‹ Histoire et description de ProvinsChapitre 11 sur 66 · I.e Bourg-Neuf qui occupe le long mur du nord, présente · texte numérisé non relu

I.e Bourg-Neuf qui occupe le long mur du nord, présente

un giaud (léveloppeiUL'iil de lortilkalions anti(|ues, très intéressantes par leurs rornics variées, leur solidité et leur position sur une suite de rochers escarpés. Cet établissement militaire, très étendu, otlVe, dans son milieu, un ^rand carré de maçonnerie (pii sort de ralignement du mur des fortilications. Cette partie saillante, (|ui l’orme une terrasse très élevée, est soutenue j)ar un mur épaulé} de sept f^ros piliers en arcs-l)outanls, et se termine, à sa partie supérieure, par un mur d’appui ou |)arapet régnant le lon^ de cette terrasse qui peut avoir cent vingt pieds de longueur. Cette terrasse a vue sur la gorge d’où sort la rivière Durtein. En arrière de cette terrasse, il se trouve des restes d’anciennes constructions ,* e., plus dans l’intérieur, à une certaine distance de la terrasse, on voit un puits en partie comblé, et, plus loin, des ruines avec des entrées de caveaux murés qui ont l’ait partie du lh)urg-Neur. Aujourd’hui cet espace se trouve cou[)é j>ar un chemin (pii le traverse. Elus près de la terrasse, etàsa droite, est un caveau peu prolond, avec un bassin ipii re(;oit une belle sour(‘e, et un autre caveau (jui se partage en jriusieurs arrtres, dont irn, dit-on, s'étend au loin et sous la grairde place. A gauche de la terrasse, il y a encore un [urits et des bâtisses inrjKu tairtes.

Non-seulement ce (pt’on appelle aujourd’hui le IJourg- Neirl', mais les l’ortilications (pii sont sur ses lianes et (jui eir dépendent, méritent une attention particulière. Ce sont des constructions très massives et irrégulières. On y lemaripie d(‘s <uigles saillants , des l’oi iires rondes, de gros piliers, etc. On donnera à tout cela le nom (pie l’on voudra, comme ceux de bastion, d’ouvrages à cornes. Le tout r'st appuyé sur des rocher > à pic, v\ s’étendant depuis une poterne, dont les jambag('s sont très solidement apjiuNés, jusipr’au chemin des

Roches, près raocienne église de Notre-Dame, dans une étendue de cinquante toises. Des escarpements et des broussailles en dehors en rendent l’abord difficile. Cette belle partie de nos fortifications semble n’avoir jamais été connue. Tous les mémoires sur Provins ne parlent du Bourg- Neuf que comme ayant été autrefois le marché aux toiles : Allodiîim telarum. Le dessin qu’en ont fait MM. les artistes de Paris, et qui se trouve dans la collection des vues de Provins lithographiées, offre une perspective très pittoresque.

Nous avons fait observer que l’enceinte de l’ancien Provins, ou son périmètre, présentait constamment des lignes droites qui se coupaient par des angles droits ou obtus, à chacun desquels se trouve une tournelle qui sort, en grande partie, hors de la fortification. Cette ville antique, ainsi qu’elle se trouve circonscrite, offre donc un polygone , dont les irrégularités ont été nécessitées par les contours de la colline; car, où l’on n’a pas été gêné, on a observé constamment des angles droits. Ce qu’il est très à propos d’observer, c’est qu’on retrouve cette même distribution et cette régularité dans l’intérieur de la ville.

La place principale, et la seule, malgré les changements qu’elle a dû éprouver dans une succession de tant de siècles, présente encore un carré très spacieux (1) ; de plus, les rues et les ruelles, qui probablement étaient anciennement des rues, et les masses de maisons, offrent, en général, des carrés ou îlots ; c’est ce que les géomètres, employés au cadastre, ont observé, et ce qu’on peut vérifier sur les plans qu’ils ont faits delà ville haute.

(1) La vue de celte place se trouve clans la coliection des vues Ülhographices de Provins.

Tout cela vient h l’appui de ce que j ai dit de 1 origine et des fondateurs de Provins. Ces terrains, coupés carrément dans l’intérieur, prouvent que les fortiücations ont précédé les habitations, ou se sont faites en même temps; que tout

a été exécuté sur un môme plan, et que cette place de guerre

était aussi un grand camp; car les Romains observaient des formes régulières et carrées dans l’établissement et les distributions intérieures de leurs camps.

Après avoir fait connaître l’enceinte fortifiée de l’ancien Provins, et tout ce que l’intérieur de cette place contenait de remarquable, il semble que nous n aurions plus rien ù en

dire; mais notre tâche n’est pas finie.

Il nous reste à parler d’abord de deux murailles très épaisses, appuyées de tours, lesquelles se détachent en ligne dioite des anciennes fortifications, et se prolongent, comme deux ailes, en dehors de la place. L une de ces deux murailles fortiliées part de la tournelle Fanneron, et l’autre de la tournelle du Luxembourg, près le pinacle. Ces deux gros murs, encore assez bien conservés, et d’une solidité remarquable, descendent en ligne droite : le premier, jusqu'à la rivière Durtein, et le second, jusqu à la porte et au chemin de Pans.

On voit, par leur solide construction, qu’ils sont de meme origine que les anciennes fortiücations dans lesquelles ils se trouvent enclavés; et, ce qui le prouve, c’est qu’ils ont, à

une certaine hauteur, le chemin de ronde dont nous avons parlé, et qu’on voit à la tournelle Fanneron, à une certaine élévation, une porte en pierres de taille, jiar laquelle on descendait de la tournelle à ce chemin de ronde. Nous ferons la môme observation au prolongement du midi. Le mur de prolongement, qui sort de la tournelle banneron, est curieux à voir en dehors. (On a aussi lithographié la vue

de cette tournelle). Deux petites tourelles sortent du mur à une certaine hauteur, et sont portées sur un cul-de-lampe soutenu par un pilier de chasse très bien conservé, ainsi que le corps de la tourelle, sauf sa partie supérieure qui n’existe plus. L’entrée de ces tourelles, ou guérites, étaU sur le chemin de ronde. Les grosses tournelles, qui se trouvent en descendant, sont prises en dehors du mur. La tournelle du Trou-au-Chat est remarquable par l’épaisseur de son mur, qui a sept pieds, et par sa hauteur, quoiqu’elle vienne d’être rabaissée de plus d’une toise, parce que sa partie supérieure menaçait ruine. Vue en dehors de la fortification, elle est encore d’une grande élévation; elle fait partie des monuments de Provins lithographiés.

Au-dessous de cette tournelle, il s’en trouve une autre qui a été abattue presqu’au niveau de la terrasse du rempart. Plus loin, le mur a été coupé et a subi de grandes dégradations jusque près d’une tournelle tronquée que baigne l’eau de la rivière Durtein. Sur les fondations de ce mur détruit, on a élevé un simple mur, peu solide. On croit que les pierres de l’ancien mur, celles de la tournelle tronquée, celles de la tournelle rabaissée au niveau de la terre; enfin, les parements du gros mur, jusqu’à la tournelle du Trou-au-Chat, ont été employées à la construction des murs du rempart, et pour d’autres usages.

La tournelle tronquée, dont nous venons de parler, avait donc probablement la même hauteur que les autres qui se trouvent au-dessus. Il n’en existe plus que la partie inférieure ; elle présente un espace circulaire voûté, ayant son entrée au midi, et en dehors de la ville deux sorties au nord, donnant sur la prairie. (L’ouverture en dedans vient d’être murée; c’était, à ce qu’il paraît, un corps-de-garde.)

Voyons rautre |)rolongcmcnt du (‘(Ué du midi, lequel descend en ligne droite, comme nous l’avons dit, depuis la tournelle du Luxembourg ou des Anglais, jusqu’à la j)orte de Paris. Cette tournelle n’a cessé d’étre habitée que depuis quelques années. Elle est comme les autres, d’une bâtisse très solide, l.e haut mur qui la porte prend sa naissance dans le fossé. L’entrée qui mène à cette tour présentait d’abord une terrasse avec des parapets. Le propriétaire actuel, à qui appartient aussi l’abbaye de Saint-Jacques, ayant voulu se faire un passage de voiture pour communiquer avec le chemin de Saint-Nicolas, a abattu le mur de terrasse et le parapet, ou plutôt il en a arraché les pierres : on a aussi dégradé la tournelle, dont on a crevé la voûte, et cette tournelle, que les siècles avaient respectée, vient d’étre mise dans le plus grand état de délabrement. Le pinacle, dont anciennement elle faisait partie, vient d’éprouver le même sort; encore habité, il y a peu d’années, de meme que l’était la tournelle du Luxembourg, il ne présente plus que des ruines hideuses. Un génie destructeur semble j)laner sur notre ville, et accuser la faux du temps d’impuissance ou de trop de lenteur : ne pouvant lui dérober ses victimes, gravons-en le souvenir dans la mémoire de nos descendants.

On voit, à une hauteur moyenne, dans la tournelle du Luxembourg, une porte en })ierres de taille, ainsi que nous l’avons fait remarquer à la tournelle Fanneron. Comme à cette dernière, la porte conduit à un chemin de ronde qui descend à une tour carrée, et (jui suit le mur jusqu’à la j)orte de Paris. On voit qu(‘ ce prolongement, ainsi que celui du nord, ont tous deux été construits en même temps (pie les grandes fortilications, et (pi’ils en sont un appendice.

Dans la j»ar{ie basse d(' la lour carrée dont nous parlons,

il y a luic porte par laquelle on traverse le mur, au pied duquel se trouve en dehors une source abondante. Autrefois elle formait un petit étang qu’on a empoissonné ; aujourd’hui elle est reçue dans un grand bassin, dont l’eau surabondante s’écoule sous une arche qui traverse le chemin de Paris. Cette source s’appelait la Fontaine du Bourreau, et la Tour Carrée, la Maison du Bourreau , parce qu’autrefois elle était habitée par le bourreau qui n’avait pas droit d’avoir une habitation dans la ville. Cette fontaine qui, comme je le dirai, n’a pas été inutile aux Romains, devait, de leur temps, donner beaucoup plus d’eau. On sait que les sources vont toujours en diminuant; nous en voyons même se tarir.

Les deux prolongements dont nous parlons méritent une attention toute particulière. Que signifient-ils, peut-on se demander? Leurs murs défendus par des tournelles de cinq à six pieds d’épaisseur, de larges fossés qui sont encore très apparents (celui de la porte de Paris a ete en partie comblé et planté d’arbres depuis quelques années), ne renferment rien , semblent ne rien protéger, ne conduire à rien, et n’avoir aucun objet. A quelle intention ont-ils été construits? que se proposait-on? quel service j)Ouvait-on en tirer? Voilà le problème qui était à résoudre. Ces questions sont neuves, et personne ne s’en est jamais occupé. Je les propose à ceux ([ui sont d’une autre opinion que la mienne sur Vio^im’Agcndicum, et je les engage d’y répondre plus heureusement que moi.

Ces deux prolongements, lorsque l’idee tardive (à soixantedouze ans) m’est venue d’étudier nos ruines, m’ont d’abord embarrassé , et ont été assez longtemps 1 objet de mes méditations ; mais, en repassant ce que j ai dit de Provins, et des vues que se proposaient ses (ondatcurs dans les constiuc-

lions qui subsistent, j’ai vu que ces deux murs isolés entraient dans le plan général, et en faisaient même une partie essentielle. Ces deux appendices, qui, au premier abord, paraissent un hors-d’œuvre, vont sirvgulièrement appuyer ce que j’ai dit jusqu’ici.

Il y a toujours des saisons et souvent des années où les puits et les citernes de la ville haute ne suffisent pas pour les besoins du petit nombre d’habitants qui s’y trouvent aujourd’hui. On est forcé de faire descendre les bestiaux et les chevaux du labourage à la rivière, et, dans tous les temps, on est obligé d’y venir laver le linge ; mais, Provins, pendant la guerre des Gaules, étant une place forte, un camp où 56,000 hommes hivernèrent à la fois, avec tous les suivants de l’armée, étant un dépôt de vivres, et, par consé- (juent , renfermant habituellement une grande quantité d’hommes, de chevaux et de bestiaux, on voit qu’il était impossible de ne pas descendre sans cesse la colline pour faire pAturer et abreuver les clievaux et les bestiaux, pour faire du fourrage dans la prairie, et se procurer du bois de chautFage et de charpente dans la lorét qui couvrait le

vallon.

Mais, au milieu d’un pays ennemi, continuellement harcelé par une population guerrière et insoumise, sur les conlins du Sénonais, toujours en guerre et en révolte conire César, il fallait protéger la descente et surtout le retour des hommes, des chevaux et des troupeaux, qui, répandus dans la j)rairie, ou s’abreuvant h la rivière, pouvaient être facilement enlevés par un coup demain; il fallait donc pouvoir communiquer sans danger avec la rivière et la ])rairie. Nous avons dit (pie l’emplacement de la ville basse était anciennement rouvert de bois, c(' qm pouvait laciliter 1 approche de l en—

lîcmi, el lavoriser ses entreprises; mais les deux prolongements (’ortitiés, et un troisième dont nous parlerons, paraient à tout, et devaient assurer les communications.

Ce qui prouve la nécessité de ces prolongements, c’est ce qui est rapporté dans l’histoire du Sénonais. Voici ce qu’on lit dans l’almanacli de Sens, pour l’année 1821 : « Le Sé- (( nouais Drapés, à la tête d’une troupe qu’il avait formée,

<( avait souvent enlevé les bagages et les convois des Ro» (( mains; cela nous prouve qu’Agendicum n’était pas Sens, et que cette troupe de Drapés rôdait autour de Provins- Agendicum .

C’étaient donc de puissants motifs pour César d’ajouter à ^on Agendicum les prolongements dont nous parlons. Qu’on me dise à quoi ils auraient servi, si des rois de France, ou d’autres, avaient, commequelques-uns le disent, bâti l’ancien Provins? A chaque pas qu’on fait, on voit qu’il faut convenir que cette place est V Agendicum , et qu’elle fut construite par César, qui n’épargna rien pour la rendre propre à ses grands desseins et inaccessible à ses ennemis.

La source, que nous avons nommée la Fontaine du Bour¬

reau, rendait le même service que la rivière, dans la partie du midi. La rivière étant très éloignée de ce côté, les Romains n’eurent garde de négliger cette fontaine dont ils pouvaient tirer tant d’avantages, l’eau leur étant si nécessaire, comme nous l’avons fait voir : disons mieux, cette source très abondante leur était encore plus précieuse, sous certains rapporls, que la rivière; car cette fontaine est à l’abri des inondations, et l’eau en est t.oujours claire; ce qui n’arrive pas toujouis à celle de la rivière, dont le moindre orage ou une pluie de courte durée, rend l’eau très bourbeuse.

11 me semble aussi Irès jnobable (pie les Romains avaient

[)rès de celle foii laine et surtout sur la rivière, des aleliers. La cousomuiatiüu Irès cousidérable des besliaux par les armées, la grande quantité de clievaiix que la mort enlevait dans les combats, leur fournissaient beaucouj) de peaux. On devait donc chercher à en tirer parti, autant pour les besoins des hommes , ([ue pour le service de la cavalerie, les harnais des voitures de transport, etc. (1). On voit combien ces deux prolongements étaient utiles sous ce dernier rapport, et pour protéger ces élablissemenis : aussi, ces prolongements étaient bAtis à l’instar des grandes lorlilications , et , comme ces dernières , défendus par un large fossé.

Je suis môme très disposé à croire, ou j)lutôl il est indubitable que c’est d’un côté cette fontaine, et de l’autre l’avantage d’une rivière également au j)ied de la colline, qui déterminèrent les Romains à adopter le plateau de la ville haute pour accomplir leurs desseins et bâtir une forteresse dans un endroit aussi élevé.

iVous avons vu qu’attenant la tournelle Fanneron il y a une porte ou |)Oterne ap[)elée la j)orte des Vieux-Murs. (Cela me donne occasiori de faire une remarque : si nos anciens manuscrits nommaient, il y a sept ou huit cents ans, celte porte la porte des. Vieux-Murs , la construction de ces derniers peut donc remonter à César. ) De cette porte, on descend le long du mur de prolongement jusqu’à la rivière; de l’autre côté, au midi et le long du mur qui communique à la fontaine, il y a aussi un chemin qui se con-

(1) L’eau de la rivière Durtein est recomiue propre à donner plus de qualité aux cuirs (jue les eaux îles autres l'ivières. (Voyez la minéralogie ih’ IMovins )

linue jusqu'à celle fonlaiue, el, pour y arriver, il y avail, près la lournelle du Luxembourg, égalemenl une porle ou polerne qui s’ est appelée la porle Hodois , d’où parlail le chemin qui descend à la fontaine. On voit, dans ces dispositions, comme nous l’avons fait remarquer ailleurs dans toutes nos consiruclions , une sorte de symétrie el un plan

régulier.

Les deux murailles fortifiées, dont nous venons de faire connaître l’objet et l’utilité , sont très éloignées l’une de l’autre , et la pente des deux chemins est trop rapide pour les voitures ; il se trouve entre elles un fort long espace. Au milieu de ce grand intervalle, les Romains ont encore pratiqué une descente à la rivière et à la prairie ; mais par une pente plus douce, pour l’usage des voitures. C’est actuellement la longue rue montante de la ville basse à la ville haute (la rue du Murot). C’était un troisième moyen de communiquer à la rivière, à la prairie et avec les bois qui en faisaient partie, et dont les Romains avaient sans doute le plus grand besoin. Il était le plus facile, le plus utile, et le seul pratiqué pour les charrois. On voit qu’on en a adouci la pente, en la prenant depuis l’église oe Saint— Thibaut. Il aboutit au coude que fait la rivière au Pont— aux— Poissons, qui est 1 endroit où elle va s’éloigner de la colline.

Ce principal chemin en reçoit un autre beaucoup moindre : c’est le chemin des Écoles qui descend du Cloître, en suivant le mur extérieur des prisons. Ces deux chemins si importants, surtout le premier, ne devaient pas rester sans défense, et c’est aussi à quoi les Romains ont pourvu, et d’une manière plus particulière encore , comme on va le

voir.

Nous avons dit qu’au- dessus du mur de neuf pieds d’é-

|)aisseur (voyez ci-a[»rès), abattu près tics Oi|)heIines, et se dirigeant sur la grosse tour, commençait un mur d’embranchement sur lequel est appuyée la tour carrée du puits Certain.Ce mur, comme les deux autres dont nous avons parlé, de la place. C’est un troisième prolongement qui avait les mômes destinations que les deux autres; il servait à protéger le chemin qui , par sa pente plus douce, descend à la rivière.

Ce mur n’èlait pas moins fortifié que les deux autres prolongcmenls, s’il ne l’était davantage ; son genre de défense est curieux et très remarquable. A quelque distance du mur de la vieille porte, en descendant la rue du Murot, on voit, sur ce mur de prolongement, une bôtisse antique et très élevée, ([u’on appelle le Haut-Pignon, et qui anciennement était devenu riiôtel desBrebans (v. Ilreùans). Depuis ce grand pignon jusqu’au puits Certain, ce mur qui soutient une haute masse de terre est épaulé par d’énormes piliers de chasse de quatorze à ([uinze pieds d’épaisseur sur dix-huit pieds d’empalement en dehors, et à partir de la rue ils paraissent avoir cin([uante pieds de hauleur. Un d’eux jiorte de plus une espèce de donjon habité. Le puits Certain, qui est proche, est aussi j)our ce mur un pilier de chasse, ou en tient lieu. Cette masse de construction était probablement un fort qui, jiar suite, est devenu l’hôtel des Brebans.

On est étonné de travaux aussi considérables à la partie du nord du cloître, tandis qu’au midi le mur est presque nu; ce (pii ne prouve que mieux que ce prolongement si lortilié, et près de la vieille porte , n’avait pour destination que de défendre l’entrée de la place de ce côté, et d’assurer puissamment ses communications avec le bas de la (’olline, les bois et

la prairie. C’est sans doute j)arce qu’ils sont masqués par des maisons qui bordent la rue , que ees hauts piliers de chasse ne sont pas connus. Ce mur qu’ils appuient est bâti sur une continuité de rochers, ce qui fait qu’ils ne décrivent pas toutà-fait la ligne droite, comme le font ceux des autres prolongements.

Après le puits Certain, où se trouvent quelques ruines , le mur dont nous parlons soutient le terrain au nord du Cloître ; il paraît qu’il a été coupé dans sa hauteur ; il est soutenu par un contre-mur qui forme une large terrasse. Ce mur allait se rattacher à celui des prisons, près desquelles il se trouve interrompu aujourd’hui. Il y avait à cet endroit une poterne nommée la Fausse-Porte, et c’est là qu’est le chemin qui descend du Cloître, dit le chemin des Écoles. L’abbé d’Aligre fit abattre cette porte en 1678, et se servit des pierres pour construire le bâtiment de sa bibliothèque qu’il rendit publique. Il y a une soixantaine d’années, lorsqu’on a fait en pierres debout la petite chaussée descendante, on a arraché un reste de cette porte qui traversait le mur actuel des prisons et se continuait dans leur intérieur. Il soutenait en passant les chambres hautes des prisonniers, et allait se terminer sur le terrain du collège, où l’on voit encore de gros murs en ruines, lesquels sont dans l’alignement du mur de la Fausse-Porte. Voilà le vrai mur de prolongement des anciennes fortifications. Le mur en avant, qu’on voit le long du chemin des Écoles, est moderne ; sa bâtisse le prouve. Il était séparé de quelques toises de l’ancien mur qui portait les chambres des prisons, et il n’avait été construit ])Ostéricurement que pour maintenir plus sûrement les prisonniers, en présentant un obstacle de plus à leur évasion. L’intervalle cuire les deux murs élail profond ; mais il a été

rempli j)ar les démolilioiis il(;s [)risoiis, et relies du mur en avant, que l’on a rabaissé de plusieurs [)ieds.

C’était sur ie mur de prolongement, et [)articulièrement où sont les murs en ruines, qu’était probablement construit un fort qui dominait la colline, et protégeait la descente dans la prairie elles bois qui s’y trouvaient, reut-élre ces mêmes caveaux , qui , de notre temps encore , renfermaient des prisonniers, avaient-ils la même destination sous les comtes, et même du temj)s des Romains. Ces murs en ruines, vu leur épaisseur et leur forme , n’ont pu appartenir au palais des comtes, et avoir été bâtis par eux. Quelle différence dans leur construction, et celle du bêtimentqui existe aujourd’hui, et qui indubitablement était leur palais.

Les annales de Provins disent que remplacement des prisons faisait autrefois partie du parais des comtes, et que c’était là on étaient leurs cuisines. I.es chambres au-dessus où ont été depuis les prisonniers, étaient probablement le logement des olficiers des comtes et de leur nombreuse suite; car, dans les démolitions qui ont eu lien, il y a une quinzaine d’années, on voyait dans ces chambres des restes de peintures sur les murs. Quant aux souterrains, ils n’ont pu servir de caves , comme on semble le croire. Leur forme et celle des escaliers pour y descendre annonçaient qu’ils ne j)ouvaient servir à des usages domestiques : c’étaient des cachots. Une preuve que l’extrémité de ce mur de prolongement était un fort habité, c’est qn’on voit, dans ces murs en ruines, deux croisées d’un goût anticpie, et des restes de j)outres brûlées. Peut-être du temps des comtes ce fort existait encore, et il aura été détruit par un incendie. Ce qui me ferait croire (pie, dans tout cet espace que les prisons occupaient , il y avait de grandes forlilications , un fort enfin ,

c’est iju’à l’ungle du mur, pour arriver au collège, il y a une loiinicllc roiidc, cooîitib nous nvons vu (ju ciîiiGnt iGinnnos tous Igs angles des murs des conslructions romaines.

Indépendamment des deux prolongements dont nous avons parlé d'abord, d y en avait donc un troisième, et c est ce dernier j tous les trois sortent en ligne droite des forliO—

cations. Deux, à de grandes distances l’un de l’autre, descendent jusqu’à la prairie; le troisième, entre ces deux premiers, et à peu près à égale distance, se soutient au niveau de la ville haute ; il ne descend pas à la prairie, mais il se terminait par un fort qui la dominait.

