I. CAUILI.ON ET IIÜIU.OGE
Au cenlre tlo la croix ilo l’c^Oisc , s’élevait jaJis une nôclie (iu(‘ ilétruisil riiicendic de 1481. Fdle élait audessus du luaîirc-aulel comme un pavillon d’iionneur , annonçant (juc dins cette jiartie de l’église s’opéraient les saints mystères
Longtemps, avons-nous dit, le Chapitre eut le projet de la rétablir; les travaux furent commencés et repris à diverses époques. Sur les (piatre piliers de la croisée ont été jetés quatre grands arcs en plein-cintre, remarquables par leur écho (1), sur lesquels s’élève une charpente qui devait servir de base à la llèche. Les travaux furent arretés en 1495, repris en 1506. Des ouvriers célèbres de Beauvais, d’Orléans, de concert avec des architectes, dressèrent le plan de cette flèche, dont les travaux, faute d’argent, furent définitivement arrêtés en 1512 (2).
(1) Dans l'intérieur des conit)Ies, au-dessous des arcs destinés à soutenir la tlèche centrale, on remaniue un écho singulier. En se tournant vers un des piliers d’où partent ces arcs, on peut, en parlant à voix basse, se faire entendre très-distinctement à l’extrémité opposée de l’arc ; il y a quarante-trois pieds et demi de distance d’un point à l’autre.
Là, dit M. Tarbé, se trouvait un autel placé sous l’invocation de sainte Anne; il fut élevé vers 1581 par Pierre Remy, Pierre Frizon et Hubert Morus, dignitaires du Chapitre.
(2) « L’on fit un dessin pour faire un clocher sur le milieu de l’é- « glise, lequel n’a été fait, mais seulement commencé, et y est seulement » le gros pavillon carré, fait avec un assemblage admirable. «
(CocQUAULT, ad ann. 1495, t. IV, p. 105.)
L’on commença, sur la fin de cette année, de faire
Ad annum 1.5 12 : «
C’est alors qu’à la place de cette flèche, et sur sa base, on disposa, en 1757, une construction carrée, destinée à renfermer le mécanisme de l’horloge et à porteries cloches du carillon (1).
Les faces extérieures du pavillon qui soutient l’horloge et. le carillon sont couvertes de larges feuilles de plomb elles furent ornées de fleurs-de-lis dorées, si l’on en juge par quelques-unes apparentes encore en certains endroits.
La plate-forme est entourée d’une grille en fer sur laquelle restent les fragments de fleurs-de-lis en plomb que l’on mutila en 1793.
La cloche du milieu, Jacquette, sur laquelle frappe un énorme marteau à chaque heure du jour et de la nuit, donne le son de mi. Elle est placée sur un poteau recouvert de lames de plomb. Tout autour, sont suspendues à des barres transversales douze petites cloches neuves qui, d’heure en heure , répètent l’hymne du temps ; chaque demi-heure et chaque quart-d’heure sont annoncés par un verset ou un répons. Les cloches qui précédèrent celles qui existent maintenant, avaient leurs noms, leurs parrains, leurs armoiries; les nouvelles auraient dû perpétuer ces souvenirs historiques, et recevoir les mêmes inscriptions.
Nous n’osons entreprendre la description du carillon, tel qu’il est aujourd’hui.
Le mécanisme même de l’horloge est en mauvais état. Espérons qu’un jour la fabrique de Notre-Dame de Reims suivra l’exemple de celle de Ghâlons, si fière de posséder un des plus beaux carillons de France.
» un clocher au milieu de la croisée de l’église ; mais, l’argent man- » quant, ne fut pas achevé, et fut converty en pavillon. »
(1) Ces cloches, avant 1757, se trouvaient dans la tour méridionale; elles avaient été fondues en 1754, comme l’indique l’inscription placée sur chaque timbre, au-dessus des armes du Chapitre. .
CLOCHER A l’aNCE.
