U1SSE
mrlî liberté : fout derint arme entre
les mains de ces braves. Ils coupèrent des b.ltons de bois vert et y enfoncèrent des clous. On appelait lîaldiron le nouvel Holopherne. En vain on Fà- ▼ertit; il dfédalgna tous les avis, croyant qu'il aurait bon marclié de cette faible insurrection. Le dimanche des Rameaux fut ciioisi pour l'exécution : la première attaque eut lieu à Kublis. Le nombre des combattants grossissait à chaque instant; tout le
Kavs suivit cet exemple: quatre cents ouïmes furent égorgés; les couteaux étaient transformes en poignards , les faux en lances; les fuyards étaient jetés dans la Lanquarl: le fort de Luciensterg fut emporté d'assaut. Au combat du Flasclierberg , six cents ennemis périrent, et la garnison de Castel, également de six cents hommes, jura, en rendant la fortcre-se, de ne plus servir contre les Grisous; serment qu'elle viola immédiatement. Ces exploits rustiques sont parfois entourés des prestiges de la lable : deux fois de petits moutons blancs apparurent en signe de bonheur, et Ton vit la main droite des parjures tués dans les combats sortir de terre et s'étendre vers le ciel. Si ^Tevenfeld , où s'étaient retirés les Autrichiens , ne fut pas prise aussitôt, c* est que l'on voulut épargner ses habitants. Les Espagnols s étaient fortifiés dans Coire; il eut été difficile de les en expulser; mais une montagne s'abattit et détourna la rivière, comme si les phénomènes, ordinairement cause de desastres, venaient aussi prendre part à la défense, comme si cette terre de liberté devait elle-même rejeter ses oppresseurs.
Cependant le peuple des dit justices ne manqua point à la patrie : Rodolphe de Snlis, Pierre Guler de Davos et ThuriDg Enderli de Meyenfeld , le dirigèrent. Les trois fédérations se réu- Dirent : on jura de nouveau Palliance, et Ton proclama une entière amnistie de tous les faits passés. Mais Baldiron reparut dès le mois d'août à la tête d'une armée de dix mille hommes:
femmes, enfants, vieillards, furent immolés à la fureur du soldat, qui se
vengeait lâchement de ses défaites précédentes. Les confédérés, inca*
fiables d'agir, recommandèrent au roi e salut des Grisons et l'exécution du traité de Madrid : les députés des cantons avaient même obtenu un armis> tice. L'arrivée de Baldiron était donc tout à fait inattendue; il entra par Schlins dans la basse Engadine : on combattit dans toutes les vallées et sur tous les sommets. Le 5 septembre, il y eut, à Raschnal, commune de Saas, un combat à outrîinre; if fallut céder au nombre. Néanmoins trente guerriers du Prettîgau se jetèrent au milieu des rangs ennemis, pour 'leur apprendre ce que peut l'homme q^ui se bat pour son pays ; ils ne succombèrent qu'après des prodiges de valeur : autour d*eux la terre était couverte de cadavres. Après cette bataille , les habitants se répandirent dans les bois; les uns trouvèrent un asile chez des coreligionnaires, les autres périrent de faim ou d'une maladie apportée par les Hongrois. Un corps de troupes de Coire se retira morne et silencieux à la vue des ruines et des VîUages incendiés ; secours inutile ettardifgue les discordes civiles n'avaient point permis d'envoyer à temps.
La ligue prise et celle de la maison de Dieu envoyèrent des députes a Lindao : il ne s'agissait de rien moins que de la cession de huit justices et de la basse Engadine, de garnisons autrichiennes à Coire et à Meyenfeld; mais l'ambassadeur de France ^ les cantons protestants s'y opposèrent, et le traite ne fut point conclu. La France pénétrait trop bien les projets de l'Es-
Sagne pour ne pas intervenir; et, tants que le pape Urbain VIII faisait occuper la^Yalteline, et proscrivait les réformés , elle se ligua avec la Savoie et Venise. Richelieu voyait l'Autriche étendre sa domination au nord des Alpes; l'Espagne régner au sud. Il fit exhorter les Suisses à la concorde , et les engagea dans une expédition pour laquelle Berne fournit trois mille hommes, qui furent rejoints en octobre par trois mille cinq cents Français. Les exilés des Grisons oompo-
salent l*a¥ant-garâe. les Autridiiens
se retirèrent de tout le pays, sans même tirer Tépée; et la ligue des dix justices rentra dans la confédération :
lout ie peuple avait çris les armes a rapproche des Français. Les défilés du Tyrol furent occupés; et le marquis de Cœuvres, qui commandait pour la France , Venise et ia Savoie, vint à
S)raiio, prit et rasa !e fort de Piatta aia , s empara de Tirano , Sondrio , Morbegno, et, vis-à-vis dt^ Fuentes, bûtitun fortqui fut appelé ^ uoveFrande. Le 1*' février 1625, on prit d'assaut le fort et la Tille de Chiavenna. Un traité conclu entre la France et l'Espagne remit tout en l'état où se trouvaient les choses en 16i7, en ne tolérant toutefois que la religion catholique : les forteresses furent données au pape pour t^tie démantelées. Les Grisons n'eurent pas lien d'être contents de ces stipulations. C'était encore une conséquence de leurs divisions; ils s'unirent donc, et créèrent une administration centrale qui protesta contre cetteeonvention conclue à Monzone dans TAragon , et appela les confédérés au secours des Grisons.
Une troisième invasion les menaçait à leur insu. L'empereur ayant fait offrir aux confédérés de garder leurs défilés, ils répondirent a cette étrange proposition , qu'ils se chargeaient euxmêmes de ce soin. Tout à coup trente mille Autrichiens entrèrent dans les Grisons par Luciensteig, occupèrent Meyenfeld et Coire, et gardèrent tous les passages et tntis les ponts jusqu'à Chiavenna. Unepartiede l'armée passa en Italie , l'autre resta i et fit peser sur ce malhiKireux pays tout le poids de l'oppression. Les habitants étaient obligés à travailler aux fortilîcations : avec ces vexations revinrent la famine et la peste. Le peuple accusait les grands de Tavoir vendu. Le découragement était universel. Le maréchal de Bassoiupierre , ambassadeur de France , appela les confédérés à la défense des Grisons; mais les six mille hommes qu'il en obtint furent divisés entre le Piémont et les frontières de tiorraiae, et il fallut que les Grisons
souffrissent en silence; enfin les etploits de Gustave Adolphe vinrent détourner Tattention des Autrichiens; ils eurent besoin de lui opposer toutes leurs forces ; d'ailleurs le traité conclu au mois de juin 1680, avec la France , les obligeait à évacuer cette contrée.
Le peuple, alors, s'enifiressa de renouveler le pacte fédéral qui unissait les trots ligues : on leva quelques mille hommes que la France solda, et dont le commandement fut confié au duc de Rohan, ambassadeur de France, qui venait d'arriver à Goire ; il méritait cette confiance par sa loyauté t sa prudence , ses talents militaires; mais Id paix subsi^nt encore entre h France et l'empereur, il se refusa . à entrer dans la Valteltne. Ce ne fut qu'en 16S5 aucune nouvelle rupture lui permit o'agir. T! fit venir une armée française , à laquelle se réunirent quatrejnille six cents hommes de Berne, Zurich.
Soleure, Fri bourg, Uri , Schwytz, et six mille Grisons : aussitôt il s'avança sur Borinio , Chiavenna et Riva, qui ne tirent aucune résistance. Mille Vénitiens renforcèrent Tannée. Cependant les Autrichiens, arrivant par lit vallée de Munster, reprirent encore une fois h\ Valteime; c'est alors seulement que commença la campagne : à Ma2zo, Rohan leur tua trois mi lié hommes; et les battit dans la vallée de Freel , à Bormio et à Morbegno, où il périt deux mille Espagnols. Lei hostilités continuèrent en 1636, daoB les environs du lac de Corne. D'abord la France parut disposée n seconde^ les vues des Grisons; mais elle ehang|ea subitement de résolution , et s'en tint, à peu de chose près, au traité de Monzone. Elle se réserva un droit d'arbitraire sur les différends de là Valteline avec les Grisons. L'exaspération fut alors portée au plus haut degré; pour comble de malheur, le duc de Ilohan était malade, et voyait ses bonnes intentions paralysées |>ar l'ambassadeur Lanier, dont les airs hautains et les menaces aliénaient tbus les esprits. La solde n'était pas pavée , et cependant les troupes de la ligne constituaient la principale
force de Tarmée française. Les Grisons reconnurent qu'ils ne devaient plus compter sur les Français. De ce momènt, Imatseh et qaeiqueK dhéA qui avaient, comme lui, eloHeiliaement oombattu dans la Valtelinp , s'adressèrent secrètement à l'Espacine et à TAutriche; il se rendit à Inspnick , dissimulant et son voyage lit ses intentions , et trompant le duc de Roiian par de mensongères protestations. Cependant celui-ci eut connaissance de ces menées , et renforça Sbn eamp retranché au confluent de la Lanquart et du Rhin. Tout à coup Jenatsrh parut à la teto des insurgés : il arrivait des troupes allemandes du lac de Constance; il Tenàit des Espagnols de ritaiie. Dans ces citconstances , le duc de Rolum s'engaj^ea à évacuer le pays , rappela prés de lùi le maréchal cfe Lecques , et se retira aveib beàncoun de dignité. En par»
tant, le maréchal dirigeant son pistolet sur Jenntsrh : C^est ainsi que Von quitte tes traîtres ^ s'écria - 1 - il ; mafs le coup ûe partit point. Jenatsch étoit réservé à la vengeance de Rodolphe Planta , qui le tua deux nns plus tard, dans un bal, parce qu'il avait assassiné son nère Pompée Planta.
Des traités avec rEspagne et VAch tridie confirmèrent aux Grisons la possession de Chinvenna , de la Valteline et de Bormio , h condition toutefois que le catholicisme y serait seul
tolérà.
La guerre de trente ans et le traité de Munster eurent une heureuse influence sur les destinées de la Suisse.
Décidés è nne ehtièré heotralité, lâ confédérés voyant que les Impériaux , les Suédois, les Français, forçaient quelquefois le passage sur leurs frontières pour s'attaquer les uns les autres, réglèrent entre eux fes contin* gents à fournir pour la défense dtt pays et l'inviolabilité du territoire neutre. On inséra au traité de Munster un article spécial, qui déclara la Suisse indépendante de TEmpire et de ses juridictions : jusque-là, les villes prenaient encore sur leurs monnaies le titre de cwitatts impc'
rialea , et décoraîeiit leurs drapeaux et leurs édifices publics de rnisrle uttérial. Laclmmbre de Spire continuait les citer devant elle ; mais vOtd le fait qui donna lieu à ce î^rand événement.
Florian Wachter, de Schlestadt en Alsace, avait actionné la ville de Bâle pour une prétention de peu d'importance; néanmoins la procédurU avait été si bien conduite, que déjà tes frais s'élevaient à plus de quarante mille florins. Les confédérés se plaignirent de la chambre de Spire, protestant contre sa juridiction ; mais cette cbam* bre fit exécuter son arrêt , et les marchandises des négociants bûlois furent saisies dans plusieurs pays. Le confflf^s de Westphalie était alors assem-^ blé ; le bourgméstre Weltstein, manf de pleins potivoîrs des cantons protestants de Saint-Gall et de Bienne, s'y rendit, et les ministres franc^ais furent charités d'intervenir en sa fa* veur. Obligé de faire face à ses dépert* ses lui-même, abandonné de tous^ Wettstein mit dans sa conduite tant de finesse et de oOâstatice , et acquit tant de considération, l^'il réussit au delà de ses espérances ; et l'emperieuif ne voulant pas que le pl'énipf^tehtîaîre français, . le duc de Longueville, en eût tout le mérite m\ yeux dto Suisses, rendît Un rescrit , par lequel les cantons furent affranchis de la jtiridiction des tribunaux de l'Empire. Spire néanmoins persista dans l'exécution de fa sentence. Le rescrit avait passé dans les traités de Munster et d'Osnabruck , et ce ne fut encore que quel-
âues années plus tard que les droits es cantons ûirént oâvertiftment reconnus et triomphèrent de ces tracasseries. La Suisse, dès lors, prit en Europe un rang non contesté, et si le peu d'étendue de son territoire ne loi donnait pas dans le système êtà crands Etats une prépondérance ploS facile à conserver pendant le moyen âge , du moins elle pouvait faire respecter sa neutralité , servir de contré^ poids à tout dérangement de Téquiîibre général , et demeurer redoutable à quiconque oserait méconnaître son indépendance. Deux causes l'empéohd-
LUNIVERS.
rent de prospérer : la première, le service étranger : à cette époque, elle avait vingt-cinq mille guerriers à la solde d'autres puissances; la sm)nde, les discussions religieuses et les insurrections des campagnes contre les villes. Ces mouvements sont trop importants pour ne pas troufer place dans notre récit.
Les campagnes sujettes des villes se plaignaient des charges que celles-ci élisaient peser sur «les, des impôts nouveaux , des exactions et de la iiau* leur des baillis et des employés. Ceuxci, se prévalant de leur titre de bourgeois, traitaient les pay&aii:» avec un superbe dédain, et toute justice était reiusée à ces malheureux, qui comparaient tristement leur sort avec relui des montagnards des cantons primitifs. L'im^t du sel et le monopole qu'en faisait le gouvernement entraient pour beaucoup dans lemécontentenient universel, gui fut porté au comble par une réduction dans la valeur des monnaies. A Berne et à Luoeme on procéda à cette mesure, si dangereuse en elle-même, avec beaucoup de prrcîpitation , et l'on ne donna que trois jours pour verser au trésor les monnaies réduites.
L'insurrection éclata dans TEntlibuch : des députés avaient été envoyés à Lucerne ; ils furent mal reçus , et s'en retournèrent exaspères ; on cbassa les huissiers qui venaient exiger des redevances. L'avoyer, suivi de magistrats et dVeelésiastiques , vint à Scbùpfen; mais, au lieu des quarante Jurés du pays, il y trouva toute la population en armes : à la téte de ce rassemblement étaient trois hommes vêtus comme les libérateurs du Gruttli. On jugea par là de leurs intentions : aussi les plaintes furent-elles tumultueuses; on réclama contre les percepteurs d«' l'itiipot; on exî^en la représentation du titre qui soumettait î'éntlilKich à Lucerne; l'on réclama des lettres de franchises oue l'on disait avoir été sotistr:iîtes; enfin, on se sépara sans nen conclure. Des postes iijiiitaires disposés par les insurgés ar-
létèrant toute eommunication avecLi»-
cerne. Pendant que cette ville implo»* rait le secx)urs des cantons catholiques, les insurgés constituaient et ju- . raient une ligue à WoUhausen : là furent rédigés vingt-sept griefs. Entre autres on voulait , si le gouvernement ne consentait pas a rendre à la monnaie sa valeur, payer les intérêts en nature, et les capitaux en biensfonds sur estimation; enfîn, on demandait la réduction des dettes aux deux tiers. Il y eut à Willisau une conférence avec les députés des six cantons; mais les insuri^cs ne crdrrent sur rien et se disposèrent a marcher cuuUe Lucerne, s emparant de la personne des députés. Aussitôt, les cantons envoyèrent quatre cents hommes pour renforcer la çarnison de la ville; Zurich et Berne mirent aussi des troupes sur pied : alors les rebelles implorèrent la médiation decesdéputés qu'ils avaient nrrétés, et ceux-ci oublièrent leur m |iire personnelle par amour pour la patrie; Lucerne, de son côté, était devenue plus flexible. Le conseil savait que la bourgeoisie murmurait contre les patriciens. Les conditions furent arrêtées et acceptées : elles consacraient les droits de la cité et les franchises de la campagne. La dissolutioa de la li* (îue de Wollhausen fut prononcée, et il fut dit que désormais le conseil de Willisau élirait lui-même son avoyer.
L'Emmenthal n'était pas plus tranquille, et Berne aussi s'était adressée aux alliés; une dicte à Baden venait d interdire les rassemblements sous des peines sévères : toutes les mesures étaient prises ; en cas de danger , Zii* rîch , Glarus, Appenzell. Saint-Gall enverraient leurs troupes a Lentzhourg; Soleure et Fribourg couvriraient Berne; Bâle placerait son contingent à OIten ; les cantons occuperaient Brem* garten, Meliingen et Baden; et Schaffliousen attendrait des ordres à Brugk.
Le Valais et les Grisons furent avertis de se tenir prêts. On se crut assez fort pour sommer les paysans de déposer leurs griefs, pour mformer sur la conduite des baillis, et la diète !eur recommaiida^ non de taire craindre l'autorité, mats de la faire aimer*
SUISSE
Contre l'attente de la diète, Iq fer- ticles de laJédération furent Jurés 80*
mcDtation ne Ot que se propager, toute lennellement à Sumiswald. Comme les
la partie allemande du territoire ber- riches étaient secrètement dévoués à
nois était en révolte; déjà le petij/le rautorité, on sp permit beaucoup d'ac-
avait refusé de marcher contre lies in- tes de cruauté a leur é^^'ard : on leur
surgés^de Lucerne, il ne tarda point coupait les moustaches, et souvent les
à se porter aux mêmes excès. Les oreilles; on leur appliquait parfois la
. bourgeois arrivèrent, et l'on demanda tête à une meule à aiguiser, que Ton
des secours à IJienne, Neufchatel et faisait tourner de manière à enlever
Genève. La plupart des villes, tout en la çeau et la chair. Ces actes de fero-
les accordant, étaient loin- de condam- cite et une démarche inconsidérée en-
ner l'insurrection; on se demandait vers l'ambassadeur de France, pour
de quel côté était le bon droit; on rap- demander des troupes, perdirent la
pelait les exactions des baillis qui sou- cause des révoltés dans tous les es-"
vent condamnaient, sous le plus léger prits, car la fédération était menacée
i)rétexte, à de grosses amendes, dont d*une dissolution prochaine. Leuene paysan s'affranchissait ensuite en berger, investi d'une puissance dictasouscrivant un titre au profit du juj^e; toriale, n'était qu'à une lieue de Berne on n'avait pas oublie 1 insolence des et menaçait d'interrompre les commusubalternes, etc., etc. Aussi plusieurs ni(/btions; d'autres divisions avaient inclief& eurent-ils pour instruction de vesti Aarau et gardaient les postes de s^interposer entre les uns et les autres. ' G uminen et de'NVindisrh. Les dépêches Les paysans de Soleure et de Râle par lesquelles Berne demandait du seétaient dans les mêmes dispositions cours aux confédérés avaient eteinterque ceux du canton de Berne : un dé- ceptées; le désespoir était à son comble, tachement, qu'on- envoyait occuper Le gouvernement consentit à négo* Aarbourg, fut repou^^r. Les soldats de cier, et {)romit cinquante mille livres, Bâie et de !\Iulhousen étaient à Aa- mais uniquement a titre de secours rau : ils furent obligés de se retirer pour les pauvres; il s'engagea a beauen passant au milieu a*une haie de pay- coup d'autres réparations , a cliarge de sans. Heureusement, les députés des soumission de la part des sujets et de cantons évangéliques parvinrent à une renonciation à leur ligue. Cependant transaction qui adoucit la position des arrivaient à Aarberg les troupes du campagnards, leur donna des termes pavs de Vaud, qui, n'ayant avec les pour raequittement des dettes, abolit Allemands aucune intelligence, étaient certains impôts, et maintint néanmoins restées lidt les ; et les alliés, sous la le décret de réduction des monnaies, conduite du général Conrad "Werd- Les insurges se soumirent à demander millier, allèrent prendre position à pardon, à genoux, au grand conseil. Mellingeh. Le général Zweyér couvrit Amnistie entière fut proclamée, et il Lucerne avec cinq mille hommes des en fut de même dans l'Argovie et à Waldstetten, de Zug et des bailliages Soleure. L'ordre était à peine rétabli, italiens.
aue les orages recommencèrent à grou- Les insurgés avaient enlevé deux er sur Lueeme : on ne voulait plus pièces de canon à Sursée; ils établi* - . lenoncer à la li^ue de Wollhausen; les rent , près de Mellingen , un camp rerebelle? qui s'étaient soumis à Berne tranché , elles liostilité.s s'engagèrent; et à Soleure reprirent leur attitude ils échouèrent dans une tentative sur hostile, et tirent cause commune avec Zolingen : un armistice ayant été de- ' FEntltbudi. Nicolas Leuenberger, de mandé çt obtenu par eux, ils envoyè- Trachseiwald, et Christian Schybe, de rent des députés au camp. Là ou exi- Erscholzmatt , furent les chefs de cette gea la dispersion immédiate de ces nouvelle sédition : le premier, plus bandes, la punition des fauteurs de expérimenté et plus habile; le second, ces troubles, l'anéantissement de la plus hardi, plus entreprenant. Les ai^ ligue. Les paysans de Bâle, Berne»
17« lÀm-ttisM. (SirissE.) 17
L'UNIVERS
Solciire, acceptaient ers conditions; mais ceux de Luccrne s'excusèrent, disant qu'ils n'avaient pas de pouvoirs •offisants. Leuenber^er passa aussitôt dans TArgovie supérieure ; Krlach s'avançait avec sept mille hommes; il poursuivi deux mille insurgés depuis Lanjgenthal ju^qu a lierKo^enbuchsée :
•près une résistance opiniâtre dana le bois, dans le TiUage, au milieu des flammes qui le consumaient , et derrière les murailles du cimetière, les rebelles prirent la fuite. Ce ne fut pas la dernière action; il y eat encore birn des malheurs; un convoi de poudre du gênerai Zweyer sauta ; et, sans un renlort venu dé Saint-Gall, il lui «Ét été impossible de tenir contre Tennemi. Les Lucernois tiraient quellefois en l'air, disant qu'ils n'étaient point là pour tuer des paysans, mais pour déleudre leur ville. Ces dispositions amenèrent celie«ci à conclure une convention désavantageuse : les cantons protestèrent, et lirrnt désarmer lescauipagiinrds.Zweyerb elantavancé avec ses troupes Jusqu'à Surséi, tout te rangea; mais, pendant sa route pour rentrer à Lucerne, l'avoyer fut atteint d'un coup de feu , et l'un de ses compagnons tué. Les Bernois exceptèrent r Ar^ovie inférieure de leurs mesures de rigueur. Leuenberger fut dé(n[*ité à Berne; sa tête attachée au gibet, son corps < cartelé : le supplice de Schybi eut lieu à Sursée: il y eut encore beaucoup d'autres condamnations.
La paix eut régné à l'avenir, si une même religion eut rassemble les Suisses , au pied des autels; mais la haine du fanatisme s'apaise rarement. On se reproeluiit nuitueliement des griefs nombreux : aux catholiques on imputait à crime la li^ue Borromée ; aux prolestants , des alliances arec la Hollande et l'Angleterre; et en effet, le ^fBer Stokar de Schaffbouscn avait été accueilli par Cronnvell avec de grandes démonstrations d amitié; et les c^iutons avaient été compris comme alliés du protecteur dans le traité de 1654.
De leur côté les catholiques ftisaient cause commune avec r£spagae , la Sa-
voie, révêque de Bâie : il était impossible qu'il n'y eût pas exaspération des deux parts ; et les ecclésiastiques des deux religions Fentretenaient. Dans le canton de Schwytz on exerçait une véritable inquisition. l'n jour six familles d' A rth s'enfuirent a /arirli, deniaiidaut asile; et cette cite mtervuit pour qu'elles pussent faire Tenir leur fortune. Schwytz n'en tint compte, confîsqun les biens, arrêta les parents et même les amis , et accusa tes fugitif d*étre des anabaptistes. On fit mime entendre aux envoyés que l'on soupçonnait Zurich de fomenter les dissensions religieuses. Ce n'est pas tout : on livra au supplice trois faom* niea et une femme; ûols autres personnes furent envoyées à rinquisitloo de Milan. Sur ces entrefaites, Baden augmenta ses fortifications, ce qui lut considéré comme le premier acte d'hostilité. Zurich oontinuait à demander l'extradition des l^ena, Schwytz celle des personnes; et comme ce canton ne voulut pas céder aux représentations des cantons , Zurich fit à Tmstant occuper Bremgarten et Mellingen. Les réformés exigèrent des catholiques de rompre avec l'Espagne; enfin, sur leur refus, Werdmiiller se mit en campagne.
U avait combattu sous les drapiàux de la Suède , de l'Kspagne , de la France dont le roi venait de le combler de faveurs; il s'était acquis une brillante réputation , mais elle vint expirer sur le sol de la patrie. D'abord il Ht <te mauvaises dispositions, et entreprit le siene de Rappcrsdnvyl ; opération qui a doriiu: son nom a toute la guerre. Outre les bourgeois décidés à résister à outrance, il y avait dans la place deux cents Espagnols : pendant ce temps, les Zurichois pren;n"ent et pillaieut Kayserstuhl et Kheinau , soumettaioit'la Thurgovie , et occupaient Baden. Berne, se joignant à Zurich , lui envoya ses troupes, et fit g;irder ses délilcs , et notamment le Bruuuig.
