I CONTRE-FORTS, ARCS-BOUTANTS DES COLLATÉRAUX
Dans les conlre-forls du transscpt, des rois lienneiU la dace des anges. Ils l'ont suite à la galerie du Gloria. — ’armi ces seize rois (huit nu nord, huit au sud), il en ;st un qui se distingue par un emblème particulier. Un ion dort à ses pieds. Si ces monar(|ues représentaient ‘.eux de.luda, nous verrions ici David, vainqueur d’un lion Jans sa première jeunesse (1), ou Salomon, dont le trône jtait appuyé sur des lions d’or massil' (2). Si, au contraire, comme nous le pensons, ce sont les monarques français, ce prince rappellerait le récit des vieilles chroniques, où Pépin le Bref, plaisanté sur la petitesse de sa taille, voulut donner à ses couitisans une preuve de sa force et de son audace, et abattit d’un coup d’épée la tête d’un lion qui luttait contre un taureau (B).
Le quatrième étage, qui couronne l’ensemble du contrefort, est une grande flèche octogone, dont les faces sont percées de longues baies à jour, ou couvertes d’ogives enlacées comme au portail principal. Les arêtes disparaissent sous les crochets qui rampent de la base jusqu’au sommet. Les angles sont flantjués de petites pyramides en pierre, pleines, terminées, comme la flèche principale, par un pinacle orné de feuilles qui s’épanouissent en sortant des tores aplatis, taillés en côte de melon et perlés.
De ces puissants contre-forts s’élancent des arcs-boutants, arcades aériennes qui, se multipliant, vont neutraliser la poussée des voûtes. L’architecte n’osa se fier à l’arc-boutant simple ; il craignit que la poussée de la voûte n’agît encore au-dessus et au-dessous du point
(Ijl. Bois, XVIII, 34.
(2) III. Bois, X, 19 .
(3) Cette légende, racontée par le moine de Saint-Gall, est révoquée en doute par plusieurs historiens.
donné par !e calcul : en conséquence, il lança deux arcs, l’un qui va s’appuyer contre l’entablement de l’édifice, l’autre au-dessous. Celui-ci se réunit au premier par de fortes colonnes. Ils sont, tous deux, couverts d’un chaperon en pierre orné de crochets.
A la jonction du mur et de l’arc le plus élevé, sortent, dans les angles, des têtes d’hommes ou d’animaux. Audessus s’élèvent de gracieuses cariatides de moyenne taille, qui supportent avec effort l’entablement du mur principal de la grande nef.
Elles sont généralement très-expressives , quoique fortement usées par le temps. Elles représentent des personnages écrasés sous le poids qu’elles soutiennent. Leurs poses sont différentes ; les unes s’aident de la main, d’autres de la tête ou de l’épaule; celles-ci se soutiennent sur des crosses, sur une béquille ou s’appuient fortement sur les genoux ; celles-là ont la précaution de placer un coussin sur leur dos. Ici, c’est une femme qui pleure; là, un aveugle, au cou duquel pend un chalumeau : il est conduit par un chien; ailleurs, on voit un homme en colère qui tire son épée. L’artiste chrétien, avec son génie inventif, sa riche imagination, sa connaissance profonde de l’Ecriture Sainte, de la légende , n’a laissé aucune partie de l’édifice sans quelque ornement symbolique.
Avouons, toutefois, que nous ne devinons pas quelle a pu être ici sa pensée. A-t-il voulu grouper autour du temple quelques-unes des infirmités humaines? Ou bien encore a-t-il figuré l’esclavage dans lequel nous plongent les vices figurés par les cariatides des contre-forts? Nous l’ignorons.
Au-dessus de ces cariatides , se trouvaient autrefois des GARGOUILLES destinées , à verser l’eau des grands chéneaux. Détruites au moment de l’incendie, elles
GOxNTRE-FORTS DK i/aBSIDE,
n’ont jamais été refaites. Il serait meme impossible d’avoir une idée de ce qu’elles étaient, si nous n’avions pour modèles celles" de la galerie des Prophètes ^ et une parfaitement conservée dans l’angle de la croisée, à la naissance de la nef, du côté de l’ancien préau.
Ce devaient être des animaux semblables à ceux des contre-forts, de plus petite dimension, et revêtant volontiers la forme du chien, du lézard , du crocodile, du lion, etc.
