‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 99 sur 257 · I.NTÉIULIJIL · texte numérisé non relu

I.NTÉIULIJIL

VITRAUX DE i/aDSIDE.

Au Moyen-Age, le Christ en croix est toujours placé au rond-poinl.- Il reprend ainsi la place traditionnelle qu’il occu[>ail, durant toute la [téi iodc romane, à l’arc triomphal, à rentrée du chœur.

Mais ce n’est pas tout. I-es canons des apùtrcs ont voulu que l’église l’ùl tournée vers l’Orient : Æde.s sil oblonga Ürientem versus (Gonsl. apost.). Cl pouiquoi? Parce que, nous dit saint Jérome, ainsi tournés vers l’Orient, nous nous unissons par un pacte avec le soleil de justice (1).

Mais ce Christ sur la croix, (|ue l’œil du fidèle aperçoit de tous les points de l’église, au loin, dans les airs, grâce à l’orientation, ne deviendra-t-il pas très-aisément pour la loi le Christ véritable, vraiment immolé sur le calvaire, là-bas, de ce coté de l’horizon, à Jérusalem, où nous le contemplons [)erdu dans les profondeurs du ciel? Car le fidèle sait qu’en rcgai’danl l’autel pour prier, il regarde réellement vers les lieux bénis , consacrés par la naissance, le pèlerinage cl la mort du Cils de Dieu. — Idée trop poétique, dira-l-ou ! - Oui, [)eul-étre pour notre épocjue, mais non pour l’époque oii furent faits nos vitraux ; car Aibéric de Humbert , (jui posa la première pierre de la cathédrale, malgré tant de motifs ()ui devaient le retenir, quittait Heims et allait mourir sous l’habit du croisé, au pèlerinage de Terre-Sainte.

Quoi qu’il en soit de celle dernière interprétation , du moins, Irouvera-t-on certainement que l’idée de placer à l’abside le Christ en croix, la Vierge, et, après eux, le collège apostolique, est une idée bien belle, bien chrétienne.

Celle idée se développe et se complète dans la réunion des sujets placés au-dessous.

(1) «« Sic versi ad Orientein, pactum iüimus cum sole juslitiæ. » ( Saiol •Ikromk, in Amos, VI, 15, liv. 111, cité par M. Raymond Bordeau, Principes d' archéologie pi aiique, page 21 , )*

Nous venons fie voir autour du chef de l’Eglise, de celui qui l’a fondée par son sang, ces douze pêcheurs galiléens, les maîtres, les pères de toutes les Eglises du monde, unis entre eux et soumis au même chef dans une même hiérarchie. Le vitrail du centre, où est le Christ, nous montre au-dessous l’archevêque de Reims , chef spirituel de l’Eglise de la deuxième Belgique, uni lui-même au chef suprême, brebis à l’égard de Pierre, mais père et pasteur, a son tour, pour les évêques de sa province. A la droite de l’évêque, son église métropolitaine. En suivant audessous des apôtres et des disciples du Sauveur, les évêques que la métropole de Reims comptait autrefois comme suffragants.

Les petites rosaces qui terminent chacune de ces neuf fenêtres , sont consacrées à l’histoire de Notre-Seigneur et de ses douze apôtres. On a dit qu’elles étaient placées trop haut pour avoir des sujets, ou pour que l’on daignât s’en occuper. Erreur étrange ! La peinture sur verre du XllI® siècle sait accuser énergiquement ses traits : elle est rude, si l’on considère de près ses œuvres, mais du moins, à distance, les sujets sont parfaitement visibles et reconnaissables. Ces roses méritent d’être étudiées avec soin.

Donnons quelques détails sur les diverses particularités de ces vitraux.

Le Christ est attaché sur une croix de couleur verte, ornée de nombreuses pierreries. Cette figure porte tous les caractères iconographiques du XIIl^ siècle. Les bras sont très-étendus ; le Christ est nu, mais une large draperie, rougie sans doute par son' sang, le voile de la ceinture aux genoux. Au pied de la croix, une coupe profonde reçoit le sang divin qui coule abondamment des plaies du Sauveur. Au haut de la croix èsl une inscription portant ce

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0' nom : Jhesiis, A droite et à gauche du Christ^ le soleil et j la lune. Plus bas, aux deux côtés du Dieu mourant, la Vierge en pleurs, nimbée, chaussée, et le disciple bienaimé, saint Jean, au nimbe ordinaire, les pieds nus, et, comme toujours, imberbe.