Les catlioliques tenaient les passages de TAIbis, ainsi que la ville de Mellingeo. L'armée bernoise vint à Dettikon et à Wilmergen; mais elle était sans discipline et ne se gardait pas , parce qu'elle
SUISSE
^1- ttoéu,i7t4imlMtÊmÊÊtnimÊtÊk
tions : la plupart des officiers étaient h la Tburgovie avee <|iimDte- trois w-
Lentzboiirg. Tout à coup le coIoîk^I crues qu'il avait enrôlées pour !*Es- PfyfferdeLucerne,àlatéied'un(-orps pagne; il suivait des chemins detourdedng mille hommes environ, se pre- nés; et ses compagnons, toujours aenta à Tfssue du bois : on rit de Taver- ivres , commettaient oeaucoup de d<tissement donné par les avant-postes; sordres. Arrivés à Lîpperschwyl , ils on aima mieux s'en rapporter a quel- entrèrent dans l'église réformée l'épée ques jçunes. gens qui , au retour d'une nue à la main : une femme courut à promenade à clieval , assurèrent qu'il «Ne de WifoMingen , criant que Ton n*j mit aucun danger à craindre.' Au assassinait fes-liabitants de Lipperschmoment d'attaquer, Pfytfer reçut des wyl. On s'arma, on sonna le tocsin, dépêches; mais, présumàntbien qu'elles et l'on courut au lieu menacé : cinq re- ^nfermaient la défense de combattre , crues furent tuées , les autres prises ou it les mit dans âh pocbe, disant qu*il dispersées. D'autres grieft encore eiasn'avait pas le temps de les Kre. Les péraient les esprits; un signal destiaé Bernois, troublés, ne se rangèrent a faire connaître les incendies , ayant qu'avec hésitation : placés dans un che- été mis en flammes on ne sait commin creux , les catholiques dirigèrent meqt , Zurich et les cinq cantons y acun feu ternUe sur eux; et, eomme coururent, mais nul ne voulait cornées malheureux n'avaient de munitions mencer l'attaque; on négocia, OD que pour deux décharges , ils furent procéda , on instruisit contre les obligés de se replier : aussitôt les Lu- paysans de Wigoldingen: deux d'entre eernois , excités par lenrs prêtres , exé- eux eurent la téte tranchée ; deux au* entèrent une charge vigoureuse : la très furent exposés ao carcan, cavalerie ennemie ne put la soutenir, Les négociations avec la France, et l'infanterie se dispersa aussi. Une les guerres de cette puissance en lioldivision bernoise qui s'approchait de- lande et au delà du Rhin , la prise de meura dans rinaction , et la perte de possession de la Franche-Comté , enfin l'armée eût été entière, sans les soi- quelques tracasseries religieuses à Ge» dats qui étaient postés dans les vignes nève, occupèrent, pendant les années et qui Urent bonne contenance. Un suivantes, l'activité des confédérés; bataillon cfe Zofingen couvrit la re- mais, lorsquen 1679, le roi fit constraite; on arriva à I^tzbourg à neuf truire les fortifications de Huningue, heures du soir, à ta lueur de villages B^le s'en alarma. Cette cité dépécha incendiés par le vainqueur. On avait vers Louis XIV Abel Socin; il reçut perdu dix pièces , deux cent mille Uo- pour réponse aue cette forteresse serins, la chancellerie de Tarmée, deux rait aussi profitable aux alliés qn*à la étendards, neuf drapeaux , et environ France elle-même. Les cantons intermille hommes tués, blessés ou prison- vinrent aussi, se plaignant vivement niers. Les catholiques demeurèrent de la proximité de ces ouvrages militrois iours sur le champ de bataille, taires. On leur répliqua que IJuningue - «lis lis se retirèrent avec leur butin, n'était pas plus près de leurs limites ^Jts réformés ne furent pas |iAus heu* que Constance. L*affaire fut conduite reux à Rapperschwyl ; ils se virent re- mollement; le roi acheva l'exécution poussés de ses remparts avec perte, de son projet, ieta même un pont sur Cqieodant les deux partis désiraient le Rhin, et le fit protéger par un ouégalement la paix : elle fut signée le 7 vrage à cornes sur la rive droite; mais mars 1656; on laissa à chaque État la le pont et le retranchement disparurent faculté d'agir comme il l'entendrait en en conséquence du traité de iiiswyck. matière religieuse; la même liberté fut Quelques années plus tard, les fortili- .^Meédéeauxindividosdansiespayspos* cations de Landscron ne donnèrent ^tÊÊÊÊÊiéa commun. Mais le repos ne fut pas moins d'inquiétude aux Bfllols. jfifi^^liofnftduiéi: JojourdelaPen- Cest un vieux château qui appartenait
Dlgitlzed by CÔOgle
L'U»1V£RS
m moyen âge, à la femiUe du célèbre Burahard Munch, de ce traître
qui fut ttié a la bataiUe.de Snint-Jacgues par un Suisse, pour avoir dit
Îu'iLse baignait au milieu des roses, ândscron présente encore sa vieille tour démantelée aux regards des habitants de l'Alsace; il \c\\v rnppelle des souvenirs glorieux des dernières guerres. Du haut de ce donjon la vue s^étend sur le cours de la Birse , sur Harlesheim ef ses jardins enchantés, lîon loin de là , sur les sommets voisins» d'autres vieux châteaux couronnent l'hémicycle de montagnes qui s*arrondît autour du confluent de la Birse et du Rhin ; mais ces châteaux n'ont point la rirliesse de souvenirs qui jette tant d iiitérét sur I.andscron. En traveri>ant la piaine arrosée par ces deux couruits, on le voit au loin', sur les hautes limites de la France , sentinelle monumentale, gnrdien du passé i orgueil du présent et de l'avenir.
IVIalgré ce dangereux voisinage, et quoique les pays voisins fussent dévastés par la i^ut i re , Bâie fut le tliéâtre de discordes fort orageuses;. Depuis longtemps le petit conseil s'était en quelque sorte arrogé la puissance législative; il négligeait d'assembler le grand conseil , ne le convoquait guère que pour des affaires de forme , et méconnaissait toutes les prescriptions en matière d'élection. Les familles , dont le pouvoir était d'abord fondé sur la considération , s'arrogeaient le droit d'envahir à elles seules les hauts emplois, ou bien on uc donnait entrée au conseil qu'à des êtres subalternes
Îue Ton pouvait facilement dominer, ja même aristocratie se formait à Berne, à Lucerne, à Fribouri: : !e gouvernement n*était plus guère quHn pacte entre plusieurs maisons, qui s'assuraient mutuellement rinlluence et la richesse ; les autres disparaissaient pctj à pîMi (le la scène politique. Le peuple se plaignait amèrement ; on reprochait aux membres du petit conseil de BâIe d'être accessibles à la corruption , de mal administrer les biens ecclési;istir|ues , de se livrer à des intrigues Rectorales. £a 1690, les tra-
vaux d'Hun incue fdbrnîrent roccasioii*
d'assembler le grand conseil : les mécontents voulurent le faire rentrer dans 1 exercice de ses droits ; il y eut des réunions particulières, et une commission prise parmi les membres de l'un et de l'autre. Pendant qu'on revisait ainsi la constitution , il arriva six mille Français dans Huningue: circonstance qui inspira beaucoup de méfiance à la bourgeoisie : le grand oon* sdl finit par craindre beaucoup plus cette dernière , qu'il n'avait craint le " petit conseil ; car elle avait aussi ses réunions et ses commissions , et s'était constitué un procureur général : Fatîo fut appelé à cette dignité. Les confédérés de Baden envoyèrent des médiateurs ; mais tout à coup les bourgeois fermèrent les portes de la ville, et entourèrent la maison commune; il fallut destituer beaucoup de membres du grand et du petit conseil. On se plaignait aussi de Texistence d'ùn conciliabule de fennnes : celle d'un chef de tribu fut condamnée à six mille écus d'amende , et à garder quatre ans la maison; punition ffantant plus dure, qu'elle était renoinmee pour sa beauté.
Les troubles se prolongèretit l'espace de plusieurs mois; il filllut que le grand conseil consentît aux exigences du peuple; enfin, de part et d'autre, on convint d'accepter l'intervention de la diète : le conseil désigna les arbitres au'il choisissait , ce qui donna lieu à de nouvelles difficultés. Tout à coup éclata une violente sédition, qui donna aux défenseurs de 1 ancien ordre de clioses un ample prétexte à sévir contre les novateurs; on maltraita des citoyens , on démolit des maisons. Le procureur général de la commune Fatio répandait partout la terreur, se constituait iuge en toute affaire; il contraignit le grand conseil à l'acceptation de ses conditions et à la déclaration d'une complète amnistie; mais, quand arrivèrent les médiateurs, ils annulèrent tous ces actes, voulant, disaient-ils, que force demeurât à l'autorité : en conséquence , ils firent ren« trer au conseil tous ceux qui av.nent été exclus. Fatio avait perdu sa popu-
SUISSE
larîté ; après le éépÊTt des médiateurs
il fut arrêté: m vain ses partisans es- Fayerent de le délivrer à main armée, ii fut condamne à mort par le grand conseil , ainsi que son beau-frère Aloses, et iean Mailer, le chef de la troupe qui avait voulu le délivrer.
i\près rexécutioti, on prononça eneore beaucoup d'autres condamnations aux travaux forcés , à l'exil , a la perte des
. droits de bourgeoisie. Les portes de la ville demf^iirerent fermées pendant plusieurs jours. Les [irocès - verbaux des conciliabules lK}urp;eois furent brû-
' lés par la main du bourre^iu. Nous n*avons esquissé ces agitations d'une seule ville , quepo?ir donner à nos lecteurs un exempte de ce que devenait, au milieu de ces menées , cette histoire de Suisse naguère si majestueuse : désormais elle se traîne dans une multitude (le détails d'administration; et, petîdant que les descendants des héros de Morgarten , de Seujpach et de Morat vendent leur sang aux potentats étrangers , les hommes d*un âge mûr se perdent en minutieuses discussions:
on croirait lire un journal moderne; et les délibérations des plus grandes cités ne sont plus que des querelles municipales. I^ous ne ferons que les indiquer, et nous passerons rapidement sur le di\-hn!tiemc siècle, jusqu'à ce qu'enliii de j;rands événements, dont la Suisse fut le théâtre, aient réveillé cette nation pour l'associer aux fastes de la révoiuiion française, aux exploits de ses ^uen lers ; jusqu'à ce que de nouveaux traites en aient ttianj^é la face pour rétablir la confédération sur de nouvelles bases. Ainsi nous ne dirons que peu de chose de In ?nerre civile quiaflli^ea le Tockenbourj; pendant les premières années de ce siècle.
La guerre de la succession d*Rspagne, contemporaine de celle-là 4 exerça aussi une influence marquée sur les événements intérieurs de la Suisse ;degrands événements eurent lieu dans le voisinage de SCS frontières; et souvent les confédérés se virent contraints de suspendre tes coups qu'ils se portaient mutuellement^ pour jeter sur les parties belligeiautes un re^aid obf«*'-
vateur, pour renforcer leurs places,
et garantir leur territoire. Du reste, les confédérés tinrent une conduite assez vacillante dans leurs relations
Solitiques , félicitant le roi de France e réiévation de Philippe Y; et, d*un autre côté , ne voulant pas faire un acte qui impliquât une reconnaissance formelle; puis, s'attiraiit à la fois leraécoDtentement de TAutriche et celui de Ut France, ils firent occuper les villes forestières an nnni de remperetir, et fournirent des troupes à Louis \l\ ; ils maintinrent au surplus la neutralité de leqr territoire, et voulurent m^e Pé* tendre au pays de Baden. Quand le maréchal de Viltars battait les Impériaux à Friediingen, on gardait hùle et toute la frontière; mais, l'année suivante , on laissa passer les Français par petites divisions de vingt hommes.
Bientôt b hcr des affaires changea :
la malheureuse journée de Hochstett, et 1 évacuation de la Souabe par les Francis , rendit à Fempereur une prépondérance marquée dans les affaires helvétiques. Louis XIV demanda la n)édiation des cantons ; mais les affaires de la France allaient de plus mal en plus mal. Le prince Eugène força, ea 1 700 , les lignes de Turin , et reprit le Modenols, leMantouan, et le IMilmnis.
Fnfin , trois ans plus tard , le gênerai Mercy osa violer la neutralité suisse, et fit invasion en Alsace par le territoire de Bâle, dans la nuit du 20 août 1709; il i'fd complètement battu dans une glorituise journée où le comte du lîourg vint à sa rencontre à llammerstadt, n*a3[ant à lui opposer que quelques bataillons, et le lendemain Merrv traversait en fugitif, et suivi de quelques cavaliers seulement, ce territoire helvétigue qu'il avait foulé avec' tant d*orgueil peu de jours aopa-* ravant. Ceux qui n'avaient pu Tempéclier de passer Je snlnèrent cie quelques décharges de mousqueterie, pour le tenir à distance de la ville. La France, de son côté, exerçait aussi quelques violences; elle avait à se plaindre d'un conseiller de < oire , appelé Thomas Masner; cet homme, dévoué à TAutriche, faisait beaucoup de mal aux
marchands français, soiis prétexte qu'ils se livraient à la contrebande; il s'était même |)erinis d'arrêter un courriert ^ de Un enlever ses dépêches^ et «es effets. Pour l'en ^mWy la France •ut recours à la ruse; son liis faisait ses études à Genève; là se trouvait aussi un jeune l)omme , irere de i inter^ frète iirançMS à Goire. Ce jeune bomme engagea llasner, Tétudiant « à uoe promenadr; niais , parvenu aux avantpostes f rançais , on le saisit, et on l'^nternia dans le fort l'Écluse. Dès que Je fiut fut connu , Thomas If asner vengea son fîls en arrêtant rinterprètefrançMt à Coire. I,'interv( iition de du Luc, l'ambassadeur en Suisse, le contraignit à demander pardun ; il l'avait fait «08 i*espoir que son fils serait aussit^t rendu à la liberté ; il n'en fut riciL Masner rut donc r^^rours à de nonvelles violences ; il s'empara du duc de Vendôme , grand prieur de i ordre de Halte, qui passait à Saf«ans\ et lé livra à l'Autriche, pour être détenu à Feldkirch. Il agissait d'accord avec l'Angleterre et la Hollande. T.a > raiice demandait satisfaction. Le^ Grisons ' voulaient à la fois la liberté du prieur et celte du jeune Masner. Schwytz et les autres cantons desauels dépendait Sargans, mirent la tete de Thomas Masner à prix; mais il bravait ses juges; et, dans ce moment mênie, son parti le nomma gouverneur de Meyenfeld, où il fît son entrée solennelle. Malgré Tappui de l'Autriche, il n'eià fut pas moins déclaré coupable d*avoir blessé la majesté divine, et
Sualifié de traître, rebelle, brigand; échu de ses honneurs, il fut exilé; enfin , si on le ramenait, il devait être écartelé. On confisqua ses biens; et l'on eét démoli sa maison , sans les larmes de sa femme. Le chargé d'affaires anglais, Planning, qui avait voulu intervenir pour lui, étant aux bains de Pfeffers , fut attaqué et atteint de dix blessures. Les relations furent interrompues entre l'Autriche et les Crisons; mais bientôt, se voyant négligé par ses protecteurs , j^lasner vint secrètement à Glarus; découvert et per- •éeatépar rambassadeur de F ranee, il
fl
s'enfuyait au delà du F<hin , quand m voiture versa , et il m o 1 1 1 u t d es suites de cette blessure , loin de sa fenniie , loin de son fils. Ce ne fut qu*à la paix deBadcn, eal7I4,qtte€e malheureux, victime et cause innocente de tant de maux , fut rendu a la liberté. Cette paix réunit eu Suisse les plus grandes iliustralious militaires; on vit a Baden et le priaoi Eugène et le marécliai de Villars trai* ter amicalement des affaires de leurs souverains , après s'être vaillamment combattus sur les champs de bataille. . Il follut, en vertu de ces divers traités, que le roi abandonnât ses possessions ' an delà du Rliin, et démolît sa téte lie pont de Huniugue, qui luquiétait d fort ie6 Bâlois.
Après oe coup d'cell général sur lea événements extorieurs , la guerre dtt Tockenbourfî occupera quelque temps notre attention. Depuis la mort du dernier comte de ce nom, ce pays s'é-. . tait assuré des franchises; il avait un traité d*aUiance avec Schwytz et Glarus; et, quand l'abbé de Saint-Gall acheta , en HGS , les droits que le seigneur de Raron Letiuil en qualité d iiéritier des comtes de Tockenbourg, il chercha à usurper ceux qu'il n'avait point acquis, et négocia avec Sriiwytz et Glarus pour mellre le» siens sous leur protection. Les termes du liaite furent tels, qu'il devint facile d'en abuser pour prétendre à la souveraineté. L'abbé, tout en reconnaissant la juridiction des deux cantons, se fait donner le droit de justice et celui de lever des soldats pour ses guerres. De»
venus princes de l'Empire, les prélats profitèrent de cette qualité ()0ur étendre leurs prérogatives. Ils commencèrent par contester les libertés du Tockenbourg; dès 1510, Ils qualifièrent ses habitants de serfs; en 1539, ils attirèrent à eux tous les appels ; en U40, ils s^arrogcrent la nomination des juges et des membres du conseil , la succession des condamnés, la eliasse, la péclie; et les cantons protecteurs donnèrent gain de cause à l'abbaye.
Les catholiques n'en étaient point fâcl)és; car ils ne voyaient, dans ces anhbiticnx. prclals, qiie des proteotam
8UISSE«
contre les réfbrmés; aussi ces catholiques virent-ils avec plaisir que la nomination à toutes les pinees , même à celle de pasteurs, dépendît désormais de leur chef spirituel. La déclaration de 1664 mit le comble à Tusurpation; elle interdit au peuple le droit de s'assembler; interpréta en faveur fie Pabbé les traités anciens conclus avecSchwytz et Glarus. Depuis lors, on ne plaça que des étrangers , oa des hommes qui se dévouaient sans réserve aux volontés du maître : 1rs tribunaux euxmêmes jugeaient par ordre, et souvent sans qu'on daignât teur communiquer les pièces , et les choses en TinTent m point que le mécontentement ^agna les catholiques eux-mêmes, T.a dureté de l'abbé Léger Burgisser fît éclater le feu qui couvait sous la cendre ; il ordonna de percer une route vers la Souabe, par Ja forêt appelée Hummeiwald. Cette chnrnn imposée à In commune de Wattwcil était au-dessus de ses forces; elle résista. L'abbé traduisit en jitstieé les six envoyés qui Itn' avaient fait des représentations ; on leur ordonna de se rétracter et h payer l'amendé et les frais. Germann , l'un d'eux, fut condamné à mort pour avoir appuyé les mécontents ; mais sa sentence fut commuée en an empri* sonnement.
Poussés à haut y les habitants du Tockenbourg s'adressèrent aux Glarnais qui résolurent de protéger leurs libertés: mais lors(pi'en 1702, ceux-ci voulurent renouveler ralliance, Tabbé défendit à ses sujets d'aller prêter le serment d'usase : Texaspération Ait grande à ce sujet. L'abbe était aussi en contestation nver A[ificn/.ell potir des péages; cnQn on .i| prit qu'il avait conclu avec l'empereur , un traité et que celui-ci , en qualité d'an^idued* Autrldie , lui enverrait quatre mille hommes , à des conditions qui ne déplaisaient pas moins, telles que l'occupation de Constance et de Bregenz par les troupes de Tabbé , et Tengai^ement de ne renouveler la capitulation de Mi- • lan ^^pr nîirtiri prince, à moins qu'il ne tînt la Lombardie en (iet de i Empire; il ne s'agissait de rien moins que .
de remettre sous la puissance de Tabbé Appenzell, Saint-Gall, le Rheintlial.En vain les confédérés , qui en conçurent de l'ombrage, demandèrent la production de ce traité, il éluda cette demande ; mais il lui Ait impossible de rexécuter, car ses su ets refusèrent de marcher sans les autres continfzeiits. Ce|)endant les habitants de Wattweil étaient obli-
§és de subir la corvéeinfligée par l'abbé; s s'apprêtaient à faire la route. Gla« rus et Schwytz prirent pitié de leur malheur: on disait partont qu'il fallait les secourir; qm <, fussent -Un Turcs ou' païens , ils n'en étaient pas moins des confédérés. L'affaire rat portée à la diète ; Zurich et Lucerne, qui étaient aussi protecteurs de Saint-G nll, et les réformés, prirent en générai le parti de leurs coreligionnaires : cet intérêt excessif refroidit Schwytz , qui finit par embrasser le parti de l'abbé , sous prétexte qjie Rernp et Zurich excitaient leshabitantsal insubordination. L'kbbe déclina leur juridiction , lorsqu'en 1707, ces deux villes lui signifièrent six ai^ tides auxquels il aurait à se confor»
mer. Assurés d'ime aussi hante protection, les mécontents jurèrent te maintien de leurs droits , et procé« dèrent sur>le-champ aux élections; ie grand et le petit conseil furent coni-posés en partie de catlioliques et de réformés; on constitua un tribunal d'appel. Cette concorde politique n'em* péchait pas les scènes tumultueuses auxquelles donnait lien la différence des cultes; on s'insultait, on cuvjihissait les églises. Ne Anirez-vous pas ces héréU^wê mtmuemenis^ criaient les cathoUques à Helfensweil, et les bancs de l'église devenaient des projectiles pour repousser l'attaque. Zurich résolut ciilin d intervenir à main armée : la défiance était générâle entrt les cantons réformés et les cantons catholiques: il s'y mêlait qnehfties prétentions de souveraineté territoriale:
oa armait, on s'exerçait: pendant ce temps, un homme qui avait longtemps joui de la faveur populaire à Schwytz, fut accusé d'avoir tramé la vente de la Marche à Zurich ; il fut décapité comme traître, parjure, faussaire, comme
tuteur des désordres du Tockeubourg.
Au milieu de ces divisions, les catholiques recouru rent à i'em pereur ; Za« rich et Berne l'invoquaient aussi; mais ils s'en reposaient surtout sur la Prusse et l'Aui;leterre. Les excès d'intolérance religieuse faisaient toujours couler le sang; Tahbé mit garnison dans les clKlîeaux d'Iber^ et de Scliwarzenbach, les abbayes de ^lagdenau et de Saint-Jean. Aussitôt Iberg fut investi , et Saint- Jean observé par un poste dMnsurgés. Zurich mit un corps de troupes sur la frontière. Un avocat, dont le Tockenbourg avait réclamé le ministère près de Ta diète', ¥lrich ïfabhroltz de Zurich , prit tant d*influence dans ce pays, qu'il fut bientôt à la tête de tous lés mouvements. Cet homme avait de la résolution , de l'éloquence , de la prudence d'esprit, et un louable d^nteres8ement.D*abord garçon cordonnier, puis soldat , ses études et ses connaissances historiques l'avaient élevé. Dans les eantons catholiques, i'avoyer Dunier de I..ucerne soutenait non moins vivement le parti de l'abbé. Il invita les cantons catholiques à se réunir pour soumettre les révoltés. Il y avait Quelque temps déjà que les postes étaient retirés; mais l'abBé avait toujours sa garnison dans Iberg: le 3 mai 17.10, les habitants siir[)rirentrerhnteau etceuxdeSchwarzenbueh et de i.utisbourg; les couvents furent aussi occupés : Berne et Zûricb firent à Tempereur, qui les avait menacés de sa colère, une réponse digne et fermo : de toutes parts on menaçait l'abljc de ne pins sie;;er à la diele avec lui , s li nu rompait son alliance avec TAutriche. Le IS août 1712, les gens du Tockenbourg en* voyèrent une déclaration de guerre en forme à l'abbé de Saiut-Gall : Nabhoitz se mit a leur tête : la campagne s'ouvrit par des pillages; le commandant des troupes de Pabbé, Felber, se retira' dans AVyl pour y recevoir des renforts. Nabhoitz alla investir la ville avec deux mille six cents hommes , la plupart de Ztirîcb. Les vivres manquaient; les Sârichois se retirèmt :
Nabhoitz fut oblif^é de couner des oonts pour garantir sa marcne. Son nabilete , son intrépidité le préservèrent de tous les dangers. Berne ce« pen l iiil f.ii^ait garder tontes ses frontières ; elle envoyait quatre mille sept cents hommes dans l'Argovie, sous le commandement du génâralTsehamer.
Schwytz et Luceme réunirent leurs trofipes à Pfefl^on ; on appela Soleure, Fribourg , le 'Valais , l'évéque de Bâle. Brem^arteu, Mellingen etBaden furent occupés par les catholiques : toute la Suisse se mit en mouvement. Les Zurichois et les Bernois firent leur jonction en passant l'Aar, non loin du château de Freudnau. Glarus , Soleure , et révéque de Constance demeurèrmt neutres ; Bâie et Fribourg firent d'inutiles efforts pour rapprocher les deux * partis. Wyl devint le théâtre des premières aciions militaires. Felber était dans la place avec quatre mille hommes, et de Tartillerie autrichienne:
les Bernois y vinrent joindre Nabhoitz : cet audacieux chef avait été jusque-là entravé dans ses desseins par la jalousie du général zurichois Bordmert il aurait voulu tenter une brusque attaque, et enlever la place (i'issnnt.
Les Bernois arrivés, on la bombarda : la garnison faisait de fréquentes sorties, et dévastait la Thurgovie ; alorâ Nabhoitz ima|;ina de faire une incur-* sion sur l'ancien territoire de Tabbé ; il incendia beaucoup de villages : à la vue de cet embrasement , ses soldats sortirent en foule dé Wyl pour aller défendre leurs foyers; anaiblie par leur départ, la ville ouvrit ses portes, capitulant avec Tîerne et Ziirieh, le 22 mai. FeU)er, qui avait donné tant de preuves de courage et de dévouement, devint suspect à la multitude ; il ne put se sauver à Bernhavdszell que gr;lce h la protection du vainqueur; mais, deux jonrs après, on le découvrit dans le presbytère'; on le contraignit à monter sur un mauvais cheval , et on le traîna Jusqu'au pont de la Sitter. Là il fut tué à coups de fusil ,
J)uis coupé par morceaux , et jcte dans a rivière. Le 26, on prit possession de l'abbaye; Tabbé, qui, précédera*
SUISSE
ment, s'était retiré h Rorschadi, s'enfuit en Souabe. Les hostilités continuèrent entre lea réformés el les catholiques, tandis que les habitants da TookeidxNii^ se dedarèreiit affraiiehis do joug de Tabbé, renoncèrent à leur alliance avec Schwytz et Glarus , et tentèrent de former avec le pays de Gaster et Uznach , une république indépendante : ils sQumifent à la diète un plan de constitution ; mais Berne et Zurich refusèrent leur consentement.
clergé , quand tout à coup des hostilités nnprévues vinrent briser toutes les
négociations.
