PORTAIL NORD
avait en vue quelque endroit de leurs écrits, dans les attributs qu'il leur assigne.
Ces statues sont bien drapées et témoignent des progrès rapides que l’art de la statuaire avait déjà faits au XIII^ siècle.
50 Fronton. — Ce pignon n’est j)lus le pignon primitif du portail : il a été relevé après l’incendie de 1481. Toutefois, le sujet qui y est représenté et qui, sans doute , se trouvait sur le fronton antérieur, est en harmonie parfaite avec les sujets représentés dans la rose centrale. La chute de nos premiers parents, cette faute heureuse, suivant l’étrange expression de la liturgie, amène naturellement Tincarnation du Verbe, et le fronton que nous étudions en ce moment est ronsacré à l’Annonciation de la Sainte-Vierge.
Comme exécution, il laisse à dèsirei’. On y reti-ouve une de ces idées d’artiste quelque peu ignoi’ant, (pii fera peutêtre sourire. Marie est en prière ; elle récite son chapelet !!! Pour expliquer cet oubli de l’imagier sculpteur (nous ne le justifions pas), nous rappellerons qu’au temps où ce portail fut primitivement construit, la dévotion du chapelet était naissante. L’hérésie des Albigeois avait promené ses ravages dans tout le midi delà France ; et saint Dominique opposait aux progrès de l’erreur la sainte dévotion du Rosaire. Albéric de Humbert, le fondateur de Notre- Dame de Reims , est l’ami de saint Dominique; lui-même partit pour la croisade contre les Albigeoisr : l’artiste n’a-t-il pas voulu se rendre agréable à l’archevêque et donner un gage de son amour pour le Rosaire ?
L’archange Gabriel annonce à Marie qu’elle sera mère de Dieu ; la branche de lis qu’il tient à la main, figure la virginité de Marie dans la conception de son divin fils.
Un vase de lis est auprès de l’auguste Vierge ; au-dessus, on aperçoit le Saint-Esprit qui descend sous la forme d’une colombe, et, plus haut, le Père éternel, couronné, contemple
celle scène du haut des cieux, figurés par des nuages.
Ce mystère étant un des points principaux du dogme calliolique, le génie de l’arlisle catholique s’est déployé, pour rendre saisissable la narration si simple et si noble tout ensemble de l’écrivain sacré. En réalité, dans l’Evangile, l’ange cl Marie sont les seuls personnages de celle scène, l.e Saint-Esprit est annoncé comme devant venir (1). ii’imagier le représente comme descendant ; celle légère torture donnée au texte est légitimée par un long usage. Nous admirons fidée heureuse et peu i.milée depuis, j)ar laquelle notre artiste fait intervenir Dieu le père, et réunit ainsi dans celte circonstance les trois personnes de l’adorable Trinité.
Deux clochetons accompagnent ce [>ignon : on y voit, à gauche, saint Michel terrassant le démon ; à droite, un autre ange comhallant également l’esprit inlernal. C’était dignement terminer la représentation du grand mystère de riiicarnalion, où le Verbe fait chair vient détruire l’empire du démon.
Sur le rampant du pignon, des statues montent et descendent : elles sont si mutilées, qu’on ne peut les reconnaître.