La Vierge, poinic dans la verrière voisine, est vêtue d'une robe blanche et d’un voile de même nuance, sur lequel drape un long manteau violet rehaussé de pierreries. Elle porte sur la tête une riche couronne ; son nimbe est bordé de perles. D’une main elle tient le sceptre, de l’autre son fils, souriant avec une amabilité touchante, et avançant sur la nef, pour la bénir, son petit bras d’enfant. Jésus a les pieds nus ; dans sa main gauche est la boule du monde. Marie est assise sur un trône reposant sur des colonnes.

L’évêque placé immédiatement au-dessous du Christ, et qui représente le métropolitain, est richement vêtu. On remarque sous la chasuble violette les tunicelles de couleur verte; outre le pallium, il porte le ralionaly ornement particulier aux grands-prêtres de l’ancienne loi, et que les archevêques de Reims portaient au Moyen- Age (1). La mitre du pontife est blanche, brodée d’or ; sa main tient une crosse également d’or.

Un nom se lit à la hauteur des épaules ; c’est Anricüsy et il sert à fixer de la manière la plus précise la date des

(!) Sans compter le vitrail qui nous occupe ici, le rational se retrouve sur la poitrine de saint Sixte, au portail nord, sur celles de plusieurs autres archevêques figurés en divers endroits du monument. — Les anciens inventaires mentionnent plusieurs rationals — Le 4 Juillet 1067, l’arche-: véque Gervais en léguait un à sa cathédrale, et l’ordre des réceptions archiépiscopales, dressé par Guillaume Fillastre, dans les premières années du XV' siècle, témoigne que cet ornement servait encore, à cette époque, à nos prélats. — Nous en parlerons plus tard, en étudiant les costumes du Moyen-Age d’après la statuaire de la cathédrale.

vitraux. Henri de Braine vivait sous le règne de- saint Louis ; il monta sur le siège métropolitain en 1227, et mourut en 1240, quelques mois avant que les chanoines prissent possession solennelle de la cathédrale nouvellement réédifiée. Toutes les observations sur le dessin, la nature des verres, etc., confirment pleinement celle date. De plus, ce n’est pas à Reims seulement que l’on mettait, à la même époque, la figure de l’éveque et son nom sur les vitraux posés dans son église. Les noms de Geoffroy (VAbbeville et de Guillaume de Mâcon, évêques d’Amiens, qui terminèrent leur admirable cathédrale, se lisent également à la verrière correspondante, au fond de l’abside.

L’église métropolitaine placée au-dessous delà Vierge est une haute et splendide basilique ogivale à lancettes, flanquée au portail de tours élevées, surmontées elles-mêmes de (lèches aériennes, aux porte.': immenses ornées de larges penlures, aux rosaces épanouies. Au-dessus de l’édifice et les pieds appuyés sur le pignon du portail, l’ange de l’Eglise de Reims porte en main la croix archiépiscopale, tandis que sur les autres églises, ses frères les anges des diocèses suffragants sonnent de la trompette.

Dans la rose (jui surmonte celte fenêtre, on reconnaît sept médaillons.

Au centre est un temple, dans le fond duquel brille une lampe ardente : autour sont des gardes endormis. Ce temple figure le tombeau glorieux du Sauveur. A gauche, un ange, assis près du sépulcre, tient un sceptre , palme de la victoire; à droite, trois saintes femmes apportent des parfums.

Les deux médaillons inférieurs rappelaient deux scènes de la Passion : le Christ attaché à la colonne et soumis au supplice de là flagellation ; le Christ assis sur une pierre et devenu le jouet des bourreaux ; ses mains liées tenaient un roseau.

Les deux médaillons supérieurs représentent le Sauveur

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apparaissant à Magdeleine ; le coips ressuscité du Christ est couvert d’une rohe blanche ; sa main lient le signe de la rédemption. Magdeleine est prosternée aux [iieds de son maître.