Le capitaine Akermann, bailli du Nklwald , avait franchi le lac près de Kûssnaeht, avec un corps franc, ramassant partout les fanatiques sur son passage. Lucerne eut beau s'interposer pour cahner le peuple, on fit feu sur un de ses envoyés. Akermann entra dans le pays de Zug ; Reding , colonel de Schwytz, se joignit à lui; ils commandaient cinq mille hommes décidés à ne point subir cette odieuse paix :
Les catholiques cédaient partout :
le pays de Baden, à l'exception de pour enseigne, ils portaient Timage du cette ville, s*était soumis aux Tain- •nrère Pficolas de Flue. Bientôt ils pas-
queur?. Gaspard Wertmiiller, avec trois niille Zurichois , vint prendre position devant elle , dans les vignes du Laegerberg-: les Bernois, descendant la •Reuss depuis Mellingen, la passèrent près de son embouchure, pour attaquer la place du coté opposé; il avait ù\iu livrer , chemin faisant , plusieurs combats. Baden se défendait vaillamment contre les Ziiricfaois ; on feisnt de vigoureuses sorties; et des murs de la ville et du cimetière des Capucins, on dirigeait un feu très-vif sur le camp deWertmâlter. Celui-ci répondait avec quarante bouches à feu : le parapet du château s'écroula du haut du rocher sur lequel est bâti ce fort. Tout à coup on vit venir , de l'autre côté des grands bains , le corps bernois deMellingen ; ils eurent à peine fait quelques décharges que la ville capitula. Le commandant eut la faculté de se retirer, mais sans artillerie. Il y avait cinquante -quatre canons dans la place. A cette nouvelle, toute la Suisse prit les armes; chacun voulait secourir ses coreligioiniaires :
le pape donna de l'argent aux catholiques. Ou vit près de cent cinquante mille confédérés prêts à s*entr'égorger : la France et TAutriche faisaient marcher des troupes vers la frontière, mais l'Angleterre et la Prusse protégeaient les reformés. Les députés des cantons lémîs lMkarau,avsientrédigéan traité :
MiWTtz,Unterwalden,Zug, qui n*avaienf point envoyé de dé[)ntés au congrès, allaient y accéder malgré les intrigues du nonce et les excitations du
passèrent la rivière de nuit à Gislicon, n'osant attaquer les Bernois qui occupaient un autre pont. Ceux-ci ne soupçonnaient aucun danger .: il y avait six mille Zurichois près de Knonau, et le gros de l'armée était posté à Mûri , l'abbaye offrant aux chefs un quartier général plus commode: personne n'avait songé à tenir les deux armées en communication , en jetant un pont sur la Reuss.Les catholiques marchèrent sur Sins, dont la garnison ne se gardait pas. On surprit et tua beaucoup de Bernois , et aautant plus aisément que le curé, d'intelligence avec ces partisans, avait ce jour-là donné à dmer à leurs officiers. Ce ne fut qu'avec perte de ses canons que le brigadier Mullinen put se replier sur Muri : trois cents hommes restèrent et se défendirent dans le cimetière , puis dans réglise.
Après trois heures de résistance, la fumée étouffa ceux qui étaient dans la tour; d'autres sautèrent par les fenêtres : on les mutilait, on les ftisait déchirer |)ar les chiens. Akermann eut bien de la peine à sauver la vie à cent personnes, parmi lesquelles étaient le brave colonel MeOnier. La perte des agresseurs n'était pas moindre . Akermann était blesse , Reding avait péri.
Les Ziirichois se montrèrent fort indifférents; ils prétendirent que le vent du nord les avait empêchés d'entendre la fusillade, et ne firent pas même une irruption sur te territoire de Zug, pour opérer une diversion. Les Bernois se retirèrent sur Woleu et Yilmergen.
Akermann vit grossir son armée , . qui fut hientôt de plus de douze mille hoimucs. Quoique Lucerne et Uri eussent signé la paix, les eampagnards couraient sous ses <Irapeaux , tandis que d'autres marchaient contre la ville pour contraindre les magistrats à rompre le traité. Le mauvais temps retint quelques jours le zèlè des ^gres* seurs; enfin ^ le 25, on se jeta sur les Bernois, qui avaient pris position à ÏSIeïengrùn. L'aile gauche des catholiques , arrivée à Vilmerçen , donna le signal à Taile droite , en tl* rant deux coups de canon; mais ce corps se fit longtemps attendre, il • était mal armé. Vers dix heures du . mat.in% les Bernois , qui occupaient les hauteurs, se formèrent en bon ordre, et sur trois rangs, éloignés d'une portée de mousquet les uns des autres.
Les Lucernois , toujours arrêtés par la lenteur de l'aile droite, s'adossèrent à la montagne ; et , pendant assez longtemps, on se borna, de nart et d'autre, à échanger quelques boulets de canon. Les catlioliques de l'aile droite voulurent déborder la fauche des Bernois; la canonnade devint plus active de Tautre côté. Alors les Bernois prirent l'olfensive contre le corps du colonel Pfyffer qui conduisait les paysans ; la fusillade s'engagea , et la cavalerie vint rétablir Tordre par une rhnrLTr cxrrntée à propos. Les pnvsans cijerclièrent leur salut dans la ftiite: l'infanterie, la baïonnette en avant, pénétra dans le bois de chênes , où ils s'étaient réfupés, et prit quatre pièces et quelques drn;ir -ux. T. es fuyards périrent la plupart dans un étang voisui.
A l'aile aroitc, ia fortune était différente; les Lucernois, travèrsant le village de Dintikon, l'avaient culbutrn; ei vain les corps ÛP la gauche, gui d'abord s'étaient dispersés, se relormaient pour soutenir leurs bataillons; ils étaient entraînés dans la retraite, et pressés à leur tour perdes fuyards fiésormais rnl ins. Pt revenant au combat avec un rare acharnement.
Ce mouvement rétrograde des Bernois M disait lentement et sans éisùtére : rcmenii erat qu*i! éoamil un strata-
gème, et ne suivit que de loin; mais le courage des Bernois était abattu :
les généraux Tsdiarner, de Diesbacb, et Sacconai , avaient été blessés grièvement. Déjà on était repoussé jusqu'à la baie qui bornait le champ de bataille vers le village de llandschikon ; et les chefs prévoyaient qu*au delà de ce terme , il ne serait plus possîblè de prévenir une déroute complète. Ils retenaient par la manche ceux qui marchaient; ils menaçaient les plus timides de les faire charger par la cavalerie. Les dragons les secondaient : ce ne fut qu'à grand'peine qu'on retint l'artillerie qui était en marche pour Lentzbourg. Enhn le banneret Frisching , quoique âgé de soixante et dix ans, prit le commandement supréme. A sa voix ferme et persuasive, on fit volte-face, et le feu rprommença: en même temps il arriva du renfort.
Les catholiques n'avaient point de ca« Valérie ; le leu des Bernois était mieux dirigé : l'ennemi fît retraite sur le Hirchsberg, voulant, par ce mouvement , opérer sa jonction avec un renfort qu*tl attendait , mais qu'une division bernoise venait de contraindre à un détour. Enfin les coup's décisifs furent portés dans une forêt de sapins : deux compagnies dispersèrent les Lucernois à la baïonnette ; et , vers six heures du soir, les Bernois remportèrent la plus brillante victoire qui ait jamais ensanjrlnnté cps fatairs dissensions civiles, lis avaient perdu, outre le général Tscharner, deux, cent qua* rante morts* et quatre cents blessés»
Dans l'autre armée, on déplorait la mort dU' brigadier Pfvffer, du colojiel Fleckenstein de Lucerne, du colonel Crivelli dUri , de beaucoup d^ofiteiers « de trois capucins, de deux prêtres, et de deux mille quatre cents soldais. Sur quatre cent vincrt hommes d'IJri , cent vingt-sept seulement revirent leur pa-' trie. On trouva sur les cadavres beaucoup d'amulettes et de chiffres mystérieux. Il y avait cinquante -six ans qu'eu ce même lieu les catholiques avaient vaincu les protestants; et il s'en &llttt de peu que la victtrire ne S0 dédtiât eiMsm poor eto. Getlè Wt'
SUISSE
faite eut des conséquences terribles: les habitants du l'ockenhourg envahirent Uzjiach et le Gaster; Rapperschw^l ouvrit sesjïortesaux Zurichois. On était de toutes parts fatigué de la guerre : les plénipotentinîrfs sp rrnnirmt donc de nouveau, et toujours à Aarau : tous les cantons y furent représentés, mêine ceux qui n'avaient point fait la guerre. On céda Rnpperscliwyl, le pont et Hnrden à Zurich : Berne eut part à h\ souveraineté de la Tlmrgovie, du Rheinthal; de Sar^ans, des baiiiiages libres; une amnistie générale iUt pro« clamée; les droits m deux religions furent reconnus éj^nux; enfin Berne ét Zurich devaient terniiner les ditïerends en ce qui concernait Tabbé de Saint- Gall ; mais ç^ui-ci protesta contre le traité : cependant les troupes rentrèrent dans leurs limites respectives, et ce pacte fut substitué à celui de 1532,
3ui fut annulé. Là géne qui suivit ces ésordivs fut bien piénible : le val Lévantiiie demandait une solde et les frais de la ijucrre; IJri s'y étant relnsp , on se snisit de la dounne, et de l'argent qui y était; on occupa le Saint- Gothard. A Schwytz, le dénâment était tel , qu*il fallût imposer chaque ménaîîe à quinze écus. Uznach éleva aussi des prétentions contre Schwytz et Glarus. Les Ziiricliuis et les Bernois occupèrent le pays de Tabbé jusqu'à sa mort; son successeur ne fut r(*^nis en possession qw'cn î718, après avoir «sicne la paix. On ne tint pas contpu non plus des protestations du pape et du nonce qui fut rappelé à la demande de Luoerne, parce qu*rl ne cessait de susciter de nouveaux soulèvements.
A dater de ce moment , la Suisse jouit d'une longue paix ; elle ne fournit guère à rhistoire générale que le tableau de
tracasseries intérieures. Il n*y a point d'autorité suprême, et, par consérpient,
{)oint d'unité. Des mouveraenti» j)Opuaires et des menées démocratiques «des intrigues , des séditions et des supplices fatiguent la rnémoire de l'historien national , et rptranger peut se dispenser d'y arrêter ses regardé. Toutefois , quelques réfiirBMI«titei dans ks cons-
titutions, quelques progrès de la berté, méritent une courte mention.
A Genève, les honneurs se concentraient dans les mêmes familles ; les patriciens d'une nouvelle espèce séparaient du peuple jusqu'à leurs dç* meures. Four briser leur fâcheuse influence, les citoyens demandèrent, en -1706, que les élections eussent Uea au scrutin secret ; que le grand cott* sell nommât lui-même ses membres; que les loisftissent imprimées , etc., etc. On appela des médiateurs de i^iirich et Berne , puis on rédigea un projet de réforme. Les contestations sur le mode de le voter occasionnèrent des émeutes; les Bernois vinrent occuper ia ville. Un nommé Lemaistre, un Fatio, périrent par la main de la justice. Piaget et la Chena eurent le même sort« Ces agitations durèrent plttsîeurs années. Zurich, au contraire, procéda avec calme et dignité ù la révision de ses institutions : cette amélroration fut due à une légère discussion entre les corps de métier; on détermina avec plus de précision les droits politiques des citoyens; enfin on réunit les lois ainsi perfectionnées en un code,
3ui fut accepté par les citoj^ens le 17 écembre 1713. Il y avait déjà vingtquatre ans que St lKiffliousen avait mis uu terme aux abus du petit conseil; mais les habitants de la campagne n'en étaient pas soulagés. Le gouvernement occasionna uniiOulèvejTJent à AVetchingeîï, parce qu'il y avait établi un cabaret pour son comj^te : l'affaire fut poussée si loin , qu*il s*en fallut de pea que l'Autriche n^ntervlnt ; elle ne fol retenueque par la crainte d'une guerre avec la France. Les évéques de Baie avant voulu porter atteijite aux franchises du val de Moutier, la ville de Berne fit marcher quelques bataillonf au secours de ses protégés , et rétablit Je banneret Wesard, destitué par l'évêque. Celui-ci , après plusieurs années, fat obligé de consentir à une transao* tion humiliante.
Peu de temps après la défaîte de Vilmergen, les cantons priniitifs, cédant a une irritation qui suit toujours
Nt mets, nmigiDinnt d»
L'UNIVERS
mr nne soîennîtc symbolique la conlormilé de sentiments et de souvenirs qui les unissaient. Plus encore pour cidure les autres que pour honorer le BODvenfr des héros ^ ils s'assemblèrent en grande pompe, le 24 juin i ri3 , sur ce même sommet du Gruttli, où Stauffadier, Walter Furst et Melclithai «'étaient , en présence de trente pâtres , d( larés les tibératenrs de la Suisse.
Un nouveau serment, une nouvelle alliance semblaient repousser les alliés modernes, et concentrer toutes les
grandes actions sur les descendants M guerriers de Schwytz , Uri , Untdrwald. Le traité cotk In nvéc le roi de France, en 1715, par les cantons catholiques, accrut encore la défiance; on parlait d'articles secrets, de restitution du pays de Vaud et de Genève à !n Savoie, etc., etc. L'exasprrntinn religieuse était loin de se calmer : les protestants portaient si loin leur aversion pour la cour de Rome , qu'ils ne se décidèrent que fort tard à adopter la réforme du calendrier p;rô2;orirn ; ce qui n'était qu'une théorie astronomique devint affaire de parti : Bâle, Berne, Zurich , Schaffhousen , Bierine , Mulhousen , Genève et Neufchâtel , ne se rangèrent nux représentations des protestants d'AlîtMitn^'ne qu'en 1701.
Les Grisons et Saint -Gaii persistèrent; Appenzell et Glarus firent de même. On destitua des conseillers qui étaient d'un avis différent. Cet état de résistance dura fort longtemps ; Coire ne se rendit qu'en 1784; enfin Sdialfik, Davos et Siisz, après avoir adopté,
£uis rejeté le calendrier grégorien, ne ! reprirent qu'en 1812.
La fermentation était générais^ : on ne finirait pas, si Ton voulait rendre compte de toutes les contestations qui agitèrent les treize cantons ; nous ne signalerons que quelques-unes des ondulations de cette perpétuelle tempête.
La seigneurie de Werdenberg , cédée à Glarus au seizième siècle , svétait vu retirer quelques immunités au commencement du dix-huitième. Les habitants lieniandaient à grands cris la restitution de leurs titres : le landainman ^Glaras dit à rassemblée réunie dans
ré^Mise de Cvîihz : Je suis vieux, j'ai un pied dans la tombe; J'y descendrai si l'on ne vous tient parole. Il s'agissait d*obtenir le serment ; il fallut l'arrivée de commissaires de la diète ; mais de nouvelles violences |)roduisirent une nouvelle résii>tauce : quarante citoyens jurèrent de sacrifier leurs biens et leur vie pour le salut du pays. Les Glaronnais, a la faveur de la nuit et de divers déguisements, parvinrent à mettre une garnison dans le château de Werdenberg; mais ce fort fut aussitôt cerné. Cependant , à Kappa rition d'un corps d'environ deux mille hommes , les insurgés perdirent courage, se dispersèrent et passèrent le Kbin. L'intervention de JNabholtz , envoyé de Ziirich , les décida à rentrer dans leurs foyers, et à rapporter leurs armes au château, et tout aussitôt les Glaronnais repartirent malgré une pluie battante. La terreur n'avait fait que peu d'impression. Les vain* queurs s'étaient à peine retirés, que 1 insurrection releva la téte; on exigea l'évacuation du château , l'extradition des titres de franchises ; on refusa des livraisons de bois; on s'opposa à la construction d'un pont. Le 2 janvier 1722, revinrent huit cents Glaronnais, à l'approche desquels tout s'enfuit dans la seigneurie de Sax. Cette fois on laissa garnison dans le cbflteau; des amendesfurent infligées aux communes et aux particnl iprs ; plusieurs furent dégradés, d'autn s ]> ndus en effigie.
Le temps adoucit la position de ce malheureux pays, et lui rendit quelques libertés ; et les Glaronnais, d'oppresseurs qu'ils étaient, se changèrent volontairement en iVères , en amis.
L'Appenzell fut encore plus tourmenté par les séditions. LaSitter partageait en deux parties les rhodes extérieures; il y eut drs contestations assez vives pour détenniiK r quel serait le siège du gouverneuieiit. Troijen avait été d*abord eboisi ; ensuite il tiit«tatu6 que Ton alternerait entre ce lieu et Hundweil ou Ilérisau : on établit une sorte de balance dans l'élection des membres du conseil et de l'autorité supérieure. Le peuple murmurait haute»
SUISSE
ment contre le^ magistrats signataires
(le !n paix du Tockenbonr^ , pnrce (lu uji de SCS nrticlrf; poiunettait les dilïérends qui pourraient s élever avec Tabbé, à la décision de cantons désignés par les parties. On traitait les magistrats dp traîtres , pour n'avoir pas ►soumis cette clause a rassemblée générale. Plusieurs furent punis d'amende. Quelques décisions des can* tons arbitres ayant indisposé davantage Appenzell , on ne connut plus de bornes. Le pays était partagé en deux jfactions, celle des mous, ou modérés, et celle des durs^ ou emportés. Cette dernière prenait tous les jours plus d*ascendant. A Trogen , la famille des Zellweser jouissait d'une grande considération; à iierisau , la famille des Wetter tenait le même rang. Un landaniman de ce nom, profitant de la querelle de péaire suscitée par Saint- Gail , ne cessait de répeter que le traité de Rorscliach , n'ayant point reçu la sanction du peuple , n*était pas obligatoire ; il accusa les Zellweger de s'être laissé corrompre par le iioiivernement de Saint-Gall , et d'avoir trahi leur pays
leur ' arrivée; on rejeta l'article du
frnîfé, sans les attendre: en vain ils protestèrent: les magistrats du parti des modérés furent tous destitués.
Pendant que la diète examinait Taffaire, les Appenzellois étaient au moment de s'entrégorger ; des f'itnilles entières fuyaient vers d autres contrées. Une députation de la diète partit précipitamment pour rétablir la paix; elle avait été reçue convenaUement; mais, après quelques heures, on vit accourir quatre à cinq mille hommes des dix paroisses : la place de Hérisau ne pouvait contenir cette multitude , qui criait: Sommes-nous encore libres^ ou sommes-nom sujets? W fallut . mnlpré la nuit, malgré le froid, que les députés vinssent au (lambeau dans une prairie voisine. Les vociférations les plus séditieuses se faisaient entendre; on fut obligé de promfttre que les rebelles, c'est-a-dire les modérés, seraient tenus de se soumettre a la décision de* rassemblée générale deTeufen. L^oppo-* sition deZûrich et de Berne se perd 1 1 en vnine^ néi^oeiations. La concession faite par les députes n'enipéclia point l'elfusion du sang : on se battit, à Gaïs , à
Cependant les modérés, assemblés ^ coups de massue : les emportés, ayant è Trogen , déclarèrent qu'il serait fait * fait venir des renforts de Teufen»
contre i
des poursuites contre les auteurs de ces accusations et de ces calomnies :
du reste, Zellweger n'eut pas de ueiue à rédiger un mâooire justificatif , qui fut lu dans toutes les comnuines.
A Hérisau , une multitude en courroux demanda aux magistrats réunis pour lies affaires ordinaires, que l'on convoquât une assemblée générale àr Teufen, menaçant de jeter par les fenêtres quiconque s'y refuserait. Us furent donc obligés de crier à la foule
eurent l'avantage, et se mirent à piller les caves et les granges des niinierés. Ceux-ci réunirent leurs forcés «à Trogen et à Speicher; on allait combattre ei) bataille rangée, lorsque les médiateurs fédéraux firent poser les armes aux deux partis. La faction des emportés décnirait aussi te canton de Zug , où la famille de Zuriauben distribuait les faveurs de la France; elle en avait obtenu le privilège de la vente du sel de la Franche-Comté; que le traité de ^Rorschach était nul y mais un membre du conseil de la ville , àiute d'approbation. Le lendemain, appelé Schumacher, s^étaît constitué Zellweger donna sa démission. Ce Tennemi de la France et des Zurlaufurent encore les Zellweger qui empê- ben , parce qu'il débitait le sel du Tvrlièrent les habitants de la section de roi; il demanda que désormais les sub- Trogen de recourir aux armes pour sides de la France fussent partagés les protéger; mais, le 20 novembre, par téte entre les habitants, etdevmk avant de "se rendre à l'assemblée géné- le chef de In fnction des emportés. Les raie, ils décidèrent qu'ils en appelle- communes rurales embrassèrent cbauraient aux cantons, si les désordres dément sa cause. La France ne con*' continuaient Cettedélibération retarda sentit point à la répartition décr^ :
L'UNIVERS
aussitôt les modérés fqreot en proie à mille persécutions; on les destitua de leurs emplois : le landaniman Zurlau*
ben fut obligé de s'enfuir, et tout ce qui tenait à la France. Deux ans a[)r("s, en 173t , Schumacher fut élu laudamman , et fit rompre Talliance avec cette puissance, dont on continuait à proscrire les amLs. Schumacher voulut entraîner à la même démarche Si hwytz , Uri , Unterwald ; mais peu a peu les emportés, déçus des espérances extraordinaires qu'il leur avait fiiit concevoir, se rapproclièrent des modérés. On murnmrait de ce qu'il faisait fermer Jès portes de la ville; il finit par être chassé du conseil , et nii's en prisoii avec ses créatures ; on rappela les exilés; la réaction fut complète. Schumacher fut traîné au pied du pihet, où pendaient encore les images de ses Yictimes ; on lui en chargea les épaules , •et on le reconduisit jusqu'à Photel de ville; là il fut condanmé à trois ans de galères, rt h un himiissement perpétuel. La populace demandait sa téte ; on fut obligé de le faire partir avant le jour : il mourut dans fa citadelle de Turin , six semaines après son départ.
Plus tard il y eut encore des soulèvements au sujet des gratifications envoyées par M France ; les autres cantons rétablirent la paix, en ordonnant une meilleure répartition.
Berne se vit à la veille d'être anéantie par une conjuration des plus rèdoutables. Au quatorzième siècle « elle ' avait revisé sa constitution ; et , depuis cette époque, quatre hannerets, assistés de seize électeurs tiré^ du seiîi de la commune, faisaient Télection au grand conseil , parce que Tîntrigue avait eu trop de prise sur rassemblée des ritoyens. Cette abolition du suffra2;e universel ne s'étendit point aux affaires de la cité; le peuple de la fsanipagne devait continuer à être appelé dans toutes les circonstances importantes La restriction ne tarda point à produire l'abus; on n'appela plus au grand conseil que des familles privilé^giées , et il finit parsere> ciuter lui-inénie. L'assemblée générale lût de plus en plus négligée; on ne
l'avait plus consultée depuis 1536 vépo« que de la guerre de Savoie. Les ci> toyens cependant connaissaient leurs
droits : en 1710, plusieurs furent exiles ou jetés dans les fers, pour les avoir exposés dans un mémoire au grand conseil. En 1744 , le capitaine Samuel Henzi , et vfngt-cinq citoyens furent bannis, les uns pour trente ans, les autres pour cinquante. Leur crime était le même : ils demaudaient la réforme des abus: il avait couru quelques pamphlets. Peu d'années après cette sentence, TTenzi fut autorisé à rentrer dans si patrie; mais ses affaires étaient dérangées; les mécontents se pressèrent autour de lui. On y voyait les négociants Gabriel et DSr^ niel Fueter, de la secte des piétistes, et un teinturier, appelé Oot tfried Kulmr on se réunissait dans divers lieux ; enfin Ton choisit pour l'exécution du complot le 13 juillet, jour où Fueter, lieutenant de la place , aurait les clefs à sa disposition. Deux jours après la réunion, oiî le plan fut arrêté , on révéla le complot : les arrestations comn)encèrent , et Nicolas Wernier, Tun des conjurés, indiqua, dans son effroi, hou nombre de ses cofnplices, entre autres Henzi, qui cependant s'était retiré de la conspiration, parce (ju'il ne vovait pas, dans ceux qu*il s'était associes , de dispositions à la modération. Ce jour-là , • llétaitalléà l^iir^idorf, pour s'entendre avec l'avover liondeiy; mais celui-ci était venu h Berne; Henzi n*en fit laren» contre qu'à son retour; alors Bondeljr, qu'il (Toyait son ami, voulut se saisir de sa personne, et lui tira im coup de pistolet., ilenzi , légèrement blessé , fut conduit en prison au milieu d'une foule curieuse, gui ne lui donna aucune marque d'intérêt ; et cependant le but de la conjuration ét.iit, on le savait, de proclamer la liberté, et d'expulser du grand consjeil les ^milles aristocratiques. La procédure ne fut pas longue; dès le 10, le lieutenant Fueter, Wernier le négociant, et Samuel Uen^^i jÇurent conaamnés à avoir la téte tranchée. Il mourut avec courage ; et , voyant la maladresse dubourleatt dans rexécution des autres m-
SUISSE
daii)né<î, il s'écria avec infîiîrnntion : QueUe boucherie! ly autres im ent eruprisonnés ou bannis; en 17H0, une tardive amnistie vial au seeoura de ceux de ces iufortimés qni vivaient fiùcore.
Le canton d'Uri ordonna aussi de sanglantes exécutions : souverain du val Lévantiiie, Mie vallée qai, de Bell inzona au Saint-Gothard , sert dV venue h ce iiéant des montagnes . cp canton voulut remédier aux abus ({tii
' ai*étaieat glissés dans radininistration des biens des veuves et des orphelins.
Les sujets italiens se refusèrent à soumettre aTinuellement leurs nomjjtes aux autorités d'Alforf ; on arrêta même le gouverneur et un autre employé. Par représailles , on retint deux chépûtés du val Lévantine, et Ton appela aux armes Ziirich, Zug et les Waldstette, engageant le Valais et Berne à occuper les déUlés de leur côté. Lu corps de mille
. iiommes gravit le Saint- Gothard , chassa les postes qui le gardaient, malgré des torrents de pinie qui en rendaient les abords dan^ertiix; enfin, le 21 avril 17ôG, on se précipita sur 'Airolo; et, comme on sut que le plan des rel>el!e8 ^it de livrer bataille au Platifer, on y marcha bannières déployées; quand ils en aperçurent d'autres encore que celles d'Uri, le courage les abandonna; et, |>ar des feux allumés sur les hauteurs , ils donnèrent le sifînal de la soumission. Les auteurs de la sédition furent saisis ; la population ût la remise de ses armes. Une information judiciaire fut |>oursuivie avec ardeur; et, le 2 juin, près de trois mille habitants se réunirent dans une petite plaine voisine de Faido, à Tendroit où d'incommensurables montagnes se retirent en amphithéâtre, et
f)résentent leurs roches inclinées et eurs noires forêts à l'admiration , on plutôt à rétonnement du voyageur; là ils renouvelèrent le serment d'une fidélité illimitée au canton d'Uri , et renoncèrent aux libertés qui leur avaient été assurées parie pacte de 1 71 3 ; ensuite on leur ordonna de mettre le genou en terre, et l'on décapita sous leurs yeux kkMÎnmt Furno, le capitaine géné*
ml Vr^ . et le conseiller Sartori : huit autres furent emmenés à Altorf, où ils périrent également par la main du bourreau.
