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Calice en or, dit de Saint-Remi

Ce calice est en or pur, relevé d’émaux cloisonnés, de filigranes et de pierres précieuses de toutes formes. C’est un des plus riches modèles de vases sacrés qu’on puisse oflVir, une œuvre rare d’orfèvrerie. Par sa forme courte et large, il ressemble à nos ciboires modernes.

Les émaux sont transparents, d’une finesse surprenante et d’une très-grande variété. Des bandes de filigranes, enrichies de perles, bordent la coupe et le pied du calice, et les divisent, dans la hauteur, en six compartiments. Le nœud qui unit la coupe au pied est rond, recouvert de filigranes, de glands en or et de losanges émaillés. Des pierres en grand nombre enrichissent ce vase antique ; plusieurs sont gravées. On remarque sept émeraudes, six grenats, cinq saphirs, un faux onyx , neuf agates, plusieurs cornalines , une pierre de jaspe, de la lave du Vésuve.

La patène est perdue; elle était également en or.

Ce calice , mentionné dans tous les inventaires du Trésor de la cathédrale de Reims, y fut conservé jusqu’à la Révolution. En vertu du décret de 1792, il en fut enlevé et porté au district. Déposé depuis à la Bibliothèque Royale, dans le Cabinet des Antiques, il fut plusieurs fois réclamé, mais en vain, par Son Eminence le cardinal Gousset.

L’empereur Napoléon III, à son passage à Reims, ayant appris que ce joyau du Trésor était conservé à Paris, le

Ce bâtou de saint Remi était long de trois pieds; il se divisait en trois parties; il était enrichi d’une feuille d’or, "t Mais, ajoute Marlot, » il n’était pas d’une grosseur suffisante pour avoir servi de soutien en » la vieillesse de saint Remi. »

Un troisième bâton, que saint Basle avait laissé en mourant, fut depuis conservé comme une relique.

fit rendre à la cathédrale de Reims. Le 19 Mars 1861 , Monseigneur d’Adras, aumônier de Sa Majesté, le remit lui-même à Son Eminence, en présence du Chapitre de la métropole, des autorités de la ville et du conseil de fabrique (1).

Ce calice appartenait réellement à la cathédrale de Reims. Aucun doute ne peut s’élever, si l’on consulte les inventaires de l’église , et l’inscription gravée sur le pied est elle-même une preuve péremptoire.

L’inventaire de 1669 mentionne un calice de sainct » Remy, de fin or, garni de plusieurs pierres précieuses, » tout à l’entour d’iceluy, avec une platine aussi d’or, » faicte en l’année 1367 , l’ancienne ayant été perdue. » Les dicts calice et platine pèsent ensemble six marcs et » six onces et demie. Sur le pied est l’inscription suivante : » Quicumque, hune, calicem. invadiaverit. vel. ab. hac. » ecclesia. Remensi. aliquo. modo, alienaverit. anathema. » sit. Fiat. Amen. »

Il n’a jamais été vendu, puisqu’il est encore porté dans l’inventaire dressé au moment de la Révolution, en 1790, par ordre de la Constituante.

C’est donc à tort que certains écrivains, trompés par cette dénomination : calice de saint Remiy ont écrit qu’il appartenait à l’abbaye ou h l’église consacrée à ce saint , archevêiiue.

F^ourquoi ce joyau est-il appelé calice de saint Remi dans tous les inventaires ?

Nous croyons que cette désignation rappelle l’origine du calice. Il a probablement été exécuté au XIR siècle, pour

(I) Ce joyau a été gravé par W. Guillaumot, d’après un dessin de M. Henri Gérente , et publié dans les Annales de M. Diilron '(t. II, P- 363). Des planches mises en rouleur ont été tirées à part.

TUÉSOR DE NOTRE-DAME

remplacer un vase légué par saint Remi à son église de Reims. On trouve la trace de celte donation dans le testament du saint prélat : « Le roi Clovis, d’illustre mémoire,

J) dont j’ai parlé souvent, et que j’ai tenu sur les fonts de I) baptême, comme je l’ai dit [>lus haut, a daigné me a donner un vase d’or de dix livres pour en faire ce que » je jugerai à propos. J’ordonne qu’on en fasse pour toi,

» ô mon héritière, un ciborium en fortne de tour et un U calice orné de ligures, et je veux qu’on y place l’inscrip- » tion que j’ai fait mettre sur un calice d’argent de » l’église de Laon. Ce (jue je ferai, si je vis assez long- M lenq)s ; et si je meurs, c’est vous , ô Loup, évêque, )) fils de mon frèie , qui, par respect pour la dignité » épiscopale, vous chargerez de ce soin. »

Si ces volontés de saint Remi ont été suivies, Notre- Dame posséda un ciborium ( ciboire pour conserver le Saint-Sacrement) cl un calice donnés par le saint évêque.

Le calice, exécuté au siècle, portail une inscription, des ligures et des caractères archéologiques (]ui ne permettent pas de le confondre avec celui (jue nous possédons (1 ). Marlol, d’ailleurs, s’appuyant sur le témoignage de Flodoard , affirme que le calice mentionné par saint Remi, fut vendu pour le rachat des captifs sous les Normands.

Restait le ciborium. Nous serions assez portés à croire qu’il servit à exécuter, au XIR siècle, le calice qui vient de nous être restitué. A celte époque, sous l’archevêque Guillaume aux Blanches-Mains, Alexandre, archidiacre de Reims, lit don (1194) d’un vase d’argent doré pour y conserver le Très-Saint Sacrement au-dessus du grand-

(1) L’ins(;ription du calice de Laon, reproduite sur celui que légua saint Remi à sa cathédrale, était ainsi conçue :

llauriat hinc populus vitaui de sanguine sacro

Injecto æternus quem fudit vulnere Christus.

Reniigius reddit Domino sua vota sacerdos.

(Flodoard. chap. X.)

autel. Le ciborium de saint Remi, devenant inutile, fut sans doute converti en calice.

Ce précieux joyau servait h tous les sacres des rois. Sur la patène, on mélangeait le saint-chrême avec le baume de la Sainte-Ampoule, et dans la coupe , le roi, après la messe , communiait avec l’archevêque sous l’espèce du vin.

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