PORTE DE GAUCHE
Sur le mur à gauche, deux soldats conduisent saint Klienne vêtu de sa tuniijueà larges manches; ils rentrai lient hors de .lérusalem, pour être lapidé (1 ).
Dans le premier groupe du linteau. Saul garde les manteaux des deux Taux témoins : l’un d’eux lient une énorme pierre, ([u’il doit jeter le premier ; l’autre se dépouille de son vêlement (2).
Au deuxième groupe, saint Etienne est à genoux entre deux Juifs qui le lapident (3).
(Juatre Juifs, dans le troisième groupe, lancent des pierres; un cinquième en apporte dans le pan de son manteau.
Enfin, un homme et une femme, inésents à celle scène, versent des larmes.
Sur le mur à droite, le corps de saint Etienne est étendu sans vie au pied d’un arbre ; Gamaliel et Nicodéme s’apprêtent à lui donner la sépulture.
(1) « Et cjicientes eum oxlra civitatcni, lapidabaiit •
{Actes des Apôtres, c. VH, v. .57.)
(•i) « Et lestes deposueriint vestimenla sun, sccus pecles adolescenlis, <* ([ui vocahatiir Sauliis. » {Ibid.)
(3) « El lapidabanl Slephanuin invocanteui et dicenlem : Domine .lesii, » suscipe spiritum iiieum. » {Ibid., v. 58 )
ICÜNOGUAIMIIK INTÉUIEUIŒ. — l‘OUTAlL PRINCI l‘Al.. 3Î37
Sailli Elicnnc, eu uioiuanl, [)i ia pour ses bourreaux, et oblint la conversion de Saul, (jui s’élait associé aux fureurs du [leuple ameuté. La conversion de ce persécuteur, sculptée sur le linteau extérieur des deux memes portes , est un monument éclatant de la puissance de la prière du saint diacre, qui disait en ex[)iranl : Seigneur, [)ardonnezleur ce péché (1).
Gomme à la porte tle droite, seize statues de prophètes garnissent les côtés et s’élèvent deux à deux sur quatre étages. Les uns tiennent des couronnes, les autres des listels ; le septième, à droite , compte sur ses doigts : c’est peut-être Daniel énumérant les semaines d’années qui doivent encore s’écouler jusqu’à la venue du Messie {^1).
La voussure rappelle quelques traits de l’Apocalypse. Si nous commençons à gauche , nous ti ouvons , dans des niches, quatre anges qui tiennent chacun une tête ayant la forme d’un masciue antique. « Après cela, je vis quatre 1) anges aux quatre angles de la terre, (jui retenaient les i> quatre vents du monde pour les empêcher de souiller )) sur la terre, et sur la mer, et sur aucun arbre (3). »
Au troisième étage , l’apôtre saint Jean déroule un listel. H regarde derrière lui : « J’entendis derrière moi )) une voix éclatante comme le son d’une trompette (4)... M Je me retournai pour voir... d Puis, dans une autre niche, le saint apôtre, placé devant un pupitre à pieds, s’ap-
(1) « Domine, ne statuas illis hoc peccatuni. »>
( des Apôtres^ c. VI, v. 59.)
(2) *a Usque ad Chiistum* ducem, hebdomades septem et hebdomades
•i sexaginta duæ erunt. » (Daniel, c. IX, v. 25.)
(3) « Post hæc vidi quatuor angelos stantes super quatuor angulos • terræ, tenenles quatuor venlos terræ, ne flarent super terram, ueque » super mare, neque in ullam arborem. » {Apocalypse, c. VII, v. 1 .)
(4) « Et audivi post me vocem magnam tanquam tubæ. «
(Ibid,, c. I, V. 10. )
3o8 UESCRIPTION DE LA CATHÉDRALE DE REIMS.
prête a écrire ce qu’il voit, selon l’ordre du Seigneur (1).
Dans l’étage supérieur, saint Jean, debout, continue à écrire, et les choses présentes, et celles qui devront arriver (2). La prévision des choses actuelles est représentée par ce listel que déroule un ange , tandis que l’avenir est figuré par ce livre fermé que porte un second ange.
A droite, apparaît le dragon à sept têtes; il cherche à dévorer l’enfant d’une femme placée dans la niche supérieure ; elle a les bras étendus comme une personne frappée de crainte et s’élançant pour prendre la fuite (3).
Notre-Seigneur, nimbé, tient dans ses mains la coupe de ses vengeances ; il s’apprête à la répandre sur la terre. Au-dessus, apparaît une femme debout sur un croissant. Elle se sauve, emportant son enfant dans ses bras (4).
A l’étage supérieur, deux personnages se proslernent devant un dragon ailé , sur lequel se lient un cavalier armé (5).
