‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 43 sur 257 · GRAND PORTAIL. — PORCHE DE DROITE. — CHAMBRANLES · texte numérisé non relu

GRAND PORTAIL. — PORCHE DE DROITE. — CHAMBRANLES

sa main ilroilc il lient une branche île chêne chargée de Icuilles. — \J Hiver est rendu sensible par un vieillard encapuchonné; il se chauiïe tout prés d’un grand feu qui pétille sous un énorme manteau de cheminée. — Knfin, on reconnaît VAidomnc à ce personnage assis sur une branche d’arbre ; autour de lui sont des ceps couverts de raisin. Dans la dernière slaluette , nous verrions encore celle même saison dans le personnage qui lient un pampre de vigne.

Les deux monlanls intérieurs de celle porte présentent les mêmes difficullés d’interprétation que les chambranles extérieurs : la mutilation des sujets n’est pas moins grande ; cependant, nous croyons trouver à gauche les Vertus opposées aux péchés capitaux, et h droite la suite des Vices. Commençons par ceux-ci.

Une femme semble s’appuyer sur des pierres ; elle exprime assez bien la Folie. Elle regarde dans le chambranle extérieur de droite le Désespoir , qui est une véritable folie. — En face de celte chaudière où sont plongés les damnés, un temple ouvert et qui renfermait autrefois une petite idole. (]c temple et la staluclle voisine pourraient représenter VIdolâtric qui persécute les chrétiens cl lapide les apôtres qui lui sont envoyés. — Cet homme, qui fuit devant un lièvre d’une grosseur étonnante, figurerait la Peur ou plutôt le Piespect humain, qui voit tout dans des proportions effrayantes. H est en regard de VOrgucil : la jactance est assez souvent compagne de la peur ; le respect humain est le fils de l’orgueil. — Une femme est debout près d’un arbre : sa main , aujourd’hui brisée , était levée et semblait indiquer qu’elle vent se percer le cœur : c’est le Désespoir. — V Avarice, déjh représentée dans le chambranle extérieur de gauche sous les traits d’un homme presque nu , est de nouveau figurée par ce personnage assis près d’un coffre-fort tout bardé de fer :

les sacs d’argent, la monnaie, les livres à cordons sont là sous ses yeux ; il les garde avec soin. — La Colère, la Vengeance ou V Envie sont également figurées sous un nouvel emblème : c’est un homme qui tient une massue: souvenir peut-être de Caïn immolant son frère. — Le septième jiersonnage était une femme ; il est brisé. — Un séraphin couvert de ses ailes termine ce cordon.

Aces ViceSy l’iconograplie oppose les Vertus chrétiennes sur la partie intérieure des jambages à gauebe. Llles sont figurées — par une femme debout, portant a la main la croix de la résurrection, au sommet de la(|uelle Hotte un petit étendard : c’est V Espérance chrétienne. FJle est en regard du démon velu , jilongé dans les thmmcs de l’enfer. — Un autel est dressé sous un portique, formé de quatre colonnes surmontées d’un dôme à deux étages. Sur l’autel reposent le livre des Evangiles, un pied de calice et un ornement (chasuble). M. Grosnier voit dans cet autel l’image de la Foi et de {'Adoration : elle est opposée a r/do/d/r/e liguréc pai' une idole. — Ce guerrier, armé de toutes pièces, colle de mailles, cuissards , bi-assards, bouclier, lions représente la Force. C’est une des plus élégantes figurines de la cathédrale. Nous ferons remarquer l’heureuse idée de ficonographe , qui a placé la force chrétienne, ce courage modeste de la vertu, en face du Respect humain, et à côté de YOrgneil renversé par un souille. — Opposée à l’Ai'ancc, une femme lient un livre fermé dans le pan de son manteau. C’est V Intelligence ou Sagesse, ce trésor (jue le juste préfère à toutes les richesses de la terre, selon la parole de l’Ecrilurc : « Choisissez » plutôt la science, préférez-la à tout l’or du monde; rien » no peut être désiré en comparaison de la sagesse (1). »

(t) • Dorlrinain niagis quant auruin diligile ; mclior est cnim sapienlia »• runrlis prêt iosissi mis, et omne desiileral)ile ei non potest romparari, >•

(/»ror., VIII, tO et 11 .)

