L*UN
«icsentèrent devant le château de Pfef- Cnjpn; mais la disrordr qui s'f'tablit entre eux les empêcha de le prendre:
les uns voulaient envahir l'Alsace, les autres demandaient à rentrer dans leurs foyers. Enfin ils allèrent prendre position devant BîIIp. qui était déchirée par deux factions contraires, la noblesse dévouée à Tempereur , la bour« geoisiequi tenait pour les confédérés.
La }):itaille de Dorneck avait jeté la terreur partout ; mais Bâle tint encore sa neutralité. Ce fut d'ailleurs le dernier lut d*amies de quelque importance.. Acette nouvelle , Maximilien , qui était à Landau , s*embarqua pou r Constance.
La France, qui venait d'envoyer des secours aux Suisses , offrait sa médiation ; mais Pempereur accepta de préférence celle du duc de Mihn. Les prétentions furent d'abord très-contraires; car, tandis que les Suisses demandaient la eon8«rva[tlon de leurs conquêtes et une indemnité pour les friis de la guerre, on exigeait d'eux soumission à IVmpire , séparation d'avec les Grisons , punition des auteurs de la rupture. Sur ces entrefaîtes, Solnire, qui se montrait le plus diflicile, ravageait l'Alsace, et la nouvelle de la prise de Milan par les Français rendit plus traitables les envoyés de Sforce. Ils oédéfent ia Thurgovie. Soleure put s'emparer de Thierstein rt de Buren qu elle convoitait. Rerne fit un excellent usage du prix du bulin; elle le distribua entre les blessés. Telle fot l'issue de la dernière tentative de la maison d'Autriche contre la liberté des Suisses. Pendant cette lutte, ils avaient beauûoap souffert; il avait fallu livrer huit batailles ; plus de vingt
, mille hommes étaient tombés de part et d'autre ; plus de deux mille villes, bourgs, villages et châteaux, étaient devenus la proie des flammes; le pays
- étaitravagé a soixante lieues à la ronde. Ces calaniités dûrent faciliter la conclusion de la paix \ et si Tavantage immédiat se réduisit à la cession d'un bailliage, du moins elle eut pour conséquence Taccession définitive de Bâie et de Schaffliousen : la première avait besoin de protection contre la rancune
et les excès de la noblesse : le jour oà
fut iii I(î traité sur la place publique, elle ouvrit ses portes . et remplaça la garde par une vieille femme avec' son rouet, pour montrer ^ue désormais elle n'aurait plus besom d*autre défense que la terreur inspirée par le nom des Suisses. Bâle eut rang, dans la confédération, avant Fribourg et.
Soleure.
Environ cinq mille Suisses avnirnt pris part à la conquête du Milanais :
Louis XII leur donna plusieurs sujets de mécontentement; et tout à coup les dispositions de la diète di vinrent favornblps n Sforce, qui s'était enfui auprès de 1 empereur. Les Milanais, qui avaient accueilli Louis XII en libérateur, ne tardèrent pas à changer de pensée : ce roi était r\ pnrtî, Inis^nnt le commandement à Trivulce , qui ne faisait observer aucune discipline; de toutes parts, les mécontents couraient rejoindre l'armée du duc La diète, avant de fournir aucun contînL^ent, ex iLea de Louîs XII les somine» pronjises; mais le gouverneur de Dijon, allant de ville en ville, obtint, à prix d'argent, de nombreux enrôlements qui se rassemblèrent a Fribourg, franchirent le Saint^Bernard , et descendirent à Yerceil ; secours important pour les Français, réduits déjà à la possession de quelques châteaux forts, car Sforce était revenu, avec la rapidité de réclair, de Brixen à travers le Tyrol et les Grisons , jusqu'à Goire, tandis qu'à Milan une émeute avait forcé la garnison de se réfugier dans la citadelle, puis à ]\ovare qui se rendit, à rexceiption du château , quand Sforce vint l'a^ié^er, après avoir fait sa rentrée solennelle dans sa capitale. Une nouvelle armée française s'approchait : la diète voulut se faire médiatrice, ou retirer ses troupes qui servaient des deux côtés , ou , enfin , les ranger toutes sous les mêmes drapeaux, pour qu'on ne vît pas les Suisses égorgeant leurs frères à prix d'argent. Cependant, quand leur ambassade arriva , Sforoe était déjà tombé au pouvoir des Français: il avait été abandonné par les buisbeâ danb une insurrection au sujet
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SUISSE
de la so1d(^ t il^ nvm>nt rpfns^ de rombattre , parce que, disaient-ils, beaucoup de leurs concitoyens étaient avec les Français. Ils stipulèrent donc leur départ; et tout ce que purent obtenir les Inrmps du duc, c'est qu'il lui serait permis de partir avec eux sous un dé^
Êuisement. U se munit d*une haliearde , se vêtit à rallemande , et se inèla dans leurs rnnp;s. ]Mais, arrivé au milieu de la double baie des soldats français I une rumeur se répandit, le bruit courut que le duc était avec les Suisses; on le réclama. Se voyant trahi , i! se présenta de lui - niêmè , et fut conduit en France, au château de Loches , où il fut traite fort durement. Il y resta plusieurs années, supportant son infortune avec consfnnce, et se résignant à la volonté du ciel en expiation de ses fautes.
Immédiatement après , il s*éleva des contestations assez violentes entre Louis XH et les soidnts suisses qu'il ne payait pas; d'un autre coté, Uri avait fait occuper Bellinzona, et ne voulait pas s'en départir; le roi, au contraire, tenait à s'assurer cette possession. Déjà les Suisses avaient fait des excursions guerrières à Lugano et Locamo , quand on parvint à une médiation dont le résultat fut d'accorder à Uri l'occupation du comté pendant deux ans. Mais il fallut bien en venir à quelque chose de stable. Uri soutenait ses prétentions: ce canton dit fièrement qu'il ne connaissait de droit que relui de ses hallebardes; il appela les autres à le seconder, et le siéj^e de liOcarno fut entrepris. Gette opération ne fut pas heureuse : il périt beaucoup de anerriers, d'autres en plus grand nombre furent pris. Alors les préparatifs devinrent sérieux ; il ne s'agissait de rien moins que d'envahir la Bourgogne, et quatorze mille confédérés se dirigèrent vers Milan, où ils étaient attendus avec impatience. Le 10 avril 1.903, Louis fit cession de Bellinzona aux trois cantons de Schwvtz, Uri, Unterwalden ; et les trois rhntennx forts qui dominent la l)eiie t liceiiile crénelée de la ville portent aujourd'Imi les Donu de ces trois pays ; position
importante qui ferme tout nrrès vers cette longue vallée du Saint-Gotliaru , et fonde la sécurité de la Suisse du côte de litalie.
De nouveaux différends ayant éclaté entre Louis XII et Blaximilien . ees deux souverains briguèrent l'alliance et les secours des Suisses; mais les ambassadeurs français l'emportèrent par leurs lit)éralités et leur magniOc^nce. Huit mille hommes vinrent à Gènes , à l'armée du roi, dont le but était d'empêcher son ennemi de tra* verser l'Italie pour aller à Rome se faire couronner par le pape. T e parti populaire de Gênes s'étant insurgé contre la noblesse , avait choisi pour doge un teinturier, et nommé des tribims du peuple. L'nrrivér des Frnnrn;s y répandit la terreur: on résolut" de défendre une forte position sur une montagne en avant de la ville; les confédérés contribuèrent beaucoup à la conquête de ce poste dan^eretix : f| fallut que la place se rendît a discrétion. Le doge et un autre séditieux , Démétrius Giustiani , furent décapités : la desrn']ition de cr snp|ilif'e prniive que l'instrument de mort que Ton croyait avoir ele inventé dans la révolution française , était déjà connu au seizième siècle.
Cependant Maximilien établit une diète à Constance , et y manda les confédérés qu'il combla de présents ; à cette assemblée, se trouva l'évéque de Sion, Biathieu Schinner, qui fut d;ins la suite l'âme df* toutes les entreprises contre la i: rance. Il était alors evéque de Sion , et devint bientôt cardinal : c'était le (ils d'un pauvre cultivateur deMuhlibnrh, dans le haut Valais ; écolier, il chantait dans les rues pour gagner quelques deniers ; ensuite il tut recueilli par un respectable vieillard qui lui donrin charitablement les moyens d'achever ses études à Zurich et à Côine. Devenu curé dans le Valais, Scbinher ne cessa point de se livrer a rétude : sobre et dur h lui-même, il se contentait d'une nourriture grossière , et couchait sur un lit de bois. Ses sermons furent bientôt célèbres :
son mérite h ^ administrateur de
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révécbéf puis évéque; et cette dignité, souveraine daos le Valais, le n)it en rapport avec fAHeofiagne , la France et l'Italie. Cet liomine extraordinaire fut bien utile à la cnnsp de Maxiniilien; mais cette fois l einpereiir renonça à son voyage de Uome , et les coniedé* tés n'eurent point Toccanon de manifester le changement opéré dans leurs dispositions par les agents de LouisXII. Quand Maximiiien se fut ligué avec ce roi, on revit six mille Suisses dans l'arniée française; ils prirent part à la glorieuse journée d'Agnadel , le 14 mai
Les intrigues de Févéque de Siou assemblèrent dans le Valais huit mille
hommes , qu*il passa en revue pour les envoyer au souverain pontife; mais quand ils étirent franchi )e Saint- Bernard , les Savoyards leur interdirent le passatge; puis, sur un faux bruit que Bellinzona était menacer, I-s Suisses se jetèrent de ce cOlé. Les Français et les Lombards ne voulurent point leur permettred*aller pins loin ;eniin, quand ils furent arrivés à Varèse, se trouvant dans le dénriinent le plus complet, ils acceptèrent de l'argent pour rentrer dans leurs foyers, ce qui excita au plus haut degré la colère du saintpère. Schinner, î'fM-i^qiip rlc Sinn, eut oeaucoup de peine a renouer cette alliance. Un faussaire devait les dédommager de ces désagréments; il imagina et fabriqua deux titres ou prétendus testaments du feu duc de Savoie, et leur donna la date de Chambéry, 17 mai 1489 ; par ces testaments , le duc donnait aux cantons des sommes immenses, l.r^ nllcizations âv Fur no, c'était le nom de cet nnposteur, turent accueillies avec empressement; mais le duc de Savoie protestait La médiation de l'empereur et du roi amenèrent une première transfirtion en faveur de Berne et Fribourg; mais Fnrno, qui avait été richement récompensé, m S'en tint pas là : il produisit iin nouveau titre qui gratifiait les autres cantons de donations semblables. JN ou velles plaintes du duc, nouveaux armements des Suisses; et ce prince, heureux d'eii Urequitte poiartrois ceal mille AoniUi
se vit obn'sé de mettre en pap:e jusqu'à son argenterie et ses bijoux et de se procurer des cautions.
£d Italie , les intrigues de Schinner et le mécontentement du canton de Schwytz, au sujet d'une injure dont les Français avaient négligé la réparation, venaient de changer la face des affoires* L'appel de ce eanton aux autres Suisses n'était pas resté stérile, et bientôt dix mille confédérés parurent. Vainement le pape avait été cité è un concile î Pise : une émeute populaire dispersa les Pères. T e belliqueux Jules II, bravant et Peniiierfur, et le roi Louis , et la ligue de Cambrai, se mit à la téle de ses troupes et prit Uirandole; mais il fîit moins heureux au siège de Ferrare, malgré l'assistance des Vénitiens. Les Français poursuivirent leur victoire et entrèrent dans Bologne. Le pontife négocia. Iji France, comme pour insulter les Suisses, conclut une alliance avec les Grisons. Les confédérés marchèrent sur Milan, où commandait un jeune héros, Gaston de Foix» duc de Nemours; mais ils furent obligés de fuir * devant Bavard. T es vaincus se livrèrent aux plus coupables excès contre les habitants; leur retraite ressemblait à une fuite; ils coururent ainsi jusu'à Bellinzona, et perdirent beaucoup 'hommes, de chevaux et de haiiaues, Jules ayant suscité contre la France l'inimitié de l'Espagne et de l'Angleterre, une armée s'assembla à Imoia; elle était commandée par le vice-roi d'Espagne. A Naples, on voulait surle-champ reprendre Bologne; mais Gaston vint I9 dégager, puis il courut à Brescia, oij il défit les Vénitiens, et revint avec la rapidité de l'éclair di^pjerser les alliés à Bavenne et mourir sur le champ d'honneur. Le pape était désespéré. £n vain Venise et TE^pagne voulurent relever son courage; l'accession des confédérés fit sur lui une îm-
f)ression plus profonde : confiant eu eur valeur, il persista dans le parti de la guerre, et leur prodigua des indulgences, des bénédictions et surtout de l'argent. Les ambassadeurs suisses furent reçus solennellement à Venise;
tout le flénat vînt au-devant d'eux dans
$es gondoles, et tout au<;sitôt la diète décida, au grand regret de beaucoup de citoyens, que ron marcherait contre les Français; la jeunesse brûlait de se
mesurer avec eux. T,e lieu de ra^sembletnent lut indiqué à Coire; car les Grisous prirent part à ce mouvement, malf^ré le traité récent coodu avec Louis. On s'avança par TEngadine vers le Tyrol : IJIrich'de Ilohensax prit le commandement. Vérone envoya ses clefs à J'approche de cette année, aui fit à yiUefraocbe sa jonction avec les Vénitiens. Les Français n'avaient presque point de soldats : une sordide économie avait affaibli leur armée; partout ils se retiraient k l'approche des viniit mille confédérés et des Vénitiens; ils abandonnèrent le pa^srige du Mincie, celui de i'Of^lio, et bientôt le cardinal Schinner entra en trioniphe dans Crémone. L'Adda n*ofïrit pas plus de résistance; on franchit cette large rivière à Pizzicrlietone. A Pavie, trop d empressement lit périr une centaine de Suisses qui avaient escaladé les murs. Il y eqt, non loin de là, un combat où iimsqfjenets eurent beaucoup a soullrir, où les Vénitiens reprirent une {)art)e de leuj* artiiierie. Le Jour de Saint-Barnabé, 1512, une révolte éclata daps Milan : on démolit lef boutiques des mrin haiids frnnrnis, on massacra les soldats et les parliiians de lx)uis ; et les cx)nfédérés , à leur entrée , souillèrent leurs succès en violant la tombe de Gaston de Foix, rn |)illant ce (juVIle avait de métaux preeieux :
ce qu'elle renfermait de plus beau lut envoyé à l'église de Saint* Vincent, à Berne.
Il sVIevn fîps dinrérends sur le partage des ( onquètes : Venise réclamait tout ce qui lui avait appartenu; le cardinal soutenait que le saint-siége devait tout accaparer, et les Suisses voulaient des conquêtes pour eux. Ils retournèrent enfin dans leur patrie, sans que la campagne edt offert a leur valeur autre chose que de simples escarmouches.
Drms sa joie, le pape les gratifia du titre de protecteurs de h liberté de VÈgUsef et leur fit don de plusieurs dnpona» Ml veoev«Dt Jna^iiiiiquenienl
leurs envoyés. On rétablit à Milan le fils de Louis Sforce, Maximilien, qui céda aux Suisses Lugano , Locarno et Domo d'Ossola, aftranchlt leur commen'e de tous droits, p-iya deux cent mille écus, et en promit quarante mille par an.. Vers le même temps, Berng s^empara du comté deNeufcbâtel • sous prétexte que Louis d'Orléans, posses« scur de ce comté [«our avoir épousé Je.'inne, fille du comte de Uaden-IIochberg, servait dans les armées françaises. Soleure prit part à cette occu* pat ion, qui exciti la jalousie des autres cantons. Par la même raison, Soleiire S empara du château de Thierstein.
Les Grisons aussi firent des envahis»
sements, et retinrent pour eux la VaU teline et Chfrivennn , en vertu des droits de l'évêche de Coire. La confédération déclara toutes ces conquêtes communes. Il fallait encore s*emparer des châ* teaux de Lugano et de Locarno , dont le siège offrait de jurandes difficultés, et n'eut pas le sua es (ju'on en attendait. Les Français , toujours en possession des citadelles de Crémone et de Milan, menarairnt Ir nouveati duc jusque dans sa résidence. 11 n'était pas le maître chez lui , et se voyait oblige d'obéir au cardinal, à l*ambassadeur de l'empereur, aux confédérés. Le mécontentement df'vitît bientôt général, et Tinconstance publique regretta la domination de Louis XlL Celui-ci traita avec Venise ; il conclut un armistice avec l'Espagne; rtiais ses négociations avec les Suisses n'eurent aucun succès. I/nrinee, commandée par la Tremouille, Robert de la Marche et la Fayette , s*avança dans les plaines de Lombardle par Siizp et Asti, tandis fj'fp les Vénitiens secondaient cette expédition en marchant sur Vérone; car on leur abandonnait Rergame et Brescia. Le duc Maximilien, secouru par le viceroi de JNanles, par le saint-siége, par les conféuérés, &q mit en campague, L*ennemi s'avançait; Asti et Alexandrie avaient reçu les Français, et Venise s'était déjà emparée de ValeL'îiio et Peschîera; enfin ses troupes s'étaient jointes aux 1: rancais à Crémone.
Le duc se vit abandonné de tous scf
L'UNIVERS
amîs et trahi par les chefs de son ai^
mée; à revceptioîi (in !Sovnre et de Coire, il perdit toutes ses places. II se retira dans ^ovare, où il fut bientôt assiégé vigoureusement. La garnison suisse se inontrait inpbrnnlal)Ie; en vain les murailles tombaient ^mis le feu de l'artillerie iVançaise, ces braves tinrent jusqu'à l'arrivée d'une armée suisse. Les assiégeants cessèrent leur feu et se préparèrent au combat. Les confédérés arrivaient à la fois par le Simplon, le Saint-Gotliard et le Splugen; ils marchèrent sur Novare, et ils y arrivèrent dans un moment où les Français, qui s'étaient retirés à une demi-lieue de la |)iace, dans un pays entrecoupé de bois, de fossés et de marais, ne s'attendaient nullement à une attaque aussi prompte. On résoint de ne pas penire nn instant, car on savait qu'ils se gardaient mal; et, dès le point du jour, neuf mille confédérés se mirent en mouvement, prenant le duc dans leurs ranij;s. Les prnnd gardes furent surprises. La Trémuuille monta à cheval à la hâte, Trivulce rangea les bataillons. Les Suisses se partagèrent en trois corps, dont l'un devait prendre N s lansquenets par le flanc, tandis que le second marcnerait à l'ennemi, et ^e le troisième observerait la cavalerie. L'artillerie française était tf^rrible; les broussailles rom-
f)aient souvent les rangs des Suisses; es armures des cuirassiers français jetaient beaucoup d*éclat sous les rayons du soleil. Les cavaliers parvinrent à s'introduire dans les lignes; le duc s'entuit, mais les Suisses combattaient avec opiniâtreté; les morts et les blessés étaient à l'instant remplacés. En vain ils essayèrent de culbuter les lansquenets que protégeaient les batteries; les cadavres s'amoncelaient, le sang ruisselait de toutes parts; on était si près que les hallebardes mêmes ne ser* vaient plus , et que l'on ne combattait qu avec des puij^uards et des couteaux. Lè se trouvaient Nicolas Conrad, le vainqueur de Dorneck , Erni Winkelried , descendant du héros de Sempach , là tomba LUricb Jacob, brave cbef d'Uri qui avait conseillé le combat. On
s'exhortait en parlant de Morgarten, de Granson, de Morat. Enfin arriva le corps qui, retarde dans sa marche, devait attaquer le flanc des lansquenets. Ce cboc décida du sort de la joiirnée : Tartillerie frnnraise fut prise et tournée contre Tf nuemi, qui se dis-
Sersa et s'enfuit dans le plus grand ésordre, malgré une charge brillante de la cavalerie. Il y avait huit mille Français et lansquenets sur le chnnip de bataille , et la Iremouille était blesse. Les Suisses perdirent quinze cents hommes, et ne purent poursuivre leurs succès faute de cavalerie. Des désastres affreux suivirent cette victoire; les confédérés pillèrent, se dé- Imndèrent et regagnèrent isolément leurs foyers; cependant il en resta oueiques milliers pour protéger le duebé
En Suisse, les plus grands désordres éclatèrent; Berne, Soleure, Lucerne, en furent principalement lethéàtre; plusieurs matristrats furent rondamnes à mort par suite de séditions populaires , et sous prétexte qu'ils étaient a la solde de la France. Pour mettre un terme h cette fermentation , la diète reunie a Ziirich résolut de faire une invasion dans ce royaume, et, le 27 aodt 151 S , seize mille nommes se réunirent auprès de Besançon, qui leur ferma ses portes. L'empereur y envoya de la cavalerie et de l'artillerie : l'armée, forte de trente mille guerriers , marcha sur Dijon, tandis que le roi était battu n Ciiiinefîate par les Anglais. On ne rencontrait de résistance nulle part; les Suisses commettaient d'horribles excès, ne respectant ni les lieux saints ni les tombeaux ; leurs prêtres mêmes donnaient l'exemple de ces scandales.