Dans la pointe du vitrail, au-dessus de la rosace, on voit la face majestueuse du Père éternel au nimbe croiselé, et dont la croix se compose des rayons de lumière s’échappant de sa télé. D’une main, Dieu le Père bénit ; de l’autre^ il lient la boule du monde.

La seconde Icnêlre, du côté de ré()îlie, renferme saint Pierre et son frère saint André.

Le prince des apôtres est vêtu d’un long manteau violet sur une robe de couleur verte. Il a le ty[)e du Xlll^ siècle : tète garnie de cheveux, large tonsure : sa main gauche lient un livre ; sa droite poile les deux clefs symboliques, parfaitement distinctes. — Saint André est vêtu d’un manteau vert sur une tunique violette; la croix qu’il tient est droite ; ses pieds foulent son persécuteur, figuré par un dragon ailé.

Au-dessous de saint Pierre, l’évêque de Soissons, premier suffragant de la province de Reims, et en possession de sacrer les rois, le métropolitain étant absent ou empêché. Il a une chasuble d^or. Les mots Episc. Suession. , en caractères très-lisibles du bas de l’église , ne permettent point la moindre incertitude sur le personnage figuré dans ce vitrail.

Près de lui, son église; au-dessus, un ange debout, les ailes déployées, tient un livre et figure la bonne nouvelle de l’Evangile apportée à Soissons par l’apôtre de Reims.

L’église de Soissons et les huit autres sont toutes ogivales à lancettes, toutes surmontées de flèches élégantes, appuyées de puissants contre-forts et percées de larges portes.

Elles sont dessinées d’imagination , et n’ont aucune

ressemblance précise avec les magnifiques cathédrales de la province de Reims, les plus belles, sans contredit, de la France entière.

Des sept médaillons qui forment la rosace supérieure, quatre appartiennent à la légende de saint Pierre, les trois autres à celle de saint André.

Au centre, saint Pierre est crucifié, la tête en bas; deux bourreaux serrent avec effort la corde qui retient les pieds de l’apôtre. Depuis fort longtemps , ce médaillon était retourné sens dessus dessous , et les bourreaux, et non pas l’apôtre, avaient les pieds en l’air. Dans l’hiver de 1848-1849 , cette erreur du vitrier a été réparée. — Le médaillon voisin, à gauche, nous montre saint Pierre garrotlé dans sa prison , et recevant la visite d’un ange qui vient le délivrer. — Au-dessous , Simon le magicien tombe à la renverse; les prestiges de cet imposteur sont figurés par la baguette qu’il tient à la main. — Dans la partie supérieure de la rose, toujours à gauche, le chef des apôtres paraît devant Néron, ce tyran qui fut le premier persécuteur de l’Eglise : l’empereur est assis sur son trône, la couronne en tête. — Les trois médaillons de droite sont consacrés à saint André ^ celui du haut représente l’apôtre se prosternant devant la croix préparée pour son supplice. Au médaillon du milieu , il est crucifié : une main, sortant des nuages, l’encense. Dans le dernier médaillon , l’apôtre paraît devant Egéas, le proconsul d’Achaïe, qui le condamne à la mort.

Dans la pointe de l’ogive, un ange encense les deux frères, apôtres et martyrs : motif gracieux que nous avons souvent vu reproduit par la sculpture.

En continuant du même côté, nous avons à la troisième fenêtre saint Jean et saint Jacques le Mineur. Comme saint Pierre, le disciple bien-aimé est vêtu d’un manteau violet sur une robe verte : le livre qu’il tient à la main est tout

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couvert de pierreries, pour rappeler les sublimes enseignements renfermés dans son F]vangile. — Saint Jacques, de sa main droite, relève son manteau , dont la couleur blanche fait mieux ressortir le violet foncé de sa robe. En général, cependant, les couleurs ne tranchent point; l’artiste a évité les contrastes trop prononcés : dans les vêtements, nous retrouvons alternativement le vert et le violet.

— Au-dessous de saint Jean, est l’évêque de Heauvais ; il porte la chasuble verte et la dalmatique violette. L’ange qui vole au-dessus de son église, sonne de la trompette.