Après ce fort , le mur qui embrasse le terrain du collège n’est qu’un mur de terrasse ordinaire, uniquement pour soutenir les terres du jardin des comtes. Il en est de môme des murs au midi du cloître» qui ont ete bâtis par des particuliers à qui appartenaient les maisons ; aussi sont-ils de peu de défense : c’est probablement ce qui a déterminé, dans le moyen âge, à élever une tour dans cette partie. (Voyez la tour de Cannes ou des Maréchaux, dans le Dict. Hist.)

Cette principale descente de la ville haute, dont la pente a été prise de l’église de S.-Thibaut, non-seulement était défendue par les bâtisses près le puits Certain, et par le fort qui terminait le troisième prolongement, mais, au nord de ce chemin, qui a pris le nom de rue du Murot, on voit, à de certaines distances , des maisons sous lesquelles il existe des fondations importantes, des caveaux éclairés par des soupiraux , et dont les murs très épais sont de la plus grande solidité. Je citerai une maison ou plutôt une bicoque au coin d’une ruelle au-dessus des Jacobins, connue anciennement sous le nom de rue des rroids-Manteaux. Sous cette maison qui paraît être une dépendance et avoir fait partie de l’hôtel

(leLalan, il y a deux caveaux run w l’aiUre, dans Fun desquels se trouve un puits, et, comme dans l’intérieur de l’ancien Provins, un souterrain ; il passe sous la rue et se prolonge très loin. On voit, à la solidité, à l’épaisseur, à la forme et à l’état brut de la maçonnerie , que ces constructions ne sont pas l’ouvrage des particuliers. Il existait probablement là un poste militaire fortifié. La grande maison à côté, l’hôtel de Lalan, renferme aussi de beaux caveaux. Il y a , au nord de cette maison , une large terrasse dont les murs très épais sont en ruines. On voit encore, en descendant la rue du Murot, d’autres maisons sous lesquelles se trouvent de grandes constructions; peut-être étaient-ce des portes qui défendaient l’approciie de la place, et protégeaient la circulation et les rapports journaliers et continuels avec la prairie.

En résumé l’ancien Provins était dans l’origine, non une ville, mais une place forte très importante, projetée, fondée et bâtie sur un grand plan , par les Romains, dans la guerre des Gaules (1).

(1) Telle a été invariablement Topinion de M. Opoix. Des gens intéressés à la travestir ont trouvé ridicule que César eût tait bâtir une ville sur la colline de Provins, et, surtout, ils n’ont pas manqué d’attribuer cette opinion à M. Opoix , qui n’y pensa jamais , et qui, bien plus, donne les raisons qui le portent à croire que les Romains établirent sur la colline uniqueTumt un camp fortifié. Entr’autres raisons, il dit que cette colline n’était pas propre à une ville, parce qu’elle manque d’eau et des autres commodités de la vie. ( Voyez pages 15 , 16 et 17. ) Un nouvel historien de Provins, page 63, dit : l’ancien Provins manque d’eau , donc il ne tut pas une ville ; et il croit combattre M. Opoix lorsqu’au contraire il appuie l’opinion de son liono-

L’cm|Oaceiiient choisi et apiani s’avaoce sur la crête d une colline très élevée. Dans la profondeur du terrain se trouvent pratiquées beaucoup de longues galeries et de salles soutenues par des piliers. Son enceinte qui n est qu une suite de fortifications, ollre un polygone irrégulier, dont tous les angles sont terminés par des tours. Une, entre autres , la Grosse— Tour dont nous avons donné la description , domine ce vaste et imposant système de fortifications. En avant et en dehors de la place, sont à quelque distance fun de l’autre trois longs murs fortifiés, ou appendices, qui tiennent au corps de la place , mais qui s en détachent en ligne droite , pour se diriger sur la prairie et en assurer la descente et le retour.

Quelque idée colossale qu’on se fasse de la grandeur et de la puissance romaine, quelque prévenu ([u’on soit que ce peuple cherchait à imprimer à ses constructions le cachet de l’immortalité , encore se sent-on frappé d’étonnement à la vue de ces travaux immenses, impérissables et sagement ordonnés que présentent l’enceinte et 1 intérieur de l ancien Provins. Ces signes caractéristiques n’empêchent pas quelques esprits superficiels, incapables de méditations, de dire au hazard et sans preuves, que ces constructions sont l’ouvrage de quelques rois de France et des comtes de Brie.

J’ai déjà suffisamment démontré que des constructions aussi importantes n’ont pu être faites ni sous Clovis ni sous

rable et savant devancier Voilà comment on a compris M . Opoix. Il semble qu’avant de réfuter un historien , surtout un homme de mérite , le premier soin est de le comprendre , à moins qu’on aime mieux s’exposer à être accusé de manquer de bonne foi ; mais cette inconséquence n’est pas la seule.

Charlemagne (V. p. 59). Les Commentaires de César et les itinéraires romains se trouvent en rapport avec les faits matériels que nous avons exposés dans de longs détails , avec les conséquences que nous en avons tirées, et justilient pleinement l’opinion que nous avons émise , qu’Agendicum était Provins.

Après la conquête des Gaules , l’ancien Provins fut une ville toute romaine, dans laquelle se mêlèrent et se fondirent successivement des Gaulois et des Francs (I).

Fossés. J’ai parlé de ceux de la ville haute. Les fossés de la ville basse suivent parallèlement les murs comme les premiers entourent toute la ville. Il y avait autrefois fossés et arrière-fossés. Dans un extrait du conseil d’état de 1610, pour le curement des fossés de la ville de Provins , on voit qu’ils ont cinquante pieds de large, et qu’ils doivent être curés dans une longueur de 562 perches , à commencer à la rivière de Durtein. Dans des lettres patentes de Louis XI ï , il est dit que les habitants des villages, à trois lieues de Provins, soni obligés de subvenir au curement des fossés,

(1) Une nouvelle histoire de Pj ovins assure que ee nom dérive de racines celtiques fort liarmonieuses (Pro, Pro, Braw, Wind^ Gwindy TVind) ^ ce qui signifie hauteur entourée d'eau; il pense qu’un établissement gaulois occupait la colline. Par établissement, l’auteur entend-il une ville, un bourg? il ne prend pas la peine de l’expliquer aux simples. Cependant nous lui demanderons très bumblement si ces habitants étaient assez heureux pour avoir de l’eau à boire. On a vu tout à Plieure que cet infatigable contradicteur avait interdit l’eau potable à ces pauvres habitants qu’il croyait (jue M. Opoix (et ce dernier en est bien innocent) avait mis sur la colline; et voici maintenant qu’il verse

pleins bords l’eau cristalline à son établissenienll il faut avouer que l’esprit de coiitradiclion joue de bien vilains tours à ceux qu’il possède.

comme se réfugiant, eu temps de guerre (Anecdotes lîistoriq, de Provins, ^o\.

, dans ladite ville

PORTES DE LA VILLE HALTE. Les portes fortifiées de la ville haute et d’une grande construction sont au nombre de deux : la porte de Saint-Jean et la porte de Jouy.

La PoiiTE DE Saint-Jean conduit àVillecran, qui ne consiste plus qu’en une habitation isolée ; autrefois c était un faubourg avec une église dont le patron était saint Jean. C’est de là que la porte a pris son nom. C’était par cette porte qu’on avait toujours passé pour aller à Paris, lorsqu’en 1755 on lit je chemin par la ville basse. (Voyez Porte de Paris.) La porte de Saint-Jean présente une masse carrée d’une certaine étendue. (Voyez ce que nous en avons dit, page 8.) Elle semble avoir été faite à deux fois. La partie dans l’intérieur de la ville est un plein cintre. Au dehors, les murs sont taillés en diamant et l’arcade est une ogive ; mais cette partie semble être appliquée à la première, comme nous le verrons. Cette porte a fourni trois vues lithographiées ; l’une prise du dehors de la ville, une autre prise du dedans ; la troisième offre les distributions de l’intérieur (1).

La Porte de Jouy (voyez pag. 8 et 9) a pris son nom

(1) Cette porte a été rabaissée de beaucoup, sous prétexte que quelques pierres menaçaient de tomber. Au lieu de réparer en place, on a abattu , ce qui est plus tôt fait; et malbeureusenient le marteau destructeur ne sait pas s’arrêter, surtout quand il trouve des pierres de taille de quatre et cinq pieds dont il va faire sont profit.

de l’abbaye de Joiiy, qui ii’existe plus et qui était à deux lieues de Provius. Cette porte a été lithographiée, ainsi que cette imposante suite de louruelles des grandes fortifications où se trouvent les deux portes dont nous parlons.

Dans le moyen-âge, ces portes, qui avaient souffert quel- (pies dégradations dans leur partie supérieure, furent terminées par un donjon élégant (1), couvert d’ardoises, comme le furent alors les [)ortes de la ville basse (2).

Les autres portes de la ville haute n’avaient que l’épaisseur du mur où elles se trouvaient. Ces portes sont :

La Poute-au-Païn , actuellement murée.

La Porte des Vieüx-Murs. (Voyez page 11.)

La Poterne, près le Bourg-Neuf. (Voyez page 281.)

La Fausse-Porte, sur le chemin des Écoles. (V. p. 292.)

11 faut observer que toutes ces portes, excepté l’arcade de la porte de Saint-Jean, au dehors, ont ou avaient des pleinscintres.

Je ne puis me dispenser de faire, sur ces portes, quel-

(1) Espèce de clocheton pour la guette.

(2) La porte de Jouy ainsi que celle de Saint-Jean fournirent, en 1773, une quantité de pierres qui servit â la construction du corps de caserne ( les portes du Biiat et des Hordes , voyez ciaprès, furent démolies pour le même objet). Les pierres ont procui'é peu de profit par la peine qu’on a eue à les arracher et par leur peu de valeur.

ques observations que j’abrégerai autant que pourra le permettre l’intérêt du sujet.

M. Dusommerard, page 17 du texte des Vues litliograpliiées de Provins, dit qu’à l’appui de mon opinion sur nos fortifications, que j’attribue à César, (r il regrette queles constructeurs de ces belles masses, en faisant des travaux tous (( romains dans les pierres diamantaires de la porte (( de Saint-Jean (1), n’aient pas arrondi tant soit peu les <r pointes d’ogives de cette même porte, et entremêlé les « assises des pierres de quelques chaînons de briques...

« Afin que chaeun puisse , h des signes certains ,

« Reconnaître !es^ murs bâtis par les Romains. »

Je ferai observer à M.Dusommerard et à quelques personnes qui m’ont fait de pareilles objections, et qui, déplus, voudraient voir dans nos murs un ciment rouge, 1® qu’ils n’ont pas examiné les portes de l’ancien Provins avec assez d attention ; 2^^ que, s’il n’y a pas dans nos murailles des rangs de briques et du ciment rouge, comme il s’en trouve, disent-ils, dans les constructions romaines, cela ne prouve rien contre mon opinion.

Premièrement. M. Dusommerard doit se rappeler que la Porte-au-Pain qu’il a vue, et que celle des Vieux-Murs qui a été dessinée et lithographiée sous ses yeux, ont des pleins-cintres. J’ajouterai que la porte de Jouy, qui a été démolie depuis quelques années, était composé de cintres, et

(i ) € Diverses constructions romaines, existant encore dans le « midi de la France, notamment à Grasse, en Provence , cou- « tiennent des pierres taillées de meme en diamant »

c’est ce dont on se souvient encore ; enün, (|ue la porte de Saint-Jean, qu’il vient de citer, présente, dans sa partie en dedans de la ville, un plein-cintre; ce qui est exprimé dans le dessin de cette porte, qui vient d’étre lithographiée. 11 y a donc, dans cette porte, la partie du côté des champs qui se termine par une ogive, et c’est peut-être la seule qui existe, ou (jui ait existé dans les j)ortes de l’ancien Provins; mais cette ogive n’est pas du môme temps que nos anciennes murailles. Il est aisé de voir que la porte de Saint-Jean a été faite en deux fois. Le côté de cette porte, qui regarde l’intérieur de la ville, est pris dans les murailles et s'y rattache immédiatement. La bâtisse du côté des champs a été évidemment ap[)li~ quée à la première, c’est un plaquis; et, s’il offre une ogive, c’est en cela qu’il peut prouver qu’il est moderne.

Secondement. Quant à l’objection qu’on m’a faite qu’il n’y a pas dans nos murailles de rangs de briques et du mortier rouge, comme on en voit dans certaines constructions romaines, j’ai amplement répondu à cela. (Voyez page250et suivante.) Je rappellerai seulement ici que César, voulant établir un camp vaste et inexpugnable sur une grande élévation, où il n’existait sans doute rien, et au milieu d’un pays ennemi, ne pouvait se servir, pour ces constructions, que de ce qu’il avait sous la main, du sable et des pierres en abon« dance, dont il pouvait faire de la chaux; ce qui n’a pas empêché que son mortier, quoique blanc, n’ait pris la dureté de la pierre. On ne trouve des briques et des tuileaux, dont on puisse faire du ciment, (jue dans les endroits où il y a beaucoup d’habitations, et César, dans l’emplacement (pi il avait choisi pour d’aussi vastes constructions, n'a tout au plus trouvé que (pichpies hicoques.

Kneore une obscr\ation ipii pourrait rendre nos critiques

[)lus circoiispecls , et peut-être leur fermer la bouche : !\î. Dusommerard a reconnu, par les pierres diamantaires qui composent la porte de Saint-Jean, qu’elle était un ouvrage romain. Il s’y trouve cependant une ogive ; il peut donc s’en trouver dans une construction romaine. Peut-être l’ogive estelle une manière de construire moins belle; mais c’est la plus simple, et à ce qu’il me semble, la plus solide. Comment peut-on d’ailleurs prendre sur soi d’avancer que jamais architecte romain ne s’est permis de faire une ogive, et à trois ou quatre cents lieues de Rome, même dans des constructions massives, comme la porte dont nous parlons? Les connaisseurs en fortifications antiques voudraient donc nous faire croire que les Romains n’avaient qu’une routine, qu’une manière de bâtir, et nous les faire voir comme une souris qui n’a qu’un trou; mais la partie extérieure de la porte de Saint- Jean est une ogive, et c’est un ouvrage romain. Que répon-

dcscriptif de l'Espagne, par M. Alexandre de la Rorde, tome II, page 43 ?

« Séville est dans une plaine. Elle fut construite par les « Romains; les murailles sont belles, hautes et flanquées de « cent soixante-six tours. Elles ne contiennent aucune « pierre; car on n’en trouve pas aux environs de Séville. « Elles sont de terre, ou d’un mortier si bien préparé qu’il « est aujourd’hui aussi dur et peut-être plus dur que la <c pierre. » Qu’en conclure de là, c’est qüe les architectes romains savaient s’accommoder aux circonstances locales, et se servaient de ce qui se trouvait sous la main, comme ont fait ceux de César dans la construction de nos murailles. Plus heureux que les [)remiers, ils avaient des pierres, de la chaux et du sable. Il se sont passés de bri(|ues et de ciment de tiii-

1res choses.

Les constructeurs romains savaient bien que des briques, et même le ciment, ne rendent pas un mur plus solide et plus durable, témoins nos murailles et celles de Séville dont les mortiers ont cependant acquis la dureté de la pierre. Ces rangs de briques qu’ils plaçaient dans les murailles, quand ils pouvaient le faire, étaient une espèce de luxe (1) pour flatter l’œil, couper runilormité et la monotonie d’une muraille toute nue ; c’est ce que César se serait dispensé de taire à Afjendicum^ quand même il aurait pu se procurer des briques.

Je citerai encore de V Itinéraire de M. de la Borde ce (|ui suit, tom. 2, page 46 : « Séville a plusieurs édifices « publics; entre autres la Tour-d’Or qui est un ouvrage ro- « main. On eu attribue la construction à Jules César; elle c( est octogone et divisée en trois corps. » Je ferai observer (jiie la tour de Brovins, nommée tour de César, est octogone, et qu’elle est divisée en trois corps. Deux existent; le troisième, appelé le Donjon, a été détruit.

La porte Oüois, près le pinacle. C’était une poterne h laquelle aboutissait un chemin qui descendait à la prairie ; ce chemin s’appelait la rue de Maltois-Saint— Nicolas. Cette porte et la partie du mur qu’on voit sur ses cotés (ureut

(I ) La triple ceinture de lu’iques qui entoure les imirsde Sens, de inênie (|ue ceux de Cliàlons-sui -Saône , était, dit on, dorée; on rapporte leurs constructions aux premiers siècles de 1 pyglise. {\oycA Almanach de Sens ISOD.)

démolis en 1666. Toul ce terrain, jusqu’à la petite tour faisait partie du pinacle (voyez ce mot.)

PORTES DE LA VILLE BASSE. Elles étaient au nombre de cinq , et toutes fortifiées. Les moins considérables étaient celles du Ruât, des Bordes et de Troyes, audessus desquelles était un corps-de-garde ayant une cheminée. Elles se terminaient par un donjon couvert en ardoises. Il y a longtemps que leurs donjons n’existent plus; nous les avons vues toutes couvertes en tuiles. Il y a environ cinquante-cinq ans qu’on a commencé à les démolir. Nous allons en parler séparément, ainsi que de la porte de Paris et de la Porte-Neuve , en observant l’ordre de leur position respective.

Porte- Aü-P AIN. Cette porte est presque inconnue, et j’avais omis d’en parler dans ma première édition de l’Histoire de Provins. Comme elle est presque entièrement démolie, et que ce qu’il en reste est un peu renfonce, on croit que c’est simplement une ouverture faite au mur du rempart du Midi, près du Moulin-Neuf et de la porte des Bordes, pour communiquer à une petite prairie , autrefois le fossé de la ville. Un clayon en barreaux de bois, de 5 pieds, et un cadenas ferment ce passage , qui n’est Iréquenté que par celui à qui appartient la coupe de l’herbe du pré. Ce passage m’a toujours paru sans intérêt; mais je viens d’apprendre que son nom est la Porte-au-Pain : je m’en suis assuré, et alors je l’ai examinée de près. Elle est composée de deux lortsjambages en pierre de taille : dans leur épaisseur et à des hauteurs diOérentes , on remarque des naissances de cintres dont les arcades n’existent plus, ce (pii indupie qu il y îivall au-dessus

lies eonsiruclions ilifTérenles. Dans deux jaiid^ages, il y a , à la luuileur de 7 à 8 pieds, une pierre eu saillie, proprenicut taillée, percée en dessous et présentant une ouverture ronde pour recevoir le chardonnet des battants de la porte; tout près et en dehors, il règne une coulisse, dans chaque jambage , où devait glisser une herse garnie de pointes de fer, (|u’on abaissait en temps de siège , comme on le remarque, mais plus en grand, dans nos portes de S. -Jean et de Jouy. Cette porte, dont une partie sort en dehors des murs et une plus grande partie s’avançait sur le rempart, paraît, avant sa démolition , avoir eu 20 pieds de jirofondeur.

J’ai appris aussi que le propriétaire du champ en face de cette porte, et en dehors de la ville, avait, il y a environ 50 ans, en fouillant ce terrain, (rouvé des fondations, des Atres de four et des débris de briques et tuileaux. Il est très vraisemblable que le nom de Porte-au-Pain venait de ce que c’était par là qu’on introduisait dans la ville le pain provenant des fours.

Ce que je viens de dire pourrait expliquer pourquoi la Porte-au-Pain du Chàtel ; la Ville-Haute ) avait ce nom ; il est probable que c’était par cette porte, qui est aussi dans le mur de la ville , mais qui n’est pas fortifiée, qu’on entrait le pain pour la Ville-Haute, et que les fours étaient à peu de distance des murs. Mais pourquoi des fours en dehors des murs? C’est ce que je n’entreprendrai pas d’expliquer.

La tradition rapporte que c’était par cette porte de la Ville- Basse qu’on allait anciennement à Bray ; ce qui est très probable , car cette porte fortifiée devait conduire à quelque chose, et dans les terres, en face de la porte, on voit encore un commencement de chemin qui se perd à quelque distance,

parce que la ciillure s’en est emparée; ce chemin, il y a une vingtaine d’années, avait sur ses côtés une rangée d’ormes que la ville a fait arracher. Ce chemin , dit-on, passait par la Fontaine-aux-Écus, àHennepont, etc.

Au sujet de cette porte, j’emprunte à M. Dulaure le passage suivant [vol, 6, pag. 142 de la Description des Environs de Paris) : « A la Porte-au-Pain, les Anglais, dans « la nuit du 2 au 3 octobre, avec des échelles de corde, es- (( caladèrent la muraille, et s’emparèrent de la Villec< Basse. Celui qui commandait dans la place , Nicolas Gi- (( rème, voulant réparer sa négligence, se défendit dans le c( château avec beaucoup de courage ; mais il fut obligé de

c( se retirer . Les Anglais pillèrent, exercèrent mille

« cruautés, et égorgèrent douze habitants dans l’église de « S.-Ayoul. » M. Dulaure indique les sources où il a puisé : ce sont les Chroniques de Monstrelet, vol. Il , pag. 152, et le Journal de Paris.

Ainsi, c’est par la Porte-au-Pain de la Ville-Basse que les Anglais entrèrent dans Provins. Il faut ajouter que la Porte-au-Pain de la Ville-Haute est devancée par un fossé profond , qui la rend d’un accès difficile , et qu’elle touche à une forte tournelle qui , sans doute , avait son corps-de— garde au moment où on assiégeait Provins ; ce qui devait détourner de tenter d’entrer de ce côté (1).

Porte de Paris. En 1731, on commença à abattre la

(1) Voilà donc la Porte-au-Pain de la Ville-Haute dépouillée d’intérêt, au grand désapointement de plusieurs Provinois qui avaient une atfeclion puérile pour celte porte, jusqu’à faire faire des manches de couteau d’un morceau de bois de cette porte, pour s’en servir dans un banquet , et rappeler ainsi par une

muraille (le la ville, au-dessous de la Tonlaine du Bourreau, pour tracer la nouvelle route de Paris. Ce fut à cette occasion qu’on abandonna à l’hôtel-dieu la ruelle du Dauphin, rue du Murot, vis-à-vis l’auberge de la Levrette (cette ruelle n’est plus qu’un cul-de-sac), à condition que riiôtel-dieu donnerait un passage aux voitures et aux gens de pied pour Paris ou ailleurs, à travers l’auberge de l’Écu, qui appartenait alors audit hôtel-dieu. Les heures d’ouverture et de fermeture des portes furent fixé‘es tant pour l’inver que pour l’été.

La porte de Paris consiste en deux pilastres d’une belle forme, élevés en 1751, et terminés par une pomme de pin. Ils sont en dégradation.

Cette porte avait l’heureux avantage de conduire aux terrasses et aux beaux bâtiments de Saint-Jacques qui les dominaient; ce qui, au jugement des étrangers, était un spectacle

tête le déplorable souvenir des excès de cruautés que les Anglais avaient exercées; ce qui est très peu patriotique et très déplacé. On chanta dans ce banquet, et voici le commencement d’une chanson.

Messieurs , notre pâté Assez bien décroté, etc.

Voilà de la poésie de gens du bas peuple. L’auteur apparemment trouve cela beau; car il l’a fait imprimer dans sa Notice sur Agendicum. Pour avoir un autre échantillon de son talent poétique , voir à l’article de Saint - Quiriace , et, pour sa prose, à la fin du volume.

Il a été le provocateur et l’ordonnateur de cette fête , et c’est à lui à qui on doit l’idée bien niaise des manches de couteau de bois.

inagnilique. (Voyez ce qu’en dit M. Diisommeiard dans le lexle des vues de Provins lilliographiées.)

Porte du Buat. On arracha, en 1780, les pierres de parement de cette porte pour la bâtisse des casernes. En 1766, en démolissant une tournelle de cette porte, on trouva plusieurs pièces de cuivre qui paraissaient avoir été mises à dessein. Les empreintes portaient : Gardez-vous de nies comptes; et, sur le revers : Aidez-vous de mes comptes ; ce qui était la légende qu’on mettait au temps de Charles VIII, qui commença à régner en 148o. (Voyez le Journal de Ferdun, juillet 1771.) x4près la porte du Buat, il y avait une espèce de faubourg où étaient quelques maisons, 1 église de Saint-Léonard et une communauté de filles.