La Trémouille était dans Dijon; il eut peine à réunir six mille hommes; les confédérés campèrent sur les hau* teurs voisines. Le lendemain , l'art i I lerie impériale battait les faibles mu radies de la ville; en moins de quarante-liuit heures la brèche fut ouverte; la ville paraissait perdue : l'habileté de la Tré* mouilley pourvut. Connaissant partfcuiierement plusieurs des chefs ennemis, il en séduisit quelques-uns par ses pro*
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SUISSE
messes, d'autres cédèrent à une vieille amitié. Lessoldatsmanqunient tout; ils étaient mécontents et deiiiaiidaient à rentrer chez eux. La paix fut conclue à la condition que le roi laisserait aux confédérés le dsiché de Milnn rt leur payerait quatre cent mille eciis; la Trémouille livra même des otages.
L'exécution de cette convention donna lieu dans le cours de rannée à bien des embarras, et les rumeurs diver^^rs qui se répandirent en Suisse y suscitèrent beaucoup de troubles.
Louis XII mourut au milieu des préparatifs d'une nouvelle expédition contre le duché de Milan; et François V\ qui avait épousé sa (ille aînée, a lacfuelle revenait ce duché , à défaut d^héritiers mâles , brûlait de se signaler par des exploits militaires, comme l'avait fait l'illustre Gaston, dont il enviait la gloire. Dès son couronnement, le nouveau roi prit le titre de duc de Milan. S i jiremière démarche fut de rechercijer i alliance des confédérés. Ceux-ci reçurent mal le porteur de sa dépêche; ils répondirent que la paix avait été conclue à Dijon , qu'ils en réclamaient l'exécution, et qu'il n'était pas besoin d'ultérieures négociations. François l**" ne fut pas plus heureux envers l'Espagne et TEmpire; mais il se ligua étroitement avec l'Angleterre et Venise : Gênes se déclara pour lui', alors il lit d'immenses préparatifs. Les confédérés, au nombre de quatre mille, «'avançaient contre Gênes; lorsque le pape arrêta leur marche, ifs étaient à Novare. Tout à coup les Français débarcjuèreut dans le port et occupèrent la citadelle, et le doge Fregofio se fit appeler gouverneur du roi.
Les Suisses envoyèrent quatorze mille hommes pour mieux dérendre le duché de Milan : on vit alors le pape, dont la conduite avait été d'abord fort douteuse, s'unir iwec rempereur et le roi d'Espagne pour iiiainteiur l' indépendance de l'Italie: on ne demanda aux confédérés que des soldats, que Ton promit de payer largement. Après beaucoup d'hésitations et d'incertitudes, lis allèrent occuper les délilés des
Alpes vers la France; Coîonna y vint aussi avec une troupe d'élite de cavaliers milanais. Tandis q[u'utte violente sédition éclatait parmi les Suisses, et qu'ils maltraitaient impitoyablement Albert de Stein, Tun de leurs chefs, l'armée française s'avanç-it avec trois miiie lances,* quinze cents chevau-légers, vingt mille lansquenets : après eux venaient six mille hommes composant la bande noire, ninsi nommée de la couleur de leur armure et de leurs vêtements; ils étaient commandés par Robert de la Marche. Parmi les autres chefs, on distinguait Lautrec, qui joignait rimpétuosité franç^iise au sangfroid espagnol, Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, le duc de Gueldres, qui devait à la France de s'être maintenu dans sa principauté contre l'empereur, Galiot^ sénéchal d'Armagnac, René, fils du duc de IiOrraine qui avait reconquis son duché sur Charles le ït^méraire, Trivulce, la Palice, la Trémouille, et tout ce que la noblesse avait de plus brillant. La Trémouille conseilla de choisir un passage nouveau que Tennemi ne gardait pas, et à travers lequel unvieux chasseur guida Tarmée. Le roi commandait en personne le second corps; l'arrière-garde était confiée au duc d'Alençon, son beau-frère, qui avait déjà tombattu à la bataille d'Agnadel. Kn même temps, Aiinar de Prie passait à Gènes par mer à la téte de plusieurs mille guerriers. Pour tromper l'ennemi et l'occuper, on dirigea deux petites divisions vers le mont Cenis et le mont Genèvre, passages ordinaires par oii l'on croyait que l'armée f rançaise arriverait.
Le trajet fut difficile; il fallut jeter des ponts sur les précipices, faire sauter des rochers, porter des canons.
Après cinq jours de travaux extraordinaires, on déboucha dans le comté de Saluées, où Ton prit un peu de repos.
Les Suisses et Colonna en furent avertis, mais la division se mit entre eux; les uns voulaient combattre sur-le* champ, les autres se poster sur la rive gauche du Pô : la première opinion prévalut, du moins en partie. Colonna se porta sur VilleCrancne; mille Fïaa-
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çais passèrent le fleuve à gué, et entrèrent de toutes ^)arts pendant que les Italiens étaient a table. En vain ceuxci voulurent se défendre; les habitants avaient caché les selles et enfermé les chevaux ; Il fallut se rendre. Les Suisses étant accourus ne trouvèrent plus qu'une ville déserte, et commencèrent leur retfaite par Pignerol. Le roi leur offrit secrètement de négocier avec eux à Verceil; ils marchèrent jusque-là, quoique divisés entre eux. En passant sous les remparts de Turin, ils les virent couverts de Français ; à Chivasso , ils ^rgèrentcinq cents habitants, pour Tenger le meurtre commis sur quelques confédérés qu'ensuite ils retrouvèrent vivants dans une tour où on les tvait enfermés. La marclie fut trèsmalheureuse ; à Verceil on se partagea; les guerriers de Berne, de Soleure et de Fribourg, prirent le chemin d'Arona; les autres cdntingentâ et les volontaires allèrent à Milan; à Novare, ils abandonnèrent de beaux canons qu'ils eussent faciiemeut fait conduire à Beilinzona.
On conclut à Galera utte paix qui ne fut point acceptée par tous : quelques corps venus réeeinnient de leur
Satrie renforcèrent 1 armée; ceux qui talent réunis à Arona repassèrent les monts, tous les autres se réunirent et se préparèrent à de nouveaux combats.
Le roi avait fait occuper Tortone, Alexandrie et Pavie, oui lui assurait le passage du Tésin et au Pd. L*armée pontificale ne bougeait pas, malgré les promesses du saint-père, parce quMI recherchait sous main l'amitié de François Ce roi s*était campé à Marignan, sur la route de Milan à Lodi; ses cavaliers couraient jusqu'aux portes de la ville; il y avait chafjue. jour de petits combats. Le cardinal de Sion, se croyant sâr de la victoire, résolut de livrer la bataille. Le 13 septembre, dans l'après-midi, le conseil de guerre étant assemblé chez le duc , et la majorité des chefs confédérés se prononi^nt pour Tacceptation du traité de 6alera, un grand bruit se fit entendre : on disait que l'armée française tout entière s'approchait
des portes, que déjà Ton oomUttalt.
Aussitôt tous coururent aux armes; le cardinal de Sion monta à cheval revêtu de la pourpre; les Waldstetten , qui avaient toujours voulu la guerre, .sortirent avec joie; les autres Suisses marchaient avec moins d'ardeur. Il y avait eu tout vingt-quatre mille hommes et huit pièces de campagne.
Le pays est couvert de vertes prairies, de maisons de campagne, de petits bois entrecoujjés de cauaux et de rivières. L*armée française se tenait alors sans inquiétude dans un camp fortifié par la nature autant que par l'art; le duc de Bourbon, commandant de Tavant-garde, occupait un vUlage sur la route, et soixante-quatre pièces bataynient les approches de son quartier général . Les confédérés se divisèrent en trois corps , et , comme le soleil allait se coucher, on proposa de camper, sage conseil qui ne fut point écoute. Ûatâque eut lieu sur-le-champ. Alors "Werner Steiner, amman de /ug, commandant de i'avant-garde , prit trois mottes de terre, les lança par-dessus la téte de ses guerriers, et dit : Au nom de Dieu le Père y le Fils et le Saint-Esprit, que notre cimetière soit ici: ne songez, amis, qu'à Vhwmenr eià fa réputation que nous allons acquérir.
Fran<^'ois 1'"' ne s'attendait p.is ;i ètrè attaqué; quand retentit la troinpelte, il allait se mettre à table. Le comte de Ouise assembla les lansquenets; Pierre Novare rangea Tinfanterie derrière uii grand fosse, en rangs serrés, et mit l'artillerie sur les aiïes. Les SuisseS| par une feinte, attirèrent la bande noire, puis la repoussant, ils franchirent le fossé avec impétuosité. Ils tombaient par centaines sous une grêle de balles; mais l'ennemi ne put tenir:
les Gascons, les Basques et les lans^ queoets cédèrent à cette puîssancî plus fpi'hnmaine, et la cavalerie ne pul les empêriier de se disperser. Déjà 1 artillerie et beaucoup de drapeaux étaient en la possession des confédérés, et une multitude de nobles chevaliers avaient péri. Théodore Trivulce fut fait prisonnier; Bayard, tout doulcement^ se
SUISSE
descendît, et Jeta son armet et ses eUbs<fts, et puis y le long des fossés, à (fuàtrè beaux pieds se retira, François T"" «îp rondmsit comme il convient a un générai et à un soldat; Ieî5 lances se brisaient contre son armure, les coups tombaient sur son casque, les gentilshomtnes mouraient à ses côtés.
Déjà la tune avait remplacé le soleil : à minuit, les ténèbres amenèrent une suspension d*hosttlité8; mais ii fallut due chacun demeurât debout où Tavait surpris Tobscurité, amis et ennemis péle-méle. Les tambours, les trom- Dettes, les provocations, les injures, îëâ cttups de feu, interrompaient par intervalle cet horrible silence. Les Suisses Commirent plusieurs méprises et s'entre-tuèrent parfois les uns les dtttres; ta fbim, la soif, l'humidité, leur faisaient beaucoup de mal. Le duc de Milan et ses cavaliers s'en allèrent; i) fallait employer d'ailleurs beaucoup de monde à panser les blessés. Le cardinal dè Sion réunit les chefis autour d'un grand feu, et l'on pourvut aux dispositions du lendemain. Dans l'armée française, il y avait plus d'actt- ▼ité : on concentrait les forces, on J>laçait mieux l'artillerie. Le roi, après avoir tout erdonné, but avec avidité une eau ni^lée de sang, seul breuvage u'il piit se procurer, parce que les caavres comblaient les fossâ, puis ii s'endormit sur un affût. Hcveilte avant le jour par le sage Galiot, il reprit ses armes, montâ à cheval, passa la revue de ses troupes et visita les avantgardes. Dès l'aurore, les trompes des confedérf's retentirent : leur principal corps d'aruiee chargea, en poussant de grands cris , le centre des Français. tJri et Ziiridi ^ient en avant; on eût dit que les souflrances de la nuit avaient redoublé les forces de ces braves, que n'arrêtait point le léu terrible de l'artillerie. Les lansquenets plièrent : là périt le prince de Talmont, couvert de soixante-dritx t^lessures; c'était le fils unique de la Trémouille; le comte de Guise blessé était caché sou.s les cadavres; on se battit pur Ten retirer.
La perte des confédérés n'était pas moindre; ils cédèrent à leur tour. Les
chefs alors supplièrent, exhortèrent, menacèrent; Katzt «lechef de Schw^ic;
continuait à parler et à combattre,
quoiqu'il eût la poitrine percée de plusieurs traits. Les ailes de l'armée française étaient en fuite, le centre seul
fiaraissait vainqueur; il était midi, que 'issue de la bataille était douteuse.
Tout à coup des nuages de poussière et des cris annoncèrent l'arrivée des Vénitiens. Alviano prit les confédérés .
en queue, et, quoique sa première charge demeurât sans succès, il décida du sort de la journée; car sa présence releva le courage des Français et abattit celui des Suisses. Quelques chefs ordoimèrent la retraite, qui, malgré leurs efforts, driéncra en déroute.
Nés^moini» bon nombre de guerriers, pénétrés de leur devoir et û% leur dignité, se retirèrent à pas lents, portant les bicssps stir îrtirs épniilcs- , et faisant marclier au iniiieu li eux i'artillerie, ain^i que les drapeaux qu'ils ' avaient pris. Ils firent des prodiges de valeur, et rentrèrent dans Milan, non sans perdre une partie des objets qu'ils voulaient conserver. Les Français ne mirent pas trop d'ardeur à les poursuivre. Le roi était saisi d'admiration pour eux; Trivulce, vieilli h. la guerre, et qin' avait assisté à dix-huit batailles, disait qu'elles n'étaient que jetiX d*enfants , mais que oellensi était un combat de géants.
Sur le terrain , cependant, la mort continuait à sévir. Quatorze cents Zurichois s'étaient retranchés dans la maison où avait été la veille le quartier général du duc de Bourbon. On les y assiégea, et ils y périrent tous, n'ayant Jamais voulu consentir à se rendre.
Une autre troupe Ait massacrée dans un bois : la cavalerie tuait les hommes isolés, qui souvent étaient dépouillés par les nabitants. Les lansquenets se distinguèrent par leurs actes de bar^ barie : ils ouvrirent le ventre de Puntiner, chef d'Uri qui avait été tué, et donnèrent l'avoine à leurs chevaux dans ses entrailles. Douze mille tués couvraient le diamp de bataille; plua de moitié étaient Suisses. C'est là que le roi se lit armer chevalier par Bayard :
L'UNIVERS
à son tour, il conféra la même dignité à d'autres, et lit dire des messes pour le repos des braves, ordonnant qu'une chapelle serait construite en commémoration de la bataille de Marignan.
Les conffVîérf's partirent pour leur pays, en maudissant je cardinal et sans pouvoir obtenir leur solde. Maxiinilien Sforoe ne sut défendre que lechilteau; bien approvisionné, il avait encore cinq cents Suisses de garnison , et pouvait tenir fort lon^itemps. Le liéros de Borneck, Henri Kann, en fit sortir trois cents malades ou blessés, afin de mieux ie défendre : ces malheureux furent impitoyablement massacrés par les paysans , près des fossés de b ville. Milan iroj^tora la clémence du vain* queur« qui exigea une contribution de trois cent niille éctis et lit occuper la ville, puis il murcba sur Pavie: ses bataillons couvraient la Lombardie, des rives du Pô jusqu'au pied des Alpes.
La Suisse fut consternée de cette nouvelle; on se reprochait de funestes divisions, et la diète incertaine ne parvenait à aucune résolution; le mécontentement du peuple était à son comble : les cantohs montagnards accusaient hautement Berne , Fribourg et Soieure, de s'être laissé gagner par l'or de la France; il s'en fallut de peu que la guerre civile n'éclatât. Cependant les Français faisaient de grands j)rogrès en Italie; Muximilien Sforce accepta avec joie une transaction qui lui permettait de mener une vie oiseuse et tranquille. Le pape riéc^'ocia avec François 1", et lui abandonna ses prétentions sur Parme et Plaisance : ce fut par une sorte de compensation que , de concert avec ce roi , il restreignit les libertés de l'Éf^lise gallicane.
On se réunit à Genève pour y traiter de la paix; dix cantons en accepté» rent les conditions et se chargèrent d'y faire accéder les autres. On fixa jour à Zurich pour l'échange des ratifications ; mais cette affaire souffrit encore bien des diflicultés et des retards. Maximilien et le roi d'Angleterre annonçaient prr leiHs aircîits qu'ils allaient attaquer la l-rance^ ils excitaient les conlëdéréi à venger leur défsdte de
"NTnrignan. Ces discours firent un çrand effet : peu de cantons restèrent bdèlrs à leurs engagements de Genève ; Zùrirli trouva des prétextes pour les éluder. Uri et les Grisons ne prenaient part h rirn ; Glarus, B/lle et Schnffhouse attendaient pour se décider le vœu de la majorité; entiii Sciiwytz, i'Unterwald inférieur et Saint -Gall ao«> ceptaient la paix, mais non l'alliance du roi : on se sépara. L'envoyé de l'empereur, Reicbenbacb, et le cardinal de Sion s'adressèrent alors aux passions du peuple qui se croyait trahi, et d'autant plus qu'un h ibitant de "Wadisch- \vyl, appelé Baechli, s'accusa lui-même d'avoir conspiré avec d'autres guerriers l'abandon des défilés qu'ils étaient chargés de garder. Il nomma des hommes très-illustres et un grand nombre de complices i entin il fut décapité, sans qu'on donnât suite à ses révélations vraies ou fausses. Sur ces entreh\tv>, François V Ut solder deux cent nulle ecus aux huit cantons qui étaient restés dans les dispositions qu'ils avaient manifestées a Genève : les cinq autres tenaient leurs assemblées h Schwytz : ils résolurent de marcher avec 1 empereur sur le duché de Milan, et il en partit dix mille sous le commandement de Jacob Stapfer. Maximilien entra donc en Italie [inr Vérone, sans que le duc de Bourbon pût lui opposer de résistance ; il songeait même à repasser les Alpes. L'empereur ne sut pas profiter oe la circonstance ; il éparpilla son armée , la divisa pour une multitude de sièges.
Il n*avait plus d'argent; apprenant d'ailleurs qu'il y avait aussi beaucoup de Suisses rhrz les Français, il craignit une liahison et se retira avec précipitation. Cette faute nuisit beaucoup à la considération dont il jouissait en Suisse, où Ton était divise au point qu'il y avait deux diètes. Peu de temps après, l'empereur lui-inéme engagea les confédérés à traiter avec la Fiance, car il s'était réconcilié avec François 1". On renouvela les négociations, et l'alliance éternelle fut conclue à Fribourg, ie 20 novembre 1616.
On y stiptdft des Indemnités et des
SUISSE
subsides : Bellinzona fut abandonnée aux trois Waldstetten ; Lugano , Locarno, Mendrisio, Valmaggia, aux can^
tons en génér.il.
