‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 95 sur 257 · VITRAUX DKS KKNI>.TRES ET DES ROSES · texte numérisé non relu

VITRAUX DKS KKNI>.TRES ET DES ROSES

Il y a dans les arts une théorie générale que comprennent même les intelligences qui s’en occupent le moins, et (jui leur fait goûter, sans qu’elles y pensent, les convenances et l’harmonie des grandes choses, frappantes pour tout le monde civilisé (î). La mode, le caprice, un engouement de (|uelques jouis pourront bien contredire celte grande loi, mais la contradiction ne saurait être que passagère ; l’heure de la justice doit revenir, où le bon goût fera accepter universellement ses infaillibles arrêts (i).

Le fait est aujourd’hui pleinement incontestable, rien ne se marie mieux à l’architecture catholique, telle que le Moyen-Age nous l’a faite, (jue la peinture sur verre. Mais l’apogée de cet art, dans scs rapports avec V architecture, c’est la peinture du Xlll'* siècle. Alors l’architecte prend sur lui la responsabilité de toute son œuvre, et pour y produire plus sûrement l’unité, il pense à tout ù la fois; il se fait en même temps maçon et verrier ; il dessine les sculptures de la pierre et celles du bois ; il dirige la cuisson et la coupe du verre; il trace au pinceau et à la pointe les images transparentes; il combine le mélange de ses oxydes métalliques ; il en essaie les effets de la même main, du même génie qui président à la taille des pierres , à la distribution des parties monumentales : et de tout cela il prévoit l’effet qui ne dépendra que de lui seul. Telle est la cause de l’union intime qui

(1) Hist. de la cathédrale de Pcitieis. t. I, p. 352 et suiv'. Nous empruntons à cet ouvrage , avec les modifications nécessaires pour les appliqiier exactement à Reims, presque toutes les observations qui suivent.

(2) La cathédrale a eu ses peintures murales, comme nous l’a montré l’étude de son histoire, tome L'', comme l’attestent, d’ailleurs, les fragments découverts sous le badigeon à l’ancienne chapelle du Saint-Laict.— La basilique de Saint- Remi a été peinte, dans toutes ses parties, par les moines du monastère. Les couleurs qui se voient encore sur les colonnes des galeries et les statuettes du chœur, autrefois peintes et dorées, le prouvent suffisamment.

règne, dans le beau siècle golhique, entre l’architeclure et les vitraux. A partir du XIV® siècle, au contraire, la décadence des deux arts est déjà toute simultanée; comme rarchilecte abandonne peu à peu les traditions sévères et pures de l’école régénératrice, le peintre-verrier devient un artiste à part; il se fait une manière à lui ; il pense à son ouvrage seul, s’isole de l’église qui l’attend; il peint pour lui et non pour elle ; de là une dégénérescence qui | se traduit en rapides successions de fautes capitales , dont l’art souffrira jusqu’à en mourir.

Les verrières de la cathédrale de Reims sont remarquables au plus haut point par ce mérite, d’être en harmonie parfaite avec l’édifice , dont elles sont ( sauf de rares exceptions) tout-à-fait contemporaines (1).

Les RR. PP. Cahier et Martin, dans leur description des vitraux de Bourges, ont donné de magnifiques planches de nos vitraux, et les ont accompagnées de quelques notes ; mais ce travail était incomplet. En 1845, M. l’abbé Tourneur présenta au Congrès tenu à Reims une étude des plus sérieuses sur les vitraux de Notre-Dame. Nous ne pouvions mieux faire que de lui emprunter presque toute sa description (2).

(1) L’église de Saint-Nicaise, élevée par Libergier en même temps que se construisait la cathédrale, était également ornée de vitraux historiés, que Dom Marlot a décrits ; les plus anciens décoraient les chapelles absidales Le premier cité par notre annaliste est un don de la reine Marie de Rrabant, seconde épouse de Philippe le Hardi.

(2) Ce mémoire fait vivement regretter queM. Tourneur n’ait pu continuer l’étude qu’il avait entreprise de notre cathédrale. Sa plume élégante aurait, mille fois mieux que la nôtre, redit les magniûcences de Notre-Dame de Reims. Nous saisissons de nouveau cette occasion de lui témoigner notre reconnaissance pour la générosité avec laquelle il nous abandonna uné grande partie des notes qu’il avait recueillies avec tant de patience et de sagacité

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