H. CLOCHER A l'ange.
A rextrémilc du grand comble, sur la croupe du toit, est assis un clocher octogone surmonté d’une flèche aiguë à faces pleines, recouverte de lames de plomb posées en hâtons rompus. Sur le sommet, un ange en cuivro*., portant une croix et regardant les cieux, indique, en tournant, la direction du vent. « Get emblème religieux , dit » M. Lejeune, en marquant à tous les instants du jour » le point d’où le vent souffle, semble annoncer en même )) temps qu’il n’existe sur la terre aucune contrée inac- » cessible au salut du monde (1). »
Le clocher , tout en bois , a de largeur 4»^ 50^ à sa base, et 18"^^ de hauteur totale. Il se compose de huit arcades trilobées, couronnées de pignons, et portées par huit piliers, A ceux-ci se relient des arcs-boutants, s’appuyant sur des contre-forts terminés en clochetons, et entre lesquels se voit une balustrade à quatre feuilles. Cet ensemble repose sur un encorbeillement orné de huit statues en plomb.
Un escalier intérieur pratiqué dans la charpente conduit à la base; puis on monte dans la flèche par une échelle en fer, et aux deux tiers de la hauteur, une lucarne ouvre un passage au-dehors. On ne peut arriver à l’extrémité de la flèche qu’en posant le pied sur des fiches en fer placées de distance en distance ; on pénètre enfin par une porte dans l’intérieur de l’ange : ascension périlleuse que peu de visiteurs voudront essayer.
Ce clocher nécessita, à diverses époques, des réparations assez importantes. Gocquault en mentionne une en i597 (2).
(1) Description de Notre-Dame de Chartres.
(2) « La nécessité de la fabrique de Reims était si grande, et la réfecy> tien de l’église si nécessaire et pressante au petit clocher de l’église de
— Enl612, l’ange avait été en partie brisé par un ouragan ^ dont l’histoire a conservé le souvenir. Le 4 Mars 1613, il est { replacé, doré à neuf. — En 1776, les statues en plomb sont également réparées, les poteaux refardés; mais en 1793, l’ange est de nouveau enlevé, et n’est relevé qu’après la | tourmente révolutionnaire. Il a été de nouveau descendu le 13 Septembre 1860, par ordre de M. Viollet-le-Duc, pour être réparé. Mais le mauvais état dans lequel il fut trouvé, obligea de le refaire à neuf.
Sur le pied on lit ces mots : « De l’ordonnance de M^^s du » Cbap^e^ à la dilligce de MM. Robin-Guériot, Serval, Au- » bineau, Elamain et Payon, on a faict racornmoder cest » ange rompu du vent en l’an 1613. De Bovillon me fit le » bras gauche rompu du vent, l’an 1613, et fu descendu M le 21 Janvier. »
Ce clocher renferme une petite cloche : elle y fut placée, dit M. Povillon, en 1439 (1). Elle s’appelait Marson, nom qui lui vient de ce qu’elle n’était sonnée qu’une fois l’an, le 1^»' Mars, pour annoncer le retour des travaux de la campagne. Elle était aussi nommée Cloche d'argent^ non point (ju’elle soit d’argent, mais parce qu’elle appelait les employés de l’église chez le trésorier pour la paye. Maintenant encore, et en vertu d’une fondation déjà
» Reims, qui est d’une admirable structure, que l'on fut contraint de » vendre les joyaux, d’argenterie de l’église de Reims Lour ce faire, fut » obtenue permission de la cour i)our vendre jusqu’à 2,2C0, et furent » vendusles pieds de la belle croix etdu chefdesaint Nicaise, qui pesaient » 112 marcs d’argent doré, qui furent vendus 19 livres le marc à un nommé » Henri Basin, de Reims. Mais il s’est reconnu depuis que tous ceux qui » se sont mêlés de celle vente ont eu de grands maux aux pieds, et de » mon temps, j’ai vu ung que ne veuille juger, remettant cela à Dieu, » (CocQCAiiLT, t. IV^, p. 557, adann. 1597.)
fl) La cloche aclucllc ne peut être celle dont parle M. Povillon; elle a dû être délruite dans l’incendie.
CLUCllEIl A l’ange.
ancienne, elle csl sonnée tous les jours à la messe Ju Chapitre, au moment de l’élévation (I).