A la mort de Maxiniilipii , ai rivec en janvier 15 lU, les nuissants compétiteurs à TEnipire, François I**" et Charles-Quint rcchercbèrentégaleineut l'assistance des Suisses; mais le cardinal de Sion était toujours là quand il s'agissait de nuire à la France. La diète écrivit aux électeurs une lettre contraire aux prétentions du roi, malgré les avertissements de /wjni;lr , vertueux cure qui devint depuis si célèbre dans i^bistoire de la rérormation, et qui prévoyait les dangers que son pays auniit à retlouter de la part du nouvel eiii|)ei'eur. Uiaries-Quiiit lut proclamé. La Suisse jouissait alors d'une tranquillité qui ne fut troublée que par les horribles ravages de la peste. En 1520, les cantons se réunirent pour jurer de nouveau Tallianoe éternelle. Peu de temps auparavant , Rotweil, le siège d'un tribunal suprême, s'était uni a la ligue, malgré I opposition de Ràle, mais cette réunion ne fut que temporaire. L'année suivante, le pape Léon X demanda six mille lioiniiies, auxquels le gouverneur français de .Milan, Lantrec, donna passage; ils allèrent jusqu'il Ancoiie où ils furent tres-bien traites , sans avoir affaire à aucun ennemi , et couchant toutes les nuits dans de lions lits; circonstance à raison de laquelle leurs compatriotes appelèrent ironi{|uenient cette guerre Leilaheii hrieg (guerre des draps de lit ). Ils allèrent ensuite baiser les pieds du saint-père , qui les reçut a la tète de trente cardinaux, nu bruit des cloclies et du canon, arma leurs chefs chevaliers , et les renvoya tous cbe/. eux. A Uome, Albert de Stein et le bâtard de Savoie intriguaient pour que l'on eonclùl avec François I**^ une alliance exclusive, car ce roi rêvait déjà la guerre |)our se venger de l'élecUou de son compétiteur, et il voulut se donner contre lui le puissant appui de la corjfedei ation. Cette fois encore se manifesta le patriotisme de Zwingli, qui supplia ses concitoyens
Livraison, (SlilssE.)
de ne se point immiscer dans les guer* res étrangères, de ne plus vendre leurs ^
services, de vivre avec la simplicité la sobriété de leiu s aïeux. Les cantons consentirent aux deninmles des envoyés de i" Empire, qui se bornaient k * émettre le voeu que la Suisse ne traitât avec au( une puissance avant Tarrivée de Charles en Allemagne. ref>endant Lucerue ne prit aucun engagement, et Zurich se montra encore plus contraire à ce parti. La résolution des autres cantons ne tint pas contre les séductions d'Antoine de Lameth ; ses agents et lui-même eurent bientôt vaincu tous les obstacles ; Zuricli seul persista dans son refus : alors fut jurce à Lucerne cette alliance qui s'est toujours perpétuée depuis.
Jean de Uiesbac 1» et Louis d'Erlach , amenèrent en France un corps de plus de huit mille hommes; dans ce momeat) Charles -Quint, qui était à ^VornlS, envoyait François de Seckijigen et le comte de iNassau contre Kobert de la Marche, seigneur de Sedan et de Bouillon , qui , fort de l'iippui du roi , l'avait; osé défier à la diète. Tout fut mis à feu et a sang : Sedan seule put tenir six semaines. Cependant l'empereur s'avançait avec une forte armée vers la froniière de France; les Suisses joignirent le roi entre Dijon et Troyes; on marcha au secours de Bayard qui faisait des prodiges de videur dans 3It/.ières; mais le siège en avait été abandonné. Seckingen et INassnu, suivant les Ardennes, allaient rejoindre Charles-Quint qui entrait en Picardie par la Flandre et le Hainaut. Ce mou* veinent fut arrêté, parce que le roi sut prendre une lorte position entre Guise et Saint-Quentin. Des excursions furent entreprises dans le Hainaut ; on donna l'assaut à Bapaume et à Lan* drecies, et l'annce impériale se retira après avoir j>encirc jusqu'à Vervins.
Malgré les conseils des Suisses , de la Trémouille, de Bayard ^ du connétable de Bourbon , le roi , égaré par les timides objections du comte d' Alençon, laissa échapper prcs de \ alenciennes l'occasion d'une complète victoire ; il ramena sou armée à Amiens, et deux
L'UNIVERS
mille Suisses tinrent LMrnison n Abbr- Tiile ; les autres relouroerent dans leurs .foyers.
Charles s'entendit avec LéonX pour
rétablir Louis Sforce dans le duché de Milan; des exilés milanais se réunirent à Reggio. Le gouverneur français de Milan avant eu connaissance de ce plan , il marcfia sur cette ville, dont il appela le commandant à un entretien : c'rtait Guiceiarrlin: , le célèbre historien. Celui-ci u'avait néglige aucune des précautions que dicte la prudence : aussi, quand plusieurs cavaliers essayèrent de pénétrrr dnns la ville, on lit feu du naut des remparts, et Thomas de Fou, le gouverneur de Milan , se laissa conduire dans Reggio, d*où il fut bientôt renvoyé sans rançon. Aussitôt il Ht venir huit mille Suisses sous le commandement de Diesbach, et il pressa vivement le retour de son frère Lautrec dont il n'était que le remplaçant : pendant ce tcnijis , Zurich accoVdait ses troupes au pape, toujours par les menées du cardinal de Sion, toujours malgré les avis du patriotique Zwingli : Secouez les manteaux de ces cardinaux, disait -il, vous en vei-rez tomber des ducats ; tordez-les , et il en coulera du sanq. Lautrec alla dégager Parme, que les troupes du pape et de rÊspagne assiégeaient. Douze mille Suisses prirent part a cette expédition.
Quand les contingents de Coire et de Zurich voulurent aller dans les Etats pontificaux, leurs compatriotes nu service de FraiK e cherchèrent à les attirer; ce fut eu vain. Alors les Français inquiétèrent leur marche; il y eut plusieurs combats sur les bords de l'O-
§lio, et Gotthard de Landenherg prit 'assaut la petite ville de Tagliano sur la rive gauche. Le passage de la rivière fut forcé, et les Français se retirèrent à Chiari , après l'avoir vainement disputé. Parvenus sur le territoire de Mautoue, les Suisses, qui avaient promis de ne point servir contre la France, àirent débauchés par de trompeuses nouvelles et par de séduisantes promesses du cardinal de Ca[)oue ; ils juiguirent au cump de Jules de Mé-
dicis n O«;t!ano. Cette division effraya lH'auci)up Lautrec, car les Suisses ne voulaient pas marcher contre leurs compatriotes; d'un autre côté, les dispositions des Milanais devenaient de plus en plus hostiles, et il avait de
iustes raisons de se méfier de Venise.
1 eut recours aux plénipotentiaires qui dans ce momentétaient près de lui, tixgéant qu'ils ordonnasse:it à leurs compatriotes de quitter Osliano (jui était sur le territoire vénitien. Les ambassadeurs Tavaient fait en vain ; ils se bornèrent donc à interdire en général tout coiul)at en dehors des limites du duché. Lautrec ne pouvant conduire ses alliés contre Ostiano, jjcta des garnisons dans Crémone et Pizighetone , et se retrancha derrière TAdda. Bientôt les Suisses Pabandonnèrent , car leur gouvernement avait rappelé les uns et les autres. Cependant Tastucieux cardinal de Sion sut retenir ceux d'Ostiano. L'Adda séparait Tenuemi des Français; il le passa furtivement la nuit, vis-à-vis de Vaprio, non loin deCassano où était le quartier général de Lautrec. Celui-ci prévenu trop tard, ayant d'ailleurs à surveiller Pescaire , qui jetait un pont sur un autre point, envoya son frère.
La lutte fut terrible : Jean de Médicis et les confédérés vinrent arracher In victoire aux Français; Thomas de Fou fut renversé d'un coup de lance que lui porta le vigoureux Salis , et, sans les guen iers qui viurent le relever, c*cn était fait de lui : il fallut abandonner r Adda et se retirer sur Milan. Les allies y entrèrent bientôt sans coup férir, après avoir laissé garnison dans la citatelle. Lautrec se retira à Corne, où quatre mille Suisses, qui étaient encore |)rès de lui, le quittèrent; il revînt a Crémone par le territoire vénitien.
T,a mort de Léon X eut une grande i)if]!if n -e sur les affaires de rrnvope: le parti français prit le dessus en Smsse; et seize mille hommes furent promis à François l*"' qui avait envoyé à Lucerne une brillante et noml)reuse arnbass ii'c. Cette fois encore Zurich et le;> uiiàuus s'y refusèrent; ces troupes,
divisées en trois colonnes , fhmchîTent trodnîre dans Milan , où il arriva paç
le Simplon, le Saint- Gotbard et le des chemins détournés, à la gminds
Splugen , et, vers }e T>iilif»i! df^ février satisfaction du peuple qui murmurait 1522, elles se réunirent n liellinzona. hauteiiieiit de soii inaction. En même temps, Lautrec, qui était ' Lautrec résolut de relever le courage resté dans Crémone, passa TAdda des siens par une entreprise vigoaprès de Cassano, et mena, vers les reuse; Pavie lui sembla lacîle à sur- Suisses qui s'étaient avancés jusqu'à prendre; elle n'avait qu'une faible gar- Monza , un renfort de six mille Veni- nisoa depuis que Sforce en était sorti, tiens commandés par TriTuloe et G riftl. On fit brèche sor-le^amp ; mais de| On marcha contre Milan, dont la cita* Corses et des Espagnols parvinrent S délie était encore au pouvoir des Fran- se jeter dans la place. Ce n'étnît que çais, qui voyaient avec joie les prairies l'avant -çarde de Colonna, qui déjà et les vergers de ce fertile pa)i> se cou- campait a la grande Chartreuse. Pour TTir de bataillons amis. Golonna com- comble de malheur, des pluies et def mandait pour le duc, et il avait été re- inondations empêchaient les vivres joint par un ciierrîer chevaleresque, d'arriver; il n'y avait plus d'argent, Freund>berg de (iiurns , en Tyrol , qui et les Suisses menaçaient de s'en resut taire traverser à sa troupe le ter- tourner à Arona. Il lallut songer à la ritoire vénitien. Les Français prati- retraite après quelques brillants oom* qunient-ils des mines , Colonna y oppo- bats de cavalerie, On prit réciproquesait des contre^niines; on répondait au nient position sur lu route de Monza feu des assi^eants; on souffrait sans à Milan, non loin d une terre appelée se plaindre. Colonna pointait, dit-on, Bicocca, et dont le parc suffisait à les pièces ; et ce fut lui qui donna la contenir vingt mille hommes. Ce poste mort au fils de son frère, dont les fut occupé par les alliés, qui se retran- Français lui envoyèrent la dépouille, chèrent derrière un chemin creux. Au
Sour qu'il put lui rendre les derniers camp français armèrent Albert de
evoirs : sa douleur fat grande en ap- Stein et Arnold de Winckelried , exi-
prenant le mal qu'il avait fait. D'un géant ou le retour des troupes suisses
autre coté , François Sforce revenait dans leur pays , ou une action décisive,
de Trente avec six mille lansquenets, Lautrec leur donna de la cavalerie pour
traversant, sans s'inquiéter des yéni« faire une reconnaissance, aûn qu'ils
tiens, le territoire de Vérone, et ve- pussent se convaincre qu'il y aurait
nant à Pavie par Parme et Plaisance, désavnnîniro h combattre. ^Vniiinnins,
pour se porter sur Milan au i)reinier à leur retour, ils déclarèrent que la
signal. Déjà I.auirec desespérait de victoire était possible. Le général fran-
i>rendre cette plac e [iromptement; vou- çais céda. Que Dieu ait pitié de voufft
ant arrêter l'effet des dispositions du 8*ëcria le vieux la Palice , mais je com*
duc, il prit position à Cassînn , et les battrai partout à pied et au pre-
Venitiens à Benasco. se reunit à mier rang; sur quoi Brantôme dit:
lui Jean de ftlédicis, à la tète de trois // les devait liés bien ti biau laisser
mille aventuriers, dont les drapeaux* aller, et kê recommander à tous kè
étaient noirs. Bayard s'avançait sur diables.
Gènes, apportant de l'argent et con- Le soir même, Colonna sut qu'il séduisant des renforts : Lautrec envoya rait attaque ; il envoya sur-le-champ Montmorency pour protéger sa mar- prévenir le due d'accourir avec tout che; il lui donna mille Italiens, trois ce qu'il avait de troupes disponibles; mille Suisses, et de l'artillerie. (]ette il vint en effet. I nutrrr nvait fait de troupe passa le Tésin , malgré fopposi- sages dispositions • W maréchal de Foix tion vigoureuse de la garnison ue Pa- devait prendre 1 ennemi en i|ueue, par vie , puis elle pritNovare d^assaut, et un détour qui le conduirait au pont revint victorieuse avec Bayard : pen- du parc. Jean de Médicis reçut Tordre dant ce temps , Sforce parvint à sln* de se répandre dans la plaine, avec sa
cavalerie légère, pour inquiéter le front de l'ennemi, et lui dérober la marche du gros de Tarmée. Derrière lui venaient des travailleurs pour combler les fossés; cnlin la principale attaque était destinée aux Suisses. Beaucoup de chevaliers français voulurent 4M»nu)âttre dans leurs rangs : Tarrièregarde était composée des Vénitiens sous les ordres du duc 11 rbin pt de Gritti. On semitdonn eu uiouvenient le 27 avril 1522, avant le lever du soleil. Les diefs suisses, dans leur impatience , ne donnèrent pas à Lautrec le temps de faire des dispositions. Il fallut les suivre : en vain on leur représentait que l'attaque était prématurée, qu'il fallait attendre que le maréchal de Foix eut accompli sa marche. Ils n'apercevaient pas même la forêt de lances, qui se montrait au fond du ravin , ni ces nombreux bataillons qui avaient mis le genou en terre pour que leur artillerie, plrscir sur le j^Iateau, pût jouer sans les atlcuidre. Les Suisses coururent droit à l'ennemi en poussant des cris de provocation ; Mont* morency et la noblesse française en firent autant. Mais Tartilierie' de Colonna eut, en un instant, couché plus de mille hommes sur le canrrau, avant qu'on pdt recharger les pièces: les Suisses étaient au pied des retranchements; mais ils étaient si hauts qu'un homme en pouvait a peine atteindre la sommité en étendant sa lance. 'Une grêle de balles vint cribler les rangs serrés dp^ nssaillants; il fallut soutenir ie teu de plus de quatre mille mousquets. Alors s'avancèrent les lansquenets cachés dans le ravin , et à leur tête Freundsberg qu'Arnold de Winckelried frappa de <n lance, au moment où lui-même tomba percé de plusieurs balles. Les Suisses se retirèrent pour aller se reformer plus loin, sur le premier terrain de leur imprudente at* taque.
Cependant Thomas de Foix arrivait sur les derrières de Tennemi ; il pénétra dans le camp , fit prisonnier Landriano, le cher de l'mfanterie milanaise, et répandit la terreur dans l'armée qui venait de repousser les
Suisses. Certes, s'ils eussent obéi aux sages avis de Lautrec, la victoire eût été pour eux; mais, dans ce moment, les alliés purent se porter tous contre
'le maréchal de Foix, qui regagna à grand' |)eine et avec, beaucoup de perte le corps princijKil ; la retraite se lit en bon ordre. Pescaire voulait poursuivre; mais les chefs allemands des lansquenets s'y refusèjenl, et la cavalerie espagnole fut repoussée par la cavalerie française, sau.s que Lautrec pût détermmer les Suisses à une nouvelle attaque. Les Vénitiens qui étaient demeurés dans l'inaction , nÎKinfionnèrent l'armée et s'en rclourncrent à Brescia. Il y avait sur te champ de bâtai Ile trois mille contedérés et dix-sept chefs; leurs ennemis, au contraire, avaient perdu peu de njonde. Lautrec repassa l Adda , et les Suisses retournèrent dans leur patrie.
Peu de temps après, les intrigues de la reine-mère amenèrent la défection du connétable de Hourhon , qjii, séduit par les promesses de l'empereur, s'enfuit dans ses États après avoir ourdi en France une vaste conspiration. François P*', ne sachant jusqu'où elle s'étendait , se trouva dans une position fort difficile , et n'osa se rendre en personne à Tarmée. Il obtint encore six mille Suisses, et la diète expulsa Stampa, l'envoyé milanais. Il s'établit une ligue entre le pape Adrien, Milan, Florence, Géne^, l'empereur et le roi d^Angleterre. Venise était cliancelante dans son amitié pour la France; elle finit par s'allier avec l'empereur, non sans hésitation.
En septembre 1523, l'amiral Bonnivet franchit les Alpes ; il avait douze mille ï'rançais, six mille Allemands, trois mille Italiens, et dix-huit cents lances. II fit, près de Turin , sa Jonction avec dix mille Suisses venus du Saint-Bernard à marches forcées , sous le commandement du maréchal de IMontmorency. Cette armée prit iSovarc , 'Vtgevano, et arriva sur le Tésin avant que les alliés eussent le temps de se reconnaître. Le vieux Colon T>r* accourut, quoique malade, et rassemblant , entre Biagrassa et Bufaloro , le peu dt;
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troupes qu'il nvnit , il voulut empêcher le passage du lleuve. Montmorency avait déjà i-econnu plusieurs iiués; il jeta un pont. Golonoa renforr:) donc Pavie et Crémone, et se jeta dans Milan avec le reste de ses forces : les fortiOcations y étaient délabrées , les vÎYres nlianqaaient, et la consternation était générale : en nicme temps on reçut la nouvelle de la mort du pape Adrien VI, et les Vénitiens rrfîisèrent de passer TAdda. Ceiiendatit Bonnivet, malgré les conseils de ses officiers , demeura trois jours sur le TésÎQ, et laissa échapper l'occasion : Colonna , qui déjà songeait à la retraite, en profita : les lK)urgeois de Milan réparèrent les murailles; et quand Bonnivet parut , treize mille hommes étaient prêts à les deiemlre. Il demeura dans l'inaction , et épuisa son armée en expéditions sans objet , tandis que les ren* forts arrivaient de toutes parts aux alliés. Le blocus était illusoire, car l'enceirite était trop vaste pour être bien gardée, et la cavalerie française avait beaucoup soaffert. Après avoir tenu la campap;ne pendant six mois d'automne et d'hiver, Bonnivet se retira derrière le ïésin , sans que Colonna voulût céder à Timpétuosité de ses soldats , ni compromettre sa vieille réputation , en Fexposant aux hasards d'un combat.
Les hostilités continuèrent; mais Bonnivet eut beau présenter la bataille , les alliés aimaient mieux le harceler : les Suisses alors leur firent ce qu^on
■ appela la mauvaise guerre^ pour venger deux cents de leurs compatriotes
'^ue Jean de Silédicis venait de faire égorger contre la foi d'une capitulation. Les Grisons , désormais amis de la France, parurent tout à coup sur les derrières des Espagnols , au nombre de cinq mille; mais JacquesdeMédicis, qui tenait le ( J^lteau de iMusso , au bord du lac de Corne, leur créa beaucoup de dilUcultés, jusqu'à ce que l'autre Médicis pût revenir sur eux avec son armée. Ils tinrent bon plusieurs jours
{►rès de Caprine; mais ils reeurent 'ordre de la retraite pour protei^er leurs propres frontières, liounivct u'a-
vait [)liis; "^ovnre et Biagrassa :
dette dernière |)lace lut prise d^assaut ; le uillage devint fatal aux vainqueurs; et le butin , emporté à Milan , }r propagea la peste qui ravageait l'armée française; plus de cinquante mWh' iMilanais périrent en expiation des horreurs commises à Biagrassa. Bonnivet se retira à Romagnano. En avril, environ huit mille confédérés vinrent nu secours de leurs compatriotes : la France était épuisée d'argent ; elle avait promis de la cavalerie qui ne vint point : les Suisses, irrités, n^eurent plus d'autre pensée que de protester la retraite des leurs; ils atteiiiiiireiit ainsi Gattinara , sur les bords de la Sésia. Bonnivet y arrivait de son côté; le passage eut lieu dans un désordre complet : les bateaux 's'abîmèrent en grande partie; le pont fut endumiiia^é ; beaucoup de Suisses et de Français périrent dans les flots; le général lui-même fut blessé d*un coupdè feu n moment où il rassemblait la cavalerie pour charger Pescaire qui tentait le passa^ Bavard prit alors le commanaemenfsupreme; il mit de Tordre dans la retraite , et confia rarrière-izarde aux Suisses. On marchait en silence et avec gravité; de temps à autre te héros français engageait avec Tennemi des combats de cavalerie : une balle lui cassa les reins. Fn vain Jean de Diesbach voulut l'emporter; lui, le regard fier et tourné contre Tennemî, l'Ame élevée à Dieu , rendit noblement son dernier soupir, au milieu des ennemis , répondant au connetablede Bourbon qui le plai£;iiatt : Ce H est pas moi quHlJ'avi plaindre, c*est vous qui combattes càntre votre patrie, votre roi y votre sermfnt.
