‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 34 sur 257 · II. PORCHE DE GAUCHE · texte numérisé non relu

II. PORCHE DE GAUCHE

De l’arcade centrale du portail, nous nous dirigeons, vers la gauche, au porli(jue consacré à Notre-Seigneur .lésus-Chrisl. Nous allons être témoins de la vie publique du Sauveur : sa vie privée, son enfance se trouvaient représentées, en meme temps que la vie de la Très-Sainte Vierge, dans la partie du milieu.

Ce sujet est presque toujours sculpté sur la façade occidentale, de toutes les grandes églises, et le R. P. Cahier en donne la raison symbolique : « Du côté de l’occident, 5 dit ce savant écrivain, coté de l’ombre, du sommeil et » de l’ignorance des choses divines, l’Eglise doit faire luire » le flambeau de l’Evangile et de la foi; il faut qu’elle y » fasse retentir bien haut le signal’ du réveil, et qu’elle ») arbore les fanaux du ralliement pour le voyageur égaré » par les ténèbres... Celle façade de l’èdifice doit donc » rappeler les notions fondamentales de l’enseignement » chrétien, et surtout présenter à nos regards celui qui » est la voie, la vérité, la vie; celui qui est l’unique entrée » à la science divine, et à la gloire qui est le terme (1). »

(I) Mêlantjes il'arrliroloffif, [. I, p. SI.

GRAND r*OllTAIL. — PORCHE DE GAUCHE. — PAROIS. 9U

Parois. — Sur les ébroscmenls de la porte, et comme base de la voussure, l’artiste reproduit et complète ce (ju’il a déjà représenté à la porte centrale du portail nord : les pontifes de celte Eglise et les martyrs dont le sang a coulé pour le peuple de Reims (1). Ces statues colossales, de neuf pieds et demi de hauteur, sont au nombre de onze.

A gauche, nous verrons deux anges, saint Nicaise, saint Remi accompagné de sa mère et de l’un de ses disciples ; à droite , les compagnons de saint Nicaise , saint Rigoberl peut-être, et un autre personnage.

La première statue est un ange tenant une navette : il a les ailes étendues et semble inviter saint Nicaise à le suivre ; la tête du martyr est tranchée à la hauteur du front. Le saint évêfiue est en chasuble ; au portail nord, il était revêtu de tous les ornements pontificaux. — Un second ange agite un encensoir; il a les ailes étendues comme celui qui lui fait pendant. (Au portail nord , près de saint Nicaise, est un ange balançant son encensoir; celui qui porte la navette est en face, à coté de saint Remi.) — Dans la quatrième statue , qui nous représente une femme n’ayant aucun signe caractéristique, nous reconnaîtrions volontiers la mère de saint Remi , sainte Cdlime, — Prés d’elle est le saint évêque en chasuble, la mitre en tête, la crosse à la main. — Le sixième personnage est un des disciples de saint Remi ; soit saint Vaast, qui contribua aussi par ses instructions à la conversion de Clovis, et devint ensuite évêque d’Arras; soit saint Thierry , ce diacre chéri de l’apôtre des Francs, et qui^ retiré sur le mont d’Hor, près de Reims, y fonda un monastère célèbre.

(1) M. Povillon voit dans ces statues des abbés, un roi, une reine, une vierge, un ange ailé, quelques évêques et des martyrs.

Au-dessous de ces six statues, se trouvent des personnages accroupis , sans caractère distinctif. Sous saint Remi, nous voyons un horrible démon : c’est un souvenir de cet esprit mauvais chassé par le saint évêque du corps de la possédée de Toulouse; peut-être est-ce une allusion à la conversion des Francs : saint Remi écrasa dans les Gaules le démon de l’idolâtrie.