Cherchons à préciser, et. l’origine de la lléclie, et la signification des statues (|ui l’entourent.
Le clochei’ à l’ange n’est pas du XIÜc siècle, comme le veut M. ïarhé ; il date du siècle.
Quand môme on admettrait (ju’il y eut une llèche au chevet en 1481 , le l’eu, en réduisant en cendres (oui legi’aml comble, l’aurait nécessairement détruite, puisi|u’elle était placée au foyer meme de l’incendie.
Le procès-verbal de 1192 atteste que le clocliier au bout tViceluii chevet doit être léédifié (2). En 1500, M. Régnault du Mont, chanoine de Reims, donnait le restant de ses biens pour plusieurs fomialions, et pour achever de l’econstruire le toit et le petit clocher (8j.
Les figures qui supportent cette flèche ont donné lieu à bien des interprétations ; les uns, comme Lacoui t^ ont avoué qu’ils n’en connaissent [)as la signification (4); les
(1) 21 Février I59l. Donation faite par M. Antoine de Heanchesnc, clianoine et aumônier de Eabbaye de Saint Pierre-les-Dames, de 33écus et 20 sols (100 francs), à la charge de faire sonner perpétuellement la sonnette du clocher à l’ange, à l’élévation de la messe du Chapitre, laquelle clochette (dite des enfants de chœurj le fondateur désire être appelée le son du Très-Saint Sacrement.
<i J’ai lu quelque part que cette clochette, dans toutes les églises, était » pouravertir les fidèles de ne pas laisser entrer de protestants, parce « qu’une fois, un d’eux, forcené, avait voulu massacrer le prêtre à l’autel » (mais c’est plutôt, comme le dit le fondateur, pour engager à adoier le
Très-Saint Sacrement). »
(Note de Lkmoine ou du copiste.) Lay. 15, lias. 23, n“ 16.
(2) Tome pièces justificatives, p. 406.
(3) Lay. 14, lias. 22.
(4) « Au chevet de l’église s’élève une flèche délicate dont la base est
historiée par huit figures dont les unes sont nues et percées de coups,
» ou Ton voit le reste des couleurs qui marquent le sang ; les autres ont
autres y ont vu des habitants de Reims suppliciés pour avoir voulu livrer la ville aux ennemis. Bidet, dans ses mémoires inédits, et après lui Anqneîil , ont inauguré une autre version ; ils y trouvent un souvenir de la Miqnemaque dQ 1461. « Celte réflexion paraît d’autant plus » vraisemblable, dit Bidet, que la sédition du mois d’Août » 1461 étant arrivée quelques années avant Tincendie de )) ce clocher et son rétablissement (1), les notables habi- » tanls de Reims, qui n’y avaient eu aucune part, auront » été bien aises, pour laisser à la postérité la mémoire de )) ce jugement, et contenir la populace par cet exemple » de sévérité, d’exposer au haut de cette église, et à la » vue d’un chacun, les figures de quelques-uns de ces » suppliciés, dont l'un porte une bourse attachée devant
lui, de laquelle il paraît tirer de l'argent, et un autre » un registre sous le bras : ce qui constate et réalise par- » failement cet hiéroglyphe. » Ce registre , selon Anquelil, n’est autre chose que les rôles d'impôts qui paraissent être la cause de la rébellion. Pour donner à cette assertion plus de certitude, unM. Alboize a découvert dans son imagination une lettre de Louis XI à son successeur ; le roi lui déclare que, s’il contribue b la reconstruction delà cathédrale, il devra exiger un monument qui rappelle la sédition du peuple et la vengeance du roi, afin que le crime et le supplice soient éternellement sous les yeux des Rémois.
M. Louis Paris, dans son Histoire de la chapelle du Saint‘Laict, a fait justice de celte interprétation. « Ces » figures, dit-il, ne nous paraissent pas représenter des
» la main à la bourse, comme pour exprimer que ceux qu’elles repré- 1) sentent se sont rachetés par argent ; on ne sait pas précisément ce que » l’on a voulu signifier par là. »>
(Lacourt, Eglises de Reims, t. II.)
