INTÉRIEUR.— VITRAUX DU PORTAIL. —GRANDE ROSE
Dans le premier cercle, tous les personnages portent le nimbe ; ces nimbes clilîèrent de couleur. Les uns sont bleus, les autres rouges, (|uel(jues-uns verts, peu ou point en jaune. 11 serait fort diOicilc de nommer ces personnages : presque aucun n'est complet ; plusieurs sont horriblement contournés. Du reste, aucun insigne, aucune marque particulière ne les distingue.
Dans le deuxieme cercle, celui des iinges^ les mutilations ne sont pas moins nombreuses : trois ou (juatre sont complètement invisibles et remplacés par un amalgame de verres et de vitres de toutes couleurs, de toutes formes et de tout temps. Aucun n’est entier; tes instruments surtout ne se reconnaissent souvent (ju’aux Jignes du plomb. Une vitre bleue ou verte a remplacé, ici le cornet d’or, là les cordes de la barpe.
Tous les anges sont nimbés, quebjues-uns en jaune, un plus grand nombre en rouge ; d’autres ont le nimbe bleu et les ailes d'un vert très-vil' (1).
Dans la rose que nous étudions, le dessin est mauvais et, en général, incorrect ; beaucoup de reprises^ sont modernes, à l’huile, et sans goût ; plusieurs médaillons appartiennent visiblement au XV^ et au XVD siècle ; et pourtant, telle était la science et l’harmonie de la composition primitive, que toute mutilée qu’elle est, elle est encore uniqiœ au monde et véritablement admirable, tant elle a été
(1) Suivant les principes de l’art du peintre-verrier au XIII* siècle, un vitrail n’est pas un tableau, mais une mosaïque destinée, avant tout, à produire un grand et bel efTet d’enseral)le : les figures et les sujets n’y sont qu'un accessoire qui doit s’accommoder aux exigences de l’ensemble, , et non pas lui dicter la loi. C’est pour avoir oublié ce principe fondamental que l’art du verrier a péri, tout en s’améliorant sous d’autres rapports jusqu’au XVl« siècle; c’est la répugnance d’un certain nombre d’artistes à entrer dans cette voie, qui arrête depuis longtemps une résurrection bien désirée pourtant de tout le monde.
.^12 DESCfUI’TlüN DE LA CATHÉDRALE DE REIMS.
bien appropriée à sa destination et construite dans les véritables règles de la bonne peinture sur verre. Aussi estelle l’œuvre de la meilleuie époque de l’art.
Formons ardemment le vœu qu’elle soit restaurée par un artiste intelligent, et (ju’elle reprenne enfin toute sa splendeur, à la gloire des maîtres ipii l’ont lïiite et pour l’instruction et le profit de ceux qui voudront réussir en rimitant î
Aucune réparation (jcncrule des vitraux de la cathédrale n’a été faite à aucune époque; mais on conçoit (ju’une matièi e aussi fragile que le verre, disposée sur des plombs délicats et minces, n’a pu traverser six siècles sans avoir à supporter bien des accidents ; d’autant plus qu’à chaque sacre, les panneaux inférieurs des hautes fenêtres étaient enlevés et portés dans la plomberie fiaulle, ce qui les a beaucoup endommagés.
a Cba(|ue année, dit l’auteur du mémoire ici analysé » et souvent copié par nous, cliaijue année, par suite M des grands .vents et de la vétusté des plombs , queli> ques verres se détachent ; chaque année, le vitrier pas- » sait, au mois d’Avril, (juelques journées dans l’église, » pour exécuter les réparations. 11 trouvait des trous, il )) les bouchait, mais souvent sans savoir ce qu’il auiait » à faire. Le premier morceau rouge ou bleu qu’il ren- » contrait de la dimension du trou à bouclier, était celui
V (|u’il ada[)tait ; et d’année en année, le mal augmenta, les D couleurs anciennes furent remplacées par d’autres, jus-
V qu’à ce qu’il ne restât rien de la composition pri- » mitive.
)) Le moyen de parer à cet inconvénient immense se- » rait d’avoir un album oi’i chaque vitrail serait relevé ï cl peint exactement, et qu’il sufllrail d’ouvrir pour sa- » voir comment réparer ces magnifiques tableaux.
INTÉIUEUU. — KÉPAHATlUiN DES VITUAUX ANCIENS. ^1^5
»j La mcnîG chose devrait se faire pour les statues et » les autres ornements sculptés. »
Les vitraux supérieurs ont été souvent réparés, et le Chapitre avait son peintre verrier.
Une famille de Ueims, exerçant encore aujourd'hui cette profession, est, depuis plus d’un siècle, en possession de veiller il rentretien et à la réfiaration des vitraux de la cathédrale. On lit dans les registics du Chapitre, à la date du fî Avril 1708, la délihération suivante, en st}le capitulaire : « Ca[)itulum hodie clegit IVatres Simon vitrarios » hujus ecclesiæ, loco rrancisci Simonis defuncti, illorum » patiis. ») (Plus d’un siècle auparavant (IGiO),un autre membre de cette famille exécutait les admirables vitraux des Minimes de Uethel.)
