernement. Burgard de Rolberg avait suivi l'empereur à Rome ; il en rapporta une charte de franchise qui, d'année en année, était lue devant le conseil et les citoyens. La jeunesse, sous la conduite de Berenfels, et de Flaxlanden , alla prendre, sur le sommet des Vosges, l'immense château de llohenkœnigsbourg , d'où les noWes exerçaient leurs brigandages sur tous les pays voisins. La ville avait surtout à redouter l'ambition du jeune comte de Thierstein, possesseur du chîUcau de Pfefflngen , allié de Berne et de Soleure; il exigea dix-sept mille florins, sous prétexte que son père les avait dépenses dans une guerre pour l'Autriche contre leur ville. On paya; mais ce n'était pas l'affaire du comte Oswald de Thierstcin. Dans la nuit du nouvel an , il fit mettre le feu à unQ

ira

auberge , et vint s'emparer d*une porte par le secours de deux cents soldats

gu*il avait gagnes , et qui fureut ensuite annis; alors il établit un péage sur la route, et Soleure le soutint; mais les Bâlois brûlèrent son établissement, et emmenèrent ses euii loyés. On lui dénonça son droit de bourgeoisie. La police , les lois prirent le dessus , et triom< phèrent de toutes ses mauvaises passions. Éneas Svlvius Picolomini, de Sierre, Pâme du concile , alors qu'il n'était encore qu'un pauvre jeune homme ignoré, n'avait point , au comble de la grandeur, oublif'^ l:i \ illfî de Bàle. Il résolut d'y fonder une université , quand , sous le nom de Pie II, il occupa le trône pontifical ; car son amour [^ur les sciences était toujours le même.

Cpttc f;iveur lui fut demandée par une deputûtion du chapitre et des bourgeois , qui le trouva à Mantoue le 13 novembre 1459 ; il en témoigna une grande joie; ses paroles furent dignes de lui : l'installation solennelle eut lieu le 4 août suivant, et Ton conlb-ma toutes tes franchises de Tuniversité.

Dès le commencement , il y eut deux cent vingt élèves. La ville sVnrichit aussi de nouvelles acquisitions : elle acheta Farnsbourg aux Falkenstein , et Sissach aux Eptingen.

Le margrave Albert était surnommé Achille pour sa valeur, sa beauté, sa vigueur. U avait suscité une guerre à la ville de Nuremberg ; huit cents Suisses arrêtèrent le cours de ses prospérités. A Pellerent, i! voulut vainement soutenir leurs efforts ; son dra-

{)eau et sa trompette tombèrent entre eurs mains. La paix fut la conséquence (]r cri exploit, et les Suisses reçurent de riches présents. Ou les appelait partout où l'on avait de grandes entre-

f irises à former; ainsi ils prirent, pour ' 'électeur palatin , le château de la Petite Pierre (Lulzelstein), en basse Alsace. Charles VII conclut avec eux un traité d'amitié ; c'était le premier depuis rextiaction de 4a domination nranque.

Mais une acquisition importai tp se préparait : rincouséquence et a maiacLr^e des emiemis de Schaffhousen

la poussèrent dans la liçue suisse : Sigismond l'avait rendue a l'Empire, déclarée inaliénable , et dotée de libertés considérables; puis, réconcilié avec l'Autriche, ce même empereur avait rxia;é que la ville rentrât sous la domination des archiducs. Son successeur, quoiqu'il fût de la maison d'Autriclie, ne put l'obtenir ; il se vit mêmt oblige de confirmer les libertés données autrefois par Sigismond. Les habitants étaient en perpétuelle contestation avec le comte de Lupfen pour des droits de chasse, et avec Théritière de Habsbourg Laufenbourg, qui , dn chCiteau de Balm , où étaient ses fils, harcelait le commerce et lui faisait éprouver despertesconsidérables. Les comtes de Sultz se livraient aux mêmes brigandages. Pour venger quelques marchands d'Ulm , les citoyens s'armèrent, prirent la comtesse de laufenbourg et ses fils, pillèrent et brûlèrent Ralm , Neubourg sur l'Ottersbùhl, rt mrtne le château de Rlipinau. L'expédition rentra triomphante au son de la cloche de Balm , qui avait si souvent retenti pour le malheur de Schaffhousen.

La première pensée de la comtesse fut de faire mettre Schaffliousen en interdit; et l'empereur lui prescrivit de prêter serment à son frère Albert, qui gouvernait l'Alsace et la Souabe.

L'affaire des comtes de Sultz fut traitée pécuniairement : l'Autriche eut recours aux intrigues; elle essaya de semer des divisions dans la bourgeoisie et dans le conseil. La maison de Fulach était alors l'unedes plus puissantes, et tenait le cliâteau de Laufen au-dessus de la cataracte. Sur l'autre rive, au pied de cette morne chute, le château de Woerd appartenait au principal agent des menées des ducs. Les seigneurs firent au bourgmestre une sommation si insolente, qu'il éprouva quelque peine à la communiquer au peu()ie. Le ton ironique dans lequel elle était conçue irrita tous les esprits ; on gagna du temps ; et , pendant que Hendorf attendait impatiemment les clefs (!(' la ville, on prévint les Suisses. Tout a coup les cloches s'ébranlèrent, les trompettes sonnèrent, et tous les

SUISSE. 17S

yeux se tooraèrent msla viDe : là , les confédérés , et Pon ne put les apaiser

seigneurs purent voir , sur le pont du qu'en leur [payant une forte indem-

Rbm , les Députés de "Berne , Lucerne, nité. Le vieil évêque de Constnnee, Schwytz, Zurich, Zug et Glarus. Ils Henri de Ueweu, voyant quelle était se séparèrent, non sans s^adresser mu- la puissance des Suisses , et prévoyant toellemeiit de vifs reproches; ils farent qu ils seraient bientôt maîtres de la m^mr sur le point d*en vpnir aux Thurgovie, mit sous leur protection mams. La bourgeoisie, reunie à Té- tout ce qu'il poss<^doit dans ce pays, glise de Saint -Jean, jura Talliance et se ligua avec eux pour assurer le suisse pour vingt - cinq ans. Les Fu* repos de ses derniers jours, lach, dab<M ébranlés, ne Vabondon- 'A leur retour de îexpédition , les nèrent plu?. guerriers d'Uri, Schwytz et Lnter- Plusieurs nobles prirent des Stras- -waJd, parurent à la porte de llapbourgeois qui revenaient des bains de perschwyl , et demandèrent le passage. Pfeffêrs , et les retinrent prisonniers Cette ville n'avait cessé d'être attachée dans les châteaux de Hohenkrœhen et à l'Autriche , et de conspirer In perte Églisau , jolie ville qui repose nujour- de la Suisse; elle avait épuisé I;i ined'uui sur les deux rives au Rhin. Ce sure de ses souffrances : fatiguée de fat pour Ziirich Poecasion d'acquérir se voir délaissée par ses souverains, cette possession , car elle vengea fra- elle s'abandonnait à la faction dite des ternellement l'insulte faite à Stras- Titres, sans doute parce qu'ils prêbourg ; et tandis qu'une autre troupe chaient l'obéissance à la fatalité; lande guerriers châtiait Thengem, les dis que leurs adversaires, les chrétmes dueomtede Suitz et le Klekçau iie7is, prônaient la souffrance et la furent aussi ravagées. La médiation fidélité. Quelques nrte? de sévérité de Schaffliousen etdesFulach arrêta le barbare envers ces Turcs, nvaiont incours de ces dévastations ; mais Zurich disposé toute la population contre les garda Églisau pour indemnité. Pour ducs : bien que la garnison eût été prouver aux citoyens de Strasbourg retirée, et que les détenus eussent re* avec quelle rapidité Zîirit h les secour- couvré leur liberté , la ville était en» rait toujours , on embarqua dans une dettée par suite de ses efforts pour une nacelle une bouillie et un rôti , et Ton cause aont elle était victime : l'arrivée descendit le Limmatb et le Rhin , avec • des confédérés fut donc accueillie avec une telle vitesse, que le soir même joie ; leur confraternité avm les Turcs l'un et l'autre plats purent être servis s'étendit bientôt à tous, et Ton résolut encore chauds sur la table de l'am- de la perpétuer. Dans la nuit inéine, meister de Strasbourg. Cette gageure Eappersctiwyl accéda à la coofédéras'accomplissait en un jour de fete ; et, tion qui ne s inquiéta guère de ce qu'en pour la bien célébrer, l'on se livra à dirait rAutriche. Oii:ind la nouvelle toutes sortes d'exercices de ^ymnas- en parvint à VVinlertùr, il ne fut tique. Le tir , qui eut lieu a Cons- question de rien moins que de massatance, eut des suites plus funestes : crer tous les Zurichois qui se trouun habitant notable ayant refusé un vaient présents, car on supposait qu'ils denier de Berne, le Lucernois qui agiraient de même; mais on les trouva l'offrait s'échauffa ; les Suisses prirent profondément endormis, et ils ne parti pour lui ; la querelle devint géné- furent pas moins étonnés de la nourale, et ils se retirèrent tous en se vdle qu'on leur portait. Sigismond

f)laignant de la violation de l'hospita- cependant vint s'établir à Constance

ité. Lucerne appela aux armes, et mar- avec sa cour: son entrée fut magni-

cha la première : Unterwald, Uri, lique; il était suivi d'une noblesse et

Schwyts, Zug, Glarus, Zurich, et d'une cavalerie nombreuse. Son exté-

.enOn Berne et Soleure, envnyrrent rieur était aqréahlf^ , sa pnrnle sédui-

, leurs troupes; la Thurgovie lut rava- santé etsen<;pp; il a\ait ( oiu* lui Tami-

•gée ; W ciolélden tomba au pouvoir des tié et la mcdiatiou du Ciiarles YU. ,

. Un fafâri fBsiPiM)il.lf<M.imM

do château de Beseno , prèa de Trente; mais, chassé du Tyrol par l'évéque, il s'enfuit à Ziiricb iiveo feramt »>ioheta )e gdu<r«fit»meiitd'Ef U4

sau , et l'y fortiflâ poiit hraVer raroni' duc. Des différends avec celiii-ci et 16 saint^siégê, sur Tiatronisatiou à&Séi* Téque de Brixen, serrajent iiierTeU»

leusement la haipe de ce favori, appelé Gradner, seigneur de AVindischgrœtz.

Toutes les démordies tentées pour fa^re accepter un cardiaal amiduiiape, ÉDeas Srmi» , fittsnt iliiitildii.) oft ca»* dinaU nis d'un |MUiTre pâchèiir i a|M pelé Kretz, avait pris le norti deCusaiius, uarce qu'il était du village de Cus, dans le pays de Trêves. Le chapitre ne Tavait point élu , et ne It voulait pas

' plus que SiLMsniond , recevoir de la main du pape. Pendant que Cusanus , en route pour Konie, séjournait à Sruneck , Sigimnond Vj Tint surprend dre^ s'empara du cliâteau où i| s était réfuiçié , et In contraignit à lui faire toutes les concessions qu'il demanda.* le prélat promit tout, et on lui per^nit de pNdursuivre son chemin. Lès dilii-»

cultes finirent par se compliquer ; enfln, T^.neas Sylvius excommuniaSigismond , et cita devant lui tous les Tyroliens aoteun ds lâ tésfttànee. En même temps , le pape engagea François Sforce i\ marcher contre cet arcHiduc; les Suisses ne perdirent point cette occasjon. Bernard Gradner les excitait : le 14 sentembre, jour de la grande i^lennité d'KinsiedeIn, les bannièfes (se déployèrent ; oh vint à Rapperschwyl ; on renouvela les serments, on passa la ToBss, on paftit datent Wintértur, on s'empara de toute la Thurgovie :

ralliance fut jurée à Frauenfeld. Puis les confédérés passèrent le Rhin, sommèrent le château de Fussach , que dé-

. fendait le bmû de Mtilleg , et précipitèrent du haut dës murailles les guerriers tjui Ifeur avaient tué dli monde. Torenburen èt Bregenz furent mis à contribution \ le Voranberg trembla, mais la petite tfouf^ «ietoHedie rentra dans ses foyers.

La noblesse répondit à l'appel de Sigismond $ elle se réunit à Wintertur

nobr r6eoi|iélir4tti posièMioas \xaiêm

les Suisses accourUcent de toutes parts< La ville fut assiégée; le feu y prit dfl tous côiéâ. La réâstaacniuti Ufs plu4 e^iitres 1 les fmam iiiaiiiAtfiitalle

liient et jetaient de TeaU IjouiiiantK du haiit des murs. Au roliieu des dani

Sers de cette attaque , les Buisâest pour ter flUx habitants tout espboiMle. se* eours , envoyèrfsnt utie partiai.de InUri forces contre Diessenhovbn) On y mit le feu , et on le prit au momeht même où il allait être dégagé. 11 se Ut* .de pàrt jëid*autia, ia prodiges de ara»

leu^! le siège de Wintertiir s^étUt convettv en bidcuà , et bientôt Sigismond vendit cette ville à prix d'art gént. Dans l'intervalle^ la confédération avait envoyé deux milîe combattants à l'électeur palatin contre Adolplié de Nassau ; ils avaient assuré la victoire à Seckenheim, où il fit prisonnier^ trois princes et de nombrem seigneur^.

Cas braves ne se refusaient au redres^ sèment d'aucune injustice; ils allèrent^ au cfpur de l'hiver, venger contre Tabbé de Kempten un de ses employés , dont M avait Blessé l'honneur et U» ihtéMta, Trois cents hommes firent le tour dij lac de Constance à travers mille difficultés , com|}attirent des forces quadruples, et tuèrent Ile jeune Walter de Hoheneek, dtii commandait pour l'abbé.

Cette aventureuse manie d'expéditions était la conséquence naturelle de la grande réputatimi de taleur qds ft*é* talent foite les confédérés. Quand Charles VII eut fini son règne, les traitésfurent renouvelés avec LouisXI ; ce oui n*empécha pas que , sans congé de leurs supérieui^B) dnq cents hommes de l'Oberland ne se joignissent au comte de Cliarolais dans la guerre du bien public , et ^ue six cents autres ne fiiiÉetat aMèMi au fftndë^e Cnlabre , qui tenait aussi pour les seigneurs contre le nouveau roi. Mont- Ihéry et le pont de Charenton furent témoins de la valeur suisse. La cavalerie royale ne but rompre leuiri rangs serrés ; mais , ae retour de cette expédition , ils furent punis ; ceux de Berne, de fingt-^atre Ueuree d'emprisonua-

suisse»

ment et trois florins d*ameade , applicables à la construction do Saint-Vincent. Philippe de (loiiiines dit que ce furent les premiers Suisses qui vmrent en ce loraume, « Et ont ^ ceux qui ont donné le bruit à ceux 4ui sont venus depuis , car ils se gouvernoient trèsvaiilaminent en tous les lieux où ils se trouvoient. » Ailleurs il dit : « Les Suisses prenoient firoromage^ans peler, et buvoH nt merveilleux traits en trèsbeaux pots de terre. » La politique commandait à Berne une alliance avec la France ; mais elle avait plus de pen- <^nt pour Philippe de Bourgogne ; et , de son vivant, elle conclut avec lui et le comte de Charokiis un traité semblable à celui qui déjà l'unissait à l^iOuis XI ; Zurich, Fribourg et Soleure y ftirent comprises.

Par suite des querelles entre les Hendorf d'une part , et les Fulach et Scliaffhousen de Tautre , querelles dont la possession du château de Laufen était la princi|):ire cause, le bourgmestre de ScUahliousen , se rendant à Engen pour les atïaires de la ville , fut tout à coup attaqué dans un chemin craox par Hendorf , qui le fit conduire 5 Villingen , où il fut jeté dans un cul de basse fosse , et on le maltraita si fort, qu'il donna toute sa fortune pour se racheter. Vers le môme temps , les prétentions des seigneurs alsaciens devenaient dangereuses à Mulhousen , petite bourgade qui avait pris de grands aocrotsseroents depuis que, s*af&anchissant de la protection de révêque de Strasbourg, elle avait reçu de Rodolphe de Habsbourg le titre de ville

gent au cabaret â*un village apprté

Brunstatt , où il était ; mais dès qu'il s'en aperçut, il s'enfuit; puis, sous prétexte qu il pe trouvait point de Justice, il fendit ses droits au seifintur de KegiiAieiai.f d'une famillt Jepais longtemps ennemie de MuUiousen. Celui-ci déclara Tavoir désintéressé ; mais il éleva ses prétentions ai. haut., qu'on

Yit bien que |e ton amical da a a ooni*

munication n'était qu'une feinte ; én effet, il commença par enlever dix Mulhousiens , et envoya par une vieille femme, la déclaration de guerre qu]il faisait à la ville ; puis i\ dénonça M» Mulhousiens à Hidiwyl, le gouverneur autrichien. Alors Berne, Soleure et Fribourg couclureut avec iUulhousen une alliance de vingt-cinq ans \ mais d'abord elles n'envoyèrent que Cent hommes, comptant sur la puissance de leur nom. Cependant le Kheingrave avait pourvu à la punition des perturbateurs. Hermann Klée (c'était le nom du garçon meunier) s'était retiré, avec plusieurs gentilshommes,dans le triple château d'Kgeisheim , au commet des Vosges, d'où la vue s'étend sur toute l'Alsace , sur le Rhin , sur les monti de la Souabe. Les bourgeois de deux villes impériales , Turckneim et Kaisersberg, marchèrent sous la conduite de Pierre Stutiel. Le château fut pria et brillé; Hermann Klée y fut tué, et cette antique demeure des comtes d'Alsace, ce berceau de toutes les laipiiles

Srincières de TEurope , est en ruine epuis qiiatre siècles , parce qu'un meunier a refusé sin deniert à son garçon.

impériale, et les libertés les pluséteu- Cependant Mulhousen continuait a

dues ; mais elle avait san^ cesse à se être en butte aux plus insultantes prd-

défendre , et souvent ses ^ubourgs vocations de la part des vassdux des

étaient brûlés par l'ennemi ; enlin , seigneurs. Pour railler ses citoyens aù

beuglement

nier retenait six deniers à son gar- on ravageait toutes ses possessions , et

il alla plus loin, et glissa des déclara- se précipitèrent sur les terres des agrestions (le guerre sous la porte. On vou- seurs ; la Suisse préparait une armée, lut le payer; on envoya donc un ser->r ^e 24 juin.HQ9i um guerre générais

L'UNIVERS

fiit annoncée i Sigismond , pour venger Schaffhousen et Mulhousen. Adrien

dp Tlnhr-nherp pns^r\ le Hauenstein avec sept mille Bernois , et traversa rapidement l'Argovie.

Quelques jours auparavant, H y avait eu une action assez importante dans Ifs pnv'trons de Miilhousen : les ennemis s'étaient réunis en grand nonibre à Brunstatt; ils s'embusquèrent, et, faisant enlever des femmes qui allaient aux champs . ils étaient ainsi parvenus à attirer quatre-vingts hoi^iines de la garnison. Tout a coup la cavalerie se montra : après quelque confusion , les Suisses firent bonne contenance; et , mnî^'ré les renforts arrivés n Pennemî, ils repassèrent rill en bon ordre. Euxmêmes avaient reçu quelques secours \ enfin ils remportèrent la victoire. Les Bernois mnnjuaieiit partout leur approche par l'incendie et la dévastation : tel fut le sort du beau village de Habsheîm , qu'on appelait la vuie de bois, parce que les seigneurs s^étaient entourés de planches. Brunstatt , Zillisheim et Fremmins;en ne furent pas mieux traitées. Le château de Schweighausen fut attaqué, quoiqu'on n'eut pas d'nrtillrrie , et la garnison l'abandonna furtivement pendant la nuit.

Les bannières réunies arrivèrent ensuite dans le célèbre champ du Men* songe, plaine que la perfidie des fils de Louis le Débonnaire scn^lilo nvoir mnudite; vaste désert au milieu d une des plus fertiles contrées de la terre. Vainement on y défia la cavalerieennemie, en lui rendant oiitrap;e pour outrage, elle n'y vint point; on ordla des villages et des cliâteaux et les faubourgs de Thann, et la petite ville de Waltwyler se rendit. Les Suisses prirent les châteaux qui la dominent sur les sommités des Vos|;es. Mille hommes se portèrent ensuite dans la foret iVoire, au secours de Schafifhousen; le succès ne fut pas moins complet de ce coté ; on fit le siège de Waldshut ; Werner de Schynen y commandait : cette place domine le Rhin , non loin de l'emnouchure de l'Aar; les assiégeants s'établirent sur les deux rives. I.e bruit se répandit que Sigismond arrivait avec

des forces considérables ; aussitôt les confédérés portèrent 4eur armée à

quinze mille hommes, et l'approvisionnèrent complètement. La brèche s'établit ; vainement deux mille Autrichiens tentèrent de renforcer la place , en se présentant sur la rive gauche , où il n'y avait qu'un poste d'observation ; la terreur qu'inspiraient les Suisses était si grande, que toute l'ar* mée de Tarehiduc se dispersa sur la fausse nouvelle que les cantons armaient; les incursions des confédérés n'eurent plus aucun frein. Waldshut était serrée de près et manquait de vivres; on allait livrer l'assaut, quand arrivèrent des députée de Louis ae Bavière, de Kudol[iiie de Baden , et des villes. Berne voulait qu'on lui livrât Waldshut et le Hauenstein, boulevards de la puissance helvétique; elle refusait toute indemnité en argent.

Les guerriers reunis déclarèrent qu'ils n'avaient point quitté leurs foyers pour rapporter de l'argent, mais pour conquérir à la patrie àes villes et drs forts. Mais les confédérés aeceptereiit les conditions proposées, et Berne finit par se contenter de la liberté de Mulhousen et de Schaffhousen. La paix de Waldshut consacra leur union avec la -Suisse : il fut stipulé une indemnité de dix mille florins ; et , faute de payement dans les dix mois, les magistrats de Waldshut entreraient dans la ligue, et lui prf'teraient serment. L'archiduc rendit au bourgmestre de Sdiaffhousen la rançon qu'on lui avait extorquée.

Toutefois ce n'était qu'un simulacre de paix ; les nobles ne cessaient d'exciter Sigismond contre les Suisses; lui-même, la veille de la signature, s'ét lit ligué de nouveau avec l'association du bouclier de Saint-Georges.

Far caractère il aurait préféré le repos ; mais on ne lui laissa point suivre son goût, qui l'eflt ramené en Tyrol , dan«; ses possessions ; on le força , en quelque sorte , à un voyage en France , car on se souvenait de Louis XI et de Texpédition des Armagnacs. Le roi le reçut bien , \r sncourut dans ses embarras de finance; mais il ne manqua

SUISSE

point de prétexte pour repousser toute proposition de faire la guerre aux Suisses. Sigismond se rendit à Arras, où Charles le Téméraire se iivrnit au luxe et au plaisir. Le duc de Bourgogoe reçut son hôte avec magnificence, et lui fit parcourir ses États. Pendant ce voyage , Sigismond engagea toutes ses p05;'ïe?«;îon9 frAlsarp. et fit ontrrvoir à Charles lance de Maxîinilieti avec sa ûlle. La soumission de la Suisse, la possession de toutes les contrées qui s'étendent de la mer du Nord jusqu'aux Alpes, ces vues étaient trop séduisantes pour ne pas être adoptées avec ardeur ; Charles avança les sommes dont Sigismond avait besoin ; celui - ci paya les obliî^ntions stipulées dans le traité de Waldsliut ; et le comte de Neufchâtel , de la maison de Baden, vint à Ensisheim prendre possession de la haute Alsace , au nom da duc de Bourgogne; il était accompagné de Pierre de Hai^enbach, qui joue dans l'histoire d'Alsace, un rôle sanglant et d*exécrable mémoire. Le gouvernement du pays fut donné à ce Hagenbach que les Mémoires de Commines nomment Archambault, et qui, né dans le Suntgau , possédait dé|à toute la confiance de son mattre : celui-ci ne voulut visiter cette province que quand ce fidèle serviteur l'aurait oi^anisée.