Après sa mort, les Suisses attaquèrent avec fureur, et l'uiï d'eux, pénétrant jusqu'à Pescaire^ fut sur le point de le tuer ; sans le dévonement de son neveu qui détourna le coup, c'en était fait de cet habile général. Quatre cents confédérés furent massacrés en cette rencontre : à Ivree , les Suisses et les Français se sé|)arèrent pour rentrer dans*leur patrie.
Le connétable de Bourbon envahit alors la Provence ; U ût eo vain le siège
L'UNIVERS
de Marseille, qni se défendit héroïquement; quand il apprit que le roi ap-
grochait, il ▼oorat tenter Tassaut; lais Pescaire s'y refusa. Les Suisses
"envoyèrent, cptto fnis rncore , un oorps considérable a Frani^ois V qui le rei^jjt à Avignon , et se mit en marche pour ritalié : le connétable de Boaroon « voulant être sur les bords du Tésfn avant lui, se rrtira de Marselllp, et suivit le littoral avec une aruiée de quarante mille hommes. « Quantité de « sinistres présages , dit Mézerai , aver- «tissoient le roi de son malheur; et « les astrologues prédisoient un dé- « sastre sijgnalé en sa personne ; et ce « loi devoit estre un mauvais augure « sur toutes choses de sortir de son « royaume en habit de deuil , car il le « portoit de la mort de In reine Claude, « son épouse. » A 1 eiuimérâtion de ces prodiges, on croirait lire un auteur romnin. II arriva rapidement à Turin; et le bruit de si fnarohe jpta la terreur dans Milan ; mais le connétable , pas- ^nt pa«Je col de Tende, était déjà dans Pavie quand Firancois I*"" franchit le Tésin Vigevnno , et le vice-roi de ISÎaples se dirigeait sur Milan, espérant y arriver avant l'ennemi. Ce fut en vain ; les Français avaient battu le due qui s'était enfui à Pizzighetone : la citadelle seule put ('tre «jardée par les alliés"; et leurs troupes sortaient par la porte de Lodi , pendant que la Trémouille et le marquis de Saluées pénétrai;^nt dans npttp rnpitnle par celle de Verceil , et en prenaient possession au nom de leur souverain. Malheureusement il iMliivit pas Tavis le plus sage , qui était ae poursuivre un ennemi in^ certain , harassé , prêt à jeter ses armes; il préféra reprentire d'abord «es places ae Pavie et d'Alexandrie :
alors Pescaire comprit que Timpétuosité française se refroidirait bientôt devant les difficultés de l'entreprise ; il refit son armée , et le connétable de iBourbon alla chercher des secours en Allemagne. Pavie fut investie ; Tassant, la brèche , l'enlèvement des ouvrages avancés , tout eela fut l'objet d'un instant; mais le rui s'aperçut bientôt, à U vigueur de la féiiatuioe, i robstl-
nation avec laquelle on reparait les ouvrages endommagés , qu'il fallait avoir recours à un siése en «orme; alors on lui conseilla de détourner le Tésin, et do îe faire écouler par !ui de ses bras, le Gravalone : après d'immenses travaux , une crue subite des eaux détruisit en une heure le fruit des peines des soldats; l*hiver était froid, la contrée, entreeo!]pée par les eaux , était fort humide; le roi eut le tort de s'affaiblir encore par une expéxiition de dix mille* hommes sur Naples. Il espérait attirer ainsi une partiede l'armée ennemiedans le midi de l'Italie. Pendant ce temps, les alliés se renforçaient de troupes al* îemandes : le 24 janvier , leur armée se mit en mouvement. François I*' se porta au sud-est de Pavie; sa droite appuvée au Tésin, sa gauche au parc; ses derrières étaient protégés contre la ville par des retrancaements : il mit dans le parc même une partie de sa cavalerie, en abattant les mtirs sur son flanc en deux ou trois endroits : le camp ressemblait à une grande ville , tant il y avait de mouvement et d'habitations élégantes. L'arnipr des alliés était de seize cents cavaliers, de seize cents lances , et dix-huit raille fantassins espagnols et allemands : on porte plus haut les forces du roi; mais ie nombre indiqué est inexact, car on lui faisait toujours payer beaucoup plus de troupes qu'il n'en avait en efiet. Le 3 février 1535, les alliés s'avancèrent sur Lardirago , sans être arrêtés par la vive résistance des avant-postes : on n'était plus qu'à un mille des Français. Là, les ^erriers'se jetèrent à genoux , et lancèrent de la terre par dessus leurs têtes, annonçant ainsi qu'ils voulaient vaincre on mourir, et chantant des airs militaires. Toute l'artillerie impériale se fit entendre à la fois. Le camp fut établi entre Prati , Trelevero et Saint-Lazare, à portée de canon, de celui des Français. Le roi , oubliant quel était son rang, délia Pescaire au combat singulier; mais celui-ci répondit avec modestie qu'un sujet n'était pas digne d'un tel adversaire. Ce brave général était infatigable, ne prenait de repos ni jour ni
su
nuit, visitait les avant-postes, et faisait de fausses attaques; il parvint ainsi à connaître parfaitement la position de Tennemi. De leur côté, les assiégés faisaient des sr rties contre Jean de IMédiris, qui les olistTviiit de sa positi( n du Lanlranco : il en lit, un jour, un grand carnage; mais, voulant montrer à l'amiral Bonnivet le théâtre de cet exploit , il s'approcha trop de la place , et fut blessé grièvement. Cette perte htbeaucoup de mal a Ti ant^ois 1"", car les communieations en ' devinrent
f)lus faciles entre les assiégés et les allés. Un autre malheur affeela vivement ie roi : les Grisons le quittèrent inopinément cinq jours avant la bataille, pour aller au secours de leur frontière contre le châtelain de Musso et d'autres aventuriers excités par r Autriche. Ils avaient., dit du iieliay, pris la souMe et faict le serment , et cependant ils abandonnèrent le roi prêt à combattre. La honte en revint surtout à Salis, leur chef. Le roi se montra gt tiereiix en cette circonstance ; mais il eut le tort de s'abandonner à la direction déjeunes uens, au lie!! d'écoutt r les consrils df la Tréniouille et de laPalice,qui ne cessaient de le supplier d'abandonner une position aussi dangereuse. Pescaire continuait à se tenir inronné de tout; il choisit pour l'attaque la nuit du 24 février, anniversaire de la naissance de Gbarles-Quint. La veille, il feignit une retraite; pu|| il occupa les l tançais par (le fausses attaques, tandis qu'à i'opposite il faisait rouîpre h's murailles du parc pourouvrir un passage à «pu corps d'armée qui devait opérer sa Jonction avec la garnison , dans ce parc même à Mirabello. Par ce mouvement , on arrivait sur l'ennemi du coté le plus faible; on tournait ses retranchements, et on lui coupait la route de INlilan et celle du Piémont. Ce plan fut porté à la garnison par un espion ; et , du haut des tours, un signal annonça qu'un en était iiÈ^rmé. En effet, Pescaire jeta le trouble dans le camp français, au sud et vers Saint-Laznre ; tanclis qu'à la grande Chartreuse, les ouvriers dépwi^sai^nt le mur a grand' peine :
SSE. • tir
Touverture ne fut praticable que le matin ; ou y |)énetra deux heures avant le jour. Tout aussitôt ceux qui opéraient la fausse attaque se retirèrent pour rejoindre l'armée dont l'avantgarde était eoinniandee par Alphonse Guasto, proche parent de Pescaire. Les Français furent instruits de ce mouvement par Giustiniani : ce Génois vint faire une reconnaissance, et courut prévenir le rr\ : pendant ce temps, Pescaire &'ejiq)arail de .Mirabello, où étaient les bagages , et y fit un riche butin. Au point du jour, le roi, placé sur une hauteur, put juger la marche des alliés; il aperçut une lacune dans leurs rangs, parce que les marais et des débris de murs empêchaient leur artillerie de marcher. Aussitôt il fit ses dispositions. IMontmoreney, avec mille Français et deux mille Suisses, devait gardôr le camp retranché et contenir la garnison ; quant à lui , il entra dans le parc avec l'armée ; à sa droite les Suisses, à sa gauche les lans(juenets allemands, et i^uelque cavalerie sur les ailes. Il conduisait le centre en |)èrsonne; Jacques Caillot dirigeait l'artillerie, devenue le front de cette ligne ; elle fut placée dans une position avantageuse , qui balayait la route de iyiiral)ello ; tandis qu'à l'extrême d roite, la en Valérie chargeait avec intrépidité, tuait be^iucoup de monde aux alliés, et rendait impossible la marche de leurs pièces. Les alliés faisaient un mouvement rétrograde, leur arrière- garde était coupée; déjà les Français étaient dans l'ivresse de la victoiVe, et les Suisses poussaient la poursuite avec ardeur. Malheureusement François 1'" ne put contenir sa valeur; il se précipita, à la tête de ses gendarmes, sur les escadrons de Lanoy, tua de sa > main Ferdinand de Castro, et Hessa Jean d'Andelot, gentilhomme ^j^ccomtois ; ayant ainsi dépassé sa P^trare artillerie, le roi en paralysait l'efiet. Pescaire, déguisé en sininle soldat, observait tout au fort la mêlée; il sut profiter de cette faute ; il rétablit le ronibat, et envoya du secours à son aile gauche qui souffrait le plus : en ce lieu , l'action fut terrible ; Richard,
sas LUIS
duc de Suffolk, le frère du duc de
•Lorraine , et lieaiicoup (r.iiitres seigneurs succombèrent. Montmorency accourut, mais il était trop tard ; et, dans ce moment , la garnison exécuta tme sortie ; presque tout ce corps fut mnss:icré, sans pouvoir gai;ncr le camp retranché parce que le pont du Tesin avait été rompu : Montmorency tomba au pouvoir de Tennemi. I/ailê droite n'était pas moins maltraitée; elle s'était engnirée dans les broussailles, OÙ il lui était ini|K)ssible de serrer les rangs; bientôt elle se vit débordée par les troupes de Pescaire, qui avaient fui devant elle. Les cliar^cs de cavalerie n\v pouvaient rien ; les Kspa^nols reparaissaient partout quand ils avaient fm , et leurs coups sedirigaientsur les chefs les plus habiles : la Trémouille tomba frappé de deux balles ; H iîe[i/7o San Severino périt avec son cheval.
Du Bellay voulait le secourir: Laissemoi périr « s'écria le vieillard , et sauve le roi. La Palice est pris et tué par un soldat assassin. Bien différent de ces hommes illustres, le comte d'Alençon , beau-irère du roi , donne l'exemple de la fuite; il entraine les gendarmes qui jettent le désordre dans le corps de bataille. Les Suisses, vivement pressés , tiennent toujours ; mais ils sont accablés par le nombre. Fleuranges, qui les commandait, cherche à rejoindre le roi ; et Dicsbach . pour ne pas survivre à la honte des siens, se précipite au milieu des lances ennemies. Le chef des Clamais, et celui du contingqpt de Naefels, meurent en combattant ;'Erlach est l>!ps^é à mort. Le combat n'était plus soutenu que par une igignée de braves qui entouraient Ftaoçois r*. Là encore, il se fait un grand carnaïie ; le comte de Saint-Pol tombe blesse : il ne revient à lui que
I)arce qu'un soldat espagnol lui coupe e doigt pour ravir son anneau ; le maréchal de Foix a l'épaule fracassée , et va mourir d-ms Viw'w en maudissant les mauvais conseiiiers du roi. ïin vain Bonnivet cherche à rassembler les fuyards; il court se faire tuer dans les rancs ennemis. Le roi , distingué par l'éctat de son armure, la lla^teur 4e sa
taille , l'opiniâtreté de sa valeur, com*
battait devant un petit pont, lorsque le comte de Solm tua son cheval d'un coup de lance. Il eut quelque peine à se relever, car il était blessé : alors un Espagnol le saisit par son panache; mais le roi le repoussa si rudement qu'il alla tomber ji quelques pas de là. Dans ce moment, Pomperant, compagnon du connétable, vint se mettre près de lui pour le protéger, car il n'avait cessé de le respecter : il le supplie de se rendre à Bourbon. Frani^ois iifdiçné repousse cette proposition. Il fait appeler le vice-roi de Naple^, qui, représentant de Tempereur, doit seul recevoir sou épée, Lanoy parait , la prend et en rend une autre à cet infortuné monarque. Plus de dix mille morts et la moitié des Suisses étaient étendus sur le champ de bataille; le reste tut pris par suite de la Ificlieté du coujte d'Alençon, qui avait rouina le pont du Tésin. Henri , roi de Navarre, le prince de Talmont, le duc de Nevers, le marquis dp Sabices et Fleuranges , étaient au nombre des prisonniers, ainsi que les chefs suisses, Louis et Meinrad Tschudi et Jacques de Roverra. Des le lendemain , les simples soldats furent renvoyés; la noblesse et les princes furent mieux traités qu'ils ne Tavaient espéré. Les Suisses s'en allèrent tristement par Corne, au nombre de cinq mille hommes , déguenillés , manquant de tout , et toujours insultes par ks habitants ; II en mourut beaucoup en chemin. Ce ui donna lieu à un touchant sermon e Zwingli sur la sim{)tic!té des ancêtres, qui ne con)battuient pouit pour de l'argent, mais pour la défense du pays.
Il y avait quelque temps déjà qu'Ulrich , duc de Wirtenberg , s'était attiré l'inimitié de l'empereur par le peu d*égards qu'il avait pour la duchesse sa femme, qui était sœur de ce tnonarqne. A la suite d'une intrigue amoureuse, il tua .Tean de Hiitten a la chasse : c'était la cousin du célèbre Ulrich de Hutten. La vengeance était imminente. Ulric h de Wirtenberg ne vit d'autre salut que dans railifluioe
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SUISSE. m
des Suisses : il ne néglî^çea rien pour bourgs de Stuttgard furent attaqués
Tobtenir. Ces fiiits remontent à l'épo- nvec impétuosité; quant à la ville, le
que de la mort de Maxiinilien. T.e duc ne vouKmt p.is l'exposer aux hor-
duc, avant pris de vive force Retitlin- reurs d'une prise d'assaut , on n'eni-
§en, ville imîiériale , la ligue de Souabe ploya point d'artillerie , et Ton se borna
ont elle faisait partie marcha contre a tuer à«oop8 de mousquet tout ce qui
lui sous le eommnndement de Guil- se présentait au limtt des murailles.
laumedeBaviere. Leducavnitdix mille I.es Suisses vivaient dans Tabondance
fantassins , et trois mille cavaliers \ et et la joie , quand arriva subitement de
les Suisses lui envoyèrent quatorze Luoerne Tordre du retour, et l'acca-
niille hommes avec d illustres capi- blante nouvelle du désastre de Pavie :
taines, parmi lesquels Albert de T.an- on partit sur-le-champ, et maljj;ré les
denberg, Jacques Stapfer, les deux suj)plications d'Ulrich qui représen-
Oœldli , Louis de Diesbach , Gaspard tait que Ton pouvait aisément réduire
de Mullinen, etc., etc. Ces guerriers^ la place.
'cette fois encore, marchaient contre Kous abandonnerons pour quelque le gré de la diète, qui somma le duc temps le re(;it des événements milide les renvoyer. Il cacha cette lettre, taires, pour nous occuper du grand et flt égarer le messager qui en avait mouvement intellectuel qui signala le de semblables pour les Suisses; si bien commencement du seizième siècle, que la dép^The fut retardée de plu-. Depuis lonj;temps les mœurs étaient sieurs jours; puis il paralysa l'effet relâchées, la doctrine dégénérée, la des menaces de la dicte par des ca- religion négligée. Le contact de l'Italie deaiix et des promesses d'argent. Les fut mortel à la simplicité des montachefs allèrent ensuite présenter des ré- gnards : plus on approchait du saiutclamations à la diète; mais l'on était siège, plus l'impiété lirandi^^nit i et irrité contre eux. Le pardon ne fut ac- Rome était de toutes les villes ia moins cordé qu'aux simples soldats. Jean chrétienne. Les légats envoyés par les Ziegler fut condamné à la prison, et papes en Suisse, ne se livraient qu'à les autres furent tous plus ou inoins des intrigues politiques : surtout ils punis. Éberhard de Heichasch , que Ton s'ef foreaient de prélever sur la créduregardait conune l'auteur de ce mou- lite populaire les sommes que lesaintyement , fut condamné par contumace père pa\ ait en subsides aux troupes à être décapité ; dépourvu du secours ■ de ce pays ; il n'était rien qu'on ne des Suisses, le due Ulrieli fut chassé permît à prix d'artiet^t ou par faveur, de ses Etats, et s'enfuit a Soieure , où Le célèbre cardinal biinnner alla jussa présence changea en sa faveur la qu'à autoriser le mariage entre un disposition des esprits; il alla ensuite moine de Zurich fugitif, et une relià la diète à Lucerne. Là , dans une gîeuse de ('oire. Les désordres du longue harangue, il demanda des se- clercré étaient |)Oussés à l'excès. Les cours pour rentrer dans ses États, moines mendiants abusaient de l'igno- TJlrich avait gagné tous les cœurs par rance du peuple, et faisaient renaître sa popularité; et il acquit de toutes les superstitions du pa^lnisme, bourgeoisie. Les Lueernois < ( i\icent interprétant les songes, les prodiges, au roi de France pour lui reeumman- etc., etc. Au milieu de toutes ces inder la justice de sa cause, il serait conséquences, il s'éleva une disjiute trop long de rapporter tous les détails tbéologique sur l'immaculée concepde ces négociations , toutes les incer- tton : les franciscains soutinrent que titiHlt "^, inu'cs les fluctuations des di- la Vierge elle-même nvait été cojiçue vers cantons; enfui , leduc marcha vers sans tache: les miracles ne leur mànson duché à la tête de dix mille hom- quèrentpas pour prouver la reconnaismes: en chemin, il se vit abandonné sancede laViérge,etles pèlerins rempar laplusgrande partie de cette armée plissaient leurs couvents, et les comdont il ne payait pas la solde. Les fau- Liaient de présents. Ce triomphe in-
L'UiMVERS.
digna les dominicains, depuis longtemps leurs rivaux : ils résolurent ue ramener à eux l'attention des dirétlens ; il y eut une assemblée générale de Tordre. Les dominicains de Berne s'offrirent pour une nrtion (Pérlat ; et bienii 'i ils (ireiit venir de Sursach Jetzer, lailicur fanatique et imbécile, qui désirait être frère laî dans leur couvent. On a^it sur son imagination par des apparitions nocturnes , et l'on promit a sa crédulité la venue prochaine de Marie elle-même. Pour s'en rendre digne, il n'y avait sorte d'extrnva^ance ascétique à larpielle il ne se livrât : sa réputation de sainteté ramena la Ibule chez les dominicains. Ce n*était point assez : il fallait enlever aux franciscains le mérite des cinq plaies : Hollsiîorft, le moine imposteur qui npparaiss'it au pauvre tailleur, se présenta une nuit sous les vêlements d'une femme, et lui perça la main d'un clou; mais les cris de ce malheureux empêchèrent que l'œuvre ne s'accomplît :
quelques breuvages soporili((ues per- ' mirent, la nuit suivante, de simuler les autres plaies au moyen de substances corrosives. A son réveil , on lui persuada qu'il était l'élu de Marie : on echaulfa son injagiuation ; enlin le bruit de son exaltation attira les dévots, et les franciscains Au-ent aban donnés. Malheureusement le héros de cette supercherie, I^ollshorfl, crut qu'il n'était plus besoin de beaucoup de soins pour entretenir Terreur de sa duj)e. TJn jour, qu'il avait oublié de ' contrelaire sa voix , le tailleur le recoiuuit. Depuis lors, il fut incrédule à toutes les apparitions; cependant on obtint de lui quMl continuerait son rôle d'inspiré : en même temps de vieilles femmes répandaient le bruit que, dans l'église des dominicains, une image de la Vierge avait pleuré.