A droite en entrant, et à [)arlir de la porte, le cordon des grandes statues se continue par celles des conipagnons de saint Nicaise : saint Florent, diacre, vêtu d’une longue tunique; il porte d’une main le livre des Evangiles, et de l’autre la palme du rnartyi’e. — La huitième statue représente Jocond , le lecteur de saint Nicaise qui fut également martyrisé avec le saint évêque. Il paraît âgé ; il est vêtu d’une robe de lin ; sa main tient un livre fermé ; ses regards sont tournés vers sainte Eutrope , sœur de saint Nicaise. Elle est vêtue d’dne robe reliée à la ceinture par une cordelière qui descend jusqu’aux genoux ; sa tête est couverte d’un voile qui tombe en arrière et la cache entièrement. Sainte Eutrope est toute rayonnante : elle sourit aux compagnons de son martyre, et ne [)eut cacher la joie qu’elle éprouve de mourir pour Jésus-Christ. C’est une des plus belles statues de la cathédrale. Elleditlére de celle qui, au portail nord, représente également la bienheureuse sœur de saint Nicaise. La statue du préau a de la souplesse, il est vrai, et de la vérité dans les draperies, mais la taille est beaucoup trop courte; l’ensemble est lourd et indique le XIRe siècle. Ici , les proportions sont bien gardées , et montrent le progrès de l’art. L’expression du sentiment est aussi différente. -L’artiste du portail nord , saisissant l’instant où sainte Eutrope vient de frapper le soldai barbare , retrace la colère, la douleur dont elle est saisie : ici, c’est le rayonnement du bonheur (I).

(1) M. lleihô {Ihr.u.r-Arts), à (nii nous emprunlons plusieurs de cc>»

GRAND PORTAIL, — PORCHE DE GAUCHE. — PAROIS. îül

Au dixième rang vient un j)ersonnoge velu d’une longue robe et d’un manteau relevé avec une grâce loule [)arliculière. Sa main droite lient un livre. Est-ce un ange? Nous ne le croyons pas; il n’a pas d’ailes. Est-ce un laïque , martyrisé avec le saint évè(iue? Plusieurs auteurs sont de ce dernier sentiment; mais rien n’indique un martyr ; il aurait plutôt les marques (jui distinguent les apôtres : Il a les pieds nus et porte un livre. Ce personnage a la figure jeune et sans barbe. Parmi les disciples du Sauveur, ces traits appartiennent à saint Jean l’Evangéliste. Mais pourquoi cet apôtre isolé, perdu seul dans ce portail? iM. llerbé, en décrivant ce personnage, celle tète belle, régulière , mais sans grande physionomie , y voit un portrait, celui de quelque bienfaiteur insigne de l’église'. Ces derniers mots nous suggèrent une autre interprétation. — Les peintres se sont plus d’une fois représentés eux-rnèmes dans les tableaux religieux (ju’ils croyaient destinés à l’immortalité. N’aurions-nous pas, dans celle statue de l’apôtre saint Jean, le portrait sculpté de rarchitecle qui commença les travaux du portail? il s’appelait Jean ou Jehan Leloup ou Loup , et fut, pendant douze ans, maître des travaux de Notre-Dame.

appréciations artistiques, distingue plusieurs époques pour la sculpture française : la première, qu’il ap|)elle yallo-romaine.

La deuxième, nommée byzantine; il la subdivise en deux périodes : la première sous les Garlovingiens (VIII* et IX* siècle), la deuxième ou gréco-italienne embrasse le X* et le XI® siècle.

La troisième ou école française primitive (XIT siècle). Le sentiment religieux domine; la forme est défectueuse, manque de proportions; les plis ne sont plus perpendiculaires et parallèles.

La quatrième ou école française, style antique (XIII* siècle) se distingue par la noblesse unie à la simplicité; on a pu quelquefois, depuis, l’égaler, mais jamais la surpasser ; et il donne comme type de ce style la cathédrale de Reims dans la plus grande partie de sa statuaire.

La cinquième appelée Renaissance ; plusieurs de ses œuvres se retrouveront dans les diverses arcades de nos portails comme restaurations.

« H serait difficile, ajoute M. Herbe, de citer une statue » antique dont rajustement ail à la lois plus de dignité, » de simplicité et d’élégance. Dans l’antiquité comme de » nos jours,... cette figure aurait été une œuvre très- 7> remarquable. On voit que l’artiste avait compris toute » la sévérité du principe de la statuaire, et qu’il s’est et- » forcé de réunir à un caractère simple et vrai un aspect

M grandiose Les bras paraissent un peu courts, parce

D que l’étroitesse du poi tail où se trouve celte statue ne » permet de la voir (ju’en raccourci, o

La onziéine et dernière statue re[)résenle un évêque. Trois des autels de la cathédrale ayant été consacrés, dés les premiers temps, sous le vocable de saint Rcmi, de saint Nicaise et de saint Uigobcrt , nous avons pensé (jue ce dernier pouvait avoir été figuré au |»ortail par cet évêque, (|ui n’a aucun signe particulier ; à moins que l’on ne voie ici l’arcbcvèque qui existait quand Jean Leloup commença les travaux du portail. Nous n’avons pu préciser celle époque : nous supposerions avec assez de fondement que les douze années de travaux de Jehan Leloup correspondent au pontifical de Richard Piipie [137G à 1380].