Portes des Bordes. Cette porte mène à Chàîautre, etc. Ce n’est que depuis quelques années qu’on a coupé la montagne, et qu’on y a pratiqué un chemin commode. Cette porte conduit à des fontaines à mi-côte, à la Eontaine aux Écus, à la Fontaine Millier et à la Fontaine Berquin.

Porte de Changis. Cette belle porte a été abattue depuis plusieurs années, et, on peut le dire, sans nécessité. Sa masse pouvait avoir cinquante pieds d’étendue; sa longueur était partagée par une arcade, avec des coulisses creusées dans le jambage des deux côtés , et , à la partie supérieure du cintre, on voyait encore les restes de la herse armée de pointes de fer, et qu’on abattait au besoin dans les sièges.

Ce fut en 1752 qu’on pratiqua le chemin qui existe par celte porte pour aller à Troyes. Avant ce temps, on prenait à droite, en sortant de la porte: on montait la montagne dite

(le la Croix-ile-la-Mission chapelle Saint-Tîiibert , chemin.

; ce chemin allait passer devant la comme fait h présent le nouveau

Porte de Troyes. Son nom lui vient de ce qu’ancienne»ment on passait par cette porte pour aller à Troyes. Ce chemin se dirigeait au has de la montagne des Eparmailles , passait la rivière sur un pont de pierres, près le moulin de l’Étang; ensuite il traversait le village de Sourdun. Il n’est resté de cette porte que deux petites tourelles. Le dessin en est lithographié.

A une portée de fusil, sur le hord du chemin, était l’ancienne fontaine minérale , dite la Fontaine de Notre-Dame ' j’en ai parlé dans le Traité des Eaux Minérales), et, sur la gauche, l’ancienne et grande église du chapitre de Notre- Dame. Cette église, les habitations des chanoines et beaucoup de maisons qui formaient le faubourg de Saint-Brice furent détruites , comme nous l’avons dit, cà l’approche des Anglais.

Porte de Culoison. Elle était d’une belle construction , avant plusieurs cintres ou arcades. En avant et en dehors de cette porte, ù une distance de vingt-cinq pas, il y avait une demi-lune qui en défendait l’entrée directe. On n’abordait la ville que par les côtés, en passant entre une extrémité de la demi-lune et un corps-de-gardo à gauche , (|ui existe encore. Probablement sur la droite il y avait aussi un corps-^degarde. C’était par ce côté (pi’on allait à Barlay. A gauche était rancien grand chemin (]ui passait devant les Filles- Dieu. Ce chemin est devenu une ravine dej)uis qu’on a fait le (diernin nouveau pour l('(piel on a arraché la demi-luiu'

qui masquait la porte. Cette demi-lune pouvait avoir douze pieds de hauteur. Le mur en était d’une forte construction. Ce qu’il avait de bien remarquable, c’est que, dans son épaisseur, était pratiquée une galerie tournante où l’on pouvait marcher sans être gêné. ( voyez Anecdotes de Provins, tome 4.) Cette demi-lune fut démolie en 1766, lorsqu’on fit le chemin. On ne put pas arracher entièrement les fondations : elles sont encore apparentes à quelques endroits.

Il fallait que ce côté de la ville demandât à être puissamment garanti ; car, à quarante pas de la porte, et sur le rempart des Boulançois, il y a une tournelle qui autrefois formait un corps-de-garde, dont apparemment la bâtisse était d’une certaine importance ; car il est dit qu’elle fut abandonnée à cause des réparations coûteuses qu’elle aurait exigées.

C’est par cette porte qu’entra la reine Marie, fdle de Stanislas, roi de Pologne, arrivant de Sézanne et allant à Fontainebleau pour la cérémonie de son mariage avec Louis XV. (Voyez page 159.) Après cette porte, il y avait un faubourg et la chapelle de Saint-Silas qui furent détruits lors de l’approche des Anglais. La Fontaine de St-Silas existe encore; mais elle donne peu d’eau. Au dessus de la colline était le monastère des Filles-Dieu. Actuellement la porte de Culoison se compose de deux pilastres massifs , faits en même temps que le pont. C’est aujourd’hui la plus belle entrée de Provins.

Porte-Neuve. Cette porte, comme nous l’avons dit ailleurs, fut prise dans le mur du rempart du nord , pour la plus grande commodité des habitants de Fontaine-Argent, de Flégny et autres lieux qui, anciennement, pour arriver à

la ville , étaient obligés de passer par la porte du lioulançois qui n’existe plus. (Voyez p. 115.)

La Porte-Neuve, il n’y a pas beaucoup d’années, était cintrée; elle pouvait se fermer par le moyen de deux battants ; ce qui arrivait lorsque, dans une inondation , on pouvait craindre que par cette porte l’eau n’entrât dans la ville.

■ Cette porte n’en a donc que le nom. Un âne avec ses crochets ne peut pas y passer; mais elle est très importante d’ailleurs . C’est le côté de la ville le plus intéressant pour ses dehors. Cette porte se trouve placée au milieu du rempart le plus beau et le plus fréquenté ; elle est un passage pour arriver à la fontaine minérale, qui en est très proche; elle conduit au hameau de Fontaine-Argent, où sont les seules guinguettes de Provins et les sources d’eau vive qui alimentent les fontaines de la ville basse. A moitié chemin du hameau, on rencontre l’Ermitage, que les personnes de la ville et les étrangers se plaisent â visiter.

Ce canton, où se trouve l’Ermitage, est nommé, par les vignerons du pays, le canton de Bourgogne; mais par amour pour la vérité, (juoiijue je sois propriétaire de l’Ermitage, je dois dire que ce canton, sous plus d’un rapport, est â cin- (piante lieues de Bourgogne, et ({ue le vin qu’on y récolte est â plus de cent lieues du vin connu sous le nom du Vin de l' Ermitage.

Dans le haut du terrain de l’Ermitage, et dans le champ voisin, se trouve cette terre à four, si utile aux boulangers

pour l’âtre de leur four. Tout près sont ces carrières profondes d’où l’on a extrait, j)endant tant d’années, de la glaise, dont le lit, épais de plus de vingt pieds, est entrecoupé par l(‘s pyrites (h'sipielh's nos eaux minérales tirent leurs prin-

cipes el leurs propriétés (1) ; enfin, à quelques pas de là sont les vastes constructions de l’hôpital général , qui datent de six cents ans, et nous rappellent la munificence de Thibaut VI, comte de Brie et roi de Navarre; c*est là où sont religieusement conservés son cceur et les ossements de sa famille; là se trouvent des sources d’eau que des tuyaux amènent à Provins. On y montre aussi le pavillon qu’occupa Henri IV, lorsqu’il vint faire le siège de Provins, pour la seconde fois. Ce n’est plus un monastère où des vierges traînent une vie languissante, trop souvent dans la tristesse et le repentir ; c’est l’asile où les deux extrémités de la vie se touchent : la tendre jeunesse et la vieillesse décrépite y trouvent le repos et tous les secours que l’humanité réclame.

Tours, Tournellcs. — Tour-de-César, Tourde-RQi, Toiir~de-Saint~>Quiriace : c’est le chàteau-fort qui domine les fortifications de Provins , auquel on a donné tous ces noms. On devine l’origine des deux premiers noms; le troisième lui vient de ce que, pendant un temps, elle servit de clocher à l’église de St-Quiriace. Voyez la description de cette construction remarquable pages 264 et suivantes.

Tonr-aux-Engins . (Voyez sa description page 12 et 13.)

Tour-Flamande, (Voyez page 119.)

Tour de Gannes ou des Maréehaux, Cette tour était bâtie à la partie méridionale du cloître de Saint- Quiriace, sans doute pour en interdire l’entrée à l’ennemi de ce côté, qui se trouvait sans défense. (Voyez page 266.) Son nom

(1) c’est aussi dans ces fouilles qu’ont été trouvés des os d’aiumaux étrangers à nos climats, des dents de crocodiles ^ de (Voyez la Minéralogie de Procins.)

lie Tour-des-M(irécfi(tUX \CA\i\\l de ce (jiie le tiiarèchal de Champagne y logeait pendant son séjour ù Provins. On croit qu’elle fut bâtie dans le moyen-âge; son nomde(7a?me5 est peut-être celui d’un de ses gouverneurs. Elle fut démolie en 1720, par ordre du Régent, afin d’en employer les matériaux à la construction d’un corps de caserne qu’on se proposait de placer dans les jardins qui sont au levant de la rue des Bons-Hommes, à la ville basse. Ce projet ne fut pas mis â exécution, et les matériaux furent employés ailleurs.

On voit encore quelques beaux restes de fondations de cette tour dans une maison du cloître ; il n’est pas douteux que cette tour, où on allumait des feux, servait de fanal dans les temps de guerre, pour annoncer plus promptement les nouvelles, et donner des avis aux pays circon voisins.

Cette tour était remarquable par la hardiesse et la beauté de sa construction. Sa forme était carrée. A chacun des (juatre angles s’élevait une tourelle, terminée par des créneaux. M. Doé, dont nous avons rajiporté l’opinion A' Agendicnrn- Provins, parle, dans la Dissertation sur F Ancien Provins, imprimée dans le 2^ volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de France, d’une tour qu’il nomme tour de Gau. On n’eu connaît pas ici qui porte ce nom. Il ne paraît pas douteux (jue ce ne soit celle que nous nommons tour de Gannes, d’autant plus que c’est au sud qu’il la place, d Au sud de la ville haute, dit* il, une superbe tour, d’où l’on « faisait les signaux, avait conservé la dénomination détour « de Gau, (|ui est le dieu de la guerre des anciens Germains.» Nous avons le dessin de cette tour; elle ne nous paraît pas remonler à une aussi haute anti(piilé. Nous dirons cependant (pie, ([uehpies temps avant Probus, les Germains vinrent à Ihdvins. ]M. Doé ne confond pas celte (oui avec la (oui (pi’il

appelle Tour Octogone, dite la tour de César. Ce savant, qui habite Paris, paraît avoir fait beaucoup de recherches sur Provins; il aura trouvé, quelque part, ce nom de tour Gau. Serait-ce son vrai nom? Celui de Gannes en est-il une corruption?

Tours de Guet. Il y avait plusieurs tours qui servaient à cet usage. De ces tours on pouvait découvrir ce qui se passait hors de la ville, et donner des signaux dans Toccasion. La grosse tour était le guet général. Le guet était une garde à pied et à cheval. Quelques villes et villages aux environs, et de ce nombre était Septveilles, étaient tenus de faire le guet à Provins, dans certaines occasions ; c’est peut-être de là que ce village a pris le nom de Septveilles, Septem Vigiliœ. Les habitants de Bray étaient dispensés de venir faire le guet à Provins, parce qu’ils étaient chargés de la garde de Saint- Sauveur.

En 1314, il fut établi dans la ville des gardes de nuit. Douze bastions furent destinés à cet effet, et occupés chacun par quatre hommes; de plus, des postes furent désignés dans différentes rues. Dans le nombre ils s’en trouvent plusieurs dont les noms ne sont pas connus aujourd’hui. (Voyez le Çartulaire de la ville.)

En 1591 , le sieur de la Rochette , commandant de Provins , pour la Ligue , oblige le chapitre de Saint-Quiriace de construire une redoute près la tour Flamande.

Tour de Notre-Dame- du-Val. (Voyez Notre>-Dame-du-‘ Val.)

Tour aux Pourceaux . (Voyez page 10.)

Tournelles Faneron ou Féneron. (Voyez p. 10 et 11.)

Tour du Port. On avait tenté , il y a 175 ans, de faire porter bateau aux rivières de Provins. Il est constaté , pai

(lillèieiits actes (iii 19 mai 1671 et du 14 mars 1682, de¬

vant Lambert et Vaeby, notaires au Châtelet de Paris, qu’on a conduit, sur la rivière de la Voulzie , de Provins à Paris, quatre-vingts à cent muids de blè, autant d’avoine, plus de cent cordes de bois, cinq à six milliers de foin. C’était à la toiirnelle du rempart , qui est baignée par la Voulzie, que se faisaient les chargements , d’où elle a retenu le nom de

ToiirncUe-du-Porl,

Tournelle du Trou-au-Cliat. (Voyez page 284.)

11 existe encore une tour dont je n’ai pas parlé, et qui mérite d’attirer l’attention ; elle est isolée, et connue aujourd’hui sous le nom de Touvnillon. Elle est à soixante pas de

la rue de Jouy , et à pareille distance d’une tournelle de la fortification, près la porte de Jouy. Cette tour a encore plusieurs étages voûtés, avec un escalier pour y monter. On dit qu’elle était très élevée; mais dans la révolution , comme on ne souffrait pas de tour chez les particuliers, parce que, disait-on, cela rappelait le temps de la féodalité , on força le propriétaire à la rabaisser et la couvrir en tuiles , avec un seul égout, ce qui la dépare entièrement à l extérieur. Le lieu où elle est placée présente de vastes voûtes au rez-deterre, soutenue par des piliers d’une belle forme , avec de beaux caveaux qui se prolongent sous la rue de Jouy : ceijui annonce qu’d y avait un grand etablissement militaire. Ce fut dans cet endroit qu’on plaça, en 1580, l’hùpital de la Madelaine. (Voyez ce mot.)

Le Tournillony par le grand exhaussement qu’il avait, était propre a découvrir au loin les positions de 1 ennemi de ce côté, et à donner des signaux. Etant un |>eu dans 1 intérieur, il était hors d’insulte de la part des assiég('.anls. Oti se servait aussi de (piehpics autres lournolles pnui donner de<i

signaux ; mais celic-ci ne pouvail avoir d’autre destination , et ne pouvait être d’aucun service pour l’hôpital qui fut établi dans cet endroit à la fin du douzième siècle. Cette construction était donc antérieure à ces temps , et se peut rapporter à l’époque des fortifications.

Ce qui est encore très remarquable, c’est que, près la porte de Saint-Jean, environ à soixante pas de la rue qui porte ce nom, et à tout autant de pas d’une tournelle des fortifications, se trouve l’endroit dit la Citadelle; il n’en existe plus rien. On n’y voit que quelques maisons; mais il s’y trouve de beaux caveaux (et je crois que ce sont les plus beaux qui existent aujourd’hui), et des souterrains qui semblent se confondre avec ceux de la porte de St-Jean. Il y a un puits, et tout le terrain est environné de fossés encore très apparents. Ils partent de la tournelle et finissent près de la rue. Ce qui est digne d’observation, c’est la position de cet endroit, dit la citadelle, et celle du Tournillon , à distances égales des deux principales portes de la ville haute. On voit donc, comme j’ai lieu d’y revenir souvent, que tout l’ancien Provins a été construit en même temps, et que tout se rattache à un vaste plan. Pour compléter ce que nous venons de dire de la citadelle , nous renvoyons la lecteur au mot Citadelle.

Foüiis BANAUX. Un four banal était celui où il était seulement permis aux bonnes ménagères d’aller porter leur pain en pâte. Le fournier le faisait cuire moyennant une légère rétribution ou unê petite quantité de pâte. Le gouvernement avait , a Provins , cinq fours banaux ; la commandene en avait un. Ces fours et les habitations qui en dépen— paient se donnaient à bail. L’établissement de ces fours re-

monte au temps des comtes. La rèvoliilion ayant aboli les privilèges , celte espèce d’impôt lïit supprimé.

Gaguin [Robert ). Il fut élevé ù Provins, où il lit ses études; ce fut par la suite un personnage important. Il devint le général de l’ordre des Mathurins. Voici ce que l’on lit à son article dans le dictionnaire de Moréri... «Lascience et le mérite de Robert Gaguin le mirent si bien auprès des rois Charles VIII et Louis XH , qu’on lui donna la garde de la bibliothèque royale, et qu’il fut employé dans diverses ambassades. Les savants de son temps avaient beaucoup d’estime pour lui , et quelques-uns d’entr’eux lui dédièrent leurs ouvrages. Lui-môme en composa beaucoup. Il était né en Artois , au milieu du xv" siècle , et il mourut en 1501.

L’abbé Velly, Histoire de Francej tomexix, page 154, dit que c( Charles VIII chargea Robert Gaguin , général des « Mathurins, de traduire les Commentaires de César et la « Vie de Charlemagne. »

Nous devons dire que, dans cette traduction, Agendicum est partout traduit par Provins. Gaguin vivait il y a près de 400 ans , son long séjour à Provins lui avait donné lieu de connaître nos fortilications, alors moins dégradées, et les salles et galeries souterraines qui , sans doute , alors étaient intactes, puisque M. Rufiicr (voy, p. 257), environ 250 ans après lui , les a parcourues , et en vante la belle construction.

Gaguin, qui avait fait une étude particulière des Commentaires de César y et qui connaissait rancien Provins, pour avoir habité cette ville, est une autorité d’un grand poids en faveur de Vrowns-Agoidicum y si l’on n’avait, pour le prouver, (pie des autorités à op[)oser à l’opinion contraire.

Oti reproche à ce gciiôral de l’ordre des Maihurins d’avoir composé un poëme laün très licencieux , dans lequel se trouvent mêlés le sacré et le profane, ce qui n’ôterail rien de son mérite et de ses grands talents ; mais ce reproche doit plutôt tomber sur son siècle. Il faut savoir que dans ces temps la licence et le libertinage , parmi les ecclésiasti“ ques, étaient à leur comble. C’est ce que l’on voit dans le supplément aux Curiosités de Paris, par M. Dulaurc, aii” née 1788 , pages 146 et 266 ; on dit qu’un discours prononcé aux États de Blois, sous Henri III, en parlant des mœurs des prélats du royaume , se termine ainsi ; « Bref, il « n’y a qu’ignorancc , que paillardise et scandale en eux. j>

Garnies (Laurens). C’était un hôtelier de Provins, qui tenait, dans le xv*^ siècle, l’auberge du Petit-Écu. Elle faisait le coin de la rue Couverte, à droite en entrant dans la place du château. Cet homme n’est recommandable sous aucun rapport ; peut-être cependant était-il noble, ce qu’annoncerait ce qui suit; mais cette aventure, rapportée dans V Histoire de Louis XI (1620) page 352, et dans les Manuscrits de Provins, ayant fait quelque bruit à Paris, et beaucoup à Provins , nous ne pouvons nous dispenser de la rapporter, toute bizarre qu’elle est ;

Caurens Garnier, après avoir été pendu à Paris, pour avoir tué un collecteur à Provins, fut dépendu des fourches de Mont-Faucon, réhabilité, ramené à Provins, et enterré avec pompe. Il était père de Pierre Garnier, échcvin.

Devant sa hxma ( Histoire de Louis xi), allaient quatre crieurs de Paris, sonnant de leurs clochettes, et j)ortant sur leur poitrine les armoiries dudit Garnier. »

« Et l’un desdits crieurs, qui allait devant ledit corps,

criait : Bonnes gens, dites vos patenôtres pour tâme de feu Laurens Garnier, en son vivant demourant à Prouvins, qu'on a nouvellement trouvé mort sous un chêne, »

« Laurens Garnier, Noble hôtelier De cette ville , Quoique pendu ,

Y fut rendu Dans son asile ,

En tout honneur,

Et mis en terre , A.vec prière Et grand’douleur. »

Grange-aux-dimes. Cette belle bâtisse, autrefois le fort Cadas, depuis appelé la Grange-des-Dîmes , était un magasin à l’usage du chapitre de Saint-Quiriace. Ce bâtiment, très solide , surtout dans sa partie inférieure , est dans la rue St-Jean. On y entre par une grande porte ronde, sur les côtés de laquelle sont des ouvertures dans les murs pour introduire le jour. Tous les cintres sont doubles et triples, ce qui annonce que l’intention était de donner une grande solidité. Le rez-de-chaussée présente une grande salle voûtée formant plusieurs suites d’arcades soutenues par des rangs de piliers, dont une partie est engagée dans le mur.

On descend par un grand escalier dans une salle basse et profonde (1), semblable â la première pour la grandeur,.

(1) Ccb lieux salles oui été l’oldct de deux dessins lilliographiés.

le nombre des piliers et leur distribution. Dans l’intérieur est un autre escalier tournant , qui communique à la pièce du

haut. En dehors, il y a un escalier qui est moderne, et qui aura été construit lorsqu’on aura établi sur ces voûtes des greniers pour l’usage du chapitre. Je dirai aussi qu’aprés la première porte du fort Cadas, quand on a descendu quelques marches, on trouve un autre cintre de porte sur les jambages de laquelle il y a encore des gonds. Ainsi, il y avait une double porte; ce qui annonce l’importance qu’on mettait à ce que contenait la grande salle souterraine. On ne connaît pas la date de ce bâtiment, comme on a celle de tout ce qu’ont fait construire les comtes; ce qui porte à croire, vu sa solidité, qu’il peut remonter aux temps des anciennes constructions, excepté sa partie supérieure, qu’on a convertie par suite en greniers.

M. Guignace, prieur de Saint-Jacques, natif d’Orléans. C’était à lui qu’on devait ces belles terrasses qui faisaient le plus bel ornement de la ville et l’admiration des étrangers. 11 fut, pendant pics de soixante ans, une providence pour les habitants de la ville haute, auxquels il donnait de l’ouvrage dans toutes les saisons de l’année, et quelquefois même du blé.

On ne concevait pas comment il avait pu exécuter des travaux aussi coûteux. Je tiens de lui que quand il vint à Provins, en qualité de prieur, il ne trouva que des dettes dans la maison, et aucune provision.

M. Gui gnace se connaisait en bâtisse, et on peut dire qu’il fut son architecte. On le voyait toujours à la tête de ses ouvriers, ne dédaignant pas de mettre quel(|uefois la main à l’œuvre. 11 était instruit^ gai, d’une conversation amu saute et aimable en société.

Du temps de M. Guignace, les abbés de Saint-Jacques ne résidèrent pas è Provins; il avait aiïermé d’eux leurs revenus qu’il faisait valoir. Ces revenus et ceux de la maison étaient surtout en blé; sachant le garder et vendre à propos, il réalisait des profits considérables; pendant la révolution, il se vit obligé de quitter sa maison, et il en prédit la ruine.

Ce fut une calamité pour Provins que les désastres et la destruction de ce bel établissement, et, pour que ce malheur bu conq)let, le feu en détruisit la belle bibliothèque. C’est pour rappeler la mémoire de tant de pertes, pour ajouter à nos regrets et exciter ceux de nos successeurs, que nous allons donner quelques détails sur les travaux que M. Guignace fit exécuter.

Ces belles terrasses, qui descendaient jusque sur la route de Paris, étaient une vraie création. Avant M. Guignace, on ne voyait qu’un terrain escarpé, inégal, inculte, où croissaient, au hasard, quelques plantes médicinales, parmi d’humbles buissons. Ceux qui, comme moi, avaient vu cette colline dans son état de nature et qui venaient jouir de la jiromenadc et du coup-d’œil enchanteur de ce long ampbitliéAtrede terrasses, se rappelaient ce vers de Virgile :

Miratnr molem Æneas , magalia quondam.

En disposant son terrain, M. Guignace remarqua un endroit humide ; il crut à une source ; il fit fouiller, et il eut le bonheur d’en trouver une; de sorte (|u’à une très grande hauteur, on voyait sur les terrasses des bassins remplis d’eau.

L’église de Saint-Jacques était un long et large vaisseau voûté. M. Guignace orna le chœur, qui était très sjiacieux, de belles stalles sur lesquelles s’élevait une menuiserie avec une riche corniche. Chaque panneau ollVait une agrafl'e

sculptée, présentant des objets relatifs à i’ancien testament et dans le genre des sculptures qu’on voit dans le chœur de Notre-Dame de Paris. Dans cette menuiserie se trouvait, près le sanctuaire, une espèce d’armoire à deux grands battants où l’on voyait, appliqué dans le mur, le tombeau de Guillaume Pentecôte. La porte d’entrée du chœur, que M. Guignace avait fait faire à Paris, ainsi que les stalles, était très remarquable par les ornements et la délicatesse du travail.