Plus jeune de onze ans que LouisXI, Charles dé Bourgogne était de taille moyenne , mais "de constitution robuste ; il avait le teint basané, les cheveux noirs, les yeux noirs, et le nez aquilin : sa physionomie était d'une expressloii maie et guerrière. Il tenait beaucoup de son aïeul Jean sans Peur:

assidu au travail, il se levait de t;rand matin, et lisait les anciens, admirant surtout Alexandre , le vainqueur de Cannes, et rinimitable César. Son esprit concevait les ^Itis vnstes plans; il en commençait l'exécution avec ardeur, et se roidissait contre les obstacles. Après avoir combattu à cdté de son père, après avoir ensuite contraint le roi à la paix à Montlhéry, après avoir humilié Gand , il croyait que tout lui serait possible : ne prenant conseil que de lui-même , et de sa volonté faisant

12* UmraUon. (StnssR.)

sa loi , il vivait toujours Yépée au poing, comme le dit Olivier de la Marche. La « fortune le favorisa longtemps : Chartes se montrait assez assidu aux exercices de piété, et se faisait suivre de reliques magnifiquement enchâssées; il savait jeâner et pratiquer des aumônes , et , en général , il avait trop d'estime de lui-même pour s'abandonner ntix excès de table on au vin; ses plaisirs étaient la musique , la chasse au sanglier , le jeu d'échecs ou*il entendait à merveille. Ses ennemis lui tinrent peu de compte de sa chasteté, et lui reprochaient de se livrer aux honteux excès de quelques héros de Tantiquité; mais cette opiniou n*a point prévalu : il y avait trop d'élévation dans l'esprit dn Charles pour qu'elle put s'accréditer. Aucun prince contemporain n'était entouré d'une cour plus splendide : dans les solennités, le duc portait un vêtement évalué à plus de cent mille florins d'or, à cause des pierreries qui l'ornaient; la vaisselle de ce prince, les tapis qui le suivaient à la guerre, ^ient d'une magnificence inouïe ; les repas étaient somptueux; mais il y mangeait peu, ne prenant de plaisir qu'aux propos de table. En général , il se montrait fort gai , et voulait que, dans ses expéditions, le porte-étendard fût personnage d^esprit et jovial pour inventer quelque chose gaillarde. Il était abordable en tout temps, et rendait la justice deux fois la semaine, toujours avec exactitude; et toujours aussi il se montra terrible contre toute infraction à la discipline. Il mettait un soin particulier à l'organisation de son armée; trois cents pièces d'artillerie, deux mille four^'ons , mn reliaient avec elle. Il réunissaii aux manœuvres des temps anciens, des inventions nouvelles. Il était défendu de jurer, de jouer aux dés : on punissait l'atteinte à la fidélité conjugale, m^me dans des villes prises d'assaut; mais, à chaque compagnie, on adjoignait trente femmes , dont pas une ne devait appartenir à un seul.

Charles aimait ses soldats ; quand ils étaient blessés ou malades, il avait soin d'eux comme Teât fait tin père.

Devant l'ennemi, il visitait lui-ui^ne

L'tJNIVÊRS.

les poste^i êt «e ai ciimcliait

biilé.

Pierre de Hagenboeh était à peine m Alsaee, aoMlloima 91R Suisses des sujets de mécontentement. D'abord il fit arborer le drapeau de Bourgogne Ê\^r le château de Snbeakepber^, qui appartenait aux Bernois. Geux<ei énflyèreDt GuiHaume de Dieslnch à ki eour deLouis XI, pour resserrer leurs liens avec la France; et, quoiqu'il y eût alors dans cette ville une révolution qui écartait la noblesse des af> faireSf Adrien de Bubenberg» toujours prêt h sacrifier ses intérêts personnels , obtint de la confédération la promesse (nie nqt des États ns se joindrait an ooe de Bourgogne.

Hagenbach renonça h son entreprise.

Cependant , comme les seigneurs autrichiens voyaient avee peine que dnrles, depuis trois ans qu'il poné^ daitTAIsace, n'eût rncore rien tenté contre les Suisses, Bilgeri dellôwdorf,

3ui s'était mis au service de Bourgogne, ans la seule intention de se \engef des confédéiés , saisit , près de Brisaâi, quelques marchands de Berne , de Lucerne , et de Schwytz , qui se rendaient à la foire de Francfort, pilla leurs, marchandises , et les conduisit à 9ehu^ tern , petite ville forte de la seigneurie de Geroldseck; mais les Strasbour- Çeois arrivèrent bannière déployée, prirent la place et la démantelèrent; -car Pierre de Hag^enbadi s*élait rendu odieux à toute la contrée , non moins qu'autrefois Gessler aux anciens d'Uri et de Sciiwytz. Les villes impériales d^Alsace , toujoufs atiashto i la cause ■de la liberté , tournaient leurs regards vers la Suisse, la secouraient et la vengeaient en toute occasion. Charles ne manifestait encore aucune intention hostile; Il désavm Hdwdorf ; H Bt dire aux Suisses que le but de sa vîe était l'expulsion des Turcs; qu'il en avait déjà traité avec Naples ; mais Qu'il comjptait d'abord sur eux pour jbfnpter le déloyal Galéas Sforce; il pfomettait même de l'argent. Cependant il faisait la conquête du pays de Gueldres; et l'orgueil de Hageiibacli iteieeroitsait; n ne ménageait plus

ni les bourgeois, ni tes nobles; il ehassa Thuring de Hallwyl ^ de Landserre ; se moqua de ralllânce de Mul- 1 housen avec la Suisse, et lui promit I ironiquement d'en faire le chef-lieu de la liante Alsace , dès qu'elle serait boyr^ guignone.

Cependant l^pefww vint à Ma avec son fils Maximilien et une suite nombreuse. On le re^^ut avec splendeur, et Pierre de Hagenl)ach alla lui rendre hommage avec quelques Bourguignons.

00 là, Il conduisit ce souverain 11 Trè* ves, où, le lendemain de son arrivée, Charles le Téméraire fit son entrée solennelle à la téte de huit cents chevaux , éssix mHlefimtassinset de sa ^arde, aa milieu de laquelle il parut magnifiquement vêtu. Près de lui était sa fille Marie, ravissante de beauté et couverte de diamants : sa cour avait enchéri sur sa ma^nlicenca aoconta* mée. Partout le bruit se répandait qu'il allait être créé un royaume de Bourgogne dont le siège serait à Besancon, et «lui, de Fembouchure du Rhin, fé' tendrait jusqu'à la Méditerranée; an allait jusqu'à marquer le jour du couronnement. La Suisse en frémit d'indignation. Confédérés y écrivait Berne, son^why Ûeny conBerton» fh<mmnr et nos antiques libertés. Les inquiétudes étaient d'autant plus vives, qu'à Bdle déjà Hagenbach s'était permis les propos les plus injurieux pour les Suisses en général , et pour Ben» en particulier. Cependant 1 empereur n'était pas sans défiance; il pensait que Charles, une fois qu'ii aurait atteint Mm butf ne voudrait plut douer «1 fille à Maximilien; et, trois fonrs avant celui qui était fixé pour le couronnement, il partit pour Cologne sans prendre congé du duc Cette confévsneo B^éttt d'autre résultat que la jalousie et la haine, et il ne fiit plus question du vicariat de l'Empire, que Charles voulait s^attribuer. Encore enflammé décolère, le duc vint en Alsace à la tête d*ana armée, et la terreur se répandit dans tout ce pays désolé par le^ excès de Pierre de Hagenbach. Le peuple fuyait, les campaguards se réftig&ient dans les viBea impéiùte;

SUISSE

Colmar ferma ses portes, tîrisach fut ôcrasée par les violences des Flamands, épuisée par le séjour do pHnoe. A Enswbeiiii , le duc patsa' la revue de ses troupes; à Thann, se présentèrent deux anciens avoyers de Berne, Nicolas de Scliainacbthal et Petermann de Wabern. Le duc avait autour de lui Téleoteur de Cologne, les ambassadeurs d'Aragon et de Venise, ceux de l'électeur palatin et du duc de Bretagne; il réçut donc froidement les Bernois, (jui se plaignirsnt de la eonduile de Hôwdorf , des propos insultants de Pierre (\o Hagenbacn et de ses atteintes au commerce de Mulbousea. Ils de-

SIèrent que sévère défeme lui fût lie de renouveler ces outrages enune république qui s'était toujours montrée amie de la Bouriiosjne. Selon rétiquette de la c ur, ils furent obligés de parler à genoux. Le duc leur ordonna de le suivre à Dijon , d'oi^ il les renvoya sans réponse. En Alsace, les cruautés de Hagenbach ne fra;)|>èrent pas moins la noblesse que le peuple, que les villes impériales. Les seigneurs cherchèrent a rapprocher l'Autriche des Suisses : Strasbourg, Schlestadt, Colmar et Bâle, leurs évéques et le comte palatin, y contribuèrent puissain ment. De son coté, Louis XI concluait un traité secret et s'cngagoait à des subsides. Charles l'apprit à Dole : aussitôt il envoya le sire de la Baume à Bérile et à Frtbourg, et chargea le êtjiàé àe Romont de représenter aux Suisse?; qu'il n'avait pris possession de l'Alsace et du comté de Ferrette que peur leur éviter un plus dangereux voisin. Il devait leur rappeler qu'il n'avait mis aucune entrave au commerce; que s'ils avaient n se pLiindre de qxieltjues insultes particulières , il en Dupiraitfes auteurs. Les ambassadeurs nnrent bien reçus partout, et partout on renouvela les assurances de paix et d'amitie, en se plui^iuint seulement de la conduite de Ûaj^eiibach envers Mulhousen. L*iiitérét de la France et celui des ducs d'Autriche s'opposèrent à cette conciliation : ces derniers se rapprociiait'iit (le plus en plus des Suisses; Cntin, a Constance, il fut conclu une

alliance qui confirmait les conquêtes des^uiaises, et sanctionnait les résultats «ibteiiiis à Morgarteo, à Sempach, à Nœfèlc : oo assura la liberté au commerce , on régla les juridictions . et l'on comprit dans ces stipulations les quatre villes forestières qui , dans les dangers , devaient toujours être ouvertes aux Suisses. Strasbourg et Bâle avancèrent à Sigismond le prix du rachat du Suntgau; et, pendant qi|e cet archiduc parcourait la Suisse sux acclamations universelles, pendant que Dîesbach, l'avoyer de Berne, apportait le traité à Louis XI, on sommait le duc de Bourgogne de recevoir la somme dont il était eréaoeier. Bageobacb eependaal se fortifiait dans Thann et dans Brisach, place inaccessible, située au haut d'un rocher, qu'au temps des Romains le Rhin laissait sur la rive gauche, qu'il entourait de ses ondes au dixième sfè»

cle, et que, de nos jours» il sépare de l'Alsace. Le gouverneur s'y présenta brusquement le vendredi saint, contraignit le curé à lui dire une messe complète, constitua le conseil de le ville à son gré, et se livra à des d'ibauches de tout genre; le jour de Pâques, il voulut forcer tous les liabitants à travailler à sa téte de pont; Il fit Jeter en prison un bourgeois qui ne consentait as à se laisser désarmer. Le frère de ce ourgeois s'elançasur Hagenbach, qui fut précipité du hautde l'escalier, etcourutàla place, où il voulait assembler ses soldats ; mais il y fut arrêté par quelques bourgeois qui l'amenèrent au bourgmestre. On reconnaissait dans tout ceci nnfluence de Louis XI et celle de Sigismond : il fallait pour rendre la guerre inévitable un grand acte de violence. Les soldats wallons et lonibards s'estimèrent fort heureux qu'on leur permit de quitter la ville. Hagenbach fut conduit en prison, oiji il rrata pen* dant qu'Hermaim d'Eptingue parcourait l'Alsace à la téte de deux cents cavaliers, et recevait les serments de tous au nom de Sigismond , qui était alors à Bâle. Antoine de Montreux rendit le château de Thann, et la joie universelle se manifesta jusque dans des diansons populaires qui mm Ml

parvenues. Charles fit une réponse insolente à la sommation, et ne parut pas se soucier beaucoup du sort de Hagenbach, comme s'il eilt voulu, en le laissant périr, so préparer un sujet de vengeance. Cependant arrivaient à Brisach les députés de la p]uj)art des villes suisses et alsaciennes; le peuple aussi aecournit en foule; la haine et la curiosité atlireretit plus de huit mille personnes. Après quelques semaines de captivité, le gouverneur- fut conduit sur la plaee publique, devant un tribunal compose de vingt-six Juges et d'une grande quantité d'assesseurs.

Iselln de Bâle était chargé de Paccusatiun au nom du landvo^t, Uermann d'Eptingue : il reprocha a Ha^e^baeh d'avoir versé le sang innocent, écrasé le pays ^ar ses gens de guerre et ses 'taxes, violé les lois des villes impériales, porté atteinte à la pudeur des femmes et profané des religieuses. Le défenseur de l'accusé était Jean Irmy, aussi de Bâle : il soutint qu*Hageobaài ne devait compte de son administration qu'au duc de lîourgogne; et, quant à ce qui regardait ses galanteries, il dit que toutes les femmes avaient reçu le prix de leurs complaisances . NuUa invita usum esse, omnes pretium ac' cepisse. L'accusé parla lui>méme fort longtemps avec cahne, dignité, et comme un bomme qui ne craint pas la mort, il entendit sa sentence sans en ^tre ému. « Pierre de Hagenbach, dit a un hernnt, je suis fî^che de te dire « que tes actions te font perdre l'Iion- «neur chevaleresque et la vie. On « m'ordonne de t'arracher les insignes «de tes distinctions; mais je ne les o vois pas. Ainsi donc, au nom de notre «protecteur céleste saint Georges, et « en vertu des serments que tu as toi<- « ni<*me prC'lés, Je te déclare, a la face «de l'univers, loi, Pierre de Hagcn- « bach, déchu des iionaeurs de lu che> «Valérie. Et vous, chevaliers, vous, «jeunes gens, qui aspirez à la cheva- «lerie, souvenez-vous de cet exemple « et de vos devoirs. » il était nuit; à la liieur des flambeaux, les juges, tous à cheval, soi tirent de la ville : ilagen- )»ch marchait au miîieu jj*une foule

innombrable. « Je vois la mort avec « indifférence, disait-il; je gémis sur le « sang que fera verser cette journée; «mon maître me vengera. \ous que « j'ai gouvernés trois ans et demi , par- « donnez-moi le mal que j'ai fait; j'é- « tais homme, priez pour moi. » Il voulut que sa chaîne d*or et seize beaux chevnux fussent vendus au profit de l'église de Brisach, et c'est ce qui explique comment son buste en bois fut longtemps exposé sur un autel, oik les bonnes femmes l'allaient invo{|uer, pensant que c'était l'image de quelque sa m t. Uagenbach eut la tête tranchée; le corps fut rendu à la sépulture de sa famille.

Quand Charles" apprit la mort rî'nn homme qui lui était si dévoué, il jura de saci ilier plutôt sa vie que sa vengeance; mats il avait alors trop d'oc-> cunatiojis , car il voulait soutenir l'électeur de Cologne qui avait été dé-

{ïosé; et, d'un autre coté, la France 'inquiétait beaucoup. Il se vengea donc sur un Jeune seigneur innocent. Henri de Wurtenberg avait été élevé près de lui , sous la surveillance de Hagenbach; niais son père le lui avait retire à cause des mœurs dépravées de ce favori. Ce seigneur tenait le chAteau de Montbéiiard ; le duc de BounzoLine le fit nrrêter à Luxembourg , pour s assurer d'une place cfui était importante si la guerre éclatait. Dès que les Bâlois le surent, ils comprirent ce projet, et envoyèrent des renforts à la garnison; il en vint aussi de Berne, l out a coup se présenta Olivier de la Marche, conduisant, comme il le rapporte lui-même, le jeune comte, qui tremblait sous ses chaînes; car on menaçait de le tuer sî Montbéliard n'était àM'instant rendu aux Bourguignons. Point de réponse.

— Au<^^itot un tapis de velours est déployé; on ordonne a Henri de se mpttre a genoux comme nour recevoir la mort; on lève sur lui le couteau, et on re* nouvelle la sommation. Alors Burgard Stein , qui commandait la place , s'ecria du haut des remparts : « Mon maître tt est entre vos mains contre le droit « des gens, vous le tuerez si vous vou- « le^, mais vous ne tuerez point la

Googld

SUISSE

« maison de Wiirtenhcrg; je dois ûdé- « lité à tous ses comtes, et tous, nous « le vengerons. • Le jeune Henri ne

fut point décapité; on le traîna encore quelques mois à la suite des troupes; mais, rendu à la liberté, il conserva toujours un caractère timide, funeste suite de cette terrible émotion. ,

Le duc (le Bourgogne, René, était encore bien jeune: les circonstances lui paraissaient difficiles; il fallait choisir en effet entre la violence da parti de Bourgogne et l'astuce non moins danperensc du roi de France. Sous prétexte de le |)rnîéi:er, Charles envoya des garnisons dans son j>avs; il stipula que le passage lui serait toujours accordé, dit que René nommerait les commandants de ses places, et q(»e le ducde Rour|^ognelespayerait.LouisXI alors dépêcha vers René le sire de Craon de la Trémouille, lui offrit sa prt tection, celle de l'Rin|)ire, l'afjpui

des Suisses René n'hésita |ioint, se

sépara de Charles, et se joignit à la ligue des vides alsaciennes, méprisant le danger, et préférant le parti de Thonnenr. Louis renforça son alliance avec la Suisse : on convint d'avoir toujours et les mêmes amis et les mêmes ennemis. La nouve.le en parvint à Bâle en même temps que celle de la marche d'Flienne de I lagenl)ach , frère du gouverneur décapite, qui s'avançait a la téte de six mille cavaliers picards et lombards, et d*mie nombreuse infanterie de Bourgogne. Sans aucune déclaration préalable, il ravageait déjà le Suntgau, brOlant et pillant tout sur son passade, massacrant hommes et femmes , répandant sur le sol les saintes hosties, et faisant pendre aux arbres des enfants de trois ou quatre ans.

Aussitôt tes Bâiots firent occuper Délie, et tes Bernois indiquèrent une diète à Lucerne. Quelfiues pivsnns de Ferrctte tentèrent une hasardeuse attaque sur Blâment; mais leur audace ne fut pas henrease: ils périrent presque tous aocablés par un corps plus nombreux qu'ils osèrent charger en rase cam-

£agne, malgré un temps affreux qui ne !ur permettait pas de faire usage de (ciivs armes»

Le duc était alors à la téte de soixante mille hommes devant JNuys, à quatre lieues au-dessous de Cologne. H avait tenté cin(iuante»six assauts et perdu

quinze mille hommes; mais ni la faim, ni In destrucliofi des maisons, ni l'éboulement de dix-sept tours, u avaient pu ébranler la constance des assiégés, qui tenaient depuis onze mois. L'em- ' pereur lit un appel aux Suisses; la France négociait toujours; iNicolas de Diesbach, avoyer de Berne, lui était tout dévoué, et les cantons s'en remirent à Berne de In décision qu'il fallait preudre. La déclaration que cette cité lit au duc de Bourgogne et à ses commandants militaires, au nom de tous les confédérés, était simple et noble; elle fut portée au camp de Nuys

f)ar un héraut, qui la prononça au duc ui-méme. Berne! Berne! s*écria-t-il en fureur, et il grinça les dents.

Les Suisses entrèrent sur-le-champ en Franche-Comté, et se présentèrent devant Uéricourt, où était lu garnison

3 ni avait ravagé le Suntgau. Uarmée es confédérés se composait de trois mille hommes de Beroe, sous le commandement de JNicoias de Scharnachthal et de Petermanu de W'abern, anciens avoyers,* de mille hommes des quatre villes forestières, de ({uinze cents hoinfnes de Zurich; Jean de Rrrenfds commandait un corps d élite de Waldstetten, Zug, Glarus et Saint-* Gall. La bannière de Bâle était suivie de deux mille guerriers; et les chevaliers de In Souahe, ciesonnais les amis des Suii^ses, rivalisaient avec les villes d'Alsace. Cétait à qui montrm'ait le plus de zèle; on avait une nombreuse artillerie, mais l'on était mal approvisionné. Le froid devint excessif, et Tarmée qui souffrait, sans que les machines ou rartillerie pussent entamer les remp irt^ , demandait à grands cris l'assaut, qu'on refusait à son ardeur.

Tout à couç l'ennemi apparut avec des forces considérables : d'une part, Thibaut de Neufchâtel , maréchal de Bourgogne; de l'autre, Jacques de Savoie, comte de Romont, qui n'avait pas moins de huit mille fantassins et douze pille chevaux. Le 13 novembre, le

L'UniYfiRS.

comté dé Ràmoni àltàétift lès àvantpôstes âé 2ôriQli i K.ellér, ({m corn"

mandait pour ce canton, laissa leB contingents d'Alsace observer la place, et prit une bonne position couverte par lib boft «I tih étang, pour ne pas etré dml^é par là cavalerie; pendant ce temps, Tavoyèr de Scinirnachthal qiar»

chait avec Berne, Lucerne, Fribourg, Soleure et Bienne, par un sentier ae là forêt, pour se présenter subitement à l'ennemi. Après le terrible silence que les Suisses observaient pendant la prière, s'éleva tout à coup un grand cri âe guerre : la jeuftesie lieitioise et les arquebusiers sortirent de leur em'- Iniscaae. La ravnlerie italienne n'était pas habituée à l'impétuosité suisse :

après avoir tenu peu de temps, elle i atxindonita à ane Aifte désespérée.

Nous ne pouvons fei dUeindre! s'écrièrent les Suisses, èt tout aussitôt la cavalerie d'Autriche et d'Alsace fondit sur les BourguignoDS. Frappez! frappez! disaient les conSdéfés.n^ nè tous abandonnerons pax; et en effet On pénétra dans le camp ennemi à Passavant: Tennemi ne dut son salut gu*ft la non. On mit te fen faiDi bàgagés, et au lien de le boire ^ on fit couler le vin, pour que le soldat conservât l'usage ae ses sens; on prit beaucoup de drapeaux et de pièces. Les Suisses Virent avec peine que l'on eût fillt déS prisonniers: pour répandre devant eux la terreur, iis n'accordaient quartier à personne. On accepta donc la rançon de Bourguignons , de Picards et de Savoyards; mais dik-hnit Lombards fa»

rent brOles, sept semaines après, pour avoir pillé et profané des églises , et s'être livrés à la sodomie. Trois pùti apfte la bataille, Héricittfrt se rendit. Mattieureuàément on n'avait point enterré les morts, et il en résulta une maladie contitiiieuse; cette circonstance, jointe aux pluies d'hiver et aû manque de vivres, ilétehnina les (Confédérés à la retraite : ils remirent (a place à l'archiduc et y laissèrent aussi garnison. Ce premier exploit put faire juger de nmponânrvéede la gtierre: fAlfiunagDèftamnce, l^Italie, avaient m fm «my^rts snûr far duisse. Viàm

Dé al passa point dans linaclion : ala-

aleurs châteaux, pluneurs postes fortifiés, tombèrent au pouvoir des confédérés; et, pendant que l'empereur voulait les entraîner devant ISuys, ils poorsuivaiént leurs eonqnétes. Charles persistait toujours à assiéger cette place; en vain le roi Édouard lui représentait 1 inutilité de ses efforts, en vain ses meilleurs conseillers lui disaient de s'ferranger sfee les Suisses, il avait sans cesse la menace à la boiiclie; il n'était question de rien moins que de brûler Berne et Fribourg, et d*âever un monument de leurs ruines. Gntn, Il conclut une alliance avec Sforce, qui promit d'envoyer Guillaume de IVlontferrat avec une armée pour châtier Toigueil et reotétement des Alledialïds.