2“ CiiAMURANLES. — Lc loiig dcs cliambranlcs de celle porte , seize angc.'^ sont accolés aux parois intérieures , comme pour garder le seuil du temple ; ils sont tellement mutilés (pi’il serait difiicile de désigner leurs attributs. Les deux anges du haut sont à genoux ; l’un tient une couronne, l’autre étend les bras et s’incline profondément vers la terre.

Dans la partie ccUéricfure du chambranle, en face du spectateur, sont placées, les unes au-dessus des autres, seize statuettes assises. Il est à regretter qu’elles soient mutilées, car elles étaient d’un très-beau caractère et parfaitement travaillées. Nous ne pouvons que par analogie donner un nom à ces figurines. A la porte centrale, on a

GRAND PORTAIL. — PORCHE DE GAUCHE. — LINTEAU. I üo

rcprésenlé les travaux de l’année, les occupations manuelles des liommes ; nous supposerions volontiers que les sciences cl les arts sont ici fij^mrcs (1). Un de ces personnages , qui semble com|)ter sur ses doigts, serait la science du calcul.

On les représentait souvent, au Xlll^ siècle, à l’entrée des temples , comme on le voit à Sens, à Amiens, à Auxerre, à Laon, oii ils occupent la meme place, et à Chartres, dans celle cathédrale dont l’iconographie a tant de rapports avec celle de notre hasili«pie ; avouons-le toutefois, nous n’avons reconnu, comme emblèmes de ces figuiines, (;ue des listels, des livres, des tablettes , une croix. Lien ne laisse deviner le serpent de la médecine , la lyre de la musique, le bâton de l’architecture , le compas du géomètre, la palette du peintre, la sphère de l'astronome. xVussi nous n’osons rien aflirmer ; nous ne contredirons pas ceux qui croient reconnaître ici la représentation des sciences et des beaux arts, ces occupations intellectuelles de l’homme , et nous attendrons (jue des yeux plus clairvoyants ipjc les nôtres puissent lire, sur ces pierres, la pensée de l’iconograph e.

30 Linteau. — Ces chambranles nous conduisent tout naturellement au linteau de la porte. Il est orné de quatre groupes séparés, dont le sujet a été interprété par les auteurs d’une manière bien différente. Nous croyons pouvoir contredire les explications ingénieuses qu’a données M. Povillon-Pierrard. 11 voit ici l’histoire de l’incendie de 1481 (2). Dans cet homme tirant une épée, et ayant à ses pieds un personnage à genoux, bien costumé, devant un brasier, symbole de l’incendie, M. Povillon reconnaît la

(1) Sur les jainlxiges «.le l’arcade opposée, nous reconnaîtrons les vices et les vertus.

(2) Voir, dans le volume, la relation de cet incendie.

colère du roi apprenant le désastre de Reims. Le deuxième groupe lui offie un personnage implorant la clémence royale; c’est ou un magistrat de la ville, ou un dignitaire du Chapitre de Reims. A ce personnage succèdent, dans le troisième groupe, des soldats armés de haches et de lances, ou ayant une épée pendant à la ceinture. Enfin, l’édifice qui termine ce linteau serait, aux yeux de M. Povillon, le temple brûlé sous le règne du terrible Louis XL

A cette explication nous aurions plusieurs objections à faire : nous croyons que le portique en question, avec toutes scs sculptures, est du commencement duXVe siècle ou de la fin du XIV^ ; il ne peut donc retracer un évènement arrivé cent ans après. Le temple ici figuré d’après M. Povillon n’a aucun rapport avec la cathédrale de Reims, telle qu’elle était en 1481 ; ce serait plutôt un édifice du VIIP siècle qu’une cathédrale gothique du XlIR.

Aussi, d’autres archéologues combattus par M. Povillon ont-ils vu dans ce linteau le récit du martyre de saint Xicaise, et dans l’édifice sculpté l’ancienne cathédrale, bâtie par ce saint martyr. D’autres , avec M. Tarbé, reconnaissent dans ce monument la cathédrale d’Ebbon, détruite en 1^11, tout en admettant dans le reste du linteau l’histoire de saint Nicaise.