(1) Rifiel se trompe évidemment ici ; l’inrcndic eut lieu en H81,
CLOCHER A L A-NÜE.
» [)crsonnes punies ou mortes dans les supplices. Elles » ne sont point à genoux (comme le dit M. Alboize), elles » ne portent point de marijues de flétrissure, ne présen- » tent pas des livres ou des rôles d’impôts, et enfin ne » sont pas percées de coups. Ce sont tout simplement des )) supports élégants, des cariatides d’autant plus curieuses » que, contrairement aux habitudes des aichilectes mo- » dernes, l’artiste en a pris le modèle dans les figures, » dans les personnages de la société bourgeoise du temps. « On retrouve dans ces statues (et voilà la seule chose » que nous puissions accorder aux faiseurs de symboles) i) le portrait des gens des diverses classes de la so- » ciélé au temps de Louis XI et de Charles VIII. Ce que » les interprètes ont pris pour des blessures ou des stig- » mates flétrissants, ce sont tout bonnement les clous qui )) fixaient ces ligures à la charpente (1). »
A ces raisons nous en ajouterons une (jui est péremptoire. La sédition dont parle Bidet eut lieu au mois d’Aoùt 14Gi : elle précéda de vingt ans l’incendie. Le clocher ne fut refait qu’après 1500. Est-il vraisemblable que l’on ait représenté, après quarante ans d’intervalle, avec ces marques flétrissantes , ceux que le peuple devait plutôt regarder comme les défenseurs de ses droits? Louis XI , qui ne donna rien pour réparer les désastres de l’incendie, ne pouvait exiger qu’on y rappelât la vengeance par lui exercée ; et les notables de Reims, en 1*500, n’avaient plus d’intérêt à éterniser la mémoire de la Miquemaque de 1461 .
M. Paris dépeint ainsi ces huit personnages, que Collard Lemoine n’indique qu’au nombre de cinq :
« Le premier n’est qu’un buste : il est enclavé dans le » pignon du chevet. Il est le plus caractérisé : sa main gau- » che est reportée vers son épaule droite, comme un
(I)Marloi, édit, de rAcademie, t. IV, p. 247. Note de l’cditeui’.
216 DESCrxlPTlON DE LA CATHÉDRALE DE REIMS.
» homme qui charge quel{|ue chose : ceüe chose, c’est )) le clocher. Son air est mâle et énergique ; il est coiffé » d’un bonnet dont la forme phrygienne pourrait bien » être le fait d’une restauration moderne, ainsi que la » pipe qu’un facétieux plombier de notre époque a jugé » a propos de lui mettre à la bouche. C’est l’image au » naturel de l’homme du peuple, du fort ouvrier.
» Le second, mutilé, amoindri dans ses dimensions, a » été soumis a une sorte de réparation qui lui a fait » perdre la forme de son vêtement ; cependant, on y re- » connaît, fort bien caractérisée, la tête d’un clerc, d’un » homme d’Eglise. Il lient de la main gauche un rouleau ; )) c’est là ce que les commentateurs appellent des livres ï) d’impôts ; à ce compte, je me fais fort de trouver, dans » les statues qui décorent la cathédrale, deux cents per- » sonnages tenant des livres d’impôts
» Le troisième est le véritable bourgeois du temps. Sa » figure respire cet air de bonhomie que nos vignettes du » XVe siècle donnent aux gens de cette classe. Il est vêtu » de la robe longue à capuchon; il porte la main droite » au pectus, et la gauche repose le plus naturellement du » monde, à la ceinture qui maintient la robe.
» Le quatrième, vêtu à peu près de la même façon, )) et coiffé d’une espèce de toque, nous paraît être la )) figure d’un marchand ; celui-là porte l’escarcelle, cette )) sorte de gibecière si fort en usage au temps de Louis XI » et de Charles VIII ; ses deux mains s’y joignent , et » semblent y prendre ou y verser quelque chose. Les » traits communs , quoique fortement accusés, de sa » figure, pourraient bien n’êlre que ceux d’un ouvrier \) charpentier, et cette escarcelle, la poche dans laquelle » il met ses moindres outils. Quoi qu’il en soit, c’est » ce personnage qui a donné lieu à la fable que nous » avons refutée. En effet, ses mains fouillent à l’escarcelle, » évidemment pour y puiser l’argent de l’impôt, cause de » la révolle !!!
