‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 15 sur 257 · MATTH..XIX · texte numérisé non relu

MATTH..XIX

La parabole des vierges folles et des vierges sages est placée, dans l’évangile de saint Matthieu, au chapitre où est prédit le jugement dernier ; la troisième gorge , contre le tympan , nous en donne le détail. On sait quel fréquent usage la sculpture chrétienne a fait de cette parabole des dix vierges.

Dans le cordon de droite sont rangées les vierges sages. Elles ont toutes un maintien modeste et chaste; leur tête est couverte d’un voile ; elles tiennent d’une main une lampe (1) d’où s’échappe une flamme brillante qui doit éclairer le retour de l’époux ; dans l’autre main, elles ont un livre : elles prient et nous donnent ainsi l’exemple de la vigilance et de la prière. Au-dessus d’elles , est un temple ouvert, où se trouve l’époux (Jésus-Christj : il tend les bras aux vierges sages, et les invite à entrer dans la salle des noces (2).

A la gauche de Jésus-Christ , sont les cinq vierges folles. Elles n’ont pas le manteau , emblème d’une modeste pudeur ; elles tiennent leurs lampes renversées , manière aussi ingénieuse que simple d’expliquer le texte biblique : « Les cinq vierges folles ne prirent point d’huile avec » elles (S). »

De même que les vierges sages se font reconnaître par leur chaste simplicité , de même on distingue les vierges folles à leur mise mondaine : elles sont cependant couronnées , pour indiquer qu’elles n’ont pas encore perdu la chasteté.

Au-dessus de ces vierges se trouve aussi un temple, mais

(1) « Ornaverunt lampadës suas. » (Matth., XXV, 7.)

(2) « Quæ paratæ eraut, intraverunt cum eo ad nuptias. »

(Matth., XXV, 10.)

(3) « Quinque fatuæ. . . . uon sumpserunt oleum secum. »

(Matth., XXV, 3.)

r Sarcophage [tympan du portail nord]. — 2<> Temple fermé [voussure du portail nord]. Porte d’Enfer.

PORTAIL NORD. — VOUSSURE DE LA PORTE d’eNFER. 55

il est fermé par un énorme verrou. 11 est surmonté d’un petit ange qui leur montre, sur un listel déroulé, ces paroles terribles : « La porte est fermée; je ne vous connais )) pas (1). »

Il était impossible de mieux traduire sur la pierre le texte sacré : « Le royaume des cieux est semblable à dix i) vierges qui, prenant leurs lampes, allèrent au-devant de » l’époux et de l’épouse. Cinq d’entre elles étaient folles et » cinq sages. Les cinq folles, ayant pris leurs lampes, ne î prirent point d’huile avec elles. Les sages, au contraire, D prirent de l’huile dans leurs vases. Or, l’époux tardant i> h venir, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Sur » le minuit, on entendit un grand bruit : Voici l’époux » qui vient, allez au-devant de lui. Aussitôt les vierges se » levèrent et disposèrent leurs lampes. Mais les lolles » dirent aux sages ; Donnez-nous de votre huile, nos » lampes s’éteignent. Les sages leur répondirent : De penr » que nous n’en ayons pas assez pour vous et pour nous, » allez plutôt à ceux (jui en vendent , et achetez ce » qu’il vous faut. Mais, pendant qu’elles allaient en » acheter, l’époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrè- » rent avec lui, et la porte fut fermée. Enfin, les autres » vierges vinrent aussi, et elles dirent : Seigneur, ouvrez - » nous. Mais il leur répondit : En vérité, je vous le dis , » je ne vous connais pas. Veillez donc, parce que vous ne » savez ni le jour ni l’heure où le Fils de l’homme doit )) venir (2). »

Après nous avoir effrayés par les peintures du jugement , l’artiste a voulu nous pénétrer de cette pensée que nonseulement le jugement sera terrible, mais encore que nous devons nous tenir toujours prêts , pour ne pas avoir à

(1) « Clâusa est janua. .... Nescio vos. » (Matth., XXV, 10 et 12.)

(2j S. Matthieu, XXV, 1-13.

enlendre, un jour , les redoutables paroles adressées aux vierges folles.

30 Rose placée au - dessus du portail nord. — Les statues qui embellissent les contours de celte rose, rappellent l’hisloire d’Adam , d’Eve et de leurs premiers enfants. Dans une église consacrée à la seconde Eve, l’artiste ne pouvait oublier l’histoire du premier Adam et de la première Eve. Et si le fronton qui s’élève au-dessus de cette rose, et qui fut refait après l’incendie de 1481 , reproduit le sujet qui existait primitivement , nous admirerons l’ingénieuse pensée de l’architecte , qui aura voulu établir un l'approchement entre l’ange qui vient annoncer à Marie qu’elle sera la mère du second Adam , réparateur de la faute du premier, et le serpent qui vient tenter la première Eve pour la faire tomber. Nous admettrions d’autant plus volontiers cette hypothèse, qu’autrefois on représentait souvent le serpent parlant à Eve (Æva), et, en regard, l’ange saluant Marie : Ave. C’est l’interprétation de celte hymne liturgique : Mutans Ævæ nomen (Ave, Æva).

