IV. VITRAUX DU PORTAIL
Trois étages d’ouverluies vitrées remplissent tout l’espace (jiii s’élcnd de[)uis le haut des portes jusqu’au sommet de la voûte. Au [)remier étage , nous trouvons dans les j)orlails latéraux deux quatre-feuilles décorés de vitraux aujourd’hui bien incomplets , et la petite rose inscrite dans le t} mj)an de la porte centrale. Le second étage renferme une galerie de neuf arcades. Enfin, au-dessus, la grande rose étincelle de mille feux.
l'« Yilraux des portes latérales.
Ces vitraux sont sans intérêt; il sont en verre blanc ; dans les quatre-feuilles et les trilobés, ou a placé un sujet en verre du XVle siècle , d’une très-grande finesse : mais ces médaillons sont composés de tant de pièces, qu'ils n’ont j)lus rien de remar(|uable.
Ainsi, à droite, l’on voit l’Assomption de la Très-Sainte Vierge; à gauche, un fragment du Christ en croix.
2® Petite rose.
Le dessin architectural delà rosace inférieure a été précédemment décrit ; l’artiste a voulu, évidemment, la mettre en contraste avec la grande rose (|ui remplit tout l’étage supérieur. En employant absolument les mêmes ornements, il les a placés en sens tout-à-fait inverse.
Les vitraux à sujets, les médaillons qui ornaient autrefois la petite rose, faisaient, sans doute, ressortir d’une manière plus frappante la pensée de l’architecte. Aujour-
INTÉIUIiLlL — PETITE UOSE ÜU l‘OKTAIL.
(l’inii, l’anlilliôsc esl délruile, parce (lu’clle a élé poussée au-delà de loule comparaison.
Mais laissons parler M. P. Tarbc;il expiimera riolie j)'ensée beaucoup mieux que nous ne le ferions nousmêmes. « Déjà nous avons indiqué, dit-il, la rose sise an- » dessus de la princi[)ale porto d’entrée, et faite il y a » quebiue soixante-dix ans. (Jui n’a Hétri la pauvreté de O son dessin, ses couleurs blafardes et passées ? La rose »j basse cl colle (|ui la «lominc nous ont toujours i*eprésenté d la mort et la vie. la mort et sa pâleur, la vie et ses » («rismes brillants; la mo!t et son froid glacial, la vie et )) ses trésors de feu. »
Kn effet, sous le régne de Louis XVI, vers i78G ou 1787, le peintre-vitrier du Chapitre remplaça les vitraux du Xlll^^ siècle par les verres jaunes, bleus, orangés (pic nous voyons aujourd’hui. L’ensemble de la disposition de celte rose a élé fait avec goût, mais, malbcuieuscmcnt, dans un genre mauvais en lui-méme cl (pic rarrangemcnl de détail ne pouvait rendre bon ; les vcitt'S rouges, toutefois , sont antiques, et rendent un peu moins mauvais l’aspect général de la fenêtre.
« Il faudra bien qu’un jour, ajoutait M. Tarbé, ces verres » décolorés reçoivent des successeurs, et ijue le pinceau U moderne jirenne une glorieuse revanche (1). »
Le gouvernement avait, croyons-nous, entendu ce vœu, et il avait confié au vainqueur des concours pour la restauration des verrières de la Sainle-Cliapelle de Paris le soin de remplacer le vitrage de cette rosace par de véritables vitraux. Déjà M. II. Gérenle avait arrêté ses plans : il devait exécuter une généalogie de la Sainte-Vierge en forme d’arbre de Jessé, pour remplir ces compartiments de pierre, et, fidèle à la pensée de l’architecte, il se proposait de contraster par un ton calme avec les feux de la
(1) Notre Dame de lieims, par P. Tarbé, p. 77, 2' édition.
oOO DESCRIPTION DE LA CATHÉDRALE DE REIMS.
rosace supérieure. La mort, qui l’enlevait en 1849, ne lui a pas permis d’accomplir son œuvre ; mais on ne saurait douter que l’Etal, sollicité, ne confiât à un autre ce que Gérenle n’a pu finir. Ajoutons donc avec M. P. Tarbé : <i Adieu, rosace du siècle qui doutait de tout, rosace sans D foi, sans espérance et sans avenir ! Puisse la génération » qui nous suit demander, un jour, (juelle place lu désho- M norais! Puisse-t-elle saluer, sur le trône dont lu n’es » pas digne, la vraie compagne de la glorieuse sœur (i)! »
3" Galerie.
Entre les deux l oses du portail règne la galerie, éclairée en cet endroit et obscure dans tout le reste de l’église. Neuf lancettes ogivales la composent ; une légère colonnette de pierre les sépare l’une de l’autre, et elles sont fermées par neuf vitraux (|ui ne manquent pas d’un certain effet.
Chacun d’eux présente un personnage plus grand que de nature, de pose, d’altitude et de costume toujours variés. Au centre, on remarque un roi, sans couronne, une épée nue à la main. Un riche manteau bleu, semé de larges lleurs-de-lis d’or, recouvre ce personnage, dont la figure, de vitrail antique, est pleine de noblesse et de majesté. Plusieurs auteurs graves, entre autres celui de Notre-Dame de Rehns, p. 80, le baron Taylor, dans la Ville de Reims, p. 154, et quelques autres avant eux, ont voulu voir saint Louis dans ce personnage.
Leur unique raison, ou, pour mieux dire, l’unique raison de M. Tarbé, qui prend seul la peine de motiver son opinion, c’est que, dans toute la longueur de la galerie, on voit des châteaux, qui sont les armes de Blanche de Castille. Or, .c’est un fait incontestable pour les archéolo-
ti) yolrc~I)ame de Beims, p. 78.