Guyot de provins, poète, était contemporain de Thibaut-le-chansonnier ; il était chevalier et il se croisa; il par" tit pour la Terre Sainte avec Milon de Bréban. '(Voyez Bréban), A son retour, il embrassa la vie monastique. Il est l’auteur du roman en vers connu sous le nom de la Bible de Gnyot, satire dirigée contre les vices du temps. L’abbé Pluche parle de ce poète dans le Spectacle de la Nature, à l’occasion des vers qu’il fit sur Taimant et la boussole. Nous allons rapporter ces vers; c’est ce que ce poète a fait de moins inintelligible pour nous :

Cette étoile ne se meut ;

Un art fait que mentir ne peut.

Par vertu de la marinette ,

Une pierre brune et noireste,

Où le fer aisément se joint Quand la mer est obscure et brune ,

Quand on ne voit étoile aucune,

Contre le pôle va la point.

IIotel-Dieu (le grand), rue du Murot, prosqu’en bas de la montagne; établi d’abord, en 1050, dans l’emplacement où a été depuis l’abbaye de Saint-Jacques; transféré on il

est, fil 11 ()0, par Flenri-lc-Liliéral. « C’ftail, avant oo <1 (emps, est-il dit dans les litres de riuMel-dien, le palais « des enmlesses de Bric et de Blois. L’ancienne tradition « vent que les grandes salles qui existent étaient destinées à « représenter des spectacles et des fêtes publiques. » Je vais faire voir que ces salles ne pouvaient avoir eu d’autre destination.

La première de ces salles, qui se présente en entrant, a 85 pieds de long, 55 de large, et environ trente pieds d’élévation. La seconde, qui coupe cette première à an "le droit, est toute semblable, excepté qu’elle n’est pas si alongée. Tous les murs ont quatre et cinq pieds d’épaisseur, et sont percés pour des jours suffisants. Les ouvertures du rezde-chaussée n’existaient pas.

Ces salles n’ont pu être construites pour y placer des malades; mais elles convenaient très bien à la destination qu’elles avaient eue dans leur origine. C’est parce qu’elles ont toujours paru peu convenables pour des malades, qu’on Ment enfin de se décider à faire, dans leur intérieur, des distributions plus avantageuses : ce qu’on sollicitait depuis longtemps; mais on doit regretter de voir changer de forme

ces vastes salles qui rappellent d’antiques souvenirs.

I! faut observer encore (jue cette première salie, dont l’entrée est au nord, n’est fermée dans cette partie, que par une simple cloison de 5 à G pouces d’épaisseur, et que le plancher supérieur se prolonge au-delà de la cloison. Cette

dernière n’était donc qu’un retranchement, et la salle jadis se continuait jusqu à 1 eglise qui n’est plus aujourd’hui qu’une salle particulière pour des malades. Au lieu de 85 pieds de long, la grande salle avait donc très anciennement plus de cent pieds, et se trouvait bornée par l’église (pii vient de

choiigcr do doslîîiûiion . La cloison, dont je viens de parlei , n’a pas étéentièremenl enlevée dans le nouveau plan, apparemment pour la solidité du plancher supérieur. On y a formé trois arcades. La grande salle est fermée au midi par le mur de quatre pieds. Il se trouve en son milieu une grande porte vitrée donnant dans une cour, au milieu de laquelle est un

puits.

Je ferai remarquer encore qu’à 1 entrée de la salie actuelle, et où l’on se propose de faire des changements, se trouvent quelques marches qu’il faut descendre quand on en sort pai la cour. C’est évidemment un remblai qu’on a fait sans doute pour exhausser la salle et la rendre plus saine, lorsqu’elle a été destinée à recevoir des malades. Tout cela a été fait en même temps que la cloison de bois, et quand on a place l’hotel-dieu dans cet ancien palais des comtesses. Les grandes salles, lorsqu’elles servaient à des spectacles, avaient donc plus d’élévation , et étaient de plain-pied à la rue et à la cour. On vient de rétablir ce plain-pied.

On pourrait douter que l’église, qui n était qu une chapelle, ait existé de tout temps, ou plutôt qu elle ait toujours servi au culte catholique. Elle a deux grandes arcades sur la salle, dont les arceaux retombent sur un pilier commun. Ces deux arcades n’ont jamais été murées; elles dominaient donc dans la grande salle, quand le retranchement n’existait pas et qu’elle était destinée à des spectacles publics. Ce dont on a fait depuis une église pouvait donc être une grande tribune qui, s’élevant en amphithéâtre, pouvait admettre beaucoup de spectateurs. On arrivait à la grande tribune par les appartements qui sont , ou plutôt qui étaient sur la rue de St- Pierre, et qui avaient des vues sur la grande rue du Murol. Pour entrer dans cette tribune, on passait sous deux petites

arcades, dont l’une serait murée suivant le plan, mais dont l’autre existera toujours.

La seconde salle, qui est un embranchement de la première, et qui était également destinée à des fêtes, communiquait avec la première par une grande arcade; elle présente, dans sa construction, quelque chose qui se rapproche beaucoup de ce que je viens de dire. Le mur de quatre pieds au nord, est coupé, dans sa largeur, à la hauteur de 7 à 8 pieds, et offre, dans son épaisseur, une galerie étroite ; le mur, sur le devant de cette galerie, forme huit arcades soutenues chacune par deux petites colonnes rondes. En établissant, le long de cette galerie, une menuiserie qui saillirait sur la salle d’un ou de deux pieds, on aurait autant de loges qu’il se trouve d’arcades; la petite galerie serait le couloir qui y conduirait.

Le mur du levant de cette salle fait, à une certaine hauteur, une retraite sur laquelle est établi le couloir. Ce mur, à la hauteur du couloir, est percé, dans toute son épaisseur, par des arcades vitrées à leur partie extérieure, et qui pouvaient former autant de loges. Il faut remarquer aussi que le plain-pied de ces loges, comme est celui des amphithéâtres des salles de spectacles, va en s’élevant, ce qui permettait à ceux qui étaient dans le fond de la loge de jouir de la vue des spectacles, de même que ceux qui étaient plus sur le devant. Il faut croire que le long de ce couloir, et plus en dedans de la salle, il y avait une balustrade en bois qui pouvait faire saillie pour donner plus de largeur au couloir, et admettre un rang de spectateurs. Ce couloir allait communiquer et se joindre à celui du nord. Tout tend é favoriser cette oj)inion; car, dans l’angle du mur de l’est, celui du midi est percé par une porte (pai donne dans les appartements au midi; en sorte que de ceux-ci on pouvait passer sur le couloir de l’est, et

de là sur celui du mur du nord. Cette porte n’avait pas d’autre destination : on y a bien fait un escalier en bois pour descendre dans cette salle des malades ; mais cet escalier paraît être postiche.

Ce qu’il est bien important de faire observer, c’est que les deux salles (ce qui prouve bien que c’étaient des salles de spectacles et de jeux) se coupent à angle droit, et qu’en établissant des jeux au point de réunion, ils étaient vus des spectateurs des deux salles. On vient de murer la grande arcade de communication des deux salles, et on n’y a laissé qu’une petite porte.

ïl faut encore faire remarquer aussi qu’après la grande porte d’entrée sur la rue, et sous toute l’ancienne église, il se trouve des voûtes soutenues par des piliers, et dont les arcades sont en partie murées. La première, à droite en entrant, sert de loge au portier. Anciennement ces arcades se communiquaient et formaient peut-être un grand vestibule où le peuple était reçu en attendant l’heure de l’ouverture de la salle des spectacles.

Tout ce que je viens de dire de la destination primitive de ces salles n’est établi, je le sais, que sur l’inspection des lieux et sur les données suivantes : le palais qu’habitaient les

comtesses était, avant ce temps, le lieu où se donnaient des fêtes et des spectacles publics; 2® l’endroit dont on a fait depuis une église a deux larges ouvertures sur la grande salle; 5® la seconde salle qui fait embranchement a, dans l’épaisseur du mur, et à une certaine hauteur, une galerie régnant dans toute l’étendue des murs du devant et du nord ;

une porte paraît n’avoir eu d’autre destination que de communiquer avec ces galeries ; 5® l’entrée de la grande salle est précédée de voûtes soutenues par des piliers, et sem-

l)lc èlrc un yesübulu de salles de spectacles; 6^ enfin, des salles si vastes, et dont la principale entrée est sur la rue, ne pouvaient être d’aucun service pour les comtesses de Brie et de Champagne. Sans doute, elles et leur suite n’ha¬

bitèrent que les bâtiments où sont les religieuses, sur le jardin et le long de la rue de Saint-Pierre. L’entrée, pour les princesses et leur suite, pouvait être la grande porte qu’on vient de murer près de la rue Saint-Pierre, et par laquelle • on entrait au moyen d’un beau perron qu’on vient de détiuire. C est une grande maladresse que d’avoir supprimé ce perron et cette belle enhée qui était celle des salles de l’administration.

Cependant il serait possible que, meme du temps des comtesses, ces salles servissent aussi à des spectacles, h des fêtes, à des grandes assemblées ; c’était encore le goût de ces temps là, à ce qu’il paraît, suivant Velly. « Il y avait, dit-il, Ilisc( foire de France, t. IV, p. 2, dans les maisons de la haute « noblesse, des écuyers spécialement chargés de donner à laver avant et après le repas, et de disposer tout ce qui « était nécessaire pour les divertissements qui suivaient les

« festins. »

Dulaure, Histoire de Paris, vol. H, |). 290, rapporte, à l’occasion de la grande salle du palais de justice, « que, dans « les anciens châteaux ou palais de hauts barons, il y avait (( une vaste salle qui servait à la réception des hommages des (( vassaux, aux audiences des ambassadeurs, aux festins et aux « fêtes publiques. La salle du palais de justice de Paris était « anciennement employée aux mêmes usages, et, à certaines « époques de l’année, on y jouait des pièces bouiïonnes. » On voit, par les dispositions intérieures, les tribunes des salles du palais des comtesses, et l(‘ vestibule voûté (jui les

précède, (jü’elles étaient non seulement propres aux même» services c|ue les salles des anciens châteaux de baions, mais qu elles étaient plus spécialement construites pour des jeux et des spectacles publics ; ce qui doit faire remonter leur construction avant les temps de la chevalerie. Nous verrons à qui on pourrait les attribuer.

Le nouvelles distributions qui ont lieu vont donner à ces salles des formes tout autres que celles qu’elles avaient, et ce ne sera que par les descriptions détaillées , que j’ai cru devoir en faire, qu’on aura l’idée de ce qu’ elles étaient, et de ce h quoi elles pouvaient servir dans leur origine; encore faut-il que je rappelle que le plancher soutenu aujourd’hui par des piliers carrés n’existait pas, non plus que le retranchement au midi où l’on a fait la cuisine ; que le plancher supérieur vient d’être rabaissé de quelques pieds ; enfin, que toutes les ouvertures, dans le mur au rez-dechaussée, sont nouvelles, et qu’a la place de la porte carrée, qui sépare par en bas les deux salles, il y avait une grande arcade. Mon opinion, sur la destination des salles, a sans doute pour elle de grandes probabilités; d ailleurs, j invite les personnes difficiles, qui liront les détails dans lesquels je viens d’entrer, à en tirer des conséquences plus vraisemblables que les miennes, et à faire des applications plus heureuses :

je serai le premier à applaudir.

Dans le grand établissement de l’hôtel-dieu, ce dont il mereste à parier peut encore exciter l’étonnement, et donner lieu à des réllexions [irofondes. C’est un superbe caveau qui commence sur la rue du Miirot, passe sous la grande salle, et se termine comme cette dernière au mur du midi. Il peut avoir 140 pieds de long et toute la largeur de la grande salle. Les voûtes élevées de quinze pieds sont soutenues par deux

rangs de piliers carrés ; de leurs cliapileanx partent des arceaux élégants. L’épaisseur des murs, la solidité et la masse de l’enseinble a (|uel(|ue chose d’imposant et de majestueux. Les murs ont au moins six pieds d’épaisseur. Celui dans le côté du midi présente, après l’arcade du milieu, une ouverture cintrée. C’est une galerie étroite, voûtée, de dix-huit pieds de long, et (|ui s’étend sous le pavé de la cour, et va aboutir au puits (jui se trouve dans son milieu; en sorte (]ue du caveau on peut aller |)uiser de l’eau au j)uits. L’ouverture sur le puits est carrée et en pierres de taille.

On se perd en cherchant ipiel pouvait être le motil et l’emploi de ces voûtes souterraines et d(‘ cette galerie (|ui conduit au puits ; ce qui |)cut siiiqirendre encore, c’est ([ue ces voûtes ne soient pas connues à Ihovins, si non des domestiques ipii vont y placer ou en retirer du bois de chaullage. Quoique Tort âgé, je n’eu ai jamais entendu [larler, et ce n’est que depuis les derniers travaux commencés pour les changements à opérer dans les salles, (|ue le hasard m’a fait descendre dans ce vaste caveau ipii, jilus connu, partagera l’attention et l’étonnement des connaisseurs, comme une foule d’autresohjets que présente Provins ancien et moderne.

Ce vaste et magnilique caveau, qui a quelques apport avec celui du Saint-Esprit (voyez ce mot), est plus massif, plus étendu, plus enterré. (]e dernier est dégradé dans une grande partie de sa longueur. Celui de l’iiôtel-dieu , (pioiqu’il soit beaucoup plus ancien , bravera les siècles. A quoi était-il destiné? Le bois et le vin d’une grande maison ne pourraient en ocruper qu’une petite place; mais il y a encore dans riiôtel-dieu d’autres voûtes et celliers jirojires â ces emplois. I.es comtes se son» hali un palais â la ville haute, mais lis n’ont rien laissé qui ajquociie de consiruclions aussi

considérables. L’hisloire nous apprend les moindres bâtisses qu’ils ont faites dans la haute et basse ville; mais elle se tait absolument sur l’origine de cet établissement, ou fut transféré, de leur temps, l’hôtel-dieu : ce qui prouve sa haute antiquité.

Nous savons seulement qu’avant que cet établissement devînt le palais des comtesses douairières, il servait à donner des fêtes et des spectacles; i! remonte donc plus haut que l’époque de la création des comtes. On y plaça les comtesses; mais ces constructions considérables, leur distribution, ces voûtes, ces salles spacieuses : rien de cela ne pouvait avoir été fait pour des femmes.

Faut-il encore rapporter ce grand édifice aux Romains, non pas du temps de Jules César, mais sous le règne des empereurs? c’est ce qui nous paraît assez vraisemblable. îl y a environ dix siècles que le premier comte de Brie et Champagne habitait Provins. Les Romains quittèrent les Gaules il y a treize siècles. Ces bâtisses considérables, qui subsistent à notre connaissance depuis mille ans, et qui sont encore ce qu’elles étaient sortant des mains de l’ouvrier, pourraient donc avoir treize cents ans de date, et plus. Si l’on en doutait, il faudrait dire quel roi de France, avant les comtes, aurait fait à Provins ces vastes constructions dans l’intention d’y donner des spectacles et des fêtes; mais ajoutons que dans ces temps la ville basse était sans intérêt, ou plutôt n’existait pas; c’était un bois et des marécages.

Si Ton est obligé d’attribuer aux Romains ces vastes bâtisses par la force des choses, on y est encore ramené par le genre de ces constructions et les habitudes de ce peuple.

Les Romains aimaient les spectacles et les fêtes publiques, et ils subsistcnl encore dans beaucoup d’endroits de la

France des resles de constructions (jui l’attestent. Il s’en trouve à Sens, suivant les historiens de ce pays; c’est ce que nous rapportent les almanachs de cette ville, que j’ai cités plus haut.

Si les salles de l’iiôtel-dieu ont été construites par les Romains, dans les temps qu’ils tenaient garnison à Provins, et lorsque Probus y faisait faire des réparations, j’attribuerais les belles voûtes souterraines, dont nous avons parlé, à l’usage qu’ils avaient d’en établir sous les grandes constructions qu’ils faisaient et notamment sous l’ancien Provins. Ils ont partout cherché à étonner les peuples et à leur donner une haute idée de leur puissance par des constructions impérissables et quelquefois plus importantes que nécessaires. Dira-t-on, pour donner une destination aux voûtes de l’hotel-dieu, construites prés la forêt qui couvrait l’emplacement de la ville basse, qu’elles étaient des magasins où l’on serrait le bois de chauffage de la garnison et peut-être de quelques particuliers distingués de la ville haute? ou bien serait-ce encore un dépôt de prisonnier de guerre? Tout cela serait possible; mais il vaut mieux jouir en silence de l’aspect imposant de ces monuments antiques, (pie de se livrer à des conjectures hasardées. Une vue intérieure de ce caveau a été lithographiée.

Lors de la translation de l’hôtel-dieu dans les bêtiments (pi’il occupe, Ilenri-le-Libéral lit fournir tous hîs meubles à l’usage des religieuses. On voit encore, dans le vieux réfectoire aux lambris et au plafond, des armoiries et les blasons des seigneurs et des chevaliers de la province.

L’hùtel-dieu de Provins était si bien tenu sous Thibaut VI, que d(‘S riches particuliers s’y faisaient porter. Des marchands élrangers et ceux (pii fréipientaient la foire de Pro-

vins retenaient pour eux et leurs amis des chambres en cas de maladie. Il y avait, comme îious l’avons dit, des endroits où les malades prenaient leurs bains. On voit à l’hôtel-dieu de beaux vitraux gothiques; nous en parlerons à l’article Objets d’art.

Tout prés de l’hôtel - dieu et au coin de la rue Saint- Pierre, est un pilier, nommé le Pilier-Rouge» On dit, mais sans preuve et sans vraisemblance, que dans une inondation, l’eau s’éleva jusqu’au pilier rouge. En face de l’hôtel-dieu était l’échelle patibulaire (voyez Places publiques,)

En 1670, la fontaine de l’hôtel-dieu ayant cessé de couler, on en releva les tuyaux qui se trouvèrent enfoncés en terre de plus de dix pieds; ils furent replacés à un pied et demi seulement de la surface du sol. On peut juger par là combien la prairie s’est exhaussée par la succession des temps (voyez Fossés delà ville basse^ au moi Fortifications,)

* Hôpital de la Madeleine. Il était placé au Chûtel, prés la porte de Jouy, et sur le lieu appelé le Cours-aux-Bêtes ou marché aux Bestiaux. On les essayait, comme on a vu, dans cet espace de terrain. Il reste de cet hôpital de belles voûtes à rez de terre, soutenues par des piliers qui , vu leur solidité, paraissent être d’une haute antiquité. Sur le côté se trouve une belle tournelle appelée le Tournillon (voyez ce mot.) On sait qu’un chevalier Bursaut avait sa demeure dans cet hôpital, en 1188. Cet établissement dépendait alors des chevalier du temple. Après l’extinction de cet ordre, il passa à celui de Malte. Ce fut la demeure du commandeur Girême, après la destruction, par les Anglais, de la grande maison de Notre-Dame-de-la-Roche [l’Ermitage),, qu’il habitait. Il y a, dans les caveaux de cet ancien hôpital de la Madeleine, une galerie souterraine qui passe sous la rue de

Joiiy. On croit qu’elle a une ouverture daiis le lUiits^Salc qui tient à l’hôpital du Saint-Esprit.

Hôpital du Saint-Espiut ( voyez Caveau du Saint- Esprit)^ page 164.

Hôpital (l’) général établi, en 1748, dans le monastère des dames Cordelières. C’était dans T origine le monastère du mont Sainte-Catherine. Ce dernier fut fondé, en 124-8, par Thibaut VI, à la suite d’une vision (1) où il lui sembla que cette sainte, avec son épée, lui traçait un certain espace de terrain sur la colline, au nord de son palais (voyez Cordelières.) Le coeur de ce prince, celui de son fils, Thibaut VII, et celui de la princesse Isabelle de France, fille ainee de Saint-Louis, sont dms 1 eglise de 1 hôpital général. Le monastère du mont Sainte-Catherine fut incendié trois fois. Henri IV, du temps des dames Cordelières, y établit son quartier-général quand il assiégea Provins pour la seconde fois (voyez page 127.) Cet hôpital est la retraite de beaucoup de vieillards et d’enfants. Il y a à l’extérieur de la maison un tour où l’on reçoit les enfants abandonnés. On y compte actuellement environ deux cents pauvres. Cet hôpital est administré, ainsi que l’hôtel-dieu, par un bureau composé du maire de Provins, qui en est le président, et par cinq notables habitants.

Ce sont les dames de la Maison de Nevers (}ui dirigent l’intérieur de ces deux maisons, quant à ce qui a rapport aux

(1) La nouvelle Histoire de Provins a découvert la fenôLrcà laquelle Thibaut VI prenait le frais lorsqu’il eut cette vision ! Meltro une vision sur le compte du spirituel et satirique Thibaut , c’est un peu fort delà part des moines; mais ce qui est plus fort encore, c’est de croire à cette vision , et surtout de trouver la fenêtre par laquelle Thibaut vil la dame blanche.

malades, aux pauvres et aux soins à leur donner. Le revenu de ces deux maisons peut s’élever à soixante-dix ou quatrevingt mille francs.

Pour le spirituel, il y a un chapelain qui fait les fonctions curiales; mais, comme cette maison est sur la paroisse de Sainte-Croix, elle est tenue de faire un acte de paroissien. Voici en quoi on l’a fait consister : Le jour de Pâques, deux religieuses amènent à la grand’messe de Sainte-Croix deux jeunes lilles choisies et proprement mises. Elles sont placées près la porte du chœur. A l’instant de l’offrande, le bedeau vient les chercher; elles portent chacune un cierge du poids d’une livre , et déposent dans le plat de l’offrande une pièce d’argent.

Il y avait dans l’église quatre petites colonnes de marbre noir. M. Lenoir en a enlevé deux pour être déposées au musée des monuments antiques; apparemment que les deux autres qu’il a laissées n’avaient pas le mérite qu’il attribuait aux autres.

On voit à l’hôpital de très belles sources. Une partie sert aux usages de la maison ; le reste est conduit à la ville par des tuyaux de plomb , et donne l’eau à la fontaine aux Juifs, dans l’intérieur de la maison des ci-devant Jacobins , à la fontaine de l’Hôtel-Dieu et dans l’intérieur de cette maison.

Hôpital (l’) des Templiers, connu de[)iiis sous le nom de Notre-üame-de la-Roche, et en dernier lieu sous celui de l’Ermitage , prés le hameau de Fontaine-Iliaiit ou Argent. 11 fut fondé dés le xiff siècle. Il y avait dans la chapelle une tombe qui se voit encore ; c’est celle d’un commandeur mort en 1204. Ses armes sont composées de deux écussons : l’un chargé de la grande croix de l’ordre, l’autre d’une tour don»

jonnée de trois tourillons. xVprès la destruction des ïeiiipliers , cet établissement p*assa a l’ordre de IVIalte. ïl prit le nom de la Belle-Maison , à cause des embellissements qu’y avait faits le commandeur Nicolas Giréme qui l’habitait. Lorsque les Anglais prirent la ville de Provins , ce commandeur, aidé de Denis de Chailly, bailly de Meaux, et d’une troupe de braves qii il avait formée , vint assiéger les Anglais qui tenaient garnison à Provins, et les en chassa. L’armée

anglaise ayant repris la ville, les Anglais se vengèrent du commandeur Giréme, en détruisant tous les bétiments de Notre-Dame-de-la-Roche. Il n’y resta intact que les regards qui renferment les sources d’eau^vive. Après la retraite des Anglais, le roi récompensa Nicolas Giréme, en le nommant gouverneur de Provins. Par suite, l’emplacement de Notre- Dame-de-la-lloche devint un ermitage qui dépendait de l’or-^ dre de Malte. Environ l’an 1780 , l’ermite (1) qui l’occupait étant mort, il n en fut plus nommé d’autre; le terrain , les bûtiments et la cliapcllc furent vendus. Cette chajielle était affectée à une confrérie qui avait lieu le jour de la Notre- Dame de septembre. Le clergé de Sainte-Croix venait y célébrer l’oflice. La fête, ou rajiport, se faisait et se fait encore au hameau de Fontaine-Riant, et prés de l’Ermitage. De cette habitation , hérissée de ronces, et bien digne d’une ermite , le propriétaire actuel en a tait un endroit charmant. M. Dusommerard dit que c’est le Tivoli de Provins, dans le

(1) Le frère Hilarion ; il avait été <yarde-du-corps de Louis XIV. Ayant tué un Iiomme en duel , il se relugia à Rome. On s’intéressa pour lui ; il rentra en France comme ermite , et l’ordre de Malle le plaça dans rermilage de INotre-Dame-de-la-Roclie de Provins. On n’a su ces détails (ju'apres sa moi t , [)ar les papiers qu’il a laissés

texte de la deuxième livraison des vues lithographiées de Provins.

