AUTHENTICITÉ DE LA SAINTE-ÉPINE, DE REIMS
devaient le rendre, si jamais le monastère de Saint-Pierre était rétabli à Reims ; de plus, il était clairement spécifié que la sainte relique ne sortirait point de notre ville.
Les années s’écoulèrent : la sainte relique recevait dans la chapelle de Saint-Marcüul les pieux hommages des fidèles ; elle était pour fliospice la source de nombreuses bénédictions. Cependant l’abbesse de Saint-Pierre n’était plus depuis longtemps, l’antique monastère avait été vendu, l’église détruite, les religieuses dispersées; aucun espoir ne restait de relever la communauté, fondée au VII« siècle par sainte Bove, et honorée par la présence de tant de princesses-
Les dernières religieuses, fidèles à leur vocation, voulurent entrer dans d’autres monastères ; deux d’entre elles, M""* Parmentier et Lefort, se présentèrent à Paris, chez les Dames du Saint-Sacrement, annonçant le trésor qu’elles possédaient et dont elles enrichiraient leur nouvelle demeure : on les accueillit avec joie , elles et la sainte relique qu’elles promettaient. Elles se hâtent de revenir à Reims, se présentent à Saint-Marcoul, et réclament l’épine sacrée. La supérieure de l’hospice demande un délai d’un jour, en réfère à M. Delaunois , et fait avertir M. Rondeau. Le vicaire général s’oppose à l’enlèvement du précieux trésor. L’affaire est portée par les Dames de Saint-Pierre devant le juge-de-paix. Ce magistrat renvoie l’affaire au jugement du vicaire général.
Sur ces entrefaites, Monseigneur de Coucy arrive à Reims (Décembre 1821) : les Dames de Saint-Pierre vont lui offrir, pour sa cathédrale, la relique vénérée ; les religieuses de Saint-Marcoul se désistent en faveur de Notre-Dame. Le jour des Rameaux (1822), la procession faisant, dans la maison de Saint-Marcoul, la station où l’on chante l’évangile (1), l’archevêque reçoit lui-même la Sainte-Epine et la transporte solennellement à la cathédrale, où, depuis cette époque, elle est conservée dans le Trésor. Elle en est tirée, pour être exposée publiquement à la vénération des
(1) La révolulio» de 1793 ayant détruit plusieurs des églises où se faisaient les stations du dimanche des Rameaux , mentionnées à l’article Usages, t. p. 356, le parcours de cette procession solennelle avait été modifié ; la chapelle de saint-Marcoul fut choisie pour la station principale.
fidèles, le Jeudi Saint et le Vendredi, et lous les Vendredis du Carême .
L’hospice de Saint-Marcoul possède une pièce authentique, signée par Monseigneur de Coucy, constatant le soin avec lequel les Dames de cette communauté ont conservé le reliquaire de la Sainte-Epine, provenant de Saint-Pierre-les-Dames.
Nous la transcrivons ici en partie :
« Jean-Charles, par la grâce de Dieu, archevêque de Reims ... » Nous vous faisons savoir que, quand l’insigne église du monas- )) tère de Saint-Pierre-les-Dames fut détruite, tout le reste ayant )j été enlevé par la violence et l’impiété, on fut assez heureux pour » conserver un petit vase de cristal de roche, en forme de fiole, » orné d’un grand nombre de rubis et de perles, posé sur un » pied d’or, au-dessus duquel se trouve un ange émaillé en blanc, » les ailes étendues, qui tient une couronne d’épines ; dans lequel » vase est renfermée une épine de la couronne de Notre-Seigneur,
que Sa Majesté Très-Chrétienne Henri 11, roi de France, avait » jadis donnée à dame Renée de Lorraine, abbesse dudit monas- D 1ère de Saint-Pierre-les-Dames, première de ce nom. Madame » de Thémines, dernière abbesse des susdites dames, vint à bout )) de soustraire ces précieuses reliques à la profanation des impies, » quand elles furent contraintes d’abandonner leur monastère : » elle les laissa ensuite en mourant à sa sœur de même nom, » prieure de la dite abbaye : celle-ci , à son tour, sur le point de » mourir, les transmit à dame Geneviève Fournier de Saint-Romain, » autre religieuse de Saint-Pierre, dans les mains de laquelle elles » furent religieusement conservées jusqu’en 1812. Or, cette même j) année, la dite dame Geneviève Fournier, et autres anciennes » dames de Saint-Pierre, savoir: Marguerite Besançon, Jacqueline » Parmentier, Barbe-Ismérie Bon, toutes religieuses professes, et » Marie-Rose Frère, sœur converse de la dite abbaye, jusque là » survivantes et demeurantes ensemble , à Reims, dans la rue » vulgairement appelée le Bourg-Saint-Denis, ayant résolu de » confier, en forme de dépôt, ce même vase si précieux à nos chères » filles les sœurs qui servent le Seigneur dans l’hôpital de Saint - 3> Marcoul , pour être conservé plus sûrement dans la chapelle; » alors M. Marie Rondeau, jadis chanoine de l'église métropolitaine