Si nous commençons à gauche, en allant de bas en haut, nous rencontrons , au bas de la rosace , Adam , plus grand que nature , parfaitement formé , parfaitement beau. Il est revêtu d’une longue robe; il a dans sa main le fruit fatal , qu’il considère avec une curiosité mêlée de crainte.

Cette statue , qui rappelle et l’innocence et la faute , ouvre la série des groupes que nous allons étudier , et où nous verrons successivement Adam créé dans l’innocence, Adam heureux, Adam coupable, Adam puni par le Seigneur.

Suivons, avec l’imagier de Notre-Dame , le récit de la Genèse : « Dieu forma l’homme de la poussière de la terre,

PÜUTAIL NOKU. — STATUES DE LA KUSACE. 57

» et répandit sur son visage un souffle de vie, et l’homme » devint vivant et animé (1). »

En effet, Adam apparaît sortant des mains de Dieu. Adam est assis dans le paradis. « Le Seigneur prit » l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden, afin qu’il D le cultivât et le gardât (2). »

x\u quatrième rang, Adarn^ à demi couché, dort d’un profond sommeil ; Dieu lui tire une côte dont il forme sa compagne, la mère de tous les hommes (3).

Au-dessus de ce groupe, Dieu est assis, tenant un livre et parlant à nos premiers parents : « Dieu fit un commande- » ment à l’homme et lui dit : Vous pouvez manger de D tous les fruits du jardin, mais ne mangez pas de celui de » lasciencedubien etdu mal (4). »

Adam et Eve sont sous un arbre touffu ; la femme cueille le fruit défendu. « La femme considéra que le fruit » était bon à manger, et qu’il était beau et agréable à la » vue; et en ayant pris, elle en mangea, et en donna à son » mari; et il en mangea aussi (5). »

Adam et Eve entendent la voix du Seigneur; ils cachent leur nudité avec une feuille de figuier , et regardent en arrière. Ce groupe rappelle leur expulsion du paradis ter-

(1) « Forinavit igilur Dominas Deus hominem de limo terræ, et inspi- » ravit in faciem ejus spiraculum vitæ, et factus est homo in animam » viventem. » {Genèse, II, 7.)

(2j « Tulit ergo Dominus Deus hominem, et posait eum in paradiso » voluptatis, ut operaretur et custodiret ilium. » II, 15.)

(3j « Cumque obdormisset, tulit unam de costis ejus , et ædificavit. . . . » in mulierem. » {Gen., II, 21, 22.)

(4) (c Præcepitque ei dicens ; Ex omni ligno paradisi comede ; de ligno

» autem scientiæ boni et mali ne comedas. » {Gen., Il, 16-17.)

(5) « Vidit igitur mulier quod bonum esset lignum ad vescendum , et

» pulchrum oculis, aspectuque delectabile ; et tulit de fructu illius , et » comedit; deditque viro suo, qui comedit. {Gen., III, 6,)

reslre. Ils jettent, en s’éloignant, un regard d’amer regret sur ce lieu de délices, d’où les bannit a jamais la justice de Dieu.

Nous voyons, en effet, aussitôt le malheureux Adam qui bêche péniblement la terre ; le sol est aride et dépourvu de végétation (1). « Le Seigneur Dieu fit sortir Adam du jardin d’Eden, pour travailler à la culture de la terre (2). d

Eve, en punition de son péché, doit aussi travailler : elle file une quenouille.

Mais une autre punition lui est réservée : elle doit enfanter dans la douleur, et Dieu multipliera à la fois et sa race et ses peines (3). C’est ce que le sculpteur continue à représenter sur la pierre.

Au chapitre IV de la Genèse^ Moïse nous retrace l’histoire de Caïn et d’Abel : l’imagier reproduit à sa manière le récit de l’écrivain sacré.

Abel offre à manger h une brebis en abaissant une branche d’arbre. Caïn cultive la terre (4) ; du produit de cette terre , il fait un pain qui doit lui servir de nourriture. C’est ce qu’indique ce personnage qui enfourne du pain.

En passant à droite, et allant de bas en haut, nous trouvons, en regard d’Adam, Eve, aussi d’une stature élevée : elle tient dans ses bras un petit dragon qu’elle caresse. Cette ingénieuse idée forme une belle opposition entre Marie et Eve. Au portail principal, nous verrons Marie foulant aux pieds un dragon à tête de femme, qui tient une pomme dans sa

(1) « Spinas et tribulos germinabit tibi. In sudore vultus tui vesceris

» pane. » {Gen., III, 18.)

(2) « Et emisit eum Dominus Deus de paradiso voluptatis, ut operare-

» tur terram « (Gen., III, 23.)

(3) « Multiplicabo ærumnas tuas et conceptus tuos : in dolore paries

» filios. » {Gen.y III, 16.)

(4) « Eratautem Abel pastor ovium,et Gain agricola. » {Gen., IV, 2.)

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