lîRANI) PORTAIL. ~ PORCHE DE DROITE. — LINTEAU. I

Celle slnluellc esl en regard du Désespoir : la sagesse , loujours défiante d’elle-méme , espère en Dieu. — Une femme montre ou semble offrir son aumunière : c’est la Charité. Près de la Colère, l’arlisle a placé la Charité chrétienne J (jui répond aux injures jiar les largesses. La Charité esl en regard de V Avarice, (jui garde son coffre-fort et s’appuie sur ses sacs d’argent. — Sous les traits de celte autre femme portant également une aumdnière, mais cachée , petite, et (|ui semble tomber, ne devrions-nous pas reconnaître la Pauvreté volontaire et religieuse? Elle n’a renoncé aux biens de la terre (|ue pour les répandre avec plus d’abondance et de modestie dans le sein des pauvres. Celle statuette est parfaitement placée prés de la Luxure : à la sensualité du siècle la religion oppose, comme remède , l’austérité de la vie monastique. — La septième statuette était une femme , peut-être la femme forte de l'Ecriture , en opposition avec la Paresse ; mais ce personnage est brisé. — Au dernier rang est un ange agenouillé et soutenant le linteau.

Avant de passer à la voussure de celle arcade, rappelons qu’au porliijue central étaient figurés, sur les chambranles intérieurs, seize anges; à l’extérieur, les quatre saisons et les douze mois, emblèmes des travaux des hommes. Au portique de gauche, l’iconographe a placé, à l’intérieur des chambranles, seize anges ; à l’extérieur, on a cru reconnaître les sciences et les arts. Ici est V Enfer, avec les vices qui y conduisent le plus ordinairement et les vertus qui doivent nous éloigner de l’abîme éternel. Nulle part nous n’avons vu, comme certains iconographes de Notre-Dame, les docteurs de l’Eglise , les législateurs de l’ancienne loi et les prophètes.

3" Linteau. — Le linteau de la porte, faisant la suite naturelle de celui de l’arcade de gauche, se trouve expliqué plus haut; nous passons donc de suite à la voussure.

loO DESCRIPTION DE LA CATHÉDRALE DE REIMS.

4" Voussure.-— Celle partie est l’une des plus intéressantes de riconographie de la cathédrale.

liien des dilTicullés se présentent quand, pour la première fois, l’œil cherche à découvrir le sens et le nom des statues. Mais lorsque, le livre de l’Apocalypse en main, on suit saint Jean vous racontant ses ravissements de Palhmos, le jour se fait, et l’on demeure étonné de la science du statuaire et du soin qu’il a mis à coordonner ces slaluelles qui remplissent la voussure et le tympan en retour.

Dans la première ligne à gauclie, la plus éloignée delà fenêtre, nous voyons six slaluelles, dont quatre sont de mauvaises restaurations sans caractère. — La première nous représente saint Jean, qui écrit son Apocalypse sous la dictée d’un ange : « Le jour du Seigneur, je fus ravis en » extase, et j’entendis derrière moi une voix forte comme )) le son de la trompette, me disant : Ecris dans un livre » ce que lu vois, et envoie-le aux sept Eglises qui sont

1) dans l’Asie Ecris donc ce que lu as vu, ce qui est,

» et ce qui doit arriver après cela (l). » — La seconde, la quatrième, la cimpiième et la sixième slaluelles ne méritent pas d’élre décrites. — Au troisième rang, saint Jean lient en main le cîiliced’où sort le serpent, avec lequel il est presijue toujours représenté. Ce symbolisme est fondé sur une légende rapportée par Jacques de Voragine. Les serpents s’échappant de la coupe indiquent la liijueur veni meuse dont elle était remplie , et (jui n’a pu nuire à l’apôtre (2). — On a dit que ce calice représente l’institution de la Sainte-Eucharistie, raconlcepar saint Jean dans son Evan-

(l) « Fui in Dominica dio. et audivi posl me vocem niagnam tanquani » tub.T dicenlis : Quod vides, scribe in libro, et mille sepleni Ecclcsiis

« qua' sunt in .\sia Scribe ergo quæ vidisti, el quæ sunt, et quæ

» oporlet fieri posl hæc. « Mpoc., I, 10, II, lO.)

(■i) «• Et si morliferum quid bilterinl, non eis nocebit. «

(Saint Marc, XVI, ItL;

r.IUND PORTAIL.-— PORCHE DE DROITE. — VOUSSURE. ifM

gile. Celle inlerprélalion ne peiil etre admise : les serpenls ne sortent point de ce breuvage du salut.