A cette terrible vengeance d'une république, opposons l'exemple plus satisfaisant de la, clémence irun roi; mais ce roi était grand, c'était Frédéric : la principauté de NeufisbAtel et de Yalengin avait passé dans sa famille par le jugement des états. Ils avaient décidé en faveur de la maison de Brandebourg, à l'exclusion de vingt autres prétendants, lorsqu^n 1707, la maison de Longueville s^éteignit par la mort de Marie, duchesse de Nemours, car l'rédéric T*", descendait de la maison de Chàions-Orange. INieufebâtel , dont if s franchises avaient'été reconnues par ce monarque, n*en con* serra pas moins <on rang parmi les allies helvétiques. ¥ai 176C, on voulut empêcher le bailli du roi d'affermer de nouveau ses revenus; Gaudot, c'était son nom, fut cerné dans sa maison; par fiiniheur, on fit feu sur les rebelles, et ij fût tué par ces furieux que rien ne pouvait plus contenir. Berne, constituée par les traités arbitre entre les Neufclîâtellois et leur prince, avait
Crononcé en faveur de ce dernier; et ^s quatre cantons protecteurs envoyèrent des troupes pour rétablir l'ordre : un édit de pactflcation condamnait Neufcliîltel à livrer ses armes , à faire amende honorable, à indemniser la famille de Gaudot. Les principaux coupables étant fugitifs, furent pendus en effigie : la peine du bannis» sèment fut prononcée contre d'autres.
Mais le roi de Pnisse rendit les armes aux citoyens, adoucit l'intpot, créa une . assemblée des communes , sans Tassentiment de laquelle on n*y pourrait désormais rien changer : cette politique loyale et généreuse lui concilia tous les cœurs.
A Luoerne , l'esprit de famille absorbait aussi tous les emplois; on vovait des imberbes succéder à leurs pères. En 1749, le trésorier Léger Meyer, ayant dissipe des sommes considérables , parce que Tinsoucianoe des magistrats lui en ayaît laissé le loior^
fut condamné au bannisfiement. j\icolas Schumacher, nouveau trésorier, qui avait ooncouru à son arrêt, dé> ployait un grand luxe , et se faisait de nombreux amis par les ropns qu'il donnait. Tout à coup il déclara uu li avait été volé; il se trouva un aéCctt de cinq mille deux cent quatre-vingts Oorins, et de titres importants. On retrouva ceux-ci dans une grande. Il fut bientôt avéré que le vol n'était qu'une simulation ; et Schumaclier aussi fut destitué et banni à perpétuité. Son fils Placide se rendit coupable de malversations dans In p:nstiou du bailliage de Heidegg; il s endetta, s'enfuit, prit du service en Autriche , le quitta bientôt , et revint dans les campagnes de Lucerne , où il ex ri tait des mécontents , en leur taisant le tableau des abus et des désordres dont ils étaient victimes. Il fut arrêté et décapité. Cependant Valentin Meyer, le fils de Lé^er, s'était fait élever au conseil : !n parti contraire avait à sa tête le général Pfyffer. On accusa Meyer d'avoir fait condamner Schumacher pour satisfaire une vengeance de famille; l'indépendance de ses opinions lui fit attribuer un écrit où l'on discutait s'il ne serait pas avantageux à la Suisse de supprimer les.
oidres monastiques : il eut donc les prêtres pour ennemis. On fit brûler par la main du bourreau une réfutation ironique qu'il en avait faite, et qu'il avait lue dans un cercle d anus. On courut l'arrêter à sa maison de campagne : il fut interrogé au bout de . quarante - trois jours ; on ne voulut pas inéinp ouvrir un mémoire qu'il adressait au conseil ; ou rappela tous les individus bannis à la suite du |>rocè8 Schumacher, et on le bannit lui-même. Les faïuiltfs patricien f ies se promirent de se ménager réciproquement dans l'intérêt de i aristocratie. Appenzelj fournit à l'histoire de plus tristes exemples encore : la déception d'un vieillard que l'on trompe, en surprenant la boime loi de sa fille; d'un homme de bien que de l'exil on attire à i échalaud. Le malheureux Suter, bailli du Rbeinthal« était chéri de tous les pauvres pour sa bienfaisance; il lut k compé-
titeur de Geiger , l'ancien landamman , et remporta sur lui pour cette dignité. Geiger forma une ligue secrète contre
lîii : Suter venait de perdre un procès important, dans lequel il avait engagé les rhodes intérieures; on l'accusa d'avoir trompé le gouvernement par de&ux rapports : le conseil lui enleva le sceau de rÉtat, Ip dénlara déchu de ses fonctions : il protesta en appelant à l'assemblée nationale; mais là il fut arraché de son siège, malgré les mille voix qui s'élevaient en sa taveur. L'infortuné était allé à Notre-Dai^ie des Ermites, quand il apprit que le conseil national venait de le bannir à perpétuité 'Comme impie , perturbateur du repos public : son nom venait d'être attaché au ^ibet ; ses biens avaient été vendus à vil prix pour acquitter les frais du procès. Suter se retira à Constance. Sa demande en révision fut rtjetée; et de soixante et quinze liommes qui s'étaient réunis de leur chef pour lui servir d'escorte, quatre furent condamnés à mort; mais ou se contenta de les faire fustiger par la main du bourreau; un ami félon déclara qi!C de ('on^tnnce Suter venait souvent dans les rliodes extérieures pour enrôler des soldats ; le peuple accueillit ces bruits. Suter avait une fille mariée à Appenzell; on l'engagea à écrire à snn père, pour qu'il vînt à une auberge des rhodes extérieures , où on lui ferait d'importantes communications. Le vieillard sans défiance vint à la prière de sa fille; de là on l'attira à OhçTPc^^, village des rhodes intérieures : on le saisit , on le chargea sur un traîneau pour l'emmener à Appenzell ; et ce malheureux vieillard î à l'âge de plus de soixante et quatorze ans , restait attaché sur ce traîneau par un froid des plus rigoureux , pendant que ses gardiens s'arrêtaient dans
Îilusieurs cabarets d'Alstetten. Soumis rois fois à la question, il ne cessa de défendre pon innocence; vingt juî^es protestèrent njntrp l'arrêt, mais il fut condamne , et subit la peine de mort'.
Il existait, à Fribourg, un pouvoir aristocratique, exclusif, se recrutant lui-même, disposant seul dee place»
SUISSE
do'gmid cofiseîl , i)etTnettflnt seul aux
membres de celui-ci l'accès du petit. Ce
1)Ouvoir était celui des secrets ;et la no- )le5se en était repoussée , quoiqu'elle eût accès au gouvernement. Depuis longtemps quelques fafnilles se maintraaient en possession de cet ^vnntnire f^ui était fort brigué, chaque nomination au grand conseil rapportant des sommes immenses au membre de la chambre secrète qui Tarait provoquée.
Pendant longtemps on avait tire les . secrets des uuatre bannières ou sections : les habitants des districts ruraux de rancien territoire déploraient aussi la perte de leurs droits, quand un insolent décret de 1784 prononça l'exclusion de toutes les tamilles qui n'étaient pas encore en possession de ce privilège. Toutes les tentatives dont le but était de rétablir l'égalité furent vaines.
Dans le village de la Tour de Tréme, près de Gruyère , vivait , vers la fln du dix -huitième siècle, Pierre Nicolas
Chenaux , homme que les déclarations olticiflles dp Pnntnritéde Fribourg représentent comme un ambitieux dont les affaires étaient dérangées , comme un turbulent ruiné par de dusses spéculations. Toutefois des renseignements où règne plus d'impartialité, nous le montrent comme un citoyen zélé , instruit , ferme , et ami du imbupie. Il connaissait à fond les institu* tions du pays , et les droits de chacun. D'abord il se refusa aux prétentions de la ville sur la foret de Soutan, où, malgré les ordres supérieurs, il fit faire une coupe. Il voyait souvent l'avocat INirnlns (^;istellaz de Gruyère , Jean Pierre li iccaud de Saint -Aubm: le bruit courait uue Von allait cesser les distributions ae sel , et établir de nouveaux impdta : les trois amis avisèrent au moyen de secourir leur pays. Il n'y avait rien à espérer de la supplique : on résolut de procéder par la violence: lejourdela Saint- Jean 1781 fut indiqué pour se rendre à Fribourg pendant l'office divin ; d'autres voulaient qu'on ne |>erdU pas de temps : ils avaient raison, car, dès le 30 avril , cej> projets étaient dévoilés. Chenaux , qu'on
18* livraison, (Suisse.)
essaya en vain d'arrêter, précipita l'exécution du complot. Le 2 mai, on vint à Possieiix en torce : là, Chenaux somma Fribourg, lui accordant deux fois vingt-quatre heures pour adopter ses réclamations. Le conseil fit fermer les portes de la ville , renforcer la garnison, armer les bourgeois. Le tocsin sonnait dans toutes les communes; Gruyère et le château ftirent pris par les paysans. Fribourg ayant invoqué le secours des Bernois , il en arriva six cents. Chenaux et sa troupe se retirèrent a Possieux; il eut bientôt plus de deux mille hommes, et Castdhix voulait qu^on s'en rapportât à la décision des ire'v/f' cantons r une division s'approcha de la place, jusqu'à la, chapelle de Saint-Jacques; uue autre vint a la porte de Bourdllon; une troisième se plaça à la fbrét de la Sensé. La garnison sortit le 4 au soir. Le colonel Froideville, qui commandait les dragons bernois , promit amnistie si l'on mettait bas les armes ; il ajoutait que tous les griefs seraient examinés soigneusement par les cantons médiateurs. Pendant ce temps, sa troupe débordait les insurgés : quelques centaines d'entre eux se rendirent; on n'en retint que quatre. Tout le reste se dispersa, errant à l'aventure, et selon le chemin indiqué par la terreur.
Chenaux , fugitif et caché , fat trouvé pendant la nuit à Avry; il se défendit avec un contenu, rt fut tué d'un coup de baïonnette par Henri Rossier . qni, jusque-là , était un de ses attides : son corps fut ensuite écartelé, et sa téte suspendue à la porte de Romont. Castellaz rt I'>accaud furent condamnés par contumace à être écartelés; on confis-
3ua leurs biens. D'autres furent punise peines afflictives et infomantes, et frappés d'amendes plus ou moins oon- ^ sidérables.
On publia ensuite, de concert avec les comnn'ssaires des confédérés, que l'on allait examiner toutes les rédamattoos; mais on n'accorda que trois jours pour les présenter; ce qui n'empécha pas qu'il n'accouriit de nomb)*eux délégués. Quant aux citoyens de la ville , ils îusistaient pour avoir aooèi
' rUJNIVERS.
aux archives, afin de connaître leurs droite; mais le conseil éluda cette deluaode eu les renvoyant aux règlements miitiiciMvs et à ceux des maîtrises.
Cepembirt les campagnards , regardant Chenaux comme mr^rtyr de la liberté, faisaient des peleriiictges à sa tombe; OD s'y rendait processionnelleinent , avee croii et bannières. C» scènes , et le mécontentement de la bourgeoisie , intimidaient Ip gouvernement. Il déclara qu'il voulait admettre parmi les secrets des familles de la ville et de raocien territoire. Le calipe ne dura que peu de temps ; et , le 28 juillet 1782, au soir, les qtintr*' sections se réunirent devant la demeure de i'avoyer Gady, apportant une protestation conire (a délibération de la conférence des commissaires , qui venait d'être lue en chaire, et qm maintenait la œnstitution actuelle de Fribourg , en qualifiant les prétentions des bourgeois de téméraires. Tous ceux qui prirent la parole dans cette occasion furent bannis : on punissait les (tropos les plus innocents. Ëntin le gouvernement accorda le titre de bourgeois seiarets, c*est-à-dire , habiles à exercer le pouvoir, à seize familles, et promit de remplacer à l'avenir pur trojs familles ciiacune de celles qui viendraient à s'éteindre.
I/occopation de Génère par les troupes de Berne, de la Franre et de la Savoie , fut le principal événenu ntde Tau 1782; les troubles interminables et ]a latte opiniâtre entre les aristocrates et les démocrates, anoenèrentce pénible résultat. Une nouvelle constitution fut établie , et les troupes étrangères restèrent environ deux ans.
Ce siècle, entaché encore de sanglants exemples de superstition, ce siècle, où des écrivains furent décapités, parce ou'il était défendu de discuter les actes du pouvoir, fot cependant pour la Suisse une époque de gloire intellectuelICc Elle s'honore d'avoir produit Albert de Haller, naturaliste, médecin, philosophe et poëte. Zuricli s enorgueillit de Salomon Gessner , au langase doux et harmonieux , à TimagijMnoii heoieuse et naive', quoique son
style soit parfois mnniéré. BodméV composait des drames historiques, oà se laisaient jour des vérités qu on n'eût point admises sous une antre, forme.
Alors Bâle possédait Iselin et les deux Balthazar; alors l'Europe ré pét ni t avec vénération les noms de Beriiuuilli, d'Euler, de l'astronome Lambert, de Saussure, de Bonnet, de Tissot, de Zimmermann , etc. , etc. Muller, de la grandeur de «^a patrie, faisait, au moyen du génie de l'histoire, sa ^r»ndeur personnelle. Ce prince des historiens modernes commença sa belle histoire de la fédération en 178.S. Quarante ans auparavant, Jean Gessner avait fondé la Société d'histoire naturelle de Zurich ; Bodmer en créa une historique; Lausanne en eut une pour les serenees physiques. L'association de 8( hinznnrh se forma en 1761; et les hymnes patriotiques de Lavater retentirent dans CM belles contrées; dans la suite , les réunions fiirent trans> férées à Olten. Longtemps persécutée, mise en interdiction, cette société triompha de tous ces obstacles; et, tandis que Luceme défendait de 8*y rendre sous peine d'exil, et de correspondre avec elle sous peine d'amende, elle comptait parmi ses membres des princes souverains. jNous n'avpns pas encore dit le plus beau titre de la Suisse intellectuelle, nous n'avons point encore nommé Rousseau.
L'époque dont nous allons retracer l'histoire est de celles qui changent la face du monde moral : les institutions politiques des nations subissent de iirands déchirements, les bases des socieîes sont ébranlées ; des secousses violentes déplacent les pouvoirs, et c'est à peine si , dans ces immenses bouleversements, l'observateur peut reconnaître l'ancienne physionomie des peuples. D abord les idées nouvelles s'infiltrent dans la société. Chez les grands, la sécurité de la puissance produit l'abus , et Tabus conduit à I oppression ; chez les peuples, le raisonnement naît de la géne ; à la haine du despotisme se joint bientdt la reconnaissance des droits de l'humanité.
Les idées qui germaient siicncieusei
SUISSE
dans quelques esprits élevés, se ré-
{iandent dans toute une nation ; c'est 'œuvre des siècles. Que Toccasion se présente «lors , et ce qui n'était que pensée devient action; ee ||ui n'était que plainte se ehnn^re subitement en colère. 11 se l'ait une explosion terrible , comme se détachent des montagnes ees massM dé roc et ces aTalanches de terres que les pluies ont goutte à coutte séparées des lianes des Alpes.
Mais rien ne résiste a la nature ; les révolutions humaines sont quelquefois comprimées) et {liistoire maudit, sous le nom flétrissant de sédition , ce que le succès eût inscrit victorieusement dans les annales du monde. Tel applaudit au bûcher de Jean Huss, qui glorifie la réformation de Luther et ses trois siècles de grandeur; tel célèbre aujourd'hui la gloire des libérateurs du Grutlli, qui eiU froidement enregistré sur ses pages inintelligentes le sui)plice de Walter Furst, Stauffacher et Melchthal , si la valeur des guerriers n'eut empêché le fer du bourreau d'approcher de leurs têtes.
Il faut donc se défier des historiens; il faut, parles exemples récents, Juger le passé, et redéchir que plus d'un libérateur a trouvé sou aetedc mort dans un greffe criminel. Depuis plus d'un siècle, nous ne rencontrons dans les annales suisses que des supplices d'hommes qui avaient ef'frnye le pouvoir au nom de l'idée no\ ntriee , ou de ceux qui avaient tente ralïranchissemcnt de la patrie d'une insu |)portable domination.
On frémit d'horreur au seul souvenir (les exécutions dont T ri ('ns:ui;j;l.inta le val Lévantine; la domination des Grisons pesait à la Valteiinc; le pays de Yaud se plaignait amèrement de celle de Berne. Les cantons dristoerali(pjes eux-mêmes romptaieiit dans leur sein une nudtitude sans droit; à Ziirich, les communes ri veraiiiesetaient dans une sorte dHotisniie. Il en était de même du TockenbOturg , de PArgovie , etc. , etc. L'idée révolutionnaire qui, pendant tout le dix-huitienie siècle, avait travaille sans relâche la société française, ne pouvait élw arrêtée
lanffoe et la proximité exposaient plus particulièrement à ses atteintes l'évêché de Bâle et le nays de Vaud : aussi , quand l'impossiDilité arrêta kt dé»
penses d'une cour prodigue, quand 11 peuple français se fatigua de payer, quand il falfut assembler les états de la nation , et que cette nation revendiqua sa liberté, on vit l*Europe entière se partager entre la cause des courtisans et la cause populaire. Les rois tremblaient , et les peuples grandissaient leur audace. La position des gouvernements cantonaux se compliquait de la présence des régiments suisses en France. A l'affaire de Nancy, celui de Chàteauvieux s'insurgea, et l'on uunit un soldat; de la roue ; vingt -deux furent pendus, quarante . et un condamnés aun galères. Il j avait à Paris un club formé de fugitif» fribourgeois; ce club agissait sans cesse sur l'esprit des soldats, leur disant de s'adresser à ses membres oomme aux représentants du pays : il ne s'écoula pas beaucoup de temps sans que les Suisses , otlQciers et soldats , se tissent affilier aux associations révolutionnaires; et, malgré les efforts de leurs gouvernements, il y en eut un grand nombre qui se rangèrent sous hs drapeaux français. Les doctrines dé la liberté fomentaient dans le pava de Porentrui; et, quand l'évêque Joseph de Roggenbach voulut comprimer l'élan populaire , quand il alla jusqu'à interdire les états du pays, les confédérés refusèrent de seconder ses prétentions tyranniques; il s'adressa donc à l'Autriche sous prétexte que ses États faisaient partie de l'Empire.
Les troupes qui lui furent envoyées éprouvèrentd'abord quelque résistanee de la part de Bâle ; mais il fellut bientôt céder. En vain le conseiller de Reng^er protesta , disant que , d'après le traité de 1781 , les états avaient le droit de faire venir des Français en nombre égal. Ce patriote courageux et d'autres avec lui, furent condanmés au carcan et à la réclusion perpétuelle; il s'enfuit en France au printemps de l'année suivante , 1 793. La guerre ayan| éclaté entre la France et TAutridie,.
are
les Français eoYahirent le pays de Porentrui sans coup férir, et les Autrichiens se retirèrent devant ru\. Les conquérants respectèrent 1 Kriiuel et le val de Moutier, parce qu ils étaient sous la protection de Berne. Rengger mint à Porentrui; il mit tout en mouvement ; on chassa 1rs rnipîoyés de i'évéque, on confisqua leurs revenus. On jura de repousser a jamais et ce prinoé et Tempereur : ainsi naquit la petite et éphémère république de Rauracie; après trois mois d'existence, elle se reunit à la France. Il y avait peu de temps que les Suisses venaient de léguer à la postérité un noble fiiit de courage et de dévouement ; le 10 aortt désornwis devra être inscrit, comme l'une des dates les plus p;Iorieuses, à cote de^i journées de Mor-
Sarten et de Sempach, et la fidélité es guerriers a droit aux hommages de la posiérité la plus reculée. T e monument de T neerne est taille dans un roc inébranlable, et le ciseau de Thorvaldsen a fait ressortir de cette masse informe les traits malttUieux du lion , qui protège encore ae ?a vigueur expirante les lis et récussuu sur lequel repose sa téte. La garde suisse, après avoir lutté longtemps contre les Marseillais et le peuple des faubourgs, succomba presque tout entière. Déjà les Marseillais avaient attaqué le régiment bernois d'Ernst; bientôt on re- ^t en Suisse la nouvelle des horribles journées des 2 et 3 septembre, et de tous les execs auxquels l'invasion de l'étranger portait les révolutionnaires.
Le deuil fut général ; et , comme le délai marqué par les capitulations expirnit , on rap|)eln 1rs réiziments qui obt irent à cet ordie. Chdteauvieux sortit de France uar Bitche, et ne donna aux princes eini|nré8 qu*oii trèspetit nombre d'auxiliaires. La plupart des Suisses rentrèrent dans leur patrie, après un décret que l'ambassadeur Barthélémy lui-même quai i lia Ue déplorable en écrivant à la diète. Ce diplomate avait su se condlier Tamitié de tous sefi meniî)res; il se lit, en plus d'une circonstance, médiateur entre les divers partis , et préserva la Suisse
de la colère révolutionnaire , en plaidant sa cause auprès de son gouver-
nement.'
Le dnnc^er devenait chaque jour plus pressant : la diète d'Arau n'osa déclarer la guerre, malgré son mécontentement de l'invasion du Porentrui ; les Prussiens fuyaient; les Français occupaient la Savoie , inquiétaient Genève, envahissaient les Pays-Bas, et franchissaient le Rhin. Ta Couventioii ap»
pelait les peuples à la liberté, et promettait secours à tous ceux qui se constitueraient en république. Les rhodes intérieures d'Appenzell se mirent en correspondance avec Paris:
on songeait peu à la défense commune; mais Berne , Soleure et Fribourcr concertèrent des mesures de précaution; et JNeufchâtet, à la demande de la Prusse, avait été précédemment englobée dans la neutralité des cantons.
Il convient de reporter nos regards sur l'état du pays de Vaud ; il y avait plusieurs années que Berne était en contestation avec lui, pour des impôts et des réparations de routes ;Morges surtout reclamait pour tout le pays l'exemption de contributions, et produisait d'anciens titres : on faisait valoir des frandiises, des droits dont on imputait Tanéantissement à Berne. Il se formait des réunions à Tausanne,à Vevay , à RoHe ; on y buvait à la liberté française, à la prospérité des armes républicaines. Quoique l'ordre n'eût pas été notablement troublé , le gouvernement bernois voulut comprimer ces manifestations : des commissaires arrivèrent avec des troupes , et Ton fit des arrestations. Quelques personnes s'enfuirent : ces exilés ne ressaient d'écrire des lettres pour exciter leurs concitoyens à la révolte ; et des publications inoendiatres étaîrât luea avec avidité.
A Genève, le parti populaire gémissait depuis 1782, sous le pouvoir des négatifs : le mécontentement était à son comble; une querelle de spectacle le fit éclater ;Tautorité avait été obligée de hausser le prix du pain; et, le 27 janvier 1789, les boutiques des boulangers iureut pillées. La troupe
SUISSE
ayant tué un jeune homme, Témeute oe connut plus de bornes : on lança de Peau bmiillaiite sur les militaires : plusieurs personnes périrent ; les
bons citovpns coururent aux armes pour rétablir l'ordre au moyen de la formation d'une garde civique, dans laquelle entrèrent les négatifs eux* mêmes. Il fallut Imisser le prix du pain, il frilhit accorder le droit de cité aux natifs établis depuis quatre générations à Genève. Mais ce n'était point asses : en févrî» 1791 , les nouveaux natifs et même les étrangers réclamèrent aussi Tégnlité des droits )olitiques. Ziiricli et Berne renouveèrent alurs leur ancienne alliance avec es Genevois, Le conseil fijt d'autant plus exact à tenir ses engagements envers les citoyens, qu'il ne pouvait plu*^ espérer d'appui du côté de la France.
Quand ies armées de cette puissance ^avancèrent vers la Savoie, Genève demanda une garnison à Berne et à Zurich; mais Chàteauneuf , l'envoyé de France , protesta qu'il regarderait comme hostilité l'entrée de ces troupes , soutenant que Tactf» de médiation ae 1783 ne comportait d'intervention que du conspntement de toutes les parties. Le £;énéral de Moutesquiou, qui commandait l'armée, signa une convention favorable à Genève , et y parut bientôt en fugitif pour échapper à la vengeance de son îiouvernement. A
f)eine la garnison fut-elle partie, que a populace s'empara de l'arsenal j et, dans une assemblée générale, on destitua le grand et le petit conseil , qu'on remplaça par un comité de surveillance et par une convention nationale.
On se livra à des désordres sans fin , et les meurtres judiciaires de Paris ne demeurèrent pas sans inutation. Enfin , en juillet 1794 , dans la nuit du 18 au 19, le parti révolutionnaire s'empara du parc d*artillerie et des postes militaires ; six cents des citoyens les plus considérés furent traînés dans les prisons : les exécutions , les exils , les cpniiscations étaient prodigués avec ôoe eArojable effusion , et le repos ne ae rétablit qu'à la fin de 1796, avec te retour de la constitution de 1782.
Le Valais n'était pas plus tranquille:
en septembre 1790, le bailli de Monthey avait été obligé de fuir à Sion : les hauts Yalaisans acooururent en
armes, et les mutins furent pendus»
ce qui assura quelques instants le repos du uays. Les succès des Français nvorîsaient partout Tinsurrection :
dans les terres de l'abbé de Saint-Gall, on se plaignait des iin|)ots . de la pauvreté du peuple, de la richesse du monastère , de l'immunité des religieux.
Cinq communes réunirent leurs grie& :
le nombre des mécontents grossissait chaque jour; ils n'nrticulaient pas moins de soixante cliefs de plainte; on nomma des députés ; et ^ en mars 1795, une assemblée générale, tenue à Gossau , fut présidée par Jean Kiinzli , boucher sans éducation , mais doué de cette éloquence qui agit sur la multitude. Des commissions négocièrent avec Tabbé Beda Augehm ; n était né sujet de l'abbaye , et , dans sa position élevée , il n'avait point oublié les sentiments de la classe populaire :
doué d'un naturel bienveillant et d'un esprit sage , il fit au ueuple dés coU'* cessions contre lesquelles protesta son chapitre, supprimant l'esHnvnîrp , roncédant le rachat des impôts perpétuels, et soumettant aux charges publiçjues les ecclésiastiques et les fonctionnaires. Il permit, de plus, les assemblées générales et la nomination des autorité?; locales par le peuple : innovations qui excitèrent le courroux du chapitre dont l'adhésion ne fut qu'apparente :
maluré les protestations clandestines, il fallut bien céder, et le nom de Beda fut à jamais béni. Les habitants des deux rives du lac de Zurich ne furent
f»as heureux dans la revendication de eurs droits : cette capitale les tenait dans une humiliante infériorité qu'elle cherchait à compenser par une excellente administration. Les plaintes contre ses employés étaient fort rares; mais la ville se réservait le monopole du commerce : on ne permettait même au campagnard que l'exercice des professions les pins indispensables. Il fallait que le lahricant s'approvisionnât
de laine à Zurich^ et ce n'est ^ là
L'UMIVERS.
ifa*Û devait revendre sa marchandi^ ouvrre. II f.ill.iit ^tre de la viIIp pour occuper un < tnjiUii c ivil ou ecclesiasti-
Sie : rexeiMpie de la France anima us les habitants du désir de s'affranchir de ce joue. Quoi , disait-on , runtSy les Suisses, les hommes libres par excellen ce j jwm obéissons comme des serfs. Quelques paysans de Stacfa donnèrent cours à leurs prédications sur Tégalité et sur les nnprescriptibles droits de Thumanité; ils rapprlnient en même temps tout ce que l'on avilit fait déjà pour la ville. On rédigea enllii une pétition pour demander la liberté du oommeice, Tadmission de tous aux pinces , le rachat des rentes per|)étuelles, toutes choses qui ne pouvaient s'accorder qu'en renversant 1 organisation et les privilèges des tribus et des corporations. Dès que la ville sut qu'on faisait passer cette pétifim de commune en eommune, elle lil arrêter les plus actifs colporteurs de cet acte:
plusieurs furent bannis, d'autres condamnés à l'amende et déclarés infâmes.