Les autres statues représentent deux anges, l’un tenant un livre , c’est-à-dire l’Evangile éternel (G), et l’autre
(1) « Quoil villes, scribe in libre. » (Apocalypse, c. I, v. 10 )
(2) « Scribe ergo quæ viilisli, et quæ sunt, et quæ oportet fieri post
• htTC. » ( Ibid., V. 19.)
(3) « El ecce ilrago magnus rufus, habens capita seplera : . . . et draco
» slelit aille niulierem, quæ eral parilura , ul cum pepcrissel, filium » ejus devorarel. Kl peperil filium masculum : ..... el mulier fugil in « soliludineni. • {Ibid., c. XII, v. 3, 4, 5.)
(4) « Mulier amicla sole, el luna sub pe<libus ejus El dalæ sunt
» mulieri alæ duæ aquilæ maguæ, ut volaret in deserlum.... » {Ibid.)
(5) « El adoraverunt bestiani, dicenles : Quis similis besliæ ? •
{Ibid., c. XIII, V.5.)
• (fl) <1 Et vidi angelum volanlem .... habenlcm Evangelium æternuin.
{Ibid., c, XIV, V. 6.)
ICOiNOGRAPHlE INTÉRIEURE. — PORTAIL PRINCIPAL. ^31)
sonnant de la trompette et criant : « Elle est tombée, elle » est tombée, la grande Babylone (I). »
Auprès de ces anges, se tient un homme debout , qui regarde, étonné, la vengeance du Très-Haut.
Dans la pointe de l’ogive, deux anges portent, l’im une couronne, l’autre une étoile.
(1) « Et secutus est alius augeliis üiccns ; r.ecidil, rccidit Habylon ilia magna. » {Apocalypse, c. XIV, v. 8.)
STATIAIRE DU OKAND PORTAIL, A L’LXTÉRIELR ET A I/EXTÉRIEIR.
Kn leniiinanl réliule iconograpliiiiue des portails du Iranssept, nous avons apprécié la slaluaire de celle partie de rédifice. Après avoir décrit le portail occidental à l’extérieur, nous n’avons point lait connaître le mérite des statues (|ui le décorent : nous réservions cet examen pour l’instant où ce portail aurait été étudié par nous à l’intérieur ; c’est alors seulement qu’il nous était possible d’embrasser dans tout son ensemble l’œuvre du XIV® siècle, et de faire connaître les progrès (jue l’art de la sculpture avait faits pendant celle période d’un siècle et demi. Ce travail permettra de constater une fois de plus que les sentiments de religion et de piété, loin de rétrécir les esprits, agrandissent les idées et peuvent faire produire des œuvres auxcjuellcs ne put atteindre l’antiquité [>aïenne.
La slaluaire du portail principal, étant postérieure à celle des transsepls, ne présente plus les memes caractères. Depuis 1^21^2, de splendides cathédrales avaient été construites, de nombreux monastères s'étaient élevés ; les ouvriers se forment, les artistes surgissent en nombre très-considérable; leur génie s’enflamme sous le soulïle de la foi religieuse ; la prodigieuse activité de ces siècles, détournée de la Terre-Sainte, se reporte, avec toute son énergie, sur les édifices chrétiens, lance dans les airs ces flèches hardies qui semblent défier les orages et protéger
STATUAIRK DU GRAND PURTAJL.
les cilés, et sciilpic, aux fronlons de nos portails, les grands enseignements que la voix des ponliles et des prédicateurs taisait si souvent leteniir aux oreilles de ce peuple attentif, i^a sculplure, la peinlurc murale, la peinture sur verre font d’immenses |)rogrèsct répondent aux besoins religieux de cette époepm si extraordinaire.
Au portail nord, les statues, malgré leur superiorilé sur les autres productions du Xll® siècle, étaient encoie courtes, raides et uniformes : au grand portail , les compositions respirent la grâce et la grandeur ; les draperies tombent avec grâce, les j)roportions sont gardées , les poses naturelles ; le dessin est pur et correct ; les tôles, surtout (et c’est le fjrand mérite de cette époque), sont vivantes d’expression ; la variété règne dans toutes les physionomies, la vérité dans toutes les attitudes.
Nous ne pouvons rappeler ici toutes les statues qui se font remarquer par leur beauté artistique. Qu’il nous suffise d’en indiquer (juelques-unes. Qui n’a admiré, dans le porche principal, à droite, le sourire de cet ange qui apporte à Marie le message céleste; la candeur et l’iiumililé de la Très-Sainte Vierge^ donnant une réponse favorable à l’ambassadeur du Très-Haut? Ce groupe contraste avec le suivant : Marie y apparaît encore, mais, cette fois, elle est mère, et mère du Dieu incarné ; autant la première figure est simple, pleine de candeur et d’humilité, autant la seconde respire la grandeur : Marie est comme transformée ; on comprend, en la voyant, à quel degré de gloire elle vient d’etre élevée. Sa tête est noblement posée, son manteau se développe avec ampleur.