Dans la deuxieme ligne, Wmge de l'Eglise d'Ephèse SC tient debout sur un édifice octogone, ouvert au milieu, orné de fenêtres géminées, et dans rinlérieur duquel se trouvent un autel, un ciboire et une lampe, emblèmes des sacrifices et œuvres saintes de l’évêque de celle ville :

a Ecrivez à l’ange de l’Eglise d’Ephèse le connais vos

» œuvres mais vous vous êtes relâché de votre pre-

» mière charité (I). » — Le second ange est une mauvaise restauration. — Au troisième et au quatrième rang, des anges tiennent des couronnes : a Celui qui sera victorieux » et gardera mes œuvres jusqu’à la fin, je lui donnerai

puissance sur les nations. .. (2) ; d ce que Dossuet appelle le règne de Jésus avec les saints. — Un ange tranche une tête avec la faulx dont il est armé : « L’ange, dit » l’apotrc, passa sur la terre le tranchant de sa faulx (3). > — Le sixième groupe figure des /tommes et femmes nus, dépourvus de tout mérite, de toute vertu, qui vont être moissonnés par Vange de la Vengeance.

La troisième ligne nous montre Vange de l'Eglise de Smgrnc : « Je connais vos œuvres, je connais votre pau- » vreté, quoiqu’on effet vous soyez riche.... Soyez fidèle » jusqu’à la fin (4). » — L'ange de Pergame supportant des gens qui répandent de mauvaises doctrines : « Je connais » vos œuvres ; mais j’ai quelque chose à vous repro-

(1) Angelo Epliesi Ecclesiæ scril)e ... Scio opera tua sed habco

>> adversum te qiiod charitatem tuam primam reliquisti. »

{Apoc., II, 1, a, 4.)

(2) « Et qui vicerit, et custodierit usque in finem, dabo illi potesta-

» tem super gen tes. » {Ibid., II, 26.)

(3) « Et misit angélus falceni suam acutam super terram. »

(Ibid., XIV, 19.)

(4) a Scio tribulationem tuam, et paupertatem tuam, sed dives es....

)» Esto fidelis usque ad mortem. » {Ibid., II, 9, 10.)

ï> cher : c’est que vous avez parmi vous des gens qui tiennent la doctrine de Balaam (1).... » Nous reconnaissons l’ange de Pergame à ces deux rois nicolaïtes (mauvaises restaurations) qui tiennent la doctrine de Balaam (2), et à cet arbre chargé de fruits, dont parle le prophète : « Je donnerai au vainqueur à manger du fruit » de l’arbre de vie qui est dans le paradis de mon Dieu (3); » — a de cet arbre, dit Bossuet, qui donne la vie, et dont » Adam fut éloigné après son |)éché, de peur (ju’il ne » vécût éternellement. » — Comme dans la ligne précédente, un ange, de sa faulx, tranche une tête coupable.

A la quatrième ligne, apparaît Vange de V Eglise de Laodicée; il pleure et montre son repentir : « Je connais » vos œuvres, je sais que vous n’êles ni chaud ni froid.... »» Faites pénitence (4). » — A côté, on distingue Vange de Philadelphie, ipie veulent séduire des hommes de la synagogue de Satan : a Je connais vos œuvres; je vous gar- » derai à l’heure de la tentation. Conservez ce que vous )) avez, de peur que quelqu’un n’enlève votre cou- » ronne (5). » — Au-dessus de cet ange, deux hommes tiennent des fioles où se trouve le poison de leur doctrine : « Je vais vous amener des hommes de la syna- » gogue (le Satan (6). » Bossuet y voit des Juifs qni

(1) « Scio scil habeo adversum le pauca, quia habes illic leiienles

» (lortrinam Balaam. *» (Apoc., II, 13, U )

(2) « lia habes et tu tenentos doclrinam Nicolaïtarum •

(Ibid , II, 15.)

(3) « Vincenti dabo edere de ligne vilæ, quod est in paradiso Dei

■ mei. « (Ibid., II, 7.)

(4) *• Scio opéra tua, qui neque frigidus es ncque calidus... Popniten-

• liamage. » (Ibid., III, 15, 19 )

(5) « Seio opéra tua.... Ego servabo te ab hora tentationis... . Tenc » quod hal>es, ut nemo accipiat coronam tuam.» dbid , III, 8, tO et 1 1 .)