Les sept médaillons de la rosace retracent la légende de saint Jean. — Au centre, l’apôtre-évangéliste, vêtu de blanc, assis sur un siège à colonnes, écrit sur un pupitre. Un aigle se tient prés delà tête du prophète. — Dans les médaillons supérieurs, l'apôtre est couché prés d’une lampe qui brûle. Est-ce la représentation de ces derniers momenls où l’apôtre se fit conduire à l’église, pour y rendre son ame à son Créateur (1)? Est-ce une image des mystères que recèlent les visions de l’apôtre, figurées par ce livre qu’il tient entre les mains? — Le médaillon voisin figure l’apôtre conduit en exil par un bourreau qui le frappe d’un bâton. Peut-être serait-ce saint Jacques devant le temple, où il est mis à mort. — Le médaillon inférieur nous montre l’apôtre saint Jean plongé, à Rome, dans une cuve d’huile bouillante, par l’ordre de l’empereur Domitien.

— La partie inférieure de la rose, à gauche, rappelle l’apôtre buvant le poison que lui prépare Aristodème; il reste debout, tandis que les deux malfaiteurs auxquels on a fait goûter le breuvage tombent morts à ses côtés (2). Dans les deux médaillons de droite, nous croyons voir le disciple bien-aipié écrivant aux sept Eglises de l’Asie. — La pointe du vitrail contient le Saint-Esprit.

(1) Nous avons reproduit celte légende dans l’étude du grand portail , en décrivant le tympan de retour vers l’archevêché.

(2) Nous avons également donné cette légende.

La quatrième fenêtre, toujours du côté de l’épître, est consacrée à saint Barthélemy et à saint Simon ; le nom du premier est en abrégé : BartfioL; le second est écrit

en entier ; Sanctus Simon. La robe verte de saint Barthélemy est couverte d’un manteau bleu ; la main droite de l’apôtre tient un couteau tranchant ; dans la gauche est un livre. Le support qui le sépare du temple placé sous lui est formé par deux personnages couronnés, affaissés sous le poids et horriblement contournés. — Saint Simon a les épaules couvertes d’un manteau violet. — Une inscription : Ecclesia Novionensis (Noyon) nous fait connaître quel est ce temple dans le fond duquel on aperçoit deux lampes allumées. - L’évêque de Noyon est assis sous un dôme en draperies relevées et retombant de chaque côté.

La rosace se partage toujours en sept médaillons. Au centre, saint Barthélemy est étendu, lié, entre deux bourreaux ; ceux-ci lui arrachent sa peau, que l’on voit pendant, de chaque côté, en longues lanières ; des parties considérables du corps sont toutes rouges de sang. A gauche, on voit, dans un médaillon, une idole debout sous un riche dais, et au-dessous la même idole qui se brise. La Légende dorée nous donnera l’explicalion de ce fait : « Barthélemy, étant venu dans les Indes, qui sont à » l’extrémité du monde, entra dans un temple où était une » idole d’Astarotb... Le démon qui habitait dans cette idole » prétendait guérir les malades. . . . L’arrivée de Barthélemy » l’empêcha de continuer ses prétendues guérisons. Le saint » apôtre lui* même lit d’éclatants miracles. 11 guérit la D fille d’un roi nommé Polémius, et le convertit lui- » même, après avoir frappé le peuple par in prodige écla- » tant : l’apôtre ordonna au démon de se retirer en bri- T> sant ridole, que les assistants n’avaient pu renverser, B malgré les cordons dont ils l’avaient entourée pour la » tirer avec plus de facilité. Ce que voyant* Astragés,

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D frère du roi, il fit saisir saint llarlliélemy cl le fil écor- D cher (selon ce que dit le bienheureux Théodore). » — Dans le médaillon supérieur de gauche, saint Barlhélemy instruit le roi , son épouse , ses enfants et son peuple, avant de leur conférer le baptême. — La partie droite delà rosace nous retrace riiisloire de saint Simon. Dans le premier médaillon, saint Simon parle à Baradach, général du roi de Babylone, et lui annonce la paix qui va se conclure avec les Indiens, contre lesquels il marche. — Au médaillon suivant, les prêtres des idoles dissuadent le général de s’en rapporter à la parole de l’apôtrc : ils sont confondus par l’événement. — Lnfin,dans le dernier médaillon , saint Simon fait un geste de reproche aux magiciens fjui avaient voulu le contredire devant le monarque.

