‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 90 sur 257 · CHAPELLES ABSIDALES · texte numérisé non relu

CHAPELLES ABSIDALES

Les chapelles absidales de la cathédrale, élevées vingt ou vingt-cinq ans après celles de l’église Saint-Renii de Reims, sont évidemment imitées de ces dernières, mais elles ont plus d’ampleur et ne sont pas masquées à l’entrée par des colonnes isolées.

Ces chapelles, au point de vue architectural, et c’est le seul (]ue nous envisageons ici , méritent d’être étudiées avec soin. Nous laisserons parler M. Viollet-le-Duc.

(( Les chapelles , commencées sur un plan circulaire » comme celles de Saint-Remi, deviennent polygonales au » niveau de l’appui des fenêtres : c’est la transition entre » les deux systèmes roman et ogival.

» Les architectes soumis aux principes de l’école ogivale » reconnaissaient que les archivoltes des fenêtres per- » cées dans un mur cylindrique poussaient au vide ; » 2° que les meneaux ne pouvaient être établis solide- » men qu’autant qu’ils se trouvaient dans un plan droit ; » que leur taille, suivant un plan courbe, présentait des ï» difficultés insurmontables. Ainsi, en adoptant les me- » neaux comme châssis de fenêtres et pour maintenir les » vitraux, on se trouvait forcément entraîné à abandonner » la forme cylindrique dans les absidales aussi bien que » dans les grandes absides. Mais la rencontre des meneaux » avec les talus circulaires du soubassement nécessitait » des pénétrations compliquées, un raccordement présen- » tant certaines difficultés ; on trouva plus naturel de » prolonger la forme polygonale jusqu’au sol. Pour nous » résumer , l’habitude des constructions romanes fait

» commencer , au Xlïle siècle , des chapelles sur plan » circulaire; le principe de la construction adoptée fait i) renoncer au plan circulaire en construisant les fenê- » 1res, surtout lorsque celles-ci sont garnies de meneaux ; » ce principe, une fois admis, fait abandonner la forme » cylindrique , même pour les soubassements, et com- » mande la forme polygonale ou prismatique dans les » plans des chapelles. 11 y avait dans tout le système ogival » des données impérieuses qui forçaient ainsi les archi- » tectes, de déductions en déductions, à l’appliquer avec » plus de rigueur, quelle que fût la force des traditions » antérieures. Toutefois, h Reims, l’architecte sut se tirer » avec adresse du mauvais pas où il s’était, engagé en » fondant les chapelles sur plan circulaire ; mais la len- » talivenefut guère renouvelée depuis : on avait fait là, » évidemment, ce que nous appelons une école.

» Nous donnons le plan inférieur d’une des chapelles » absidales de la cathédrale de Reims, qui indique comment » les meneaux viennent pénétrer le talus conique couron- V nant le soubassement à l’extérieur. Suivant le mode » champenois, il existe une circulation au-dessus du sou- » bassement décoré d’une arcature à l’intérieur. Les » fenêtres se trouvent ainsi, comme à Saint-Remi, comme » à la chapelle de l’archevêché de Reims, comme à la » chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye, ouvertes » dans un renfoncement produit par la saillie intérieure » des piles. A Reims, cependant, on ne retrouve pas le » formeret, isolé de la fenêtre par un plafond portant le » chéneau; c’est un ébrasement concentrique au formeret » qui sépare celui-ci de la base.

» La proportion de ces chapelles est des plus heureuses; » les détails de la sculpture et les profils sont traités » avec la plus rare perfection (1). »

(1) Viollet-lk-Duc, Dict. d'arch., tom. II. p. 169, 170, 171.

INTÉRIEUR. — CHAPELLES ÂBSIDÂLES. 253

Les arcaliires que signale M. Viollet-le-Duc, simulent (les arcades taillées dans le mur. Elles reposent sur des colonnes tangentes au refouillement» et portent sur une petite plinthe saillante. Cette décoration se rapporte au style primitif du Xlll® siècle.

Dans les mêmes chapelles, au-dessus des soubassements, dans les parois latérales faisant suite aux fenêtres, on voit une autre décoration d’arcatures plus délicates et s’élevant jusqu’aux voûtes. Celte décoration est composée de lancettes accouplées, surmontées de rosaces à lobes.

Ces lancettes, au nombre de quatre, jointes aux trois fenêtres géminées à jour , divisent la chapelle en sept parties, et motivent les sept compartiments de la voûte séparés par des nervures, unies par une seule et même clef.

La chapelle absidale, étant plus profonde, a de plus que les autres deux fenêtres simulées qui font à elles seules une travée de la voûte.

Les deux chapelles placées en retour de la croisée qui avoisine les transsepts, n’ont point d’arcalures appliquées sur le mur. Celui-ci ne diffère en rien du mur ordinaire qui longe les côtés de l’église. Au-dessus de la galerie s’ouvrent deux fenêtres, une tout à jour, l’autre fermée à moitié par le contre-fort. Une troisième est simulée sur la face en retour de la chapelle.

Nous nous contentons de faire connaître en ce moment l’architecture des chapelles de Notre-Dame ; les autels seront décrits dans le chapitre où nous parlerons de l’ameublement de la cathédrale. Dans notre premier volume, nous avons dit les richesses d’ornementation, de sculpture et de peinture que ces chapelles renfermaient autrefois, et dont les a privées le génie destructeur du XVIIle siècle. Dans un article suivant, nous apprécierons les peintures murales, les vitraux par lesquels Monseigneur le cardinal Gousset vient d’inaugurer l’ère des restaurations.

ARTICLE VP

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