Treize cents hommes de Berne, Lu»

cerne et Soleure, franchirent le Jura; ils attaquèrent Pontariier, dont les murs étaient en mauvais état, mais qui était gardée par une bonne citadetiei ëlle fut prise néanmoins après quatre heures d'assaut. Contents de ce succès , les vainqueurs négligèrent d'explorer le pays. Le ooifite de Roussy, et Lcfuis de Cnâions, frère du prince d'Orange, vinrent avec douze mille hommes occuper les défilés. Les Suisses étaient mal équipés; ils payèrent d'audace, St, da naut diies murs de PeMarlier, ils tuèrent beaucoup de monde aux Boar> guignons, puis ils mirent le feu h la ville et à quelques villages, et se retirèrent en conduisant le mitinau milieu de leurs colonnes. A Berne, on en fut trèS-irrité : c'était une honte pour les Suisses de désespérer ainsi de la victoire. Le chevalier de Diesbach alla à Is renoDfitn de ce wtit eerps avec deux mille cina cents nonmBes i Fril^ourf , Soleure, Bienne, envoyèrent successivement leurs contingents. Quand on rencontra la petitearméeen retraite, on vit flotter deux bamrières conquises i!t beaucoup de drapeaux ; dès qu'elle sitt le mécontentement dont elle était l'objet, elle s'enilamma d une ardeur nouvelle, et tous ensemble revinrent h Pontairiier. Tout fuvait à Tapprociie de Diesbach; déjà ii s'en retoumil «nMét

Sblip, dans une vaste plaine, cinq eorps îe cavalerie, chacun de deux mille chenaux, 6e déployèrent à la vue de ses iMiats : hy , niM Mittnr, it pUœr ta IIUiHots sur ses flancs, se mit en mta éè bataille, et (it si bolUM «QKtlMM ^'on n'osa Tattaquer.

Granson et son château tombèrent Immédiatement après m pouvoir ta Buisses, qui donnèrent Tassant sans artillerie et même sans échelles , tandis que les bourgeois effrayés se précipi'> datai m niRsrites poyr gagM faiityfe riv8 «hilQc: le château se rendit Iteux jours plus tard. Les habitants d'Orbe envoyèrent leurs clefs; mais le commandant du château, Nicolas de foux , réponrtlt à la iommatk» : « Ifooi « avons des ait^uebuses, de la pondre* « du plomb, des provisions, et, ce qui «vaut mieux encore, nous sommes % décidés à mourir plutôt que d'imiter « letatlOnorant exemple deOranson. « tes mnisons voisines du rhfiteau furent incendiées de peur que l'ennemi ne s'y établit. Après avoir éteint le feu, les Mtseï le précipitèrent rac fiirear ; Ters les murailles; ils fbrent reçus à .iRMiMde pierres et d'arquebuse. Alors '^l^aça sur la tour de l'église une pièce bernoise, qui fit beaucoup de mal à Ja ^mison. Le boarreau de Bmie<iei Exécuteurs des ordres de la justice n'étaient pas infâmes) parvint à briser une porte : il périt en cette occasion , regretté de ma ses compatriotes, car il était auaai brave qu'humain. Las M** fédérés eurent à combattre de cour en cour, d'escalier en escalier, dans les -ap|)arten)ents, sur les créneaux, dans MB j^renlen; lea fMMrriddn éttienit trues de moiiat là fiimfieel la flamme étouffaient les guerriers : on jetait les vaincus du haut des créneaux sur des „ -juches escarpées; le commandant eut ér lltlle fendue^ CMteau-Belin et tous les nobles furent précipités; toute la garnison périt. De là on marcha sur Joigne, qui est encore plus fort que le Agiiiu i'Orte : c*ftoit ta def de la #DttrgO||iie, de la Savoie , de la Suisae. -is fflemmo taHuida du tempa pour

tiptnàtt à la Mmmatimi, et «Ue «a«> aaya de s'éta^Mr efi taeendaal ta

murailles au moyen de cordes; nlliif les Suisses s'en aperçurent, donnèrent Tassaut, et passèrent les Bourguignons

Cir les traiea. Yrertai^ Eatavayer^ orat, s'empressèrent éa fiMmir des vivres à l'armée. Après une aussi belle expédition, les Bernois voulurent fêter dans leur ville la bannière de Lucerne^ on se mit en marche. A «ne Itene de la viile,àBumpliz,rundessite8les plus délicieux de cette belle Hel vétie, Nicolas deScharnadUhal, Tancienavoyer, vint è la renooiltre te guerriers av^ quatre cents jeunes garçons élégamonot vê»

tus; ils chantaient des louanges pour célébrer l'arrivée des Lucernois, oui furent reçus et traités dans toutes les trilNiaw

Sur ces entrefaites, l'empereur vîo* lait sa foi ; et , pour obtenir à Msaâ* milieu la main de Marie de Bourgogne, il abandonna le roi de France, sac>ifia le due de Lorraine et Sigis* niond , et se ligua subitement avec Charles le Téméraire. Louis XI ne tarda pas à conclure un armistice pour néitf alla t en ^remeitailt de réduire par la force des armes le Suntgau, Ferrette, et les vi/lt's et places à Venvi' ron. Louis ne réservait point la sûreté des Suisses; lui aussi était perfide^ kii ami espérait encore Mi iMtfn de Marie pour le dauphin. Les Suisses^ comptant que les princés ne se tiendraient pas mieux parole entre eux qu'ils ne ravalent obeervée envers eux , n'en furent point émus : seuls ils bra* vèreiit tous les obstacles; à la guerre de Bourgogne, ils lyoutèreot encore celle de Savoie.

GcpeÉtat le cMMieao de CiiavilKers, près de Perentrui, était brûlé par les Bourguignons, et l'évéque de Bâic trouvait peu d'appui dans ses sujets et dans les citovens de la ville, parce qu'il nt^t trop favorisé la noblesse, trop marqué son dédain pour la bourgeoisie.

Les Bourguignons ne s'arrêtèrent pas là; ils incendièrent près de Quarante Tllla|^» L'ammestre de Strasnourg ci le gouverneur autrichien accoururent a Berne» H taMaddraiit fnatna ointa

L*tINIV£ES.

hommes pour envahir la Franche- Comté, par où devait arriver Charles.

" TI5; ne manquaient pas rie soldats, disaient-ils; mais ils avaient besoin surtout de la terreur que répandait le nom des Suisses. » Berne en donna mille , et n'accepta de solde que pour quatre cents; il vint des renforts de Soleure et de Fribourg; Bàle amena cinq cents Suisses quelle avait à sa aolae; Diesbach vint à l'armée; Lillesur-Douhs fut pr]< ci hrillé. 11 n\v avait pas de innr sans entreprise : mais la plus remarquable fut le siège de Blamont, poumi de robustes murailles et bien approvisionné. Les Bernois fiirent menés 5 l'assaut par Jean de Buttikon,

gendre de Wanern, et par Rodolphe 'Ërlach, auquel il avait pi omis sn fille; l'Autriche et Bftie attaquaient de Pautre côté. Tout ce que peuvent le couvt Part fut tour h four essayé; outre les projectiles ordinaires, on lançait sur les assaillants des ruches dont les abeilles en fureur piquaient tous les soldats au vî^n^ie. La chaleur était excessive; les forces physiques ne répondaient pas à la valeur; il fallut s'arrêter, et le fen de la place redoubla. Tout à coup se répandit le bruit que le bâtard de Bourgogne arrivait avec une armée; Diesbach blessé envoya demander du secours; Nicolas de Schar* nachthal s'avança aussitôt à la téte de deux mille cinq cents hommes; Berne écrivait : « Soyez dignes de vos ancêtres, qui ont toujours bravé la mort pour rhonneuT ; Berne tient à sa répu> tatiott de constance dans les dangôrs. Éloignez de l'armée quiconque par inollesse ou mauvaise volonté manifesterait des intentions contraires; on remplacera ces lâches par des hommes auxquels riionncTir est plus cher que la vie. » Ce noble langage adoucit les derniers moments de Nicolas de Diesbach ; il alla mourir à Forentroî. Cétait le premier à la guerre etdans les conseils ; il était granddevant les rois , et n'avait que quarante-cinq ans quand il expira.

Ses restes furent inhumés dans la cha- Délie de sa famille, à Téglise Saint- Vincent, à Berne.

\ A8ataie«Bure8*était jointeunema*

ladie contagieuse, qui se répandit aussi

dans Blamont. Cette place, fatiguée des longueurs du siège, sans espoir d'être prochameaient secourue, se rendit enfin; c'était la plus forte de la contrée. Les renforts de Berne n'étaient pas arrivés; il f'illnit nu\ Suisses une expédition : Grainmoiitlut victime de leur ardeur; c'était un château bien fort, bien appro?isiooné. garnison ne fit que rire de leur tentntive; mais les arquebusiers, s'étai.t excités et délies les uns les autres, gravirent la montagne et firent sauter la porte ; les bravad^ alors firent place à la terreur. Les Suisses pénétrèrent dans les caves ; le bâtard de Gramrnont s'enfuit dans la tour, et ne dut son salut qu'à la complaisance ayec laquelle il indit^ua tout ce que les vainaueurs pouvaient désirer : on <^iit pitié ae quelques Lombards qui s'enfuyaient déiîuisés en femmes. De là on se préciuita sur Valant, mit se rendit. Cette aouble conquête s était accomplie en moins de quatre heures, et n avait coûté qji'un seul homme. On brilla ces deux châtejux, ^ ou en démolit beaucoup d'autres ; mais le pays était en proie aux maladies et à la famine. L'armée se sépara.

Les troupes de Sforce franchissaient tantôt le mont Cenis, tantôt le Saint- Bernard , et ces passages ^ient faivorisës par lolande, duchesse de Savoie, sœur de Louis XI, qui ne négligeait rien pour servir la cause de Charles de Bourgogne, cberciiant à détacher les ▼illes dTAlsace de TAutriche, et les cantons suisses de Berne. Pour vemr au secours des habitants , qu'écrasaient ces marches perpétuelles de Lombards , Berne s'empara d'Aile et des Ormonds. Il y eut à cette occasion un fiitt remarquable. Le seigneur de Torrens avait reçu dans son château deux cents soldats pour las conduire à Charles :

les paysans d*OEsch et de Sanen Tattaquèrent; il s'enfuit après avoir fait semblant de capituler. Le château pris et brûlé, les pavsans s'en allaient, quand , à la téte de quatre cents chevaux, arriva révéque de Genève pour escorter les Lombards à travers le pays de Yaud, ou les appuyer dans leur en-

StJISSE.

treprise; mais qunnd il vit les débris fUuiaots du chateuu de Torrens, il (it dire aux Suisses , dont il ne connaissait pas le petit nombre, que lui aussi liaissait les Loiiibjird-^ , qu'il venait punir leur audace, et remerciait les coiifedérésde l'avoirprévenu; il ajoulaque, pour preuve de sa sincérité, il allait faire jeter à l'eau douze Lombards tombés en son pouvoir. Ces i- cursions eurent un elfet salutaire, en ce que le haut Valais se lieua avec Berne et entra dans la confédération.

Le comte de Romont exerçait tontes sortes de vexations; il faisait arrêter les voyageurs oar des soldats déguisés en brisands, il attaquait les bourgeois de Frioourg, il cliassait d*Yverd(m des marcbands suisses qui étaient venus pour acbeter du vin; à son arrivée, ils furent obliges de sauter pardessus les murs de la ville. Berne n'hésita point : la déclaration de guerre fut prompte et éneri^ique, et encore plus prompte Texpedition qui devait

Knfr ces excès. Le haut Valais, Friurg, Soleure, Bienne, neufobâtel, survirent l:i bannière de Berne, et l'on se présenta devant Morat, qui fut sommée à rentrée d'une nuit pluvieuse.

Le commandant s*enfuit, parce que la bourgeoisie voulait se rendre : elle se rendit en effet en se joignant à la confédération suisse, qui reçut ses serments, confirma et constitua ses libertés, et lui donna alternativement des gouverneurs de Berne et de Soleure; Payerne se soumit aussitôt. Kstavayé avait bravé toutes les sommations ; la porte ftrt enfoncée avec une impétuosité sans exemple; le carnage fut grand ; Claude d'Estavayé, qui avait fait tirer sur les parlementaires, se sauva dans une tour; ses prières ne furent point aeeueHIies; èn vain il offMt toutes ses lidMSifes pour obtenir la vie; tout porit par le fer; le plus grand nombre se précipitait dans le lac , et des bâtiments, chargés de fuyards, chaviraient sous le poids de ces malheureux. Onze soldats étrangers furent livrés au bourreau de Berne, homme sanguinaire, qui les attacha à une même corde pour Ms Jeter dam le Uic : la corde rompit, et

le bourreau fut tué à l'instant pou ravoir si mal fait son office; enfin, les Jeunes

Sens obtinrent leur grftce des guerriers, ont rindignation venait de se tourner contre cet homme cruel. Romont, la residenie du comte, Moudon, la capitale du pays de Vaud , envoyèrent leurs clefs; Yverdun fit mine de résister et ne le put; Pierre de Blay, qui la défendait avec trois cents hommes, eut la permission de se retirer. Ainsi l'imprudente et méchante conduite du comte de Romont fut pour la glorieuse Berne l'occasion de conquérir en peu de temjis tout le j)ays qu'il possédait. Cette campagne tut terminée par un fait d'armes terrible : Pierre de Cossonav occu{ lit un château fort dans le défilé où esl la petite ville appelée les Clé^; voyant qu'elle ne pouvait tenir, il la brdla. Les Suisses marchèrent à Tassaut bravant les projectiles, sapant les nuirs, enfonçant les portes; quelques-uns des assiégés sautaient du haut (les murs et sehrisaient sur le roc: il im])ortait aux Suisses de venger le meurtre de quelques députés fribourgeois et bernois. Dt jà la fumée s'élevait au-dessus de la tour où s'étaient enfuis Cossonay et le capitaine de Croix, auteurs (le ces méfaits : on ne leur permettait pas même la confession, qu'ils demandaient à grands cris et au poids de l'or; mais plusieurs Suisses captifs parurent au haut des murs, et dirent que de cette condition dépendait leur salut. La garnison fat conduite à Orbe; le valet de Cossonay racheta sa vie en se faisant le bourreau de Sainte-Croix et de quatre condamnés; le supplice de ces malheureux eut lieu dès le lendemain, et la forteresse fut démantelée; quanta la garnison de Morges, elle s'enfuit jusqu'à Genève.

Cette ville avait aussi maltraité des ambassadeurs de Berne; elle était savoyarde , bourguignone; elle avait armé six cents hommes contre les Suisses :

ils allaient l'assiéger, lorsqu'une députation du clergé et de la bourgeoisie parvint à les fléchir : une contribution assez considérable absorba le douzième de la fortune de chaque particuher. Les contingents se retirèrent chacun daoe

m L'UNIVERS.

sà patrie, après àTôîr rendu à Dieu de Alpes du Chablais à la chaîne que sur-

Kôleniielles actîôrtà de grâces dans Té- montent les majestueux etredoutaUâi

glise de Lausanne. i>iablerets.

Cependant Pévéoue de Genève, tout JusquMci noas n'avons raeonté que

tekitier I ta cau^ m BOurgoe^ne, ras* lés premiers actes, et en quelque sorté

srml^Ia plus de do'JZf mille nômines, le prélude de roltr 2;nprrp; Chnries n'y

et se jeta dans le haut Valais, pour a point encore paru : le moment est

châtier les montagnards qui arrèlaient venu où le héros doit animer de sa pré-

lea renforts envoyés par les Lombards, senoe ce terrible drame. L'empereur

B'abord étonnés de eette brusque atta- et le roi de France ayant aliattdonné

que, les Valaisans fuirent devant lui; René, le duc de Bourgogne envahit la

mais on vit bientôt paraître, au haut des Lorraine : les \ ilies d'Alsace ne man-

montagoes, les guerriers de Berne, querent point a leur allié; mais les

SolenreetderOberland S Uribravates Suisses étaient occupés ailleurs. La

neigeséternelles du Crispait, et fhinchit jeunesse bourguignone se flat.ait de

la sauvage Furca. Les Su issas, malgré prendre à la course tout le duché de

leur petit nombre, se précipitèrent sur Lorraine. Charles y pénétra parLuxem-

l'ennemi ; trois cents nobles de Savoie bourg; il avait avec lui Romont et

tombèrent, et plus de mille soldats, et Châteao-Guyon : rien n'était épar-

L'évèque en fut tellernpnt (Tfrayé qu'il f^né dans cpttr marche. Le duc fit dé-

ne sut garder aucune position : !\lnrti- saniK r une petite troupe d'Allemands

gny, Saint-Maurice, furent abafidon- aui avait rendu à ses troupes Bar-sur-

Dés; tout obéit aux Valaisans, qui Orne; et, malgré la capitoiatioa, il fit

prirent possession de l'abrupte et sau- pendre tous ces soldats. Il était devenu

va^TtM'nîfépd'Kntremonfjusqu'auSaint- cruel depuis que la fortune lui était

Bernard. Le combat avait eu lieu le contraire; il brûlait les villes, il égor-

13 novembre, jour qui fut à jamais ^eait les habitants, il violait sa parole ;

célébré. Le margrave de Baden^ Neuf* abandonné des hommes droits et fer-

châtel, négocia une trêve de six se- mes, il se livrait sans réserve aux con-

maines. On rapporte qu'à cette époque seils perfides des flatteurs; et quand

les Valaisans détruisirent les murailles sonna Theure des grands revers, il se

qui fermaient leur pavs , et ne laissé- vit enfin tout seul. René se bornait à

rent subsister que celles qui les sépa- la défense des places; il résolut d'im-

raîent de la Savoie, dans la sauvage plorcr le secours du roi. Dieu!

vallée de la Volorsine, où le torrent s' écnii cclm-ci^ quoi! Ckaiies serait en

gronde dans l'abîme, où les niélèses, Lorraine! — Je marcherai moi même

renversés par la tempête, suspendent contre hd. Enfin ^ il envo^ huit cents

lur ce précipice leur cime desséchée, lances; mais des instructions secrètes

La limite, du côté du cantnn ffp Viud, portaient de ne rien entreprendre*

est en quelque sorte pratiquée par la Louis sa rifiait René au désir d'obtenir

nature: le lon^ du Rhône, une longue re\traditiouduconnctabledeSaiat-Pol.

rue sert d^avenueèSaint-lvlaurtce; die Le due de Bourgogne fit son entrée

n'a qu*un seul rang de maisons, vis- dans Nancy; il rêvait les plus hemx

à-vis d'une hnirte paroi. Le Rhône la projets : c tte ville, embellie par ses

baigne ; et , de l autre côté de ce fleuve , soins , serait la capitale d où il dicterait

une tête de pont donne ouverture stu* des lois aux Allentands et aux Fran-

lecantondeVaud; une porte se forme çais, où I on se presserait autour de

sur le pont, une autre sur ce canton : lui, où l'on briguerait sa faveur. LTne

)à est écrite la devise liberté etpattie. fois reconnu par les États de Lorraine,

Il semble que ce bel ouvrage, qui n'a ii ordonna à tous ses diefs de se tenir

S Tune arche et qa*on dît être de oons- prêts à marcher contre les Suisses dès

action romaine, se jette d'une mon- le commencement de Janvier, tagne n l'nntrr-, comme un crntnpon, Dans les premiers jotirs de l'an

pour sceller leurs bases, pour uuir les 1476. Charles, duc de Boui^go^,

phsi^ près de. Nancy ia revue d'une àrmée de trente mille boiQmes bien

choisis, bien équijiés, et pourvus de tout jusqu'à l'abondance. Il résolut de franchir le Jura, au delà duquel il reoèvirait des renforts : là il pourrait aisément tcnger le comte de Romont et fees propres injures. Il ne doutait pas qu'il ne soumît bientôt les Suisses, qu'il ne punit les villes d'Alsace de la mort de Pierre de Hagenbach, et n'établit enfin sa domination sur tous les États qui avoisinent les Alpes, en Allemagne, eu Friince, en Italie. II artit le 14 janvier ; à la huitième étape, était à Besançon, où se trouvait la formidable artilferie qui avait si longtemps tenu les Pays-Bas en respect, et devant laquelle s V.taient soumises Uége èt toute la Lorraine. Il avaft encore rénehéri sur le luxe de son père , et son camp était suivi de grande bande de taletSy marchands et filles de joyeux (imour, multitude qui bruyait de loin.

CTétaît une procession Mcbique qui fiâarclidit contre la race des héros de Sempach et de Lanpen. IMnis ce luxe tl'était pas entièrement déraisonnable:

Charles s'attendait à être rejoint par beaucoup de princes d'Italie; il voulait énsuite proloniier dans leur pays sa

earcbe triomphale. A Besançon déjà, priuce Frédéric de ïarente, (ils du toi de Napics, lui amena quinze mille hommes; il était brave, et prêt à se dîMinguer, dans l'espoir d'obtenir la main de Marie.

Des qu'on sut que le duc de Bourgogne s*avançait vers le défilé de la tour de Bayard, le margrave de Bade, Neufchâtel, courut mettre ses États tous la protection de lierne; il vint èxposer au grand conseil la douleur doAft il était pénétré : quoiqu'il fût ci* toyen de cette cité, son fils Philippe, seigneur de Badenweiler, était avec Charles. On fit donc occuper i\eut( hûtel par dénx cents hommes dé Berne, autant de Soleure, et cent du margraviat; le délilé fut f^ardé par les riveîrains du lac de Bien ne, et l'isthme (^ui le sépare de celui de ISeufchâtel tut Ii6iifié à quatre cents Badois. Berne relllatia le comte de sa fidélité, et lui

permit de laisser son fils avec le doc. Ordre ftit donné à la garnison ea!^

de Montbéliard de faire bonne tionte*

nance, à Bille de fournir du secours.

On demanda de la cavalerie à la ville dé Strasbourg, et à Oswald deTheorstein, gouverneur de l'Alsace autrichienne.

«Nous espérons, disait la lettre, en faire une prompte et bonne fin. *> Déjà des partisans ennemis avaient dépassé les (Msy ou bien fis avaient gravi les iSntiers des pâturages escarpés qui couvrent les runes du Jura ; ils avaient surpris Aubonne, et arrête, au bord du lac de ftenève, quelques messagers bernois. D'un autre c^té, on était fn* formé de l'arrivée de huit mille Savoyards, qui n'attendaient, à Chambéry, que rinvasion des Bourguignons pour se joindre à eux. Berne appela donc aux armes tous les confédérés.

Orbe ni Joigne n'étaient gardées; mais Yverdun et Granson avaient une garnison suisse. Le comte de Romont avait des Intelligences dans là première de ces villes, qui lui avait toujours été fort dévouée. Dans une nuit on l'on venait de fêter un gouverneur qui partait, et où l'on avait fait faire bonne dhère à la garnison, des moines, dont le couvent touchait le mur de la ville, firent entrer Romont et quinze cents hommes, qui passèrent la rivière sur la glace. Aussitôt on entendît la trompette et les cris : -/ moi, Donrqogneî vive Houraognel ville gagnée l Dans le moment, les habitants se précipitèrent sur les soldats logés dans leurs maisons; ils n^étaieot que soixante-dix, et reposaient comme en pleine paix. Ces braves parvinrent a se réunir dans une rue; et, frappant de leurs hallebardes, ils se frayèrent un chemin vers la cita» délie, non sans perdre plusieurs des leurs. Il fallut bien lever le pont-levîs; mais six hommes se présentèrent : on l'abaissa pour les recevoir. L'uu d'eux fit des prodiges de valeur, tuant tout ce qui arrivait à sa poursuite, et reprenant toujours le même trait, pour s*en servir contre de nouveaux assaillants.

Le comte de Romont fit sommer le château sous peine de mort; mais, de tous les créneauXt arrivait use phifé

L'UWIVERS

de pierres. Les fossés furent comblés de ftnille , on y mit le feu ; et, lorsqu*on fi'y attendait le moins, les Suisses exécutèrent une impétueuse sortie, dans laquelle le comte fut blessé. Ils prirent des provisions dans les maisons voisines, et firent parvenir à Berne Tavis qu'ils sauraient tenir leur poste. La garnison de Payerne, composée de quatre-vingts hommes, vint les renforcer. Les habitants crurent que c'était Tavant-garde des confédérés : hommes, femmes, enfants, tout s'enfuit, et le comte de Romont en agit de même. A Granson, une traliisoa semblable avait livre le commandant Rrandolf de Steia aux Bourguignons; mais la garnison tint bon dans le fort : en vain on lui présenta son chef, en dét-larant que son salut dépendait de hi reddition de ce poste. Lui-même eneourdgea les siens , disant qu'il aimait mieux mourir que de racheter sa vie au prix d*une perte pour sa cause.