(6) « Erre dabo de synagoga Satan.T. » (Ibid., III, e.)

GHANl) PüUTAIL. — FuUCHE DE DROITE. — VOUSSURE

devront, un jour, être humiliés (1). Comme précédemment, un ange tranche une tête de sa faulx.

Dans la cinquième ligne, nous reconnaissons Vange de V Eglise de Sardes : « Ecrivez aussi à l’Eglise de Sardes... :

» Je connais vos œuvres Je sais (|u’on vous appelle

» vivant, et que vous êtes mort (^2) » — L'ange de

l'Eglise de Thyalire , qui ne combattait pas assez vivement de prétendues prophélesses , séductrices du

peuple : a Je connais vos œuvres mais j’ai quelque

)) cliose à vous reprocher, c’est (jue vous souffrez (ju’unc D femme, une Jézabel séduise mes serviteurs (^1). » — Au-dessus de lui, en efi’et, deux femmes, habillées en reines, tiennent une hole renfermant le venin de l’erreur. Avec Bossuet, ne pourrait-on pas prendre ces deux femmes pour les nicolaïtes qui , se disant prophélesses, autorisaient les plus grandes impuretés (4)?

Dans la première ligne de la voussure, à droite, sera représentée la suite de la grande et mystérieuse prophétie.

L'Enfer y où se trouvent trois démons et deux animaux fantastiques. — Un ange ouvre un livre; sa chevelure est tlamboyante;ua arc repose sur sa tête : «... J’ai vu un ange ; » il avait un arc sur la têts ; il était revêtu d’une nuée , » et portait un livre ouvert (5). »

La sentence est prononcée; elle est prête à s’exécuter. — Notre-Seigneur lient à la main une large coupe où sont renfermées les plaies qu’il va envoyer sur la terre, et les

(1) Explication de l’Apocalypse, lit, 9.

(2) « Et angelo Ecclesiæ Sardis scribe : Scio opéra tua, quia nomen

>> habes quod vivas, et mortuus es. » (Apoc., lit, \.)

(3) a Novi opéra tua.... sed habeo adversus te pauca,quia permittis » mulierera Jezabel... seducere servos meos. » (Ibid.. II, 19, 20.)

(4) Explication de l’Apocalypse, 11,20.

(5) « Et vidi angelum amictum nube et iris in capile ejus, et

» habebat in manu sua libellum aperlum. » (Ibid., X. l, 2.)

vengeances qu’il exercera contre tous ceux qui sont marqués du sceau de la bêle (1). — Près de lui, un second ange porte une fiole dont il verse le contenu sur la tête d’un homme à genoux à ses pieds. « Le premier ange s’en » alla; il répandit sa coupe sur la terre, et les hommes « qui avaient les caractères de la bêle furent frappés d’un » ulcère malin et dangereux (2). »

A la deuxième ligne, se continue la vengeance divine contre les persécuteurs de l’Eglise et des saints. — Un ange tient deux clefs , une pierre énorme et son anneau ; cet ange correspond à celui de la ligne voisine : « Et je vis )) un ange descendant du ciel, tenant les clefs de l’abîme JD et une grande chaîne.... (3j. » — Un second a?ige regarde avec étonnement , — ainsi qu’une femme placée au troisième rang. — Vient ensuite un homme à chcvaly ayant deux glaives dans la bouche : « Je vis le ciel ouvert, et il D parut un cheval blanc, et celui qui était dessus s’appelle

» Fidèle De sa bouche il sort une épée tranchante des

» deux côtés pour frapper les nations... (4). « Bossuet voit dans ce personnage Jésus-Christ, qui doit achever de détruire les impies dans son dernier jugement. — Au cinquième rang se voit un ange qui lance une étoile : « Un troisième ange sonna de la trompette ; une grande ï étoile tomba du ciel ; son nom est Absinthe (5), » à

(1) • Ite, et clTuiuIile ^eplein phialas irœ Dci in terrain.» {Apoc., XVI, 2.)

('2) a Abiit primus, et etTuodit phialani suam ; et factum est vulnus » sa'vum et pessiinum in homines qui liabebant characterem bestiæ. »

{Ibid., XVI, 2.)

(3) « El vidi angelum desceudeiilem de cœlo, habentem clavem abyssi,

>» et catenani magnam in manu sua. » {Ibid. , XX, 1.)