Le tallfeur s'y trouva, et les imposteurs l'interrogèrent sur les catises des larmes de la Vierge : il déclara qu'une force invisible l'avait porté là , et l'y retenait jusqu'à ce qu'il eût révélé son secret devant les [jriucipaux citovens.
Quand ceux-ci turent assemblés ^ il leur dit ; « M V ierge pleure la perte de la
« ville, qui périra parce qu'elle souffre « les mauvaises doctrines des francis- «caiiis, et reçoit dos subsides de la « France. » Quelques liommes, plus prudents que les autres , voulurent s'éclairer sur cette fraude ; et parnii eux était Guillaume de Dieshacb, qui avait bien remarqué que l'image ne répandait point de larmes. De son coté, Jct/.er l'inspiré soupçonna que, pour se tirer d'embarras, tes dominicains songeraient à le faire périr; et, en effet , ils le contraignirent à avaler une hostie empoisonnée : la force de son tempérament y r( sista : alors ils lui firent subir mille tourments, et obtinrent ainsi le serment du silence; mais Jetaser parvint à s'enfuir , et raconta tout ce qu'il savait. Le pape envoya un légatpour en informer oe concert avec les évéques de Lausanne et de Sion.
Il fallut que le pauvre Jetzer subît encore la question ; mais il demeura inébranlable dans ses déclarations. Les aveux de quelques moines vinrent les confirmer : les imposteurs furent dégradés de la prêtrise et livrés au bourreau , qui s'y prit sî maladroitement en mettant le feu au bûcher, que la fureur [lopulaire se tourna contre lui.
(jette odieuse intrigue , jointe à l'abus des bénéCces , fit beaucoup de mal à I l foi ; mais la plus funeste atteinte laî fut portée parla vente des indulgences,
aui , sous Léon X , arriva au dernier ' egré d'imj)udence. Le père gardien d'un couvent de Milan vint en Suisse, sons le titre de conunissaire général ajxjstoliqiie , et y connnit autatît d'exactions qu'il se permettait d'extravagaiH ces. Nous en rapporterons un trait qui peint bien le mélange de superstition et de bouffonnerie cpii est le caractère distinctilue l'époque. A Raden, il conduisait une procession autour du cimetière. Tout à coup il s'écria qu*tl voyait les âmes s'élever du pui^atoire vers le ciel; alors un homme, dont l'audace ne dut l'impunité qu'à l'hilarité générale , secoua du haut du clocher un plumon dont le duvet fierait plaisanuneut ces Tunes, en voltigeant autour du prêtre et sur les assistants. L'imposteur fut obligé de fuir. Les
SUISSE-
éirêqucs et les abbés protestèrent contre cette exploitation des sources de leurs revenus. Zwingli se nnt à prêcher coatre ce commerce de péchés , et rentrée de Zurich fut interdite à rîmiK)steur. En vain Rome voi i!ut détruire l iniptrssion de cette mission ; l'effet était produit. Ce siècle cependant comptait de bien grands ho m 111 es, qui, s'éloignant des routes vulj^aires, donnaient à la théologie un caractère sublime, et la ramenaient à sa ()ureté primitive. Tel était Érasme, qui , sans jamais s'écarter de la fol ni du respect dd au saintsiège, trouva dans les FvarïLri!r:> autre chose que ces misérables querellt-s de mots où s'était renfermée la doctrine : hardi comme les réformateurs , mais ne s'attaquant qu'aux seuls excès, il eut pour ami , pour compagnon dans Bàle,sa patrie adoptive, un illustre Alsacien , appelé Bild, et connu dans le monde savant sous le nom de Béatus Rhénanus, parce qu'il était de la petite ville de Rninau. Ce fut ce grand philologue qui retrouva Veileius Paterculus sur les rayons poudreux de Tabbaye de Murbach. Bâie avait possédé Dus«;î , dès la im du quinzième siècle, Kauchlin , Wessel, Capito,Wittcnbach et Peliicanus, qui n'était autre que Conrad Kursner de Rouffach , en Alsace. La pliilolo^ic , le droit, rhistoîre naturelle, la médecine, étaient florissantes. Tant d études approfondies ne délivraient pas les. classes les plus élevées de la croyance à la magie ; et il ne pfitivnit mnnqner de iiniti r de grandes revoluuons nitellectuelies de ces vives lumières et de cette superstition,'de cette austérité d*une part , de ces mœurs dissolues de l'autre. Les arts eux-mêmes préparaient cette subversion: il y avait dans la musique quelque chose de lascif, de négligé; et le pinceau de Tartiste ne représentait le clergé que sous les formes ies plus ridicules : telles étaient les admirables ueintures du célèbre Uoilbein ; telles les représentations de Nicolas Manuel, auteur de I i danse des morts de Pjerne, poète et philologue. Il faisait iouer dans les rues , sur les places pubU^ues, des pièces où Jésus che-
vauchait humblement sur un âne :
après hji veUiiit le pape, cntoin"é de gardes, et resplendissant du luxe de ses cardinaux , etc. Tout disposait les esprits à la réforme ; et bientôt les prédications de Zwingli , d'abord curé de ISulre-Dame des Ermites , puis de Zurich, firent éclater ce vaste incendie, itloquent , érudit, convaincu , il parlait d iuspiration , se montrait impitoyable pour le vice, bienfaisant et familier envers le pauvre. Zwingli soutenait
Îu'une vie pure , un entier abandon à Heu , nous identifiait avec cette source de lu!nière. Ct' Dieu, disait-il, ouvre ses bras à tous ses enfants; il n'est pas besoin de l'intervention des saints, ni de présents ni de prières prononcées dans une langue inintelligible à cphii qui ne doit que rcffusion d'un cœur pur. Par la même raison , il proscrivait les images, les jeûnes, les pèlerinages , les confréries, et toute contraint!': la dévotion n'a de mérite que qua nd ei le est volo n ta i rc . E u (i n Zwingli déclarait que le purgatoire n'avait été imaginé que dans l'intérêt des prêtres; il combattait le célibat, et condamnait les indulgences. T es doctrines de ce prédicateur avaient trop de rapports avec celles de Luther, pour qu'on ne le déclarât pas le complice, Pinstriiment du moine de Wittcnberg. Les idées nouvelles faisaient des progrès. Malgré la résistance des évcques au mariage des prêtres, ceux-ci contractèrent des unions nombreuses : on cite comme particulièrement solennelle la nocedeRoubii; Zwiufili épousa Anna Rheinhard , veuve de jean Meyer de Rnonau. Tout cela ne s*opérait point sans contestation: Fribour;^ et Soleure faisaient hriHer les livres de Luther, et bannissaient les réformateurs. Les cantons primitifs , les bergers des Alpes, ne consentaient point a détruire les images vénérées à la vue desquelles s'étaient inspirés les libérateurs de la Suisse. En présence des merveilles de la création, leur religion était toute contemplative , leur foi simple et sublime ; d'ailleurs ils n'étaient point frappés de la vue des désordrci du cler^c : simple^
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L'UNIVERS
et pieux comme les montagnard<r eux-
mcinc?;, les prêtres (ITri , de Sciiwytz, d'I ! nterwald , ne donnaierît que de bons exemples. Lucerne repoussait avec horreur les doctrines de Zvingli. Le peupie, divisé de croyance, éMt partout dans la j)lus vive terment-ition ; des troubles, des scènes de désordre éclataient de toutes parts, et la guerre ci- TÎle deveuait inévitable. Quelques tentatives de conciliation furent inutiles; les conférences et les controverses entre Zwingli et les délégués de l'évéque de Constance eurent lieu devant le grand conseil de Zurich , qui décida en théologie comme si c'eiHété une affaire de police. Zwit.gli uagna sa cause, et il fut défendu de précijer aucune autre doctrine. Uoe seconde assemblée, à laquellè vinrent beaucoup d'ecclésiastiques étran^;ers , eut pour résultat l'abolition de la messe, /winiiii fut chargé de rédiger, d'après les saintes Écritures, des articles de foi qui furent distribués à tout ce clergé, à la haute école, auxévêques '!*• T?5le, Constance, Coire , etc. , etc. On stipula un délai de six mois pour défieir les contradicteurs; enfin on mit la règle en pratique, et l'autoriléfit enlever les images pour éviter les desordres qui avaient eu lieu quelque temps auparavant. Les douze^cantons envoûtèrent des plénipotentiaires pour faire à la ville des représentations sur son changement de religion, sur les excès qui l avaient précédé ou accompagné : ou olïrail de porter, en commun, remède aux abus.
Il y fut répondu avec modération. On
{)rouvn que de cette multitude de iiriefs, es uns n'étaient pas fondés, les autres avaient été réprimés; mais on était ma^ disposé; et peu s'en fallut iqu'on ne rendît à Ziiricb tous h s traités qui l'attachaient à la ront'éderation. Les niaj^islrats crurent devoir consulter le peuple de la vilPe et des campagnes, et Téclairer sur les dangers de cette séparation. On ne voulait ni rompre avec les Suisses, ni renoncer à la réforme. Toutefois les villages les plus exposés à l'invasion penchaient o'ir qu'on en fît le sacrifice, en se Piuaut à stipuler des conditions rai-
sonnables. Les choses en étaient là
quand les deuv bourgmestres moururent dans la méiue semaine, vers le milieu de juin 1624 : tous deux avaient vaillammeot combattu dans les guerres de Bourgogne, de Souahe, de Milan :
Schmied avait remis à Maximilien Sforce les clefs de cette capitale; et Marcus Roûsz avait rapporté intacts les drapeaux de ÎNlarignan : secondés par un sénat d'Iiommes distini^ues , probes, intelliut nts, ils avaient ajouté a leurs tropltees militaires la considération du magistrat , et leur vie avait été longue et glorieuse.
Vers le même temps, la secte des anabaptistes devint redoutable : TÉ-
âlise nouvelle devait se reunir non ans les temples , maïs dans les forêts, sur les montagnes ; on ïwêchait le néant de la science humaine , l'égalité des chrétiens , la communauté des biens ; on conférait le baptême aux adultes. Des désordres éclatèrent à Zollieon , village voisin deZiiricli; puis à AValdshut , qui , se voyant en danger, appela contre l'autorité la jeunesse de Zurîcli. Celle-ci partit sans la permission de ses chefs; on envoya des magistrats pour la rappeler. Bàle et Schafihousen se firent médiatrices entre Waldshut et l'archiduc; ce qui n'empêcha pas qu'on ne brisât les baptistaires, les images, et qu*on n*abolît la mes'^e. T,es aventuriers accouraient de toutes parts. La révolte se propagea parmi les montagnards du canton de Zurich ; des couvents furent pillés : et dans ce temps-là même l'Alsace ('tait en feu, et irémissait des ravages de la guerre des paysans. Les habitants de la seigneurie de Kybourg s'étant assemblés près de Tôsz; /iirich y envoya le bourgmestre Walden, à la téle d'inie dej)utation : ce maîiistrat se borna a des exhortations fort modérées ; il lui fut répondu avec emportement : C'est à nous tUsormais qu^U appartient de commartrh r : l^s citadîns iront à pied, et nous monterons à cheval comme les conseillers.
Cependant Rodolphe Lavater, le coiiimandanl de Kybourg, parvint à dissiper le rassemblement par les discours
les plii5 adroits : on sp sépara en paix, et le dauger fut monientanéiuent écarté.
Bdie avait aussi ses agitations : les
paysans insurgés étaient assemblés à Liestall ; on pillait les couvents: les tribus s'armèreut pour la défense de la Yilte. Berne , Luoenie, Fribourg et Soleure envoyèrent des députés pour néjzocier avec les insurgés. A Schaffhousen , les tribus des vignerons et des pécheurs refusèreut le serinent d*usa^e • voabnt qu*on les fit particî-' per d'ai)ord aux réformes de TÉgiise.
IjCS autres tribus prirent les armes contre elles ; leur cliel s'enfuit , et elles se soumirent aux peines les plus sévères , perdant jusqu'au droit d*électîon. A Zurich , de tumultueuses controverses eurent lieu entre les anabaptistes et Zwingli, sous la présidence des magistrats, à rbôtel de vtlle et à réglîse; mais plus tard il fallut sévir contre cette sorte indocile; et plusieurs chefs lurent noyc s ou brûlés vifs, les uns à Zurich, ies autres à Vienne et en Tyrol. Le 9 septembre 1527, une diète assemblée à Zurich proscrivit les anabaptistes , et condamna , h l'avance , tous les récalcitrants a être jetés a Teau.
Cependant, dès 1524, les cantons avaient indiqué à Zug une réunion dont Ziirich, Schaftliousen et Appenzell demeurèrent exclus. Les Waldstetten y apportèrent des dispositions violentes; Berne de la modération; Soleure voulut -'tre médiatrice. Vadian , réformateur de Saint-Gall , y fut insulté, et s'enfuit. On signifia à Ziirich que , si elle ne renonçait pas aux doctrines de Zwini^li , I.ueerne, TTri, Schwytz , UntrTNvnlfii M . Zui; et Fribourg, ne consentiraient à aucune communauté avec cette ville.
De Zurich les ambassadeurs allèrent àSchaflliousen. L'arrestation d'un pasteur à Stein occasionna une grande insurrection : la multitude arrêtée par laThur, à cause de ta rupture d'un pont , se jeta sur la chartreuse d'Ettin*
fçen , la pilla , y mit le feu. Zurich vouut apaiser les cantons par une procédure} mais la juridiction sur la
Thurgovie s'exerçait en commun ; ils réclamèrent l'extradition des coupables, et l'information se fit à Baden, par les délégués de la confédération. . Le sous-gouverneur Wirth , et ses fils, qui n'avaient conduit le mouvement insurrectionnel que pour délivrer leur pasteur, furent soumis aux tourments de la question pour des articles de foi. En vriin les délégués de Zurich se rôtir* iciit en protestant contre cette violation des traites. Wirth, son fils a!né , et Rutimann , furent décapités. Les supplices sont de mauvais argu* ments : celui ei n'rrrrêta point les progrès de In ré! on ut : Saint-Gall, et Baie, Biine, Gl.aus et Appenzell, avaient quelques dispositions à Tadoptfr; et, dans les Grisons, Wagner amena plusieurs prêtres à ses opinions.
Cependant ies cantons ne cessaient d'attaquer, de proscrire la nouvelle religion. Vers ce temps, le docteur Eck,qtii avait dignement soutenu imc longue argumentation contre Lutlier, offrit de combattre Zwingli. La conférence fut indiquée à Ba'den; mais Zwingli , qui connaissait les embûches qu'on lui préparait , et qui avait sous les yeux le suppliée deA\ irtli, refusa de s'y rendre. Ce lut OEcolampade ^^en allemand Hausschein) qui défendit les doctrines nouvelles; il y parut avec simplicité ; les prélats catholiques , et surtout le docteur Eck, déployèrent un grand faste. On discuta sept jours sur la présence réelle , et sept autres sur quatre autres points. La conférence fut suivie d'une décision contraire à Zwingli. Le moine Thomas Mumer rédigea contre lui une accusation fort acerbe en quarante points, et le dffî i de venir se défendre. Zii- , rich , terme dans sa foi , repoussa les nouvelles sommations qui lui furent adressées, ^ se plaignit amèrement des insultes que lui prodiguait Thomas IMurner ; elle terminait par un appel à la concorde.
Lorsqu'on imprima les procès-verbaux de Baden, Berne ne voulut point que les noms de ses envoyés fussent attachés à cette publication : cela irrita les sept cantons j mais les élections des
L'UJNIVEftS.
magistratsbemois se firent entièrement
dans le sens de la réforme. On proclamn bientôt la libre prédiration de rÉvançiie, en déclarant toutefois qu'il ne serait fait au culte de ehangements essentiels qu*après délibération de Taotorité, quoique de tontrs pnrts on ?e récriât contre le maïutien de cérémonies contraires à la croyance. La réforme gagnait de jour en jour; quelques tri^ bus de Berne, et quelques communes persistaient dans la foi catholique; alors Berne imagina une nouvelle conférence, à laquelle furent conviés les
Èrétres de toute la Suisse ( t même de i Bavière, et de pays plus lointnins.
Les petits cantons , irrités de ce qu on ne s'en tînt pas à la décision de Baden, protestèrent vivement, défendirent à leurs prêtres de s'y rendre , et refusèl%nt le passage aux étrangers. La conférence eut lieu le 6 janvier 1528.
Cette fois Zwingli s'y rendit, n'ayant pas à redouter pour sa personne les dangers nui l'avaient tenu éloigne de Baden. Il fit imprimer ses thèses à ravMice pour bien fixer les points de la. discussion. Le gouvernement de Berne proeUma , le 8 février, quand la conférence fut finie, que les évequesqui avaient refusé de s'y rendre , n'étaient pasteurs que pour tondre leurs brebis; il défendit de leur obéir, abolit la messe et les images, permit le mariage des prêtres , et institua le sernaon évangelique. La musique ellemême fut proscrite , et le bel orgue de Berne fat brisé. Ce succès des réformateurs répandit au loin son influence, et d'abord sur Saint-Gall :
treize articles y furent rédigés, et solennellement adoptés. A Bflle , Taristocratie et«les seigneurs étaient contre la réforme; cdle-ci avait le peuple pour elle : il ne fut pas possible d'em-
Sécher plus longtemps l'impression es écrits d'OEcolampade. Les tribus se réunissaient depuis longtemps à des banquets où l'on n'appelait que ses adhérents. Dès Tannée 1626, où la
i leste et la grêle sévirent à Tenvi , où a foudre fit sauter un magasin à poudre, on s'accusait mutuellement d'avoir aUiré c«s calamités sur la ville : les
uns en voyaient la cause dans l'audace impie des réformateurs, les autres dans la lenteur avee laquelle on adoptait leur doctrine. Mais, après la conierence de Berne , il ne fut plus possible de contenir le peuple : les charpentiers et les marons enlrvèrrnt les images de deux egiises ; vu ffoî».» les punir, car la ^ fermentation croissait. On reçut les envoyés de Zuricb et de Berne, et Taumieistre Sturni de Strasbourg. La paix qu'ils rétablirent fut de courte durée. Peu de jours après , huit cents citoyens s'assemblèrent dans l'église des franciscains, et exigèrent l'expul* sion de douze metubres du petit conseil, le changement du >y>tèfne électo-ral et Tiustitution du prêche evaii^éligue dans tout le pays. Le nombre des insurgés s'accrut ; on occupa les çortes de la ville, l'arsenal, et l'on mit six pièces de campagne sur la place; il fallut céder , et toutes les images furent à l'instant brisées. Dans un tel désordre, Érasme ne pouvait plus se faire entendre, lui qui ne condamnait que les abus, et qui maintenait la foi; il partit donc avec Glareanus; mais l'université répara ces pertes. Myconius, Paul Phrygio, Sébastien Munster lui donnèrent un nouvel éclat.