Ces mesures ne diminuèrent pas le nombre des mécontents ; à l'assemblée annuelle de Stsefa, quatre vieillards vénérables annoncèrent qu'ils tenaient de î( nrs pères que, dans les archives communales, il existait des titres de francjiises consacrant des droits tombés en désuétude: il faut les cher* cher, 8*écriait-on de toutes parts, et l'on découvrit dans un moulin une convention conclue le jour même de Texé-cution du bourgmestre Waldmann, en 1489, entre les habitants de la ville et ceux des campagnes, et dans laquelle les confédérés étaient intervenus comme arbitres. On y avait stipulé la liberté du commerce , eoiidition qui ii*avait jamais été abrogée. On décou* vrit également un titre de 1682 : après le désastre de la puerre de Cappel, Zurich accordait de nombreuses libertés, elle admettait même les campagnes à participer au gouvernement.
Munis de ces documents, les députés deStaefa, de Kusnacht, de HorL^en, deThalwyl etd'Ehrlibach, se rendu ent chez les baillis , leur demandèrent avec dowear et respect s'il coustait des dis-
positions postérieures qui les pussent abroger: Ziirich ne voulut repondre ni par un aveu , ni par une dénégation: l'un et l'autre parti étaient également dangereux ; on se borna donc a traiter les réclamants de séditieux , et on les cita h comparaître ponr rendre compte de leur conduite; mais ils ne vinrent point. Les connnuues déclarèrent oue ces particuliers étaient sans qualité pour traiter de leurs intérêts , et demandèrent des négociations directes.
Cette réponse leur valut toute la colère de la métropole ; elle arma , elle rompit toute communication avec Staefa ; et , un jour que ce village était occupé du service divin , il fat envahi par deux mille cinq cents iion)mes,avecderartillerie. Alors on proclama Tal^olition des titres invoqués : celui de 1489 n'avait été consenti, disait-on , que dans des temps difliciles, et pour éviter de plus graiids maux ; l'autre n'était bon que pour les circonstances, et son eifet avait dû cesser avec elles, l^s communes ne manquèrent point d'invoquer aussitôt l'appui des sept cantons qui avaient garanti la transaction de 1489.
Ils gardèrent le silence, à l'exception cependant de Glarus qui exhorta Ziiricli à rendre hommage au droit, et à ne point recourir à la force. St<cfa , désarmée et entourée de baïonuettes , fut obligée de renouveler te serment d'obéissance ; on punit ses défenseurs et ceux des autres communes d'exils, de réclusions, d'amende et du fouet.
Le vieux trésorier Bodmer, bourgeois de Stsefa , qui le premier avait donné le conseil de fouiller les archives , fut conduit au lieu du supplice à Zurich; là, le bourreau adta plusieurs fois le glaive sur sa tète, puis il fut reconduit dans sa prison mmi- y subir une réclusion perpétuelle avec cinq de ceux qu'on npprinit ses complices. T.n consternation et la terreur produisirent le silence ; mais le désir de la vengeance était dans tous les coeurs , jusqu'à oe
?u*enfln il éclata de nouveau sous empire de circonstances plus favo* rahles.
La cause libérale obtenait tous les jours de nouveaux triomphes : les fugi-
sarssE.
tifs et les exilés provoquaient l'intervention de la France dans les affaires de la Suisse. Les dominateurs actuels des treize cantons, disaient-ils au Directoire, nous ont e.\[)ulsés de notre patrie; ils sont nos ennemis comme jIs sont les vôtres; ils veulent des sujets, non des concitoyens; ils se regardent comme de petits rois; aussi sont-ils secrètement ligués avec tous Jes rois. Rendez au peuple suisse la liberté qu'il a perdue; il vous attend , il vous appelle. Les hommes libres sont les alliés de tous les défenseurs de la liberté. Dans ce temps-là même, Bonaparte s'immortalisait en écrasant ]es armées autrichiennes partout oij il les rencontrait ; il s'emparait de la Lombardie, et contraignant l'empereur à la paix , créait , sous ses pas victorieux , la république cisalpine. Les Grisons étaient en contestation avec la Volteline : le 21 juin 1796, cette contrée signifia qu'elle n'ol)éirait plus, et demanda une parfaite égalité. Il existait d'ailleurs un fort parti qui désirait' être incorporé à la république nouvelle. On choisit Bonaparte pour médiateur : le 22 juillet 1707, il reçut, à l\lontebeIlo, les députés des Grisons et ceux de la Valteline : Bormio et Cliiavenna refusèrent toute réunion avec Jes Grisons ; la vallée de Saint-Jacques tenait seule pour eux. Le général fran- (gais, malgré cette répugnance, exigeait qu'on admît les seigneuries italiennes, comme une mialrième li^ue dans la fédération. Il fixa un délai pendant lequel les Grisons auraient à se décider; les uns espéraient en l'Autriche , les autres craignaient Timmixtion de cette population italienne dans les affaires de la ligue grise; on laissa écouler le délai , et Bonaparte , qui n'aimait nas l'hésitation , prononça la réunion ae ce pays à la république cisalpine. Le peuple, assemblé à Sondrio, confisqua, dans son injuste inimitié, les propriétés particulières des Grisons : beaucoup de familles riches furent ainsi ruinées. Quelques semaines s'étaient à peine écoulées que les frontières de la Suisse furent entamées d'une manière non moins sen-
sible du côté de l'ouest : le général Saint-Cyr entra dans le val de Moutier, et s'empara de l'Erguel et de Bienne. Cette fois encore , on voulut temporiser; les constitutions subissaient partout des changements : Berne fixait le nombre des familles admissibles ; Ziirich se relfichait de sa sévérité sur le mononole; Glarus abandonnait au sort la distribution des magistratures. Le peuple de Bâie murmurait contre la ville; l'Argovie réclamait ses droits contre Berne; et le
f)ays de Vaud voulait confier à la France a revendication des siens. Sur ces entrefaites, Ochs avait été envoyé à Paris pour des intérêts que Bi\le possédait en Alsace. La Suisse voulait aussi le Frickthal cédé par l'Autriche à la France. Ochs était un homme habile, mais d'une ambition démesurée; bien accueilli |)ar Uewbel et Bonaparte, il se livra tout entier aux combinai.sons françaises , et prépara la révolution qui bientôt s'accomplit. Le conseiller de Tscharner de Berne se présenta au congrès de Rastadt au nom de cette ville , de Ziirich , de Lucerne , de Fribourg, de Soleure et de Bienne; et bientôt la diète d'Arau lui adjoignit Pestalozzi. Mais les plénipotentiaires français ne voulurent point les reconnaître ; il fut répondu au secrétaire de la légation : ^-Él/ez dire à ceux qui vous ont envoyés y que la réj)ubUque française ne connaît pofnt de députation du corps helvétique au congrès de Rastadt. La diète renonça même au projet de réclamer Mùlhousen , qui avait opéré sa réunion avec la France.
On voulut imposer à l'étranger par une démonstration , et l'on renouvela le serment fédéral négligé depuis longtemps ; mais cette cérémonie ne produisît pas l'effet qu'on en attendait.
Bâle ne voulut pas jurer un acte qui , disait-elle, réservait des droits à l'empereur et à l'évêque : l'arbre de la liberté allait être planté : c'est là que commença la révolution , tandis que les riverains du lac de Ziirich appelaient le moment de la vengeance, tandis que le pays de Vaud prenait les armes. On était en février de 1798, de
L'UNIVERS
cette année si fertile en calamités pour la Suisse; et, le 97 de ce mois, les Français firent leur entrée et parurent aux bords du Léman : aussitôt ia diète d'Arau se sépara ; le pays de Vaud se déclara indépendant; ie'Xésin secoua
^ le ioug d'Un , et planta des arbres de la liberté ; Lucerne et Schaffhousen affranchirent leurs sujets. Le Directoire français ^ enait de décréter ia formation de la république du Léman. Le générai Ménard pénétra dans ce pays |Mir Gex , et trois mille hommes vinrent du Chablais débarquer à Ouchy , qui est le port de Lausanne. A cette nouvelle , toute ia Suisse fut en fermentation; les riverains du lac de Zurich, les sujets de la Marche, dépendant d u canton de Sch wy tz , i n voquai e nt en leur faveur l'égalité des droits ; à Zurich, OD apaisa le mouvement eu mettant en liberté les condamnés de Stœfa , en restituant les amendes ; mais on fît des levées, en proclamant que les doctrines françaises étaient subversives de l'ordre,' attentatoires a ia religion, et sur-le-champ on envoya un double contingent au secours de Berne. A Râle aussi , les campagnards sMnsurspaient pour réclamer des titres constituiils de leur état civil et politique; ce fut dans une de ces émeutes que fut brûlé le célèbre château de Farns!)ourg. On planta des arbres de la liberté à Licstall , et Waltenbourg fut incendié comme Farnsbourg et Hombourg. Il fallut que le grand conseil proclamât Tégalité.
Cependant le colonel Weiss, qui commandait les troupes bernoises dans le pays de Vaud , s'était retiré devant l'ennemi ; les Français s'étaient avan-
* cés jusqu'à Yverdun. A Berne, on ne comprenait pas son mouvement rétrograde. On nomma doiic un autre général : ce fiit Charles Louis, de l'illustre famille d'Erlach : le moment était d'au* tant plus critique , que la ville d'Arau , excitée par les révolutionnaires de JJale, avait aussi planté son arbre de la liberté et secoué le joug de Berne. Il ÊiUut donc détacher, pour la 80U> înrttre , In colonel de Buren et nlu-
•sieurs bataillons ^ mais, ^uoiqudle
fût rentrée dans l'obéissance , on n'était pas tranquille de ce côté. A cette
inquiétude se joignaient le défaut d'ensemble, et la défiance qui empêcha de créer une commission executive pour diriger les opérations des cantons réunis, et dont Bâle seule abandonnait la cause. Cependan| l'ennemi prenait des dispositions redoutables : le général Ménard , qui s'était d'abord arrêté aux limites du pays de Vaud , venait d'être remplacé par le général Brune ; une autre division pénétrait en Suisse par le Mont-Terrible , sous le commandement du général Schauenbourg. Brune , dont toutes les opérations se concertaient avec la marche de son collègue, adressa aux habitants du canton de Berne une proclamation dans laquelle il exposait les griefs de son gouvernement , accusait Paristocratie bernoise, et promettait l'égalité. Il dit ensuite aux envoyés du sénat qu'il traiterait au nom du Directoire, pourvu que l'on (Téfit sur-le- • ciiamp un gouvernement provisoire, que Pon mit en liberté tous les détenus politiques , que l'on rédigeât une constitution libérale, etc. , etc.
Le coiout l Gross, chef de l'état-major de l'armée bernoise, et cummaodant du château de Nidau , écrivit aa général Schauenbourg qu'il allait commencer les hostilités le soir même :
c'était le 1^' mars ; le mois de février s'était passé en négociations, en armistices, et ces délais refroidissaient les soldats bernois, dont l'enthousiasme faisait place aux principes de la propagande. L'armée suisse était d'environ vingt mille hommes et quatre cent cinquante cavaliers; mais on manquait d'ordre , d'exercice , de discipline; il y avait longtemps qu'on n'avait combattu l'étranger , et l'on se repentait amèrement d'avoir si fort négligé l'art de la guerre, dans ua temps où la valeur des ancêtres ne suffisait plus pour la défrn'^p delà patrie. Il se fit quelque mouvement dans le gouvernement; des commissiops furent substituées au grand conseil; le conseil de guerre lut renouvelé.
L'anarchie était partout.; aussi , quand
SUISSE
le colonel Gross , d'apr^ des ordres nouveaux , voulut rétracter la dénoiidation d'hostilité qu'il avait faite à Schauenbourg ^ celui-ci n'en tint compte. Le château de Doroacb , qu'il fit attaquer le jour même, 1*' mars , ne résista que vingt -quatre heures; auprès fie y in:zpls , una charge des T^ernois fut K'iioiiNsee. Les Français surprirent et culbutèrent uu poste établi près* de Lengnau, malgré l'Iiéroîque résistance d'un bataillon de i'Oberland.
Les fliver«! efforts pniir tenir tète aux Fratiiais deiiieurert' (il niuliles; et il n'était pas dix heures du matiuqueSoleore ouvrait ses portes au vainqueur.
L'artillerie bernoise se retira des bords de I Anr, que rien désormais n'empêchait de franchir. ABureti néanmoins, le passage fut vaillamment disputépar le quartier-maitre général de Graflenried , et l'incendie du pont se com- HKmiqua à plusieurs waisous de la ville.
Brune envoyait son avant-garde oc- ' cuper les environs de Fribourg : il y
avait dans la place des Bernois et des paysans qui empêchèrent les magistrats de se rendre. Le général ennemi accorda deux heures pourrévaeoatioi»; mais le parlementaire était à peine de retour, que le tocsin sonna dans tous les villages, et les campagnards entrèrent en loule par la porte opposée pour renforcer la garnison. Une nou* veile sommation fut envoyée; alors les magistrats et quelques bourgeois vinrent annoncer qu'ils étaient dominés par les paysans. Les soldats irancais demandaient Tassaut , et le génial fit tiref quelques obusiers, et pratiquer quelques Itrèches dans les murailles à coups de canon. Dix à douze soldats escaladèrent les remparts , d autres entrèrent par une porte que TartiHerie avait brisée. Quinze cents Bernois et cinq mille paysans se retirèrent, emmenant des canons vt di s nniK s qu'on leur reprit dans la poui:ïUite. La discipline fut observée avec autant d'exactitude que si la ville se fût rendue par capitulation : il avait péri environ quatre cents Suisses ; les jirlMinniers furent renvoyés cbe^ eux. Ce iail e^t du
même jour que la reddition de So-
leure.
Le lendemain, 3 mars, Brune envoya sur Morat une coloime commandée par le général Rampon : en cette circonstance, les soldats se portèrent à des excès dont il n*est pas juste de clKirLTr la mémoire (]r Brune. L'ossuaire (li^ >!orat fut dispersé; mais on s'abuse quaud on regarde ce fait comme un acte de fureur ou d*aveu|;le vengeance, quand on Tattribue a Tlgnorance la plus grossière, quand on soutient que les Français n'avaient que faire de ces ossements de guerriers de tous les pays, et qu'eussent-ils été Bourguignons, ils n'en étaient pas moins les ennemis de la France, dont leur chef méditait le malheur. La dispersion de l'ossuaire n'est pas considérée de même par tous les bistoriens : !\leyer de Knorau reconnaît qu'après trois cents ans les Bourguignons donnèrent aux os de leurs aïeux une sépulture dont ils avaient été privés jusqu'alors. Il y avait en effet dans la colonne du général Rampon deux bataillons composés de soldats de la Cote-d'Or et de 1 ionne. S'ils eussent cédé an ressentiment national, leur action eût été irréfléchie : soldats de la liberté, ils devaient applaudir à la victoire de ceux qui avaient combattu pour elle plus de trois siècles auparavant; mais leur susceptibilité avait pu être excitée par la réponse d'un chef suisse, qui venait de déclarer, sur une sommation française, qu'il n'entendrait pas, sans en tirer vengeance, un langage si hautain , et qu'il ne convenait pas de le lui tenir dans le voisinage de IMorat. l^eii de mois s'étaient écoules, depuis (jue Jionaparte s'était fait conduire à ce même ossuaire, en traversant la Suisse , après le traité de Campo-Formio.
Erlach avait été obligé de repasser la Sarine et la Sensé; Rainpon se porta rapidement sur Guminen, où il opéra une fausse attaque , tand is qu'une autre colonne attaquait Laupen, et que le général Pigeon tentait à Neueneck le passage de la Sensé, po!ir s'avancer ensuite sur Berne. Le 6, à quatre
LtîîîtVERS.
heures du matin , le passage fut forcé, et le camp ennemi emporté après une action tres-vive, dans laquelle les Sdisses prouvèrent qu'ils rravnient point dpiienéré. L'action dura cinq neures; ils laissèrent trois mille hommes entre les mains des Français , et huit cents morts eouvraient le champ de bataille. Beriir. so voyant désormais a découvirt, rappela promptenient ses troupes de Guminen , où il y avait une artillerie formidable, parce ^ue Ton croyait ce point plus particuvlièrement menacé. I.a démoralisation était complète dans l'armée bernoise; les soldats chassaient leurs officiers et les remplaçaient par d'autres. Les Français^ avant de remporter la victoire, avaient été souvent rpj>ou<^<;és; ils avaient perdu beaucoup de monde, beaucoup de canons* Leur attaque sur Laupen avait échoué : la division de Brune eut probablement été contrainte à se retirer, si Schauenbourg n*ertt le jour même fait son entrée à Berne.
Ce général habile et valeureux était Tun des tacticiens les plus habiles de son temps; il excellait à former le soldat, à rn^znerrir, et lui donnait Texempla des vertus militaires. Dotié par la nature d'une force extraordinaire, haut de taille et d*une figure mâle et imposante, il commandait le respect par sa présence, et h eonfiance ne pouvait manquer a un ciief qui, né dans les rangs élevés de la société, avait combattu comme le ferait un simple volontaire. Le 4 mars, son avantgarde occupait le village deS<:linottwyl; k 16*" demi-brigade se tint à Bettérklnden , et lé corps de bataille à Lohn , sur la route de Soleure à Berne. Le 6, pendant l'action de Neueneck , les troupes se mirent en marehe a la pointe du jour : l'avaut-garde rencontra l'ennemi dans le bois. Il s'engagea aussitdt une fusillade; les Bernois avaient de l'ar^ tillerie, mnis l'artillerie française accourut pour soutenir l'infante'rie. Les Suisses, obligés de se retirer, allèrent prendre position sur les hauteurs, en avant de Frauenbrunnen. Cependant la cavalerie française étant liuit fois plus nombieusa ^ la leur, ils âureat
tournés sur leur gauche et débusqués de leurs batteries. Ils essayèrent de se reformer à Urtenen ; repoussés de nouveau de ce poste ainsi que de U()fV^ ! et Buchsée, ils se mirent à l abri d'un taillis, et pendant deux heures soutinrent l'effort de Tennemi dans le Graoholts. Des abatis étaient jetés sur la route : les Suisses ocrupaient Ir-ï hmtciirs; à leur droite étaient un bois de sapin et des marais impraticables. Le daié était protégé par des retranijie* ments qui semblaient impraticables; Schauenoourg fit esrniader les rochers par trois compagincs de la 89' demibrigade, tandis qu'une partie de son infanterie passait par les marais pour tourner la gauche des Bernois , et que l'artillerie légère cnnonnait les retranchements de la route. Attaqués de (lanc et de Iront, les Suisses ne purent résister; la déroute devint complète; oe qui n'empêcha point le vaillant Kriacli de réunir encore les levées appelées l(iii(istiJri)i ^ur le Breilenield, en avant de iJeiiie, et d'engager un cinquième combat. Armés ne faux et d'instruments aratoires, les paysans se battirent en désespérés; des femmes, de jeunes (iiles et même des enfants, se mêlèrent aux combattants. Les hussards du 7" et 6* chargèrent avec tm* pétuosité sur les pièces que l'ennemi avait mises en batterie. A midi , le succès des Français était décidé. Les soldats suisses , se croyant trahis par des chefs indignes, tuèrent plusieurs colonels ; aux portes de la ville , deux d'entreeux furent sabrés par leurs draL^nn^;, Le gouvernemeut demanda à capituler.
Les troupes francises entrèrent à Berne à une heure après midi : pendant la nuit suivante, le corps d'arinre de Brune arriva, et ce général prit le lendemain le commandement en chef de toute Tarmée. On avait stipulé la sdreté des personnes et des propriétés, la liberté du culte. Cependant Erlach s'était rendu dans l'Oherland avec l'avoyer Steiger, qui avait partagé tous ses dangers : Ils espéraient y organiser . une résistance opiniâtre, car le gouvernement y avait envoyé dt jn des armes et de l'argent. Leur espoir iut
SUISSE
déçu. Partoat on imputait à trahison ce qui n'était que desordre et infortune, partout on criait vengeance contre de prétendus traîtres , dont Thésitation faisait tout le crime. Erlach fut tué par des furieux àAVichtracli,et Steiger eut beaucoup de peine à échapper à une émeute pareille.
Les Ziirichois s'étaient avancés sur Aarber^ jusqu'à Frienisberg : de la sorte, ils se trouvaient coupés; on leur permit de se retirer avec armes et bagages; les autres contin;:ents avaient déjà opéré leur retraite. On songeait more à s^opposer à la marche des Français : Zurich se préparait à la défense; Sclinfflionse, la Tmirgovie et le Rheintlial promettaient des secours; Uri conseillait d'invoquer la médiation de TAutriche, de la Prusse et de l'Espagne. Tout à coup on arrêta tous ces préparatifs. Le trésor, l'arsenal, les magasins de toute espèce, ne purent contenter le vainqueur; et, comme s'il n*eût rien trouvé (pii pât satisfaire aux besoins de Ta nuée, il accabla le pays de réquisitions; il enleva de plus ces nobles drapeaux, monuments de tant et de si glorieux triomphes. Le général Brune les envoya au directoire exécutif. Toutefois ce n'était pas le phis grand mal que la France nrtt faire a son ancienne alliée; elle raflligea d'une constitution , détruisit le système fédéral , et prétendit gratifier de la liberté ceux auxquels elle apportait le funeste cadeau du nivellement et de la centralisation. L'égalité, telle que Tentendait notre révolution, pouvait être un bienfait pour les pays sujets; te Tésin, le canton de Vaud, la Marchede Schwytz et les riverains de Zurich, l'attendaient avec impatience; mais les sept cantons démocratiques, où le poutoir appartenait aux citoyens, étaient, en fait de liberté, les maîtres et les exemples qu'il fallait étudier. F.oin de là , on effaçait violemment leur physionomie nationale, on confondait toutes tottftiàÀes originales, pour obtenir lia fusion un gouvernement esclave ïè la France, sans pouvoir chez lui et surtout sans considération , parce qu'il était imposé par Tétranger. Cependant.
Brune avait promis aux Lucemote de
ne point occuper leur territoire; nouvelle qui fut proclamée à son de trompe et aux cris d'allégresse de toute une population, qui croyait que l'on respecterait les descendants des libérateurs. Ce n'était qu'utie ruse : l'envoyé de France, Mençaud, ne cessait de reprocher aux Suisses, des menées de ce qu*ii appelait le parti aristocrate.
A Zurich , les autorités étaient obli* gées de céder la place aux insurgés.
La constitution helvétique, tracée par Ochs, ne convenait à personne : le canton de 'Vaud Favalt adoptée dans les assemblées primaires; il s'agissait maintenant de la faire accepter en Suisse. Le principe de l'indivisibilité est le premier de ses articles; les cir- "oonscnpttons administratives sont tout ce qui reste du canton ; la souveraineté appartient à l'ensemble des citoyt^us; les titres et les privilèges sont siipfH imés; aux treize cantons, on ajoute ie Léman, TArgovie, le Valais, Bellinzona, Lugano, Siu^gans, Saint-Gall, la Thur^ovie. La constitution une fois acceptée par les assemblées primaires, ces assemblées nommeraient un député au collège électoral du canton sur cent citoyens; enfin ce collège électoral désignerait qtiatre membres du sénat et huit du grand conseil, un du tribunal suprême, treize du tribunal cantonal, et cinq^ administrateurs. Cinq directeurs, nommés par la législature, gouverneraient la république, et pourvoiraient aux ministères, aux ambassades, aux commandements des troupes, etc., etc. Bâle fut la première à proclamer cette œuvre ée son concitoyen ; mais ses recommandations à d'autres cantons demeurèrent sans effet.
A Saint-Gall, les délégués faillirent être assommés par le peuple, et en général les montagnards se montrèrent fort hostiles h ce projet. En Thurgovie , les assemblées primaires furent empêchées par la violence. On était d^autant plus exaspéré, que l'on annonçait, comme un dessein arrêté de la part de Brune, le morcellement de la Suisse en trois républiques. Lé gouvernement français ne s'y arrêta point,
L'UNIVERS
l*œiivre dOch?;, ft aux nouveaux cantons ajouta i'Oberland, pour affaiblir Berne d'autant. On frappa d'une contribution de quinze millions' les prétendus oligarques. L'arrivée des commissaires Lecarlier et Rapinat fit faire quelques progrès à la constitution dans les cantons du nord et de l'ouest : il n'en fut pas de même des cantons intérieurs; les représentations amicales et modérées du général Schauenbourg, qui venait de succéder à firone, ne
Surent décider l'assemblée qui venait e se former à Brunnen. Le langage du chef de rarmée fut plus dur à Té-
Sard des gouvernements nrovisoires *Appenzell et du Toggennourg : on leur accorda douze Jours pour tout délai. Arau^ chef-lieu désigné, vit bientôt arriver les députés élus au grand conseil , par les enntons de Bâie, Berne, Fribour^, ]r l.eiiian, Lu cerne, roberland, Schailhuuse, Soleure, Zurich. L'assemblée se constitua le 12 avril. Le 15, six cents Français, Schauenbourg et Lecarlier, y vinrent aussi. L'Unterwald supérieur, Engelbcrg, la Thurgovie, accédèrent à Tinstaàt même , et le comté de Baden , sur l'ordre des Français, envoya aussi des députés , comme s'il eût formé un canton avec les bailliages libres.