L'armée bour^uignone s'approchait de plus en plus; les Suisses mirent le feu au château d*Yverdun , et se frayèrent un passage vers Granson.

Cependant Cliarles n'avait pu passer par le défilé de la tour de Bayard; Matter de Berne, qui commandait ce fort, se moqda de toutes ses menaces. Les Bourguignons étaient donc arrivés, par Kivière ,^Toip:tie et Orbe, sur Granson.

Tout le pays de Vaud fut inondé de leurs bataiflons : à Lausanne, Campobasso s'était fôit ouvrir les portes avec les quinze mille Italiens du prince de Tarente; Genève avait été mise <à contribution. L'armée s'étendait de la Baume, par Saihte^roix , jusqu'à Vau* inarcus; elle comptait plus de cinquante mille combattants, et le camp ressemblait à une ville de comnierce ou à une résidence de prince, tant il y régnait d'activité et d'abondance. La trntr rie Charles dominait tout , du haut d'un plateau qui en cci upait le centre; elle se distinguait par un iu.\e orientai : pour lui, il était plein de confiance; car ces mêmes troupes avaient pris Liège, humilié la France et conquis la Lorraine. Il fit donner l'assaut sans (leidi, perdit deux cents iiuninieâ, et

prît Granson, après trois heures de nouvelle attaque; maïs Georf^es Stein garda la citadelle avec huit cents bonimes. Le feu continuait jour et nuit ; Stein tomba malade, et le maître de l'artillerie eut la téte emportée d'un boulet : pour comble de malheur, plusieurs barils de poudre sautèrent, tuèrent beaucoup de monde, et les provisions s'épuisaient; on n'avait plus que du gruau d'avoine.

Dans ce temps la même, ISicolas de Scharnachthal, avoyer de Berne, vint occuper Morat à la téte de huit mille boulines, et avec lui l'excellent capitaine Jean Hallwvl, bieu connu des nubles rois de la famille d Ilunnyade; Pierre de Fauciguy amena cinq cents hommes de Fribourg; il en vint huit cents de Soleuro , deux cents de Bienne ; toutes les villes s'eimirenl de Strasbourg jusqu'à Inspruck; Louis XI promettait mais il observait et gagnait

du temps. C'est à la petite année de IMorat que deux sodats, échappés de Granson, signalèrent la nétresse de sa garnison. On hasarda trois bateaux sur le lac de Neufchâtel ; car on n'était pas encore en mesure d'attaquer l'ennemi; mais ils ne purent (jue se faire voir, sans aborder. Le duc, furieux d*étre arrêté depuis deux jours devant cette petite forteresse, commandait de nouveaux eft'orts. Les murs étaient éboulés, les honnnes épuises. Dans ces circonstances, une déception devait triompher de leur valeur : Timligne seigneur de Ronchamp, qui avait autrelois eonnu en Suisse plusieurs des guerriers de la garnison, vint la féli> citer de sa belle réponse (elle avait fait savoir à Chartes qu*elle n'ouvrirait ses portes que par ordre des coijfétjprcs).

" Ils ne peuvent plus vous secourir, dit-il: Fribourg est prise, et tous ses habitants sont enterrés sons ses décombres; Berne a remis ses clefs au duc, Soleure s'est soumise. Si vous persistez à tenir, aucune force humaine ne peut vous sauver; le duc m*a permis de vous offrir une capitulation; croyez-en tna parole, vous vous retirerez Hi res, sains et saufs. » Comment ' croire que la perfidie fUt |)ouâsée à cç

SUISSE

point! Koodiamp reçut de l'argent pour récompense, et la place se rendit, malgré la protestation dujeune Mutier, l'un des chefs. Il n'avait que trop bien jugé cette ruse. Quand les Suisses furent nnen^ au camp de Charles :

Quelles gens sont Cfcl'^ s'écria-t-il, comme s'il ne savait rien du stratagème de Konchamp; et aussitôt ils lurent attachés dix par dix , livrés an prévdt, et, pour la plupart, pendus à des arbres : d'autres , pnr exemple Jean Muller, furent à diverses reprises plongés dans le lac. Ils moururent sans s'adresser de reproclie, avec un calme, une fermeté qui parut terrible à Tennemi. Ce fut le dernier jour de Thonneur de Charles, le dernier de sa fortune.

Le lendemain, il s'avança avec ses nrcliers du corps jusqu'à Vaumarcus, ciiàteaM qui, du haut de son roc escarpé, dominait la route de Granson à Neufdiâtel; il fut occupé, ainsi que les hauteurs voisines. De leur c^té, les confédérés envaiiirent Boudry et d'autres villages voisins; l'a voyer de Scliarnachthai avait transféré son quartier général de Morat à ISeufchâtel ; il y fut rejoint par deux mille cinq cents fiommes de Zurich, Badea et de la Thur-

fovie, avec eux un redoutable héros, ean Waldmann. Peu d'heures après, arrivèrent les contingrnts de lîâle et de Strasbourg, Colmar, Kaisersberg, Schlestadt; le soir, le célèbre avoyer Haszfurter et dix-huit cents Lncernois; enfin, le Jour où Charles faisait forger la garnison de Granson , il vint plus de quatre mile monta^i;^ nds, et Schwytz marchait en avant sous les ordres du petit-fils d'Ital Reding; Saint- Gall , Appenzeil , ne se firent point at* tendre, ft Hermaun d'Eptiugue amena la cavalerie de l'archiduc: le jeune margrave de Bade, Neufchàtei, en fut prévenu 2 et en informa promptement le duc de Bourgogne. Indignes du massarre de Granson, brillant du désir de le venc^cr, les confédérés éprouvaient quelque embarras de TexceLente position qu'avait su prendre le duc.

Celui-ci se disposait <à marcher sur Berae par Neufrlulte! et Arb*>« ;f t dès

ou'il eut connaissanee de l'approcbe de

1 ennemi, il fit publier que cliacun eût à se tenir prêt au combat pour le lendemain de grand matin. Marchons à ces vilains^ disait-il, ce ne sotU pas gens pour nous. Il se mit à la téte des Italiens et des Savoyard?;, confia l'avantgarde au brave bâtard de Bourgogne, Antoine, et au prince d'Orange, et l'arrière-garde au duc de Ctèves et à Frédéric d'Egmont. Antoine était la vivante imaçe de son pèro . Pîiiîipfie de Bourirognc; il était roliustr de lui ps et foâ't d'esprit, parfait autant que peut l'être un homme : le duc l'estimait ^ mais ne se confiait point en celui dont ia rude franchise s'oppc^nit trop soitt. vent à ses projets desordonnés.

Les confédérés, dont les forces n'atteignaient pas au tiers de la force numérique de l'armrp de Bourgogne, n'avaient d'autre 1 ut que d'anéantir cet avantage, en prolitant habilement des forêts et des liauteurs. La droite de Charles était appuyée au lac, la gauche au Jura, dont le pied était défendu par des marais et des fossés profonds; au nord, devant l'ennemi, les rivages de l'A mou étaient garnis d'une puissante artillerie; les bagages, rangés sur les derrières, composaient comme un rempart, protégé lui-même par de nombreuses pièces : la position était trop forte. Dans le conseil des Suisses, les uns proposèrent âc toiirticr le lac pouraticiquerreunemi en queue; les autres, de se précipiter sur le front des Bourguignons : l'avis qui prévalut était calculé habilement. D'après le caractère bien connu du duc, en attaquant Vaumarcus sous ses yeux , et pour ainsi dire à sa barbe, on était sdr qu'il n'j tiendrait pas , que sa colère prévaudrait sur les plans les mieux arrêtés, et qu'il sortirait de sa position. En effet, les conseils d'Antoine n'y firent œuvre, Charles se mit en mouvement contre l'avis de tous ses capitaines.

Dès le lendemain 3 mars, de grand matin, tandis qu'il rectifiait déjà son ordre de bataille, un petit corps de Scliwytz et de l'Oberland vint dans le camp des 1-ucernois, où l'on se bâtait H'»php.v<*r h messe : Roseniboz en douoa

taa

le signal d'une hauteur voisine de Vaumarcus. Ciiarles, qui ne s'attendait pas à tant d'audace, n'avait pris inspection des lieux que pour une marche* L'avanl-garde ni lait sans inquiétude, et les Suisses eux-mêmes ne se croyaient pas si prés de l'ennemi, ni que le duc eût déjà levé le camp; ils estimaient n'avoir affaire qu'à Rosemhoz et le chargèrent. Arrivés sur la hauteur, leur vue einhrassa celte inimense armée.

Dès qu'on les vit engagés, Berne, Fribourg, et tous les au&es confédérés, accoururent, mais avec calme et sangfroid. Dans les vignes, les Suisses, selon r usage de leurs pères, tombèrent 4 genoux, et, les bras étendus, invo^ puèrent le dieu des armées. L'ennemi, qui ne connaissait pns cet usage, crut qu'ils demandaient merci , et de lon^s éclats de rire retentirent sur toute la U^me bou rg u i gnone.

un grand cri de guerre succéda à cette moquerie, et, se formant en coin, les bourguignons voulurent entuncer les rangs des confédérés; mais tes lances les arrêtèrent : profitant d'un instant d'hésitation, les confédérés pénétrèrent avec vigueur dans leurs liataillons, tandis que deux autres chefs valeureux, MuUlnen etSchvartxmurer, marchaient sur les corps d'armée qui voulaient déborder le c^irré formé par les Suisses. Au centre de ce carré flottaient les bannières; il était hérissé de lances, et des rangs intérieurs par« talent de continuelles arquebusades.

L'artillerie du duc de Bourgogne, placée trop haut, avait produit peu d'effet; il voulut donner sur ce carré (a lance en arrêt, et six mille hommeé de cavalerie, rommandés par Cliâteau- Guyon, exécutèrent une cliarge, dont [e résultat devait être de pénétrer jusqu'aux bannièresXMmpétuositédecette charge fut terrible : là il y eut, disent les chroniques , une épouvantable bataille. Deux fois le brave Chàteau- Guyon saisit de sa main la haniiiere de ^WTtz; mais Ëlsner de Lucerne lui ^^T^fiV^ la sienne, et un Bernois le tua. %QSk loin de là tonibèrent Jean-Marie Ue Luxembourg, onde de ilomont, Iiatoi l^Q*tier§» i^igny, Méry,

tro de I j'gnano, chef des Milanais. Tout à coup des accents terribles appelèrent les regards de^ deux armées sur les hauteurs de Bonvillers et de Cbampi-

f;ny : des troupes fraîches en rouvraient e sommet. A trois heures après-midi, le ciel s'eciaircit, et les feux du soleil vinrent dorer toutes ces resplendissantes armures. « Qu'est ceci? demanda Char, es à Rrnndolfde Stein, qui était son prisonnier. — Ce sont, dit Stein, les véritables Suisses , les montat^nards qui ont défait les Autrichiens : la sont aussi les bourgmestres de Ziirich, de Schafliousen , laTschudi et sa troupe.»

Trois fois retentit le cornet d'Lri et la rustique corne d*Unterwald : sons inconnus! redoutables présagée de mort aux Bourguignons, étonnés aussi de l'aspect martial de ces braves! Charles comprit le danger; il parcourut les rangs pour rendre le courage aux siens* qui déjà étaient fatigués de leurs inutiles efforts, puis il combattit avec eux. Tout à coup un feu général et biea dirigé partit de toute l'armée des Suisses, et, sans perdre de temps ^ ils atta-

3uèrent corps à corps. Ils accoururent e tous cotés; il en sortait des chemins creux, il en paraissait derrière le& haies : une terreur panique saisit les Bourguignons. Par un mouvement habilement combiné, leur cavalerie dev;iit entraîner l'ennemi dans une position défavorable; mais l'infonteries'y trompa »

prit ce mouvement pour une fuite, et a^eofuit elle-même. Charles voulut s'y opposer; il vint réprimer les fuyards a la tête de la cavalerie ; il frappait luimême ses soldats , mais en vam : la terreur éteit universelle; les uns couraient se cacher dans les vallées du Jura, les autres s'embarquaient sur le lac ; d'autres eucore tachaient de regagner Granson. La déroute fut complète : Charles jete un douloureux regard sur les quatre cents pièces qu'il fallait abandonner, et sur les richesses de son camp; puis, suivi de cinq cavaliers seulement, il s'enfuit, et ne s'arrêta point gu'il ne fût arrivé à Nozeroy, au delà du Jura, où il trouva le prince de farente, qui, lepreiuieri lui donna quelque consolation.

OepeiMlaBt les Suisses , de MAoar de la poursuite, se jetèrent à genoux pour remercier Dieu de la victoire. Ceux de Berne s'indignaient à la vue de leurs oompalriotes pendus aux arbres de Granson : en pleurant, ils reconnais* saient parmi les braves des parents, des amis. Aussitôt ils donnèrent Tasaaut ^vec rage; il fallut bien se rendre. AJors oommenca la Tengeanee : pour ^aque Suisse ^e l'on «nerochait, on penaait au même arbre un Bourgui-

§non; on en précipita plusieurs du haut e la tour sur les rochers; et, si Ton en- épargna quelques-uns, ,ee fat unt*

Suement pour les échanger contre Branolf de Stein. La garnison de Vaumarcus aurait eu le même sort; mais Roseniboz parHnt à s'échapper la nuit sans être aperçu. Le soir niénie de la bataille, Nicolas de Scharnachthal , le plus ancien des chevaliers, voulut récompenser les héros ; il arma chevalier Hallinrl,Waldmann, Rolle deBonstet^ ten, »shw9rtzmurer et Heraiann de Mullinen.

Le butin fut immense: évalué alors à trois millions, il équivaudrait, de nos jwfs , à une somme décuple; sana compter les munitions, les chevaux, l'artjllerie, les vivres, on prit vingtsept bannières et cinq cent cinquante drapeaux. Les confédérés se partagé-^ tent ces divers objets, et l'artillerie nit lépartie entre les places frontières. On admirait surtout la magniticence des tentes, celle où était la chapelle, une autre qui renfermait la chancellerie; enOn, le pavillon du duc de Bourgogne, un des plus beaux et des plus riches du monde. L'or, les pierreries, étaient partout : les diamants les plus riches le la terre forent trouvés par des hommes qui n'en connaissaient pas la valeur, et vendus à vil prix. Le régent était le troisième pour la grosseur, le

Sremier pour la beauté; il appartint 'abord aux Lucemois, puis aux rois de Portugal» ^fln, à la couronne de FÎrance.

Après être restés trois jours sur le éhamç de bataille, les eon^Mérés r^ tournèrent dans leurs foyers, bannières déployée», el toute la Suisse parut être

un vaaie canifL t>ès le eemmeneemeat

de la guerre, Louis XI, sous prétexte d'une dévotion particulière, s'était rendu à Lyon pour ob&erver les évene* qieats de plus près : 1m Suisses étaient mécontents de son manque de foi ; il crai^inait qu'ils ne s'accommodassent avec Charles contre lui, et avait couvert leur pays d'émissaires qui Ivii rendaient compte de tout. Quand il apprit la bataille de Granson, il en témoigna une joie extraordinaire, ne se lassant point de se la faire raconter; il ne se plaignait que de ce qu'il eût péri un trop petit nombre de gens. Cela m| l'empêcha point de recevoir aveo dis* tinction l'envoyé de Charles, qui vint lui norter des assurances diiommage et d amitié; mais il lit de riches présents et de plus vives protestations aux vainqueurs.

Cependant l'attitude ferme de Cliarles, la vehémejice de ses actions, Tac? tivité de ses préparatifs, imjKtsèrent encore silence à ses ennemis cachés.

Il avait d'immenses ressources; il ne craignit pas de pousser à l'extrême toutes les mesures qu'il prenait pour une nouvelle attaque : ainsi il leva un homme sur six , un denier sur. sii.

s'empara des niétaux qui pouvaient servir b la guerre, et les fit recherchef jusque dans les maisons de ses sujets.

Le rai de France n'osa bouger, et Ga* léace Sforce permit toujours la levée et le passage des soldats enrôlés pour le duc de Bourgogne. Les Suisses ne gardèrent ni Joigne ni les Glés, soit qu'ils voulussent de nouveau l'attirer sur le terrain où il avait été vaincu, soit qu'il ne leur parût pas po.ssii)le de remettre ces forts en état aussi ijroiimtement que cela edt été nécessaire, us firent quelques expéditions heureuses à Lille-sur-Doubs et à Délie; mais l'em-

t)ereur défendit aux villes impériales 4e es seconder'; le pape leur créa aussi des entraves; les prinqes craignaient que leur victoire ne tournfit au profit de la France. Cependant Charles mit en mouvement toutes les garnisons , toute l'artillerie de Bourgoj^ne et des Paya- Bas : déjà il avait qum^e cents pièces et soûaate miUi» ivMPoifll»

L'U«IV£RS

mont avait repris possession du pays de Vaud. Alors Berne se conduisit

comme aux jours glorieux de Laupen :

toute famille qui comptait deux adultes en armait un; on appelait its dlovens, les eonfédérés à la défense de Morat, que l'on nommait Vouvrage avancé de Berne , position impoitate qu'il fallait garder.

Depuis longtemps, Adrien de Bubenberg vivait retiré à sa campagne; c'était le chef du parti bourguignon :

d;iiis le danger commun, '^rs roinpntriotes firent un appel a son patriotisme; il aecoorut, et on le reconnut général : on jura de conserver Morat sous ses ordres, et de lui accorder tout ce qui serait nécessaire. Quinze cents hommes sortirent avec lui, Fribourg en envoya quatre-vingts, Waldmann vint avec mille Zûrichois, les cavaliers d'Autriche accoururent avec Hermann d'Eptingue, et villes inif)érinles d'Alsace ne manquèrent uuinl a i ajjpei. fil en était temps : (Parles était déjà à Lausanne ; le pays était ravagé par ses troupes, qui n'épargnaient ni le sexe ni l'âge; il fallait fuir dans les Alpes, ou se résoudre à souflHr les plus mauvais traitements. La consternation était partout, et toujours de nouvplles troupps vrn;iH!nt grossir cette armée déjà &i nombreuse. Elles n'arrivaient pas, néaumoins sans difficulté : au Saint-* Bernard, les Vabiisuis tombèrent sur un corps de quatre mille Lombards, en tuèrent plus de quatre cents, et dispersèrent les autie:», qui périrent de iaim ou s^abîmèrent dans les crevasses des glaciers. Des Savoyards en grand nombre s'avançaient sous le commandement d'Antoine d'Orly, gouverneur de Nice : ils furent chassés ou taillés en pièces par les Fribourgeois.

A peine Charles ertt-il quitté r>ausanne, que le commandant bernois de robersiebenthal se jeta sur Vevav et sur la tour du Peil, forteresse qui Vélève dans le milieu du lac; et, pour châtier les habitants d'avoir donné du secours aux Italiens vt aux Savoyards, il massacra tout ce qui était eu état de porter les armes, détruisit tes maisons et frappa uue forte contribution.

Dans la penslede ftire nne démons»

tration imposante, le duc de Botir«

gogne avait passé une belle revue de toute son aniK e sur le plateau qui domine Lausanne, auprès du Signal, et jusqu*à la forêt de Sauvabetin. Cest l'un des sites les plus délicieux, à la ' fois, et les plus majestueux de la terre : le lac Léman se présente dans toute son étendue: on admire, au sud et a l'ouest, ses fertiles coteaux , et dans le îointnin, à sa pointe niéridionale, le Saleve, qui domine Genève, le mont Blanc, qui élève sa blanche coupole au-dessus des rocs noirâtres du Ciiabiais , dont les parois retombent per^ pendiciilaires dans le lac, immense muraille dont la base s'entr'ouvre eu et la pour recevoir quelques habitations, saintOengolfe, Meillerie,Évian, ^ Thonon, tandis qu*à Topposite le Jura s'éloigne des rivages, et laisse une belle plaine à l'agriculture. Ilien de plus grand, déplus imposant que ces Alpes du Cbablais, que ces roches inaccessibles , dont les pointes se dessinent si variées sur l'azur d'un beau firmament , tandis que le lac reflète et renverse leurs neigeuses images. Plus il se recourbe vers l'est, plus le tableau devient sombre : le Rhdne arrive à travers lr«; marais, et, sur les cimes qui dominent son embouchure, les magiques Diablerets, roches étranges, forteresses de I éternité, bravent , par leurressem* • blance même avec les tours du moyen âge, ce que rarchitecture humaine a de Iragiie et d insul lisant. Us jettent sans cesse sur ia vallée des débris nouveaux, et ces ruines de tous let siècles auront encore des débris pour les derniers jours du monde. En face est la blanche Dent du Midi qui jamais ne se dépouille de ses neiges, qui brille encore tfe la couleur rosée des feux du soleil, quand l'onibro de la nuit a noirci le lac, et Lausanne, et Yevay, et Meillerie , quand déjà le soMI ot descendu derrière ce long rempart du Jura. La nature semble se complaire ici aux plus singuliers effets : des vapeurs légères s'envolent en fumée de ces cimes aériennes, ou se groupent en nuages, ou s'allongent eu oei&toie

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Suisse.

te long des montaf^nes, comme pour Én diviser la hauteur. 11 est impossible, CD présence de ces merveilles, de ne se point abandonner à une conteniplation, à une rêverie qui absorbe toutes nos pensées; et s'il s'v Fuêle un souvenir historic^ue, il faut qu'il soit grand,

' majestueux comme la nature même; il faut que révénement ait terminé les différends do !a terre, nffermi la !i-

* berté d'un peuple, renversé la tyrannie d'un homiTïe; si cet événement a fondé le bonheur des générations qui se succèdent dans ces lieux magiques, il aura droit d'intéresser à jamais relui qui les admire : alors la nature même devient historique, et ses plus grandes beautés semblent acquises par la viC" toirr à ceux qu*elle feivorise de tant de « merveilles.

Ctiarles en était peu frappé; sombre et pensif, il était encore sous la terrible impression de Granson ; ce Jura lointain lui laissaitapercevoir les défilés

f)ar lesquels il avait fui; à l'opposite, eSauiL-Bernard lui rappelait le récent désastre des Italiens qui n*ayaient pu le rejoindre : il n'y avait en lui que colère, haine et dépit. « Oui. dit-i!

en parlant aux soldats, la fortune nous fut un jour infidèle Mais vous devant qui trembla la France, vous qui avez dompté Liège, anéanti la Lorraine , ne vengerez- vous pas votre maître de ces paysans? (^u'ai-je donc fait à la Suisse? qui a fait périr mon gouverneur Hagenbach? qui m'a forcé à la guerre? qui a porte la dévastation dans nos paisibles provinces? 1 'orgueil de ces gens pouira-t-il anéantir l'honneur de la Bourgogne et la mémoire de mon père? 79on, je le jure! il n'en sera pas ainsi. Je vous abandonne tout le butin fait sur r«nnemi; à vous les h.ibitations, les villes, les richesses des Suisses à moi la seule vengeance! Oui, par saint Georges! nous nous vengerons! » L'armée répondit par les cris de f ive Bourgogne, et partit.

Charles se dirigea d'abord vers le

lac de Neufchâtel,' espérant attirer les confédérés dans un pays qui lui fût plus favorable. .Mais riinpatieuce lem-

iZ* Livraison, (Suisse.)

porta : il résolut de marcher par Morat sur Berne et Fribourg. Il envoya donc le comte de Romont avec quatre mille hommes pour occuper le terrain qui

sépare les lacs; il voulait ainsi prendre Morat des deux cotés; le gros de l'armée alla vers Payerne et Avenches.

