II. TRANSSEPT
Cette portion de l’église était, autrefois^ plus riche, sans doute , en vitraux peints ; aujourd’hui , la plupart des ouvertures sont remplies par des verrières en très-grande partie antiques, mais en partie colorées à l’huile, à l’époque du dernier sacre.
Ces ronds, ces étoiles bleues, rouges, jaunes, etc., ont été exécutés sur le fond de grisaille qui datait du XIll® siècle. Les architectes de 1825 voulurent mettre plus d’uniformité dans la décoration de l’église ; toutes les hautes fenêtres se trouvèrent ainsi garnies de verres peints, au moins dans la partie la plus apparente. Les (juatre fenêtres qui touchent à la grande nef sont en grisaille de couleur, les autres en grisaille blanche restant du XlIIe siècle. Elles ont été décrites et gravées par les RR. PP. Cahier et Arthur Martin.
Ces fenêtres , souvent méprisées et peu connues de beaucoup de personnes, méritent cependant de fixer l’attention des connaisseurs. Nous n'hésitons même pas à dire que par la richesse, le velouté, l’harmonie, nous les plaçons bien au-dessus des trois dernières travées de la nef, qui sont d’un siècle plus moderne.
Dans une des fenêtres du transsept, du côté méridional, on voit représenté un sujet très-intéressant, en ce sens qu’il a dû servir de modèle aux admirables vitraux de l’abside. C’est absolument la même disposition, mais il est d’un style évidemment plus ancien, plus imparfait, et même grossier comme une ébauche. Chaque panneau se divise en deux parties. En haut, à droite, on voit la Vierge et l’Enfant-Jésus, toujours avec les nimbes, poses et vêtements de l’époque. Au-dessous , une église gothique du XIII® siècle , avec ses contre-forts , ses arcsboutants, ses roses, ses tours et ses flèches , au bas de
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laquelle on lit dislinclement : Ecclesia Rcmensis metropolis. Dans le panneau de gauche, saint Jean-Baptiste poiiant un Agnus Del, et au-dessous un évoque. C’est le métropolitain de Reims, comme l’abside nous l’a mon- Iré. Cet évêque a le nimbe.
11 ne nous reste plus, dans le Iranssept , de vitraux peints à personnages, si ce n’est aux deux roses du nord et du midi. Chacune d’elles mérite une attention particulière.
Rose viéridionale.
Cette rose a été parfaitement décrite et expliquée par l’auteur de Notre-Dame de Reims, M. P. Tarbé, cbap. IV, p. 83. « La rosace du portail méridional est beaucoup » moins brillante que celle de la grande façade, mais les » dessins qui la décorent sont faciles à distinguer. Leur » style n’a rien de commun avec celui des autres verw rières, et l’on aperçoit sans peine qu’ils sont beau- )> coup plus modernes. Ils remontent à la fin du XVle )j siècle. ))
En effet , nous lisons dans Marlot, t. IV, p. 445, et dans Cocquaull , t. IV, p. 453, le récit de l’accident qui amena la restauration de cette verrière. Laissons parler Cocquault :
c( Le jour de Pâques (1580), se fit un grand vent fort » à oultrages, qui causa plusieurs grandes ruines en plu- » sieurs pays, et furent grands bâtiments mis par terre. » En l’église de Reims, la rose ou l’O du côté du palais » fut emporté par violence. Le pignon de la salle du » palais où est la grande vitre fut jeté en bas. Les som- » mets des pignons des églises des Âugustins et des » Carmes le furent également — Il ne fallut point
M abaUre de bois celle année, il y eut des forêts assez » renversées. »
Après ce terrible accident, la rose fut refaite immédiatement, et Ton voit sur un des médaillons qui la composent le nom de Nicolas Dérodé-ai la date de 1581 (1).
Le dessin architectural de celle rose a été donné.
C’est dans le petit cercle central et dans les douze cercles de petite dimension , rangés tout autour de la rosace, que se trouvent les sujets.
En voici la description, que nous empruntons encore à l’élégant ouvrage de M. P. Tarbé : « Au centre est placé D le Christ bénissant la terre, et montant au ciel, dont il » montre la route. Les apôtres sont autour de lui dans
les douze médaillons. Entre le centre et la circonférence, » le champ de la rosace est rempli par des têtes d’anges » et des arabesques d’assez bon goût. La même arabesque » est répétée douze fois. Celle rosace, plus transparente que » celle du grand portail et que sa sœur du nord, a moins )) d’éclat lumineux. »
Plusieurs apôtres se reconnaissent à leurs insignes ; plusieurs autres en sont privés.
Malgré la beauté du dessin , qui a toute la correction de la Renaissance, que l’on veuille bien comparer les têtes, les draperies, surtout l’expression des apôtres que le XVIe siècle a peints dans cette rosace, avec ceux que le Xllle siècle a fait vivre à l’abside, et l’on aura compris sur-le-champ l’intervalle immense qui sépare les deux époques, bien moins encore par les années que par l’art d’exprimer sur le verre les idées chrétiennes et religieuses.
Allons maintenant dans l’autre bras de la croix admirer la rose correspondante.
(1) Le uom de ce peintre-vitrier a été cité dans notre tome I«', p. 70, pour peintures faites au portail en 1612. On voit qu'il a travaille à la cathédrale au moins pendant trente-et-un ans.
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