‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 7 sur 257 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

N célèbre archéologue a dit : a L’exlé- » rieur de Notre-Dame de Reims est » le produit d’un art régénéré, qui » comprend la véritable beauté d’une » construction. » La régularité des lignes, l’unité du style , la symétrie des proportions , le gracieux des contours, le fini des ornements , la richesse de la statuaire , donnent à cette masse énorme un caractère de grandeur imposante que ne sauraient atteindre le luxe et la profusion des ornements. C’est à qui visitera cette basilique, la gloire de la cité rémoise, de la France et du catholicisme. Comme toutes les grandes œuvres, plus on la voit, plus on l’admire. Son aspect révéle toujours de nouveaux mystères; sa splendeur excite sans cesse l’admiration, et le voyageur qui se trouve pour la première fois à ses pieds , demeure ému, silencieux. ^

L’extérieur de la cathédrale de Reims est la preuve la plus irrécusable que les formes grecques et romaines ne sont pas le type unique du beau, la perfection absolue de Fart. Les monuments d’Athènes , par la pureté des lignes,

par l’heureux choix des proportions, pouvaient produire la grâce, atteindre à la grandeur, respirer une noble sévérité, exciter même un certain enthousiasme ; mais jamais ils ne parleront à Tâme comme nos vieilles basiliques.

Il ne faut pas s’en étonner : l’architecture des peuples païens ne pouvait ressemblera celle des peuples chrétiens. Celle-ci emprunte son caractère à une religion surnaturelle; elle est donc, comme elle, mystérieuse, ineffable. La première ne fut créée que pour abriter des dieux sans grandeur , assujettis, comme nous, à toutes les infirmités morales, rivaux les uns des autres, rougissant la terre de leur sang, soumis aux arrêts du Destin, divinité aveugle et cependant plus puissante qu’eux tous. Pour de semblables divinités , il ne fallait qu’une demeure un peu plus ornée, un peu plus vaste que les demeures ordinaires. Mais au Dieu vivant, au Créateur, qui a semé sous nos pas, dans l’univers, les plus ravissantes merveilles, ne fallait-il pas offrir un temple vivant, animé; une Jérusalem nouvelle^ parée de ses plus riches ornements ^ comme une fiancée qui va paraître devant son époux ; un palais d'un or pur , semblable à du verre très-clair ; une ville dont la muraille de jaspe repose sur sept fondements ornés de toutes sortes de pierres précieuses? Pour notre Dieu, qui ne connaît de limites que l’infini , le peuple chrétien devait imaginer un temple immense, où l’agrandissement des ouvertures, l’allongement des formes, l’emploi de Pogive, la suppression des architraves, le rare usage des corniches continues produisissent cette illusion de perspective qui donne à nos vastes églises une apparence plus vaste encore.

L’architecte chrétien ne dédaignera point les ornements intérieurs; mais ici les saintes cérémonies du culte, la prédication évangélique instruisent l’esprit et parlent au cœur. A son tour, l’extérieur se déroulera comme un grand livre de doctrine, où l’artiste a gravé sur la pierre

la morale évangélique, les vérités éternelles, les promesses de la vie future, les combats de Jésus-Christ, les triomphes de l’Eglise.

Enfin, le temple chrétien s’élèvera au centre de la cité, comme l’hommage grandiose de tous les arts envers le Dieu unique et tout-puissant. Nos pères l’avaient compris, en plaçant le temple du Dieu véritable sur l’emplacement de l’ancien Capitole rémois.

C’est ce grand livre que nous allons parcourir. Nous nous arrêterons d’abord aux endroits les plus marquants, aux portails ; nous examinerons ensuite les différentes parties qui relient à tous les étages les trois grandes façades de l’édifice.

DESCrUPTlON DE LA CATtIKDJULE DE REIMS.

ARTICLE r\

Page 1