(4) « Et vidi cœlum aperlum, et eccc equus albus, et qui sedebat » super eum vocabatur Fidelis. ... Et de ore ejus procedit gladius ex » ulraque parte aculus, ut in ipso percutiat gentes. »

{Ibid., XIX, Il et 15.)

(5) « El terlius angélus tuba cecinit, et cecidit de cœlo Stella magna,. .

• et nomen slella' dicitur Absintbium, • {Ibid., VIII, 10.)

GUANl) POUTAIL. — PORCHE DE DROITE. — VOUSSURE. 'I;;{5

cause lie la douleur amère (ju’elle doit causer en ap[)orlaiil la guerre aux nations, et en changeant une pai’lie des eaux en absinthe.

La troisième ligne rappelle le grand combat des anges dans le ciel, la défaite de Lucifer, figure des empereurs païens s’acharnant contre le Christ et son Eglise. — La [)remicre statuette représente un ange enchaîné dans les flammes : « Il prit le dragon... etrenchaîna pour mille » ans (1). » — Saint Michel a terrassé le mauvais ange enchaîné sous scs pieds : a Un grand combat fut livré » dans les cieux... Michel combattant contre le dragon ('i).» Saint Michel est vêtu de la cotte de mailles des guerriers ; il porte au bras gauche-un bouclier, de la droite il terrasse son adversaire. Cet archange paraît ici, évidemment, le défenseur de l’Eglise, comme il l’avait été de la Synagogue. — On voit ensuite deux anges tenant un meme livre, — et deux hommes dont les yeux sont dévorés par des corbeaux : « Alors je vis un ange debout dans le so- » leil, qui cria d’une voix forte, en disant à 'tous les

» oiseaux qui volaient : Venez pour manger la chair

» des rois (3). » Dans ces rois dévorés par les oiseaux du ciel, Bossuet voit une éclatante destruction des princes qui ont fait la guerre à Dieu durant les persécutions, et dont Lactance nous raconte si éloquemment la mort cruelle.

A la quatrième ligne, comme dans la précédente , un ange est enchaîné dans les flammes; deux barres de

(I) « Et apprelienditdraconem et alligavil ciini per mille annos. »

{Àpoc., XX, 2.)

(i) « Et factum est prælium magnum in cœlo. IMichaël præliabatur cnm » dracone.... » [Ibid., XII, 7.)

(3) « Et vidi unum angeliim stantem in sole, et clamavit voce magna, » dicens omnibus avibus quæ volabant per medium cœli : Veiiite.... ut 1 manducetis carnes regum. » [Ibid., XIX, 17 et 18.)

fer sont fixées à ses mains par des anneaux : « La bêler » fut prise, et le faux propliéle;.... tous deux furent jetés ■

» dans l’étang brûlant de feu et de soufre (1). » Au-dessus i de ce démon, et à côté desainl Michel, figuré dans la ligne j précédente, apparaît un des princes de la cour céleste, ^ armé d’un bouclier et d’une épée, terrassant l’ange qui j est sous ses pieds : « Saint Michel et ses anges livrèrent i » un grand combat contre le dragon (2). »

Le reste de cette ligne et la ligne cinquième nous offrent une répétition des scènes précédentes. Ce sont, a la qua- J trième ligne, tleux personnes couronnées et portant à la main les palmes de la victoire qu’ils ont remportée sur le démon (3); — un homme à cheval, armé d’une épée;

— un démon qui tombe du ciel la tète en bas ; — un \

homme dont la cervelle est dévorée par les. oiseaux du ciel. I

— A la cinquième ligne , un ayifje combat le démon ; il !

lire son glaive du fourreau. — Un homme, ayant une i

harpe à ses pieds, nous rappelle ce texte de l’Ecriture : '

« Et ceux qui étaient demeurés fidèles.... avaient des

» harpes de Dieu (4). b — Cet autre personnage, qui cache sa tête dans ses deux mains, veut se dérober aux oiseaux du ciel, exécuteurs de la vengeance divine, qui vont lui dévorer la cervelle (5).— Comme dans les statues précédentes , un démon , garrotté et précipité dans l’abîme, tombe la tète en bas. — L’archange saint Michel tient

(IJ «El apprehensa est besliii , et cum ea pseiuioprophela... Vivi missi - sunt hi duo in stagnuin ignis ardentis sulphuræ. »•

{Apoc , XIX, 20.)

(2) « Michaël, et angeli ejus pradiabaiilur cura dracone. »»

{Ibid., XII, 7.)