Les chevaliers du Temple dirigeaient encore à Provins riiôpital de la Madeleine (voyez ce mot) , et celui établi devant l’église Sainte-Croix. (Voyez Vicomté de Provins et Chevaliers du Temple. )

lIoriTAL (l’) Des Orphelines fut fondé, en 1691, par M. d’Aligre , abbé de Saint-Jacques, pour trente orphelines. Elles recevaient l’éducation jusqu’à l’âge de dix-huit ans. En sortant, on leur donnait un trousseau. La maison des Orphelines, rue du Murot, est un peu au-dessous de l’église de Saint-Thibaut. On croit que c’est dans celte maison que naquit saint Thibaut. Cet établissement cessa , il y a quelques années , d avoir la même destination : les maîtresses , les jeunes filles et les biens qui y étaient attachés , passèrent à ITlôpital général.

Hôtel de ville, bâti sous François PL Après la réunion des comtés de Brie et de Champagne à la couronne , les rois de France abandonnèrent à la ville de Provins le palais des comtes, pour y établir les difiérenles juridictions. Dans la suite, et pour la commodité des habitants, elles furent transférées à l’hôtel-de-ville qui était un dépôt d’armes. Les juridictions y restèrent jusqu’à leur translation dans le couvent des Cordeliers, où l’on mit aussi les prisons , dont rancicu emplacement faisait partie du palais des comtes.

Cette translation fut motivée par le surplomb qu’avait acquis le mur de face de riiôtel-de-ville. En 1760, on avait déjà, pour soulager ce mur, descendu les grosses pierres ornées de salamandres et autres sculptures qui formaient trois

grandes mansardes ou lucarnes, qui s’élevaient au-dessus de l’égout. La même raison avait fait transporter la municipalité dans l’ancien couvent des Bénédictins, où est la souspréfecture. Ce fut alors qu’on plaça dans les salles de l’hôtelde-ville la bibliothèque de saint Jacques, quand il fut question de vendre cette maison.

L’bôtel-de-ville fut consumé par les llammes ainsi que toute la bibliothèque, la nuit du 2 janvier 1821; on ne sait par quel accident. Les regrets qu’on a de la destruction de ce monument sont bien justifiés par ce que je vais en dire. On avait heureusement conservé un dessin très exact de la façade, qui, comme nous allons le voir, était singulièrement remarquable par la profusion et l’élégance des sculptures qui la décoraient.

Le mur de face, jusqu’à une hauteur de douze pieds, ne présentait aucun ornement; mais à celle élévation régnait une frise ornée d’arabesques, entremêlée de bustes. Elle soutenait des pilastres et une multitude de sculptures. L’égoût était surmonté de trois grandes mansardes en pierres de taille, chargées de sculptures. Des salamandres, avec des diadèmes sur la tête et entourées de llammes, formaient la corniche du fronton de celle du milieu. (1). Dans son tympan il y avait les armes de France ; au-dessous était, en médaillon, le buste d’une belle femme richement parée. Ses cheveux, plats sur le front, étaient rejetés sur le derrière de la

(1) Ces salamandres turent posées, en l7é6, sur deux pilastres qu’on éleva a une ouverture du rnur du rempart, près la tour— nelle du port; elles en furent ôtées. Il n’y a pas longtemps, la pierre sur laquelle était seulptée une de ces salamandres, servait de borne à un des pilastres.

lêle. Les piîaslros élaierU couroîinés par un chapiteau très orné, mais n’ayant aucun rapport avec les chapiteaux des colonnes grecques. Entre les pilastres étaient des basreliefs, des figures d’hommes, de femmes, de faunes et d’amours tenant des flambeaux allumés , appuyant les pieds sur des salamandres, et soutenant des écussons, entr’autres deux fort grands, sur lesquels étaient les armes de la ville et celles de Bretagne. Les intervalles présentaient des dessins en reliefs de branches avec leurs feuillages; des niches très ornées de sculptures à leurs parties supérieures ; de petites portions de temples, de forme ronde, avec des colonnes détachées et soutenant un dôme. Ces temples, avec les accessoires dont nous avons parlé, semblent être des temples de l’Amour (1). Rien de tout cela, comme on peut le croire, n’a été fait par hasard, par caprice et sans intention.

Les armes de Bretagne, avec des cordons de veuve, qui se trouvent dans un médaillon, ont pu faire croire que ce monument avait été commencé, ou au moins projeté par Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII ; mais on ne peut douter qu’il n’ait été construit par François F*’ : les salamandres dans des flammes, des emblèmes de l’amour le désignent assez, et les sculptures sont évidemment de son temps. La profusion et la richesse des ornements, et leur belle exécution annoncent la main d’artistes célèbres. On leur trouve le goût, la délicatesse et le fini précieux des Jean Goujon, des Cousin et autres de ce mérite, qui furent employés par

(1 ) Dans une des lithographies des artistes de Paris, planche de détail, on voit, parmi quelques morceaux de sculpture de notre hôtel-de-ville , un charmant clocheton , avec niche , statues, balustrades, etc. , du meilleur goût.

Traiiçois l‘^^ dont le règne fut l’époque de la renaissance des beaux-arts.

Vues de près, ces sculptures paraissent avoir perdu leur beau poli ; ce qu’on doit sans doute attribuer à la nature de

la pierre un peu poreuse, aux gelées et autres vicissitudes du temps; mais ceîa n’empôcbe pas qu’elles n’aient conservé la beauté du travail et leurs formes élégantes.

M. le comte de IVlarcellus a publié sur le clulteaii de Chambord un travail dont je vais donner quelques extraits. On sera étonné de l’analogie qui existe entre les ornements et le style de cette résidence royale et ceux de l’hôtel-deville de Provins. Le château de Chambord fut , comme l’Iiotel-de-ville , construit sous François

« Les frises, les lambris, dit M. de Marcellus , sont or- « nés de sculptures de la plus grande délicatesse , et de « salamandres en reliefs, entourées de flammes et sculptées (( dans le style de .Tean Goujon. Des salamandres dans des (( flammes étaient une allégorie dont François avait fait « sa devise, en y ajoutant : Nutrisco et extingno. Ce « prince belliqueux, dont le génie créa Chambord, vou- « lait faire entendre, par cette ingénieuse devise, que sa va- « leur héroï(|ue reprenait de nouvelles forces au milieu des « feux de la guerre, et qu’elle les éteignait, nutrisco et « extinguo. »

Ces génies dont j’ai parlé , groupés en plusieurs places et soutenant des écussons, sont surmontés par des bandelettes que l’on peut croire destinées à recevoir les deux mots de la devise.

Il faut ajouter que ce médaillon , où se trouve le buste d’une belle femme richement parée , d’une proportion plus grande (pie toutes les autres figures, et placée au milieu du

monument, au-dessous des armes de France; que cette femme, dis-je, a la coiffure que l’on donne à la Belle-Ferronière, maîtresse de François P". Elle a, comme les portraits qu’on a de cette dernière , les cheveux plats et séparés sur le front, et rejetés derrière la tête. Il est probable que ce buste la représente.

Ne peut-on pas croire que ces flammes , ces temples , ces amours , ces flambeaux , ont des rapports avec cette belle femme qui occupe la principale place dans la façade du monument? Je crois aussi que la devise qu’a prise François comme il arrivait au temps de la chevalerie , avait plus de rapport aux dames qu’on ne pense ; car 1 interprétation que luidonneM. de Marcel lus est obscure. Je vois, moi, dansces salamandres entourées de flammes et de génies avec des flambeaux , etc. , un prince qui sacrifiait habituellement à l’amour, et, dans sa devise: niitrisco et extingiio , ce sens caché : j’entretiens , ou j’allume des feux , et je les éteints.

A ce qu’a dit M. le comte de Marcellus, je vais ajouter, par extrait, ce qu’un amateur, qui signe L... X, vient de faire paraître aussi dans les journaux d’octobre 1821, au sujet de Chambord, dont il paraît avoir fait un examen particulier... « Le luxe des décorations extérieures, le goût « oriental de rarchilecture... rappellent la date précise de « l’édifice, et François P% semble se montrer aux regards « avec le Primatice, son architecte, à sa droite.

« La façade du château est surtout remarquable par la « profusion des ornements dont elle est revêtue... Chaque « mansarde est décorée d’un frontispice avec ses groupes de « colonnes, ses frises, ses architraves... Le mur n’a rien «r perdu des beautés et des richesses dont le génie des Gou-

« jon et (les Cousin l’on( couvert... Partout riniagination est « surprise du lini de rexécution.. . Il n’est pas de pierre qui « ne soit animée par la pensée et par le ciseau des arts. Tout « y décèle celte époque de la Renaissance, où la pensée des « artistes et les heureuses fantaisies du Primatice n’étaient « j)as encore entravées, comme elles le furent dans les siècles (( qui suivirent, par l’ascendant du goût de l’antique Grèce. (( Chambord est l’ouvrage d’un génie libre : c’est pluWt dans « les circonstances locales qu’il a puisé ses inspirations, que (( dans le souvenir de l’antiquité; mais, si on ne trouve pas « ici la rectitude, le grandiose et la sévérité qu’on cherche (( aujourd’hui dans les créations nouvelles, combien n'est-on « pas dédommagé parla variété, la hardiesse, la légèreté, la « pureté et le fini des desseins ! Ici, ce sont des groupes d’a- « mours avec des llambeaux, ou des faunes qui soutiennent, « en riant, quelques ornements; ailleurs, un feuillage tout <( gaulois remplace quelquefois, avec bonheur, les volutes « ioniennes et l’éternelle feuille d’acanthe; partout, dessala- « mandres élevant, au milieu d('s llammes, la tôle surmontée « d’un diadème, d

Ces détails, que donnent M. de Marcellus et l’amateui M. L.... X, ont tant de rapi'ort et de ressemblance avec ce qu’on remarque dans la façade de notre luHel-de-ville, que cela détruirait l’opinion «le l'estimable auteur des explications des vues lithographiées, qui, tout en parlant avec beaucoup d’éloges des ornements de la façade de notre luMel-de-ville, les croit antérieurs de quelques années aux constructions de Chambord ; car il s’ensuivrait que les décorations de cechûl(\au n’auraient été qu’une Topie et une imitation de noire h(Uel-de-ville : (‘(dui-ci aurait été le texte, et Chambord n’en aurait été «pie le long ('ommentaire.

Au nombre des choses remarquables, et quelquefois uniques, que présente l’histoire de Provins, à partir de sa fondation par Jules César, on peut citer ce que je viens de faire observer sur notre hôtel-de— ville. Peut-être est-il le seul édifice contemporain de Chambord qui ait avec lui autant de rapports, non-seulement par la profusion des ornements et la délicatesse du travail, mais par les attributs et les emblèmes qui semblent tous n’avoir que l’amour pour objet.

Le château de Chambord est d'une immense élendue ; nous n’avons, il est vrai, à lui comparer qu’une étendue et une élévation de quelques toises , et cependant la ressemblance entre ces deux monuments , qui présentent les deux extrêmes, ne laisse pas que d’être frappante. Notre hôtel-de-ville aurait donc pu occuper, au moins pour quelques instants , la pensée d’un grand roi , et aurait eu le bonheur d’être une étincelle du génie qui a conçu le château de Chambord.

Je puis appuyer, d’une manière assez authentique , que François P*’, non-seulement ne fut pas étranger à ces sujets allégoriques qui décoraient la façade de l’iiôtel-de-ville, mais qu’il a pu en concevoir l’idée, ou qu’au moins ces architectes l’auront servi suivant son goût, plutôt que selon les convenances ; car cet édifice avait été construit pour être un ar¬

senal, et les ornements étaient loin de rappeler cette destination. Je vais rapporter ce que je trouve dans le tome page 411 , des Aîiccdotcs de Provins,

« l/an 1529 , François P"” ht son entrée à Provins On c( lui rendit tous les honneurs jque l’on put. Il assista au Te « Denm qui fut chanté dans l’église de SaiiU-Ouiriace , par (( sa musique, tant pour la paix récemment laite, que pour (( son heureuse arrivée dans la ville. Le chancelier Duprat y

« parut comme archevêque de Sens , avec plusieurs princes « et grands seigneurs , à tous lesquels on fit des présents de « vin , de conserves et (h couss{7îs de roses {i), comme « c’était la coutume, d

Il faut observer qu’il n’est question d’aucun motif politique qui ait nécessité la venue de François à Provins; il y vient avec sa cour et sa musique : c’était donc une fête et une partie de plaisir. Il n’est donc pas douteux que le dessin de cette façade ne lui ait été présenté , où qu’il n’en ait conçu lidée, et qu’il ne soit venu que pour jouir de son effet.

Pour l’honneur de mon pays, pour rappeler son importance et lui mériter la considération, j’ai cherché à montrer, dans toutes les parties de l’ancien Provins , la main et les vastes desseins du premier des Césars. Je me félicite aujourd’hui de faire voir, dans notre hôtel-de-ville , la main et les pensées chevaleresques de François (2).

Quelques mots sur la municipalité trouveront ici une place naturelle et com|)lèteront ce que nous avons déjà dit sur la commune de Provins.

Nous avons dit que Thibaut VI, en 1230, avait créé , ])our Provins , un maire et douze échevins , ou plutôt (ju’ii

(1) Je ferai sur le mot coussin une observation, quand je parlerai des roses, article* Productions du solde Provins.

(2) François 1®% en 1539, ordonna que les actes publics, (|ui s’étaient toujours faits en latin, le fussent en français. Ce prince inouï ut"cn 1 5'<7 ài^é de 53 ans.

avait coJifirmé, réglémenté l’institution de ces magistrats (Ij, Ces dénominations se continuèrent jusqu’à peu d années avant la Révolution ; mais la municipalité à cette époque

(1) Le lecteur a pu remarquer, pages 90 et 91, en parcourant l’histoire de Thibaut Vt, les détails et les aperçus curieux que M. Opoix a donnés sur cette charte de 1230. Sa fermete de jugement et son sens droit lui font regarder cet acte comme une consécration de droits antérieurs. En effet , quelques pages plus bas (75, 76, 77), il donne les raisons qui le portent à croire qut; Thibaut-lc- Libéral ne put faire prospérer le commerce de Provins sans alléger les habitants des charges féodales : cela est rationnel. Déplus, M. Opoix ne put imaginer, et beaucoup de savants partagent son avis, que les seigneurs aient pu tirer de leur cerveau des institutions communales, qui se ressemblent à peu de choses près dans toutes les chartes que nous avons. Pour que tant de seigneurs d’intérêts opposés et placés sur des points si éloignés les uns des autres, pussent se rencontrer dans les termes, la forme et le fond de ces actes, il fallait que ces institutions eussent une idée-mère, une tradition, et un semblant d’existence, d’après lesquels on renouvela, on fit revivre ce qui avait déjà existé. Aussi M. Opoix dit-il expressément : a II faut bien 4 convenir que c’était là une réminiscence des anciennes muni- « ci pâli tés gauloises que les Romains modifièrent, que les rois t francs rétablirent ou laissèneiit rétablir sous leur première « forme, que la féodalité ébranla ensuite, et que Louis-le-Gros, « d’immortelle mémoire, retira enfin de la poussière de la ser- 4 vitude. (page 77) n Ici la science est réunie à la sûreté du jugement.

Un nouvel historieyi àe Provins, dont l’incohérence des idées étonne à chaque page, s’est appliqué à contredire en toute occasion le digne et savant historien de Provins, et cela de la manière tranchante d’uti Labeaumellc. On pourrait croire qu’un contradicteur si sûr de son lait peut encore moins errer quand il s’acit de riiistoire du moven-àge, à la connaissance de laquelle il voudrait avoir des prétentions Hedas I il peut être donné à tout

n’était composée (|ue (run maire et île trois échevins. On let> renouvelait tous les deux ans. Un éclievin sc prenait sur la

lionimo; au moyeu de répertoires, de bibiiollièques, de trouver des matériaux plus ou moins suspects ; mais le discernement pour les choisir et les apprécier n’est pas donné à tous. Notre contradicteur dit, page 197, que ce qui doit éterniser à Prooins la mémoire de Tliihault~le-chanso?i7iierj c*est la, constitution complète d’une commune dans cette çille. Ainsi, par ces mots, il est tormellement arreté dans la pensée de l’auteur que Provins doit le bienfait de sa constitution du maire et des échevins à Thibaut VI. Et pour comble de conviction, il ajoute qu’un mouvement communal s’opéra au xm° siècle dans les provinces de champagne et de Brie. Voilà qui est bien convenu ; mais 1 auteur va nous échapper : après nous avoir solennellement rapporté cette charte de Thibaut, datée de 1230, charte qu’il vient de donner, avant de l’avoir citée, comme le piemier fondement de l’affianchissement provinois’, il dit : J’avais déjà pensé que Thibaut tde-chansonnier ii était pas le premier qui eût accordé a la ville de Provins des libertés municipales cl qu il n avait fait que confirmer e7i \230, moyeimant fina7ïce, des privilèges déjà exista7its en partie. En effet après la lecture de cette pièce, on voit que la liberté à Provins ne date pas de 1230; le nouvel hisiovieil lui-mémel’a senti, mais il n’a pu rattraper les imprudentes et téméraires paroles qu’il avait déjà imprimées, et nous serions portés à tirer cette conséquence de tout ceci, que notre contradicteur n’avait pas lu la charte de 1230 au moment où il en a parlé page 197, et qu’il ne l’a eu lue qu’à la page 206.

Notre contradicteur trouvant sans doute qu’il ne s’est pas encore assez contredit lui-même, va jusqu’à citer, page207 (remarquez bien ce chiffre), une charte de 1 190 du comte Henri-le-Jeune, dans laquelle il est déjà question de la Commune de Provins; mais pour prendre la délénse du nouvel hisloiien contie luimême, q.ous dirons (p.i’il peut avoir été facilement induit en erreur, le cartulaire où d [u'cnd cette citation étant endommage dr poîu rifui c.

paroisse de Saint- Ayoul , un sur Sainte-Croix, elle troisième sur les paroisses de Saint-Pierre et de Saint-Quiriace. Pour le maire , il se choisissait sur toute la ville , mais alternativement dans la robe longue et dans la robe courte. On appelait la robe longue , les magistrats , les avocats ; la robe courte se composait des marchands et des autres bourgeois.

C’était le premier dimanche de mars que se faisaient les élections. Chaque capitaine de la milice bourgeoise qui se composait de quatre compagnies portant les| noms de Saint-Jean , Jouy , Culoison et Cbangis, choisissait, dans sa compagnie , quinze hommes pour donner leurs votes; on les appelait les Vocaux. Ils se réunissaient le dimanche matin , dans la salle basse de l’hôtel-de-ville. Les anciens maires et échevins , les^ magistrats , les anciens doyens de Saint-Quiriace et de Notre-Dame’, et les capitaines de ville , s’assemblaient dans les salles supérieures : ainsi on distinguait la chambre haute et la chambre basse.

A l’heure indiquée, la chambre haute descendait dans la salle basse, comme étant plus grande, et là , se faisaient les élections au scrutin. Le maire et les échevins sortants, précédés des tambours et des porte-casaques (1) , ou valets de ville, allaient annoncer aux nouveaux élus leurs nomination.

Dans le quartier du nouveau maire et des échevins , des voisins prenaient les armes, nommaient enlr’eux un capi-

(1) On leur donnait ce nom parce qu’ils étaient couverts d’un grand manteau bleu, manches pendantes, sur le dos duquel les armes de la ville étaient brodées. Ils portaient une longue hallebarde. Toutes les fois que le corps municipal marchait, ils étaient à la tête.

laine et un porte-drapeau, et allaient, j)réccd6s d’un tambour-, rôliciterle maire ou réclievin. Ils allaient faire le même compliment aux officiers municipaux nouvellement élus. Leurs promenades par la ville avaient lieu jusqu’au soir ; alors, à l’aide du voisinage , ils préparaient un monceau de bois devant la porte ou dans le carrefour près de la maison de l’oflicier municipal, et allaient lui présenter, ainsi qu’à son épouse , un llambeau , avec lequel ceux-ci venaient allumer le feu de joie.

Dans ces temps, le receveur des revenus de la^ville et le greffier n’avaient que cinquante francs de gages. Les quatre ofliciers municipaux , chacun leur tour , et de mois en mois, faisaient les billets de logement pour les soldats de passage. Lors de l’arrivée d’un régiment ou d’un gros passage , les officiers municipaux et le greftier faisaient ensemble, à riiôtel-de-ville , les logements.

Aujourd’hui la municipalité est composée d’un maire et de deux adjoints. Ses bureaux sont dans le ci-devant monastère des Bénédictins , où se trouvent aussi ceux de la souspréfecture.

( Pour les juridictions , les administrations , l’état ecclésiastique , civil et militaire delà ville, avant la révolution, voyez \gs Almanachs de Provins, 1780 et 1781.) (1)

(1 ) M. Opoix aime à parler tle ces almanachs de. Provins parce qu’en elTet ils sont pleins de souvenirs pour lui. Leur auteur a su taire entrer dans ces opuscules une grande variété de sujets et meltre le badinage à côté du sérieux. C’est dans ces almanachs (jue IM. Opoix vMilgarisa les principales notions de Thistoire (le Pro\ins, et qu’il rappela aux Provinois rancienne gloire de leur cité. IM. Opoix, toujours animé du désir d’étre utile, contribua immensément, par son infatigable persévérance, à do-

Hôtel du Gkand-Moeton. Celle maison est au midi , dans la Grande-Rue , entre la rue aux Aulx et le Marché- Neuf. Isabelle de Bavière , femme de Charles VI , roi de France, y logea environ en 1450. (Elle mourut en 1455, détestée de la nation.) La maison qui est au levant faisait partie de cet ancien hôtel. Sur les poteaux qui la soutiennent, on voit un mouton, un berger, un chien, un loup sculptés; les armes de France, de Bavière, d'Angleterre y furent aussi sculptées à l’occasion du séjour qu’y fit la reine Isabelle. Elles furent effacées pendant la Révolution.

ter Provins de l’éclairage. Les gens un peu versés dans l’histoire de l’édilité savent que Paris, avant Louis XIV, n’était pas encore éclairé et que les ordonnances de police prescrivaient aux habitants d’avoir une lanterne à leur porte. On peut bien penser que si la capitale fut longtemps privée d’éclairage, les villes de province, où le progrès se fait si lentement, durent être plus arriérées que Paris et ne s’éclairer que beaucoup plus tard. Provins ne l’était pas encore en 1780. La société, dite, par raillerie, la société des Lanterniers y parce qu’elle s’occupait de réunir des offrandes pour l’entretien de l’éclairage, parvint à faire poser dans la ville un certain nombre de réverbères à trois foyers : ce qui fit révolution. Voici la première strophe d’un rondeau qu’on fit à cette occasion et qui a été inséré dans l’almanach de 1780.

La nuit ressemble au jour depuis qu’un nouveau zèle A pendu dans Provins avec mainte ficelle Réverbères qui font à vingt pas à l’entour Pâlir de nos fanaux la plus grosse chandelle.

Vous diriez que Phébus recommence son tour ;

La nuit ressemble au jour.

Malheureusement, l’éclairage de Provins n’est pas encore sulfisant aujourd’hui. On remarque au-dessus des portes des commerçants et des aubergistes, ce5 fanaux à grosses chandelles dont parle le poète, et qui en effet sont bien pâles.

Même rue, mais plus près de la place du Val, il y avait riiôlel du Petit-Mouton.