H. CONTRE-FORTS DE l’aRSIDE.
Après le transsept, commencent les chapelles (jui rayonnent autour de l’abside : la construction change, le contrefort qui supporte la poussée de la grande voûte est engagé dans l’intérieur des chapelles. La régularité du monument demandait cependant que la série des contre-forts se continuât au-dehors. L’architecte y a pourvu : une seconde pyramide s’élèvera à l’extérieur; elle se reliera à la première par un double arc-boutant s’élançant au-dessus des chapelles. Mais ces points d’appui, suffisants pour porter les grands combles, ne sont pas assez multipliés pour soutenir la partie inférieure : le cercle décrit par les chapelles absidales est beaucoup plus étendu que le rond-point supérieur. En triplant le nombre des grands contre-forts, on va cacher l’abside et nuire à l’aspect général de l’édifice; on augmente considérablement les frais de construction. L’architecte de Notre-Dame l’a compris; entre les grands contre-forts, il en élève d’autres plus petits, qui séparent les fenêtres des chapelles ; ceux-ci n’auront ni pyramide , ni arc-boutant; ce seront des éperons, de simples piliersbutants*; terminés par un glacis surmonté d’une statue d’ange portant un insigne sacré.
Les huit grands contre-forts extérieurs de l’abside offrent le même aspect fjue ceux des collatéraux, et ne diffèrent que par quelques détails. Ainsi, à leur premier étage, est attachée une figure d’ange aux ailes étendues , placée au-dessous des gargouilles : — les niches qui, au troisième étage, abritent les statues, sont quelquefois terminées par un cintre, au lieu d’une ogive trilobée. — La pyramide est surmontée d’une croix ornementée, et non d’un chou épanoui ; au transsept, le haut de la flèche est un tore sur lequel est placé un grand aigle.
Les anges de l’abside tiennent une navette ou un encensoir : l’apôtre saint Jean n’avail-il pas vu, dans sa céleste vision , un ange près de l’autel, ayant un encensoir d’or, présentant les prières des saints sur l’autel d’or qui est devant le trône de Dieu (1) ?
Des grands contre-forts extérieurs s’élancent deux arcsboutants superposés, qui vont s’appuyer sur d’autres pyramides. Celles-ci reposent à l’intérieur de la cathédrale sur les colonnes qui séparent les basses-nefs des chapelles, et continuent ainsi la série des contre-forts collatéraux. Ces nouveaux contre-forts, que nous pourrions appeler intérieurs ^ sont d’un aspect plus simple ; leur masse est carrée ; ils n’ont ni retrait , ni arcature, ni tourelles, ni corniches, et se terminent par une petite flèche pleine sans crochets. Sur les angles sont des colonnelles, analogues à celles du grand contre-fort. A la jonction des premiers arcs-boutants avec cette seconde pyramide, pour recevoir la retombée des cintres, se trouvent ces colonnes qui, aux collatéraux, étaient attachées aux flancs de l’édifice entre les grandes fenêtres.
(t) « El angélus venit , et stetit ante altare. habens tburibulum au- M reum. » {Apoc.f VIII, 3.)
CONTRE-FORTS DE l’aBSIDE.
Les éperons qui fortifient les murs de l’abside , à la hauteur des fenêtres basses, sont ornés des mêmes moulures et des mêmes profils que ceux du rez-de-chaussée des grands contre-forts. Us reposent sur des tronçons de colonne, et queliiuefois sur un cul-de-lampe sculpté. Audessus, soutenant la corniche do la galerie inférieure, se trouvent également des anges aux ailes étendues. Tous tiennent des insignes : une croix, un sceptre, une navette, un encensoir, un reliquaire, un bénitier, un livre, une couronne. Ces ornements sont d’un intérêt très-grand pour l’art, car ce sont des spécimens très-purs des objets mobiliers au Xlll^ siècle. Ils seront l’objet d’une étude particulière.
Ces statues ont toutes été dorées.
Il est inutile de faire remarquer le soin qu’a pris l’artiste de multiplier les anges autour de l’abside : c’est, en eflet, la partie la plus vénérée de l’édifice, celle où s’opèrent les plus grands mystères.
A l’angle central du chevet , au lieu d’une statue d’ange, se trouve celle de Notrc-Seigneur, la pierre angulaire du temple (l).
Les arcs-boutants , les gargouilles , les cariatides de - l’abside ne présentent point de particularités dignes de remarque.
(t) « Lapidem qiiem reprobaverunt ædificantes, hic factus est in caput >» anguH. » (Saint Matth., XXI, 42.)
ARTICLE IIP.