M. Tarbé ajoute que l’interprétation de ces sujets est loin d’être facile; le baron Taylor les déclare intraduisibles.

Longtemps nous avons pensé comme M. Tarbé ; nous admettions que l’iconograpbe, reproduisant les scènes déjà représentées au portail nord, au-dessus de la statue de saint Nicaise, avait voulu figurer ici le martyre du pasteur sacrifié pour désarmer la fureur des Vandales; mais après avoir vu et revu ce linteau, en étudiant simultanément le linteau de l’arcade de droite, nous y reconnaissons l’histoire delà conversion de saint Paul, manifestement continuée dans ce dernier porche. Nous avons été confirmés dans

r.RANO PORTAIL. — LINTEAU DU PORTIQUE DE DROITE. 105

celle idée par le rapprocliemenl établi entre ces deux linleaux et ceux qui sont à l’intérieur, au-dessus des mômes portes, où tout le monde reconnaît le mai*tyre de saint Etienne. Enfin, ce qui a fixé notre opinion, c’est que, dans ces personnages, on peut découvrir un homme renversé de cheval par le feu du ciel, ce (jui ne peut convenir à saint Nicaise.

Voici donc notre interprétation.

Dans le premier grou[)e, deux soldats précèdent Saul ; deux autres le suivent el forment le deuxième groupe. « Cei> pendant Saul, qui ne respirait que carnage et que me- ). naccs contre les ministres du Seigneur, alla trouver le » grand-prclre et lui demanda des lettres pour les syna- » gogues de Damas, afin que s’il trouvait quelques per- » sonnes qui eussent pris ce parti, il les amenât prisonnières » à Jérusalem (1). » Dans le troisième groupe, Saul tombe renversé par la foudre sur le chemin de Damas. « Mais lorsqu’il était en chemin et qu’il s’approchait déjà de J) Damas, il fut tout-à-coup environné d’une lumière qui J) venait du ciel, et étant tombé par terre — (2) ; » un soldat s’élance à la tète du cheval de Saul pour l’arrêter. Le monument que plusieurs écrivains prennent pour la cathédrale d’Ehhon, figure la ville de Damas.

Ce sujet étant continué dans le linteau du portique de droite, nous le complétons en anticipant l’étude de ce bandeau.

Linteau du portique de droite. — Le premier groupe nous montre Saul renversé par la voix du Seigneur, devenu aveugle et conduit par trois de ses compagnons, a Saul se » leva de terre, et, quoiqu’il eût les yeux ouverts, il ne » voyait pas : on le prit donc par la main , et on le

(l) Actes des Apôtres, IX, l et 2.

(2; Ibid., IX, 3 et 4.

)) mena à Damas (1). » Cette cécité est fort bien exprimée par le sciil()teur : Saul marche avec indécision ; il lève la tête, mais il a les yeux fermés, et ceux qui le conduisent Tenlourent de précautions. — Dans le deuxième groupe, Saul recouvre la vue par l’imposition des mains d’Ananie. Un personnage regarde le prodige avec étonnement. — Le troisième groupe nous présente quatre disciples témoins de ce miracle, qui assistent au baptême du persécuteur converli. Ce ne sont peut-être que les compagnons de Saul. — Au quatrième groupe est Saul , dans la cuve du baptême. Ananie lui confère le sacrement de la régénération, en pré.<ence de deux assistants.

M. Povillon , cl après lui M. Tarbé et le baron Taylor, ont vu, dans les bas-reliefs du portique de droite, l’iiistoire de la conversion et du baptême de Clovis. Mais Clovis n’est pas renversé [>ar le feu du ciel ; il n’a pas perdu la vue. J.e personnage ici figuré n’a point de couronne ; et qui pourrait reconnaître riieureux vainqueur de Tolbiac dans cet homme à la marche indécise, que l’on entoure de précautions minutieuses? Dans le deuxième groupe, Povillon reconnaît saint Hcmi, debout, instruisant Clovis à Reims , dans l’oratoire de Saint-Pierre , près du palais ; puis dans le troisième groupe , le roi à genoux , demandant le baptême; saint Vaast^ debout, appuyant cette demande; saint Remi tendant la main vers la colombe qui lui apporlcla Sainte-Ampoule ; un montrant une croix au royal catéchumène. Nous avouerons n’avoir rien vu qui puisse indiquer le roi Clovis : il n’est guère probable que l’évêque de Reims, instruisant ce prince, se tienne debout devant le catéchumène assis sur un trône. ( Ce n’est point ainsi que les évêques comprenaient leur dignité : saint Martin , à Trêves , occupe la place d’honneur, et présente la coupe à un prêtre avant

1) Actes des A/nUres, IX, 8.

