PORTAIL NORD. — GALERIE DES PROPHÈTES
sept grandes statues représentant les prophètes de l’ancienne loi ; ils ont les pieds nus (1 ) ; ils tiennent des listels ou phylactères enroulés ou déroulés (2); des anges émergent des nuages au-dessus de leurs têtes, et viennent les inspirer.
Le premier de ces prophètes tient à la main une verge droite et heurie. Serait-ce Isaïe, annonçant la naissance de cette vierge qui doit sortir de la lige de Jessé, et produire une fleur, gage de salut pour le monde (3)? Serait-ce Jérémie, selon celle autre parole des livres saints : a Le Seigneur me dit : Que voyez-vous, Jérémie? Je lui » répondis : Je vois une branche d’amandier qui se hâte. » C’est-à-dire, selon la signification naturelle du mot, qui se hâte de porter des fleurs et des fruits. Nous inclinerions vers la première intei'prélalion : le portail nord retrace l’annoncialion du grand mystère de l’Incarnation (4).
Le deuxième prophète tient un livre au lieu de rouleau; il n’a aucun autre signe bien distinctif.
Dans la main du troisième prophète est un objet dont la partie supérieure a été restaurée ; le bas a la forme
(1) Nous ferons remarquer ici une fois pour toutes que les patriarches, les apôtres ne marchaient point les pieds absolument nus, mais qu’ils portaient des sandales ; cependant le sculpteur a souvent négligé les liens ou courroies qui rattachaient aux pieds ce genre de chaussures.
(2) Les prophètes portent des rouleaux, les apôtres des livres. Pourquoi cette différence? « C’est, dit Guill. Durand, pour indiquer que la » science des premiers était imparfaite, implicite, non développée. Les » apôtres, au contraire, instruits par Jésus-Christ , ont des livres, parce » qu’ils ont une connaissance parfaite de la religion. »
Ajoutons, cependant, que les apôtres qui n’ont point laissé d’écrits, évangiles ou épitres, peuvent également être représentés avec des listels enroulés ou déroulés.
(3j « Egredietur virga de radice Jesse, etflosde radice ejus ascendet. »
(Isaïe, XI, ^ .)
{l) « Et factum est verbum Domini. . , ad me dicens: Quid tu vides? » Et disi : Virgam vigilantem ego video. » (Jérémie,!, 11.)
J’un manche recourbé, propre à recevoir une lame de couleau. (Nous ne pouvons mieux comparer cet objet qu’à un couleau de jardinier.) Serait-ce le rasoir tranchant dont il est question dans Ezécbiel ? a Et vous, fils de l’homme, » prenez un rasoir tranchant , faites-le passer sur votre » têle et votre barbe, pour en raser tous les poils, et )) prenez un poids et une balance pour les partager (i). »
Le quatrième, le cinquième et le sixième portent un listel enroulé.
Le septième personnage tient une plaque de forme ronde, qui, peut-être, figure la lune ou le soleil privé de ses rayons. Si le premier prophète est Jérémie, nous verrions Isaïe dans cette figure parallèle , et nous appliquerions à cet emblème le passage suivant du prophète : « Les étoiles » les plus éclatantes ne répandront pas leur lumière; le » soleil, à son lever, sera couvert de ténèbres, et la lune )) n’éclairera plus (2). » Si l’on ne veut pas reconnaître Ezécbiel dans le troisième personnage de la galerie, on pourrait croire que le sculpteur l’a désigné ici par la plaque de fer ronde que Dieu lui avait ordonné de prendre : c( Prenez une plaque de fer, et vous la mettrez comme un )) mur de fer entre vous et la ville ; puis regardez la ville D d’un visaore ferme : elle sera assiée:ée, et ce sera là un » signe pour la maison d’Israël (3). »
On le voit, notre hésitation est grande pour spécifier le nom de chacun de ces prophètes : l’imagier, cependant,
(1) « Et tu, fili hominis, sume tibi gladium acutum, radentem pilos : » et assumes eum, et duces per caput tuum , et per barbam tuam; et » assumes tibi stateram ponderis, et divides eos. « (Ezéchiel, V, 1.)
(2) « Quoniam stellæ cœli et splendor earum non expandent lumen
» Simm; obtenebratus est sol in ortu suo, et luna non splendebitin lu- » mine SUO- « (Isaïe, XIII, 10.)
(3) « Et tu sume tibi sartaginem ferream, et pones eam in murum fer- » reuin inter te et civitatem, et obfirmabis faciem tuam ad eam, et erit
in obsidionem, et circumdabis eam : signum est domui Israël. »
( Ezéchiel, IV, 3. }