Adrien de Bubenberg, avee sa petite troupe de Bernois , rencontra les avantpostes, fit un prisonnier, et connut la marche des Bour;;uignons. « Appelez les confédérés, écrivait-il à sa cjté; je tiendrai dans Morat, ne craignez rien, ne précipitez rien. » II reçut ensuite le serment de la garnison et des haliit;ints de cette ville : on jura de tuer çjuiconque donnerait un conseil timide, ou ferait entendre des paroles peu dignes de la valeur suisse, quel qu'il fiU, riche ou pauvre, général ou soldat, Bubenberg lui-même) s'il s'oubliait.«Coaipagnons, s*écria-t-il dans sa noble mspiration , veillez ! dans Morat réside le salut de la patrie; veillez! la Suisse n'a qu'un seul boulevard, c'est votre valeur, c'est votre fermeté. »

Depuis les chalets voisins des glaces éternelles jusqu'à l'embouchure de î'Anr, tout se mit en mouvement: les guerriers arrivaient jour et nuit; ils coururent occuper les ponts de la Sarine à Laupen et |i Gummineu. On ne voulut ni les rompre, ni fermer les portes de Morat; la sécurité devant être surtout dans la vigilance, le conseil de cette ville était en permanence; une grand'garde placée sur la tour se tenait en correspondance de signaux avec les éclaireurs du dehors. Des cavaliers furent dépéchés à Strasbourg :

on ne demanda plus rien à Louis Xi« qui avait promis peu auparavant d'occuper la Savoie, mais n'en avjit rien fait. Les secours ne se firent point attendre : Bftle envoya deux mule hommes, Louis d'OEttingen amena to contingent de Strasbourg, Colmar, Schlestadt, Kaisersberg, et des autres villes d'Alsace. Le jeune duc de Lorraine, René, se rendit à Morat par Zurich; il avait en vain compté sur las promessesdu roî ; maintenant, il s'était enfin' avec cent soldats, et quelques pieceâ d'or que lui avait données la

L*UNIVÈRS

comtesse d'Harcourt de Vaudémont, àon aïeule. Pendant qu'il enteiidait la 'ttiessè sat la frontière de Lorraine, line pauvre vieille lui jeta une bourse remplie d'or sur les genoux, en disant : 'Monseigneur, pour aider a notre détitrance. Les Strasbourgeois Tescortèireiit, et les l»DlB6dérés lui donnèrent line garde."

Morat avait de bonnes murailles , de robustes tours, et un double fossé flanqué de remparts et de bastions; d'iin côté, un pays montueux coupé bar la Sarine, vers la route de Berne, Friboiirg, Laupen; de l'autre, un lac profond et des marais dangereux; au siid, et vers Avenches, des champs tasteé et fertiles. Romont était posté an nord, sur l'isthme et dans les vignobles. Il lui prit fantaisie de s'em- Darer des terres qui avaient appartenu i son oncle d'Orange : des guides le . conduisirent par les marais au delà de la Rroye, et ae grand matin \\ surprit 1ns ; niais les campagnards accoururent au premier signal , bommes et femmes, se laisant arme de tout. Il en fut tell^ nirnt dérontenancé, qu'anrès nvnir enlevé quelque bétail, il se nâta de re^'agner le gros de Tarmée. Bans ie même tnomeht, le duc organisait Tattaque idans la fbrét de Fou ; Romont se moiltra avec ses douze mille hommes, et, le long du lac, le grand bâtard de Bourgpgne déploya ses trente mille soldats. La ville fut cernée ; à peine si la nuit une nacelle en donnait quelquefois des nouvelles aux confédérés. Les sommations repoussées , on essaya d ébranler la garnison par des billets qu'on lançait dans la ville. « Paysans , y étaitîl dit, rendez-vous : on ne pourrait fabriquer assez d'or pour vous raebeter.

IXous viendrons bientôt vous pendre; cmnfesseZ'Vous. » On essaya verbale* ment quelques moyens de corruption.

Enfin, Romont ordonna l'assaut; les Bourcuignous renversèrent une grande partie de la aturaille; ils voulurent enfiler, et coururent sus , en criant avec ^ joie : yille gagnée! Mais ils n'avaient renversé que des pierres, et se brisèrent contre une muraille vivante. Ils perdirent iù sept cents hommes et le

niaitre qui faisait manœuvrer la prlncipaie pièce. Dans lu nuit même, la brèche fut réparée, et de vigoureuses sorties réussirent aux Suisses : d'Orly fut tué avec ce qui lui restait de Savoyards. Il arriva des renlorU de IVeustadt et de Cerlier, moins pour le combat , que pour empêcher les trayailleure de succomber à la fatigue. Cbarles écumait de rage; il envoya des Hour^uîgnons pour s*emparer des ponts de Laupen et de Gummlnen. Inutile tentative! Les campagnards, ayant à leur téte le curé de Neueneck, sut lirent pour défendre le passage de la Sa ri ne, et maintenir les communications avec Berne. '

A Morat, Adrien de Bubenberg avait tout prévu ! il maintenait la discipline et le silence, et personne ne témoigna d'émotion ni d'etonnement, quand le duc fit défiler sous les murs son immense armée, aux grands cris de guerre des soldats et au son de ses musiques. Si Adrien fdt tombé, sa lin eut été belle comme la mort des héros deSaiiit- Jacques. Cbarles renouvela l*assaut contre ces murs dénumtelés, ouverts de tous côtés. Les cris des guerriers, le cliquetis des armes, le tonnerre de rartlUerie , ne purent émouvoir la gar*. ^ nison. Elle doutait parfois du succès, qiiand elle voyait les fossés comblés, les échelles appliquées, les murs détruits; mais Bubenberg répétait les mots magiques de patrie, d^honneur, et sa grande âme passait dans toutes les duies. Pl;is de mille Bourguignons étaient étendus dans les fossés, et ceu^ i^ui emportaient les morts étaient niés a leur tour. Trois beures d'assaut étant demeurées sans résultat: Char* les désespéré Ht sounpr la retraite.

a Tant qu'il y aura du sang dans nos veines, écm bubenberg à Herne, aprèt avoir pendant dix jours et dix uuitft soutenu l'effort de soixante mille bommes, tant qu'il y aura du sang dans nos veines , pas un de nous ne cédera. » On pressait de tous côtés l'arrivée des confédérés : Jean Walduiann , qui était dans Berne, accusait la lenteur de Zùricb; il racontait les dangers de IMorat, et conunent on avait croisé le fei ju^-

mie dans les souterrains, a L*eniiiemi,

dil-il, est trois fois plus nombreux que vous ne l'avez vu à Granson; mais il nous appartient, il n'échappera pas à botre glaive. » L*em pressentent répondit à ces instances : Jean de Rreîtenlandenberg amenn troîs milip honimps de Zùrich;aveceu.\ vinreiit lesi^uerriersde ia Thur^iovie et de Sargans. On partit le ]8 juin : des pluies continuelles fendaient la marche fort difficile, et cependant l'on fit près de vingt-cinq Iteues en deux jours et demi. Près de six cents hommes tombèrent de fatigue ; maïs ils reioignirent bientôt. La population de Éerne pn-^snif la journée en prières; le peuple sepreripitaitdans les églises; d'un instant à l'autre on s'attendait à une bataille générale; mais IValdmann , qui savait combien le repos est nécessaire, laissa prendre quelques heures de sommeil aux confédérés, et, à dix heures du soir, il fit sonner le départ. La ville était illuminée; devant toutfs )p<; maisons se trouvnipnt des l tables garnies de provisions que Ton donnait aux soldats. Le chant de guerre fîit entonné, et longtemps eneote il retentit, en s'affaibitssant tou- JfMirs, |!!sq(i';i ce que les détours de la vallée et 1 eloignenient eu eussent dérobé les accents aux Bernois. La nuit était fort pluvieuse et robscurité complète.

Dès le matin du 22 jum les nuages parurent se dissiper; on célébra la messe à Gumminen. Après que Tarmée triit pris quelques rairatchissenients, Wnldmnnn disposa son ordre de ba-, taille; il avait trente-quatre mille combattants d'une telle ardeur, que la plupart refusèrent leur déjeuner. On décida qu'une partie de rar/née et les paysans de la Broyé tiendraient en échec le corps de Romont, et qu« le reste se jetterait sur le duc. Ces dispositions se faisaient dfins la forêt de Alorat, à l'abri d^me colline. Jean de Hallwyl, de la noi lesse d'Argovie, se diargea du conuuandement de l'avantgarde; il était citoyen de Berne, et se connaissait en hommes et en batailles, car il s'était formé dans les guerres des Huuiadesi avec iui luardiaieut tes

Waldsfette,1*0beri8nd et PEntilbuch.

La cavalerie occupait les ailes; le duc René conduisait des arquebusiers , des ballebardiers, de l'arullerie; Waldmann tenait le centre avec toutes les bannières des confédérés; la ligue infé^ rieure yr^tnit aussi; Guillaume Herter de Sti islit in-^' partageait avec lui le comaïaMciemeui; autour des bannières, de longues lances, des hachai et des hallebardes; enfin, l'arrièregarde venait sous les ordres de Gaspard de Hertenstein, l'un des principaux citoyens de Lucerne, auquel ses cheveux gris n'avaient rien ôté de sa fermeté ni de son courage.

Le duc de Bourgogne s'en réjouit beaucoup, car ii avait voulu chercher Tennemi dès la veille; il donna donc lo signal. Il rangea son infanterie en colonnes profondes, en faCe de l'avant»

garde eimeinie; aux ailes la cavalerie, en avant Tartilleric, couverte par una haie et protégée par un fossé. Tout à coup le ciel s'obscurcit de nouveau, et il tomba une pluie battante. Les chefs des Suisses contenaient autant que possible Tardeur de leur monde» Avant de sortir de !a forêt, les comtes deThierstein.d'OK.ttingenetGiiilîaurae llerter, armèrent chevaliers René, due de Lorraine, et les principaux capif taines, sans distinction de naissanoei on passa sur 1rs cérémonies d'usage»

On.'Hid les armées s'approchèrent, les chiens des Suisses aperçurent ceux des Bourguignons; plus forts et plus sau^ vages , ils se ieterent sur eux avec fil reur, rf les rhris'^èrent vers leurs maîtres effrayés de ce présage. A la vue des Bourguignons, Hallwyl commanda haUe. « Brav«sconfédérés,ditHl, voici devant vous les meurt r-^rs de vos frèi» res de Granson et de Hrie. Vous aves désiré la vengean(fe; mais ils sont nom^ breux , songez-y ; songez aussi qu*en ee même jour, il y a cent trente-sept ans, vos aïeux, n l aupen, ont renversé d'innombrables ennemis. Le méajeDieu gouverne la terre, le même courage vit en vous. Que chacun combatte comme si le succès de la journée, le salut de la [îatrie dépendait de loi seul, ifrères, atin qiie celui qui sauva 1109

aïeux soit avec nous aussi, rpriieilîpz- VOUS et priez.» Il dit, et les Suisses tombent à genoux. Daas ce uiuiueut, Je soleil , pénétrant nuages, se montra dans tout son éelat « Braves , s'écria Hallwyl, levez-vous, et songez à Tos femmes et à vos enfants. Dieu éclaire notre route ; allons, en avantl » Les Bourguignons, qui avaient passé à la pluie une grande partie du jour, conrltirent, de l'attitude de l ennemi, qu'il voulait les attirer hors de leur position. L'eau avait pénétré dans les -zourgons et détendu les arcs des archers. Vers midi, on se dispos;iit à rentrer dans le camp, lorsque, par une habile manœuvre, l'avant-garde suisse ittena<^ de profiter d'une ouverture qui existait dans la haie où était rangée I artillerie. Elle commença donc son feu, et iit de grands ravages. Dans cette première attaque, il périt beaucoup de confédérés et de Lorrains; le duc René eut son cheval tué sons lui, et combattit longtemps à pied.

Néanmoins les pièces tiraient en générai trop haut. Chartes était déjà plein d*espoir. Bientôt une troupe, en* voyée pnr Hallwyl, tourna le retranchement , et prit les Bourguignons en flanc, en poussant de grands cris. Les confédérés, profitant du désordre, descendirent dans le fossé et le franchirent; attaquant ies artilleurs corps à corps, ils tournèrent les batteries contre les Bourguignons, et les contraignirent d^abandonoer leur position et dp fuir vers le tiros de l'armée, qui était encore intnct entre Conrflevon et Bec la Grande. La conunandaient le prince d'Orange et Philippe de Crèvecœur; à la gauche, appuyée au lac, éx<\H le bâtard Antoine avec Adolphe de Kavenstein; à la droite, Charles en

Sersonne, le prince napolitain, et un.

ttc de Sommerset avec les Anglais et ce qu'il y avait de mieux en cavalerie; derrière Morat, le comte de Romont, qui ne parvenait pas à se faire jour.

L« Suisses ne donnèrent pas à Charles Je temps de se reconnaître; ils balayèrent les h:iTitpTirsdeCour£^evnn\ : AValdniann se précipita sur le eeutre, et Bubenberg ne craignit pas de sortir de

]\rorat , et de pottér te ftésordre dans les troupes lombardes qui stationnaient sous les arbres, le long du lac. Les grands coups néanmoins se portèrent a l'endroit où était le duc; sa garde et les Anglais firent des prodiges de valeur : mais , toujours refoulés par les Suisses, ils portèrent le désordre dans Is cavalerie. Le duc de Sommerset n'eut pas de peine à la rallier; et dans le moment où, par ordre du duc, il allait exécuter une charge pour couvrir la ^traite de Tinfanterie et lui donner !• temps de se reformer, il fut atteint d'une balle et mourut. Déjà quinze cents gentilshommes étaient tombés.

On vit bientôt uaraitre sur les hauteurs, derrière Varmée, le corps de Hertenstein, et le comte de Gruyère alla couper la route de Lausanne; enOn, la bannière du bâtard de Bourgogne tomba sous les coups d'un homme de Hassli; le découragement gagnait tous les rangs. Charles reconnut sa destinée, s'enfuit, et avec lui trois mille cavaliers, qui se dispersèrent loin du champ de bataille. Pour lùi, il courut jour et nuit, et parvint i suivi de trente cavaliers seulement, sur les bords du lac de Genève.

Sur le champ de bataille cependant la mort était partout : les confédérés couvraient la route jusqu'à Avenches; ils tuaient sans quartier pour personne, et répétaient sans cesse Brie! Grcmson! Au milieu du désespoir général , plusieurs milliers de cuirassiers et de Lombards voulurent traverser la vase qui s'étend le long du lac, près de Morat. Leur intention était de rejoindre Romont et son corps d'armée; ils marchaient dans l'eau, oà la pesanteur des chevnux et des armures les enfonçait dans le limon; d'autres étaient recueillis par des nacelles, mais aussitôt tués par le feu de la place'; et, de tant de milliers, il ne se sauva qu'un seul cuirassier. S'ils étaient parvenus au delà de Morat, ils n'y auraient plus trouvé Romont. Dès qu'il apprit que les Suisses avaient pris le retranchement, il ne douta plus de la perte de l'armée bourguignonne; il fit donc plusieurs décharges contre la ville poui;

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SUISSE

Tooeaper d'elle-même, et subitement il passa la Brie et maicba sur Esta-

vayer.

C'était dans le camp grande confusion de valets, de marchands , de femmes; car, en ^snise des préciosités de Granson, dit la Chronique de Neutchâteî , il s'y trouvait deux mille joyeuses demoiselles. On se sauvait dans les bois, on se cachait dans les fours des vilt.i^es voisins. Les Suisses laissèrent courir toutes ces filles. On compta plus de quinze mille morts jusqu'à A venelles; tout le reste était en déroute, Bans ordre ni commandement; la poursuite avait cessé, que lesBourgui£;nons fiiyaient toujours à trnvers le pays de Vaud, qu Hîi avaient tant ravaije. Redoutant le Saint-Bernard, les Lombards coururent à Genève, où ils furent forgés dnns une émeute populaire.

Les Suisses arrivés à Avenches craignirent d'être pris en queue par Romont, dont ils ignoraient la retraite, ou bien ils m vm tinrent pas exposer le butin ; ils tournèrent donc leur marche contre lui et le regagnèrent : toute son artillerie, tous ses bagages furent pris , et ses troupes se débandèrent; luimême n'échappa qu'à la faveur de la nuit. Le champ de bataille de ISIorat offrait un majestueux spectacle : au milieu de ces morts innombrables, les vainqueurs à genoux, le bruit des instruments et des fanfares de victoire, des cavaliers, ornés de branches d'arbre, courant à Berne, à Fribourg, à Soleure , pour annoncer cette héroîquo action. Les cloches retentirent; f*t , jusque dans les glaciers, les échos répétèrent ces accents de l'allégresse publique.

Louis XI avait disposé des estafettes

depuis la frontirro jtisqn'o ÎA on; quand Dubouchajje et FhiHppe de Comines lui annoncèrent cette bonne nouvelle, il les gratifia chacun de deux cents marcs d'argent. Le butin des vainquriirs ne valait p:is rplni de Granson; il n^^' avait d abondance que dans les munitions et les provisions; le duc- Kené reconnut et reprit ses canons.

La magnificence ré nnit dans la demeure du duc, composée de pièces

rapportées; il y avait aussi du luxe dans la chapelle , dans la gnrde-robe et dans l'ameublement; on donna la maison au duc René, et Ton norta à 1 hùtcl de ville de Morat un oean portrait de Charles le Téméraire. Du reste, à l'exception de quelques caisses réservées pour un partage régulier, chacun prit ce qu*il voulut, ou ce qu'il put. L'ancien usage voulait qu'on demeurât trois jours sur le champ de bataille, pour voir si personne ne viendrait contester le succès : on s'y conforma. Les morts forent enterrés dans de grandes fosses avec de la cbaux vive; plus tard« on en retira les ossements , qu'on réunit dans une chapelle moiJuiiK ntale. Qui croirait que ce rnouuinent d'un peuple libre ait pu être renversé p»ar une armée républicaine , et que des généraux aient été assez ignorants pour venger la mémoire de l'ennemi de lu France , comme si les Français eussent été les vaincus, comme si les Italiens , lesFIamands, les Savoyards , intéressaient notre gloire?

L'inscription était simple et belle; la voici :

D. O. M. {Deo optimo maxlmo).^ Caroli inclyU et fortissimi , J^rgundipp. ducisy exercitus Morahnn obsidem, ab Helvefiîs csesus, hoc sui nionumentutn reiiouit.

Le sénat de rribourg a fait élever une colonne à la place où était autrefois la chapelle.

Le troisième jour, Tarmée se mit en marche pour regagner ses foyers; en avant Hertenstein et rarrière-garde, puis Hatlwyl et Waldmann. nvpc les bannières conquises et le l)utin chargé sur des chariots. Dans la plaine de Bumplitz, le fils de Schamacbtbal vint avec toute la jeunesse bernoise féliciter les vainqueurs, qui furent fctés pendant deux jours; en même temps douze mille hommes allaient occuper le pays de Vaud : là les confédérés reureiit des ambassades de la Savoie, e Genève et de France, pour demander ia paix. Charles ne s'arrêta qu'à Gex , ou il passa Quatre jours : le comte de Romont vînt ry rejomdre; le prince de Tnrente n'y parut pas; car depuis longtemps, on l'abusait en lui faisant

riTNIVERS.

espérer la mnîn âe Marie de Bourgogne. Kn général , ie duc pouvait reniar-

auer roiiibien il avait perdu en consi* ération dans toute la chrétienté. Tantôt il se livrait <t des accès de rnge, tantôt ii tombait dans un profond abattement : négligé dans ses vêtements, il ne prenait plus de nourriture\ souvent li s'élançait de son siège, grinçait des dents, s'arrachait les cheveux, et se livrait aux plus violents eu iportemepts contre les gens qui Tentoumtent; it pe se oonOait qu*en Tanaitié de Cainpobasso, et c'était précisément celui qui le trahissait. Les nu';decins eurent recours à des potions calmantes, et lui , firent user en s(m manger force eonterves de roses pour le rafraîchir.

Ses actions cependant portaient toutes l'empreinte de la colère : il lit saisir, par Olivier de la Marche, loJande d^ Savoie, soeur de Louis XI, qui avait toujours été pour lui, même contre son n et ' , et qui , dans cet excès d'infortupe, le venait voir pour le consoler. A.son retour, elle fut enveloppée avec toute sa suite; le jeune duc de Savoie fut sauvé à la faveur des ténèbres. Olivier prit la duchesse en croupe, et elle fîit conduite à un château voî* sîD de r^ion. Dans ses noirs pensers, Charles reernrdait sa liaison avec cette princesse couuue la cause de tous seâ malheurs; il voulait d'ailleurs se tendre mattre de toute la maison de Savoie, et faillit tuer Olivier de la Marche, quand il sut que Taîné des Ijis avait échappé, grâce à la prudence le Rivarol, son précepteur. Charles partit pour Salins; il y rassembla les états, comptant eu obtenir (h's subsides. La réunion eut lieu dans la priiîcipale église, où le duc parla deux heures; il rappela tous ses griefs contre les Suisses, représenta quelle honte il y aurait à céder. « La fortune se peut vaincre, disait-il, après Cannes est Tenue la bataille de Zama; il ne sert pas dit que les nobles Bourguignons auront été abnUiis en deux jours, etc. , etc. » II conclut en demandant quarante mille hounnes, et le quart dfe la fortuoe de chacoii* L'aisemblée témob

pria son adiniration pour sa constance, . et prit du temps pour délibérer; des lors Charles prévtt un refus.' lendemain, il menaça de transférer sa résidence dans les Pays-Bas : « Vous

f>ourrez alors, ajotita-t-ll , donner à 'ennemi ce que vous aurez refusé à votre souverain. » Mais l'orateur des états lui fit une réponse ferme et digne, et termina en réclamant fa paix; pour toute consolation , il offrit trois mille hommes, qui défendraient la fï'ontière en cas d*attaque. Les états firent proposer la paix aux coiifrdrrés réunis à Fribourg; m;iis ceux-ci retusèrent la proposition , parce qu'elle n'était point autorisée par le duc; néanmoins ils n'entreprirent rien. On ne ré^la dans ce concrès que les affaires intérieures, et l'on convint de rendre le pays de Vaud a Philibert de Savoie, des qu'il aurait payé cinquante mille florins pour les frais de la guerre; les Bernois gardèrent IMorat.

Après la séparation des membres du congres, les héros de Morat se rendirent auprès de Louis XI, qui avait désiré les voir. îl était à Plessis-Iez- Tours , et les reçut conime des honmies

3ui avaient assuré son repos, et qui, ans Taveoir, seraient les plus fermes soutiens de la France; il leur | irki beaucoup du siège de Morat et de la bataille, s'informa des moindres détails, et se les lit répéter avec complaisance. Toute la cour traita magnifiquement les Suisses. Louis insista pour l'entière destruction de la puissance de Charles et le rétayissement de René ; il pria les Suisses d'envoyer en Lorraine trente mille hommes, promettant de payer les cinq -;i\iérnes de la solde, et d'attaquer rerifiemi de son coté-, il fit eiisuile de riches présents, et décora Adrien de Bulienberg de Tordre de Saint-Michel. Le roi de Hongrie, Matbias, voulut se faire médiateur de la paix; Teiimereur et le j^|>e ressayèrent aussi : Charles n'en était pas éloigné; mais il se refusait obsti* Dément a rétablir le duc de Lorraine, condition sans laquelle les confédérés ne voulaient point traiter. L.e duc de. Bourgogne, ayant réuni les débris dfi

SUISSE

ion armée, pnssa une noayetle revue

a Rivière; il y apprit que René avait reparu dans son dutlié à ia téte de quiuze mille hommes, et que Rubempré pouvait à peine se maintenir dans Nnnrv. FI yacoounità ma rdies forcées; uKiis l;i [liane sVtail rendue trois jours avant son arrivée. Campobasso avait retardé Tarrivée des secours qu'on at»

tendait des Pays-Bas : ce traître, élevé à la roiir de Provence, on il avait connu le jeune Keiié, voyant la fortune de son maître compromise, avait lait offrir à Louis XI de Tabandonner dans une bataille ou de le tuer. (>t astucieux monarque en prévint le duc, ifin qu'il lui en si)t gre, s*il tenait compte de l'avertissement, ou qu'il se perdit , plus silrement, si le conseil d'un en* nemi renforc^iit la faveur de (Kimpobasso, et c'est ce qui arriva, ('e clief infidèle avait négocié avec René , qui se servait $ cet effet de son maréchal du palais « Cifron de la Vachièrn, et fit prf)rnpttrn à Campobasso le ( ostite (le Vaudeinont. La Vacliière fut pris par les Bourgui jouons, ucndant qu'il essayait de pénétrer oans Jlancy; d*abord Campobasso voulut le sauver, eii représetit;int au dur qu'on pourrait feeiiaiiger pour d'autres prisonaiers; mais le duc persistant a le faire pendre, malgré les instances des comtes de Nassau et de Chimay, Campol)asso o<î?î dire que la Varhiere n'avait fait que son devoir. Cliaries courroucé le frappa de son gantelet au visage. Le perfide sut dissimuler son dépit ; il courait d'ailleurs un plus '^nnd danger : la Vacliiere, pour sauver sa vie, déclara (|u'i| avait a faire une importante révélation. Le duc crut que oe n'était qu'un expédient : « Faites-le parler à Cainpo!,asso, s'érrta-(-il. - £h bien ! qu'on le pende, qu on le peu le promptejnent, repondit Campobasso.