Scliaùhousen , d'abord fort opposée à la réforme, tînt longtemps une conduite ambiguë, approuvant les Walds^ tetten d'une part , de l'autre refusant avec Berne de signer les actes de Baden; enfin elle reçut une ambassade de Saint-Gall, Zïirich , Berne et Mulhousen , et v répondît par l'abolitioTi immédiate cfe l'ancien culte. A Glarus, les choses ne se passèrent pas aussi tranquillement: plus d'une fois oa s'arma,, plus d'une fois aussi Voa trnnsifrea ; mais ces arrangements ne satisfaisaient personne, et la réforntif» triompha. Les dix - huit communes d'Appenzeli radoptèrent ; elle s'établit à Herisau par les prédications d'Ambroise Blarer de Constance. Lucerne, au contraire, goûtait exclusivement les prédications catholiqiies ; elle se livra aux persécutions les plus violentes, et fit décapiter et noyrr 1rs protestants, entre autres Uottingei: de
stTiasc. m
Zurich , qui , voulant parler à ses jupes, Brunnig , et l'armée bernoise put enen fîit empêché : Que sa téte tombe , trer dans les vallées de Grundeiwald ; s'écria l'un d'eux, et si elle hd re- de LauterbrunnenctdeHassIi, pour j pousse, adopterons sa foi, rétablir l'ordre et rrchcrcher les sédi- A Schwjtz , le bûcher répondait à tous tieux. A Interlachen , on fit compales arguments ; il y eut aussi des vie- rattre tous les intéressés ; Ton mit à times en Thurgovie. Uri, Schwjrtz,' droite ceux dont la fidélité fut recon- Unterwaid, Zug et I,iicerne, se liaient nue, à qniiclie les brebis égarées : lé plus étroitement à chaque détection : canon retentit dans ces profondes val- Soleure et Fribourg se joignireot à lées , et les échos des glaciers portèrent leur iiffue. au loin ce terrible exorde delà haran- Ces Tirconstanoes favorisèrent la ré- gue d'Erlach. Restitution de tout co. bellion des paysans de l'OberhassIi qui avait été pris ; payement des frais ^ contreBerne:le(Ouventd'înterlachen, de la guerre; adoption de la réforme; souverain des vallées de Grundeiwald perte de tous les privilèges, tel lut son et de Lanterbrunnen , venait de céder arrêt : il fallut prêter à genoux te sertous ses droits à cette cité qui y avait ment d'obéissauce , condition d'amnisenvoyé un gouverneur. L'OberhassIi tie pour la multitude. La vainqueur emrecevait souvent les avis et les insti- porta les bannières, et l'ours triomphant
gâtions de Lucerne et de l'Unterwald , reprit le chemin de Berne , suivi de l'ai-
ont les habitants franchissaient le gled'Interlachen, etduboucde Hassii.
B^unni^^ Tout à coup l'insurrection On menaça d'un pareil sort rOhersiin-
éelata : le couvent fut occupé; les em- menthal, qui se montrait toujours op-
pioyés bernois ne trouvèrent de salut posé à la réforme; et dessupplices ensan-
3oe dans la fîiite. Berne était inquiète glantèrent ce triomphe. Jean Imsand ,
es dispositions du Simmentbal et vieillard vénérable, avant été décapité,
d'autres iieux ; elle envo - a des inagis- sa tête fut pincée au bout d'une pique,
trats pour recueillir les plaintes du et demeura exposée aux regards des
pays; et, après une session de douze habitants : une nuit on l'enleva, et on
Îours, cette commission allégea de v substitua celle d'un chat coiffé d*uii «
)eaucoup les charges qu'il avait à souf- bonnet bernois. Depuis on la montrai
frir. T/r)l)crh3^?li rétablit tout aussitôt dans l'église de Saxeln, comme relique
la ni! vse. Berne tildes rej)résentatious: d'un martyr. Berne ne dissimulait point
ou iudiqua une assemblée. 11 y vint l'esprit de vengeance dont elle était
trente habitants de roberwald, portant animée; les cantons, de leur côté,
des branches de sapin, symbole et s'unissaient contre elle, et la puerre
signe de ralliement des catholiques; était iinni'nr-iite : les néiiociations
ils déclarèrent que les cinq cantons pro- n'eurent ponit de résultat. Zurich eni-
tâgeraient Tancienne croyance. Berne pécha d'adopter un traité dans lequel
dépêcha une ambassade à V nterwald» rUntmrala devait, pou r toute répara-
pour reprocher cette intervention ; tion , reconnaître ses torts, démarche qui demeura sans effet. Les En Thurgovie, Ta domination des
députés ne purent même se faire en- cinucantousdeveiiait impuissante pour
tendre. Dans TOberbassIi , on jura de arrêter Tesprit novateur que Zîirieh •
Sarderlafoicatholique^de uedemander entretenait. Dissenhoven se permit dé
e secours qu'aux sept cantons; enfin graves excès contre le eotn ent de
trois mille hommes accoururent : ils ' Sainte-Catherine, situé sur son terri-
occupèrent Interlachen et Unterseen, toire. Lfs soeurs, inébranlables dans
aprèstroisjours d'hésitation; cinq mille leur foi* s'enfuirent après avoir subi
Bernois franchirent le lac rie Thoun ; maint outrnjie. A Glarus et à C.aster,
Vavnnt-çarde s'f^upara d'tluterseen : la discorde tut poussée à l'extrême au
le temps était froid ; la pluie , la neige sujet d'une arrestation violente que se
tombaient en abondance* Les alliés de permit Schwytz. Ce canton avait tait
l'OberhffMli m hâtèrent de repasser le saisir sur sa route Jacques Kaiser, pa:^
L'UNIVERS
teur appelé à Gaster; en vain on le réclama; malgré les protestations de Zurich et de Glaruff, i) fut brâlé vif.
Zurich se voyait menorée de toutes'', parts ; dans cette arixit té , on iniai^int^ un traité de combourgeoisief qui fut d'abord établi entre elle et Constance, où la 'réforme avait aussi pénétré; puis ce traité fut rendu rotnmiin à Berne et à Saint-Ciall. De leur les cantons catholiques se ligacreiit avec le Valais, et entamèrent dès négociations avec TAutriche. Leur {)î >n était l'anéantissement de la reforme dans les Grisons, le maintien de l'ancien culte, et la guerre contre tous ceux qui s'en écarteraient.
Le traité fut sii^tié à AValdshut le 30 avril i.y2d. l>es députes furent envoyés dans tous les cantons catholiques, pour représenter combien cette conduite était contraire aux lois de la fédération ;'ils en rapportèrent des réponses si dures , que Ziirieli comprit qu'il était teuïps de recourir aux armes. Berne fit des exhortations , engagea à ne rien précipiter ; mais dans ce temps-là même, on apprit la mort de Jacques Kaiser, acte de cruauté
3ui porta Tirritation au plus haut egre. On possède encore un plan de campagne, éerit de la main de Zwinali. Divers prétextes donnèrent Jieu aux hostilités ; on prétendit , entre autres , que PAntrîche venait d'envoyer ,de Tartillerie aux catholiques. Zurich fit marcher des troupes dans toutes les directions ; on engagea Berne a oc- ' cimer TUnterwald , et à envoyer quatre mille hommes dans l'Oberhassli ; mais Berne voulait encore conserver la paix, et fit de vifs reproches a Zurich sur sa précipitation. lia preaucre expédition eut pour objet d'empêcher i'Untervald d installer un gouverneur à Bremgarten, et dans le pays sur lequel les cantons et Ziiricii régnaient en commun. Aussitôt {{uatre mille hommes marchèrent surCappel ; parmi eux on distinguait Zwingli 1 ilmème, armé de toutes pièces; en même temps, Lavater, gouverneur de Kybourg, se porta sur Wyl, au pays de Saint-Gall,
pour en chasser Tabbé , qui sWait ea
Souabe. Cependant les cantons envoyèrent à Mûri un corps assez considérable ; et le corps de Zwingli jugea
convenalile de se replier surCapprl , où était le gr(»s de l'armée. Le lu jum 1Ô29, la guerre fut déclarée aux cinq cantons. La frontière n*était pas encore franchie quand arriva jEhli , lan« dainman de Glarus; les chefs l'entourèrent pour entendre ses exhortations a la paix ; ii était fort ému , et suppliait de ne point répandre le sang des ci« toyens, annonçant que des médiateîirs venaient de tous les cantons. En effet , il entra dans Zurich des députés de Glarus , Appenzell , Frihourg , Soleure. Une lettre du grand conseil de Tîerne improuvait la conduite de Zurich, et promettait cinq mille hommes sous la conduite de l'avoycr de Diesbach, uniquement pour sa défense, Berne demandât une assemblée générale à Aarau; elle exigeait la rétractation des injures dont les cinq cantons s'étaient rendus coupables , la renonciation à rallianoe autrichienne, la punition de Thomas Murner. Cette^ lettre fut communiquée à l'armée; 16* conseil ayant déclaré que Ziirich n'était que là où flottait sa banjiiere, Zwingli voyait toujours ces accommodements avec peine; il supplia ses compatriotes- dp ne pas faiblir : des députés du camp se rendirent a Aarau; aux demandes de Berne ils joignirent ceiie d'une indenmité pour la famille de Jacques Kaiser, et exiijèrent que l'on comprit dans le traité liremgarten, Mellingen, et tout ce qui s'était déclaré pour eux.
Pendant les conférences qui eurent lieu d'abord à Aarau , puis à Steinhausen, plus près du camp, l arniee catholique se renforça. Il vint quatre cents hommes du Valais ; il en vint du val Lévantine et du val d'Ossola.
Les Luceruois se portèrent de Mûri vers Cappci ; et le <'amp établi près de Baar comptait déjà plus de huit mille hommes. Zurich aussi voyait s'aug« menter ses forces; la Tiiurgovie, Saint- Gall , envoyèrent mille hommes , vingtsept bannières bernoises; et (les soldats de Bâie , Bleone et Mulhoum vinieiit
& Bremgarteo. Cependant les dispositions de la mulmotie n'avaient rien
d*bostile : on se parlait amicalement aux avant-postes; et il fut convenu qu*on ne s'attaquerait mutuellement
Îue dans le cas d'absolue nécessité, .'année était pluvieuse, la eulture négligée; cela importait plus aux soldats que les questions théologiques.
Un jour les catholiques apportèrent aux avant-postes une grande marmite remplie de lait; les protestants accouru r^nt avec di5 pain , et l'on mangea gaiement ensemble. L'usage sïtablit même de faire prisonniers queluues catholiques, afin de les renvoyer cbar^ gés de vivres , paioe qu'il y avait disette chpz eux.
Sur ces entrefaites, arrivèrent les dé|Kité8 deSleinbausen , apportant les feirticles de la paix. Les troupes formèrent un carré; on introduisit tous les plénipotentiaires que l'on avait envoyé chercher par une escorte d honneur. Les bannières de toutes les par> ties de la Suisse flottaient sur une estrade , où ils montèrent au son des trompettes. Les médiateurs parlèrent d'abord ; iEbli conjura l'assemblée de ne point livrer la patrie à l'étranger, en répandant le sanu' (^^^ ritovpns :
Nous n'avons j s'écria -t- il, damis que nous-mêmes. L'avoyerde Lucerne, Hug, excusa ensuite la conduite des cinu cantons. Un citoyen de Scbwytz expliqMa le supphVe de Kaiser, qui ne cessait d'invectiver les objets du culte de son pays. Il en demanda pardon , disant : Si nous avons faiUi , faut -il donc, dans V intérêt d\(n mort y faire périr tant de milliers d*hommes. Ils se retirèrent, et la délibération commença : Zwingli parla avec une coupable violence, repoussant tout accommodement ; il nrciisa Hug de recevoir de l'argent de i étranger, et exigea sa punition préalablement à toute décision. Il s*anima si fort , parla si haut , que les envoyés purent l'entendre, malgré la distance a laquelle ils s'étaient retirés; et, à l'instant même, il en reçut de justes reproches de l'un des chefis : MaUre Ulrich, lui cria Jean Esehef, vous
16* IJcraiton. (Suissb.)
voyez que tout presaaê une paix ho* nôrable; êt certes eUs est prifèrMe à la plus éclatante victoire sur nos
concitoyens. On reconduisit les médiateurs; et, le 1 G de ^uin , cinquante Zurichois des plus considérés passèrent dans le camp des cantons, pour y porter la rr^ponse dp Inir rité; on tira le canon en leur honneur. Les premières paroles furent pacifiques; mais bieotot on s'éehaufia , et les députés ne durent qu'à leur sauvegarde fa fnniltp de s'en retourner sains et saufs. Cependant les médiateurs, de retour à Steinhausen , avaient travaillé avec succès à la conclusion de la paix : elleportait liberté entière deconscience, abolition de ralliance avec Ferdinand, satisfaction de la part de Murner de ses invectives contre Znrirh et Berne devant les confédérés à Badeo. On fit larépartition des frais de la guerre; on émit le vœu de voir supprimer tout subside, tout service étranger; entin, on r^la les indemnité dues pour le supplice de Kaiser. Malheureusement les cinq cantons ne voulurent pas livrer, pour le lacérer, leur traité avec Ferdinand. On fit rester les troupes qui étaient prêtes à partir ; Berne menaça; enfin, dans la nuit du 25 juin, cette pièce fut apportée à (>appel. On se réunit dans une salle du couvent; on en exigea la lecture ; mais le courageux et vertueux JEbli s'écria: H Audra , pour y pnrvenir, qu'on me passe sur le corps ; puis il découpa ce titre en mille petits morceaux , qui furent aussitôt brûlés par le grenier. Thomas Murner s'enfuit, mais ses biens furent confisqués. Un édit, rendu au nom de toute la confédération , défendit les injures et les calomnies sous les peines les plus graves.
Genève était n^enacée : la noblesse, le duc de Savoie , le maréchal de Bourgogne, marchèrent contre elle; il se forma une li^ue dite de la Cuiller, parce que les affidés en portaient une en signe de ralliement, pour signifier qu'ils allaient avaler la ville rebelle : elle implora te secours de Berne et de Fribourg. Soleure s'y joignit , et huit mille oombattauts furent bientôt en
mouvement. ÈÂ traversant le pays de Yaud « on mit en cendres les cnâteaux
des seif^neurs; la terreur précédait les Suisses , et les assiégeants s'enfuirent de Genève avant leur arrivée : le duc de SaTOié demanda la paix , et le pays de Vaud donna des otages , et reçut des garnisons à Payerne et à Romont.
Mais de plus crands dangers menaçaient les confédérés du coté du sudest : Jacques de Hédicis n*avait cessé de se tenir dans le fort de Musso. Martin Reelin fut envoyé à Milan , afin d'interpeller le duc lui-même sur les projets qu'il paraissait avoir concertés avec ce chei, pour s'emparer de la Valteline ; comme il s'en revenait avec unp réponse satisfaisante, Médicis le fit tuer près de Corne, lui et sou fils. .Aussitôt II fit invasion dans la Valteline , et s'empara de Morbe|pio: la poprilntion des Grisons s'y précipita avec lureur ; mais elle perdit ses deux chefs, et se replia sur Sondrio. Menacés encore du côté du Tyrol, les Grisons réclamèrent les secours des confédérés, qui leur envoyèrent onze mille hommes : ceux de Ziirich passèrent le Septinier: ceux de Berne arrivèrent
Sar la vallée de Misocco et Bellinzona. ean de Médicis retira ses troupes de Morbegno; il alla lui-même au-devant de la garnison , comme s'il avait le dessein d'attaquer les confédérés; mais, dès qu'il eu\ fitit sa jonction avec elle, il sVmbnrqnn srr le lac de Corne, laisfiïint près de trois cents prisonniers entre les mains des Suisses. Ceux-ci tournèrent le lac, forcèrent le passage de Riva, prirent et pendirent Crasso, tin des chefs ennemis : enfin le duc de Milan ayant offert son intervention, on lui abandonna le butin, et on renoM» au sîége de Musso, qui pou* vait ourtr de grandes difficultés. Le duc se chargea de l'entreprise, promettant de ne mettre bas les armes que quand il aurait réduit la place pour la détruire de fond en comble; la Valteline serait aux confédérés, le reste de leurs conquêtes lui nppartiendrait j)Our trente mille llonns. Les Suisses laissèrent donc douce cents hom- ^Hmi andueetseretirèrent* Cette guerre
ne Ait terminée qu^en mâi^ 1532. Les
Milanais s'étant emparés des rives du lae de Corne, il fallut bien que Musso et Lecco se rendissent. Mémcis se retira à Verceil, en donnant caution d*une meilleure conduite.
Les cinq cantons n'avaient point brispartàl'expédition; ils continuaient a chasser les réformistes: le i^uuverneur qu'Unterwald avait placé dans le Rbeinthat , menait une vie si désordon* née, son administration était si tyraUnique, qu'il fut obligé de s'enfuir : au lieu de le remplacer par un homme plus juste, comme le demandaient les Habitants, les cinq cantotis voulurent le réintégrer; ils le firent reconduire par leurs députes; mais il fut saisi au milieu d'eux, sans égard pour leurs protestations, et on l'enferma dans Altstetten.. Ces événements précédèrent de peu l'expédition de Musso; le gouverneur fut remis en liberté par l'intervention de Berne et de Zurich.
Cependant les invectives continuaient; les réformés, poussés à bout, s'assemblèrent à Zurich, où les envoyés des cinq cantons furent mal accueillis :
on leur interdit tout passage de comestibles : alors un cri de rage et d'indignation retentit dans les mentaijnes, car on souffrait beaucoup de la disette , et l'argent était fort rare : on saisit le glaive, la pique, ia hallebarde; on invoqua Dieu à Notre- Dame des Ermites, et Ton marcha contre les oppresseurs.
Des prodiges avaient occupé l'écrit d'un peuple crédule: à Baden , des flots de san|; étaient sortis du sol ; à Zug, on nvnit vu au ciel un bonclier, et Sur le Brunnifi, nue bannière. Des vaisseaux, chargés de guerriers spectres, croisaient sur le lac de Lucerne, et les riverains de la Reuss étaient réveillés
{)ar des détonntions nocturnes; enfin es lois de la nature étaient enfreintes par des naissances monstrueuses. Tout annonçait la guerre; les moins superstitieux en étaient ébranlés; enfin les aml).'»ssndpMrs fmnrnis prirroiirurentles cantons; ntais leurs ei torts pour la paix, aussi bien que les réunions qu'ils indiquèrent à Brenogarten, forent inu*
tîles; les cinq cantons exigeaient toujours la révocation de la mesure qui interdisait de leur porter des vivres.
A Zurich, la fermentation était grande:
Zwingli était représenté aux citadins comme briguant la faveur des campagnards ; à cenx-Gi , comme les exposant aû\ maux de la guerre : on lui imputait les malheurs publics. Il comprit sa Situation, et donna sa démission au conseil; mais les bourgme^itres et les «rincipaux membres nirent chargés de conférer avec lui, et de le détourner de ce parti.
Les cind cantons obtinrent la neumlité de &larus; ils s*emparèrent de plusieurs convois de vivres qui, de Zurich, allai(^nt à "NVesen ; Ir nonce du
t)ape leur procura un corps itriHcn, sous e commandement de Baptista Isola.
tfi 8 Juin 1531, leÉ confédérés en- Tahfrent Hitzktrch : tout {^enfuyait à leur approche, car la vue des images et des autels brisés les portait aux plus grands excès. On courait jusqu'à liremgarten, et même jusqu'à Lentzbourg.
Zurich envoya une avant-garde sous Georiîes Gôldli, pour occtiper ('appel, où il prit une position avantageuse :
la bannière snlvit le surlendemain; on demanda du secours aux villes de la liiïMe réformée, mais on manqu;u't d'ciisemble et de moyens de transport
Sour Tartillerie. Alors marchèrent es vSdllards plus zélés que robustes, des membres du conseil, des prêtres:
Zwingli lui-même était à cheval. Pendant que l'on sortait de Zurich, les cathohques attaquaient le camp de Cappel. Là on s'attendait bien à Tetre , caria veille on avait vu arriver Tennemi, on avait remarqué sur le lac de Zug des bateaux chargés de troupes.
