‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 45 sur 257 · V. TYMPAN EN RETOUR · texte numérisé non relu

V. TYMPAN EN RETOUR

DU COTÉ DE I.’ARCnEVÈCHÉ.

L’iconographe, ayant consacré la partie droite du portail à l’Apocalypse de saint Jean, ne pouvait nous laisser ignorer le martyre et la mort de cet apôtre. Le tympan en retour sur le contre-fort va nous retracer une partie

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de celle légende. Ecoulons d’abord Vincent de Beauvais et Jacques de Voragine. Nous abrégeons leur récit et nous le divisons en trois parties retracées dans les trois lignes (le ce tympan.

I. (' Le bienheureux apôtre , évangéliste , vierge et » martyr, saint Jean, était de Galilée.... Après la Pente- » côte , lorsque les apôtres se dispersèrent, il alla à » Ephèse. Il fonda en Asie sept Eglises dans sept villes » impoi’lanles. L’empereur Domilien, ayant entendu parler » de lui, le fil arrêter par le consul d’Ephèse et amener » à Rome : là il le fit jeter, près de la porte Latine, dans » une chaudière d’huile bouillante, jo

C’est ce que nous rappelle la première ligne du tympan. — A gauche, sont trois personncK/es ; derrière, une tour représentant la ville d’Ephése. — Domilien ordonne au consul de cette cité d’arrêter l’apôtre et de le conduire à Rome; — saint »/eanesl devant son juge; — deux soldats viennent de le conduire; — des bourreaux s’apprêtent à le mettre dans la chaudière ; deux sont armés de haches; — saint Jean, debout dans la chaufliére, a la figure toute rayonnante ; tant est grand le bonheur qu’il ressent de souffrir pour son maître (1). — Un bourreau active le feu avec un énorme soufilet. — A côté, un ange fortifie le saint martyr et détruit l’action des flammes. — Deux autres bourreaux, armés de fourches, remuent les tisons embrasés. -- Quatre personnages regardent le supplice, et sont étonnés de ce que saint Jean ne ressent pas l’effet des flammes.

IL « Quand l’empereur vit que le saint apôtre n’avait O éprouvé aucun mal, et qu’il ne le ferait point renoncer » à ses prédications, il le fit partir pour l’île de Pathmos...

» Jean y écrivit son Apocalypse...

(1) « Ego .loannes.... particeps in tribulalione, et regno, et palientia » in Christo .lesii. » ( Apoc.^ I, 9. )

» Peu de temps après , l’empereur fut tué à Rome, et » Nerva rappela de l’exil tous ceux que Domitien avait )) bannis. Jean fut conduit à Rome avec honneur... Quand » le bienheureux apôtre eut prêché par toute l’Asie,

» les prêtres des idoles suscitèrent une sédition contre lui, B et ils le traînèrent au temple de Diane, voulant le forcer » à sacrifier. Or Jean leur fit celte réponse : Priez » Diane de détruire le temple de Jésus-Christ , et si elle » le fait, je lui offrirai des sacrifices ; de mon côté, je » prierai le Seigneur Jésus de détruire le sanctuaire de » Diane, et s’il est détruit, vous croirez en Jésus-Christ. » Et comme l’on souscrivait à cet accord, tous sortirent D du temple. L’apôtre, plein de foi, se mit en prières, î et le temple s’écroula ; l’image de Diane fut mise en » pièces. Alors Aristodème, pontife des idoles, suscita une » grande émeute parmi le peuple. L’apôtre dit à Aristo- » déme : Que veux-tu que je fasse pour apaiser ce tu- » multe? Aristodème répondit : Si tu veux que je croie D en ton Dieu, je te donnerai du poison à boire, et s’il » ne le fait pas de mal, lu auras montré que ton Dieu » est véritable. L’apôtre lui dit : Je veux que tu en voies » d’autres mourir avant moi. Il alla trouver le gouver- » neur, lui demanda deux hommes condamnés h mort, » qui lui furent accordés. R leur donna le poison en » présence de tout le peuple, et aussitôt qu’ils eurent » bu, ils tombèrent morts. Alors l’apôtre prit la coupe, » fit le signe de la croix, but tout le venin, et il n’en B eut aucun mal. Et le peuple se mit à louer Dieu, et » à s’écrier que le Christ était le Dieu véritable. »