La cinriuiéme et dernière fenêtre, du coté droit, représente saint Mathias et saint Luc. I.e vêlement de saint Mathias ressemble aux précédents : robe verte, manteau violet. — Saint Luc lient une palme ù la main. L’artiste verrier , voulant peut-être honorer la qualité de peintre dans le disciple de saint Paul, lui a couvert les épaules d’un manteau d’or. L’église de Tournai est au-dessous de saint Luc.

Dans les médaillons de la rosace, on voit les onze apôtres vêtus de blanc, dans l’altitude de la prière : ils consultent le ciel et lui demandent quel est celui qu’ils doivent choisir à la place du traître Judas.

La fenêtre suivante, dans laquelle deux' apôtres , ou deux disciples du Sauveur, et au-dessous deux évêques, sont placés sur un fond de grisaille, où la rosace est tout entière en grisaille, peut être considérée comme n’appartenant plus à l’abside proprement dite , mais comme donnant jour sur le transsept.

De droite nous passons à gauche, du côté de l’évangile.

La première fenêtre que nous devons étudier, après la fenêtre centrale, est dédiée à saint Paul et a saint Jacques le Majeur. Les noms des deux apôtres sont écrits en entier Paulus , 5"* Jacohus). Saint Paul est

vêtu d’une robe verte et d’un manteau rouge. Saint Jacques, comme évêque de Jérusalem, porte les vêtements sacerdotaux: l’aube, la dalmatiqueet la chasuble. L’oiseau qui est sous les pieds de l’apôtre, a été indiqué précédemment comme l’emblème de ses pérégrinations.

L’évêque de Laon, placé dans celte- fenêtre comme second suffraganl de la province (1), est aussi en babils pontificaux : sous sa chasuble apparaît une tunique losangée de plusieurs couleurs. Au milieu de sa cathédrale est un trône sur lequel siège le Sauveur.

Les médaillons de la rosace ne sont pas dans l’ordre que demanderaient les sujets.

Au centre , deux personnages sont assis sur un même trône ; tous deux sont nimbés , mais il semblerait que l’un des deux nimbes est crucigère ; nous y verrions donc Noire-Seigneur remettant à saint Paul un sceptre que l’apôtre reçoit avec respect, comme l’emblème du pouvoir qui lui est conféré sur les nations. — Le médaillon inférieur, à gauche, représente Saul assis à terre et gardant les vêtements de ceux qui lapident saint Etienne. — Audessus, saint Jacques paraît devant le roi Hérode placé sur son trône ; puis, dans le dernier médaillon de gauche, saint Jacques est décapité par ordre du tyran. Une partie

du nom : s Bus se lit encore autour de la tête de

l’apôtre.

(I) Le diocèse actuel de Soissons comprend le^ anciens diocèses de I.aon et de Soissons.

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La seconde fenêtre est consacrée aux apôtres saint Philippe et saint Thomas.

Le premier est revêtu d’une robe violette bordée de pierreries ; un long manteau lui couvre les épaules : sur une robe blanche, le second porte un manteau violet; il tient une longue épée à la main.

Les deux autres panneaux de la fenêtre sont occupés par un temple surmonté d’un ange sonnant de la trompette, et par un évêijue, en chasuble violette, sous lacjuelle on remarcjue une tunique verte damassée et losangée de rouge. Le temple représente l’église de Gbalons ; Ecclesia Catalaunensis.

La légende de saint Thomas remplit les lobes de la rosace. Dans le médaillon central , apparaît un temple orné de deux vastes portiques ; sur le seuil sont placés les deux apôtres, vêtus de chasuble. — Kn bas, dans le médaillon de droite, un homme, armé d’un bâton, va puiser de l’eau à une fontaine figurée par un monument. C’est, sans doute , ce boutillier qui frappa saint Thomas , dans un festin donné par Gondoforus, roi des Indes, à l’occasion des noces de sa fille : « Plaise à Dieu, dit l’apôtre, » que ce que tu me fais te soit pardonné dans les temps » à venir, et qu’un châtiment passager le soit infligé !... — » Quelque temps après, le boutillier alla chercher de l’eau » â la fontaine, et un lion le tua et but son sang (1). » — La salle des noces est représentée dans le panneau suivant. Deux personnes couronnées sont assises devant une longue table couverte d’une nappe blanche. Sur la table sont placés un vase rempli de vin et deux verres également pleins. — A la demande du roi, l’apôtre bénit les époux et dit : a Seigneur, donnez à ces enfants la bénédiction de votre » droite, et mettez en leurs pensées des germes de vie. »

I (1) Légende dorée.