— Ce que j'ai à dire au duc vaut plus

S*UQ duché, criait toujours la Vaîère; » et on courut en avertir Charles; maïs Campobasso gardait l'antichambre. Lemallieureux fut donc pendu à la vue des habitants de Nancy, qui offraient des sommes immenses pour ifi racheter. £a oompeosatioo de ce

crime, ils pendîmt à leor tour cei||

vingt Bofir^j'C lions.

Le duc heiie, laissant dans la place une garnison forte et déterminée, sortît avec douze cavaliers seulement, et se rendit a Strasbourg, à Berne, à Zùrirh. Là Waldtnann triompha de tous les obstacles i il harangua l'assemblée des citoyens et le conseil , parla du mérite du jeune duc, des services qu*il avait rendus à la confédération, etc., etc. Fnedièteeutlieu à Lucerne. et l'expédi tion fut ré&olue à une forte majorité.

Bené n*avait demandé que six mille hommes; peu de jours après, il put eu passer \m\t mille en revue sous les murs de Hàle. Waldmann amena six cents Zurichois; leœntingentde Berne obéissait à RMndolf de Stein , que nous avons vu à Yverdun et à Granson; les villes d'Alsace seran^'erent sous Guillaume Herter de Strasbourg; Oswald de Thierstein ne manqua pas au ren* dez-vous; il donna même ses fils ea otaGifs. pour obtenir nru- somme qui manquait a Hffip; car il était devenu le maret^hal <iu j;aiais de ce prince^ après avoir été disgracié par TarchiduQ Sigismond. I^rsqu*on se mit en niarche , un Lorrain courut en porter la joyeuse nouvelle à Nancy; plus heureux que Cifron, Thierry, un drapier de liirecourt» traversa les lign^ bour^

f;uignonnes, alla remercier Dieu dans 'éf^lise, et remplit la ville d'allégresse et d espoir.

Le jour de Noël, après la messe, Tarmée se mit en mouvement : à Blotasbei;n, elle trouva René, (jui, la hallebarde sur Tépaule, lit la route à pied comme le dernier soldat; li donua uniç

Ïiièoe d*or à chaque porte-enseigne.

1 y avait quinze mille* hommes; le froid était très-vif; on Dinnqnnîl de vivres; cependant il n'v eut d'excès commis qu'envers les juifs, dont on pillait les propriétés. On passa par Ensisbeim , Colmar, Schlfôtadt et le val d^ Vider. Parvenu au sommet des Vos-r ges, René put d'un c^uu d'œi) parcourir une partie de ses Etats. Partout, sur sa route, il recevait des témoignapes d'une touchante afTection. A Lu- D^yiHe se rém\ieiil toute^ ^ iffm^i

on parla de Granson, de Morat, dé la douDie fuite de Cliarles, de la valeur de René, aui ne pouvait se lasser de remercier les Suisses, et de leur recoimnamier le salut de son peuple.

Oiarics n'était pas bien informé de cette myrrhe; son nrmpe était mal disposée; elle souifrriit de la faim, du sroid, et manquait de tout : les officiers étaient d*avis de lever le siège et d^attendre des renforts. Le duc, quand il apprit le nombre des ennemis, dit avec hauteur qu'il ne fuirait jamais devant un jeune homme, et se mit en marche. Tout le monde murmurait;

{)lus de trois cents hommes avairnt en es pieds ou les mains pelés; (juelqnes chers Tabandonnèrent. Le roi de Portugal , Alphonse , grand oncle de Gbar^ les, était au camp pour offrir sa médiation : on voyait avec effroi la maison de Bourgogne nienncée d'extinction.

Four toute réponse, Ciiaries lui demanda s'il voulait défendre Pontà-Mousson contre les Lorrains.

Le eînf] jnnvier, le duc René et les confédérés vnirent à Saint-Nicolas; ils égorgèrent les Bourguignons , les jetèrent dans la Meurthe, ou , du haut des tours de réiilise, les précipitèrent sur des lances fichées en terre ; d'autres furent pendus aux arbres. Le duc Oiarles assembla promptemeirt son conseil. « Les voici , dit-il , les voici encore, ces gueux. Qu'en dites-vous ? » Tous furent d>vis de la retraite sur Pont-à-Mousson , et, au besoin, sur I«uxembourg. L'hiver donnerait le temps de refaire Tarmée, tandis que René n'avait pris de quoi payer aussi longtemps les Suisses, et ne pourrait pas davantage les faire revenir une fois qu'ils seraient partis. Enfin ils dirent qu'il n'était rien qu'on v,e piU reprendre par le i^énie de Charles et la valeur de ses braves. Le duc répondit : « Mon père et moi, nous avons toujours battu les Lorrains; me faudra-t-il fuir devant ce jeune homme?» Et il alla disposer son ordre de bataille.

On donna l'assaut à IVancy, en épui- •ant contre la ville tout ce qu'on avait de projectiles ; René l'entendit , re-

marqua des signaux de détresse, et

convoqua son fonsrtl. T a nuit sembla longue à son iinpaUf ik e ; et, dès le point du jour, on marcha âur la ISeuveviile : un brouillard épais couvrait le pays. Charles le Téméraire monta un Denîî cheval noir, appelé le Moreau; dans le même moment, le cimier de son casque se détacha et tomba sur sa selle; c^ctait un lion d'or. l\ dit eo latin Hoc sigmim est Dei (c'est un avertissement de Dieu) ; puis il donna à un de ses serviteurs des paquets cachetés, contenant des dispositions à suivre après sa mort, et partit au galop poiar. prendre position à Jarville , à ime demi-lieue de Nancy. Le front de son armée était protège par un fosse , la gauche par une hâte, la droite par la Meurthe; ici commandait Gai iot, à gauche Josse de Lalnin. Charles luimême s'était réservé le cmtre; il nvnit près de lui le bâtard Aulome et iiaudouin, gui dirigeait une longue colonne d'infanterie. La cavalerie était répartie sur les ailes ; d'une part, sous ûaliot, de l'autre sous Campobasso; trente coulevrines, postées sur une hauteur, devaient balayer la route de IVancy. L'avant-garde de René était de sept mille hommes et de deux mille cavaliers , commandés par Oswald de Thierstein, oui avait sous lui le bâ* tard de Vaudémont, Bassompierre et l'h^tang. Le corps de bataille était de huit mille hommes d iniaiiteric , de quinze cents chevaux à droite, et cinq cents à gauche. L'arrière-garde n'était que de huit cents hommes, qui devaient se porter partout, selon le besom.

L'aile droite du duc de Bourgogne se* trouva subitement dégarnie. Campobasso. arrachant son echarpe rouge et sa croix de Saint-André, passa dans l'armée de Kené avec cent soixante lances. Il dit que la déshonorante violence à laquelle Charles s'était porté envers \m ne lui permettait pas de le servir plus loufzU'iTips; il regrettait de ne lui avoir pu laire plus de mal » et promit de bien le combattre en ce jour. Les confédérés ne voulurent point marcher à cdté d'un traître;

SUISSE. 301

îïs déclarèrent que cela ne convenait cœur de Charles, car il l'avait entendu ni aux mœurs de leurs ancêtres, ni à h Granson et à Morat. Siir-le-rhn!iip Thonneur de leurs armes. Cainpobasso llerterf \\ aldinann , Lpliu^ea et tuute alla donc occuper le pont de Boiixières llnfanlerie, descendirent sur les Bouraux Dames, pour intercepter la route guignons; ils arrivèrent à la grande de Luxembourg , et s'emparer, en cas course en franchissant la haie, tuède déroute, de beaucoup de seigneurs rent tout ce qui desservait les pièlK>urguignons , peut-être de Charles ces, et pénétrerent dans le flanc de lui-même. Il espérait sefoiie payer Temiemi comme un impétueux torde fortes rançons, et se venger de reut. Charles romhnttnit m soldat ince prince ; et il nvait laissé dans trépide, et se portait partout ti\ géson armée douze aiiidés capables de nérai expérimenté ; couvert de sang, tout. il haranguait, pressait , excitait, ou Pendant que Kené marchait encore réprimait les fuyards. Autour de lui sur }pi Neuveville, deux exilés rejoi- étaient Galiot, Contay, Nassau, "Neufpni rent les confédérés; ils promirent chûtel , tous dévoués, tous prêts à de révéler, sous la seule condiiiuu de mourir pour un prince qui se montrait leur pardon, toutes les mesures prises digne de l'honneur de son père Phipar Charles, et d'indiquer aussi les lippe, et du surnom de Sans Peur, moyens de les paralyser. Jalotiv d'é- qu'avait porté son aïeul. Il tomba en pargner ie sang des braves, les chefs cet endroit plus de cinquante Suisses ne repoussèrent pas ce bienfait ; on et Lorrains ; cependant Lalain et Gaconnaissait ces deux hommes , on les liot furent grièvement blessés , Ruaccepta pour guides. René montait un bempré périt, au grand déplaisir des cheval gri'îon , nommé /a £)a/ne; c'é- Lorrains eux-mêmes, dont il avait tait celui qu a Morat il avait substitué protégé le malheur. La garnison de au cheval tué sous loi. Il portait Nancy ayant fait une sortie , les Bourra n tique costume de Lorraine, robe guignons virent sur leurs derrières de drap d'or, à une manche de drap les fîamnies qui constimnifnt le camp; çris, blanc et rouge. Il se posta a ils prirent aussitôt la lui te. y.î^xcewi- 'aile droite, à la tête de la cavalerie bourg ! tel fut le dernier ordre ; à orraîne, avec ses amis de Linanges, Luxembourg ! tel fut le cri de tous, de Ritche, de Salm. A gauche, le vail- Messirc Antoine, le hAtard de Rourlant Guillaume de Ribeaupierre con- gogne, se rendit; ainsi firent le jeune duisait la cavalerie, brûlant de prouver margrave , comte de JNeufchâtel , Jehan que Charles n^en aurait pas aussi bon de Montfort et Olivier de la Marche, marché que dans Pont-à-Mousson. La ^ui dit : Nom avons pefdu en eehm terre était gelée, Fntmosphère bru- jour, honneur, chevance et espeniense, et la neige toinhait, L'enneiui, rance de resourse. L'armée trouva le tronu)é par l'obscurité, tira sa bordée pont de Bouxières occupé par Canipoavant que les Suisses fussent à portée Basso, qui l'attaqua , et tua oeaucoup de de canon. Au moment d'attaquer, ils fuyards, tandis que d'autres se jetaient firent leur prière à genoux, après avoir à l'eau ; reux (]m parvenaient jusqu'à

Ëassé le ruisseau d'Hervillecour. Guii- Pont-à-iMousson étaient tués par les

lume Herter fit occuper une hauteur paysans. La victoire avait été décidée

que Charles avait négligée ; le soleil a deux heures après midi , et l'on ne

aussitôt se montra brillant et chaud cessa de tuer qu'à deux heurrs du

comme en un jour d'été. Dès que le matin. Cependant on ignorait ce qu'é-

duc se vit tourné, il commanda à tait devenu ie duc Charles. Etourdi

Galiot de renforcer Taile gauche, et d'un coup de masse, il avait été en-

de donner une autre direction à l'ar- traîné par le torrent de la déroute vers

tillerie. Trois fois sur la colline re- son quartier général de Saint Jean. A

tentit le terrible cor d'Uri, et trois quelque distance de Nancy, à l'endroit

fois une moi telle angoisse traversa le où s élève un moniunent , sur des

terres atijot|vd*luii fertiles, se trouvait Qii'mar:iis ou un étan'z, formé par (es eaux de la rivière de Laxou. Comme il pjsspit à la (]ueue de l'étang, il se trouva embarrassé dans le bourbier; les forces manquèrent à lui-même et à son cheval. Il tomba, la glace <;e rompit; et, pendant que Charles le Téméraire faisait des efforts pour se relever, l'ennemi l'atteignit et ne le recoiiniil point. Tl rectit une blessure au fondement, une aiitre a la hanche; le cheval s'enfuit enfin et le laissa étendu sur la glace. Bêauœup de nobles bourgu'j^nons trouvèrent iri la mort. Cl.iude Beaumont, rii.1tel;Mu de Saint -Dié, Tadieva. Charles lui avait crié . Sauve le duc de Bourqogne. Comme il était sourd, il comprit vîoe le duc de Bourgogne* et lui enfonça dans la tête une halIcMrde q»ii de ia tempe traversa jusqu'aux dents. Uq ieune Romain, Jeau-RaptisteColonna, le vit ton)ber. Quand le combat s*éloignn, des inconnus le dépouillèrent, René n'arrêta la poursuite «ju aux portes de Metz; là, il s'informa de ce

2u*était devenu le due de Bourgogne, le cherclia en vain pendant toute une jonrnée; enfin Campoh isso, averti par Colonna, se. rendit sur le lieu indiqué. En ce moment, une blanchisseuse qui avait servi Charles cherchait les anneaux que portaient les tués ; elle retourna son corps : <» Dieu, c'est le prince! » s'écria- 1- elle. Il était presque méconnaissable, la gelée Tavait gonflé, le sang caillé le défigurait; mais, quand il fut lavé, le bâtard de Bourgogne, Olivier de la INlîirehe, un inéflecin portugais et ses domestiques, amenés sur le terrain, s'écrièrent: « C*est bien lui !» et se mirent à pleurer amèren.ent. On reronnut la cicatrice de Montlhéry, et les signes particuliers de son corps. Ses ennemis mêmes en liirent émiis. Il fut ensuite solennellement exposé à Nancy, dans une maison devant laquelle on reinaruue encore des pavés en marbre noir.

Hené , selon l'usage des chevaliers qui ont tué un ennemi , vint avec une barbe d'or qui descendait jusqu'à la ceinture » et en babit de deuil , et s'ap-

prochant , à Ta tête de sa cour, des restes de Charles; Chier cousin, dit-il, von dmes ail Dieu, roits nous ave^ /ait moult maux et douleurs.

Il s*en fallut de peu que ce grand événement n'eût pour résulat de faire accéder à la ligue suisse toutes les contrées v(iisines du Jura et des V usges. TDne fédération de peuples libres se serait étendue de ri^ngadineà la Saône, de Strasltourg à Bellin/.ona. La Franche-Comté avait beauroup de patriotes

aui voulaient se jeter dans les (jras es Suisses; maisTastucieux LouisXT, sous prétexte de protéger Marie de Bourgogne, et de peur qu'une invasion étrangère ne l'empêchât de dis- >oser librement de sa main, occupa e pavs par ses troupes , et bientôt il it vatoir des prétentions personnelles.

De son côté, l'empereur fit savoir aux états qu'avant sa mort Charles avait promis ralliance de Marie avec Maximtlien, et leur écrivit pour réclamer leur soumission au nom de r F mpire. Pour a voir l'appui des Suisses, Louis XI promit de payer lui-même les cent mille florins qu'ils exigeaient de la Francbe^Conité; il leur repré»

sent? que le mariage de Marie, en meUanf cette province au potivoir de l'Autriche, leur donnait d« trois cotés leur ennemi héréditaire pour voisin.

L'empereur faisait les mêmes promesses , mais on se souvenait de l'abandon où il avait laissé la confédér^ion ; les raisons de Louis prévalurent; on lui envoya six mille honuues. D'un au»

tre côté, cinq mille voI(;n(nires bravèrent les ordres de leurs cantons, et suivirent les ambassadeurs de Bourgogne; ils allèrent jusqu'à Gy en Franche-Comté; là ils âirent battus par les Français, et, qinnd ils rentrèrent en Suisse, ils fureni, la plupart , punis fort sévèrement. Il y eut enfin une diète à Zurich. On envoya des ambassades en France et dans les Pays - Bas pour négocier : trois héros de Morat, W aidmann , Bubeiiberg et le landamman d'Uri, Imbof, vinrent trouver Louis XI , (|ui les reçut si froi» dément que la défiance s'empara de l'esprit de Bubeoberg : pour conser-

SUISSE

y» ta liberté» il crtit de?oir prendre la fuîtp, et f>artit déguisé en musiden: ses collPi:iies cependant sVtiiienl laissé éblouir par les artifices du roi ; iis ne cessaient d'écrire combien était grande sa magnificence, combien sa puissance était redoutable; 8*en revinrent chargés de présents, en se moquant des craintes puériles de Rubenberg. L'am-

. bassade suisse, à son arrivée dans les (Pays-Bas, assista aux solennités* du mariage de !M;iximilien avec Marie; die fut plus richement traitée que l'autre; tout souvenir de la guerre sem-

. blait anéanti. LMmpression que produisit cet accueil sur la diète eut de praruis résultats frarinistice avec la Bourgogne fut proloniié, et l'on projeta une alliance perpétuelle avec la maison d'Autriche. Une année s'était écoulée depuis la mort de Cluirles; eniîn, dans les premiers jours de la 1478* année, on vit , à Ziiricli, les députés des huit cantons, ceux des villes d*Alsace,deMaximilien, deLouis XI, et René en personne. Il y eut une telle nfnnence de seigneurs et d'ai;ents diplomatiques, que plus de quatre cents personnes prenaient part aux délibérations. La foule était si grande dans la ville, qu'à Berne l'on finit par imposer une amende à ceux qui se rendraient à Zurich sans motif. Les coaiedérés conclurent paix et alliance avec

. Maximilien et Marie; et, pour cent cin-

, quante mille florins, renoncèrent n tout ce que la guerre leur donnait de droits sur la Franche-Comté. Sur ces entrefaites , Dôle tomba au pouvoir du roi par une surprise nocturne ; le massacre, le sacriléo;e, l'incendie désolèrent cette malheureuse cité : Salins , Arbois, Poli^inv se rendirent ; Vesoul mt brûlé, et Besançon contraint de reconnaître l'autorité dp Louis. Des Suisses ayant pris part a celte expéditio0| plusieurs d'entre eux furent punis de ||lprt à leur retour. .La bataille de puinegate eut lieu sans la participation des confédérés : la Bourgogne , ancien fief de France, lit retour a la couronne; et la Franche-Comté fut laissée à Marie comme fief féminin.

. BaB9 tous les tiaités, les deux partis

réservèrent leur alliance avec les Suisses.

De retniir de la bataille de Nancv.

lajeime génération lielvétiqtie se livrait à toutes sortes de plaisirs. Le carnavai fut bruyant : on le passait en fêtes, en revues. Cefnt al ors que le vieux Frischi, An der 1 l.ilile, institua In siniMilierr rcrémonie de la coupe, (- était un grand bocal de buis, artiâtement-cisele, que Ton promenait processionnellement dans les villes et aans les campagnes; usage qui dura pins de trois cents ans. Frischi avait autrefois vaincu les Autrichiens , il avait aussi combattu les Bourguignons. On choisissait, pour porter le boc^il , un homme de sa taille : avec lui , était une fetj»me vêtue comme autrefois celle de Frischi. Le cortège était précédé de chevaliers, et Ton fai* ' s.itt boire tons les passants. Cet usage fut aboli en f TS i.

Au milieu de toutes ces distractions de la jeunesse, il se propageait des

? termes de discorde au sujet du butin ait sur les Bourgtngnons ; la Savoie ne s'emf)ressait point de payer les sommes promises par le traité : on accusait les députés de la diète assemblée h Fribourg, de songer plus à leurs intérêts an'a ceux du pays. I>a fermentation ues esprits était violente. J Genève, à Genève, criait -on de toutes parts ; et il se formait des rassemblements dans lesquels on préparait une expédition. T.a jeunesse d'TIri se rendait à AVti'jifzis, lieu indiqué pour la réunion; à iîrunnca elle fut rejointe par celle de Schwytz ; il vint des guerriers de Stanz.de Buochs, d'Alpenach, de Glanis et de Zurich. Quand les Bernois surent que ces jeunes gens, au nombre de sept cents, allaient tra* verser leur territoire, et qu'ils montraient des dispositions hostiles à plusieursde leurs seii^neurs, ils appel tM rwt aux armes trois mille campagnards.

Les aventuriers témoignèrent beaucoup d'indignation de ce qu'on leur interaît l'entrée (îe !n ville. Ils s'en firent donc ouvrir les portes ; et , sans coni' mettre aucun excès , allèrent à ÎFribourg : là ils reçurent des renforts. Le pays de Vaud trembla ; le commerce

L'UNIVERS

était anéanti. Heareusenient on négocia les bijoux de lolande forent donnés en gage du fu tu rpa ventent ;Ge> nève fut mis à rontributioa , et toilt rentra dans Tordre.

Il y avait vingt- cinq ans que Fribourg reconnaissait la suprématie de la Savoie : le 23 aoOt 1 477, elle fîit déclarée entièrement libre par les commissaires de la duchesse régente qui rentra en possession du pays de Vaud , Strasbourg lui avant avancé les frais de la guerre, qu elle devait solder. Le Chablais fut nns^î rrndn à la Savoie

{)ar les Yalaisans^ mais ils gardèrent e bas Valais , cette belle avenue du Klmne, qui s*écoule rapidement entre les immenses parois de rochers aux cimes variées et bizarres, aux flancs escarpés , a la iiase fertile , longue galerie de Sion à Martigny , jusqu'à Tendroit où s'élève le sentier de la Forclaz , où se retire vers le Saint-Bernard le sauvage .vallon d'Entremont. Tout à coup, et par une brusque inflexion, le neuve et le pays lui-même semblent se recourber, et se tournent vers Saint- Maurice, où mugit la Sallenche, où repose la légion thébéenne, où la Dent do Midi et celle de Morclaz sont oomme les impostes de ce portail grandiose, comme des cliapitennx 'surmontés de neige , tantôt dores du Jeu du soleil, tantôt voik^ par une pesante couche de nuages. Peu de t^ps après, la possession d'Aigle fut assurée aux Bernois ; et les ducs de Savoie confirmèrent toutes les libertés du pays de Vaud.

AMilan, Galéas Sforce venait de périr sons les coups des conjuras : letrone peiitilieal était orcupé par Sixte IV , lils d un pécheur génois, grand homme

auî a laissé dMmmortels' travaux, et ont la politique était profonde. Il lui importait d'anaisser ]Milan, dans Pintérêt de la liberté génoise; et, pour que Laurent de Médicis n'en pût être secouru, il tourna ses regards vers les Suisses dont la gloire jetait tant d'éclat : Il envoya à Berne les évéques de Catane et d'Anagni, pour v prêcher le jubilé et y porter des indulgences.

Ces ré^ubliàins étaient pieux : on^fit

aux légats un accueil solennel : de toutes parts on accourait ; plus de cent cou* fesseurs remettaient les péchés, absolvaient des excès de la guerre de Bourgogne, et réhabilitaient les morts eux-mêmes. Les deux légats négociaient secrètement. Néanmoins , comme il était impossible de rien décider sans le concours du peuple, il fallut entamer l'affaire d'un autre côté : on s'adressa donc à Uri que l'on indisposa facilement contre Milan; et Ton s'intrigua si bien , qu'il suffit d'une contestation sur la propriété d'un petit bois de châtaigniers, pour faire prendre les armes à toute la confédération.

Les habitants du val Levantine se prétendaient propriétaires d'une forêt OÙ des sujets de Milan avaient fait des coupes. Ils s'en plaignirent à la jponesse d'Uri, qui ne put être contenue, et franchit le Saint-Gotlmrd.