En regard de ces deux groupes, est placé celui de la Présentation au temple. Le vieillard Siméon laisse éclater sa joie ; et la prophétesse AmiCj qui fait le pendant de l’ange au sourire gracieux, ne peut dissimuler son étonnement.
Dans le porche de gauche, le visiteur est agréablement surpris en considérant Wtmjc placé auprès de saint Nicaise. 11 est impossible, en efl'el, de voir dans une statue plushle vie et de grâce. L’envoyé céleste introduit le saint martyr dans le séjour du bonheur, et le regarde agréablement. Sur le mur, du côté opposé, parmi les compagnons du saint archevêque, on l’emarque surtout sainle EiUropCy dra[)ée avec un naturel saisissant.
Le personnage suivant a été dessiné par M. llerbé, dans un ouvrage dont nous ne pouvions faire que de trèscourts extraits. Nous avons cité son jugement (I).
Au [)orche de droite, nous avons décrit dix statues, présentant, par le peu de proportion des parties et la raideur des plis, une similitude frapj)ante avec les œuvres du Xlllc siècle, au portail nord ; et nous nous sommes crus sulfisainment autorisés à les regarder comme ayant primitivement appartenu à une partie antérieure de l’édifice, et raj)portécs en cet endroit à la fin du XIV^ siècle. Nous ne pouvons admettre que les artistes de cette époque, qui venaient de [U’odiiire de véritahles chefs-d’œuvre dans les autres porches, qui, dans ce même portique, sur la paroi de gauche, allaient sculpter des statues bien proportionnées et drapées avec élégance, aient voulu imiter un instant les défauts des siècles antérieurs, ou les imperfections de la cathédrale de Chartres, avec laquelle notre basilique s’accorde parfaitement pour le choix des sujets.
Pour continuer sur-le-champ l’étude des grandes statues de ce portail, (lue dirons-nous maintenant des figures de Notre-Seignein'y de la Trcs-Saiute Vierge et des apôtres placées dans les contre-forts? Toutes portent un
(1) V. ci-ilessus, |). lOi.
, STATUAIHE DU (ilUNI) l'uKÏAlL.
manlcau sur une Irès-amplc robe, serrée h la ceinlure par une cordelière ou par une courroie. Ces vêleinenls, largement drapés, donnent aux personnages de Télégance, une sévérité noble, une simplicité vraiment religieuse. Ces statues sont de véritables chefs-d’œuvre ; c’est là que l’arcbitecture chrétienne s’est surpassée ; elle leur a imprimé un caractère qui domine, en convenance et en vérité, toutes les œuvres d’imagination rjui ont été exécutées dans les siècles suivants.
Citerons-nous maintenant tes statuettes (jui ornent les chambranles des portes ? Toutes ont un caractère particulier en rap|)ort avec l’objet (ju’elles représentent J Ici, les saisons et les mois s’oflrent à nos regards avec une naïveté toute champêtre; là, les vices et les vertus forment une série de contrastes, aussi admirables par la variété que par la finesse de l’exécution ; plus loin, les sciences cl les arts inspirent l’admiration par la noblesse de leurs poses, le grandiose des draperies qui les couvrent.
Nous ne pouvons pas mentionner ici toutes les statues des voussures : beaucoup ont été réparées ; toutefois, celles qui n’ont pas été détériorées par le temps ou par le ciseau des restaurateurs, sont, pour la plupart, remarquables pour le dessin et l’exécution.
Rappelons-nous la légende de l’Invention de la Sainte- Croix, et voyons comme chaque personnage exprime la vérité.
Dans ce tympan, la reine Hélène domine toute la scène de sa grandeur royale; Judas se confond à ses pieds, et garde un silence obstiné. Bientôt après, il reprend confiance, il dirige les travaux. Les spectateurs sont tous attentifs.— La croix est trouvée avec celles des deux malfaiteurs. Pour reconnaître celle du Sauveur, toutes les trois
o44 DESCRIPTION DE L\ CATHÉDRALE DE REIMS.
sont placées sur un cercueil. Les deux premières ne produisent aucun effet. La foule, à ce moment, apparaît plus attentive ; les poses sont toutes pleines d’expression ; la troisième croix est apportée, et, à son contact, le mort s’anime.
Le tympan opposé offre des scènes plus saisissantes.
Elles sont inspirées de l’Apocalypse. La mort, la famine et la peste sont repi’ésentées sous des traits menaçants. Les anges exterminateurs eux-mémes respirent la vengeance et frappent impitoyablement les mortels.
En retour de ce morceau de sculpture, nous avons étudié riiistoirc de saint Jean. Là encore, le sculpteur a su donner à la scène une très-grande expression de vérité et de vie.