(iRAND PÜKTAIL. — PüUCllE DE GAUCHE. — VOUSSURE. 1(>7

de l’ofîrir à l’empereur romain.) — Pciirquoi Clolilde n’apparaîl-elle aucuneriient dans celle scène qui inlcresse et sa foi , cl son amour conjugal ? Nous ne voyons ici ni colombe, ni Sainte-Ampoule, ni diacre montrant une croix. Nulle [)arl le personnage que l’on prétend être saint llcmi ne porte les insignes de l’épiscopat ; et cependant, partout ailleurs, l’imagier a figuré le saint prélat revêtu de la chasuble ou de la chape, portant la mitre cl tenant la crosse.

Le lecteur comprendra combien est heureuse l’idée de l’artiste qui a placé la conversion de Saul, persécuteur de Jésus, sur le linteau des deux |)ortiques latéraux ; sur celui de gauche consacré à Jésus-Christ venant établir son Eglise; sur celui de droite, où se trouvent figurés les combats de celte même Eglise contre les puissances du siècle et son triomphe sur ses persécuteurs. De grands enseignements sortent de cette histoire : la conversion de saint Paul n’cslelle pas, h elle seule, une démonstration de la divinité de la religion? Est-il un fait plus capable de montrer la miséricorde de Dieu et la puissance de la grâce sur les cœurs, même les plus rebelles?

4° Voussure. — Pour suivre l’ordre naturel dans la description des statues de celle voussure, nous les examinerons, non pas comme nous avons fait, précédemment, de bas en haut, mais horizontalement, et de gauche à droite, selon la disposition des groupes. Nous trouverons ici une partie de la vie publique du Sauveur, ou plutôt sa vie de souffrance et d’expiation. De la tentation dans le désert, nous passerons subitement à l’entrée triomphante à Jérusalem et au crucifiement. La prédication de Jésus-Christ, ses miracles, la guérison des paralytiques, la délivrance des possédés, la résurrection de Lazare, les tempêtes apaisées, les pains multipliés dans le désert, etc., tous ces faits n’ont pu trouver place dans ce vaste poème que nous avons entrepris de parcourir.

Le premier sujet qu’ait traité notre sculpteur dans la voussure du porche de gauche, c’est la tentation au désert. L’art s’est plus d’une fois emparé de cette circonstance de la vie du Sauveur ; l’exécution, cependant, présente plus d’un écueil. Quelle forme donner au tentateur? Il faut que l’on reconnaisse le démon , et cet ange de ténèbres doit, pour réussir, se déguiser et prendre un extérieur gracieux. Qu’entendre par ce pinacle du temple? Comment figurer les réponses du Sauveur, etc. ? Tout en admirant le bonheur, l’art avec lesquels notre imagier a su traiter le sujet, la fidélité avec laquelle il a reproduit le texte sacré, nous ne prétendons pas qu’il ait évité tous les périls, que son œuvre soit parfaite.

Ouvrons le saint Evangile. « En ce temps-là, Jésus fut » conduit par l’esprit dans le désert , pour y être tenté » par le démon ; après avoir jeûné pendant quarante » jours , il eut faim ; et le tentateur , s’approchant, lui » dit : Si vous ôtes le fils de Dieu, commandez que ces » pierres deviennent des pains. » Ces paroles du texte sacré sont reproduites dans le tympan placé auprès de la voussure que nous examinons : deux démons velus (1) sont de chaque côté de Notre-Seigneur ; celui de gauche considère l’homme extraordinaire qui vient de passer quarante jours sans nourriture ; il lui présente une pierre et lui demande un miracle. L’iconographe, ne pouvant nous faire entendre la réponse du Sauveur, nous l’indique par le livre sacré que porte l’Ilomme-Dieu : a II est écrit : » L’homme ne vit pas seulement de pain. » L’autre démon regarde vers la voussure, où le Sauveur est figuré assis sur le sommet d’un édifice, entre les frontons qui forment le couronnement de l’édicule.

(1) Nous croyons ici notre imagier en défaut : le démon ne se déguise pas suffisamment.

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