CLOCHER A l’ange.
» Le cinquième est le moins commode pour l’inlerpré- » talion de Bidet et d’Anquelil. Celui-là est vêtu en em- M pereur romain ; il a la chevelure tombante, le paliida- )) mentum ou manteau, qu’il relève de la main gauche; la ); droite retombe naturellem^nh et dans les traits de la
figure, de la pose et du geste, tout respire raulorilé, » le commandement. Bien que ce ne soit pas le costume » ordinaire aux princes de l’époque, nous y trouvons la >j personnification de l’altière aristocratie, et nullement » l’expression d’un homme supplicié.
» Le sixième est moins ber : c’est un personnage nu O jusqu’aux reins, dont l’expression de figure annonce la » souffrance. Il porte la main gauche à l’oreiile, et semble » tenir sa tête. Nous ferons remarquer que, comme caria- » tide, cette pose est toute naturelle.
» Le septième, vêtu d’une longue robe, croisée sur le 8 devant en forme de rochet , et coiffé d’une toque , y> s’appuie de la droite sur une crossette. Sauf cette » dernière particularité, sa figure n’offre rien de remarj> quable.
D II n’en est pas de même du huitième : nous sommes » forcé de convenir que celui-là, vêtu à peu près de la » même façon que les autres, a cependant l’apparence » d’une personne mise à la question, à la gehenne. Sans )) parler de l’espèce de corselet qui lui serre le haut de » la poitrine , et qui pourrait bien n’être que le travail » d’une réparation grossière, le bas des jambes est sous » un étau qui les comprime, à moins que celle sorte de » bourrelet, que nous n’avons pas eu le loisir d’examiner » de très-près, naguère partie intégrante du vêtement, » ne se soit détachée de la robe même, par une solution de î continuité que le temps aurait occasionnée. Il resterait » encore la forme affaissée de l’individu, la pose de ses » pieds sur une sorte d’escabeau qui semble les tenir » enfermés.
D Enfin, nous signalerons à chacune de ces curieuses » cariatides les deux énormes clous qui les fixent aux i) estiaux de maître Collard Lemoyne, et qui, aujourd’hui, « ou trop enfoncés, ou rompus à la tête, ont laissé sur » chacune, à la poitrine et aux genoux, des traces, que les D commentateurs n’ont pas manqué de prendre pour de » flétrissants stigmates.
» Ces figures sont bien du siècle ; elles représen- » lent les bourgeois rémois de celte époque , et sont » l’œuvre fortuit ou capricieux de l’artiste, qui a donné à » ses statues le caractère qu’il a voulu. Si les habiles, les » curieux veulent y voir une intention satirique, libre à li eux. Toujours est-il qu’elles n’ont de rapport ni avec » Louis XI, ni avec Charles XIIl, et qu’elles ne ressem- » blent en rien aux statues qui couronnaient les colonnes D de l’ancien maître-autel, statues du Ville ou du IX^ )) siècle (1). D
(1) M. Louis Paius.
CIIAIMTIU'; TUUISIMMi:.
uivANT M. Boiirassé,
« lorsqu’on pcnèlrc » dans rinlérieur de » la cathédrale de » de Reims , on est » frappe de l’aspect » imposant cl de la simplicité de l’é- » dificc; on éprouve un vif sentiment » d’admiration, quand, aux derniers rayons » du soleil couchant , placé au fond de » l’abside , cm examine l’effet de la lumière )) dans les vitraux , dans les voûtes , les » galeries et les colonnes. C’est une des per- » spectives les plus pittoresques et les plus » saisissantes que l’on puisse imaginer. »
Ces sentiments du savant archéologue , tous les visiteurs les partagent, et cependant Notre- Dame n’a plus son aspect primitif, depuis que les verrières des bas-côtés ont été détruites , que les pierres et les arêtes des voûtes ont été couvertes d’un affreux badigeon . Autrefois, lorsque l’intérieur ne recevait de toutes parts
DESCfUPTlON DE LÀ CATIIÉDUÀLE DE UEIMS.
qu’une lumière douce et tempérée, la cathédrale semblait avoir plus de largeur et moins de profondeur; l’œil n’élait pas arrêté à tous les instants par les travestissements fju’une mauvaise peinture a fait subir aux cordons, aux chapiteaux, aux galeries, aux nervures et aux voûtes; les lignes architecturales paraissaient plus harmonieusement unies.