On est étonné de voir la pierre exprimer tour-à-tour la rage des bourreaux qui plongent Vapôtre dans l’huile bouillante ; l’empressement de ces mêmes bourreaux à piler le poison ; la curieuse attente des spectateurs, qui regardent boire ce poison, et leur surprise à la vue de saint Jean vidant la coupe, sans ressentir aucune atteinte mortelle. Dans le haut du tableau, saint Jean, sur le point de mourir, est couche sur un lit placé dans l’église; sa figure respire la bonté. Il meurt; son corps est déposé dans la tombe ; ses ttisciptes attristés viennent pour le visiter quelques jours après, et ne trouvent h la place qu’un ange qui les regarde et rit avec une grâce charmante, en voyant leur étonnement.
La série Jes>’oLv (jui ornent le haut du portail ne présente pas le même intérêt. Ces statues doivent être considérées comme une décoration à grands traits, cl non pas isolément et en détail. Si elles îAaient été plus finies, peutêtre auraient-elles produit moins d’effet. Phidias avait
STATL'AiriE DU GDAND PORTAIL.
assez j>rossièremenl traité une sculpture destinée à cire placée bien haut. C’était dans un concours. Son concurrent, sculpteur trcs-liabile , avait fait une œuvre parfaite. Le prix allait être adjugé, au détriment de Phidias. Il réclame; il demande que les statues soient placées à l’élévation pour laquelle elles étaient préparées. Les sentiments changent aussitôt, et Phidias est couronné.
Plusieurs statues <le cette galerie sont travaillées avec soin. Celles de Clovis, de la reine Clolilde, de saint Remi et des assistants semblent avoir été sculptées par le meme artiste tpii exécuta les apôtres des contre-forts.
Les statues du porlail intérieur surpassent peut-être encore celles de l’extérieur. Elles sont toutes dignes d’être mentionnées pour la simplicité et la rectitude du dessin.
Ici, l’art chrétien est parvenu à exprimer les plus hautes idées avec le moins de matière possible. Ces statues n’ont pas, il est vrai, les formes allongées et décharnées des statues du Xll« siècle, mais elles n’ont pas non plus le luxe de chair et d’os des sculptures modernes. C’est un juste milieu, ce sont des formes pures et modestes. Le jet des draperies est naturel. Saint Niçoise et les deux anges qui l’accompagnent, le premier groupe des deux parties du linteau de la porte principale , les statues si variées des prophètes qui occupent les deux portes latérales, sont des preuves évidentes de ce que nous avançons.
Qu’ils viennent donc maintenant, ces juges aveugles, prévenus ou passionnés, qui, le compas à la main, veulent accuser d’incorrection et flétrir les chefs-d’œuvre produits par le Moyen-Age ! Ceux qui ont élevé nos temples catholiques avaient bien le droit de former une école et de dicter des règles. Quant à nous, libres dans nos pensées, guidés par nos impressions personnelles , nous serons toujours saisis d’admiration à la vue de ces statues qui
changent nos édifices religieux en de vastes musées que l’on peut visiter à toute heure du jour, et dans lesquels les hommes sérieux viennent étudier, copier et reproduire avec soin des types que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Tel est même l’enthousiasme de plusieurs artistes pour les œuvres du XIII® siècle , qu’ils vont jusqu’à les copier dans leurs défauts, sans les modifier en aucune manière.
On le voit, le sentiment religieux agrandit le génie; l’architecte veut faire une œuvre aussi digne que possible de la divinité : il a compris la vérité de celte parole : L’œuvre que nous entreprenons est grande ; ce n’est point à un homme que l’on prépare une demeure, mais à Dieu lui-même ; comme cet artiste inspiré auquel Salomon confia la construction du temple de Jérusalem , il embrasse tout , il s’occupe des moindres détails, du moindre meuble, du moindre vêlement, comme des parties les plus saillantes de l’édifice.
C’est ce dont nous allons nous convaincre en jetant un coup-d’œil rapide sur quelques détails d’ornementation de la cathédrale. Nous avons cru devoir en faire l’objet d’un article spécial, pour ne pas embarrasser la description de chacune des parties de l’édifice. Plusieurs de ces détails, d’ailleurs, appartenant en même temps, et à l’extérieur, et à l’intérieur, ne pouvaient être convenablement traités qu’au moment où nous terminons notre étude de l’intérieur de Notre-Dame.
DÉTAILS d’ornementation. — FLORE.
DÉTAILS D’0Pu\EMENTATI0.\ A L’EXTÉRIEUR ET A L’IXTÉRIEUR.
Dans cet article, nous ferons connaître l’ornementation produite dans le monument par la flore, par les animaux, les clochetons, les pinacles, les dais, les corniches, les moulures, les crochets ; nous ajouterons quelques mots sur les peintures anciennes que le temps a détruites.