. A Schwytz et dans le bas Unterwald, on résolut de maintenir l'ancien ordre de choses à tout prix : on appelait la con-^titulion le iirret d'enfer.
Uri et Giarus, sans vouloir prendre roifensive, se préparèrent à la résistance : on se porta d'abord sur leBrunnig, et la petite république de Gersau, composée d'un seul village, fournit à elle seule quarante-cinq hommes. Glalus sortit aussi de Tinaction : quatre cents hommes franchirent les neiges du Satte! pour aller insurger l'Kntlibuch. Pen l cuitce temps, deux mille six cents iioinmes se jetèrent sur Brientz,
Kur soutenir le mouvement de l'Ober* ssli, dont le député avait quitté Arau sous prétrxfe d'nffnirrs personnelles.Néannioinson n'entreprit rien de grand ; chacun craignait pour sa propre vallée, et bientôt Schwytz menacée rappel^ ses 9ol<lAt3, qiiî déji se reti-
raient devant Français. Les insurgés n'en prirent pas moins Rapperiicliwyi. Entre Emsiedein et le lac de Zurich, se rassemblèrent plusieurs milliers de Suisses; ils accouraient à la voix du curé Alnrianus Ilerzog.
Zug, dont le contingent était commandé par le colonel Andermatt, avait envahi es bailliages libres ; mais , le 26 avril 9 le général Jordy repoussa ce corps, qui fit une vigoureuse résistance, s'empara de l'abbaye de Mûri, y prit vingt caiions, et franchit la Sins. Quand il entra à Zug, le conseil délibérait encore sur l'acceptation de la constitution; il fit mettre bas les armes à mille paysans, et conquit tv\ cette occasion douze drapeaux et six mille fusils.
Cependant les Suisses, conduits par Aloyse Reding, s'emparaient de Lucerne, le jour même où Jordy prenait Mûri. Les citoyens, qui d'abord avaient voulu résister, furent obligés d'accepter une garnison de rEntlibuch; elle promit de rétablir ses comm!)niratiGns avec les cantons, de ne point invoquer contre eux de secours étranger, et de n'en donner qu'à ceux qui avaient voté le rejet de la constitution. L'arsenal fiit laissé à la disposition des libérateurs. Schwytz se montrait digne de l'antique héroïsme : les Français furent vigoureusement repoussés sur la hauteur de Ricliterschwyl et à Wollrau ; ils ne purent forcer le passage de Schindelligi qu'en éprouvant des pertes Immenses. A Rothentîiurm et sur le Sattel, Schwytz et Uri firent des prodiges de valeur; enfin, à Morgarten, leurs armes furent heureuses : inspirés par ce graud souvenir, par ce premier rait d'armes de leurs aïeux , les soldats poursuivirent les Français , de ces hauteurs célèbres jusqu'à' Eggeri. Là, le nombre et la discipline leur apprirent , à leurs dépens, combien les soldats de la république étaient supérieurs aux vassaux de Léopold : il fallut céder.
Sur d'autres points, on disputait chaque pas : Immensée et le pied du Rigi ne furent abandonnés qu'après de san-
Slants combats, et le 8 mai raetîon 'Artb4euieura 8aa« issue. L'invasii^ii
SUISSK
efH été difficile h Pennenlî, tamh fuite
du curé Herzog, qnî hù înissa la fncilitéde franchir l'Etzel , montagne qui couvre les abords d'Ëinsiedeln : ainsi se trouvait tournée la position de Rothenthorm, et le redoutable vainqueur put s*avancer jusqu'au Hacken , qui jette dans les airs sa pointe crochue, et forme, avec le iMytheii, Pua des plus admirables pointa de vue que la création offre à Tadmiration de l'homme . Os cathédrales de roc s'élèvent comme des tours anijulaires:
leurs masses effilées et recourbées dominent ces solitudes, ces forêts, et cette abbaye, saint pèlerinage ouvert à la foi, asile de la prière, but des vœux et de la dévotion des peuples septentrionaux et des Italiens du voisinage. Là, prés du Hacken, non loin d'EinsiedeIn , périrent, en combattant pour la patrie, deux cent trente-six braves, qui voulaient la garder pure de toute invasion d'un vainqueur, comme elle Tavait toujours été. Les blessés même continuaient à combattre, et mouraient de nouvelles i)lessures. Grâce à l'iiabileté des francstireurs, la perte des Franc^ais fut décuple, lis honorèrent le courage mal* heureux. Le général de Schauenbouri; proposa une capitulation : elle assurait aux braves la conservation de leurs armes, la sécurité de la religion catholique, et promettait la retraite des Français. Reding et ses [guerriers eurent peine à s'y décider : dans le moment même, des renforts d'Uri débarquaient à Brunnen. Quand on opina : « Mourons , s'écria le premier dont on prit l'avis, mourons de la mort ^1 or î dise de nos ancêtres. » Les prêtres communiquèrent à l'assemblée des dispositions plus pacifiques. Lnceme avait déjà été évacuée a l'approche des Français. Uri arcr ln à la capitulation , et le'hnut Unterwald accepta ,
Eour la seconde lois, la constitution elvétique; le pays bas fut plus long à 8é décider. Appenzeil et Glaras se soumirent au directoire d'Arau.
Genève se réunissait à la France :
le 26 août, elle perdit l'ombre d'indépendance qu'elle avait conservée ju^
?|u'aIors. Le Valais sMnsui'geait; Tagent rnnenis . Aînngourit, fut o!)lti:f'' de s'enfuir de Sion : trois mille liommes des dizains supérieurs étaient venus occuper la ville. Après les avoir battus à Saillon et débusqués de leur position derrière la Mnrcre, torrent profond et impétueux, il les somma de se rendre.
Les Valaisans renfermés dans Sion feignirent d*acoepter la capitulation ; mais un peloton de hussards s'étant approche de la porte, ils firent sur lui une décharge a mitraillf*. Le soldat furieux escalada les murailles et lit un horrible massacre des insurgés et des habi« tants : on se défendait de maison en maison. La ville fut abandonnée au pillage pendant six heures; le haut Valais fût envahi et frappé de contributions. Un autre combat, poussé par le 16* d'infanterie léiière jusqu'aux sources de la Mor^e, fut très-meurtrier; des quartiers de roc roulaient sur les Français , qui perdirent be^iucoup de monde. Les prêtres avaient promis nu\ r:impni:n:îrds le SOrt des saints de la légion thebainc.
Le directoire lielvétique s'occupait de changer les circonscriptions, et d'opérer entre les cantons ime fusion qui faisait entièrement (lis[)araître Tancienne phvsionomit nationale de cette admirable confédération ; il constitua des cantons absolument nouveaux, et v groupa les électeurs de manière à s assurer une majorité : ainsi il y eut un canton de la Linth, un canton de Sântis, etc., etc. Au mécontentement de ces innnovations , se joignit une profonde indignation contre les proconsuls français, qui, non contents d'enlever les caisses publiques, prenaient celles des hospices, frappaient de fortes contributions , et , sous prétexte d'aristocratie et de fédéralisme, faisaient saisir comme otages des citoyens considérés, pour les envoyer à iiumiuigen. Ilapinat défendit d*obéir aux lois et aux ordres du gouvernement helvétique, quand ils seraient en opposition avec ceux du gouvernement français. Des actes arbitraires, des éliminations violentes fyxussèceat les institutions politiques
UUNIVEKS.
avant leur mise en action. Bapinat nomma lui-même des directeurs, et le pouvoir exécutif fraii^is se permit de Proclamer autbentiquement qu'Oebs était le meilleur citoyen de THelvétie.
H faut cepondnnt se gardrr d'njouter foi aux imputations que Ton s est si souvent permises contre la probité de Rapinat : menu pauvre de cette mission , il mourut quinze ans après , sans jfiinais avoir dérobé aux principes de la délicatesse la plus rigoureuse. Ces eiactions étaient pour le lise, et c'est au nom de la liberté i(u*il se constitua le tyran d'un peuple libre.
Les agents de l'Angleterre et les émigrés suisses ne cessaient d'exciter à la révolte; le pèlerinage de Marie des Neiges au Rtgi devint le lieu des rassenmiements : dans plusieurs locali* tés, on refusa le serment, et le gouverneur de Scliwytz fut oblijîé de s'enfuir. La fermentation était générale; le directoire invoqua de nouveau fammidu général Schauenbourg. Deux prêtres soulevaient le bas T nterwald, et distribuaient des annili tu s et des reliques; promettaient it concours des Autrichiens; deux mille hommes étaient prêts et huit canons. Les Fran-* çais arrivèrent : leurs tentatives de débarquement ayant échoué, et le feu des francs tireurs leur faisant beaucoup de mal , on ne douta phis du succès; des renforts accoururent de Schwyts et d'IIri; mais, le 9 septembre, Schauenbourg ordonna une attaque générale : les Français tombèrent par centaines à l'affaire du Rolskxin, à la chapelle de Saint-Tarques; mais ils arrivèrent par le Melchthal, et prirent l'aile gauche en queue. A Kersitten , ils réussirent enfin à* opérer un débaruement, et l'incendie de ce village ispersa les insurgés. Il y eut trois cent quatre-viniit-six viriimes, parmi lesquelles on comptait ceiit vingt-sept femmes eten&nts. Les cadavres furent entassés dans la nef de Stanz. On mit le feu à Stunzstad , à lîuochs , aux fermes isolées; enfn^ ip pays se soumit, après avoir perdu dans cette lutte près de ^piatre mille hommes. Le gé* néral vainqueur était profondément
ému de pitié; il faisait distribuer des rations ne pain et de viande aux habitants. Scbwytz, envahi dès le 12 septembre, fut désarmé complètement* Bientôt il fut conclu avec la France un traité d'alliance offensive et défensive, qui assurait à cette incommode protectrice la route militaire du Hhm et des Grisons, celle du Valais vers ntalie, et promettait un traité de commerce. La France prit six demibrigades suisses à sa solde. L'Autriche s'opposait formellement à ce que la constitution fdt adoptée dans les Grisons : elle fut rejetée par la majorité des communes, et la diète as»
semblée à TIanz ( i tlouna une levée de six mille hotiiiiies; un conseil de guerre se constitua, et négocia avec le général autrichien Auffenberg qui était sur la frontière. Dix bataillons entrèrent dans le pays : on proscrivit les journaux suisses; on chassa les partisans de la France. .Dès le mois de mai , Le* courbe, DessoHes et Loison, avalent écrasé ce corps autrichien , après avoir franchi le Rhin près d'Azinoos; ils prirent Luciensteig d'assaut,tutiiiis qu'une autre division, partie de Vettis, avait gravi le Kunket , et paraissait subitemeiït d('\:uit Reirhenau. Après une bat.iiUe opunàire, les Autrichiens concentrés dans Coire lurent obliges de capituler : Auffenberg se rendit avec quatre mille hommes. Cependant une autre division, venue du Saint Gothard, était battue par les montagnards, qui massacraient sans pitié blessés et prisonniers. Les Français eurent bientôt réparé cette perte, et chassé les Autrichiens jusque dans le Tyrol. Les amis de l'Autriche furent conduits à Salins. Les revers de l'armée de Jourdan et la tentative inutile de Masséna contre Feldkirch, ouvrirent le nord et l'est de la Suisse aii\ ennemis de la France. Il y eut dans 1 intérieur beaucoup d'émeutes à comprimer. Le 13 avril, déjà les Autrichiens étaient entrés à Schalfliousen, et le 17 ils occupaient Kglisau. (Test dans cette retraite que le pont de bois sans arclie, Ghef-d*Genvre de l'art du charpefitter, fiit bhlié pur les Français. l'on
rcc:ardaif la cause de la répnl)Iique franrnisf rniniiu/ perdue ; les cantons intérieurs, les viile^ d'Aitdorf et Zug, passaient ain yeux des campagnards pour les K»aiKs de ses partisans; aussi, quand un incendie consuma de fond en comble la première, on ne lui porta aucun secours; la garnisuo trançaise seule fit des prodiges de dévouement. Le 28 août, une insurrection générale contraignit les Français à évacuer les cantons d'Uri et de Schwytz; mais bientôt le général Soult rentra dans Schwytz, après avoir dispersé tous ces pâtres qui i ' r aient d'armes que des bâtons, d'unil'ortne que les chemises dont ils couvraient leurs vêtements, circonstance à raison de laquelle cette campagne fut surnommée Hirtenhemdlikrieg .
Le 8 mai , Soult eut a combattre les insurgés d'Uri, dont le chef, Thistorien Vincent Scbuu'ed, périt le premier, atteint d'un boulet; le lendemain, il fallut encore combattre à Wasen, puis le \'} :m Snint-Gothard.
A Dissentis, dans 1 autre vallée qui descend d Ursern vers les (irisons, les Français furent d'abord surpris par une eîurnte. Après, avoir brûlé Dissentis, ils se retirèrent vers l'Italie, tandis que, dans les Grisons, Luciensteig et Coire retombaient au pouvoir des Impériaux, et que M. de Couften conduisait les Valaisans à Tattague, d'abord à Martifinv, puis dans les loréts qui entourent Louécbe ; mais là, comme à Viége, ils furent vaincus , et les Autrichiens et les Russes venus à Rrifi pour les secourir repassèrent le Simplon. Lecourhe, qui arrivait de la haute Engadme, porta rapidement sa division sur Bellinzona, pour couvrir Je passage du Saint-Gotbard et contenir les bailliages italiens qui venaient de prendre part à l'insurrection; ensuite il alla occuper une forte position au haut des Alpes.
Blasséoa, qui commandait en chef vers îe nord de i'Ilelvétie, eut à combattre les Autrirhiens de l'archiduc Charles *, a Korsciiud» et à Diesseuhoven , ils avaient pris le parc d'artilleyie helvétique. Il &Uut fie mwfer
avec Pennemi à Wyl, à Andelfin^eOf à Frauenfeld. Dans ce combat pént le général suisse Weber, dont les trou j>€s avaient déployé une grande valeur. Là étaient Oudinot , Ney , Soult; li « se disputa chèrement la victoire qui demeura aux Français. Ney poursuivit avec tant d'impeiuosité rennemi qu'il .
avait devant lui , que la plupart des troupes légères furent jetées dans la Thur, et s'y noyèrent avec leurs chevaux. A Sciiuarzenhach , OIJ cntninnndait Soult , trois régiments autncinens furent taillés en pièces. Toutefois Tar» cbidue accourut avec des renforts , et reprit .^es postes de la rive gauche de la Thur; le général Uotze attaqua les Français à Wintertliur, où M asséna s'était concentré ; l'archiduc y vint en personne; après la résistance la plus opiniâtre, après que >« v mt été Jeux fois blessé , le gênerai in i liefs'aperc^vant que Tennemi cheniiaii à tourner ses ailes , se replia derrière la Tcess. B fallait bien se r^rer^car une autre armée aiitriehienne venait des Grisons, sons te coinniandement de Bellei^nrde; et , quoique Lecourhe le séri ât de près, et se fût étahli à Wasen , au milieu des Schellenen , Masséna se retira sur TAIbis, et garda la rive gauche de la Limmath , après avoir évacué Ziirich, non sans avoir livré des combats très-opiniâtres sur toutes les hauteurs qui précèdent ou dominent la ville. Plus de deux mois s'écoulèrent sans i\m rien fût change a la position que tenait chacune des deux armées, depuis le Saint- Gothard jusqu'à l'embouchure de la Reuss et de PAar. Il y eut, dans la partie envahie par PAutriche, et notamment à Zurich , des gouvernements
Erovisoires. Quelques cantons retalirent leurs anciennes constitutions :
beaucoup de Suisses prirent du service dans les armées de la coalition; il y eut même des contingents envoyés ofliciellement et en corps. On croyait si peu au retour des Français, qu'il Ziirich il suffis-iit d'en émettre l'idée pour être répuic séditieux.
Au mois d'août, les Français, qui avaient reçu des renforts, se reportèrent en avant sur la lânth. Pou de
L'UNIVERS
jours auparavant, le général - major autrichien Bay, qui voulait pénétrer dans le bas UnterwaM , avait été pris avec toute sa division. Les Français
gardaient leurs positions depuis ie*"lac eLucerne jusqu'à Bâle, où s'appuyait leur aile gauciie. Les choses étaient à peu pfès en cet état quand arrivèrent les Russes. Depuis les Romains, les Allemanni et les l'oTiri^ondes , dit Zschocke , jamais la patrie n'avait été affligée de plus de maux.
Masséna avait prévu rarHvée des Russes pour la seconde quinzaine du nnis d'aortt ; il songea à une attaque sérieuse par son ni!p droite, et pour cela, il voulut trumpcr Tarchiduc. Le 17, à la pointe du jour, il franchit la Limmath, surprit le eamp enneuu' , et tailln PU pièces plusipnrs réîîimpnts de cav.tlt rii . L'alarme eiait dans Ziirich; l arciiiduc accourut avec des troupes fraîches : des deux côtés, les Suisses s'entre-tuèrent avec un acharnement q!ip rpvprit de parti peut seul expliquer. Zurich fut sur le point d'être prise; mais comme Massena n'avait voulu faire qu'une diversion, il rentra dans ses positions sur la rive gauche.
Différentes attaques venaient d'avoir lieu; elles avaient loutes le même but : cependant Lecourbe avait chargé l'aile gauche sur tous les points; par des marches savantes il avait su triompher delà diflicultë des lieux. Il combattait sur les arides rochers , près de ces glaciers éternels , et dans les régions élevées où se forme le tonnerre ; en trois jours il fut maître de toutes les sommités du Saint-Gothard , de la Furca et duGrimsei, et des principaux passages de la vallée de Dissentis. En passant, il avait repris Brunnen , Schwytz , et chassé les Autrichiens du jmnt de !n Muotta. Il les avait ensuite combattus à la chapelle de Guillaume Tell (Tellen Platte). La prise d*assaut du fcnrt de Meyen coûta beaucoup de braves au général Loison ; un seul sentier conduisait à ce fort placé sur des rochers coupés à pic au-dessus de précipices aflfreux : un feu sûr et bien dirigé enlevait tout ce qui se présentait. C^^dant la valeur fimnçaifletrioffliiliaY
et le corps de Loison fit sa ionctioa avec les autres dans le Schœdaenthal.
Lecourbe campait alors à Hirtzfeld; les Autrichiens, qui étaient encore à Amsteg à l'entrée de la vallée de Madéran , se trouvaient ainsi pris entre deux feux ; Lecourbe les battit et leur fit beaucoup de prisonniers; il vaingait d'autres troupes à Gocschenen . G udin , qui devait arriver par le haut ^ al ii> , le Grimsel et la Furca, ne se montrait point : le but de sa marche était de tourner le pont du Diable et le fort d'Un. Le pont était défendu par une ligne de retranchements couverts par des chevaux de frise ; les grenadiers les attaquèrent au p^is de charge ; mais ils furent ensuite arrêtés par une large coupure que les Autrichiens avaient pratiquée sur le pont même. L'impossibilité de franchir l'abîme contraignit les grenadiers à la retraite. Le 16 , ou répara le pont sous le feu de Tennemi ; mais tout à coup la division Gudin , descendant de la Furca , vînt le disperser : elle fut accueillie aux acclamations des soldats , car elle venait de vaincre les Autrichiens dans leurs postes inaccessibles de la Furca : il y eut encore de brillantes actions prcs du Crispait.
Le 16 août , jour où Lecourbe achevait son expédition , les têtes de colonne russes arrivèrent dans Schaffhousen : Tarchiduc n'avait cessé de presser leur marche : ii avait conçu un projet qui eût coupé toute communication entre les armées françaises de Suisse ( t dp Souabe, et dont îe succès eût contrauit les Français a une retraite précipitée. Charl^ tenta le passage de l'Aar à Dettingen , au-dessous de Baden, avec un corps de quarante nvUe hommes: favorisé par un épais brouillard , il avait fait commencer deux ponts de bateaux : les travaux s'exécutaient sous la protection de trente-buit bouches à leu si avantageusement placées, qu'elles balayaient toute la rive gauche. La position était faiblement gardée ; mais , vers midi , le brouillara étant dissipé, les généraux jSey et Heudelet, accourus au bruit de la canonnade , avaient d^
SUISSE
réuni doiizp mille hommes. Il obtint Ja i'uciiité de retirer ses pontons, à condftfoii le feu de Tartillene cesserait aussitôt.
IS én 11 m 0 i 1 1 s 1';) V e n i r d es F ra n r ni s (Ki ii s ce pays était loin d'être serein'; !r innrécbal Souvarof, qui s était concentré à Bellinzona , dirigeait 8a marche vers le Saint>Gothard. Korsakof venait d'entrer en Siiissp par le nord, et Hotze,avec ses Autrichiens, allait se porter entre la Keu&s et la Liiniiiath , pour attaquer le centre de Masséna qui était cantonné sur le mont Atfois.
23 septembre, les troupes russes d'Italie commencèrent leur mouvement: les belles vallées du Tésin, le Stretto de Salvedro, se remplirent de barbares : les soldats gravissaient avec peine ces hauteurs auxquelles ils n'é« taient point habitués. Airolo , il fallut soutenir un conibat des plus opiniâtres ; six cents Français , après s'être défendus douze heures contre deux millo grenadiers, se retirèrent en bon ordre par le val Bedretto. Quand les Kusses se virent au milieu des neiges étemelle^, qu'ils n^aperçurent plus que des rocijes éboulées sur un gazon i;risât re. que des précipices sans fond, l'esprit d insubordination put à peine être contenu. On dit qu'en ces lieux redoutables, Souvarof, voyant ses exhortations inutiles, fit creuser une fosse, s'y étendit sans vêtements , et cria aux nnitins : Couvrez-moi de ferre j et abandonnez votre gétiéraL Les soldats , confus de repentir, le prirent dans leurs bras, et le supplièrent de les conduire à Tennemi. Il n'y avait, pour leur résister, qu'une faille division à Hospital , au pied du Saînt'-Gothard. Gudin, qui la commandait, évacua la vallée d.'lJrsprn , et alla prendre position sur le Grimsel , passant au pied du glacier majestueux d'où s'échappe le Bbéne, puis gravissant h sauvage et périlleuse Mayenwamd, où le voyageur glisse à eli upie |)as , où un incommensurable précipice attend la dépouille mortelle de celui qui serait indocile aux conseils du guide.
1« lendemain, le général Aufenberg fit sa jonction avec Souvarof à Ams-
19* IMfraison. (Suisse.)
teg ; Lecourbe se borna dès lors à défendre le passage de la lleuss, près d'Altdorf , afin que les Russes ne pus- • sent pénétrer derrière le flanc droit de rannée française, par la vallée d Enselherg et Stànz. Il se plaça, avec quinze cents hommes seulement , sur .
le versant des Alpes Sorènes ; et cette poignée de braves lui suffit pour arrêter, pendant trois jours, les trente mille honunes que Souvarof amenait d'Italie. Le 27 septembre, le général russe voulut fbrcer le passage de la Reuss ; déjà une solive était jetée sur les traverses du pont de Hirzfeld; alors, f)ar une inconcevable audace, Lecourbe franc!) it lui-même la rivière, jeta la terreur dans le camp des Russes, et les chassa d'Altdorf. Souvarof revint précipitaininent de son attaque, et Lecourbe lui tint tète jusqu'à la nuit.
Cependant Masséna avait résolu de vaincre les corps de Korsakof et Hotze, avant que Souvarof pût arriver d'Italie, !i fit orrnper le canton de Ginrus; ee liit le i^enéral .Molitor qui l'ut chargé de cette exuéditiou. Il attaqua renncmi qui tenait les sommités du Pragel ; il emporta la position à la baïonnette, et pn!!<s:i adversaires jusqu'au débouche du Klœntlial : là, les Autrichiens s'étaient retranchés dans le village de Netstall. Le général français voulut re\ enir à l'attaque , après avoir fait occuper la grande route de la vallée de la Linth, auprès de Giarus ; au retour, il se vit intercepté , et fut obligé de se faire jour à travers quinze cents Suisses à la solde de rAngleterre; il trouva l'action deja engagée ; sa troupe avait été prise en queue ; mais il chargea vigoureusement à la téte des grenadiers, et culbuta tout ce qui se trouvait sur son passage. Molitor fut obligé de lutter toute la nuit contre des forces quintuples des siennes. II s'établit sur une hauteur, ets'entdura de pierres pour s'en servir comme de projectiles, les munitions venant à lui manquer; les quartiers de roc roulèrent lelcndentaia matin sur les assaillants : aussitôt lesFrancxiis profitèrent du désordre, et chassèrent l'ennemi de ses propres positions. Molitor put faire
sa jonction ijvéc Soult près de Tfaefels. £D général , il semble dans cette guerre
que tous les lieux illustrés par la valeur (les Suisses anciens , aient dil , par une sorte de fatalité, devenir funestes aux Autrichiens et glorieux aux Français. L*occupati6n du canton de Gla-
• rus créa de grands embarras pour Souvarof : les Autricbiens se retirèrent sur Walenstadt ; le général Hotze porta son quartier généralà Kaltbronn,
' en gardant le beau canal de laLinth, entre les deux lacs, depuis Uznacti jusqu'à Wesen.
Wasséna ordonna le passage de la Linth . en même temps qu'il opérait telui de la Limmath pour attaque>, avec les généraux Lorges et Mortier, le corps de Korsakof qui était dans ^Zurich. Soult s'en trouvait sénaré < de toute la longueur du lac. Les aiffi- ' tultés du passade s'accroissaient de la nature des lieux : on choisit le voisinage de Betten ; il fallut construire d'abord sur les marais un chemin de
• madriers; le bruit des voitures attira rattention de l'ennemi; mais, tandis iju'on mettait les bateaux à Ilot , une
^ oompagniede nageurs traversa la Linth, èt se ieta inopinément sur les postesautrlchiens, qui s'enfuirent en criant . Sauve qui peut. Le vilinge de Scha^nnis fut emporté avec ardeur, j)ris et tepris trois fois, toujours avec un égal aënarnêinent. Le général Hotse, ac- .i;.o6urji de son retrancliement , paya a'e)teinj)le , reçut deux coups de feu , ' èt mourut. Ce brave était Suisse, né ftapperschwyl ; il mourut sur le soi hÛ patrie, combattant pourdes étranjiîfS contre des étrangers, à quelques Reuës seulement de la petite ville qui ,^^lui avait donné naissance, et pendant due d'autres Fran(^.ais nrenaientSchmé- ' Alton. Bans la nuit, Tennemi fut
• obligé de mctlre bas les armes. Wesen ,
• Ri6htenscli\N yl et Rapperscinvyl tom- » bèrent au pouvoir du vainqueur. Tels
sont les faits d'armes contemporains *de la bataille de Zuridi, tandis que, d'un autre côté, l'héroïque conduite de Lecourbe la rendait possible.