(3) « El patinas in luanibus eorum. • {Ibid., VII, 9.)

(U « El vidi halientes cilharas üci. • {Ibid., XV, 2.)

(5) « Et projeclus est diaco illo raagnus.... in Icrram. »

{lbid.,\\\, 9.)

GRAND PORTAIL. — rORClIE DE DROITE. — VüUSSURE. 1;37

une clef et pose le pied sur robîme : « El Tayanl jeté dans » l’abîme, il l’enferma pour mille ans, et mil un sceau » sur lui (1). »

Telle est celle magnilifiue composition de la voussure : l’Eglise, allaquée parle démon, ce roi puissant du siècle, mais protégée [>ar les anges, et surtout par saint Michel, voit enfin ses ennemis abattus et |)récipilés dans l’abîme oii s’exercent les justices du Seigneur.

Un nous fera peut-être le re[)roche de nous être trop étendu sur (.es sujets , d’avoir cité des textes faciles à trouver. Nous réj)ondrons que nous devions prouver nos interprétations en les appuyant sur le texte même de saint Jean. Ces [)reuves étaient d’autant plus nécessaires (jue personne, jusqu’ici, n’a expliqué comme nous celle belle voussure. M. Tarbé trouve les sujets difficiles à interpréter, parfois inexplicables, et il avoue qu’il y aurait un volume à faire sur les détails de celle voûte. Nous regrettons qu’il n’ait pas examiné par lui-même ce portique avec un peu plus d’attention, qu’il s’en soit trop souvent rapporté aux assertions de M. Povillon : il n’aurait pas vu la Résurrection dans l’ange qui ouvre l’abîme ; la Prière dans saint Jean écoulant la voix qui lui parle ; des musiciens, et une allusion au chant ecclésiastique, dans des anges armés de faulx ; la sainte (ace, dans un ange portant une tête tranchée ; un tronc de chêne vieux et ‘pourri repoussant des feuilles et des fruits , emblème de la résurrection ; des rois et des reines tenant la Sainte-Ampoide des sacres, dans les fauteurs d’hérésie offrant aux nations trompées le poison de l’erreur ; Jézabel jetée par une fenêtre et mangée par des chiens, dans des hommes dont la cervelle est déchirée par des oiseaux ; deux

(1) « Et misit eum in abyssum, etclausit, et signavit super ilium. «

{Âpoc., XX, 3.)

hommes crevant les yeux à un troisième, dans des corbeaux qui dévorent les yeux d’un persécuteur de l’Eglise; un ange marchant sur les eaux , dans cet homme qui marche sur ses mains, dans ce démon qui tombe du ciel la tête en bas ; des malheureux déchirés par des bêtes féroces, dans les damnés précipités en enfer; enfin, la Communion , dans Notre-Seigneur tenant la coupe de ses vengeances. Pour comprendre celte voussure, nous le répétons, la science archéologique ne peut suffire, il faut le texte de l’Apocalypse et les interprètes qui l’ont commenté.

50 Tympan de droite.-— Au lieu de décrire sur de-champ le fronton qui termine cette arcade, nous allons examiner d’abord le tympan voisin, dont le sujet fait suite aux scènes que nous venons d’étudier ; l’iconographe achève de nous y retracer les visions de l’île de Pathmos.

A la première ligne, un ange ouvre le puits de Pahîme, et soulève une énorme pierre suspendue par un anneau : (( Le cinquième ange sonna de la trompette, et je vis une » étoile qui était tombée du ciel sur la terre, et la clef du » puits de l’abîme lui fut donnée : elle ouvrit le puits de » l’abîme.... (1). » — Près de l’ange, un semble

sortir du gouffre. Cette nouvelle figure représente, dit Bossuet, le démon sortant de l’enfer, et prêt à commencer une nouvelle persécution avec ses anges exterminateurs. — En effet, les deux figures suivantes nous offrent des anges exterminateurs : « Et furent déliés les quatre anges

M qui étaient prêts pour l’heure et le jour où ils de-

» valent tuer la troisième partie des hommes (^). » — Au

(1) 0 Et quiiitus angélus tuba cecinil ; et vidi stellam de cœlo ceeidisse

*> in terram, et data est ei davis putei abyssi....Et aperuit puteum » abyssi. » (Apoc., IX, 1, 2.)

(2) « Et soluti sunt quatuor angeli, qui parati erant in horam, et diein, f> et menseni, et annum, ut occiderent tertiani partem hominum. »

(Ibid., IX, 15.)