Les époux se relirèient, s’endormirenl, et tous deux firent un songe semblable ; il leur semblait qu’un roi , orné de pierreries précieuses, les embrassait, disant ; « Mon D apôtre vous a bénis, afin que vous participiez à la joie » éternelle. » C’est le sujet du troisième médaillon : un personnage debout veille près d’une couclie où l’on aperçoit deux personnes endormies

L’apôtre leur apparut le lendemain et leur dit : « Mon » roi vous est apparu, et il m’a amené ici quoique les » portes fussent fermées, afin que ma bénédiction fructifie D sur vous.... )» On voit une porte grillée près de laquelle saint Thomas, nimbé, {larle aux deux époux.

Lientôt après, l’apôlre les baptisa. (L’épouse, nommée l’élagienne , prit le saint voile et souffrit le martyre ; l’époux Deni^ fut sacré évéque.) Ils sont tous deux à genoux aux pieds de saint Thomas , qui verse sur leur tête l’eau sainte de la régénération.

J/apôlre fait de nombreuses conversions dans les Indes. La reine demande à être chrétienne. Le roi, irrité, se saisit de saint Thomas, le menace d’horribles tortures, et lui ordonne d’oiïrir un sacrifice au Soleil; mais, à la prière du martyr, l’idole tombe et se brise. C’est ce que figure le dernier médaillon. Sur un socle se trouve une idole ; le roi, assis, interroge saint Thomas.

A cette vue, les prêtres de l’idole se jetèrent sur l’apôtre et le transpercèrent de part en part. C’est le motif représenté dans la pointe de l’ogive.

l.a troisième fenêtre est consacrée à saint Jude et à saint Matthieu : leurs noms sont écrits sur la verrière : Sanctus JudaSy Sanctus Matthœus. Le premier apôtre tient un listel ; sa rohe verte est couverte d’un manteau violet. Le second, sous un manteau blanc, porte une tunique rouge nuancée de vert et de jaune.

L’architecte ne pouvant, dans les neuf verrières que

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nous considérons comme appartenant à l’abside, figurer tous les évêques suffraganls de Reims , avec leur église prés de chacun d’eux, a tourné la diiricullé. Il placera désormais allernalivement une église ou un évêque pour représenter un diocèse; ainsi, dans les quatre panneaux restants, il complétera la longue liste des suIlVagants de l’antique métropole de Reims.

Le temple qui figure , au-dessous de saint Philippe, l’église d’Amiens, ccclcsia Ahianemis , est terminé, à son sommet, par un petit ange assis sur un coussin.

A cêté se trouve placé l’évêque de Scnlis , episcopus Silvanensis ; il foule à ses pieds un dragon qui se raidit contre lui. Sous sa chasuble violette , apparaissent une tunique bleue et une aube blanche bordée d’or.

Dans le centre de la rosace, saint Mallbieu, nimbé, les pieds nus, écrit son Evangile. La tablette de son pu()itre est fixée à un chapiteau placé lui-même sur un fût de colonne. Un long parchemin tombe de chaque côté. — Le médaillon inférieur , à droite , rappelle saint Matthieu, prêchant en Ethiopie , et découvrant les mystères des enchanteurs Zaroës et Arphaxat. Ces deux hommes ensorcelaient si bien les gens par leur art , qu’ils leur faisaient changer les membres de forme. Prés d’un personnage assis, on en voit un autre ayant les jambes toutes contournées. — Saint Matthieu loge chez l’eunuque Candace, celui qui fut baptisé par saint Philippe. L’apôtre opère des miracles et évangélise le peuple. Un jour qu’il prêchait, il s’éleva un grand tumulte ; le fils du roi venait de mourir. Saint Matthieu, sur la demande de l’eunuque, se rend chez le roi. 11 se penche sur l’enfant étendu par terre. — Les trois autres médaillons ont rapport à l’histoire de saint Jude. Cet apôtre -se trouvait en Perse avec saint Simon, lorsque les magiciens Zaroës et Arphaxat, chassés d’Ethiopie par saint Matthieu, s’y rendirent. Baradach, ce général du roi de Babylone dont