Les mémoires du temps ne mentionnent iiue quelques réparations faites aux grandes fenêtres de l’église. Nous ne pouvons donc entrer dans de nombreux détails.
En 1011, le '“Iti Mai, Michel Lepsé, serrurier, reçoit 100 livres pour mettre des tenons, clavettes, etc., aux vitres au-dessus du grand portail (I).
En 1743, furent faits et rétablis tous les panneaux de la rose qui est au-dessus de rorque^ qui ont été brisés par V orage arrivé en il 39. Le Chapitre donna 000 livres (2). (On conçoit ce que pouvait^étre une restauration de vitraux peints, à cette époque où M. Godinot obtenait l’autorisation d’éclairer la cathédrale avec des fenêtres en verre blanc.)
Le chanoine Godinot, dans ses mémoires, mentionne des travaux exécutés, en 1745, au grand vitrail, au-dessus de la porte donnant entrée dans l’archevêché. 100 livres furent délivrées, à cet effet, par M. L. Gérard, chanoine et fabricicn de Notre-Dame.
(1) Fab. , liasse 18, n“ 16.
(2) Fab., liasse 10, ir il
D’au 1res réparations pourraient être signalées , avec les liâtes où elles furent exécutées, ainsi que les noms des peintres verriers ; beaucoup de ces noms sont gravés sur les fenêtres; mais, pour cela, il nous faudrait examiner à l’extérieur les grandes fenêtres do bas en haut, et nous n’avons pas cru devoir nous exposer à une ascension aussi dangereuse , dans le but de sortir de l’oubli quelques noms inconnus. Les panneaux du bas étant placés à la vue , nous avons trouvé les noms suivants, gravés avec le diamant de l’ouvrier.
Eu partant de la fenêtre la plus rapprochée du transsept, nous voyons, sur la [uetnière, les noms de Nicolas et de Bouchez.
Sur la deuxième, Payen de Noyon; — Jean Monneuzey (jarson vitrier, i688 ; — Pivori, (jars vitrier y 16S2; — Gémin; — Jade lluyo, peintre vitrier,
A la troisième fenêtre, nous trouvons le nom de Duchêne, 1101 \ puis, à côté, celle inscription : Pierre Thierry, vitrier en 1703, a détaché, du temps de Jean Bardin, yarçon vitrier dieux Jean Monnenze Etienne,
La quatrième porte la date de 1737, avec ces mots : Jo. Donu.
Sur la cinquième, apparaissent ijuelques restes d’inscription, avec ces mots : Pierre Thierry a déladié,., et plus bas : Boche, 1737,
La huitième est encore marquée au nom de Monneuze,
De l’autre côté de la nef, nous n’avons trouvé que trèspeu de noms, sans indication d’années. La couche de poussière qui couvre les vitraux étant plus épaisse de ce coté, les noms sont, sans doute, cachés par-dessous. Nous n’avons lu que ceux de Godart, — Thiery, — Bardin.
A l’abside, la seule signature de Godart est visible sur un des panneaux de la fenêtre du milieu.
On nous demandera peut-être en quel lieu ont été faits
INTÉRIKLIU -- VITRAUX DES RASSES-NEFS. 315
|)rimilivement les vilraux de Noire -Daine , et quels en lui ont les auteurs.
Nous avons déjà répondu à celle dernière question ; nous avons dit (|ue le peintre verrier était ordinairement un artiste subalterne, travaillant, comme le sculpteur, sous la direction de rarcbitectc. A ce litre, son œuvre se conl'ondail avec celle du maître. Si ce dernier n'est pas connu , comment le premier le serait-il? L’ouvrier n’inscrivait pas son nom au bas du vitrail, comme le firent depuis les restaui-ateurs île nos verrières , et comme le font les artistes de nos jours.
Quant au lieu d’exécution des vilraux primitifs , nous pouvons , sans hésiter, dire (ju’ils ont été faits à Reims, toutefois, sans avoir d’autres preuves que des inductions et une tradition locale, conservée [>ar Lacourl.
L’art de la peinture sur verre était praliiiué, au Xlesiècle, à Reims , o(i le moine Roger s’était fait un nom par la beauté de ses vilraux. On peut présumer ijue celte industrie ne fut point oubliée dans une cité (jui, dés le siècle, ornait ses églises de vitraux historiés, et qui, au XIR, décorait de splendides verrières toute sa cathédrale et la basilique de Saint-Nicaise
Lacourl, dans une note sur les églises de Reims, tome II, rapporte que : « Lorsqu’en 1G84, Monseigneur » Le Tellier a fait bâtir dans la cour de rarchevéché, on » a trouvé les anciens fourneaux où les vitres de la ca- » lliédrale avaient été fondues. »
Disons un mot des fenêtres inférieures de l’église.