Le fl, an matin, Goidii alla prendre derritte le couvent une position protégée par un fossé profond , et se tint en ordre de bataille : mais, vers onze heures, ses soldats fatigués étaient al- Ife cherdisr dè la nourriture au couvent et dans les maisons voisines ; il n'y avait pas deux cents hommes sous ks annes quand on annonça rapproche oUhnnemî. Le tambour réunit Tartwvd un trompette de Luceme
vint remettre la déclaration de guerre ,
Euis Gôldli tint conseil. Quelque^ ommes prudents conseillaient la retraite; le parti contraire prévalut, et déjà les catholiques paraissaient sur les hauteurs voisines , et mettaient leurs pièces en batterie; mais on ne savait pas encore se servir habilement do canon; on tira plusieurs heures sans qu'il en résult.ît de perte notable. Le gros de rarmee,aui était en marche, entendait au loin cette canonnade ; il se h«îta d'acx!0urir, maïs la montée était rapide; il aurait fallu attendre le grand nombre : Zwingli et Lavater n*y consentirent pas. Dé&orons eeà braises y s'écrièrent-ils, dnssions-noué y périr. Il était trois heiires quand là bannière arriva sur le champ de bataille. Dans rinîcrvalle , les catholiques avaient changé de position; profitant d*une faute commise par Goldli, ils s'emparèrent d'un bois de pins qui couvrait le front et l'aile gauche de Ziiricli. Les cinq cantons ne voulaient combattre que le lendemain, à cause de la fête des Innocents. Songez aux innocents qui sont dans vos tamilies, et non à ceux de l'almanach, s'écria Jauch qui avait exploré la position , et qui prit sous sa responsabilité les hasards d'une attaque qu'il entreprit de son propre mouvement, à la tête de trois cents volontaires. Les Zurichois cependant remarquèrent le mou* vement de Tennemi; ils voulurent profiler du désordre occasionné dans sa marche par (pielques accidents de terrain , et prendre le bois avant qu'ils y fussent arrivés. Un peù d'hésitatioii fît avorter ce projet; alors on essayâ de s'emparer de la route de Hnusen, en faisant occuper la hauteur du Mônchbuhl, qui la domine; mais, pour y parvenir, il fallait passer le long du i)ois : tout aussitôt les soldats que Jauch y avait cachés firent une décharge ; Unterwald surtout brtilait d'ett venir aux mains; alors Tarmée dé Zurich fut forcée de combattre : Lavater et Zwin^Ii étaient au fort de la mélce, exhortant les guerriers. La victoire fut longtemps disputée : les bom* mes embusqués daa« le bois chargé*
Mi
L'UNIV£KS
mit en poussant de grands cris. Le
désordre se mit dans les rangs de Ziiricb : on se disputa vivement la bannière , qui , de main, en main , de combat en combat, fut soustraite au vainqueur. La nuit seule put mettre fin 5 la poursuite, et le*; débri*? de l'armée vaincue se reunirent sur l'Albis. Des deux côtés il avait péri beaucoupde monde ; parmi les morts étaient plusieurs abbés , entre autres celui de Cappel, et le seigneur de Geroldseck, qui avait quitté, pour le combat, sa solitude de Ilotre-Dame des Ermites.
Mais le plus grand événement de cette journée si sanglante fut la fin deZwingii : on le trouva vivant encore, mais blessé à la téte , la cuisse percée de plusieurs coups , et couche au pied d'un poirier. Les catholiques Tinterpellèrent pour lui demnnder s'il voulait se confesser ; ils lui dirent d'invoquer les saints ; conune il ne répondait pas : MeuTB donc, s*écria le capitaine .Vo* kinger, meurs, hérétique endurci, et il lui porta le coup mortel. Le tambour annonça aussitôt le Jugement d*un hérétique , et le cadavre mît Tins* tant écartelé et brûlé par le bourreau de Lucerne. Cette défaite fut connue dès le soir même à Zurich : la douleur était à son comble: les femmes, les enfants attendaient les arrivants, s'informaient du sort de leurs parents , de leurs maris; et les cris du désespoir se mêlaient au glaz du tocsin. Ces scènes d'horreur durèrent toute la nuit , à la lueur des flambeaux. On apn pela tout le monde aux nnnps : on écrivit à Berne pour presser l arrivée des secours; on renforça la position de VAlbis , et Ton donna Tordre de se te» nir sur la défensive. Les renforts arrivèrent successivement de la Thurgovie , de Olarus , de Wœdenschweil ; et bientôt douze mille hommes furent réunis sur TAIbis. Lavater passa une revue , déplora les malheurs de la patrie , la mort de tant de braves , et se plaignit de la lâcheté et de la trahison de ùuelques hommes pervers : on entendit ensuite le sermon, et l'on reçut le serment des troupes. Les Bernois devaient arriver le leadeœaia à Brem-
garten ; on marcha sur œ point en
bnttnnt en retraite, et en passant tristement à la vue de Zurich : cette conduite timide avait été tracée par le conseil , qui edt mieux lait d'envoyer des renforts aux habitants de Waedenschweil. Ceux-ci, dans leur généreuse audace , avaient projeté ur»e invasion à Schwytz; diversion qui eût forcé les cinq cantons à la retraite.
Au lieu d'écouter cet avis salutaire, on laissa le pays à découvert, et Tennemi vint camper sur les terres de Zurich à Ottenbach , afin d'opérer sa jonction avec uneautrearméequi observait»
au delà de fa Reuss, les frontières de TAr^ovie, et dans laquelle se trouvaient les Italiens commandés par Isola. Berne et la Suisse occidentale mettaient peu d'ardeur à s'engager dans cette lutte ; on prétextait la nécessité d'observer les Bourguignons , de garder le pays du côté du Valais , etc. Cependant, le 13 juin, Tavoyer Sébastien de Diesbach, toujours dévoué au culte catholique , amena six mille hommes à Lentzbourg : il empêcha une incursion qu^on voulait ùire sur le territoire de Lucerne. Les forces envoyées par Mulhouse, Bâie et Soleure, vinrent aussi à Lentzbourg:
le 14, on marcha sur Bremgarlen:
là se trouvaient ceux de Zurich :
Schaifhousen , Appenzell , Saint-Gall , grossirent le nombre des guerriers, qui s'éleva désormais à vingt - quatre mille hommes. La seconde bannière de Berne , forte de six mille hommes , vint sous le commandement dT.r! :ich , l'ancien avoyer. D'autres allèrent occuper le Brunnig, et deux mille autres encore ta frontière du Valais.
A rapproche de l'armée , les catho* liques se retirèrent avec précipitation; il y en eut un bon nombre qui regagnèrent leurs foyers menacés d'invasion. A Btikenstorf , les deux armées campèrent en présence l'une de Tautre.
Zurich résolut d'attaquer à la fois en téte et en queue la position de l'ennemi , qui était protégée paK'une formidable artillerie. Le 23 octobre, Frey, avec quatre mille hommes, la tourna en passant par JMeuheim et Menziogeu.
SUISSE, SiS
Cependant on se r^nrdait mal au canip : territoire : on se rrplîn donc sur Brrmpomt de patrouilles, point de grand'- garten. Bientôt les m tholiques parurent gardes * point de retranchement | les sur les terres de Zurich , au Hirzel , et mit buvaient « les autres dormaient. surprirentUDOorpsqui le gardait, mais Chaque cofpi ie croyait indépendant; il opéra sa retraite en bon ordre, il manquait un chef suprême q»!i prtt A l'approche de rennemi , tout s>ndonner de l'ensemble aux opérations, fuyait à Zurich; le tocsin retentiS5;ait et maintenir la discipline. Six cents daas tous les villages, le danger était catholiques les plus déterminés 8*é* imminent ; et Zurich n'obtint de Dîestaient assez approchés pour recon- bach , commandant des Bernois , que naître cet état de choses; ils aver- des réponses évasives. De toutes parts tirent les leurs qui, pour signe de on comprenait la nécessité de la paix ; ralliement, mirent ^des chemises pht elle n*était pas moins désirée par les dessus leurs vêtements : favorisés par catholiques : Tabsenoe des chefs de fa* le clair de lune, ils sortirent d'un bois, mille , la rupture des communications à deux heures du matin, en pous- aggravaient encore les maux de la disant de grands cris. Leurs adver- sette. La saison était rude : les cathoaaires, après plusieurs avertissements, Hques offrirent de traiter séparément formèrent lentement leurs rangs; il y avec les campagnes, et annoncèrent, eut dans la résistance incertitude, al>- en cas de refus, une vengeance immésence de plan. Fre^ périt l'un des diate : Zurich fut obligée décéder; les premiers. Il fallut niir à travers un négociations eurent lieu près de Daenipays inconnu , que la veille on avait kon. On y stipula la liberté de consinsulté , ravagé : la plupart tombèrent cience, niais la messe dut être rétablie du haut des rochers, ou furent pris dans le Tockenbourg, à Gaster, à
Sar les catholiques ; triste conséquence Wesen et à Rapperschwyl , sur lesquels
u mépris qu'ifs faisaient de l'ennemi I Ziirich n'avait aucun droit. Quel(|ues
Il n'y eut pas moins de deux mille avantages pécuniaires furent concédés
tués; !ps prisonniprs furent beaucoup aux cantons. Lorsque les cotiiitions
plus nombreux. On/c pièces et cinq furent convenues, les plénipoi^Mitinres
drapeaux enrichirent le triomphe des descendirent de cheval , se Uiit eut à
catholiques , qui fut annoncé au point genoux , et , après avoir invoqué Dieu ,
du jour par de joyeuses détonations ils se donnèrent la main , en répan-
souvent répétées. dant de^ Inrmes d'attendrissement;
Le conseil ne se laissa point abattre puis ils se séparèrent,
à la nouvelle de cet échec : on recom- Après cela , les catholiques marchè-
manda aux guerriers l'honneur delà rent contre les Bernois, par Sins,
patrie; on déclara que jamais on ne Mûri et Boswyl. Ceux-ci se replièrent
souscrirait à une paix honteuse; mais en laissant des garnisons dans Brem-
dans le camp régnaient le méconten- garten et Mellingeu : bientôt on les
tement et la désobéissance : on per- rappela au grand désespoir des habi-
daîtcourage,parceque les dispositions tants, qui se voyaient en proie à la
des Bernois paraissaient doutenses. vengeancp des cantons, pour les avoir
Un jour Jacques May, l'un des plus exclus de leurs marchés. L'i?iterven-
ardeuls reformés, porta un couj> de tion de Zurich n'empêcha point Toc-
pointe à Tours de la bannière, disant ctipation, mais ils ne furent point
qu'il était trop paresseux à l'attaque, maltraités. Berne traita et paya de
La mauvaise saison s'avançait ; les ou- grosses sommes pour les dommages
ragans brisaient les arbres sur la tête causés par ses soldats, il en fut de
des soldats ; il en arriva plusieurs mai- même de Bâie, de Schaffliouse, de
heurs; Ton parlait de retraite, et d*au- Mulhouse et de Saint-Gall : l'abbé fut
tant plus que les cinq cantons ne vou- réintégré dans son abbaye; en géné-
îaient entendre à aucune condition ral , on ramena les reliques dans les
yue ion n'eût préalablement évacué leur couvents j on rétablit le catholicisme.
i46 L'UK
partout, fxrepté dans les terres souliiiiies îiiix cantons réformés. Le s suites de cette guerre se firent lon^tenigs lentir; il y eut des mouvements à Zvh rich , à Berne , à Aarau : partout on exigeait qu'à Tavenir la guerre ne pût être déclarée que d'un commun consentement; partout on se plaignait de la violence des prêtres réformistes , de leur infliienre sur les affaires. L.i mémoire de Zwingli n'etnit plus respectée; et, quand on lui donna pour suceessoir Bûllinger, on lui imposa des conditions si étroites « qu'il ne put les accepter qu'après avoir fait n ! rpter une autre rédaction plus conforme à la liberté de la pensée. Dans le Rheintbal, on exigeait caution des prédicateurs, que, dans leurs sermons, ils n'attaqueraient jamais la^aix : les ex- 1 cessives précautions (|u'on prenait pour la conserver, {)rouvaient combien elle était compromise par l'irritation générale. Les évéïienients ne justifièrent que trop ces précautions : le Valais et iioleure accédèrent a la fédération catboIi<|ue; Berne en conçut de graves inquiétudes , et avertit ses communes de se tenir toujours prdtes; car une clause du traité des catholiques disait qtraucune ancienue alliance ne devait prévaloir sur le devoir de défendre rancienne relii^ion.
Dès l'an 1531 , l'empereur avait demandé que le pays de Vaud fut affranchi. Berne ne céda point r à Genève , les doctrines des réformés faisaient de grands progrès : un prédicateur ayant comparé les réformes aux Turcs-,* aux juifs, Berne envoya une députatioa our en obtenir une réparation que évéque refusa , et qui fut accordée par l'autorité civile. Le docteur en Sorbonne fut contraint a une rétractation , et s'éloigna. La réforme fut introduite à Genève par Farel et Biret : Tévéque excomnmnia les citoyens; mais,comme il avait quitté la ville, on déclara le gouvernement vacant. Aussitôt il appela le duc de Savoie à son secours, et reçut les exilés dans son château do Peney. En vain l'empereur somma les Genevois d'obéir au duc de Savoie et à leur évéque ; ils se viieut bidutùL u*-
YKKS.
sièges par sept h huit mille hommes.
Les hostilités connnencerent le 10 octobre u;iâ; il y eut près de Gingins on combat dans lequel quatre cents liDiiin es, venus de INeufchâtel et de Bienne, battirent un corps savoyard huit fois plus considérable; mais Berne les rappela ; elle ne se déclara que le 29 aecembre. Sept mille hommes, sous le comrtKuulemeiit du trésorier Nxgeli, se mireul en marche dès le moi# suivaut : Tentreprise fut conduite avec prudence, activité, résolution:
on DMligea Avenches qui appartenait à réveque de Lausanne, et l'on ne s'arrêta point à faire le siège dTverdun* Payerne donna des troupes , et l'on triompha sans peine d'une résis* tance opposée près de M orges. Le 2 février, rarniée entra dans Genève,
J)uis elle prit Thouou. On convint avec es Valalsans que la pranse marquerait la limite des conquêtes de part el d'autre. Après s'être emparé de Cluse, on rentra dans le pays de Vaud : là tout se rendit, même Yverdun : plu»
sieurs villes furent abandonnées à Fribourg. On n'épargna plus Tevêque ds Lausanne, que l'on soupçonnait d'înteiiigence avec le duc de Savoie : on lui prit donc Avenches, Luceus, Saint-^' Saphorin, etc. Le siège de Chillon fut pas si rapide; mille guerriers l'investirent, et il ne se rendit qne le 30 avril. Cet imniense cliâteau repose sur un roc au milieu du lac; de vastes e% ténébreux souterrains sont creusés dans la pierre; il est à lui seul une île, et n'a de rives ((ue ses murailles hexagones : édillce sorti du sein des ondes, navire immobile, qu'un pont joint à la terre, comme l'ancre retient le vaisseau. Ce pont semhle en effet . retenir cet aquatique caslel près du rivage, tandis que les (lots le battent avec la violence des mers les plus orageuses, on s"a(.lanissent au loin paisibles et transparents, pour en reproduire l image renversée- i.es Genevois secondèrent les Bernois: quand ils eurent amené leurs barques , le commandant de Ilye ne put plus tenir.
Dans ces redoutables caveaux , une chaîne retenait Buauivard, pneur d§
Saint-yictor, à Genève, apôtre de la liberté , jeté, dtins les fers par les enneiiiis de la rai^uii iiuiiiaïuc *, peudunt six «[ns il avait langui dans cette prisoii hi^niide. Qn montre aiyouird'bui Tempci^inte de ses pqs sur le roc, et son DQin tracé sur une paroi. A l'asdes grandes montagnes, (^e la dent de44fnaii « de la dent du Uidi , de G6 (pc majfîîtùeux qui fait plus pression encore sur le voy^gétff (|ltS^ il sort de ce nombre séjour, on aihié a ressaisir le souvenir de cette grande iqfortuqe, à répéter la belle composition qu'elle inspira à lord Byron.
Aux merveilles de la nature, on associe la grandeur de Tliomme , sa constipée 1 sa vertu , et le génie du poëte , les célébrant après trois siècles , afin d'en doter tous les siècles à venir.
Un traité enfin régla les droits de (jeuèvfi et ceux de Berne : la souveraineté de Bem^ m ea nouvelle conquête y est assurée; et, le 18 décembre, elle termina aussi ses différends avec Fribourg; puis la réforme fut prècbée et introduite pariuul, e.v* cepà dans les iietix possédés en commun par ces deux cites , où il resta des catholiques ; par exemple, à Eschallens. En cette même année, Calvin arriva dans Genève; c^était un bomme d'une puissante érudition, de moeurs sévères , d'un caractère ÎLiflexible : il se joignit à Farel pour réformer les mœurs et le cuite , partagea sa disgrâce, et fat bientôt rappelé par le vœu unanime des cit oyt tis. Nous n'avons point à ex n usiner ici en qunl sa doctrinedifferede la confession d Augsbourg; nous dirons seulement qu'il devint le véritable souverain de Genève; que le conseil condamnait quiconque lui était contraire : un magistrat fut destitué, emprisonné, pour avoir eu des liaisons avec ses ennemis. Le bâcher de Servet, arrêté au passage dans cette ville , jette encore une affreuse lueur sur rintolernnf e de ce prédicant. Genève devint neannioms Vasile de tous les- réformés fugitifs:
les Anglais , tes Italiens y accouraient enfouie. Ces querelles intérieures firent pecdre à la Suisfie l'attitude qu'eUe
avait envers l'Europe : aussi rAutridM| put s'emparer de Constance, et en laire une place d'armes mcnarante pour la liberté , parce aue les ca liions catholiques ne virent oans cet événement que le triomphe de leur foi, parce que Lucerne défendit , sous peine de aiurt , de la secourir. Déjà un des faubourgs était pris* Les tribus décidèrent, a une majorité de cinquante voix, qu'elles se soumettraient, et la
ville se rendit.
Apres la murt de François I^"^- Henri II demanda, ie reDouvellejneoi de l'alliance; les confédérés furent re* présentés nu l»aptêrne de sa fille. Zurich et Schwvtz y li/^rèrent : les négociations et les traités se succédèrent; enfin fut conclu celui de 1552, connu sous le nom de Capitulation; il règle les droits des Suisses et le luode de service, la solde, etc., etc. Les historiens suisses s'occupent peu des exploits de leurs compatriotes à l'étranger; ils semblent n'en parler qu'à regret , laissant à l'histoire de France le soin de rappeler et Cerisoles et Sienne et Saint^uentin , où ils forent vainqueurs ou vaincus , selon que la fortune souriait à la valeur française, ou désertait ses drapeaux. Nous imiterons ces historiens \ nous ne dojinerons jamais qu'un souvenir à ces grandes actions. Mais Tanibassade des Suisses vers Henri II appartient à leurs propres annaies : ce roi étant venu d'Alsace, on les vit à Saverne le supplier d'épargner un pays que l'on pntivnit ronsiderer coninie le grenier de leur fédération. Les négociations affermirent dix ans plus tard la pos* session de Berne sur le pays de Vaud : le traité conclu à Lausanne lui donna aussi Nyon, Chillon , Vevai, qui fai-^ saient partie du Chnblais, ainsi que Gex et Thonon. La frontière fut Oxée au milieu du lae Léman, et sans doute par ce cours imaginaire dU Khône , dont les esprits crédules accueillent la merveille, et que n'a vu nul observateur. En 1570, la paix fut conclue avec le duo de Savoie; il fut stipulé qu'il pourrait venir avec s^ suite ordioaire ; qu'onne livrerait point
rUNIVERS.
les réfiigiës pour cause de religion , et
ue le commprcf* serait libre. Cepenant le duo ne pouvait se résoudre à abandonner ses prétentions; et, en 1684, ilToulut surprendre Genèfe par uii coup hardi. Durant la nuit , on appliqua aux murailles des échelles peintes en noir : déjà on était parvenu au sommet, on descendait dans les rues, et Ton criait y^e Espagne y vive Savoie, ville ga»
gnfp. Mais les hnhitants séveilleot; on combat dans les rues , à la lueur de chandelles placées aux fenêtres ; et les {Savoyards, qui s'étaient erus maîtres de la place, s'enfuient en laissant deux cents morts.