Hôtel des Osciies. (Voyez pag. 115.)

Incendies. 11 est question, dans les Mémoires sur Provins, de plusieurs incendies, et notamment celui de 1 188, (jui consuma une partie de la ville basse. Depuis Pincendie occasionné par l’inondation de 1757 (voyez ci-après) , on n’en voit de remarquable que celui de l’iiôtel-de-ville, arrivé en janvier 1821. La ville basse présente beaucoup de ressources en cas d’incendie. Deux petites rivières et cinq ruisseaux la divisent et la traversent en divers sens. Je renvoie à ma Dissertation sur les lucendics, insérée dans rAlmanacli de Provins, année 1780, avec les moyens d’y remédier, et particulièrement applicables à la ville de Provins.

J’indique, en même temps, une manière de rendre l’eau plus oxtinguible, si je puis me servir de ce terme, c’est-àdire de lui donner la [)ropriété d’éteindre plus qu’elle ne l’a naturellement. C’est peut-être un malheur que ce moyen proposé, il y a plus de quarante ans, n’ait paru, peut-être, (pie dans T Almanach de Provins. Il serait inappréciable dans les incendies en mer où les moments sont si précieux, et l’extinction [irompte si urgente. Il consiste à charger d’alun l’eau qui doit servir à éteindre; ainsi on aurait d’avance un ou jilusieurs tonneaux d’alun en poudre, et il s’agirait de mettre successivement dans la caisse de la pompe à incendie de l’eau et une portion d'alun.

Pour se convaincre du bon et prompt ellet (jui doit eu résulter, on peut faire rexpérience suivante : on a deux tisons

bien embrasés; on jette sur l’un une très petite quantité d’eau cliargée d’alun , et autant d’eau ordinaire sur l’autre tison. Le résultat offre une différence et un effet frappants. Je rapporte, dans l’almanach cité, les raisons physiques qui donnent à l’alun la propriété, à un haut degré, non-seulement d’éteindre, mais celle d’empêcher que le bois ne se rallume. On sent bien qu’il faudrait ménager cette eau, quand on n’a qu’une quantité d’alun bornée; s’en servir dans le commencement des incendies, ou l’employer à en arrêter les progrès et les communications aux bâtiments voisins. Dans les feux de cheminée, trois ou quatre seaux d’eau alunée, jetés par l’orifice supérieur du tuyau , pourraient seuls arrêter le feu au même instant. L’eau saturée de sulfate de fer (couperose verte), ou de sel marin, pourrait avoir, ù quelque chose près, la même propriété que l’eau chargée d’alun.

J’ajouterai, avec plaisir, que je viens de lire un moyen très simple, et qui serait plus prompt que celui que j’indique pour éteindre le feu d’une cheminée. Il est de M. Cadet-de- Vaux, à qui on doit une foule de procédés simples et utiles. Ce savant propose, lorsque le feu s’allume dans un tuyau de cheminée, de jeter, sur le brasier, deux ou trois fortes peignés de fleur de soufre; l’extinction, dit-il, est si subite qu’elle a lieu en cinq ou six secondes. On pourrait avoir quelques doutes; mais M. Cadet-de-Vaux dit en même temps qu’il a eu occasion d’en faire une expérience authentique : Se trouvant dans la rue Saint-Denis, avec M. Lenoir, lieutenantgénéral de police, avec M. Galonné, et deux prélets de département, le feu prit à la cheminée où ils se chauHaient, M. Cadet-de-Vaux n’avait pas de fleur de soufre ; mais apercevant dans l’appartement un gros morceau de soufre, il l’écrase sous ses talons, le jette sur le feu, et l’incandie cesse

de suite. Voilà'le fait. La théorie le contirme, et se rapproche de ce que j’ai dit, dans l’Almanach de Provins, des effets de l’alun et autres matières salines qui procurent l’incombustibilité parla soustraction de l’air.

Voici ce qui arrive dans l’expérience que je viens de citer : le soufre en brûlant attire l’oxygène de l’air, et se combine avec lui; la vapeur se convertit en un acide sulfurique très volatil qui remplit, en un instant, le tuyau de la cheminée, et s’attache aux parties enflammées ; l’air privé de son oxygène a été détruit. Or, point d’air, point de combustion. Les parties de la suie non brûlées ne pourraient même se rallumer ; car, comme je l’ai dit, les acides et les sels s’opposent à la combustion ; il est donc essentiel de ne pas perdre de vue ce moyen proposé, et qui est fondé sur une théorie lumineuse.

Inondations. La ville basse a souvent éprouvé des inondations. La plus forte et la plus désastreuse, dont on ait mémoire, arriva à la suite d’un orage, la nuit du 2 juin 1 570.

Les eaux montèrent jusqu’à la ruelle Daupin, vis-à-vis de l’auberge de la Levrette. Beaucoup d’habitants furent surpris dans leur lit, et une trentaine périrent. Les dégâts furent extrêmement considérables, et le récit qui en est fait dans le procès-verbal est déplorable. Il y eut aussi une forte inondation en 1677. L’eau renversa plusieurs toises du mur du rempart près la tournelle Flamande.

En 1757, les eaux entrèrent dans la ville, à deux heure^s du matin, le 21 janvier, à la suite d un dégel; elles montérenl jusqu’au Ponl-aux-Poissons qu’elles couvrirent seulement, et s’y arrêlèrent. L’eau avant mis le feu à des tonneaux de rhaux vive, <lans des lanneries, rue de Changis, il y eut trois

inéiisous de brûlées et cjLicl(]ues bâtiiiiciils ftltendiits, nisis personne n^y perdit la vie, ni ne courut aucun risque de la perdre, si ce n’est une femme en couches qui fut retirée d’une maison tout en feu, et portée dans l’eau par deux soldats en quartier à Provins. Il y eut sans doute de grands dégâts, des pertes de marchandises, etc.: les pavés des églises et des rues, dans quelques endroits, furent dégradés; mais aucune maison ne fut sensiblement ébranlée.

A l’occasion de cette dernière inondation, la sévérité de l’histoire et la force de la vérité nous obligent de dire, nous, témoins oculaires, que le procès-verbal qui en fut fait, imprimé et répandu avec profusion, dans l’intérêt des personnes incendiées, pour obtenir des secours, soit à Paris, soit à la cour, est extrêmement exagéré, et qu’on ne doit y avoir aucune confiance. Il est parlé du dévouement du maire qui, est-il dit, risqua cent fois sa vie ; c’est encore un fait controuvé, parce qu’il n’y avait pas lieu à se dévouer. Sur les trois ou quatre heures les eaux étaient, en grande partie, retirées; elles avaient renversé quelques toises de mur près la tournelle Flamande : dans ce temps l’arrière-rempart n’était pas exhaussé comme il l’est aujourd’hui.

Une inondation eut lieu en 1784, à l’occasion de la fonte subite qui se fit alors de l’énorme quantité de neige qui était tombée pendant l’hiver ; mais elle causa peu de dommages ; l’eau, en se répandant dans presque toutes les maisons de la ville basse, y laissa un limon gras et difficile à dessécher.

Les inondations, à ce qu’il paraît, ont toujours amené quelques maladies contagieuses et meurtrières. A la suite de l’inondation de 1784, il y eut une maladie épidémique qui emporta beaucoup de personnes. Les annales de Provins rapportent (pi’après l’inondation arrivée en 1570, le limon qui resta

dans la ville bas^e, exhalant des vapeurs putrides, fut cause d*uuc cpxiudc mortalité ejui arriva ensuite et désola la J’ai donné, dans la Minéralogie de Provins, (orne n, plusieurs moyens de purifier les maisons après l’inondation, et indiqué des préservatifs contre les maladies qu’elles jieuvent occasionner. On me saura gré, je 1 espère, de chercher, comme je vais le faire, à mettre la ville a 1 abn du lléau des inondations.

Moyen de préserveii la ville basse de toute inondation. Je crois que celui que je vais proposer remplira 1 objet ; il est simple, facile et très peu coûteux. Depuis 1 exhaussement donné à l’arrière-rempart, par les terres provenant du curement des fossés, le mur des remparts du nord, dont toujours quelques parties étaient renversées dans les inondations, s’en trouve maintenant à 1 abri. G est par la porte de Troyes que , dans les fortes crues , 1 eau entre dans la ville, et d’autant plus facilement que la prairie, dans cet endroit, étant plus élevée que le pavé de la porte, il suffit que la prairie soit couverte de quelques pouces d’eau pour que certains quartiers de la ville basse soient inondes.

Pour obvier à cet inconvénient, il suffit d’élever, ù la porte de Troyes, de chaque coté, un jambage en pierres de taille, ou en grès, de la bauteur de trois ou quatre pieds. On pratiquerait, dans ces deux jambages, et en regai d l un de l’autre, une rainure ou coulisse de quatre pouces et demi de large. Lorsqu'une inondation s annoncerait, et menacerait de s’accroître, on placerait, en travers de la porte et dans les coulisses, quelques chevrons de quatre pouces carrés; on en ajouterait de nouveaux à mesure que l’eau en dehors s’élèverait davantage. On sent que ces pièces de bois, (pie je (‘rois d’une force suffisante, et dont les premières

tomberaient juste sur le j3avé de la porte, étant bien dressées et ne laissant pas de jour entre elles, il ne pourrait s’introduire dans la ville aucune portion sensible d’eau. Si on le croyait nécessaire, et ce serait mon avis, le moyen proposé pourrait s’appliquer à la Porte-Neuve. Je n’ai pas besoin de dire que le premier soin serait de baisser les vannes des rivières à leur entrée dans la ville, et la vanne du ruisseau de Saint-Brice ou des Anges.

Jacobins ou Dominicains. Ce monastère fut fondée par Thibaut Vil, dans le xm® siècle. Ce prince, comme on l’a vu (page 100), mourut à son retour de la Terre-Sainte. Son cœur fut porté aux Jacobins de Provins , et renfermé dans une pierre tumulaire placée sur les marches du sanctuaire; elle était d’une forme ronde, à pans coupés, et ornée à l’extérieur de quelques sculptures ; son couvercle avait, à sa partie supérieure, une ouverture ronde et large, sur laquelle était placée une portion de sphère de cristal ; ce qui permettait de voir les enveloppes qui couvraient le cœur. Ce petit monument a été transporté à l’hôpital général , et placé dans l’église.

On célébrait tous les ans , aux Jacobins , la fête des Saintes-Larmes, en mémoire de celles que répandit Jésus- Christ sur les péchés des hommes. A cette occasion , il s’était établi, dans cette église, une confrérie très nombreuse, sous le nom de Sainte - Larme, Les personnes de la ville ou du dehors qui avaient mal aux yeux se faisaient recevoir dans cette confrérie. Les gens du peuple croyaient que c’était une sainte, et que ses reliques étaient déposées dans le petit monument dont nous venons de parler. La manière de se servir de ce procédé consistait à frotter les yeux sur la boule

lie cristal (jui représenlail. ù peu près une œil. [1 existe un ilessin lithographié qui olhe , autour du petit tomheau , un groupe de femmes et d’enfants qui attendent leur tour pour frotter leurs yeux.

L’Eglise des Jacobins était très grande ; elle avait deux has-côtés : la longueur était de 125 pieds. Le retable d’autel était composé de colonnes torses, autour desquels grim- [)aient des branches de vigne chargées de grappes. Ses dorures , quoique prodiguées, étaient distribuées avec goût. J’ai entendu un doreur l’estimer dix mille francs.

La maison des Jacobins était un dépôt de chartes , de titres et de manuscrits relatifs à l’histoire de Provins. Les Anglais emportèrent tout ce qu’ils y trouvèrent. Il est probable que les traditions qui sont passées jusqu’à nous étaient appuyées de titres qui n’existent plus.

Des Jacobins tiraient anciennement, pour le service de leur maison , l’eau de la source qui est sur le chemin qui monte à Flegny, appelée la fontaine de la Hilmudière. Les tuyaux ayant été détruits par le temps, ce fut l’eau de la fontaine aux Juifs , dite fontaine de la Pisserotte, qui alimenta celte maison.

Jacques {AObaye de saint.) Cette abbaye, de la maison de Sainto-Geneviève de Paris, était établie dans le local (pi’occupait r Hôtel-Dieu, plus anciennement l’Hôpilal des Pèlerins.

Thibaut, comte de Blois, vers l’an 1050, voulant olTrir un asile convenable aux nombreux pèlerins qu’attirait à Provins la visite des reliques de Saint-Ayoul et de Saint-Thibaut, établit pour eux uu hôpital sur les fortifications du midi, où se trouvaient d’anciennes constructions. Cet hôpital

prit le nom de Saint-Jacques, patron des pèlerins; ce fut ensuite un hotel-dieu.

En 1 157,1e comte Henri, pour faire cesser la division qui régnait entre les chanoines de St-Quiriace, dont une partie était des chanoines séculiers, et l’autre des chanoines réguliers, transféra les derniers à l’hôtel-dieu de St-Jacques, qui devint alors une abbaye de Génovéfains. Les malades descendirent dans la ville basse, dans le palais des comtesses, qui prit le nom de Grand-Hôtel-Dieu, et qui existe encore sous ce nom. Les pèlerins furent reçus dans l’hôpital du St-Esprit {voyez ce mot.)

En 1550, un abbé de St-Jacques, nommé Guillaume de la Chenaie, embrassa le parti des calvinistes. A ce scandale, il en joignit d’autres. Il vendit les biens de la maison, les ornements de l’église , les plombs du clocher , etc. Il finit comme il le méritait : il fut pendu à Paris, sur la place Maubert, pour crime d’état.

En 1644, M. François d’Aligre, aumônier du roi, et fils du chancelier de ce nom, fut nommé abbé de Saint-Jacques de Provins. Sa vie est une longue suite de belles actions et de bienfaits qu'il répandit sur la ville et sur les habitants de Provins. Nous avons consacré, à la mémoire de cet illustre prélat, un article, en tête de notre Dict. Ilist.

Le dernier prieur de Saint-Jacques, M. Guignace, est aussi en vénération parmi les Provinois, pour ses charités, ses grandes constructions auxquelles il occupait en tout temps des hommes de la ville haute ; enfin , pour ses superbes terrasses qui faisaient l’admiration des étrangers, et qui firent, à Provins, la plus belle abbaye de l’ordre de Sainte-Geneviève. Nous avons déjà parlé beaucoup de ce

— oi) i —

iîignc prieur, et nous lui avons donné, au nom de nos concitoyens, un témoignage de notre reconnaissance (voyez M. Guignace.)

Une ancienne pièce de vers, sur de grands dommages causés à cette abbaye par un orage, nous a été conservée. Elle est curieuse et intéressante ; la voici :

Pièce trouvée dans le Cartulaire de t abbaye de Sainte

Jacques.

En Tan treize cent soixante-dix-sept,

Le lundi, jour d’avril qu’on appelle vingt-sept.

Une heure avant minuit advint merveilleux fait,

De tonnerre et d’éclairs que vent d’aquilon fait, AuUhâtel de Provins, en deux églises nobles.

Chacun citida mourir, tant clairs-lais, comme nobles. Premier frappa la foudre ès-clocher, tout amont,

Et, à une seule heure, sur le haut de ce mont;

Puis vint icelle fondre ardent d’amont aval,

Sanspoint épargner pion, ardoise et métal.

Tout ardoit, ou cassoit tuiles, lattes et bois,

Aussi légèrement comme feu arderoil bois.

Au clocher de Saint-Jacques, cinq cloches perdit-on, Couvert étoit d’écailles, nobles étoit et bon.

Autour dudit clocher furent quatre clochers;

Chacun qui les voyait les tenoit bieaux et chers.

Maintes gens travaillèrent, résistèrent au péril ,

Mais il n’y survint homme tant fut fort et subtil

Par qui le péril fut arrêté ou éteint

Jusque le mardi prime; lors louèrent Dieu maint.

En disant très doux Dieu, puissant, miséricors,

Secouré votre peuple en l’ànie et dans le corps :

Très souffrant être vous, qui souffrez tels orages.

En telles nobles églises faire si grands dommages.

il y avait à Saint-Jacques un cours de théologie pour les îiovices, et où les séculiers de la ville étaient admis. Les Génovéfains étaient des chanoines réguliers. On les appelait Messieurs de Sainte-Geneviève.

Laurent (saint) ville haute. En 1157, le comte Henri fait donation, au chapitre de Saint-Quiviace , de remplacement dit le Cours-aux-Bétes, près de rhôpital de la Madeleine, pour y construire la chapelle de Saint-Laurent. Elle prit le nom de chapelle de Saint-Jean, lors de la destruction du faubourg de Villecran , et de son église dédiée à Saint- Jean. [Voyez Villecran.) La chapelle de Saint-Jean du Cours-aux-Bêtes fut abattue, il y a peu d’années. La foire de Saint-Jean, le 24 juin, se tenait près de cette chapelle. Aujourd’hui elle attire un grand concours de peuple.

Lauret (Christophe) de Provins, avocat, a donné, en 1598, un ouvrage sous le titre de la Doctrine des Temps et de V Astronomie Universelle, in-P de 300 pages. Cet ouvrage très savant paraît avoir joui, de son temps , d’une grande réputation, et même en x411emagne. On lit, en tête de Touvrage qui se trouve à Provins, plusieurs pièces de vers en latin et en français, à la louange de l’auteur, faite par les Provinois qui prennent la qualité à'Âgendiciens. Une d’elle est souscrite Retliel, Agendicien (1); une autre, en vers latins et d’une certaine étendue, est intitulée : Carmen lie-

(1) La famille de ce nom est une des anciennes de Provins, on elle a toujours rempli des places distinguées dans la magistrature. Elle est près de s’éteindre dans la personne de M. Retliel, aujourd’hui juge de paix.

roicumin cloctrmam teniporum ChristopJiori Laiireti, Marcerio Agendicense héroïque sur la connaissance des temps de Christophe Lauret, par Marceri, Agendicien. Je rapporterai de ce poëmc les vers suivants, qui ne sont pas sans intérêt pour ce pays.

« . Gennania traderc nosiro

Laureto celebrem feslinat m arte coronam.

Milita tibi laus hinc eril^ urbs Pruvîna^ velasiis Nobilitata lacis, et Cœsaris obsta sedes ;

Nam quœ sublinii feriebas vertice ccelos,

Nunc prostrata jaces et deforniata ruijiis^

Interiiura brevi, ni prestet alumnus amicam Fidiis opem, et sertam tectamque r e ducat ab orco.

Ferge igitur^ Laurete, sacra dignissime lauro Floreaty atque animos sumat rediçiva priores,

Antiquœ répétât, te vindice, stemmala gentis Tempus erit, tanti quâ non oblita laboris Ilia tais fundet dignissima prœmia Jadis,

Interea satis est tibi , si sciât cxtera tellus Qtiod relut ipsa ferasc, olidanim est soin rosarum : iSVc eadern, mgeniis,vix genti cesserit ulli.

Lauret us . . . • . • . ,

Voici le sens de ces vers ; la Germanie s’empresse de donner à notre concitoyen Lauret la palme astronomique : <r II te rendra la renommée , ô Provins ! jadis ville célèbre par l’antiquité de tes murailles bûties par Jules César. Tes tours qui s’élevaient majestueusement dans les airs ne présentent plus maintenant que des ruines et des débris qui se cachent sous l’herbe. Désormais l’obscurité et l'oubli seraient ton partage, si un de tes enfants, élevé dans ton sein, ne te redonnait ton ancien lustre et tes honneurs passés... Continue,

— oC)0 —

ô Lauret! que par tes travaux et ton génie ta patrie recouvre son ancienne célébrité! Le temps viendra, où, de sa main reconnaissante, lu recevras la couronne des talents, digne prix de ton zèle et de tes ouvrages. En attendant, c’est assez pour toi qu’une terre lointaine, la Syrie, apprenne que celle de Provins est, comme elle, la seule où la rose pourprée sq plaise à donner ses plus doux parfums. »

Il est bon de faire remarquer que, dans le seizième siècle, et même dans le quinzième (voyez article Gaguin), l’opinion commune était qu'Agendicum est Provins; que César en était le fondateur ; que les Provinois prenaient, avec une sorte d’orgueil, le titre à'Agendiciens (1), et que le sol de Provins passait pour celui où les roses rouges pourprées, originaires de la Syrie, avaient plus de qualités ; enfin qu’on faisait des vœux pour qu’un enfant de Provins tirât de l’obscurité et de l’oubli ces hautes tours, dont les ruines et les débris se cachent sous l’herbe, et sans doute pour qu’il rétablît Tancienne célébrité de nos roses.

On me permettra, je l’espère, encore une observation : c’est que ce Lauret, quia fait honneur à son pays par un bon livre qui, quoique n’ayant aucun rapport avec la ville de Provins, n’en a pas moins été vanté et célébré par ses concitoyens, en prose et en vers, porte pour prénom Christophe, et que c’est aussi celui de l’auteur de l’Ancien Provins, de Provins Moderne, de rHisloire de ses deux villes, d'une Dissertation sur nos Roses, de la Minéralogie des environs de Provins, d’un Traité de ces Eaux Minérales, et de quelques autres ouvrages relatifs à Provins; malsProvins d’aujourd’hui

(1) Le savant M. Billate en cite anssi plusieurs exemples ; mais ce zèle patriotique est bien refroidi aujourd’hui.

rccon-

n’a pas des ternes aussi altachées à leur pays et aussi uaissantes qu’il y eu avait il y a plus de deux cents ans. Au

contraire, le Üirislophe moderne, auquel on pourrait plus justement appliquer , comme citoyen utile, quelques vers qu’on vient de lire, a essuyé, pour ses écrits, des désagréments de plus d’un genre, par esprit de jalousie (1).

Leonard, (chapelle de saint-) communauté de filles, située où est aujourd’hui le premier moulin après la porte de Buat, n’existe plus depuis longtemps.

Lelleron (dernard) de Provins, avocat et auteur du poème en six chants de la vie de saint Ayoul (voyez le mot Saint’Aijoul). l\i\l aussi des vers latins en l’honneur de Christophe Lauret, dont nous venons de parler, à l’occasion de son ouvrage sur l’astronomie.

Maison d’Édücation. Pensionnat pour de jeunes demoiselles, et école où sont instruites gratuitement les petites filles |)eu (‘ortunées. Cette belle maison d’éducation est tenue par les dames de Nevers, comme l’Ilépital-Général et l’Hôtel- Dieu, et gouvernée j)ar les mêmes administrateurs. Elle est située rue des Marais. M. Magin, inspecteur-général delà

(1) Il faut cependant dire que le Conseil municipal, par deliberations prises les 10 décembre 1772 et 10 décembre 1773, à l’occasion de mes premiers écrits sur nos Eaux Minérales, m avait exempté de logement de gens de guerre et de fournitures aux casernes, privilèges dont j’ai joui jusqu’à la révolution; mais ces ouvrages pourraient ne passer que pour des essais qui n’avaient pas encore réveillé l’envie.

navigation'de [^intérieur, a fait bâtir la'chapelle à ses frais. C'est le même qui a donné les fonds pour la construction du monument des eaux minérales.

Maison des filles dévotes de l’école de Saint-Jean. C’est sous ce nom que neuf ou dix fdles des meilleures maisons de Provins vécurent en communauté. Elles habitaient la grande maison de la ville haute au bas de la grosse tour, rue du Palais, et qui était plus anciennement l’hêtel rest, comme nous l’avons déjà dit. L’archevêque de Sens, d’apres la demande que lui firent les filles dévotes, leur adjoignit quelques religieuses, et ce fut le noyau d’où se forma le couvent de la congrégation des Filles de Id Vierge, (Voyez ce mot).

Maison des Filles-de-la-Grace. — Elle était vis-àvis le fort Cadas, rue de Saint-Jean. Elle fut fondée et occupée, en 1227, par les filles de Notre-Dame de la Grâce, ordre de Citeaux. Thibaut VI favorisa cet établissement.

Maisons de refuge. Dans les temps de guerre, les religieux des abbayes de Jouy, de Preuilly, de Clause-Barbe, se retiraient dans la ville haute; de là est venu le nom de maisons de refuge.