Aussitôt, pour légitimer cette action, le canton leva la bannière et fit un appel aux confédérés. Toute médiation fut vaine : Berne, Lucerne, Zurich, blâmaient Tcutreprise; mais comment abandonner un canton qui avait si bien mérité de la patrie? Aqrien de Bubenberg, le héros de Morat, vint avec trois mille Bernois. Soleore, Fribourg envoyèrent leurs contingents : Waldmann connnanda celui de Ziiricii. On était au mois de novembre. Cbecco, le premier ministre de la régente, envoya 'iur-Ie-champ le comte Borelli pour garder la frontière, avec un cprj>s de dix-buit mille hommes ; il avait fait une réponse insolente à la déclaration des Suisses; ils n'en tinrent compte:

en montant à la course l'àpre et tumultueuse vallée des Schellenen, où mugit la Reoss, ifs eurent à regretter soixante guerriers écrasés par une avalnnnlir, dî't.irhée peut-être par la commotion que produisaient leur marche et leurs cris , comme si le génie de la montagne les voulait punir d'avoir interrompu le silence de ces solennelles solitufifiv;. î^i'Mjtôt ils furent ^levant Belnuzona; et, dès leur arrivai, la première enceinte fut escaladée, et la seconde reçut une large

SUISSE

brèche; mais on ne voulut ni prendre de force, ni pilier une ville dont le oommeroe était si important. Lee Suisses passèrent donc le Mont-Cenere

qui s'élève n 2;aiiche du INtajour, et ils s'apprêtaient à descendre sur Lugano, quand les sentiers de ces mystérieuses ▼ailées et de ces forêts épaisses se chargèrent de neige, quand l*atmosplière brunît et s'onscurcit au point de ne plus permettre la marche. Le conseil ordonna donc la retraite; on ne garda que la frontière ; c'est à peine si on laissa six cents hommes d'Uri, de Ziirirh , I.ncerne et Schwytz, dans le village de Giornico.

Borelli voulut s'emparer d'une position qui désormais préviendrait toutes les incursions des Suisses dans le Milanais. Pour tourner la petite garnison de Giornico, un corps reçut l'ordre de Irancitir les montagnes qui séparent le val Versasca du val Levantine , et d'en descendre à point nommé. I^e général en personne vînt à Polciiçio, à la tcte de quinze mille hommes. A l'aspect des armes d'XJri , le soldat en fureur se livra au [ïilla^e et au plus grand désordre. Giornico, avec ses ruines des antiques Lepontii , avec ses fortilicat ons des Lombards et ses tours du moyen Age, occupe, sur les deux rives du Tésin , tout le fond de cette sauvaire , étroite et profonde vallée. En remontant vers le Saint-Gothardja vallée se rétrécit et s'escarpe de plus en plus. Ce sont des abîmes incommensurables, des fralrrics de rochers qui,d"étai:e en éla^e, |)orteat des forets dont nul ne çeut approcher; des montagnes apparaissent indînées l*une vers l'autre, corn me si du haut des cieux, leurs rochers allaient se précipiter dans le torrent. Au sud , au contraire , la nature prend un aspect plus riant; sans être moins abruptes, les ibontagnes font, autour du flenve, place à (juelques prairies; le ciel s'adoucit et se réchauffe du voisinage de ritalic.

Dès qu'on fut informé de la marche de l'ennemi , le ju,i;e Stanj^a, capitaine des Levantins, conseilla d'inonder sur-le-chump lu route et les prairies,

et de munir de clous et de crampons la chaussure des soldats. Bientôt toute cette surfeoe humide fut gelée: les chevaux des Lombards ne pouvaient tenir; les fantassins ne s'avançaient qu'avec peine, appuyés sur leurs hallebardes.

I)u haut des remparts les Suisses riaient de ce soectacte. Aiistitêt Theilig, capitaine des Lucernois , exécuta une sortie. I! repoussa srtns peine un ennenu qui ne pouvait se î* nlr, et qui ne put reprendre pied qu une lieue plus loin; la supériorité du nombre ne lui servait à rien, puisqu'il n'avait point de

Elace pour développer ses forces. Déjà eaucoup de nobles étaient tombés ; les canons étaient pris; les Lombards s*enfuîrent, et les six cents Suisses eurent !n ulnire de poursuivre quinze millehununes jusqu'à la iNIoesa : plus de quinze cents morts italiens couvraient ' les champs; des chevaux de prix, des mulets, et les bagages furent ramenés à Gionii( o. l e brave Stanga avait été blesse; au retour il mourut devant sa maison. Milan, consterné, supplia Louis XI d*obtenir la paix. Ce roi ca chargea Bertrand de Brosses ; le val Lévantine fut à jamais conféré en fief à U ri, au nom du grand chapitre deiVlilan : les vallées de Brugiasca et Âbiasco eurent le même sort; et l'on stipula des avantages commerciaux.

Pendant quelesSuisses combattaient le duc Charles, il s'était élevé une guerre assez violente entre le Tyroi et les Grisons; on l'appelait la guerre des poules , parce que le chef tyrolien avait juré, dans sa rage, qu'il ne laisserait pas même la vie à une çoule; elle fut sanglante, terrible; plusieurs châteaux tombèrent. Sigismond étendait de plus en plus ses acquisitions dans les dix justices; il les engagea à Gandenz, comte de Kirchberg, qui commanda de la sorte «i Davos, dans lePrettigau, à Pelfort et h Coire. Quand l'archiduc voulut exercer le droit de rachat, les États, qui chérissaient leur seigneur, invoquèrent le secours des Suisses, et en même temps ils dépéchèrent une ambassade à Inspruck. L'archidwleur confcra d'immenses libertés; et. pendant cent soixante et di.\ ans, ea

L*UN1VEIIS,

jouirent mus la pirotêction de TAu-

trîclie.

Après [es guerres que nous avons racontées , les Suisses devinrent Tobiet de l'admiration universelle : tous les souverains recherchaient leur alliance.

Le grand Hnnyade conclut avec eux on traité, afin tl*assurer la sécurité de la Hongrie pendant qu'il combattait les Turcs. Les vainqueurs de Morat devinrent médiateurs universels : en moins de deux ans ils traitèrent avec Hoirie, avec la France, avec la Savoie, avec Milan ; et ils s'interposèrent quinze fois dans des différencls étrangers. Mais, à rinlérieur, il s'établissait des divisions ; les pâtres des can» tons primitifs' voyaient avec peine toute la puissance passer dans les villes ; ils luttèrent longtemps contre l'admission de Soleure et Fribourg; et , quand Lucerne prit part à une nouvelle ligue entre les diverses cités , Schwytz , Uri et Unterwald réclamèrent comme si c'eût été une infraction d la prunitive fédération. On se réunit à Tleckenried, non loin du Ruttli, m 1478; mais ce congrès n'eut pas un résultat bien sotisfîM^rnit , et la défiance s'accrut à tel point que Lucerne j'ortilia son port. Elle redoutait surtout Peter A m Stalden de TEntlibuch , fils , petit- fils de guerriers morts pour la

{)atrie; il nvait été le capitaine de 'Kntlibuch dans la guerre contre les Bourguignons : le bruit se répandait qu'il voulait détacher son pays de

I obéissance dans laquelle le ter^i'it Lucerne , et il avait fait condanuier les auteurs de ces allégations. Cependant

II était fréquemment visité par son parent Henri Burgler, landammand'llntt I ^^ ;ild, qui ne cessait de lu! vanter le bonheur d'un peuple libre, et de reprocher aux Lucernois leur esprit de domination. Il parla du secours qu'on pourrait obtenir du jeune Bubenber^ qui revenait de terre sairite, et auquel obeiraittouti'Oberland. « Pourquoi^disait-il , Pierre Am Stalden , le eh^ des braves qui ont si vaillamment combattu, ne serait-il pas landannnan de rKntlibuch affranclii ? Qu'est-il besoin d'ungouveroeur ? iraitez votre irroudb-

hausen comme nous avons traii'^ notre Landeriberg, la Sui.ssevons admirera, et la postérité célébrera votre nom. » . Peter A m Stalden se laissa entraîner à ces discours. On choisit le jour de Saint-Léger, où tonte la ville est livrée aux plaisirs, où les étrangers y accourent en foule; Burgler promit d'amener beaucoup d'hommes d'Unterwnld; et la nuit on devait faire entrer dans Lucerne une troupe venue du golfe d'Alpenach : l'on égorgerait Tavoyer , le conseil et les cent; puis Ton mettrait le feu à la ville, et l'on abattrait se<^ murailles et ses

tours Les esperauces de Peter

Am Stalden ne purent se coiitenir; il lui échappait parfois des propos qui retentirent jusqu'à Lucerne. On ordonna au gouv«»rneur de venir en ville, et de se faire accompagner de Peter, comme s'il ne s'agissait que d'une promenade. Dès son arrivée, on arrêta celui-ci , et, S UIS lui donner le tem[is de se reconnaître, l'avoyer lui fit subir un interrogatoire en présence des prin?

cipaux membres du conseil, auxquels il avait obéi à la guerre : on lui communiqtv! Ic'^ renseignements recueillis sur ses projets : atterré par ces reproches , Pierre Ai)) Stalden ne pouvait proférer un seul mot ; en(in , arrachant ses vêtements, il montra les cicatrices de ses blessures, se jeta à genoux, et demanda grâce. Cependant Burgler niait tout ce que déclarait son complice, l'accusait de mensonge et de lé^^èreté, et réclamait son supplice.

Pierre A m Stalden offrit de le confondre; mais il ne vint point; après avoir attendu quatre mois , les magistrats condamnèrent leur prisonnier qni tut (î('C,M[)ité au lien d'être livré au supplice de la roue : seule laveur qu'il put obtenir de ses glorieuses actions.

Les querelles sur le partage du butin n'étaient pas encore apaisées : on s'était réuni àStanz peu de jours avant cette exécution. Là, on mit en discussion la manière de compter les suffrages entre Lucerne et les Waldstett^.

Lucerne conijitaitsur l'appui des villes, et ne voulait point céder : on s'échauffa beaucoup, on se menaça , et|

Dlgitlzed by Gopgle

SUISSE

après trois Jours , On se s<^para avec de

telles déïnonstrntions de colère, que l'on répétait partout, dans le l)oiirg deStanz , ce que n'ont pu ni VAutrU éhe ni là Bourgogne, la discorde le Jèra, le dernier jour de la Stdsae est arrivé. Le patriotique pasteur Henri Im-Griind ne put entendre ces pnroles sans frémir; il se souvint alors de son vénérable ami , le frère Nicolas de FLue, prit son bâton et s'achemina vers rerniita^e solitnire , en t:rn vissant les montagnes escarpées qui dominent les beaux lacs de Saroen et de Lungern , â la yue du majestueux et noir Pilate , au-dessus des riants paysages qui , de Stantz et d'AIpenneh, sN^eiulent vers le Brunnij^ et rOberland. iNicolas de Flue habitait les aJtreuses solitudes du Metchthal, à une Ifeue de Saxeln.

Le pieux ermite avait , pendant rinqnaiite ans, vécu dans le monde; il avait combattu à Winterthur, à DissenboTen, à Ragatz, et partout s'était montré aussi valeureux qu'humain. Jamais il n'avait voulu être landamman :

S ère de dix enfants , il les avait élevés ans le sentiment religieux qui ^uida toute son existence: de bonne heure il s'était accoutumé à la tempérance et aux privations ; du c onsenleinent de sa famille, il se retira dans 1 étroite et pierreuse vaHée au fond de laquelle gronde la llelch , n'ayant pour oreiller qu'une pierre,et neseconvrnntquedans les froids les plus après. 11 vécut ainsi pendant vingt ans, avec une telle répu« tation d'abstinence, que le peuple crut . lon^rtemps h une tradition selon laquelle xSicolas de Flue ne prenait d'autre nourriture que la sainte hostie qu'il recevait une fois par mois. Ijà nuit était avancée quand parut dans sa cellule son ami le pasteur S'nnz. «La réunion quevous avez cotiseiilee , dit-il , prend une malheureuse issue. Venez l fibuvez la patrie. — Va , répondit l'ermite, annonce-leur que le frère Nicolas veut aussi faire ses propositions • » et le pasteur courut. Il était temps; déjà l'on s'embarquait L'ermite le suivit de près: c'était un homme de lintitp taille, que l'îljïe n'^ivait point

vaiïubiii maigre et décharné ; il avait

la peau basanée, la barbe et les ebe-

veux iïris, le regard serein, l'expression bienveillante, mais grave, ii vint nu-pieds, la tcte découverte, et «'appuyant sur son bflton. A son aspeci vénérable, toute l'assemblée se levât « Chers confédérés . dit - il . c'est un vieillard , c'est un honinie d( liiie qui vient , à la voix d'un ami , vous parler de la patrie. L'art et la science mt sont étrangers. Je ue puis donner que ce que je tiens de Dieu , de ce Dieu qui accorda la victoire à vos pères , et qui bénit aussi vos armes confédérées!

A qui devez -vous vos triomphes? A l'union , à la concorde; et maintenant, vous vous divisez sur le partage du butin! Vous, habitants des villes, je TOUS supplie de renoncer à des droilt qui sont pénîlMes pour vos alliés \ vousf cnmpna;nards, songez à la valeur que Soleure et Fribourg ont déployée en combattant pour vous : recevez - les franchement dans la Itgma. N'étendes pas trop loin votre territoire, ne vous immiscez pas dans les querelles étrangères ; soyez bons voisins , et ne vous . montrés redoutables c|u*à «ux qui voudraient vous opprimer. Surtout évitez les dissensions ; aimez-vous les uns les autres. Confédérés , que le jout-Puissant soit avec vous, ^u'ii vous soit propice comme il le fut jui* qu'à ce jour. » Dieu donna effet à set nobles paroles ; en moins d'une heure la réconciliation lut opérée. De Stanz au Saint-Gothard , de Zurich au Jura, retentirent des cris d'allégresse, et partout on bénissait , on célébrait le nom de Nicolas de Flue. La confédération s'établit sur une nouvelle base ; Gruyère, le Jura, Neufchâtel, et Je ITauenstein, y participèrent; on con* lirinn les niicîpîHifs conventions el les stipulations de Sempach , et l'on se promit de les renouveler de cinq ans en cina ans. Le frère Claus (Nicolas de Flue) était retourné dans sa cellule : les confVdér^'s le comblèrent de présents desiuiés à l*orne^ ment de sa dapelle. U mourut le premier jour du printemps de Tan 1481, entouré de femme et de ses eojfauts, au momeut où s'aGCom|»li8Mut«A

L'UNIVERS

soixante et dixième année. Ce ftit un deuil général dans toute la confédération. Hnterwald lui rendit Ins derniers devoirs au ciiiietipre de Saxeln.

L'on conserve aujourd'hui ses ossements dans un cercueil précieux , ^i attire beaucoup de pèlerins. On voit, à Sarnen , un beau tableau de Wursch, qui le représente (juîttant sa retraite pour rétablir la paix entre ses compatriotes-

Nous passerons rapidement sur quelques événements de moindre itiiportance, tels que les dillérends du pape Innocent VIIl avec les Suisses. iJne terrible invasion, faite à Bormio, mit en fuite le {gouverneur milanais :

les Grisons prirent Puscinve, et s'avancèrent au delà du Splugen jusqu'à Ghiavenna, et tes fuyards coururent au lac de Come. Enfin Ludovico Moro et René Trivulre vinrent, à fa téte de trouves milanaises, plutôt pour oftlrir la paix que pour combattre. On leur rendit Cbiavenna; Pusclave demeura aux Grisons. Ceu\-ei firent aussi une brillante exppfîilion poiu* Sigismond contre les Vcniuens , a Koveredo. Il V vînt quatre cents guerriers de Zûricn , de Berne et de Ta Thurgovie; pour la première fcis, on employa les bombes, qui produisuent un effet terrible : la place se rendit ; mais il fallut bientôt céder à des forces supérieures, incendier la ville, se retirer devant ff célèbre Roberto, Jusqu'à ce ç|ue la valeur des Suisses et des Alsaciens remporta sur le nombre à la glorieuse bataille de Galiano , d'oà les cadavres des vaincus, emportés par l'Adige, vinrent épouvanter Vérone.

Bientôt une querelle de peu d importance dans son origine, éclata entre Tévêque de Sion et le duc de Milan : les Valaisans pillèrent les vallées voisines du Simplon. Tout à coup ils furent attaqués de trois côtés par les frères Trivulcc, dans les délilés voisins de Ponticello, et perdirent huit cents hommes. Dans une autre expédition, Berne, Fribourg, Soleure, Gruyère, se dédarèrent pour le duc de Savoie , et contribuèrent glorieusement à ia prise de Saluoes, dont

la résistance était secondée par la France. Enfin ils combattirent aussi pour Charles VIII contre le dur de IJrptn^ne. Huit mille Suisses m;ii\ liérent sous le coinmandemenl de Louis de laTlrémouille, h la bataille de Saint- Aubin; un bourgeois de Saint-Gall s'empara de la personne du duc d'Orléans. iMais abandonnons ces expéditions partielles d*un peuple dont la valeur se mêlait à tous les combats , et dont la !;nerre semblait le premier besoin : nos regards vont se lixer sur de tristes olyets: des vainqueurs de Granson , de Morat,de Giornioo, porteront leurs têtes sur réGbafaud,ou s*en iront mourir dans Texil. I.a fameuse histoire de Waidmanu est comme une page sanglante , dans ce beau livre des annales d'un peuple héroïque; il ne dépend pas de nous de l'en arracher.

Qui ne se rappelle avec intérêt, avec admiration l'héroïque conduite de ce chef dans la guerre de Bourgogne r c'était le fds d'un pauvre paysan de Hlilsestorf. rui canton de Ziij; il était encore enlànt quand le bourgmestre Stussi mit le feu à son village ; lusieurs de ses parents tombèrent a aiut-.Iacques. Robuste, beau et plein d'ardeur, il ne put lester longtemps au royerdomesti([ue,etse voua d'abord à la modeste nrotessiou de taimeur à Zitrich. Là, il eut des relations intimes avec unefennne qu'il épousa après la mort de son mori , et il dut à ce mariage, outre autres avantages, celui d'être, dans la suite, le beau-père de l'historien EdIibach.Lesdéportements, l'audace de Waldmann l'avait rendu cher à la jeunesse : il était maître de tribu quand éclata la guerre de Bourgogne. Il combattit àMulhousen, Wals»

nut , Uéricou rt ; mais depuis qu'il eut di« rigé la marche des Bernois, hâté Parriyéedu contingent du Zurich, commandé à Morat , il acquit une grande influence . sur toutes les affaires de la Suisse. Le roi de France, lolande de Savoie, le duc de .Milan, recherchèrent à l'envi son amitié. Estimé dans Zurich, dont il avait lait prospérer les armes , il brigua et obtint la qualité de bourgmestre : parvenu, de la sorte^ au plus

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haut degré des honneurs, 9 léva la il se livrait trop sou vent à ta dâKiucbe;

réforme de sa pnlrie adoptive : il or- ce qui afiaibiissait le respect inspiré ganisa donc une société d'hommes les d'abord par ses grandes actions. On plus distingués, qui tous les Jours se oublia, en présence de ces violences , Téunissaientàdesrepasoommunspoar jusqu^à la grandeur que de nouvelles s'occuper des réformes projetées. On •acquisitions de terres et de châteaux s'y moquait des abus et quelquefois des assuraient à Zurich, prêtres, imorudences dont les suites ^éanmoins Waldmann continuait forent terribles. On lui pardonna moins à rendre des lois somptuaires, à opencored*avoir soumis le clergé aux lois primer les paysans. Ceux-ci furent civiles et aux règlements de police, et portés au dernier point d'exaspérad'avoir fait prévaloir les droits de la tion par une ordonnance qui leur inbourgeoisie sur ceux de la noblesse, terdisait la chasse , et commandait Toutefois il poussa souvent la haine de tuer tous les chiens : des agento contre les abus Jusqu\î Toppression, et de Ziirich en abattirent plus de quafit peser un joug fort dur sur les ha- tre- vingts dans le voisinage du lac. bitants des campagnes qu'il |)oursuivit II y eut dans beaucoup Je villages dans leurs excès de cabaret , et Jusque une résistance opiniâtre. Les repré« dans les plaisirs les plus innocents des sentations furent vaines. L'esprit d*in« fêtes devilla^îe. Les impôts qu'il levait surrection gagna : à Meila des jeimes ne parurent pas nssez motivés-, il ou- gens résolurent de braver l'interdicblia qu'il avait a régir un ueuple libre, tion de boire, et l'on roula un ton< et dérendit les réunions des paysans, nelet de vin sur la place publique. Bientôt des ennemis cachés, se cons- Bientôt quinze cents hommes furent lituant ses admirateurs , le poussé- sous les armes. Les magistrats eurent dans leur hvpocrisie a des me- voyés de Zurich pour les haranguer sures trop brusqués , à des réformes ne purent rien sur eux. Enfin, le 4 trop rapides. mars 1489, cette multitude, grossie de Mais il est, dans la vie de cet homme l'accession de beaucoup de commude bien, un trait cruel et sanglant qui nautés, parut sous les murs de la ville : prépara, qui préci|}ita même sa perte: des médiateurs accoururent de toute un des héros de Giornico, Frisdihan- la Suisse. VingtKjuatre paysans ftirent nés Theilig, de Lucerne, faisait le admis devant le conseil. 'Waldmann, commerce de draps; ses affaires l'ame- toujours inflexible, leur répondit avec nèrentà Zurich. Waldmann savait que colère; mais les campagnards allèrent ce guerrier s'était plus d*une fois ré» établir un camp àZoAicon, où les renpandu en critiques amèressursonadmi- forts leur arrivaient sans cesse. Enfin nistration, et quoique dans ce moment ils s'adressèrent aux confédérés. Le Theilig tînt la conduite la plus nru- différend paraissait apaisé ; mais l'ordente , il le lit inopinément arrêter, gueii du bourgmestre introduisit dans Sourd aux prières d*une femme éplo- la transaction des expressions offeii> rée, sans égard pour une ambassade santés pour les pavsans. Le méconvenue de Lucerne , le bourgmestre le tentement gagna fa ville même , et fit décapiter. Il se moquait de la hau- pour sauver son autorité, il fut obligé leur de sa taille : Fût'U aussi élevé de devenir en toute hâte d*un voyage qu'une tour, répondit-il ironinuement, qu'il avait fait à Baden. Aussitôt il faut qu'il tombe. Impitoyaole pour il lit occuper les tours et disposer quiconque l'offensait , Walamann fit , des gardes. Six mille rebelles ve» plus tara, noyer un homme obscur qui naient de se réuoir à Kusznach; en «^^Mifwléde lui, car il gouvernait même temps on attaquait plusieurs vil- :%^JtMÊStt et sans opposition. Il rece* les et plusieurs châteaux. Un jour que '"^aît des subsides de l'Autriclie , et pas- '^Valdm^n^ dînait avec les envoyés de sait pour en toucher aussi de Milan. Sa la confédération , la sédition se déclara magnificence accréditait ces bruits, et dans Zurich même \ on tua l*un des

14' Livraison, (Suisse.) 14

LIlMtVEllS.

valets de viile, son favori, sous les fenêtres de Taoberge de l'Épée, où U

était. On n'avait plus rien à ménager, car on craignait que le lendemain TValdmann ne liaranguât les tribus de toute la puissance de sa parole. £n effet il allait déjà de Tune à l'autre; tout à coup il entendit sonner la cloche dont on se servait pour convoquer le conseil , et courut à rhôtel de ville ums pouvoir apprendre qui en avait donne Tordre : [a foule se précipita Tprs cet édifice. Gôldli, IVnnemi de Waldmann, ré|>andait les bruits les plus sinistres : on le chargea d'aller vers le bourgmestre demander qu'on traitât de la paix avec les cnnipap;n;irds. Cependnnt du milieu de!;» multitude partaient des cris menai^ants : Ton regm êti patsé,. H^aidmann! disait-on de tous cdtés. Il fallut que Tavoyer de Lucerne qui venait de la part dès confédérés , livrfit le Ijourumestre et queles autres honiuies sur lesquels pesait haine publique. Ils se rendirent sans difDculte, et traversèrent en silence la populace, entre une double haie de lances, jusqu'au bord du lac où un ba- ♦ teao le conduisit dans la tour de Welîenberg. A des accusations fondées se joignirent d indignes caionmies ; elles furent portées devant un conseil sans discernementjpréside par Lazare Gôldli.

La question fut donnée au vainqueur de Morat sur les plus absurdes reproches de trahison , mais il montra toujours la plus grande constance.