La Limmath fut passée a Dietikon :
la rivière y forme un coude dont la
convexité est vers la rive gaache, et
livre par conséquent je terrain de la rive droite au feu croisé de l'artillerie: de grands bouquets de bois qui donnent au pays un aspect pittoresque, servaient à masquer le débarquement.
Le 25 , avant le jour , tous les préparatifs étaient achevés; alors chef d'escadron , l'illustre général Foy commandait raitilieric de la division Lorges} il disposa les bouches à feu avec une rare nabileté , l'exposant à tous ksf dangers , et ne se doutant pas que la jjIus belle partie de sa gloire serait le
i)rix d'un autre mérite que la vaeur militaire. Cette opération se fit avec tant de calme et de silence, 'qu'elle demeura inconnue aux avant- postes russes, et même aux Français qui
§arnissaient la rive gauche, l'appui e ce mouvement , Masséna avait fait opérer de fausses attaques; un corps de réserve tenait en échec les forces que les Russes avaient sur la rive gauche , près d'Altstetten ; enfin la dlvi^ sion Mortier attira l'attention des Russes vers la Sihl et l'Albis , leur faisant occuper . beaucoup de monde en pure perte.
Le passage de la Limmath s'opéra avec tant de rapidité que , trois minutes après les premiers coups de ftisil tirés par l'ennemi, il ne restait plus une seule barque sur la rive gauciie.
t«es batteries de Foy avaient culbuté tout ce qui s'avançait pour repousser les assaillants. L'ennenu s'était rallié sur un plateau boisé en avant de son camp; les Francjais s'avancèrent l'arme au bras , et bientôt virent toutes les troupes du camp rangées en bataille; quoiqu'il n'y eut encore que quelques bataillons, et que les renforts ne pussent arriver que successivement, les soldats ne se déconcertèrent point. La fusillade fut vive et meurtrière : l<js Russes se soutenaient au moyt'n de sept pièces de canon : enfin les 1 rançais s'avancèrent au pas de charge, »
culbutèrent à la baïonnette ces lignes qui semblaient inébranlables. Pendant ce temps, le pont aux travaux duquej ])rebi(iait ' Massena en personne . ti|J termine : à neuf heures, l'artillerie le*
SUISSE
gère put passer , et occupa le plateau de Falir jusqu'à "Weiiiingen. Pendant ce temps , le général Menard feignant de passer la rivière au conlluent de TAar, retenait l'ennemi toute la journée; et le brave Mortier, par une vigoureuse attaque contre le village de AVollishofen, attirait six bataillons russes, et les refoulait dans Zurich d'où ils étaient sortis. Les Français du corps de Lorges emportaient à l'assaut les batteries du village de Hongg.
Korsakof , comprenant alors l'étendue du danger, réunit tout ce qu'il put de troupes, en forma une colonne serrée de quatorze à nuinze mille honwnes, et repoussa d'anord les Français qui débouchaient de Ilôngg ; mais Slasséna reployant ses ailes sur son centre, et faisantjouer son artillerie sur les tlancs de l'ennemi , celui-ci s'arrêta, résista longtemps , et fut entamé de tous cotrs par la mitraille. Les Français pénétrèrent à la baïonnette dans les vides qu'avaient faits ces décharges meurtrières : ce fut un effroyable carnage.
Les Russes s'enfuirent dans le pitis grand désordre. La cavalerie, qui n'avait point encore donné , acheva de disperser leurs bataillons, et les poursuivit jusque dans lesfaubourgsdeZiirich.
Le soir même, le général français fit occuper la vallée de la Glatt, cl KorsaJ^of ayant donné l'ordre aux troupes
3u'il avait près de l'Aar de le rejoinre en toute hûte , elles furent obligées à faire un très-long détour. Le lendemain, Masséna battit complètement les Russes qui voulaient s'emparer de la roule de Winterthur, nuis il s'occupa de l'attaque de Zurich. Le général Oudinot enfonça à coups de canon la porte de Baden ', et pénétra dans la ville au pas de charge, poursuKant l'ennemi de rue en rue. Les grenadiers de la réserve entrèrent du côté opposé par le quartier de la petite ville; tous les magasins , le grand parc d'artillerie et les munitions tomuèrent au pouvoir des Français; on retrouva les prisonniers faits dans les dernières affaires. Zurich eut beaucoup à souffrir dans cette journée; mais la perte la plus pénible pour les lettres et l'hu-
manité , la mort de Lavater, attrista par un souvenir amer cette glorieuse oataille. Il sortait pour sauver ceux de ses compatriotes dont la vie était menacée , et pour exhorter le vainqueur à la clémence. Il fut , dit-on , tué par uu soldat helvétique, gui s'offensa d'un malentendu. L'armée française partagea la douleur de ses compatriotes.
Après tant de revers, les Russes et les Autrichiens se retirèrent au delà du Rhin. Souvarof, en apprenant la défaite des siens, voulut néanmoins s'avancer sur Zurich par la vallée de la Muotta, et franchir les hautes montagnes de l'Albis. Il envoya une de ses colonnes vers Brunnen et Schwytz; la seconde marcha par Glarus et le Klœnthal: mais le général Molitor ne se laissa point entamer, et ce plan échoua contre sa brillante défense. On n'oubliera |)oint le glorieux combat de Mitlodi , ni la résistance plus glorieuse encore que quel(jues braves op-
f (osèrent aux vingt mille Russes avec esquels Souvarof s'avançait |»ar le KIoenthal : il esi)érait trouver encore le général autrichien Jeilachich que Molitor venait de battre : le croyant cerné de toutes parts, il lui envoya un officier pour le sommer de se rendre à discrétion. Molitor répondit : ./i/ez dire au maréchal que le rendez-vous qu'il a donné aux généraux autrichiens est manqué. Le général français alla plus loin ; il osa sommer Souvarof de mettre bas les armes ; celui-ci n'y répondit que par une attaque:
douze a treize cents soldats intrépides continrent jusqu'à la nuit l'armée entière, puis ils se retirèrent en silence pour aller défendre les ponts de Naîlels et de Mollis. Masséna vainqueur arrivait à Schwytz et envoyait ses reconnaiss'imces dans la vallée de la Muotta, oij Lecourbe harcelait déjà les Russes. Le pont de la Muotta fut pris et repris. Le 30 septembre, on combattit dans un défilé étroit, qui ne permettait aucun déploiement. Le
E3nt de la Muotta et le village de runnen restèrent enfin aux Français.
Le combat du lendemain ne fut pas moins sanglant. Souvarof était maUre
L'UNIVERS
de Glarus. IMolitor dércndnit les passades de la Liiitli; JSaîfels fut illustré de nouveau; le pont fut pris et repris jusqu^à six fois. Souvarof se conv ainquit alors de rimpossibilité de
f)éiu'trer plus avant dnns In vnîîf'e de a Lintli: harassé par les combats qu il uvuit soutenus depuis Airolo, il renonça à marcher sur Zurich par la vallée de la Silil, où, de son côté, IVIasséna aurait bien voulu l'attirer: il prit doue le parti de se jeter dans les Grisons, et se dirigea par Eltn sur Ilanz , en abandonnant ses blessés et la plus grande partie de son artillerie et de ses bauoges. l.es Russes étaient saisis de terreur; mais ils pillèrent Thabitant, et laissèrent de désastreux souvenirs de leur |)assage. Les Français cherdiaient à leur couper la route, et les poursuivaient , poussant en mèmç. temps les Autrichiens sur Sargans et Eagatz.
Korsakof cependant essaya de re- • prendre l'offensive; il repassa le Rhin au pont de Rtisin^jen ; et , le 7 octobre, voulut attarpu'r les divisions Lorges et IMénard : .Masseua était accouru sur son aile gauche, laissant aux généraux Loison et Mortier le soin de poursuivre Souvarof. Une première charge de la cavalerie russe lit beaucoup de mal aux Français ; l'engagement allait devenir funeste, quand une division de grenadiers venant d'Andelfingen rétablit le combat. T-e"; Ilu^so< repoussés s'enfuirent au delà du illiin et vers Diessenhowen. Lorges les avait aussi culbutés à Constance. La division Gaza n pénétra dans la place pèle-mêle avec les éniii:rés. (!cs différentes actions, par lesquelles s'illustrèrent les armées françaises , depuis le Saint-Gothard et le Valais , jusqu'au confluent de l'Aar et du Rliin, durèrent quinze jours sans interruption. La bataille de Zurich se compose ainsi d une multitude de combats partiels , mais corn* binés les uns avec les autres sur une étendue de plus de trente lieues. Trois corps avaient été complètement défaits; ils avaient perdu plus de dix mille hommes tués ou blessés , quinze à vingt mille prisonniers; cent piè-
ces de canon, quinze drapeaux, et une énorme quantité de chevaux et de mulets. Vers la lin d octobre, Massena chassa les Russes du pays des Grisons.
L'armée de Souvarof se mit en marche pour rentrer dans sa patrie, avec les débris de celle de Korsakof, en accusant hautement les Autrichiens de sa propre défaite.
Les troupes bel vétiquescombattaient dans les ranss français; d\autres Suisses s'étaient mis du cote des coalisf*^. T. es exploits que nous venons de rapporter ne sont done pas étrangers aux habitants du sol : les victoires de la Franoe dans ces contrées sont désormais une partie essentielle d(; leur histoire; et nous ne pouvions nous dispenser de rapporter ces grandes aetions. Il s^en fallut de peu que la liberté française ne s'affenn ît cà jamais dans ces lieux si soleinu'is par les beautés de la nature, et qu'elle ne sortit victorieuse du berceau de Guillaume Tell. £n présence des Alpes Surènes, à la vue de ces étroites vallées d*Uri , do ce lac majestueux et sauvage, ou des riantes collines qui bordent celui de Zurich , le voyageur retrouve les vivantes annales de deux peuples destinés à s'estimer et à se protéger mutuellement, l'un par sa prépondérance , l'antre par les forteresses de la nature et la valeur de ses guerriers. Mais'la constitution unitaire ne pouvait convenirà cette fédération ; et le 18 brumaire allait réagir S!ir la Suisse, en lui faisant faire un faible retour vers ses anciennes institutions, en détruisant la funeste centralisation qui convenait si peu à ses habitudes, et à rindé()endance de chacun des cantons. Le sénat nomma une commission pour rédiger un nouveau projet de constitution. Les conseils accusé* rent le Directoire de haute trahison, et en expulsèrent trois membres, créant ensuite une conunission de sept membres, investie du pouvoir exécutif.
L'année se passa en mtrigues et en révolutions de pouvoir; et il n'y eut guère de remarquable que la réunion des Grisons opérée le 2-1 juin par le premier consul. Il est inutile de rendre compte de toutes les phases, de tous
SUISW5E.
les actes de ce gouvernement qui ne fut ^e provisoire , et qui vécut de riadifféreDce populaire. Il fiillut cependant comprimer quelques mouvements i nsnrrectioDiiels , surtout sur les bords du Léman.
Les unitaires comptaient sur Tap^ui du premier consul ; les fédéralistes invoquaient rinfluence anstaise et autrichienne; mais l'une et rautre ét^iient occupées ailleurs. Bonaparte troinj)a Topinion de ses amis et celle de ses ennemis: voulant t-e concilier tous les partis, il dit que le premier consul, respectant riiKloppruinnce helvétique, laisserait aux .Sms:>cs le libre choix de leur constitution , mais qu'en ami , il devait leur conseiller de ne point s'attacher à une servile imitation de la constitution française , ajoutant que la - centralisation convenait moins aux petits i.tats que le fédéralisme. Toute- ^ fois le projet rapporté par les commis- " saires admettait pour base l'unité, dix-sept cantons, et Berne pour capitale. Berno l eprit rOberland ; Sclialïhousen et la Thurgovie furent rtnmis :
le Fricktbal fut divisé entre Bâle et TArgovie. On réunit les Grisons; on pnria point du Valais, sur lequel W premier consul avait des vues pour eu faire une route militaire. Il devait y avoir un sénat de vingt- trois conseifiers et deux landamman qui alterneraient, et ce sénat léaisiatrur proposerait aux cantons le:> projets de loi, déclarerait la guerre, etc. Les landamman exerceraient dix ans , et le premier d'entre eux présiderait le petit conseil ou conseil executif, composé de quatre membres qui seraient en même temps ministres. La diète devait se composer de soixante et dix-sept députés envoyés par les cantons ; c'est elle qui devait eiire nu sénat, et discuter les projets de loi. Il y aurait dans chaque canton un gouverneur, etc. Il y eut beaucoup de protestations et de refus de serment; aux uns déplaisait la dépendance des cantons ; aux autres, la dislocation territoriale. Le mécontentement se manifesta surtout à Sciiwytz , à Uri ; et il fallut envoyer des troupes dans TUntenvald pour pré-
venir un soulèvement. Le général Montchoisi se montrait l'adversaire prononcé de Punité ; il ne voyait intii^iement que des fédéralisfes , entre autres l^^ding et Muller, qui protestèrent contre tous les actes de la diète, et se retirèrent ; exemple qui fut successivement suivi par beaucoup dW très, et pour divers motifs. La révision de la constitution fut terminée au milieu de ces aiiitations; le nouveau projet attirait tout le pouvoir au sein de la diète, mais il était directement contraire au vœu des fédéralistes , car il soumettait toujours les cantons à un gouverneur nommé sur leur présentation par le petit conseil , et créait un tribunal suprême à Berne ; il permettait le rachat des redevances perpétuelles, etc. Les élections furent encore favorables aux unitaires. Cependant on déniait aux auteurs de la constitution le droit de la faire; la commission était, disait-on, illégale, n'ayant d'autre droit que l'accentation ou le rejet du projet a[)porté (le I\iris : il se forma une réunion secrète c^ui se déclara tout à coup pouvoir, créa une commission exécutive ; et , considérant que la patrie était en danger, prononça la dissolution de la diète. Les troupes françaises et la garde bourgeoise favorisèrent ce mouvement : on repoussa les membres du gouvernement qui se
f>résentaient a Thotel de ville; enfin 'on proclama la constitution de Malmaison , en nommant les sénateurs , et renvoyant à trots mois la convocation de la diète. Les protestations ne manquèrent pas, et il fallut recourir à des mesures de sûreté , et même de terreur. On imposa la censure aux journaux; on gratina le pays d'une amnistie. Cette révolution d'octobre 180t ne plut pas aii- premier consul ; il remplaça Montchoisi par Montrichard, reçut^ assez froidement le landamman neding, et ne fut 'point content des réserves quant au Valais. On suivit quelques conseils qu'il avait donnés à Verni nac , son envoyé , et la France reconnut enfin la constitution. Le gouvernement se conduisit d'abord d'après des principes fort modérés; mais le
rétablissement de la dîme le rendit impopulaire : il y eut des émeutes; on planta des arbres de la liberté. Il n*y avait pas moins de division entre le petit conseil et le sénat dans lequel il y avait beaucoup de fédéralistes. Le 37 février, on adopta un nouveau projet qui donnait plus d'importance aux cantons , et qni r linngenit encore quelques cireonscnptions. Ce projet ne satisfaisant aucun des deux partis, le sénat n*osa convoquer la diète , et voulu t le faire accepter dans les cantons , dont les asseinblérs rtnïpnt c'inr^ d'après un mode fort compliqué, et surtout fort propre à y introduire sans cesse l'influence du ffouvemement. Il y eut beaucoup de localités où Ton pretVt i ne point élire : on rejeta la constitution; dans d'autres on alla même jusqu'à qualifier le sénat de provisoire. Le bruit courait que la Suisse allait être réunie à la France; le Valais faisnit drs efforts toujourî? renouvelés pour entrer dans la constitution suisse; mais tout à coup, tandis qu il gémissait sous Toppression des armées françaises, Bonaparte !< *î lara république indépendante. Le 17 août 180!? , nnipclîf' rt'volntion : le |)etit conseil proroi^ea le àciiat, et mdiqua une assemblée eénérale de notables, toujours pour délibérer sur le projet du 29 mai; mais Redin^î aerourut: et, en sa qualité de |)reuiier laudauunan, protesta contre cette illégale décision : il ne reconnut pas non plus au petit conseil le droit de le destituer; et sa conduite en totit fut discne du vainqueur de Rothenbourg. Les notables se réunirent cependant ; ils étaient la plupart unitaire. Dolder , créé landfamman , fut mis à la tête du pouvoir exécutif.
Toutes ces menées , indifférentes à rhistoire générale, servent à démontre/ dans quel malaise on précipite un peuple , lorsrjue , sous prétexte de li* berté , ou ne lui apporte qu'un funeste nivellement, un oubli de ses mœurs, une abnégation du passé le plus glorieux. Les symptômes d'insurrection se dévFloppèrent avec impétuosité dans le Léman : le payement aes redevances en fut Toccasion: on brûla d'abord
les arcbives du château de Lassarâ; et , quand la révolution du 17 avHl fîit connue , la fermentation s'accrut à la
favenr de rrttp r('';it'ti(nî. Oiiîtize cents hommes marchèrent ^iii Lausanne pour s'emparer des arcHiives; le 4 mai , il y eut un petft combat ptèi de Morges; un capitaine Rayniond coh«> duisit des rassemblements verp; plusieurs châteaux dont on anéantit les titres : l'insurrection était organisée ; chaque commune soldait sa compagtite.
On se fit ouvrir Morges ; on en ctiargea les archives sur six eh iriots : insurgés et soldats , Suisses ou Français, tous dansèrent autour du feu ; mais bientôt le général en' chef déféra aux réquisitions do gouvernement, nui ordonnait (\o rnniprîiner la sédition.
Trois mille insurges vinrent en bonne tenue se présenter devant la demeure du commissaire extraordinaire à Lausanne ; à la voix d*un chef de bataillon français, ils se retirèrent et prirent position à Montbenon : en lace se rangèrent les Français et les troupes helvétiques ; et le commissaire bernois V vint. Les insurgés demandèrent l'abolition de tous les droits féodaux, déclarant (jue, dans le cas contraire , ils se réuniraient à la France. Le commissaire alla prendre les ordres de son gouvernement; mais celui-ci envoya des troupes , et les ins!irc^és , «e retirant derrière la Venoge, se tirent donner quelques pièces de canon de Morges. La ïrance toutefois improuva leur conduite, et ils se dispersèrent devant ses soldats. L'effet de cette sédition n'en avait pas moins adtc les cantons intérieurs : cela contribuait beaucoup aux obstacles que rencontrait la nouvelîe constitution que le peuple devrïH accepter par voie de signature sur des registres ouverts à cet effet. Il est inutile d'esuuisseif ici cette œuvre éphémère, qui n^était d'ailleurs qu'un pâle juste milieu entre le système fédéral et le système unitaire.
La majorité la rejeta dans beaucoup de cantons ; mais , comme on comptait pour acceptants tous les citoyens oui n'avaient point signé, elle n'en tut pas moins proclamée. Sur œs entre»
SUISSË.
faîtes , la France retira ses régiments :
rien alors n'srtétk plus les mécontents. Schwytz , Urî et Unterwald s'opposèrent formellement au gouvernement ; et les assemblées des états ancieus se formèrent aussitôt, et constituèrent à leur gré Fadministration de ces cantons, et leurs rapports avec le pouvoir central. Cette résolution fut notifiée à Berne et au premier consul ; enfin les trois cantons signifièrent aux autres d'avoir à respecter lotir indépendance; de toutes parts, ils rrccvnient des encouragements; Glarus, Appenzell les imitèrent. Zug et les Grisojis étaiéiit en complète agitation. Le gouverne* ment fît marcher des troupes à Lucerne et par le Brunnig. Le général Andermatt en eut le commandement. Les Unterwaldnais surprirent , dans le col du Ring , au pied du Piiate , les avantpostes nelvi'îiffires, et firent une fausse attaque sur ilcruiswcil ; et ce fut en ' vain qu'Anderinatt voulut faire du mal à Stanzstadt, avec sesdialoupes canonnières. Peu de temps après, il se présenta disant /t'iricn; mais les portes en furent fVi hk es : ayant reçu des renforts, il lit tirer sur la ville qui lui répondit vigoureusement : toutes ses attaques furent repoussées. Trois jours après, il passa le lac hors la portée ae canon , et renouvela ses attaques du coté du Zurictiberg : la canonnade dora depuis minuit jusqu'au soir : Tenthousiasme des bourgeois pour la défense s'en excitait davantii^t ; et ie feu était éteint partout où les bombes et les obus portaient l'inœndie. Andermatt échoua complète* ment, et marcha sur Baden dont les insurgés étaient maîtres , ainsi que de Brugg et de Lentzl)0iir|ï. Eriacii , à la - tête des révoltés de i'Argovie , lit son entrée a Soleure : Ândermatt opéra sa retraite sur Berne. Les insurgés de r(3berland faisaient aussi de rapides progrès : Erlach vint aux postes, comme»^ l'attaque; puis, craignant d'être pris entre deux feux, il maraa à la rencontre d' Andermatt. Berne capitula; le gouvernement stipula qu'il pourrait se retirer dans les cantons de i- j ibourg et de Yaud , où il serait rqjoint par les
troupes d*Andermatt. La révolution
fut complète : les états de l'ancienne cnnfé»lHrat!on furent invités à envoyer des députes à Scliwytz; on décréta là formation d'une armée de vingt mille bommes et l'abolition du gouverne* ment lielvétique. Cette réunion solennelle eut lieu en plein air, et l'on y retrouve encore ce grand nom de Reding, qui rai)pelle si noblement Iç conseil du vieillard aux guerriers d^ Morgarten. «Pères de la patrie, s'é- « cria son noble rejeton , que la justice « dirige tous nos pas , que Tégalité des « droits règne dans nos cantons ; que « le peuple affranchi regarde comme « sienne la liberté du pays , et il la « défendra jusqu'à la dernière goutte « de son sang... » C'était là le vérita* ble gouvernement, la véritable assem* blée nationale, libre, indépendante; l'autre réunissait des troupes dans le pays de Vaud,etrerlaniait à grands cris le secours de la France. Le général Baclimann prit le commandement de l'armée des cantons : Fribouri^ fut attaqué, et le- liostilités commencèrent à la fin de septembre; sur les derrières des Helvétiens se formaient de nouveaux corps d*insur^és qui prenaient Orbe , et leur donnaient beaucoup d'occupation. Le 3 octobre , les confédérés attaquèrent sur six points divers; les Helvétiens prirent la fuite après un combat assez opiniâtre; on abandonna même les sommités du Jorat. Andermatt , soupçonné de trahison , fut remplacé par Vonderveid; les aut(>ril('s allaient fuir sur le sol français quand Bapp arriva à Lausanne, porteur d'une proclamation du premier consul. U annonce sa médiation , réintègre les autorités, ordonne la dispersion de tout corps de troupes qui n'est pas sous les armes depuis au moins six mois , et demande que trois députés soient envoyés à Paris par le sénat, laissant à chaque canton la faculté d'en envoyer aussi , en admettant tous les citoyens qui ont été landanunau ou sénateurs* Schwytz n'accei>ta point d'abord cette offre; la dicte donna l'ordre à Bachinann de se porter en avant, en évitant toutefois de combattre Ica t raa^
çiis : enGn on répondit à Bonaparte que la Suisse, en se constituant a son
gré , en repoussant un pouvoir odieux, ne faisait qu'user du droit que lui reconnaissait le traité de Lunéville.
Néanmoins on accepta un armistice, en considération de la France; niais Rapp insista sur In dis^^niutioii iniiiK'diate de In dièfe; ce qui ircmpà-lia point que t rjbourg ne fût pris par les confédérés en dépit de l*annistice. La diète se sépara peu à peu, sans résolution fixe; on craignait les troiipes étrnnizèrps, et Ton recommandait aux caïUuiis de l'aire la meilleure lontcnanoe possible.
Les choses en étaient là quand l^armée auxiliaire fit son entrée dans Berne, et y ramena le aodvernement helvétique. Les protestations a» rivèrent de toutes parts : ce gouvernement, odieux parce qu'il était imposé par l'étranger, fut obiiiré d'abord de siéner dans une aMl)eri;e. Cependant les élections se lireut, et les députés envoyés à Bonaparte furent la plupart choisis parmi les fédéralistes : Berne, Lurerne, Zurich, le Léman et TAr^ovie, lirent tomber leur choix sur des partisans des innovations, et le réformateur Ochs trouva place dans ce congrès. Après d'assez longs délais, le premier consul notnma, pour conférer avec les députés, Barthélémy, Fouché, Rœderer et Demeunier. Uès la première séance, le premier de ces commissaires lut une lellre du premier consul qui proclamait la constitution fédérale comme base des négociations, y ajoutant l'égalité des cantons entre eux et la neutralité; il accusait les privilégiés d'avoir toujours différé l'exécution d'un plan qu'il n'avait cessé de conseiller. Les mêmes principes furciît encore développés dans un colloque qu'il voulut avoir avec plusieurs députés de la Suisse; il parla avec cette sopériorité de génie qui laisse dans tous les esprits d'ineffa\;ables souvenirs. Il étonna souvent ses plus grands adversaires par la clarté de ses vues, par la simplicité de l'expression et par la fermetc înébraninblc de sa volonlé, (|ui cepeiiUaut se manifestait avec une
douceur pleine de charme et d*amabi* lité. L'acte fut rédigé quelques jours après : le fédéralisme en était In [i isc. Dans les cantons-villes, on admettait les campagnards aux droits politiques, et les cantons eurent de grands et de petits conseils. On soumit à des conditions de fortune la qualité d'électeur et d'éligible. Les grands conseils devaient être composés en partie de membres élus directement par les tribus dans leur sein ; en partie plus forte de m!'nd)res désignés par le sort sur mie liste de candidats étrangers au district qui les avait désignés. Les Grisons eurent une constitution particulière, et Ton éteignit la juridiction épiscopale. Les cantons démocrMfiqups ftirent privés de la faculté de délibérer sur tout sujet qui n'aurait point été soumis au conseil administratif au moins un mois à l'avance, et présenté par lui. Il y eut, en tout, dix-neuf cantons classes par ordre alphabétique :
Appenzell, l'Argovie, Baie, Berne, Fribourg, Glarus, Grisons , Lucerne , Saint-Gall, Schaf fhousen , Schwytz, Soleure, le Tésin, la Thurgovie, (!nterwalden , L ri , V aud , Zug et Ziirich. «La diète, est-il dit dans l'acte, se tiendra alternativement a Fribourg, Berne, Soîcurc, B;ile, Zurich et Lu" cerne, qui tour à tour seront cantons directeurs. Le bourgmestre ou avover du canton directeur est en même ten'ips landamman et dépositaire des sceaux de la république, et !?s néirocialions diplomatiques sont conduites par lui.
