STATUAIRE DES PORTAILS DU TRANSSEPT
Avant de passer au portail principal, qu’il nous soit permis de nous arrêter un instant, et d’apprécier la beauté des statues que nous venons de décrire dans les deux portails du transsept.
Nous ne prétendonspas les trouver toutes irréprochables. Plusieurs rappellent encore la fin du XII® siècle ; mais l’art est dans une voie de progrès. Les bustes sont allongés, les têtes grosses, les yeux saillants et fendus, la barbe sculptée brin à brin, les cheveux bouclés ou ondulés avec minutie et retroussés à leur extrémité, les sourcils arqués ; le plus souvent, les corps sont sans mouvement, les draperies raides , sans ampleur et plissées avec régularité. La perspective n’est conservée ni dans les pieds , ni dans les genoux ; les figures sont très-ouvertes, pour éviter la dif-
ficullé des raccourcis; enfin, les types sont à peu près uniformes dans les traits du visage, la tournure et le costume des personnages différents.
Mais, à part ces caractères, que nous retrouvons dans les statues des apôtres, à la porte d’Enfer, dans les grandes statues de la porte principale ouvrant sur le préau , et dans quelques petites figures des tympans, l’ensemble de la statuaire du portail nord et du portail sud atteste un art déjà bien avancé. Qui n’admire, en effet, les prophètes des galeries supérieures, les statues d’Adam et d’Eve, de l’Eglise et de la Synagogue ? Dans ces dernières, surtout, on est frappé de l’élancement de la taille humaine, auparavant si trapue et si lourde : elle devient naturelle , svelte, et tend à cette élévation hors de mesure qu’elle doit bientôt avoir, et qu’on reprocherait à l’école ogivale, si l’on ne savait que cette forme est l’expression d’une idée symbolique.
L’impression que produisent les grandes statues de cette partie de l’édifice n’est pas moins forte quand les regards s’arrêtent sur les figurines suspendues, d’étage en étage, dans les voussures et dans les tympans des portes. Leurs poses sont variées, leurs allures naturelles ; la mollesse des draperies, la délicatesse des traits, le fini de l’exécution, la naïveté, la candeur de l’expression, les rendent dignes de servir de modèles même à nos artistes modernes. Le martyre de saint Nicaisc, la naissance de saint Demi, les scènes du jugement, les vierges sages et les vierges folles justifient notre appréciation.
Nous ne parlons pas de la richesse des costumes, du bon goût des objets mobiliers dont sont couverts les murs du portail nord. Les reliquaires, les couronnes, les livres, les encensoirs, les croix, les sceptres, sont des spécimens précieux en ce genre, que l’on retrouverait difficilement ailleurs. Nous les décrirons dans l’article consacré à l’ornementation de Notre-Dame. Dans les vêtements, qui sont
[‘ÜIITAIL OCCIDENTAL.
ordinaircmenl la lun'Kjue cl le manteau brodés de perles, de galons rehaussés de pierreries , on sent l’influence byzantine, fjui, au Xlll^ siècle, se répandait en France par l’envoi non interrompu de reliquaires, de manuscrits, d’étolTcs et de peintures. Nous ne nous arrêterons pas ici à examiner les costumes de celle époijuc ; nous avons promis d’en faire une description détaillée aux pièces justificatives. Nous arrivons au portail principal de Notre-Dame.