Si, au lieu de se placer, avec M. Bourassé, au fond de l’abside, d’y conlem[)ler les derniers feux du soleil se jouant dans les rosaces du portail, le visiteur gravit les tours et se transporte dans la galerie intérieure ménagée au-dessous de la grande rose, à la hauteur des fenêtres parées de leurs vitraux historiés , il se croira ramené au temps oii régnait dans le temple celte religieuse obscurité si bien comjuise de nos pères. Le regard plonge alors sous les arceaux gothiques jusqu’à la chapelle de l’abside : les aicades du triforium se dessinent de prolil, les colonnes s’alignent comme les ai hres d’une belle avenue, lançant dans les airs leurs rameaux giganlescjues. « Les jours M distribués avec art, et ijui dessinent, sans les éclairer, » ces grandes niasses, les hauts piliers entre lesquels un » rayon semble (pichiuefois s’échapper pour faire sentir » plus vivement la présence du Maître du ciel et de la » terre; ces voûtes (pic la perspective allonge, et sous les- » quelles roulent les sons mélodieux de l’orgue, mêlés aux » voix éclatantes des fidèles; ces voûtes qui, redevenues j> silencieuses , retentissent encore, aux approches de la » nuit, des pas timides de la pénitence solitaire , tout 5 élève l’esprit, tout parle au cœur , tout raconte l’imj mensilé de la puissance divine. »
Aucune irrégularité ne vient ici offenser la vue. Tous les arceaux des voûtes sont à la même hauteur, le chœur ne domine pas la nef, et le sanctuaire n’est pas jilus élevé (jue le chœur. Les clefs qui reçoivent les arêtiers sont uniformes cl n’ont jioinl cette saillie «pic l’on rencontre
INTÉUIEUU DE L\ CATIIÉDIIALE.
dans les éj^discs d’une épocjue |)OSlérieure. Aussi, (juand, de celte galerie, le visileur, doininanl tout le vaisseau, en mesure la profondeur, lorsqu’il examine ces chapelles rayonnant autour de l’ahside , les vitraux modernes du chevet , (jui s’elTorcenl de rivaliser d’éclat et de richesse avec ceux du rond-point, il reste muet d etonnement et de bonheur.
Nous conseillons au visileur celle ascension sans péril et si pleine d’émotions. C’est le véritable point d’où il pourra saisir toute l’harmonie du monument, comprendre la sublimité de celle architecture golhi(|ue, (jui, « aiïran- » chie par la Ilédemplion, donne, jiour ainsi dire, des ailes B à la matière, cl monte au ciel comme une prière. Ici, les B proportions modulées de l’art de Uome et d’Alhéncs sont O dédaignées; les colonnes, débarrassées du poids écrasant » de leur entablement, s’élancent en nervures vers la voûte, » (ju’elles supportent à des hauteurs prodigieuses ; les » murailles semblent délivrées des lois ordinaires de la » [)esanleur, tant elle.^ sont légères et transparentes. A voir » l’cnccinle tout entière inondée d’une clarté mystérieuse, )) la voûte étendue comme un vaste pavillon, on croirait i* une lente enchantée (|ui, sous un soufTle de chérubin, » SC déroule, immense et magnifi(|ue, aux regards qui la » contemplent (1). »
Avant d’entrer dans l’examen délaillé de l’intérieur de Notre-Dame, jetons un legard rapide sur les proportions intérieures d’un monument aussi remarquable par sa régularité (|ue par la richesse de son ornementation aixhileclurale.
(l) Notre-Dame de Chartres, par M. l’abbé Bulteau,