Les religieux de Jouy habitaient l’hôtel abbatial de Jouy, dans la rue de ce nom ; il fut détruit en 1665. La maison des Trois-Pucelles, rue des Barbeaux, ville basse, qui appartenait à ces religieux, fut bâtie des matériaux de cet hôtel : cette maison est au milieu et au levant de la rue.

L’hôtel de Preuilly était près la porte de Saint-Jean. 11

ne reste plus que les ruines de l’église, qui donnent sur la rue de Saint-Jean. 11 y avait deux églises l’une sur l’autre. Leurs ruines ont donné lieu à deux dessins lithographiés dans la collection des monuments anciens de Provins.

Dans la même rue de Saint-Jean était la maison de refuge des religieuses de Clause-Barbe.

Maladies endéxiiqües, ou particulières au pays. La ville basse, depuis longtemps la plus peuplée, est, comme nous l’avons vu, située dans une prairie dominée au nord par de hautes colines ; elle est traversée par deux petites rivières et plusieurs ruisseaux; elle est ouverte aux vents du midi, et de ce côté se trouve un long canal toujours plein d’eau. L’atmosphère paraît donc devoir être ici plus habituellement imprégnée de vapeurs humides, qui sont encore entretenues au-dessus des habitations par cette ceinture d’arbres élevés (pli forment les promenades. Les maladies les plus habituelles doivent donc être les maladies humorales, et celles qui proviennent du relâchement de la libre, de la stagnation et de l’épaississement des humeurs ; mais, suivant un vieux proverbe qui se vérifie bien ici : où Dieu a placé le mal, il a placé le remède.

Les eaux ferrugineuses sont un Sjiécifique contre ces maladies et la nature a été pour nous prodigue de ce remède. Ce n’est donc pas lorsque la nécessité de les prendre en prescrit l’usage qu’il faut y recourir. Ce serait comme préservatif ([ue beaucoup de personnes d’un tem[)éramment faible, mais surtout les jeunes gens des deux sexes, devraient en boire.

La nature n’a pas borné ses bienfaits à des sources ferrugineuses abondantes; elle nous a fait encore présent de nos

roses, dont la tonique s’accorde parfaitement avec celle des eaux minérales. La conserve qu’on en prépare devrait donc être d’un usage habituel dans les cas cités ci— dessus. Je renvoie à ce que j’ai dit à ce sujet dans la Minéralogie de Provins.

On cite, dans nos annales, entr’autres une peste qui fit périr, en 1545, une grande partie de la population de Provins; maison fait remarquer que cette peste fut générale, et affligea toute la France. Des épidémies ont régné en differents temps ; quelques-unes ont semblé devoir être attribuées à des inondations qui ont eu lieu dans différents temps, et dont, je crois, il serait aisé de se garantir (^Voy. Inonda-^ tions).

Marché neuf. C’est encore une construction nouvelle qui date de vingt-cinq ans ; on l’a établi dans la cour des ci devant Cordeliers. La place du Val, où se tient le marché aux légumes, était encombrée le samedi, parce que c’était encore là où toutes les volailles, le beurre, les œüfs et autres denrées se vendaient. Tout cela a été transporté dans la cour spacieuse des Cordeliers. Pour y aborder plus aisément, on a abattu une maison de la Grande-Rue, on a voûté le ruisseau qui traverse cette cour, et elle a été pavée en entier.

Moreau [Hégésippe). Tout le monde connaît la destinée de ce jeune poète dont le nom rappelle douloureusement ceux de Gilbert et de MalfilAtre. Moreau naquit à Provins, de parents pauvres, mais honorables. Son père, qui avait été professeur distingué au collège de Provins , lui fut ravi dès le bas âge. Des personnes haut placées de cette ville recueillirent le jeune Moreau, et lui firent donner l’éducation qui déve-

loppa plus tard les heureuses dispositions dont la nature l’avait si richement doté. Le jeune Provinois compléta ses études au séminaire de Meaux. Tout jeune encore, la poésie occupait ses instants, et il éprouvait pour les muses un penpenchant irrésistible. Heureux et funeste présent de la nature ! Les âmes éprises des goûts intellectuels, ont une espèce d’aversion pour les occupations matérielles de la vie ordinaire; et malheureusement c’est dans ces occupations que l’homme né sans fortune et avec du talent doit chercher d’abord ses moyens d’existence. Vouloir les trouver dans des produits intellectuels , c’est commencer contre les vicissitudes de la vie un combat à outrance, où le jeune littérateur et surtout le poète , tombe le plus souvent terrassé sous les coups de l’aveugle déesse. Moreau eut le bon sens de se faire compositeur d’imprimerie; il devint un proie habile. Malgré ses occupations journalières, il trouvait le temps encore de cultiver la poésie. Sans abandonner son état, il créa et entretint pendant un certain temps un journal hebdomadaire, en vers, avec le titre de Diogène et celte épigraphe hardie qui donne la mesure de son caractère indépendant : Je suis cynique, moi ! En ellet, toutes ses poésies se ressentent plus ou moins de l’esprit qui lui dicta cette devise. Moreau ne put jamais oublier l’injustice de la fortune à son égard ; et il semblait se complaire à faire tomber le poids de son ressentiment sur les hommes riches et puissants. Ces récriminations étaient peut-être mal fondées , car des protecteurs lui olfrirent bien des fois de réparer les torts de la fortune envers lui. Mais sa fierté crut voir des aumônes dans des offres faites avec dé^' licalesse.

Les œuvres de Moreau se composent de contes charmants en prose, et un recueil de poésies, auxquelles il a donné le

nom modeste de Mijosolis, Parmi ses pièces de vers, il en est une dont le lecteur provinois ne sera sans doute pas fâché de revoir ici quelques fragments, ne serait-ce qu’à cause de la beauté énergique de la poésie et des sentiments patriotiques dont elle est semée. Cette pièce est une épître adressée à M. ex-conventionnel, son compatriote. (1)

Le poète, aux débris voua toujours un culte:

Pour une âme rêveuse ils ont un charme occulte ;

î/iinagination en fait sortir des voix

Qui parient aux vivants des choses d’autrefois.

Et le vers pousse bien comme !a giroflée

Aux crevasses d’un mur, au pied d’un mausolée.

Aussi du vieux Pro<^im j’exploite les trésors ;

Et que me servirait d’aller de bords en bords Evoquer du tombeau quelque nation morte?

Une grande ruine est debout à ma porte.

Venez à mon appel, curieux pèlerins,

Dont la voile frissonne à tous les vents marins :

Des voyageurs ont dit qu’en sa déserte enceinte Provins rappelle aux yeux Jérusalem la sainte.

Voilà pourquoi sans doute, infidèle au Jourdain,

La fleur qu’y moissonna le comte paladin Cessant de grelotter loin du soleil d’Asie,

(I) Si nous disons que cet ex-conventionnel est M. Opoix, c’est pour les lecteurs étrangers à Provins. Nous sommes bien persuadé qu’ aucun Provinois n’a oublié cet hommage que le génie, en passant, rendit à la probité politique. Le Poussin, jalousé par d’obscurs et impuissants rivaux, peignit, avant de quitter la France, un magnifique tableau où le temps emporte la vérité dans ses bras et fait briller ses beautés aux yeux de l’envie à la tête garnie de serpents. Les vers d’Hégésippe Moreau emporteront sur leur aile jusque dans les âges lointains, l’honneur intact et le mérite distingué de Christophe Opoix,

Comme au lleuve natal se mire à la Voulzie.

Là, quand le vent du soir gémit, on croit encor,

Par quelque pont levisouïr le son du cor ;

Ou descendant furtifs, des créneaux dans les plaines,

Les appels amoureux des dames châtelaines ;

Là^ quand , dans les roseaux, il chante comme un luth, Le passant rêve et dit : comte Thibaut, salut!.....

Et si vous ignorez quel savant artifice

Des temps qui ne sont plus restaure Fédifice,

Vous interrogerez Fermite qui souvent,

A travers ces débris, erre, débris vivant.

Regardez : il chancelle en heurtant des décombres,

Cet homme séculaire ombre parmi les ombres I

Le bâton qui soutient ses pas mal assurés

Frappe au séjour des morts comme pour dire : ouvrez 1

Sur son front chauve, Etna blanc de neige et qui brûle.

De quatre-vingts hivers le' fardeau s’accumule.

Mais quand même la foudre ou ses vents pluvieux Dégraderaient encor ce monument si vieux.

Quand il ne resterait de cet homme débile Qu’un son dans Fair semblable à i’antique sybille,

Oh ! cette voix serait un oracle pour nous,

Nous en recueillerions la parole à genoux ;

Car aux jeunes croyants qiFattire Fermitage Elle répéterait (sublime radotage),

Ces mots qui, dans les cœurs brûlant de puberté.

Ne tombent jamais froids : Pairie et Liberté .

Il osa pour Capet armer sa boule blanche.

Aux pieds delà Montagne affronter l’avalanche; Et bravant du malheur le contact dangereux. Coudoyer sans pâlir les Girondins lépreux.

Que sont-ils devenus ces hommes consulaires ? Ceux qu’on n’a point jetés aux lions populaires Ont traîné dans l’exil leurs destins ignorés.

Ella terre d’exil lésa tous dévorés !...

Si de la France, un jour, l’idolâtrie avide Revendiquait leui’s os pour le Panthéon vide,

Dans un large sillon creusé du sud au nord,

Il nous faudrait glaner sur les pas de la mort ;

Et labourant le sol de chaque cimetière Comme une Josaphat fouiller l’Europe entière.

En vain la liberté, renaissante aux Trois Jours, Rappelle ses proscrits... Hélas I les morts sont sourds Lui, du moins, nous resta : la vieille dynastie Ne l’a point effleuré des coups de l’amnistie.

Comme l’Italien, harcelé de haros.

Qui, dans un temple ouvert se sauve des bourreaux. Le vieillard poursuivi par Tartuffe et Bazile S’enfuit sur le Parnasse en s’écriant : asile 1 Mais dédaigneux du monde et de ses lauriers vains. Comme un linceul précoce, il revêtit Provins.

Et l’aigle qui peut-être eût dévoré l’espace Se tapit, ver obscur dans cette carapace :

C’est le magicien de nos bois enchantés.

Le fantôme rôdeur de nos débris hantés.

Il ordonna trente ans ce funèbre musée.

Trente ans épousseta chaque peinture usée.

Et vieux, pour récompense, il ne demande rien. Rien que l’honneur obscur d’en mourir le gardien. Du haut de nos remparts, philosophe stylite,

Planant sur le champ clos où l’Europe milite.

Il voit depuis quinze ans, voyager tour à tour.

Les Bourbons fugitifs, les Bourbons de retour ;

Et détournant l’oreille au bruit de leur passage.

Il dort, enveloppé dans le manteau du sage.

Nul rayon de faveur, sur ses vieux jours n’a lui :

Les rois (se souvenant) reculaient devant lui.

Quand Juillet s’alluma, du moins on pouvait croire Qu’il se réchaufferait à ce soleil de gloire.

Qu’une langue de feu l’irait chercher, mais non : Rien aux puissants du jour ne révéla son nom.

Kt seule, quand il pleut tant de croix dans rornicre, La Rose de Provins brille à sa boutonnière.

N , renégat, né à Provins. Voici ce qu’on lit dans

V Histoire de saint Lonis , par Joinville, publiée par Ducange. « 11 vint au roi (saint Louis était alors en Syrie), un

Sarrazin moult bien babillé , et fort bel homme à regar- « der. Il présenta au roi du lard prins un pôt, et des fleurs « qui étaient moult odorantes , et lui dit que c’étaient les (T enfants du Soudan de Babylone qui lui faisaient ce présent. c< Quand le roi ouit cettui Sarrazin parler français, il lui (T demanda qui le lui avait appris, et il répondit au roi qu’il « était chrétien régoié (renégat) ; et incontinent le roi lui <r dit qu’il se retirât hors de devant lui , et qu’il ne parlerait <( plus à lui. Lors je le tirai à part, et l’enquit comment il « avait regnié, et d’où il était; et cettui Sarrazin me dit « qu'il était né à Provins, et qu’il était venu en Egypte a\ec Cf le feu roi Jehan , et qu’il était marié en Egypte , et qu’il c( y avait de moult grands biens; et je lui dis ne savez-vous pas bien que si vous mourez en tel point , que vous descendrez tout droit en enfer.... Mais tout cela ne servit de rien. Ains s’en partit de moi, et onc(jiies puis ne le revit. ))

Nicolas (Saint-). Cette église, bâtie dans le xui^ siècle, était un chapitre. Les chanoines y disaient l’offlce une fois la semaine ; leur rétribution était peu considérable. C’était dans l’église et le cimetière qu’avait Heu la Fête de tAne. (Voyez Coutumes.)

Noi re-Dame-du-Chatel , église paroissiale pour une partie des oflices. La messe paroissiale se disait dans une chapelle à droite du chœur de Salnt*-Qulrlace et les vêpres

dans l’église de Notre-Dame. Celte église fut brûlée par le feu du ciel , en 1485, et reconstruite en 1577.

Notre-Dame-du-Val, église collégiale. L’ancienne église de ce nom, bâtie en 1196. était hors de la ville basse, sur le chemin de Saint-Brice , et où nous avons vu la chapelle dite de Notre-Dame-des-Cbamps , détruite pendant la révolution. Cette chapelle, encore spacieuse, n’était, dit-on, que la sacristie de la grande église qui fut démolie, ainsi que les maisons des chanoines, lors de l’approche des Anglais, comme le furent, par le même motif, la chapelle de Saint- Sillas, hors de la porte de Culoison et celle de Saint-Jean de Villecran, par l’ordre de Charles, dauphin, régent de France pendant la captivité du roi Jean, son père.

Voici ce que porte l’ordre donné par le régent, en latin de l’époque : occasione guerrariim regni^ ex ordinatione, et prœcepto nostro, neinimici dictam ecclesiam occuparent, ipsa, cum suis œdificiis et domibus diruatu7\ ab habilatoribus villœ Fruvinensis.. . Muroque obstructaest porta dictœ villœ exeiindiad ecclesiam memoratam.Jannua 1358. (Extrait des manuscrits de M. Rivot.)

Les chanoines rentrèrent alors dans la ville, et on leur accorda l’emplacement où était l’hôtel des Osches, pour bâtir une nouvelle église et des maisons pour les chanoines : cet emplacement, qui devint alors le cloître de Notre-Dame, mérite une attention particulière.

C’était dans l’origine un grand marché et un centre de commerce : on y tenait la foire de Saint-Ayoul. C’était là qu’était l’hôtel des Osches, qui appartenait au gouvernement, et où étaient établis la banque, le garde-chancelier et les notaires de la foire. L’église bâtie sur i’hôtel des Osches était

^liiigée (lu midi au nord; elle était adossée contre un mur . antîcjue, (jui régnait le long de la rue du Temple. Ce mur })ortait, à sa partie supérieure , des créneaux à des distances égales ; ils ont été détruits avec l’église. Les chanoines les legardaient comme un signe seigneurial et comme indiquant un domaine royal. Aux extrémités de ce mur était, de chaque côté, une porte qui en faisait partie, et dont une subsiste encore. Ces portes se rattachaient à deux maisons. Ce sont les jirernières du Cloître, au nord; elles sont très solides, et, de

plus, soutenues par deux piliers de chasse sur la rue du Temple.

Quoiqu’elles aient subi des changements dans les temps modernes , elles ont conservé les restes de leur antique structure. Celle au couchant a un mur de quatre pieds d’épaisseur du côté des jardins. Il se continue le long des autres maisons qui sont à la suite, et se dirigeant au midi, où il (}st termine parune tourelle portée sur un pilier de chasse, comme ceux dont nous venons de parler; ces derniers aussi étaient surmontés par une tourelle ; les pierres saillantes qui ont été conservées le prouvent. A la partie de l’est du Cloître, le mur de (juatre pieds n’existe plus , non plus que le quatnème pilier de chasse et la tourelle, à cause des grandes reconstructions qu’on a faites de ce côté.

On voit donc que le marché de la place de l’iiôtel des Osches était un grand carré long, fermé par de gros murs, et dont les angles étaient terminés par une tourelle. 11 avait quarante toises de long sur trente toises de large.

Les maisons actuelles du Cloître ont été construites ou réparées dans un goût plus moderne; cependant on remarque encore dans plusieurs des piliers et des vestiges de voûtes et d arcades. Dans le fond d’une maison reconstruite en tota-

lilé, au levant du cloître , il y a des voûtes d’une très belle construction, et presque au niveau de terre. La tradition nous apprend que les maisons qui formaient le carré de la place étaient anciennement soutenues par des arcades , qui formaient une galerie couverte; ce qui changea de face lors de la construction des maisons canonicales. Nous avons dit , page 1 48 , que c’était à une ancienne maison , la première en entrant dans le Cloître, qu’était placé, extérieurement et sous clef, l’étalon de l’aune de Provins ; cet étalon, qui est en cuivre, a été déposé à la municipalité.

Le chapitre de Notre-Dame avait aussi sous sa garde les mesures de longueur pour la corde de bois. Chaque corde qui entrait dans la ville devait 4 sous. Il y a une soixantaine d’années, le chapitre abandonna son privilège qui lui fut contesté alors. Ce droit s’appelait le droit du Murot. On ne sait d’où lui venait ce nom ; mais nous avons une longue rue qui commence au Pont-au-Poisson et finit à Saint-Thihaut, qui porte aussi le nom de rue du Murot.

Il paraît que c’était dans cette place des Osches que se faisait les affaires de commerce d’une certaine importance, telles que celles delà banque et la vente des objets précieux, comme ceux d’orfèvrerie; car il n’y a pas à la ville basse une rue des Orfèvres , comme il y en avait une à la ville haute. Les changeurs pouvaient s’y retirer quand ils avaient fait, pendant le jour, leurs opérations sur la place des Changes. ( voyez page 176.) C’était un endroit fermé, où, par conséquent, tout était plus en sûreté qu’ailleurs ; la porte Bailly en était la principale entrée pour le public. Elle pouvait se fermer quand l’heure des affaires commerciales et de banque était passée.

Nous avons vu, dans le chapitre de Notre-Dame, dix-

huit chanoines : on dit qu’anciennement il y en avait trentedeux; d’autres veulent qu’il y en ait eu davantage. Le nom <le Notre-Dame-du-F«/, donné à cette église, servait à la distinguer de celle de Notre-Dame-du-67m^mii qui était l’église paroissiale de la ville haute. L’église de Notre-Damedu-Val fut démolie pendant la révolution. La tour, où étaient les cloches, a été conservée et est devenue le clocher de l’église de Saint-AyouL Cette belle tour fut construite où était la porte Bailly qui fermait le marché de la place des Osches, devenu depuis le cloître de Notre-Dame.

La tour de Notre-Dame fut bâtie en 1544. Suivant les manuscrits deM. Rivot, médecin, où se trouve une copie du devis et du marché qui fut passé avec l’entrepreneur pour la bâtir, faire et fournir, elle n’aurait coûté que 1400 livres. Je ne puis pas croire qu’il n’y ait là une grosse erreur; il est bon de s’en assurer, pour ne pas donner une fausse idée de la valeur des choses, dans les temps qui nous ont précédés, et qui ne sont éloignés de nous que de deux cent soixanteseize ans.

Le marc d’argent est le terme de comparaison. Les denrées et la main-d’œuvre suivent les progressions de sa valeur. Or, il faut observer, l^que le marc d’argent, en 1500, valait, suivant le cours actuel, 6 francs 7 centimes, d’après Plancton et Leblanc. Il devait valoir un peu davantage en 1544; mais passons. Aujourd’hui le marc d’argent vaut 51 fr.; il n’a donc pas neuf fois plus de valeur qu’en 1500; 2° si l’on consulte le tarif des denrées et vivres, à peu près dans le même temps où la tour fut bâtie, lequel fut fait d’office par le bailli de Provins, et auquel étaient tenus de se conformer les hôteliers et cabaretiers de celte ville, voici

ce qu’on trouve. Cette taxe était pour six mois ; je n’en rapporterai que quelques objets :

Pain blanc, la livre de 14 onces. . .

La livre de bœuf .

— de veau . *

— de mouton . •

— de porc frais .

— de beurre .

La douzaine d’ceufs .

La livre d’huile d’olive .

Un lapin de garenne .

Un poulet .

Un canard sauvage .

La botte de foin .

D’après un tarif tiré du cartulair© de Notre-Dame, la journée d’un maçon, en 1402, se payait ù sous, et celle d’une ouvrière, en 1474, 10 deniers. Je ne parle pas de la taxe du blé et du vin, parce que ces deux articles n ont rien de fixe par l’inclémence des saisons, et ne sont pas en rapport avec les autres denrées.

Il résulte, de ce que viens de dire, que les vivres et denrées ne sont pas en général dix fois plus chers aujourd’hui qu’ils n’étaient en 1544, et même quelques années avant. Je copierai encore la taxe du dîner du voyageur dans ces temps-là. Il devait lui être donné par l’hôtelier un bon potage, un morceau de viande de tel poids, ou un tronçon de brochet ou de carpe de telles longueur et grosseur ; le tout apprêté et de bonne qualité ; du vin et du dessert; les qualités étaient désignées, et le passant pouvait bien dîner pour 4 sous 6 deniers, ou 5 sous. En décuplant ce prix, un voyageur pourrait bien dîner aujourd’hui pour 50 sous, et même à moins, s’il se contentait du vin du pays, si les prix

ii’étaicnl pas aibitraires, el si l’hôtelier était obligé de se conformer à un tarif qui li\crait le prix qu’il doit demander

pour chaque mets, d après le volume, la bonne qualité sous entendue .

En (idiTiettanl (|ue la tour de Notre-Dame n’ait coûté que 1,400 francs, on en construirait donc une semblable aujourd’hui pour dix fois davantage, c’est-à-dire pour 14,000 fr., ce qui serait dérisoire. Mais mettons-nous à noire aise, et supposons que les denrées, les matériaux et la main-d’œuvre, valussent vingt fois plus qu’en 1544: ce ne serait encore qu’une dépense de 28,000 francs ; mais il est certain qu’aujourd’hui cette tour ne se construirait pas pour 150,000 fr. On voit combien il faut être en garde contre nos anciens manuscrits, lors même qu’ils semblent appuyés sur des titres authentiques.

J ajouterai que, dans l’histoire de Paris, par M. Dulaure, volume II, page 665, on lit que, sous Charles V, en 1320, cinquante francs d alors n’en vaudraient aujourd’hui que près de quatre cents. Cependant cette date est antérieure de deux cent vingt-quatre ans à celle de la construction de la tour de Notre-Dame. Je laisse concilier tout cela à ceux qui sont plus versés sur ces matières.

Il n est pas hors de propos de rapporter une ordonnance de Philippe-le-Bel, du mois d’août 1291 , sur la taxe suivant laquelle doit être vendu le poisson :

Le moyen brochet. . .

Deux barbeaux ....

Deux tanches . . . .

Deux moyennes carpes C^uatre anguilles . , .

Objets d’art qui peuvent intéresser les antiquaires , les amateurs et les curieux :

Les immenses et antiques constructions de l’ancien Provins.

20 Le portail de Sainl-AijouL II est composé de colonnes élevées ou plutôt de statues qui en tiennent lieu. Ces statues sont minces de corps. Voici, à ce sujet, ce qu’on lit dans le Musée des Monuments français, par Lenoir, à l’occasion des deux statues de Clovis I et de la reine Clotilde : (( Ces statues, comme celles de ce temps, sont longues et « minces, raides et serrées, servant de colonnes ou de supc( ports, comme toutes les statues des premiers siècles; telles c( enfin qu’on en voit encore au portail de l’église de Sainte c( Ayoul de Provins, et qu’on en voyait, avant la Révolu- « lion, aux portails de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, c( de Paris, des églises cathédrales de Chartres et de Mon- « tereau. »

Le portail de Saint-Ayoul est donc du petit nombre de ceux de ce genre qui peuvent subsister encore, et qui font époque. Nous en indiquerons encore un qui n’est pas connu et qui mérite de l’être. Il touche presque à la ville de Provins^ c’est celui de l’église de Saint-Loup.

