III. VITRAUX DE LA NEF
Les vilrîjux de la nef, placés principalement comme décor, destiné à produire seulement un effet d’ensemble , n’offrent rien de bien intéressant dans le détail. Ayant d’avance décrit l’effet général (pi’ils produisent , nous n’aurons ici (jue (pielqucs observations à présenter, surtout pour rectifier les erreurs assez nombreuses de ceux qui ont entrepris jusqu’à ce jour d’expliquer la cathédrale.
L’ensemble de ces vitraux se compose de dix-huit doubles verrières remplissant les grandes lancettes géminées de l’étage supérieur. Il est vrai que du portail au transsept l’église compte dix travées, et que, par conséquent, les fenêtres sont au nombre de vingt; mais les deux plus rapprochées du portail n’ont pas de sujet. Comme les fenêtres du transsept, elles offraient à l’œil un fond de mosaïque du Xlll^ siècle, détruit en partie et actuellement englué d’une peinture à l’huile formant des ronds, des étoiles bleues, rouges et jaunes. Les verres sont antiques, du moins pour une portion assez considérable; leur forme, leur teinte servent à les reconnaître. Toutefois ils sont de plusieurs époques, du XIV^ au XYI<^ siècle; on y trouve même plusieurs écussons, dont le blason servirait certainement à faire savoir les noms de quelques donataires de verrières de la cathédrale, non pas aujourd’hui existantes dans cette église, mais qui s’y sont trouvées autrefois. Le décor actuel a été exécuté en 1825. La bordure, cependant, est remarquable en ce qu’elle se compose de châteaux empruntés aux armes de Castille , fréquemment représentés sur verre du temps de saint Louis et dans les années postérieures.
Chacune de ces dix-huit fenêtres est remplie par un sujet uniforme. Elles ont toutes quatre personnages, deux
évoques en bas, el deux rois en liüut. Par une exception toute particulière, l’ancienne liturgie rémoise place dans ses prières les i-ois avant les évêques, sans doute parce qu’elle considère ces derniers comme princes temporels (1).
Ces personnages sont figurés assis , suivant l’usage constant de l’époque, quand il s’agit de personnages déjà morts el qui sont supposés parvenus à Véternel repos.
Le siège sur lequel plusieurs s'appuient est le bisellium ^ ou chaise curule des anciens consuls romains, em[)loyée généralement dans la sigillographie el dans la peinture sur verre depuis le régne de Philippe en 1083, époque où les empereurs d’Orient gratifièrent nos rois de ce signe lionorifKpie, jusiju’à Philippe de Valois. Avant celle épO(iue de 1083 , le siège des monarques et des évêques était à dossier droit, comme on le remarque à Sainl-Pemi, dans les vitraux les plus anciens de l’église. Ce signe, qu’aucun archéologue, à notre connaissance , n’a encore api)liqué aux sujets des vitraux, est donc évidemment une date, (jui s’applique avec justesse aux peintures sur verre de la cathédrale, ct(]ui concourt, avec cent autres inductions, à prouver que Heims possède, à Sainl-Remi, des vitraux parfaitement authentiques c/m XI® siècle, ce qui est dans le monde archéologique d’une excessive rareté (2) , et par conséquent d’un très-grand prix.
Tous les rois ou reines sont couronnés ; leur main porte le sceptre. Pour vêtement, ils ont tous une tunique et un manteau plus ou moins riche de broderies ou d’orne-
(1) Voir les Laudes qui se chantaient dans la cathédrale de Reims aux messes pontificales. — Tome I", art. Usages, p. 352.
(2) V. Mélanges archéologiques P. Martin, article de M. Lenorinand, sur le Fauteuil de Dagobert, t. I**^, p. 157. Voir les raisons détaillées de l’opinion de M. l’abbé Tourneur dans le Congrès archéologique de 1855, tenu a Châlons.