nous avons déjà parlé, marchait à la tête de son armée contre les Indiens; ne pouvant obtenir aucune réponse de ses dieux, il se rend auprès des saints apôtres. C’est le sujet du quatrième médaillon. — Saint Jude et saint Simon évangélisèrent ensuite le peuple, baptisèrent le roi, les princes de Babylone et plus de soixante-dix mille personnes. Les magiciens vinrent à Sannir, excitèrent les prêtres des idoles contre les apôtres de la religion nouvelle. Les prêtres se saisirent des envoyés de Dieu. Ceux-ci dirent au peuple que ses idoles étaient pleines de démons. Aussitôt, deux méchants esprits, noirs comme des Ethiopiens, sortirent des idoles et les brisèrent. Les prêtres se jetèrent sur les apôtres et les tuèrent.

Dans les deux panneaux inférieurs de la quatrième fenêtre, 5 gauche, se trouve un temple, avec ces mots : Sanctus Barnabeus, et à droite l’évêque de Terrouane, bénissant. 11 est chaussé et porte une chasuble verte, une tunique bleue et l’aube blanche. A ses pieds on lit celte inscription : Episcopus Morinensis civitatis ( Episco. Morinen. civita.)

Les deux personnages placés au-dessus représentent, l’un saint Barnabé, nimbé, tenant un livre à la main, et vêtu d’une robe verte et d’un manteau jaune ; l’autre, un disciple du Sauveur. 11 n’a aucun caractère distinctif, et n’est désigné par aucun nom. Toutefois, il est nimbé; un listel se déroule de sa main gauche, et, comme les autres figures, il a un manteau violet , drapé sur une longue robe verte.

La rosace, sans doute, est consacrée aux saints figurés dans la fenêtre ; les sujets sont diflîciles à reconnaître.

Au milieu, trône un roi couronné, vêtu d’une robe violette et d’un manteau vert. Il lient à la main une épée élevée. — Dans le médaillon inférieur de droite sont deux personnages : l’un est assis ; sa main gauche pose sur sa

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Iianclie ; de la droite, il interpelle le deuxième personnage, debout et nimbé. Ne serait-ce pas saint Barnabe se présentant avec courage tlevaril saint Paul converti, alors (jiie tous le fuyaient avec crainte ? 11 alla avec lui à Antioche [>récbcr l’Kvangile. — Ils se rendirent de là à Icône, et, tandis qu’ils y étaient, « un homme d’un aspect » majestueux apparut à Jean, parent de Barnabé, et lui » dit ; Jean , sois constant, et bientôt tu changeras ton » nom pour celui d’Klevé ... « On voit, en efl’et , dans la deuxième [)etiie rose en montant, un personnage nimbé, au(iuel parle un homme debout.

Les deux apôtres saint Paul et saint Barnabé, ayant prêché à Antioche , furent obligés de se séparer ; alors « saint Barnabé tomba en pleurant aux pieds de » Paul, pour les lui baiser, et Paul, ému de compassion, » dit : Ne |>leure pas, telle est la volonté du Seigneur... » Saint Paul, nimbé, est assis; saint Barnabé se prosterne à ses pieds.

Un jour, Barnabé vit des hommes et des femmes nus qui couraient et (\m célébraient leurs fêtes impures ; rempli d’indignation, il maudit leur temple, qui s’écroula aussitôt. L’apôtre Lient dans ses bras une colonne du temple. Ses ennemis le livrèrent au magistrat de la ville, que l’on voit assis sur un trône et interrogeant l’apôtre.

Dans le dernier médaillon, un personnage nimbé est placé sur un large siège, avant forme de lit.

La cinquième fenêtre est formée de grisailles et de deux bandes de vitraux. Dans les deux panneaux inférieurs sont deux évêques sans nom : ils peuvent représenter les suffragants qui n’ont point été nommés; au-dessus, l’on voit deux disciples du Sauveur, dont l’un lient un listel. Comme ceux que nous avons mentionnés vis-à-vis , ils n’ont rien qui puisse les faire reconnaître.

La rosace est sans aucun sujet.

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