Nous avons vu la réforme persécutée en Italie; et dans les bailliages des cantons , des baillis ordonnant de fréquenter la messe, des familles fuyant a Zurich et à Genève. En ce temps-là, vécut un des plus nobles défenseurs de la foi y un jeune homme , un prince , Charles Borromée, cardinal à vingtdeux ans , et archevêque de Milan ; ses mœurs austères lui permirent de se faire le réformateur du clergé, et de redresser bien des abus: d'un autre côté, il ne négligea rien pour le trion^^ phe du cathoîirisme. Surtout il se mêla beaucoup aux affaires de la Suisse ; se rendit à la cour de révéque de Coire; empêcha rétablissement aécoles réformées dans la V^aiteline ; fut nccueilli avec enthoiisinsînp par les cantons, catholiques, et lit si bien que le pape entretint désormais un nonce en Suisse. Charles établit, à Milan, un séminaire pour quarante élèves de ce pays, et fonda , à Lucerne , en 1 574 , un couvent de Jésuites; enfin il organisa une ligue pour le maintien de TÉglise catholique. Les réformés ayant rppoiissr le calendrier î^régorien, la séparation en fut plus tranchée entre les deux partis. Les députés de smt cantons, Lucerne , Uri , Schwytz, tfnterwald , Zug, Fribourg et "Solenre, réunis à l4icerne, jurèrent, le 10 octobre 1686, la ligne d or, qu*on appela aussi ligue Borromée, événement fatal qui répandait In discorde pnrmi Irs Suisses. Aujourd'hui encore, les souvenirs de saiut Charles Borromée régnent dans
tout le Milanais : son corps est dam '
une chapelle d'argent, sous le magnifique dome de la cathédrale; et lep voyageurs qui ont, à chaque pas, rencontré les monuments de sa grandeur, révèrent ces débris de la fragilité humaine , après avoir admiré , sur le lac Majeur , ta colossale statue qui s'élève au-dessus de la colline d*Arona , autant que la colline elle-ménies*élèveaiH dessus du lac : ^ignntesque monument de l'art du statuaire, image de cent vingt pieds de haut, au bautde laquelle on poiètre par on escalier pratioué dans ses (évités. À q^uelques lieues plus loin , à !a vne du Simplon et de l'abrupte muraille des Alpes, on admire, vis-a-vis de Fariolo et de Baveno , ieg délicieuses lies Borromée, ouvrage magique d'un prince de ce nom , véritable cafleau de la féerie à la réalité; mais ces rocs arides n'ont été transformés en jardins , en palais , en village , qu'un siècle plus tard ; car cette illustre famille n'a cessé de répandre ses bienfaits sur les régions alpines; et l liuspice du Saint-Oothard, malheureusement anéanti dans les dernières guerres, n'était pas son moindre titre à ia reconnaissance de l'humanité.
Les jésuites étaient destinés à agir sur la dasse supérieure; on exerça une
innuencp plus générale au moyen des ^ capucins : il v en avait déjà à Locarno ; Borromée en établit un couvent à Altorf en 1581 . Cependant tous ses essais n'étaient pas également heu»
reux; l'nnntT précédente, le nonce dii pape tut expulse de Berne, où il s était présenté; et les enfants le poursuivirent dans les rues à coups de pelote» de neige. L'influence catholique amena l'alliance des cantons avec pliilippe II; alliance qui lui ouvrait le passage à travers leur territoire, et lui promettait treize mille hommes pour la défense du duché de Milan. Soleure n'accéda point à cette convention , qui date du 12 mai 1587, et fut signée à Lucerne, après que Tambassadeur d'Espagne eut répandu l'or à pleines mains.
A la voix du nonce, près de huit mille Suisses allèrent en France coubattrQ
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SUISSE
las hamnots, tandis que les cantons reformas pt !ps Grisons étaient dans les rangs opposés ; plus d'un champ de bataiiie vit les confédérés c'entr'égorger pour un vtl salaire , ou pour assouvir leur haine lanatiqiie, jnsqii'.T ré qu'en ICO!?, uhp alliance générale lut conclue avec Henri IV,
2ui avait gagné tous les cœurs par sa ravoure et sa loyauté, et qui paya quatre cent mille erus par an , et promit de solder les arrérages , nu urand mécontentement du duc de Savoie, du pape et du roi d*£spagne. Ce fut pour je duc de Savoie une nouvelle occasion de tenter une expédition clandestine sur Genève. Au milieu de ia nuit du It au 12 décembre, ses troupes, ren- Ibrcées de Napolitains et d'Espagnols, dressèrent des échelles contre les remparts; mais une sentinelle genevoise tira un coup d'arquebuse; un soldat abattît la herse qui défendait Tentrée de la ville : tous les ennemis qui pénétrèrent dans la place furent massacrés, et cette échauflburée fut signalée par le nom d'Escalade. Le peuple en célèbre encore Tanniversaire, Berne et Zurich imposèrent au duc la condition de n'avoir jamais de troupes , de ne bâtir aucune forteresse dans un rayon de huit lieues autour de Genève; il s'y obligea nar le traité de Saint^Julien, le 21 juillet 1603.
Avant d'entrer dans l'histoire du dix-septième siècle, nous rappellerons deux faits essentiels , Fun relatif à Mulbpusen, Tautre à Appenzell. Un procès entre fjarticuliers eut des conséquences tellpinent graves, que la première perdit tous ses droits à la fédération. Mathieu et Jacques Finninger actionnèrent un de leurs concitoyens devant une juridiction du voisinage pour la propriété d'un petit bois; mais l'autorité de Mulhousen leur prescrivit de porter l'affaire devant les juges naturels du défendeur.
Ils n'obéirent pas, et furent punis; alors ils s adressèrent aux cantons catholiques et à Appenzell. De son* côté, le conseil recourut aux cantons réformés, qni approuvèrent sa condi:ite.
IjO laudammao Tanner d'Uri et ie
trésorier Buhler de Schwyte vinrent à
Mulhousen, et demandèrent une assemblée des citoyens. Le conseil s*y refusa , et lit jeter en prison les Finninger, dont cette recommandation enflait l'audace. Outragés du peu d'effet de leur intervention, les cantons catholiques renvoyèrent à IMiilliousen l'acte d'alliance, après en avoir arraché les sceaux. IjB fermentation fut ^ande à cette nouvelle: on accu.sait l'autorité de cette rupture ; on destitua le bourgmestre Ziegler et six conseillers; les violences ne firent que s'accroître. Les confédérés évangéliques résolurent de secourir les oppririK s : dix-neuf cents huftiines arrivèrent malgré les protestations de la régence autrichienne d*Enstsneim. Les bouri;eois appelèrent à leur secours des soldats de l'archiduc. L'artillerie tonnait du haut des remparts, mais cela n'empêcha pas que la ville ne fût prise d'assaut dans la nuit du L5 juin 1587, sous le commandement du brave général d'Rrlach.
Aussitôt accoururent les députés des villes et de Glarus. Finninger, qui s'était enfui sur le territoire de Berne, fut décapité, et la garnison suisse demeur-i plus d*nn an à Mulhousen, après que le gouvernement eut été reconstitué. En vain cette ville demanda , supplia d'être admise de nouveau dans la fédération : les cantons catholiques se montrèrent inflexibles, et repoussèrent deux fois cette supplique, en 169& et en 1599. — A ppenzeU était divisé de religion : les rhodes ffl(térieures avaient adopté la réforme, mais il y avait encore beaucoup de catholiques. L'ancienne religion était restée dominante dans les rhodes intérieures. Un couvent de capucins établi au chef-lieu était une cause d'excitation continuelle; les religieux persuadèrent le peuple et gagnèrent le fanatique landamman Meggelîn : un complot fut ourdi; il ne s'a- ^is^nft de rien moins que d*attirer la ]( iinesse reformée devant le conseil jpour y rendre compte de sa croyance, et de la massacrer si elle n'abjurait.
A cet effet, les paysans entourèrent l'assemblée. Mais le complot avait été éventé; les jeunes gens s étaient ar-
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L'UÎ^IYKRS.
' més, etf au signal convenu pour les tuer, ils se jetèrent sur le conseil , et le contraignirent à faire retirer les paysans. Un accommodement provisoire demeura sans effet : la fermentation continua, surtout quand on vit les rhodes intérieures accéder à la ligue avec l'Espagne. Il y avait plus de vingt ans que durait cet état de choses, car l'attentat tenté contre les vingt-sept jeunes ^ens est du 14 mai 1578. Les réformes étaient persécutés dans les rhodes intérieures, les catholiques dans les rhodes extérieures; à chaque instant on sonnait le tocsin, on faisait des prisonniers ; l'intervention fédérale n'avait fait que montrer la partialité des cantons; enûn on prit le seul parti raisonnable, celui de partager Te territoire en deux parties distinctes; le 8 septembre 1697 fut signé le pacte de séparation. Les réformés, au nombre de six mille trois cent vingt-deux, s'établirent dans les rhodes extérieures; les catholiques, au nombre de deux mille sept cent quatre-vingt-deux, passèrent dans les rhodes intérieures.
L'Appenzell, divisé pour l'administration , continua néanmoins à former un seul et même canton sous le rapport politique, absolument comme le haut çt bas Unterwald.
Dans le pays des Grisons, la situation était encore plus déplorable : l'Es-
fiagne cherchait à s'emparer de la Valteine pour se mettre en communication directe avec le Tyrol et l'Autriche.
A cet effet, nulle intrigue n'était épargnée. La France pénétra ces menées, en avertit yeiiise, et l'une et laulre interposèrent leur influence. Les Planta, famille illustre et puissante, tenaient pour l'Espagne; les Salis, non moins grands, dirigeaient le parti français.
La corruption était partout. Il y avait cinquante ans déjà que cette lutte durait avec des phases diftérentes. Le gouverneur esuagnol de Milan, Fuentes, imagina ae Ddtir, au bord du lac de Come, une forteresse qui dominait d'une part la vallée de Chiavenna , de l'autre la Valteline. L'alarme fut grande dans le pays : les communes s'insurgèrent; il iut institué à Coire une com-
mission pour juger les traîtres. Sous ce prétexte, on exerçait une sorte d'inquisition sur toutes' les familles. Les cantons réformes appuyèrent momentanément ces troubles , niais ils ne purent empéclier une négociation avec Venise.
Aussitôt Fuentes, contrairement à la lettre des traités, construisit un fort à l'endroit où était IMusso, coupa toutes les communications, et dirigea tous les convois de marchandises vers le Saint-Gotliard. On empêcha deux mille hommes qui s'avançaient pour détruire ce fort d'accomplir leur dessein , et l'on répandit dans le peuple Topinion que le parti français avait seul causé tous ces maux ; enfin on conclut à Milan une convention désavantageuse. Le gouverneur n'en fit pas moins achever ses constructions, malgré les représentations des Suisses. Bientôt il se présenta une nouvelle occasion de desordre.
Venise, excommuniée par Paul V, attendait six mille hommes venant de Lorraine. L'Espagne ne voulait pas qu'on leur donnât passage et devint menaçante; mais les trouj)es qu'on envoyait pourgarder la frontière contre les Espagnols s'insurgèrent à la voix de leurs chefs, et demandèrent un refus formel de tout passage et de toute levée au profit de Venise. On reconnut alors les effets de l'or de l'Espagne. De nouveaux tribunaux furent institués; ils frappèrent d'amende les chefs du parti français, puis leur sévérité se tourna contre le parti espagnol : deux de ses chefs, Bééli, gouverneur autriehien de Castels, et Gaspard Baselga, périrent sur l'échafaud. Avant de mourir, Bééli fit connaître son repentir d'avoir sacrifié l'intérêt de sa patrie. Ces supplices étaient motivés surtout par les excès commis dans l'Engadine, où les intrigues de l'Espagne' faisaient battre les habitants en bataille rangée, où le canon grondait de part et d'autre. Le sang avait coulé déjà, lorsque les femmes se jetèrent au milieu des combattants, et parvinrent à leur faire poser les armes. ISous n'avons indiqué que quelques-unes des scènes qui agitaient la Rhétie : le retour des mêmes fi|r reurs, des mêmes iniquités jette cettp
SUISSE
histoire dans de fastidieux détails , que le changement des noms propres ae saurait racheter.
lin échange conclu en 1598, entre révéque de Bâle et Berne, abandonnait Bienne à cette dernière cité. Les habitants, craif^nant pour leur indépendance, appelèrent Soleure et Fribourg à leur aide, et la diète de Baden annula la cession en I606; mais les Biennois ne tardèrent pas à s'en repentir : Berne fut obligée de protéger les armes à la main le culte protestant persécuté par révéque, dans le val de Moutier et à Bienne; enfin ces différends furent terminés à l'amiable par l'intervention des Suisses. Les choses n'allaient pas mieux dans le Valais, où le jparti réformé fut entièremeni étouffe par un décret de l'évêque.
Genève était toujours menacée par le duc de Savoie : on y punit de mort deux Français , du Terrai I et la Bastide , pour avoir tramé une conspiration en sa faveur. Quand Henri IV eut été assassiné, la Savoie réveilla toutes ses retentions sur le pays de Vaud ; mais ientôt le désir de s'emparer du Montferrat, le danger dont Milan pouvait menacer cet Etat, engagèrent le duc à s'allier avec Berne. Ce traité fut conclu par la médiation de l'Angleterre, le 23 juin 1G17.
Cette époque fiit marquée par des calamités physiques. Au-dessus de Plurs, dans la profonde vallée de Chiavenna, le mont appelé Conto élevait sa cime redoutable : depuis longtemps des ' fissures et des crevasses déchiraient sesUancs. Après des pluies abondantes, on vit des pâtres accourir en ville pour avertir les habitants du danger qui les mena(^ait. Les iniprudents ne firent que s'en moquer; niais la nuit suivante la cime se détacha ; elleenglou* tit Plurs elle-même et le village de Cilano. Plus de quinze cents personnes demeurèrent ensevelies sous les décombres, qui s'élevaient de plus de cent pieds qu-^dessus de ces victimes; le cours de la flaira en fut arrêté plusieurs heures. L'effroi fut général, et la superstition en fit son profit, comme die avait en 1610 exploité la peste ou
Uiaiadie noire. Cette maladie, venue de pays fort éloignés , avait emporté prè^ de trente-auatre mille personnes; elle ravagea Baie, Soleure, Fribourg et Berne, elle fit périr cinq nulle habitants à Ziiricb, et sévit de nouveau en 1628. Glarus et le Tockenbourg n'en eurent pas moins à souffrir. Des villages entiers étaient dépeuplés, et la terre demeura inculte faute de bras; partout où le fléau pénétra, il enleva environ le quart de la population.
La barbarie et le fanatisme des hom»
mes nous offrent un plus triste spectacle encore : les solennelles solitudes de la Valteline furent ensanglantées par des massacres pareils à ceux de la Saint-Barthélemy . Tandis que les Planta exiles fmploraient, pour asservir leur patrie, le secours de l'empereur Ferr dinand II , leur cousin , Jacques Robustciii, appelait sous ses drapeaux tous les gens sans aveu du iMilanais. La construction d'une église réformée à Boalzo avait été déjà l'occasion de quelques excès. Le 19 juillet 1G20, Robustelli se présenta devant Tiranp, où il avait des intelligences; le tocsin sonne, le massacre commence et dure plusieurs jours; on n'épnrgne ni le sexe ni rûge; a peine si quelques réformes parviennent à s'eniuir, ou sont recueillis par des catholiques, qui partagent ensuite leur sort. Il n'est sorte de cruauté qui n'ait été exercée sur ces malheureux, et sans parler de ceux qui furent tués ou précipités dans l' Adtla ; on arracha les entrailles aux uns ; d'au- ^ très eurent la bouche remi)lie de poudre à laquelle on mettait le feu; des femmes furent jetées de roc en roc dans les abîmes; enfin l'on exposa sur la chaire la tête du prédicateur Bassa^ en lui criant ironiquement de descendre. Le meurtre et l'inceridie furent portés jusqu'aux villages des Grisons.
Un boucher osa se vanter d'avoir, à lui seul, tué dix-huit individus.
Robustelli se déclara le chef des insurges; Bormio se soumit, et il constitua le gouvernement. Chiavenna, au contraire, ne voulut pas se séparer des Grisons. INlalheurcnsemcnt les divisions religieuses empéchèreqC
L'UNIVERS
ce canton de faire justice de ces atrocités. Les rommunes catholiques de la ligue grise refusèrent de marcher; les deux autres ligues formèrent un corps de deux mille hommes, sous le commandement d'Ulysse de Salis et de Jean Guler. Ce corps franchit les montagnes; il avait déjà soumis la plus grande partie du pays, lorsqu'il éprouva tin échec au pont de la Gander. Les Espagnols accouraient en foule, et d'un autre côté un corps autrichien, dirigé par les Planta, envahissait le Munsterihal, yallée de la ligue grise, dont les habitants s'enfuyaient à l'approche d'un ennemi impitovnblr . T es Bernois ayant mis en route un corps de deux mille hommes , les cantons catholiques s'opposèrent à ce ou'il passât à Mellin- Ken dans les bailliages libres; ils se dirigèrent donc sur \Vindisch, où neuf cents Ziirichois les vinrent rejoindre; puis, ayant appris que Schwytz était en armes pour leur interdire le passage, ils prirent leur chemin par le Tockenbourp; de détours en détours, on arriva enfin chez les Grisons , puis on s'avança vers Bormio et la Yalteline.
A Tirano, on rencontra inopinément un corps espagnol soutenu par les insurgés; la hnt.'Hilp s'engagea. Le brave général Mulmen périt et tous les officiers, ainsi que deux cents Bernois, expiant par ce funeste échec le tort grave de n'avoir point éclairé leur marche. Il fallut repasser les montagnes. Cette action est du 11 septejiibre 1620. L'année d'après , Pompée Planta fut assailli dans son ciiàteau de Rietberg et tué d'un coup de hache, par dix-huit conjurés, à la téte desquels était Georges Jenatsch, ancien prédicateur. Neuf cents hommes de TEngadine se jetèrent , sous sa conduite , dans la ligue grise, et furent d'abord repoussés par quinze cents soldats des cinq cantons; mais bientôt, renforcés par les milices du Munsterthal et de Bergun, ils remportèrent à leur tour une victoire signalée. Sébastien de Castelbourg, abbede Dissentis, auquel on attribuait une grande part de culpabilité dans les massacres de la Valteline, s'enfuit sur les terres d'y^i , ainsi que
l'envoyé d'Espagne, et les oomnttneS
catholiques se réunirent de nouveau aux autres. Les Espagnols fureut obligés de se retirer du Bernardin et de la ▼allée de Misox.
Des négociations étaient entamées entre la France et TEspajine; il avait été décidé que toutes choses resteraient, à l'égard des Grisons, dans l'état où elles étalent en 1617; mais l'exécution de la convention souffrait des difflrultés : pendant que les cantons protestants cherchaient à arraner raffaire, les Grisons impatients rent une incursion dans la Yalteline et en furent repoussps. L'Autriche ne laissa point échapper ce prétexte de nouvelles hostilités. Dès le mois d'octobre, le colonel Balderon^ acoompagué de Rodolphe Planta, envahit l'En-
gadine inférieure, et se répnndit dans ie Prettif^au en y coni initiant les plus graves desordres. Les liabitants furent désarmés, puis on les contraignit de prêter serment de fidélité à l'Autriche. L'Engadine supérieure et Poschiavo se soumirent aussi; Meyenfeld et Coire même fiirent obligées de recevoir des garnisons, tandis que sept mille Italiens et Espagnols s'emparaient de Chiavenna. On arracha à la hgue TEngadine inférieure et huit justices du Pfettigau pour les donner à TAutricbe; et les Grisons, abandonnés par les confédérés, en consentirent la cession moyennant une redevance. L'Autriche y stipula le droit d'entretenir pendant douze ans des garnisons à Coire et à Meyenfeld; toutefois les imprudentes vexations qui signalèrent leur séjour l'abrégea de beaucoup. Une troupe de capucms suivait l'armée pour convertir ceux qui survivaient au carnage.
Les prédirntnirs furent chassés parles soldats ; soixante-quinze églises se trouvèrent sans pasteurs; un porte-enseigne eut l'impudence de se faire porter à dos d'homme sur une montagne , et Von stimulait du fouet sa malheureuse monture. Rien ne put ébranler la constance des réformés. Enfin l'excès du malheur amena la délivrance.
On s'enfuit dans les bois, on s'y rassembla, et l'on conspira pour recou-