Ici encore, la pierre retrace exactement le récit du légendaire : — Saint Jean revient de l’exil ; son manteau relevé indique l’empressement avec lequel il retourne vers le troupeau qui lui avait été confié.— Mais l’esprit du mal va de nouveau s’opposer au zèle de l’apôtre. Un énorme démon, en effet, cherche à inspirer à Aristodème

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des pensées mauvaises. - Le disciple du Christ est cilé devant le prêtre de Diane ; — deux personnes sont présentes à rinlerrogatoire que subit saint Jean. — Auprès d’elles, un bourreaUj accroupi devant un pilon, broie du poison. — Deux assesseurs du juge regardent dans le pilon, et s’assurent que le poison est bien préparé. — Un bourreau prend la coupe et la présente à saint Jean Vapôtre la reçoit, en boit le contenu, et, suivant la promesse faite par le Seigneur à ses disciples, il n’en éprouve aucun mal (1). — Aristodeme et un de ses assistants regardent ce prodige avec étonnement; — les deux condamnés, à leur tour, prennent la coupe, et tombent frappés de mort.

Le peu d’espace qui restait dans le haut du tympan ne permit pas au sculpteur de nous montrer saint Jean ressuscitant ces deux morts, Aristodeme baptisé par l’apôtre, avec douze mille hommes qui se convertirent à la vue de ces prodiges.

III. — Nous arrivons donc de suite à la mort du disciple bien-aimé du Sauveur. « Lorsque saint Jean eut atteint » l’àge de quatre-vingt dix-neuf ans, sous le règne de » ïrajan, le Seigneur lui apparut et lui dit : Viens à moi, » bien-aimé, car il est temps que tu t’assoies à ma table » avec mes frères. Alors saint Jean se leva, et le Seigneur » ajouta : Tu viendras Dimanche, me répondre. Et quand » le Dimanche fut venu, Tapôtre assembla tout le monde » dans l’église à laquelle on avait donné son nom (2), et » il prêcha et il exhorta les fidèles à demeurer fermes » dans la foi et à observer les commandements de Dieu.

(1) « Et si mortiferum quid bibsrint, non eis nocebit. »

(Saint Marc, VI, 18.)

("2) Déjà nous avons eu occasion de constater, d’après d'antiques récits, que, du vivant des apôtres, on leur avait consacré des églises; nos pays eurent plusieurs oratoires connus sous le nom de Saint-Uierre-le-Vif.

» Après cela, il fit faire une fosse toute carrée au pied de » l’autel, et il fit jetler la terre hors de l’église. 11 se » plaça ensuite dans la fosse, les mains jointes, et il dit : » Invité à votre festin^ Seigneur Jésus, je vous rends grâces » de ce que je suis tel qu'il faut pour partager semblable T> nourriture, et vous savez que je le désirais de tout mon » cœur. Quand il eut fini sa prière, une si vive clarté » l’environna, que nul ne pouvait en soutenir la vue; et » quand cette splendeur disparut, la fosse fut trouvée )) toute pleine de manne, et encore aujourd’hui y trouve- » t-on de la manne, qui sort du fond de cette fosse comme » d’une fontaine : c’est pourquoi plusieurs pensent que » saint Jean a été enlevé au ciel en corps et en âme (1). »

Ce récit explique la troisième ligne du tympan: — saint Jean, dans l’église, adresse au peuple ses dernières paroles. Pour exprimer que l’apôtre va mourir, l’imagier a eu soin de le figurer étendu sur un lit. — L’auditoire est représenté par trois personnages qui écoutent. — V apôtre fait creuser sa tombe au pied de l’autel, et s’y étend tout habillé. Il a une longue chasuble, une large tonsure : il prie les mains jointes. — Deux femmes regardent attentivement.— Saint Jean meurt ; un personnage place une pierre sur la tombe. — Deux anges portent entre leurs bras saint Jean, qui s’élève vers le ciel, toujours revêtu de la chasuble sacerdotale. — Un des disciples de l’apôtre vient soulever la pierre, et s’aperçoit que son maître n’est plus dans le tombeau. — Deux autres personnages sont présents; — à côté, un ange, debout près du cercueil, regarde et sourit de la surprise des spectateurs.

La ligne du dessus est remplie par quatre anges à genoux , portant des fleurs qui doivent couronner l’apôtre vierge et martyr.

(1) Légende, dorée. — Saint Jean.

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