Pour assurer sa condamnation , on répandit le bruit que les Autrichiens vennient le délivrer; à entendre ses ennemis, Eglîsau était déjà en cendre^; , et rennemi serait à Zurich dans quelques heures. La sentence ne se fit pas attendre. Son confesseur obtint de lui Ja promesse qu'il ne haranguerait point le peuple ; l'arrêt fut exécuté au dehors de. la ville ; là Waldmann tournant vers cette cité un dernier regard , invoqua Dieu pour sa patrie, et sa tête tomba : le supplice de ses amis suivit de près le sien.

. A Saint-Gall ane grande sédition ' lut secondée par le canton d'AppenzeU ; l'abbé ulhcfa Aoescb^ hommo

de eénie, qui avait beaucoup enrichi raraaye , èa voulut transférer le siège à Roschach. Trois ans après qu'il eut

posé la première pierre mi nouvel édiiice, celui-ci étant presque achevé, des bandes tumultueuses parties de Saint-Gall et d'Urnaeschen, se préci* nitèrent vers le lac et démolirent de fond en comble ce qui avait été construit avec tant de soin. L'abbé implora l'assistance des cantoiis : toutes les mér diations étant demeurées inutiles, ils marchèrent, et les rebelles ne purent tenir. Appenzell s'estima fort heureux d'eu être quitte pour la cession du Rheinthal aux confédérés. Saint»

Gall , dont le bourgmestre s'enfuit, fut obligé d'ouvrir ses portes et de payer des dommages intérêts coosidelabies. Dans cette occasion la persécution atteignit l'un des héros de Graoson Je bourgmestre Farnbiihler ; après sa fuite, ses biens furent conGsqués :

maigre l'intervention de Berne et celle de révéque de Coire , il mourut dans rexil.

La scène va s'agrandir h nos yeux , les Suisses vont se mêler à de plus solennels débats. Maximilien, veuf dé Marie de fiourgogne, était fiancé à Anne de Bretagne, et sa fille Pétait à Charles VllL Mais la France ne pouvait soulfrir que la maison d'Au.triche acquit une province qui lui revenait; le roi répudia raliiance de Maximilien, et s'eiiipara de la main d'Anne de Bretagne, double outrage qui ne pouvait être vengé que par la guerre. La réunion des troupesde l'empire fut indiquée à Metz. Les confédérés y accoururent , avides de combats et de butin ; d'autres, sans écouter aucune refirésentation , se précipitèrent vers la Franche-Comté pour combattr»

sous les drapeaux français. Les campagnes surtout inclinaient à ce parti 5 Berne et les villes tenaient pour TAutricbe. Ces divisions pouvaient amener la guerre dvile. Heureusement que Charles VIII , brûlant du désir de conquérir r^aples, se bâta de conclure à Seolis une paix désavantageuse. Alexai^ dre VI, Borgia, déshonorait par sev vioes le trdne pontifical j Alpiiouse II

SVISSE.

in

occupait celui de lïaptesj Louis , duc de Milan, rédoiitait les ^tentiontde

Jean Gàleazzo, qu'il avait spolié de ce durlié, et qui avait épousé la lille d'Alphouse. Il appela dune Charles VIII en lui pt^omettant son concours. En 1494, le roi de France ()artit avec une puissante armée; il avait avec lui cinq mille confédérés, et sa m.irche ressemblait plutôt à un triomphe qu'à une expédition. U fiit néanmoins retenu quelques semaines par une mniadie,

Sar son intervention dans les affaires e Florence qui résistait aux prétentions des Alédicis, enOn par ses négociations avec le pafie. Il ehtra bientôt dans ISaples en vainqueur; et tandis que son esprit aventureux rêvait déjà de lointaines conquêtes , comme la déliTrance de la terre sainte , r Espagne, k pape et Venise, alarmés des progrès de sa puissance , se li{?uèrent avec Tempereur, et même avec l'astucieux Sforce, qui avait appelé les Français, mais qui s'irritait des prétentions que le duc d'Orléans affichait sur son duché de Milan comme descendant des Visconti. L'alliance fut conclue à Venise le 31 mars 1495. Charles voyant qu'à Ifaplee même le peuple et la noblessé étaient exaspérés contre lui^ n'ayant point de flotte, point d'espoir de secours, prit un parti conloruie à sa dignité , se ût couronner roi de sa con* quête, et prépara sa retraite. Après avoir rapidement traversé l'Italie, il rencontra inopinément Tennemi dans les plaines de la Loinbardie, et n'en fut point ému; ilconUiattit vaillamment , bravant et le nombre et la forte position de ses adversaires ; enfin il Éranchit le Taro et leur tua dix fois plus de monde qu'il n'euperdit.CepenoanC ie due d'Orléans était aux abois riaaa Nevare, par une nouvelle défectieo. Sforze conclut la paix ; paix avantageuse pour le roi , et oui eût facilité 4e sa part une nouvelle expédition contre Naoles, s'il ne se fut perdu dans la mollesse et la volupté. Les confédérés eurent une glorieuse part à eettegùerre; la discorde était dans leur ffttrie) maif les. nia|i8trats n'avaieat pu les empêcher de se joindre aux Fran-

çais par milliers ; ils combattirent partout, à Gênes, à lïaples, à Ifovaré pour le duc d'Orléans et pour le roi.

Les rescrits impériaux , m les ordres de Berne, désormais toute autrichienne, ne les arrêtèrent; niais bien peu de ces guerriers revirent la patrie. Le poignard italien, la faim, la soif, le poison firent périr la plupart de ces oraves, et de quinze cents qui avaient marché jusqu'à Napies, il n'en rentra pas cent ; encore étaient-ils atteints de la trop célèlire maladie qui retint lonuteinps le nom de cette expédition, et qui se propagea d'autant plus que les médecms ignoraient encore Vm de la guérir. La discorde continua , et les carnpagnes toujours amies de la France , les villes toujours dévouées à l'Autriche , allaient s entre- décliirer; on redoutait l'anéantissement de Ift confédération, lorsqu'un danger plus grand et des menaces de l'étranger iireut taire ces dissensions , et rétablirent l'union parmi ces patriotiques et valeureux guerriers.

Cet événement, c'était la guerre de Souabe amenée par les efforts de Maxiinilien pour replacer la confédération SOUS le joug de la maison d'Autriche; d'abord il cacha ses projets et fit inviter les Suisses à entrer dans la ligue dite de Souabe , qui avait été fondée longtemps auparavant pour protéger le commerce contre les rapines de la noblesse et des grands ; ils s'y refusèrent formellement. Bientôt l'empereur appela les peuples germaniques à se réunir contre les Français et les Turcs, et établit un impôt pour subvenir aux frais de cette guerre: au lieu d'obéir, la majorité des cantons renouvela son alliance avec la France. Toutefois Berne , Fribour^ et Zurich firent accompagner Maximilien par leurs ambassades quand il partit pour l'Italie.

A une diète tenue a Lindau, l'évéque de Mayenoe menaça les confédéré :

On saura vous donner un maures dit-il, cf ma plume y auffh-a.Vn Suisse repondit noblt iiieut : ïyautres y orU écnouê, et vous fie ferez point avec wie plume cTofo ce que n'ont pu faH^ lee kaUéwrdes. LVxcommunication

L'UNIVERS

fiilmtoée par le pape ne fut pas plus

efficace pour rompre l'alliance rnee la France : on en apijela au futur concile; de nouvelles menaces de ]\Iaximiiien ne produisirent que des réponses plus énergiques encore, car on avait le sentiment intime de la force et du droit.

Prévoyant la guerre, on arma de tous côtés, et Charles VIII promit de secourir la confédération. Un habitant d'Uri avait à se plaindre de lo ville de Constance; la jeunesse d'Altdorf, celle d'Unterwalden, de Zug, se réunirent.

Cette troupe, descendant le lac de Zû« rich , marcha sur Constance par Winterthur et Frauenfeld ; et si la ville ne se fût soumise à une contribution , la guerre civile allait éclater; car Berne; liUoerne, Schwytz et Giarus se diisposaîen^ à la seconder dnns sa résistance. liCs ennemis de la Suisse lui conseillèrent ce parti pour empêcher qu'elle D*entrât dans la confédération, comme elle aurait voulu le faire; mais cette

f)erte fut amplement compensée par 'accession formelle des Grisons, dont les trois ligues se réunirent en une seule qui fut signée à Walenstadt en 149(5; lîernc , Fribourg et Soleure ne prireiit point de part à ce traité, conclu pour défendre en commun les droits et les libertés que Ton avait conquis de part et d'autre.

P;ir suite des mêmes divisions, on vit des confédérés dans les deux armées quand la guerre éclata entre Louis XII et Maxmiilien ; mais le plus (irnud nombre suivait les d rapeaux de la Î-Yance. L'empereur s'en irrita; la confédération se livra, de son coté, à toute sorte dUnjures; on insultait les employés impériaux que le hasard ou leurs nfCtires amenaient dans les cantons ; enlin, quand la guerre avec Louis XII fut terminée , les conseillers de Maxiniilien poussèrent à des hostilités dans l'intérêt de quelques ven^^eances particulières. Le val de Munster prit les armes. Kn même temps, ils firent un appel à la ligue de Souabe, et b disposèrent à une lutte terrible , voulant que partout oii se présenteraient les Suisses ,1e tocsi n assemblât sur-le-chain[> les populations h des endroits (|ui iureut déterminât

à Tavance. En' effet, ils accouraient déjà ; mais Berne s'efforçait de maintenir la paix ; il y eut une tentative d'arbitrage, tout allait être apaise, quand la garnison du château de Gutenberg insulta les Suisses qui rentraient chez eux ; elle alla même jusqu'à faire feu contre leur arrière -garde.

Gdle-ci s'arrêta et fit revenir le corps qui était en avant. On se mit donc en présence de l'ennemi sur les bords du Khin ; là les deux troupes s'observèrent

Sendant plusieurs jours; eniin ia mort 'un Suisse , tué d uu coup de feu , fut le signal de la guerre; dès que les contingents de Zurich et de Giarus furent arrivés, on commença l'attaque. Mille hommes furent envoyés aux Grisons pour qu'ils pussent soutenir les hostilités. T-e Khin ayant été franchi à gué, la char;j,e fut viL'onreuse; l'ennemi s'enfuit en iais^sunl (Quatre cents morts sur la place. Les vamqueurs allèrent aussitôt camper devant Vaduz.

Le combat de Luciensteig avait laissé une telle terreur dans l'âme de Brandis, le commandant autrichien, qu'il se rendit sur-le-champ , et se laissa emmener captif n Kapperschwyl. Cependant les Tv! ( I lens s'étaient emparés delà petite viiie de Mayenfeld; les confédérés la reprirent, et les traîtres qui avaient livré la place périrent sur l échafaitd; on apprit aussitôt qu'une armée ennemie était rassemblée à Bregenz, et l'on s'avança en toute hâte vers le lac. On se rencontra à Fussach sur un terrain entrcronpé dp fo.s5>és et de marais : un brouillard épais vint ajouter l'incertitude à la difiiculté des mouvements. 'Les Souabes avaient un corps de dix mille hommes avec de l'excellente cavalerie : dans ce moment quelques Suisses qui avaient poursuivi l'avant-garde , donnèrent inopinément sur le corps de bataille ; ils appelèrent les soldats qui les suivaient, et se jetèrent à genoux [xnir invoquer Dieu. Les Impériaux <:royant qu'ils demandaient grâce , la refusèrent en poussant des cris ironiques; en même temps ils lâchèrentleur bor(l( t". Cependant l'armée suisse arrivait sur k terrain; l'ennemi bccrut tourne, et iandia que ies chefs

SUISSE

voulaient organiser la retraite , il se livra à une fuite désordaonée. Il périt beaucoup de soldats dans les marais , si bien que les corps des uns servirent de pont aux autres; d'autres se jetèrent dans les hateaux qui s'enfonçaient sous leur poids; un plus grand nombre traversa Bregenz. Les Suisses^qui avaient perdu peu de monde, restèrent sur le champ de bataille. Le jour découvrit à leurs regards plusieurs milliers de morts , des armures . des arquebuses, etc., etc. Après y être demeurés trois jours , ils mirent le pays à contribution , et se retirèrent. Telle fut la première campagne.

Il se fit en même temps une autre expédition , (Îp moindre importance , dans iellegau ; elle avait été provoquée par l'insolence et les bravades des chevaliers souabes. Un jour même, Burknrd de Randek parut à la tête d'une troupe nombreuse devant Dîessenboven. On résolut de Teu punir : des guerriers de Berne, Zurich , Fribourg et Soleure s'approchèrent du Rhin vers le îTiilien de février ; Schaffînnisen fournit des renforts, et pifjs de dix mille hommes envahirent le pays ennemi.

Us s'avancèrent jusqu'à Friedinsen où la discorde éclata entre eux, les Zurichois voulant marcher sur Ueberlin-

{;eD, les autres ne voulant pas attaquer es villes impériales. Cependant Scnaffhousen insistait pour gu'on assiégeât les places dont le voisma^e l'inquiétait , et ce parti fut simi par le plus grand nombre. Plus de vin^t villajges et beaucoup de châteaux étaient déjà ràluits en cendres; on voyait errer sans nourriture, sans vêtements, des femmes, des enfants, des vieillards.

La misère était à son comble : chacun des vainqueurs agissait à son gré, et faisait les expéditions que lui dictait son caprice ou le désir du pillage. Il était temps d y porter remède : la dicte institua un serment d'obéissance aux diefs, de Odélité aui drapeaux, et de protection envers les prêtres et les femmes. Les confédérés se parta gèrent la ^arde des frontières ; mais deux pomts surtout attirèrent leur attention : Tiin était le Schw^erloch,

sur les montagnes boisées qui dominent Constance; l'autre, Dorneck, château voisin du village du même nom «

situé au niîlfpii flf'> défilé? que parcourt la Birse. La h rance ne manqua point l'occasion de renouveler son alliance avec la Suisse, et promit des subsides et de rartillerie. Louis XII n'exigea qu'une chose, e'était qu'il ne fût point entamé de négociations avec le duc de Milan, son ennemi.

La campagne suivante s'ouvrit par de petites expéditions : Soleure ravaea le Sundaau; pendant ce temps, ennemi pillait le village de Dorneck, et l'artillerie du ehâwau donnait des signes de détresse. A leur retour, les Suisses trouvèrent leurs adversaires à Reinarb : eeux-ci , chargés de butin, occupaient en bon ordre la position de Bruderholtz; mais ils ne tinrent pas contre l'impétuosité de l'attaque , et s'enfuirent, laissant six cents morts sur le champ de bataille. Peu de jours après , les Autrichiens firent invasion dans le comté de Sax; il y eut plusieurs combats dans lesquels .fean Sehu- 1er fit des prodiges, fut fait prisonnier, puis renvoyé sans condition par Nicolas de Brandis, nui admirait sa valeur. EnOn dix mille confédérés parurent près de Frastenz; on résolut de donner l'assaut aux retranchements :

deux mille braves de bonne volonté escaladèrent la montagne , se ietèrent à " terre pour éviter une décliarge, et coururent sur l'ennemi avec une impétuosité qui le déconcerta. Mais ce n'était que le commencement de l'action : le gros de l'armée était rangé en coin , et flanqué d'artillerie des deux cotés ; les Suisses se jetèrent à genoux , et attendirent dans cette posture les décharges de i'artillene ; puis ils se précipitèrent, à travers la fumée, sur l'ennemi qui demeura inébranlable.

Feignant de se disposer à la retraite , les confédérés se concentrèrent; cela induisit les Autrichiens à un faux mouvement , dont les Suisses surent proiiter pour une nouvelle attaque. Malgré les efforts de quelques chefs, tout 8*enfuit en désordre, et beaucoupde soldats périrent dans un torrent appelé riU,

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L'UNIVERS

Qiintrr milfp tuc^ ,, un trrnnd nombre de drnfx aux et de pièces tombés au pouvoir du vainnueur, tel fut le résultat de cette belle journée; mais elie cbOta la vie an général des Suisses, fîf^nrt Wollrb d'Un , qui passait pOUf être aussi prudent que brave.

Ceoendant It^s Autrichiens envahissaiefiria Tburaovie: ils avaient tout égorgé dans les villages voisins de Constance; en vain lAicerne avait voulu porter secours, tout était mis à feu et a sang. Les Suisses , avertis par le son des cloches, accoururent en foule au Srlnvn lf rlnch. Oswald de Rotz , guerrier expérimenté , arriva le premier, avecquelques centaines dhommes, d^Unterwalo; Rodolphe Has en amena un plus grand nombre de Lucerne. Informés de la position de Pcnnemi par leurs éclaireurs , ils se précipitèrent sur lui en poussant de grands cris; surprise au milieu du pilinge, Tinfaiiterie ne put résister, In cavalerie seule tint bon. Burkhard de Randeck périt en combattant. Le lac engloutit beaucoup de fuyards. Constance 'demanda une trêve pour enterrer ses morts; et, quand eWr mt été accordée, on vît sortir de ses murs un lugubre cortège de prêtres et de femmes; ils reconnurent en pleurant plus de cent cadavres de leurs citoyens , et les emportèrent pour leur rendre les derniers devoirs. ,

Une seconde expédition eut lieu dans leHégau : elle est marquée par de beaux faits d'armes, par la prise de Thiengen , de KissenbcTij , de Stuhliniren , et de Blumenfeld. Dans la première de ces villes ) les bourgeois furent obligés de défiler en chemise au milieu des confédérés tenant d'une main un morrenii de pain, de l'autre un bâton. Vingt gentilshommes, destinés au supplice, obtinrent grâce en jurant de ne point servir contre les .Suisses. Un juît , arquebusier, fut pendu ; lîî'iis s'etaut fait chrétien en protestant que la Vierge lui était apparue, il fut décroché et décapité à Blumenifelti. On permit à la damede Roseneck d'eniporter ce qu'cl I e avait de plus précieux ; elle chargea son mari sur ses épaules : touchés de ce

trait de tendresse conjugale, tes Suisses lui laissèrent tout ce qu'elle possédait. On brûla ensuite quelques villages d'Alsace. Cependant rempereur, informé de ces événements, se nâta de conclure nn armistice rnec le duc de Gueldres, car il avait résolu de combattre les Suisses en personne : arrivé à Fribourg en Brisgau, il publia contre eux un manifeste, et fît un appel à tout le saintempire. Il venait des troupes des frontières de Hongrie , de la Pologne ; il en accourait des Pays-Bas. Les confé* dérés ne négligeaient rien non plus; ils renforcèrent leurs garnisons; ils envoyèrent demander au roi de France les secours promis. Berne et Soleure ôrganisèrent des postes pour être promptement informées de tout.

Aux sources de l'Adige, sur le sommet d'une montagne, sur un plateau appelé Malserlieide, s'étaient retranchés douze mille Tyroliens; de là, ils faisaimî mainte excursion sur le territoire des Grisons, et ravai;eaient toute la contrée ; ce camp était garni de remparts en bois , et défendu par une nombreuse artillerie. Les Grisons résolurent de l'attaquer; une nuit il en vint huit mille en deux divisions, dont Tune devait occuper une liautcur au-dessus de la position , tandis que l'autre attaquerait à un signal donné ; mais les Tyroliens furent instruits de ce plan , et se divisèrent en deux corps. Celui qui devait arrêter le mouvement vers la hauteur ne tint pas. Au lever du soleil le conîbat se dirigea sur le camp; la résistance fut terrible; les Grisons désespérés se virent obligés d'attendre des renforts. Bientôt la terreur passa dans les rangs ennemis : le pont de Glurns rompit sous les fuyards ; on ne lit point de quartier, on les cherchait jusque dans les caves ; il ^érit quatre mille hommes ; mais les Suisses eurent a déplorer le massacre des otages enlevés dans leur pays pendant les expéditions : ils furent mis à mort à Méran, où on les gardait. On doit è un homme célèbre, ami du peintre Albert Durer, une histoire excellente de rpttp î^uerre. Wilibad Pirckheimer de INureuiberg nous dit que l'empereur

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SUISSE

assembla tout aussitôt quinze mille soldats , et marcha lui-même à leur tête , en se fiant à la conduite d'excellents guides ; il fallut franchir des montagnes couvertes de neige , souffrir la faim , la soif, le froid, la fatisue; on arriva ainsi à Bormio, d'où il fallut repartir aussitôt à cause de l'approche de l'ennemi ; en effet , on aperçut les Grisons au haut d'une montagne limite de l'Engadine. Ils roulèrent des uartiers de roc sur les assaillants; e plus, une avalanche entraîna quatre cents hommes ; et ceux qui n'avaient point péri de fatigue s'estimèrent trop heureux de |)ouvoir regagner le Tyrol.

Les confédérés venaient de ravager de nouveau le Hégau : dans l'espoir de contraindre l'ennemi au combat , ils assiégeaient Stokach. Maximilien tint conseil de guerre à L'eberlingen, avec les généraux les plus expérimentés :

on y voyait Albert, duc de Saxe; Georges ,* duc de Bavière ; le margrave Frédéric de Rrandenbourg, et le duc Ulrich de Wurtemberg. Il fut décidé que Ton fatiguerait les Suisses en les harcelant en plusieurs endroits à la fois . et que les attaques seraient souvent réitérées. Maximilien ne répondit

f)as même à leurs propositions de paix : es troupes autrichiennes s'assemblèrent d;ms le Sundgau. Les confédérés reconnurent qu'avant tout, il fallait secourir le canton de Soleure ; mais tout à coup on apprit que l'empereur, sorti de Constance avec des forces immenses, menaçait le défilé appelé Schwaderloch : on' s'y porta en masse. Le général des Impériaux en Alsace, le comte Henri de Furstemberg, voulut profiter du moment pour

f>énètrer en Suisse par Dorneck. Soeure appela de nouveau à son secours : le contingent de Berne fut renforcé de mille hommes sous le commandement de Rodolphe d'Erlach.

Lucerne et Zurich envoyèrent des troupes. Des leur arrivée, les confédérés, réunis à Liestall , se décidèrent à l'attaque : elle eut lieu le 22 juillet, par la plus grande chaleur du jour; on fit halte près de Gempen, sur une ' grande prairie, au-dessus de Dorneck.

Du haut d'un rocher, les chefs purent voir le camp ennemi établi dans la belle plaine qui s'étend entre Dorneck, Arlesneim et Reinach , sur les bords de la Birse. Les Autrichiens se livraient aux plaisirs de la table et du jeu : un petit nombre d^ommes sages prévoyaient un danger; mais le général ne faisait qu'en rire, disant que ceux qui avaient peur pouvaient mettre une cuirasse ou se retirer.

A cette vue, à l'aspect du château en danger, et des habitations détruites, l'avoyer Conrad fut enflammé du désir de la vengeance; aussitôt il fitdescendre sa petite troupe; et, déjà tout près du camp, il dit à ses frères d'armes : «Sou- « venez-vous de la valeur de vos pères, « que le nombre n'a jamais effrayés, et «comme eux combattez pour l'hon- « neur et la patrie. » Aprè^ la prière accoutumée, il divisa ses soldats en deux corps: ceux-ci arrivèrent dans le camp ennemi à la grande course , en massacrant tout ce qui se présentait. Le général périt un des premiers ; mais bientôt ceux qui avaient eu le temps de se former se présentèrent en bon ordre; et la cavalerie chargea. Les confédérés formèrent un carre hérissé de lances ; cependant il en périt beaucoup. Un Zurichois parvint à s'emparer de la bannière de Strasbourg. Ce succès n'empêchait pas que le nombre des confédérés nednuinuât, et que l'ennemi ne fût de plus en plus redoutable. Tout à coup un cri de guerre retentit dans le lointain ; les contingents de Lucerne et de Zuç accouraient au secours de leurs amis : l'ennemi s'enfuit après une courte résistance, et on le poursuivit jusque fort avant dans la nuit. Le butin tut riche et considérable : on prit plusieurs drapeaux et vingt et une pièces d'artillerie. Plus de trois mille Autrichiens étaient tombés; les confédérés ne comptaient que cinq cents morts: encore était-il arrivé, par une de ces méprises si fréquentes à la uerre, qu il en avait péri beaucoup ans l'obscurité de la nuit , leurs dmis les ayant pris pour des Impériaux.

Trois jours après, les confédérés se

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