GRAND PORTAIL.— PORCHE DE DROITE. — TYMPANS. 1 oO

cin(|uième et au sixième rang, sont les hommes frappés par les anges : ils sont à genoux, dans raüilude de la supplication. — Viennent les deux autres auges exterminateurs , — et à côté d’eux d'autres personnes également Irappées par le glaive.

La deuxième ligne retracera la victoire du Christ sur le démon. — A la suite d’un ange y sont figurés cinq vieillards. « Je vis un agneau au milieu des vieillards (1). » Ils accompagnent la divine victime , qui repose sur un livre scellé des sept sceaux : « L’agneau s’avança, et il

reçut le livre de la main droite de celui qui était » assis sur le trône (2). » — L’agneau immolé va tout-àcoup devenir ce lion victorieux de la tribu de Juda, qui porte le ravage au milieu de ses ennemis terrifiés (3). La troisième statue nous montre , en effet, un cavalier armé d'un arc, le front ceint du diadème : « En même » temps, je vis paraître un cheval blanc ; celui qui le » montait avait un arc; on lui donna une couronne, et » il partit en vainqueur pour gagner des batailles (4). » liossuet reconnaît ici Jésus-Christ victorieux : son arc indique qu’il atteint, même de loin, ses adversaires fugitifs. — A la suite du Chrisf vainqueur, on verra marcher les trois fléaux de la colère de Dieu, présentés à David : la guerrCy la famine et la ])este.

La troisième ligne continue le récit de la victoire du Christ. — Un personnage à cheval tient une épée;

(1) « Et vidi. in medio seuioruin, agnum. » {Àpoc.,\j C.)

(2) « Et venit, et accepit de dextera sedentis in throno librum. »

(Ibid., Y, 7 .)

(3) Nous sommes heureux, dans cette explication des sept sceaux, de nous rencontrer avec Povillon.

(4) « Et vidi, et ecce equus albus ; et qui sedebat super ilium habebat » arcum, et data est ei corona, et exivit vincens ut vinceret. »

de son cheval tombe un homme à la renverse : « Il sortit » aussitôt un autre cheval qui était roux, et le pouvoir J) fut donné à celui qui était dessus, d’enlever la paix de » dessus la terre, et de faire que les hommes s’entre- » tuassent, et il lui fut donné une grande épée (1). » Le cheval roux marque la couleur du sang que la guerre fait répandre. — Un second personnage, également à cheval, tient à la main une balance; comme précédemmenl, un homme tombe en bas du cheval : « El je vis paraître tout- » à-coup un cheval noir; et celui qui était dessus tenait à » la main une balance (2). » La couleur noire marque la famine. « Tous les visages seront noirs comme des chau- » drons noircis au feu, nous dit Joël dans la description » d'une famine (3). » — Le troisième personnage est également à cheval ; c’est la peste ou la mort : « Il s’appelle la » Mort, et l’enfer le suivait; et le pouvoir lui fut donné n sur les quatre parties delà terre (4).)>

La quatrième ligne présente cinq personnages sous un autel garni des tables de la loi, du saint Evangile et d’un calice. Cet autel représente Jésus-Christ (5), où notre vie est cachée jusqu’à ce qu’il apparaisse : « Lorsque l’agneau » eut ouvert le cinquième sceau , je vis sous l’autel les » âmes de ceux qui avaient été mis à mort pour la parole » de Dieu et pour le témoignage qu’ils avaient rendu (6).»

(1) « Et exivit alius equus rufus ; et qui sedebat super ilium, datuin

») est ei utsumeret pacemde terra, et ut invicem se interficiant, et datus i> est ei gladius magnus. » (Apoc., VI, 4.)

(2) « Etecce equus niger ; et qui sedebat super ilium habebat stateram

» in manu sua. » [Ibid.^ VI, 5.)

(3) « Omnes vultus redigentur in ollam.» (Joël, II, 6.)

(4) «Et ecce equus pallidus, et qui sedebat super eum , nomen illi Mors,

» et infernus sequebatur, et data est illi potestas super quatuor partes » terræ. » (Apoc.,VI, 8.)

(5) Pontificale Romanum, in admonitione ad subdiaconos.

(6) a Et cum apparuisset sigillum quintum, vidi sub altare animas in-

» terfectoriim propter verbum Dei. » {Ibid.. VI, 9.)

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