Chaque canton envoie à la diète un député, qu'il peut faire accompagner par un ou deux conseils ou suppléants:
ces députés votent conformément à leur n»andat. Les cantons dont la population dépasse cent mille âmes ont chacun deux voix. Le landamman, député né du canton directeur, préside la dicte (\m s'assemble tous les ans, le 1" juin, sans que la session puisse durer plus d'un mois. Il peut y avoir des sessions extraordinaires. La diète décide de la paix et de la guerre. Ses décisions se forment aux trois quarts des voix, et elle prend toutes les mesures de sûreté générale , et peut auto-
SUISSE
riser, dans certains cas, les cantons à traiter de leui*s intérêts spéciaux avec l'étranger. »>,Frîbourg fut désigné par le premier consul pour exercer d'abord le potivnir directeur, et lui nieine nomma M. d'AlVy pour Inndanunan.
Un article additionnel promit l'évacuation des troupes françaises Immédtatettient après Tacceptation de cet acte , dont Bonaparte se fît le irarant contre tous les ennemis de r?Telvétie. Ce docun^ent est du 30 pluviôse an Xi (11) lévrier 1803). Les cantons l'acceptèrent sans qu'il y eût d*abord de résistance notable, et le 27 sri)t( inbre, il fut suivi d'un traité d'alliaiicp et d'une capitulation qui niettaieiit au service de la Fhtnce quatre régiments suisses. Le premier consul y stipula que deux cent mille quintaux tle spI spraient annuellement achetés par rilelvetie; il lit de-
âager les citoyens suisses de toute reevance envers le diocèse de Constance et le duc de Baden , et repoussa les prétentions de r Autriche sur quelques villages voisius de SehafThousen. 11 semblait que tout diiïereud dut éti'e à jamais impossible : à Berne, une rixe entre les troupes helvétiques et les Français avait été promptement apaisée, lorsque la dime et les rentes foni ieres amenèrent dans le canton de Zurich de nouvelles scènes révolutionnaires. Les troubles commencèrent par des pétitions signées à AVadensrlnvy! , Wintertbur, Bulach, AndelTuigén. Dans quelques communes, on se portail des violences; on empêcha notamment à Meîleu de ))rèter serment à la constitution : des bandes de factieux couraient çà et là, se paraut de la cocarde helvétique, et faisant savoir au petit conseil qu'on ne se soumettrait qu'après l'abrogation des lois dont on se plaignait. Le laudamman était accouru; mais il ue se dissimulait pas que dans son propre canton , à Bâle, à Soleure et ailleurs encore, il existait beaucoup de mécontents. L'incendie du cliateau de Wadenschwyl fut le simula I de la révolte : les chefs se réunirent à Hurgen; ils allèrent ensuite insurger Stai-fa et Gruningen. Le principal d'entre eux était un cordonnier de
Horgen, appelé ^Velli, homme grossier, sans éducation , mais d'un caractère énergique; il avait fait dans les dernières guerres ses preuves de couraî^e. Le landamman envoya le coli ik i Ziegler, à la téte des forces de Zurich; la rencontre eut lieu à Oberrieden, Après une escarmouche, les insurgés se retirèrent sur Wadenschwyl et Sch iucni)crî]!;: mais au hautd'une montagne, non loin de llors^en, ils tombèrent sur une division, la prirent en liane, et s'emparèrent de ses canons , après l'avoir mise en fuite. Ce succès pennit à Welli de passer à Staefa, où sa bande se renforça. De leur côté, les conftHlérés envoyèrent des troupes fraîches , et le colonel Ziegler se remit en campagne : il se saisit de plusieurs eliefs, et AVelIi lui-ineiue fut arrêté. Les coupables passèrent à uu conseil de guerre, et les communes qu'ils avaient égarées furent frappées de fortes amendes. Le calme se rétablit, et se conserva mt^Mne au milieu de î'ajjîtation générale à laquelle riùirope était en proie; et quand la coalition de 1805 fut pour ISapoléon l'occasion de nouveaux triomphes, la Suisse obtint de toutes les puissances belliiiérantps que sa neutralité serait respectée. La paix de Presbourg éloigna l'Autriche des frontières helvétique^, donnant le Tyrol à la Bavière, et le pays vénitien au royaume d Italie, Constance et IcBrisgaii au grand-duché de Baden. Il s'écoula depuis l'acte de médiation quelques années de prospérité et de bienêtre : les révulutions et les guerres civiles avaient réveillé les Suisses de leur sonuneil séculaire. Une activité inconnue les animait; les derniers événements multipliaient leurs rapports, et ils n'étaient plus indifférents les uns aux autres comme autrefois: ce qui tourhait a l'intérêt d'un canton les frappait tous. Les journaux , les écrits périodiçjues éclairaient le peuple, entretenaient i'es[)rit ]uil)lie. II se forma des sociétés nombreuses pour des objets d'art ou d'utilité publique, pour assurer le progrès des sciences,^ pour entretenir la concorde et l'amour de la patrie.' Ainsi fut creusé le canal de
99S L'UHIVfiAS.
la Linlh, ainsi furent dessèches les les trophées de Lutzen, de Baut/cn; marais du lac de AValenstadt; et quand mais les sinistres journées d'octobre, les pluies eurent pénétré la roche dé- mais la terrible bataille de Leipzig, charnée du Rosberg, quand une ava- brisèrent cet instrument du destm, et lanche de terre descendit avec fracas ré!oi2;nèrpnt à jamais de rAllemagnél sur GoldaUf écrasant ses demeures et Incertaine entre son bienfaiteur et le leurs habitants, les souscriptions et besoin de sa conservation, la Suisse Tesurit d^assocîation trouvèrent un re- convoqua une diète à Ziîrich , et garnit mède aux maux que peut adoucir la sa frontière de soldats, défenseurs de générosité; mois, nu pied de cette in>- sa neiitrnlité. Tontffois Ips déjuités mense déciiirure, les quartiers de roc n'obtinrent pas des souverams allies la recx)uvrent le villai^e dont le clocher reconnaissance de cette neutralité : s*éléve encore du sein de ces abîmes. Tempereur Alexandre exigea le pas- Cette horrible solitude était naguère î^aiie du pont du Rhin à Uùk. Quelune riante vallée. ques Suisses à la solde de TAnpiIeterre ' En la même année (1806), Tempe- étaient parvenus à représenter leur reur des Fran<;aîs s'étant niit céder pays comme hostile au système firan- Neufcbâtel par la Prusse, l'érigea en çais, et de Waldshut, où ils se teprincipauté pour le maréchal Bertbier, naient, ils dirigeaient toutes les affaiet lui conféra des droits que n'avait res, et agitaient le pays de leurs point la Prusse, et que, par consé- intrigues. IJne grande arnu;e autriquent, elle n*avaît pu céder. Dans les chienne était sor les bords du Rhîn: guerres de 1807 et de 1809, la Suisse quelques hommes généreux pensèrent maintint encnrr sa nentmlité, se Iwr- qu'on n'oserait violer le territoire; ils nant à établir un cordon de troupes crurent que l'honneur national et la sur ses frontières, que menaçait l'in- sécurité des races futures exigeaient surrection du Tvrol. Napoléon obtint une résistance; que, fût-elle malheuquli ne serait plus envoyé de troupes reuse , les vainqueurs auraient à rougir aux puissances auxquelles il faisait la de leur trop facile victoire. Les alliés guerre; il devenait de jour en jcnir plus empêchèrent les députés qui revenaient impérieux. Le mécontentement des de Francfort de continuer leur route; Suisses fut grand lorsqu'en 1810 fl or les retint à Friboun; en Brîsgau. prononça la réunion du Valais à la et on intercepta leurs lettres. Le com- Frnnce; phis î^rand encorf quand, mé- mandant de Râle fut mandé h T.oerach, connaissant l'acte de médiation, son au quartier général de Bubna, et le propre ouvrage, il lit entrer des trou- 20 décembre 1813, après minuit, les pes dans le canton du Tésin,en exigeant troupes de la confédération se retire* de la confédération la cession de Men- rent entre TAar et la Reuss , sans qu*il drisio. Il n'eut pas le tmijjs d'aceom- y cdt de convention à cet égard. Tlreplir ce dessein, et il entraîna sa belle jL;nait , en eOVt, dans t(*utes les affaires armée dans les déserts glacés de la du pays un abandon et un décourage- Russie. Les Suisses, compagnons de ment 'sans exemple jusqu'alors. Les tous ses dangers, se firent remarquer alliés passèrent donc le Rhin sur tous par leur b'^lle conduite au funeste pas- les points, de Grenzacli jusqu'à Schaffsage de la Berésina. I.e sy^U*lne coati- houseii; ou vit des soldats suisses nental néanmoi us pesait sur rilelvétie; briser leurs armes de dépit et d'indielle gémissait de cette perpétuelle effu- gnation. I^e 34 décembre,' le général sion de sang: Les rois, même ceux de Wattenwyl licencia ce qu'il avait que Napoléon avait créés, se liguèrent encore d'hommes sous les drapeaux, contre lui . et dans le fort de la mêlée Le comte Capo-d'Istria se rendit à Zuieurs armées changèrent lâchement la rich , où il déclara que les monarques direction de leur feu. II reparut oe^ alliés n'avaient pu resuecter une neu* pendant à la tête de jeunes soldats, tralitéqui n'existait plus que de nom. ajouta à sa gloire , à celle de la France, Il promit à la Suisse la restitution des
su
pays que lui avait otés la France, et dit que désormais la iintionalité helvétique serait affranoiiie de toute influence étrangère. Il se forma dans Zurich une assemhlée de députés de divers cantons , qui , sans s'arroger le litre de diète, invitèrent le vorort provisoire à prendre la direction des affaires. II se faisait partout des révolutions dans le pouvoir, et Berne avait donné l'exemple de l'abolition de l'acte de médiation. Toutes les vieilles prétentions se renouvelaient : Uri voulut soumettre le Tésln, Berne convoitait le pays de Vaud et l'Argovie; elle armait, elle réparait ses fortifications; enfin l'aristocratie de Frihourg occasionna plusieurs soulèvements qu'il fallut comprimer par la force. Berne, Fribourg et Soleure, ne voulaient plus reconnaître que treize cantons. Les trois cantons primitifs, dans une assemblée tenue à Gersati , demandèrent aussi que l'on convoquât une diète des treize cantons. Ces propositions et la sage résistance qu'ils trouvèrent eurent pour effet de diviser l'État. Les envoyés deGlarus, Bâle, Schaffliousen, Appenzell, Saint-Gall, des Grisons, (ie l'Argovie, de la Thurgovie, du Tésin et de Vaud , se réunirent à Zurich; ceux d'Uri, Scliwytz, Unterwalden, Lucerne, Borne, Zug, Fribourg et Soleure, allèrent à Lucerne.
Les raonargues ne reconnurent que la diète de Zurich. Il s'établit entre les deux réunions un échange de notes, et vers la fin d'aoïlt les dissidents rejoignirent leurs collègues à Zurich. La diète, souvent prorogée et longtemps stérile, fut surnommée la longue diète.
Elle fit prendre possession de l'évéché de Bâie, de Genève, de Chiavenna, de la Valteline et de Bormio, d'où les Suisses chassèrent les troupes italiennes; mais ils furent obligés de se retirer devant trois bataillons autrichiens. Pendant ce temps, Bâle était sous le feu souvent renouvelé de Hu-.
ningue assiégée ; le typhus , apporté par les armées alliées, emportait beaucoup de monde, et la population succombait sous le poids des charges de guerre.
L'ancien abbé de Saint-Gall, Pan-
SSÈ. Î99 .
crace, faisait de grands efforts près des souverains alliés pour rétablir sa domination; il proposait de partager le canton; d'un autre côté, les mécontents de Sargans et d'Uznach , forts de l'appui de Schwytz, désiraient être réunis à Glarus. II y avait encore beaucoup d'autres demandes semblables; mais les plénipotentiaires des puissances déclarèrent ne reconnaître la Siu'sse qu'avec les dix-neuf cantons, tels qu'ils avaient été constitués en 1803; ils rejetèrent la demande de l'abbé de Saint-Gall, et engagèrent les cantons à recevoir Genève et INeufchâtel dans la confédération; enfin ils intervinrent d'une manière bienfaisante dans les démêlés des grands et des sujets du Valais, et em|>êchèrent les aristocrates de Fribourg de poursuivre ceux qui avaient tenté d'obtenir une représentatiofi plus libér.ile. Ces conseils étaient sages, mais on ne pouvait s'entendresurrien; leprojetdeconstitution était rédigé : quelques cantons l'acceptèrent ; d'autres exigèrent des modifications ; d'autres encore ne se firent
f)as représenter; Berne alléguait, pour e rejeter, qu'on n'avait pas tenu compte des droits territoriaux de plusieurs cantons. Dans cette confusion , le conseil de Schwytz et trente-deux députés de rUnterwàld inférieur jurèrent l'alliance de 1.315, se reportant ainsi au temps de leur gloire, et secouant la gêne incommode que leur imposaient les autres associés d'une ligue qui ne devait la naissance qu'à l'héroïsme de leurs aïeux. ^ -
L'anarchie était partout : le Tésin voulait se diviser comme le sont l'Lntcrwald et l'Appenzell , établir un cheflieu à Bellinzona , et grouper les autres communes autour de Lugano et de Mendrisio. Il y eut des troubles sérieux; mais les députés des insurgés reçurent l'ordre de quitter Zurich dans les* vingt-quatre heures. Les troupes qu'on envoya dans le Tésin furent mal commandées et battues en plusieurs rencontres. 11 fallut des renforts; il fallut des jugements criminels et des exécutions. D'autres désordres dans le canton des Grisons furent plus promp-
teiiient apaisés, parce que la mutinerie ▼eoait de raatorité. Soleore fut plus maltraitée : le 2 mai, deux cents paysnns escaladèrent ses i)nirnilles, et voulurent rétiiblir le conseil en vertu de lacté de médiation; mais les amis du gouvernement nouveau prirent les armes ; on se battit dans les nies , et le combat se termina par une capitulation que le conseil ne ratifia point.
Cette échauffourée fut suivie de procédures criminelles. Six mois après Je repos (le Soleure fut encore compromis; mais cette fois l'émeute n'eut aucune durée. D'un autre côté, l'Argovie et le pays de Vaud armèrent contre Berne; l'Ohcrland était en insurrection. Des événements plus satisfaisants consolèrent la Snisse de ces déchirements partiels. Le Valais, Genève, et Neufchfttel quf venait de recevoir du roi de Prusse une constitution libérale, (I nii Huièrent à être reçus dans la confédération; Jiienne voulut être réunie à Berne, sou antique protectrice. La diète avait trois députés au congrès de Vienne, et les cantons qui avaient des griefs à faire valoir contre la constitution y dépêchèrent aussi des agents diplomatiques. Il était urgent d*ootenir une médiation : Berne et le pays de Vaud armaient de nouveau; Fribourg, l'Argovie et Soleure, suivaient leur exemple; Uri délibérait s'il ne fallait pas faire cause commune avec Schwytz. Le congrès discutait des questions de limites, quand tout à coup le solde IKurope retentit, au loin , ébraulé par la mnrclie triomphale de IN'apoléon. Alors s'tiïacèrent toutes ces petites discussions : la diète appela quinze mille hommes à la défense des irontières; les tronjics de Berne furent reçues avec joie dans le itnys de Vaud , qui armait contre elles quelques jours auparavant. En présence d*UQ si grand adversaire, toutes les discordes s'oublièrent. Pendant ce temps, le congrès prenait les dispositions suivantes, qui furent arrêtées dès le 20 mars par les plénipotentiaires d'Autriche, a Espagne, de France , d'Angleterre, de Portugal, de Prusse, de Russie et de Suède : les dix-neuf cantons reste-
raient tels Qu'ils étaient constitués depuis le 29 décembre 1813; le Valais*,
Genève et Nenfchâte! , y seraient ajoutés; I'évêché de Bàle\ cà l'exception du district appelé Birseck, ferait partie du canton de Berne. On agrandissait le territoire de 'Genève du coté de la Savoie : les autres dispositions réglaient ries indeninités pécuniaires, et la neutralité de la Suisse était de nouveau garantie; enfîn on engagea les cantons dissidents à accepter la constitution.
Bientôt l'influence de la coalition entraîna la Suisse à méconnaître tons ses engagements envers son antique amie; elle entra dans la li^ue et fit la guerre à In France, mais il faut njouter que ce fut avec un [)rofond regret.
ÎJne armée autrichienne ^assa le Sim-
Ëlon; une autre franchit le Rhin à ;âle, et fut très- maltraitée par Théroïque garnison de Huningue. Le général Bachmann fît une invasion en Franche-Comte; il poussa son avantgarde Jiiscprà Besançon, où plusieurs bataillons se refusèrent formellement à marcher contre les Français. Les c-uMonç continuaient à se donner une or^ajjisation : ceux où régnait le principe démocratique lui accordèrent des développements auxquels s'était opposé l'acte de médiation; les villes s'assurèrent de plus grands avantages. le 7 août 18 lâ, tous les cantons, moins rUnterwald inférieur, jurèrent Tal- Hance éternelle, renouvellement imposant du serment plus solennel et plus majestueux qui avait affranchi les petits cantons cinq cents ans auparavant, avec cette différence toutefois que l'ancien serment avait pNOur objet de secouer le joug de la maison d'Autriche, et qu'un archiduc assistait au serment nouveau : c'était l'archiduc Jeiin, alors occupé au siège de Huningue, qui se rendit le 26 du même mois. Il semblait que les grandes actions fussent réservées au petit nombre; et, après avoir entendu ce même serment contemporain de INI ors^arten, 1* Autrichien put admirer le courage de guerriers français dont les prodiges trou verontdans l'histoire une place nonmoins
SUISSE
brillante : quelques troupes suisses
étaient avec les assiégeants. Le traité de 1815 ordonna la démolition de ccXie forteresse; il assura à la Suisse d'autres avantages, transférant à Genève et au canton de Vaud la souveraineté sur une partie du pays du Gex, et leur donnant toute la rive du Léman pour qu'il n'y eut pas interruption de territoire. Les douanes françaises se retirèrent derrière le Jura. Èn Savoie, on établit une lijîne de neutralité du lac d'Annecy à celui du Bour^'ct et jusqu'au Rhône, et les douanes eu turent également retirées. On n'eut point cregard aux réclaui.itions des Grisons snr !ps <;f i-ncuries italiennes. Quoique la neutralité fût de nouveau sanctionnée, et que l'on jjrotestàt contre toute induction à tirer du passage des troupes alliées, on fit entrer la Suisse dans la sainte alliance, conclue le 27 janvier 1817 pour assurer la paix per-
t)étuelle et réaliser le rêve vertueux de *abbé de Saint-Pierre; mais quand le repos des rois ne s'établit point .sur la liberté des peuples, leurs calculs ne soiU, le plus souvent, que des rcves dont le réveil est terrible.
Les contestations et les émeutes lo* Cales ne font point partie de i'bistoire générale d'un peuple. T a .Suisse ne manqua point d agitations pendant les annces qui suivirent : les dillicultés de péage entre Uri et le Tésin se prolongèrent; il y en eut d'autres dans Unterwalden au sujet de la possession d'Enueii)er^. Des régiments furent accordes au roi des Pays-Iîas: le roi de France, outre tes quatre régiments de Ii^ne, en reçut deux autres pour sa garde ; ^aples a des Suisses n sa solde, et dans rKspaîinese retrouvent encore les faibles débris de quelques régiments qui ont survécu à tant de révolutions et d'anarcliie. Les affaires ecclésiastiques occupèrent af iss! les cantons catholiques en lêl4 et < n 1hi5. L'évéque de Constance, prélat étranger, ne devait plus étendre son pouvoir sur le sol de la confédération : on oublia que son autorité avait été souvent protectrice; qu'elle était d'autant moins a craindre que les prêtres ne pouvaient eu atten-
dre aucun appui contre l'autorité civile; enCn on demanda la séparation,
et le pape raccorda, en créant un vicaire apostolique; et cet état provisoire duia plus de quinze ans, pendant lesquels Saint-Gall etGlarus se rattachèrent à Coire, où l'on a enfin érigé un évéchéqui , sans métropole, relève directement du saiiit-sié^e, et comprend les cantons de Lucerne, Zug, Soleure, TArgovie, la Tburgovie, et tous les pavs catholiques de Taoeien diocèse de kîle.
L'inUuence étrangère se manifesta d'une manière plus pénible en ce qui concernait Tasile accordé aux réfugiés. On voyait accourir en Suisse l'Alieniand dont le crime était d'avoir demandé à son souverain l'aceoinplissement d*une promesse; celui qui voulait une constitution pour la patrie qu'il avait délivrée au prix de son sang; on y voyait le Français qui gémi'îsait sur riiuniiiiation de la sienne; l'Italien qui fuyait la domination tudesque ou la persécution papale. Sur cette terre d'bospitalitése retirèrent aussi ces malheureux Grecs , qu'une alliance, qui se disait sainte, laissa huit ans sous le fer ottoman avant de se souvenir qu'ils étaient chrétiens. Les puissances, dti lieu de s'applaudir de ce qîie l'infortune pouvait trouver de consolations chez un peuple l»bre, n'écoutèrent que leur ombrageuse et chagrine politique ; quiconque sentait battre en sa poitrine un cœur d'homme était suspect; il ne fallait pas qu'un simple chalet le pût abriter. La i'rance surtout tut a gémir des principes odieux qu'on proclamait en son nom. Les insensés qui compromettaient ain^i sa dignité s'estimèrent biciitùt lieureux de pouvoir, à leur tour, se réfugier dans cette Suisse hospitalière d'où ils avaient lianni leurs ennemis. Ce furent les in.stances des aiicnts diploniiitiqucs français qui amenèrent les restrictions apportées à la résidence des étrangers et à la liberté de la presse. Le" Valais et Fribourg reçurent des jésuites , dont les écoles, ouvertes à la jeunesse, attirent beaucoup d'eleves étrangers, et plus particulièrement des Français. Quel-
L'UNIVERS
que influence que cet ordre puisse exercer sur l'avenir politique du pays, il faut bien se garder de confondre radiiiission des jésuites avec les actes , d'une stunide superstition et d'un fanatisme aont l'humanité a souvent à rougir ; la Suisse n'en offre d'ailleurs
3ue de trop filcheux exemples, même ans ce siècle de lumières : il nous , sufGra de rappeler le procès instruit j sur la mort ae l'avoyer Keller à Lucerne, et les prestiges de Clara Wendel.
Ce pays a gagné aux bouleversements de l'Europe un système d'unité * gui empêche les cantons de conclure isolément de pernicieuses alliances avec l'étranger, et cependant ne détruit pas le principe de leur souveraineté. L'acte de médiation accordait qiR'lque peu de prépondérance à six a'entre eux ; mais leurs discordes à la tiôuvette diète oiit changé , à cet égard , l*état de la constitution : le gouvernement ne siège plus que dans trois cantons , Berne , Lucerne et Zurich ; c'est asiiez pour empêcher les abus qui résultent d*un séjour perpétuel dans la ville qui reçoit les ambassadeurs. Si quelques parties du peuple n'ont (ju'tine participation restreinte à la direction des affaires , l'ensemble de la nation y â gagné éd liberté civile et politique j ët ces restrictions mêmes sont entièrement dans le sens des anciens républicains, libérateurs de la Suisse. La liberté de la presse a d'ailleurs fait de grands progrès depuis 1815, et cette garantie renferme toutes les autres; Zfirich, de ville privilégiée, est devenue canton : l'aristocratie de Berne se montrait de plus en plus rigouréuse jusqu'à la révolution de 1830; mais par le soin qu'elle prenait du bonheur de tous, elle s'efforçait de se faire pardonner ce retour aux vieilfos idées. Si le gouvernement de Lucerne est plus défectueux , du moins il éccueille le mérite dans les emplois.
Dans quelques autres cantons, des réclamations se iirent entendre : le Tésin entreprit la révision de sa loi fondamentale: l'assemblée législative du canton de Vaud fit de même. La crainte
de la sainte alliance empêchait les autres d'agir avec une entière liberté, lorsque tout à coup une révolution nouvelle brisa cette ligue de rois , précipita de son trône celui qui avait heurté le plus rudement l'esprit de son siècle , s'étendit sur la Belgique, lui arracha la Hollande , puis , comme ces brandons qui portent au loin hnoendie, retomba sur la Pologne, et replia contre les armées russes une armée qui devait leur servir d'avant-^arde. L'Italie fermentait, s'insurgeait ; l'Allemagne espérait, attendait. Le sol s'affermissait sous les pas des nations , et les trônes semblaient prêts à s'écrouler. Le peuple suisse, qui n'avait point à redouter ces catastrophes , voulut au moiiif ressaisir des droits qu'il avait perdus à regret : il y eut d'aoord des groupes de nouvellistes ; puis on se rasseninla par milliers. Dans les cantons d'Argovie, de Thurgovie, de Bâle, de Zurich, de Saiiit-Gall, de Vaud , de Lucerne , de Fribourg , de Berne , de Soleure , de Schaffnousen , et même dans les rhodes extérieures d'Appenzdl et à Scbwj^iz, on présenta aux autorités de très -humbles suppliques pour obtenir des constitutions plus libérales ; on voulait élire des représentants. Les gouvernants tremblaient, et tournaient vers les rois des reeards timides , en implorant leur appuicontre cequ'ils appelaient la sédition ; mais les princes avaient à pourvoir à leur
S ropre sûreté; ii fallut donc céder. Les ns le firent avec sagesse, les autres avec hésitation et maiivaise volonté; ces précautions , ce défaut de franchise, firent naître des émeutes; il
Len eut à Frauenfeld , à Saint-Gall , à ïusanhe; il y eut même des révoltes à main armée dans l'Argovfe et à Schaftiiousen : toutefois on n'eut à déplorer ni elfusion de sang , ni violation des propriétés ; la liberté renaissait pure de tout excès. Avant la fin de l'année, on vit assemblés, pour proposer des améliorations, dans quelques cantons, les mandataires spécialement élus par le peuple; ailleurs les grands conseils. Berne cependant ne voulait pas renonceif à son aristocratie j les