‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 23 sur 257 · ICONOGRAPHIE DU PORTAIL SUD. — FRONTON · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE DU PORTAIL SUD. — FRONTON

dans un devis de 1492, sous le nom de galerie des Sept- Sages. Noire interprélalion nous paraît plus exacte et plus en rapport avec l’ensemble du portail.

Ces grandes statues, d’un travail très-remarquable, ne se distinguent par aucun caractère particulier. Chaque prophète lient un listel, et écoule la voix de l’ange qui lui parle du haut des deux, figurés par des nuages.

Rajqielons ici que cette galerie n’est point primitive ; détruite complètement par l’incendie de 1481, elle lut réparée vers 1500, ainsi <|ue le pignon (jui la surmonte. Nous avons, dans la première partie de cet ouvrage, indiqué les noms des maîlres-és-œuvres cl le procès-verbal des travaux dressé en 1505.

îjo Fronton. — Le fronton du portail sud est consacré à rx\ssomplion de la Très-Sainte Vierge (1). Marie s’élève vers le ciel ; deux anges couronnent leur reine, pendant que quatre messagers célestes la soutiennent sur leurs ailes (2). Ses pieds posent sur le croissant de la lune, placé lui-même sur une branche de lis. L’Eglise applique à Marie ces paroles de l’Apocalypse : a Un grand signe » apparut dans le ciel : une femme était revêtue de l’éclat V du soleil; la lune brillait sous ses pieds; autour de sa » tête resplendissait une couronne de douze étoiles (3). o L’artiste a eu l’ingénieuse idée de faire reposer la lune

(1) C’est la foi de l’Eglise catholique que Marie mourut, mais que, par un privilège dû à cette auguste Vierge, son corps fut préservé de la corruption du tombeau et n’attendit point, pour ressusciter, le jour de la résurrection générale. Marie reçut sur-le-champ la récompense complète que méritent sa haute dignité et scs vertus si excellentes.

(2) L’église grecque fait profession de croire que le corps virginal de Marie fut enlevé par les anges dans les célestes demeures.

(3) « Signum magnum apparuit in cœlo : Mulier ainicta sole et luna '» sub pedibus ejus, et in capite ejus corona stellarum duodecim. »

{Apoçal^X%.)

sur une branche de lis : toute la gloire dont Marie est honorée, vient de cette virginité qui Ta rendue si agréable aux yeux de Dieu, et qui a fait dire à un Père de l’Eglise , qu’elle fut la cause qui lui mérita de concevoir le fils de Dieu : Virginitate concepit.

Dans les clochetons des angles, sont deux personnages tellement mutilés, qu’ils ne présentent plus aucun caractère distinctif.

40 Sagittaire. — Cette partie de l’édifice est surmontée d’un sagittaire , qui bande son arc et s’apprête à décocher un trait sur le palais archiépiscopal.

Les uns voient dans ce sagittairé un des douze signes du zodiaque; d’autres, amateurs de la mythologie y découvrent Chiron le centaure ; d’autres , Probus, fils d’Euphème, nourrice des Muses. Povillon le prendrait volontiers pour une constellation australe , à raison de son exposition au midi. Un grand nombre de critiques croient y reconnaître une idée toute démocratique du sculpteur, qui, à cette époque^ ne craignait pas de lancer des épigrammes contre les grands, les rois et même contre les princes de l’Eglise.

Pour nous, prenant les choses plus au naturel, nous croyons tout simplement que ce sagittaire lance une flèche sur le cerf d’airain placé autrefois par Gervais, dans la cour du palais archiépiscopal (i).

(1) Gervais, ancien évêque du Mans, puis archevêque de Reims, aimait tellement la chasse, que, en mémoire des grandes forêts du Mans, il fit placer au milieu de la cour du palais archiépiscopal un énorme cerf d’airain, avec cette inscription :

Dum Cenomanorum saltus lustrare solebat Gervasius, cervos tune sufficienter habebat.

Hune, memor ut patriæ sit semper, condidit ære.

« Quand Gervais parcourait les forêts du Mans , il y trouvait de » nombreux cerfs. Il a fait fondre celui-ci. afin de lui retracer sans cesse le » souvenir de son pays. »

STATUAIRE DES PORTAILS DU TRANSSEPT. 7o

« Ce cerf, au sacre des rois, dit Dallier, était transféré » au parvis ; on l’emplissait de vin qui devait couler à » l’entrée du roi. Ce meme cerf^ dit Paris {Remens ianà) , » servait, aux temps ordinaires, d’ignominieux échafaud, » sur lequel étaient placés les condamnés. »

On conçoit facilement que l’artiste auquel on commanda le sagittaire ait fait décocher une flèche contre Panimal , dont la vue était fort peu agréable au peuple rémois.

Ce sagittaire, détruit en 1481, refait à deux reprises, comme nous l’avons dit dans l’historique, fut définilivemeiit posé en 1502. Un siècle et demi plus tard, en 1641, le cerf de Gervais fut placé sur la place du palais ; en 1687, Charles-Maurice Le Tellier en ordonna la suppression : le sagittaire n’en demeura pas moins l’arc bandé, et l’on a cru que sa flèche était décodiée contre les archevêques, habitants du palais.

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