Nous ne devons pas oublier de parler de celui de l’église de Saint-Thibaut, démolie depuis quelques années. Le premier portail n’avait rien de remarquable; il existe encore. A l’entrée se trouve un vestibule où était, dans une armoire prise dans le mur, la châsse du saint; ensuite se trouvait la porte de l’église, dans un portail orné, comme celui de Saint-Ayoul, de colonnes et de statues longues, minces et

serrées entre les colonnes. Ces statues avaient peu d’intérêt : mais parmi elle se trouvait celle d’une jeune personne d’une figure agréable, et qui, n’étant pas d’une grande taille, était dans de justes proportions. On pense que c’était une fille d’un comte Thibaut, ou d’un comte Henri. Elle a été un peu mutilée; mais elle a été conservée. Nous en avons déjà dit quelque chose.

Ces grandes statues longues et étroites ne doivent pas, c( ditM. Lenoir, être attribuées à l’ignorance du statuaire. « Leurs hauteurs disproportionnées venaient de ce que, (( servant de colonnes, elles devaient, pour la régularité de «( l’ensemble, s’élever autant qu’elles. Dans les cintres de ces « portails qui se terminent en ogives, il y a beaucoup de i( petites figures placées les unes au-dessus des autres. » C’est ce que l’on voit au portail de Saint^Ayoul, et qui se trouvait aussi au portail intérieur de Saint-Thibaut (1).

(1) A propos de Saint-Ayoïil, voici ce que dit VEcho de Seineet-Marne du 22 décembre 1844-

« Le portail de cette église est un type qui constate l’état de l’art vers la fin du onzième siècle. Les draperies raides et alongées des statues , l’exécution grossière des bas-reliefs portent un caractère roman bien prononcé. La nef, les arceaux, les galeries sont dans un style qui tient du roman et de Togive. Ce monument a subi plusieurs reconstructions partielles qui en font un tout assez bizarrement amalgamé. On remarque, dans Saint- Ayoul, trois statuettes en marbre dont le costume est, en certains endroits, peint ou doré. L’une représente une femme en prière, probablement une comtesse de Champagne, si on en juge par la richesse du costume ; la ressemblance de cette statuette avec une autre que l’on voit dans la niche d’une maison de la ville haute est frap[)ante , et pourrait donner lieu à des re- ' cherches historiques. Les deux autres statues jouent , l’une du

5® Helable de l’aulel des Cordeliers, Ce retable, dont le beau tableau de Slella occupait le milieu, était d’un grand effet. Les panneaux sculptés qui ornaient le sanctuaire et qui représentaient des sujets tirés de l’ancien et du nouveau Testament, étaient fort estimés.

Retable et panneaux ont été transportés à Saint-Ayoul ; mais le chœur de cette église ayant peu de largeur, on a serré les colonnes du retable qui étaient sur le côté, entre lesquelles se trouvaient des niches où étaient les statues de saint François et de sainte Marguerite. L’architecture de la chapelle du nom de Jésus, et celle de la Vierge, dans la même église, vient aussi des Cordeliers. Tout cela n’est plus à sa place dans l’église de Saint-Ayoul, vu sa mauvaise distribution.

Le dessin de toute l’architecture, ainsi que les sculptures qui ornaient le chœur des Cordeliers, ont été faites par Pierre Blasset, sculpteur en bois et en marbre. Il mourut à Provins, en 1664, et fut enterré cà la porte du chœur des Cordeliers, où il avait une tombe sur laquelle étaient gravés son nom et son éloge, comme sculpteur. Cette tombe est aujourd’hui dans le chœur et au bas du sanctuaire de l’église St-Ayoul. On y lit aussi que ses deux biles ont été enterrées au môme endroit et reposent sous la même pierre.

ïo Le tableau de Stella^ dont nous venons de parler, était au-dessus du maître-autel des Cordeliers, où il se trouvait beaucoup mieux placé, sous tous les rapports, que dans le

violon , l’autre de l’orgue. Elles sont d’une exécution fine et travaillée. La tête , les cheveux et la robe de la joueuse d’orgue méritent l’admiration des artistes. »

M. Diisonmierard croit, avec raiso)i , que ces statuettes sont du quinzième siècle.

chœur obscur et resserré de Saint- Ayoul. Ce beau tableau de naaître représente la Vierge surprenant Jésus enseignant dans le temple, et discutant avec les docteurs de la loi. Stella s’est peint parmi les auditeurs placés au-dessus des docteurs. Il a mis son nom en bas du tableau.

Stella, né à Lyon, devint le premier peintre de Louis XIV qui se plaisait à le voir travailler. Son genre était particulièrement les tableaux d’église.

Le dictionnaire des beaux-arts cite son tableau aux Cordeliers de Provins, II avait, est— il dit dans ce dictionnaire, « un genre heureux et facile ; sa manière est gracieuse et « linie. Ce peintre doit être mis au rang des bons artistes. Il « donne un peu trop dans le rouge. » Une partie de la robe de Jésus est de cette couleur; mais elle est bien en harmonie avec le reste du vêtement et celui de la Vierge qui sont d un bleu tendre.

A la chapelle du nom de Jésus, dans l’église de St-Ayoul, il y a un tableau qui représente Jésus enseignant dans le temple. La disposition îles personnages n’est pas la même que celle de Stella. Ce tableau, qui n’est pas sans mérite, est d’un peintre connu.

5® Vitraux peints. Les beaux vitraux qui sont restés au grand Hôtel-Dieu, tant ceux de l’anciennne église que ceux de la chapelle basse. Dans toute la partie de l’ancienne église, sur la rue du Murot, les ouvertures actuellement en verre blanc étaient en verres coloriés ; on remanpiait les dessins des figures et la vivacité des couleurs. On a enlevé ces vitraux avec si peu de précautions qu’ils ont été en partie détruits. C’était sur ces vitraux qu’on voyait dans une suite de panneaux, la représentation du martyre de Saint Lyé, avec tou-

es ses circoMslances, el au bas desquels on lisait des inscriptions explicatives.

Les vitraux de l’église de Sainte-Croix méritent qu’on en fasse mention. Ils sont du bon siècle, et portent la date de 1534 et 1561. On remarque les grisailles du cul-de-lampe, qui représentent le martyre de Saint-Denis, peintes avec goût et suavité. Les panneaux de la chapelle de Saint-Roch présentent des sujets assez bizarres. On y voit l’arche de Noé qui reçoit la pluie du ciel, et, au-dessous, une portion de l’enfer. Un autre panneau offre la Salutation angélique; la Vierge est placée sur un lit élégant, où elle reçoit l’hommage de l’ange Gabriël, tandis que saint Joseph, endormi sur une chaise, paraît occupé d’une autre vision.

Les plus beaux vitraux de Provins étaient sans doute ceux de l’église deSaint-Ayoul, dans le bas-côté gauche. Legouvernement, qui en eut connaissance, fit enlever, en 1805, les plus estimés et les mieux conservés. Ce fut M. Lenoir, administrateur du Musée des Monuments Français, qui les fit transporter et déposer au Musée de Paris. Dix-huit grands panneaux furent encaissés : ils représentaient, entr’autres choses, toute l’histoirede Joseph.

Dans nos anciennes églises démolies il existait aussi des verres coloriés ; mais on n’en connaissait pas le mérite dans les derniers temps. On les déplaça pour leur substituer des verres blancs, sous prétexte que ceux-ci donnaient plus de clarté. Nos pères, plus sages que nous et mieux inspirés, ne regrettaient pas l’argent que pouvaient coûter ces vitraux qui offraient des tableaux transparents, agréables à la vue, et dont les sujets étaient tirés del’Histoire-Sainte. Le jour sombre, qui en résultait dans les temples, avait quelque chose de plus religieux, et portait au recueillement et à la méditation.

Les vitraux coloriés dans les églises n’aunoncent pas une plus liante antiquité que cranciennes églises qui n’en ont pas; la peinture sur verre, qu’on appelle peinture A' apprêt^ ne remonte pas à plus de trois cents ans. Ce fut d’un peintre français, de Marseille, qui travaillait à Rome, sous Jules II, que les Italiens l’apprirent (voyez le (/es Beaux-

Arts) ;

6® Les sculptures de l’IIôtel-de -Ville, celles de Saint- Laurent-des-Ponts, celles des Cordeliers , et deux petites colonnes de marbre noir, qui sont dans rHôpital-Général II y en avait encore deux autres qui furent enlevées par M. Lénoir.

7® Tombeaux. En 1758, lorsqu’on a coupé la montagne du Rubi, au bas de la terrasse du collège, pour y ménager une descente plus facile, on trouva huit tombeaux qu’on retira de la terre. On en voyait d’autres, mais on les laissa. Ces tombeaux avaient six pieds de long et quatre pouces d’épaisseur. l.a matière, et celle de la tablette qui les couvrait, étaient très solides et très blanches; elles semblaient être du plûtre coulé. Un carrier prétendit que c’était de la pierre de Tonnerre. On n’en a pas su davantage. J’ignore ce qu’ils sont devenus. J’étais jeune alors, et je me souviens de les avoir vus. On en a trouvé deux dans Saint-Quiriace, et un, en 1770, engagé sous la tour de Saint-Pierre ; mais ceux-là étaient du plâtre pur.

8® Statue de Mercure. H y a une (|uarantaine d’années, un charretier, à une lieue de Provins, du côté de Mortery, fut arrêté en labourant j)arun obstacle; c’était une ligure de cuivre massif, haute de onze pouces et demi, et recouverte d’une feuille d’argent; elle avait deux ailes à la tète, dont une ne présentail qu’une moitié ; une bourse dans une main ;

Fautre était à demi-fermée, et avait une ouverture où probablement se trouvait le caducée. Cette statue de Mercure fut apportée à Saint-Jacques de Provins, et envoyée au Musée de Sainte-Geneviève. On fit des fouillesdans le champ; mais on ne trouva rien. (Voyez Anecdotes de ProvinSy t. 3.)

9“ Armes de caillou. On a récemmment trouvé aux environs de Provins une grande quantité d’instruments tranchants en pierre dure. Ils sont affilés comme un couteau par un bout ; l’autre extrémité de la pierre se termine en cône ou pyramide; c’est par là que la main saisit l’instrument pour le diriger.

Parmi ces pierres ramassées nouvellement, il se trouve un fragment qui semble avoir fait partie d’une de ces haches tranchantes dont on se servait, dans ces temps, comme une arme de guerre. Ces haches avaient un manche dans un bout duquel la pierre était solidement arrêtée ; le tranchant avait communément six à huit pouces. Dans le poème fantastique, qu’on croit du viii^' siècle, il est question d’un combat, avec ces singulières armes, entre deux guerriers francs.

On trouve de ces pierres tranchantes dans plusieurs endroits de la France. M. Mongès a donné à l’Académie des Inscriptions dont il est membre, une dissertation sur un de ces couteaux trouvé dans la Somme ; ce qui annoncerait qu’ils ne sont pas communs. Comment se fait-d qu’à Provins on en ait ramassé en peu de temps, sur le sol, une aussi grande quantité? Il n’est pas douteux que, si l’on faisait des recherches, on trouverait de ces haches d’arme, et peut-être des flèches de caillou dont se servaient les Gaulois dans les combats, et des pierres de fronde qu’on employait aussi; elles se recoii naîtraient à leur forme : ce sont de petites houles de quelques espèces de caillons e( de silex d’environ deux

pouces lie diamètre, arrondies au moyen de la percussion. Ces couteaux, ces armes de guerre, ces pierres de fronde se trouvent abondamment autour de la ville do Périgueux. On en trouve beaucoup aussi en Languedoc, en Provence et eh Bretagne.

Evidemment ces instruments en pierre datent de l’époque où les Gaulois étaient encore à demi-sauvages. Il n’est pas probable qu’ils aient combattu les armées romaines avec des haches de pierre; César aurait parlé de cette singularité ,* mais il est vrai qu’il néglige toujours dans son récit de décrire les armes des peuples qu’il combat.

Palais des comtes. Les princes, comme on le verra dans l’article suivant, habitèrent d’abord le Pinacle. Ensuite, lorsqu’une certaine manière de vivre élégante eut pénétré dans les cours, les comtes de Champagne quittèrent cette espèce de forteresse pour occuper le nouveau palais qu’ils firent bùtir sur le terrain ipi’occupe aujourd’hui le collège. Une grande cour, au nord, précède le principal corps de logis. Au midi, il y a un grand jardin que termine une longue et large terrasse ipii domine la prairie et od're des points de vue très variés et très pittoresques ; l’air qu’on y respire est fort pur.

Cette habitation des comtes est un carré long solidement béti ; il est épaulé aux quatre angles par des piliers de chasse. On y a fait des changements pour l’apjiroprier aux habitudes modernes. La cuisine du collège est une voûte où se trouve un puits. On aperçoit encore, dans un coin de cette cuisine, un reste d’escalier qui conduisait à la chapelle, car c'était la coutume des rois et des barons d’avoir une chapelle dans leurs palais.

Pinacle. C’est l’ancien palais des comtes de Champagne. Il était près des grandes fortifications du midi qui comprenaient la tour carrée, dite depuis Tour-aux-Anglais et la tour du Luxembourg. Ils abandonnèrent cette habitation militaire qui ne convenait plus à une cour élégante, et bâtirent un palais à l’est de la grande tour, et sur l’emplacement qu occupe aujourd’hui le collège C’est ce dernier palais dont il ne reste que des débris, que Thibaut-le— chansonnier habita. Quant au Pinacle, il fut la résidence des maires de Provins. C’est là que Guillaume Pentecôte fut massacré par les révoltés. ^

Pierre (saint). Sous le chœur de cette église, était construite celle de Saint-Firmin. Les ruines de cette dernière ont été lithographiées. Ces deux églises bâties dans le XIIP siècle, sont un gage de la piété d’Alix-de-Crespy. Le clocher de Saint-Pierre était une tour carrée, avec une plate-forme entourée d une balustrade à jour, formée de pierres sculptées. C est dans cette tour qu’était la cloche qui servit à sonner le tocsin, lors du meurtre de Guillaume Pentecôte.

Saint-Firmin était un pèlerinage ; on y venait pour être guéri de la fièvre. Nous avons dit, en parlant de la monnaie de Provins (que c’était dans cette église qu’avait été enterré le dernier directeur delà monnaie de Provins, dont la tombe,

1 inscription se voyaient encore lorsqu’on a démoli cette église.

Plaids. Nom que l’on donnait autrefois aux maisons où se rendait la justice. Il y en avait une à la ville haute, place des Changes, [)rès du passage voûté, où était le four banal appelé le four Gaillard. Cette maison antique sert anjour-

d’hui (le granges. Il y avait, en outre, un tribunal établi dans le palais des comtes. A la ville basse, une maison de plaids était rue de la Cordonnerie, près de la Boule-d’or; il y en avait une autre rue du Pont-au-Poisson, au nord et en face de la balle où se vendaient le poisson et la marée. La maison des plaids était sur la voûte qui, dans cet endroit, conduit à la rivière l’eau des ruisseaux. L’entrée de cette voûte s’appelle le Trou-Bacbé.

Places PUBLiocJES. II y en a trois principales; une au Cbûtel, dont une prenait le nom de Place des Changes. C’est dans cette grande place, lors des réjouissances publiques, et après avoir assisté au Te Deum, à Saint-Quiriace, que le corps-de-ville, les magistrats et la milice bourgeoise allaient allumer un feu de fagots, au milieu duquel était planté un arbre avec des banderolles aux branches; c’est ce qui s’appelait un Feu de joie. Le soir, dans les places et principaux

carrefours de la ville basse, les voisins faisaient des feux de joie ;

Une seconde place, au milieu de la ville basse, est la place du Val. C’ est lù qu’était la boucherie, où est la fontaine qui en portait le nom, et où s’est toujours tenu le marché aux légumes. C’était dans cette place qu’était le Pilori, et que se faisaient les exécutions criminelles;

La troisième place est devant l’église de Saint-x\)oul , appelée la Place des Changes, parce que, dans les temps que la ville de Provins était très llorissante, c’était là qu’étaient établis les comptoirs des changeurs ; cette place a été dessinée et lithographiée par les artistes de Paris.

II y en avait anciennement une quatrième devant le grand hôtel-Dieu, à l’endroit où est la fontaine. C’était dans cette

place, plus spacieuse peut-être qu’elle n’est aujourd’hui, qu’était établie Y échelle patibulaire : In medio vico antè (Jomum Dei apiid Provinum scalam, etc.

Voici ce qu’à l’occasion de cette échelle, a dit Velly, Jï/staire de Fimnee, tom. 4, pag 69: « L’échelle, d’après du (( Gange, au mot Scala, autrefois la marque de la haute « justice, était un endroit élevé par degrés, en forme d’é- (( chelons, où l’on exposait, à la vue du peuple, ceux qu’on « voulait noter d’infamie. Cette ignominie était presque tou- « jours suivie de la peine du fouet. On y mettait aussi les « polygames, les parjures, les blasphémateurs, et même des « femmes. »

Cette échelle ayant été abattue par l’ordre du prévôt de Provins, il intervint une sentence rendue à Troyes, qui ordonna le rétablissement de l’échelle. Pronunciatum, fuit percuriœ consilium, quod ibidem pro ut esse consueveratscalam fiet et remanebit.

Cette punition s’appelait écfialler. Sire de Joinvillle, dans la vie de Saint-Louis, raconte commentée prince religieux ht échaller, nu en chemise, un orfèvre qui avait juré. {Ducange, édition de 1668, f® 45.

Une nouvelle place a été établie il y a environ trente ans ; c’est le Marché-Neuf, Ce marché occupe l’emplacement de la cour du couvent des Cordeliers.

Poids de provins. On ignore combien d’onces renfermait la livre de Provins. Son usage élait général en Champagne et dans d’autres pays. Il existe dans le trésor des chartes du roi, un acte où, à l’occasion d’une donation par Thibaut, roi de Navarre, il est stipulé une redevance au poids de Provins, datée de juillet 1258.

Dans lescliarles des coniles de Champagne se trouve une . convention entre la comtesse Isabelle, an poids de Provins, en juin 1238.

Dufresne, tome 5 de son glossaire, P 344, parle de ce poids en ces termes : Piindus Pruvhiense, à Pruviiio in Campaniâ oppido^ ubi cndebatur moneta comilnm Campaniœ.

Ces poids et ces balances étaient placés dans les lieux publics. Nous avons vu que, deux maisons ne suffisant pas pour jieser, il en fut établi sept autres. Les comtes percevaient de certains droits sur les poids et balances. Dans un registre des charges de Champagne, en 1241, on voit qu’lsabellc, comtesse de Mareuil, quitte le roi de Navarre d’une certaine somme qu’il lui avait assignée sur les poids de Provins.

Productions du sol de Provins. Blé. Celui de Provins est remarquable par la finesse et la couleur de son écorce, et recherché pour la beauté de la farine. On lit, dans le Diclionncdre des Arts et Métiers que les meilleures farines de Paris sont celles de Beauce, du Ilurepoix et de Provins.

Il est à remarquer qu’il est ici question de deux grandes contrées : la Beauce et le Ilurepoix , et non de la province où se trouve Provins,* et, en effet, ce qu’on appelle le blé de Provins, ne se récolte que dans un rayon de quatre lieues environ autour de cette ville.

Le blé est le grand commerce de Provins. Autrefois le blé se transportait à Paris en nature; ce qui n’a jiresque plus lieu aujourd’hui. Depuis qu’on a construit une grande quantité de moulins sur nos deux rivières, il ne se fait plus guère que le commerce de farine.

Vignes. La ville est entourée de vignes. Le vin qu’elles

proJiiiseni est haut en couleur, dur et un peu froid , ce qu’il faut attribuer à la nature du terrain qui est ferrugineux; il ne s’en fait pas de commerce : tout se consomme dans le pays.

Roses. Elles sont connues généralement sous le nom de Roses de Provins. Le plant en a été apporté de la Syrie, par Thibaut VI, et ce n’est qu’à Provins que ces fleurs ont conservé la belle couleur pourpre et le parfum qui leur sont propres, ainsique toutes les propriétés médicinales. On en prépare un médicament sous le nom de conserve liquide, Qi une conserve sèche qui est plus d’agrérient que médicinale. L’usage de ces conserves est très ancien. On lit, dans les Mémoires sur Provins , qu’en 1510, lors de l’entrée solennelle, dans cette ville , de Philippe de Marigny, archevêque de Sens, la ville lui offrit du xin, des épices et des conserves ; quelquefois on joignait à ces présents des roses sèches.

Il est dit dans les Anecdotes de Provins, t, I“, que très anciennement c’était la coutume dans plusieurs villes, Paris et autres, de porter à la procession du Saint-Sacrement, des couronnes de Heurs, et qu’à Provins, ces couronnes étaient de roses ; c’est ce que prouve un compte de Saint- Quiriace , rendu en 1250, où sont portées en dépense ces couronnes de roses : Pro capellis roseis in festo Sancti Sacramenti. . .

J’ajouterai ici , et ce ne sera pas d’un médiocre intérêt, un passage que je trouve dans le Cantique des Cantiques, qui a un rapport direct avec nos roses, et qui mérite une nouvelle attention. C’est une de ces particularités nombreuses, dont nous avons dit que jouissait exclusivement la ville de Provins.

LaSulamite, dans le Cantique des Cantiques, s’exprime ainsi : Ego flos campi , je suis la fleur du champ ou de

la campagne- Voici à cette occasion ce que disent les interprètes de l’Ecriture-Sainte fvoy. Ccniüq, des Cantiq., cliap. 2.)

î.’liébreu explique ainsi ce que c’est que cette tieur :

« Je suis la rose de la campagne de Saron, plaine célèbre par ses roses. Le nom de cette plaine signifie , dans la « langue originale, dont on doit chanter les louanges. « La couleur de cette rose se compare à celle du sang. Elle « conserve son odeur après avoir été cueillie et séchée; «r alors, pilée , elle répand un parfum plus suave. »

ïl n’est pas douteux que cette fleur ne soit la même rose que celle de Provins, aucune autre n’a les mêmes rapports avec le passage cité. Les roses de Provins sont originaires delà Syrie et du pays qu’habitaient les Hébreux. Elles croissent dans les champs, sont d’un rouge de sang ; elles conservent leur" odeur après avoir été cueillies; et, lorsqu’elles sont sèches , elles en acquièrent une plus suave ; ce qui n’arrive pas aux autres espèces de roses ; et c’est parce que l’arôme de ces fleurs est plus pénétrant quand elles sont pilées, que les parfumeurs les font entrer dans les poudres odorantes qu’ils préparent.

J’ai déjà fait voir, très au long, dans un Essai sur ces roses f imprimé dans le Journal de Physique de l’abbé Rozier, « que nos roses étaient ces roses pourprées que les Romains appelaient, au rapport de Pline, Roses MilésienneSy parce qu’ils les recevaient de Milet, ville de l’Asie Mineure , peu éloignée de la fameuse Troie; elles étaient connues dès ces temps reculés , à Trojanis temporibusy lîomero leste ^ ajoute Pline. Il ne me restait, pour doubler l’honneur de nos roses et accroître l’intérêt qu’elles méritent , (7ue de faire remonter leur antique et noble ori-

gine, et l’estime qu’on en faisait, à trois mille ans et plus, non sur des conjectures, non sur le témoignage des hommes, Théophraste, Pline et Homère, mais sur l’autorité irrécusable de l’Ecriture-Sainte.

La belle Sulamite (c’est l’épithète qu’elle se donne , sum for mo sa) y soit, comme le croient les profanes , qu’elle ait été la maîtresse de Salomon , soit, comme le veulent les Saints Pères, qu’elle soit l’image de l’Eglise, ne fait pas seulement sa parure de cette rose ; elle ne se compare pas seulement à cette fleur, mais elle dit : Je suis cette fleur des champs, ego flos campi ; et, d’après le sens que donnent les interprètes sacrés, elle disait (en lui supposant l’esprit de prophétie) ; Je suis la rose qui s’appellera un jour la Rose de Provins.

J’aime tant à parler de nos roses, que je vais chercher l’occasion de le faire jusque dans les brillants mensonges de la fable. On raconte que Vénus, apprenant que son cher Adonis, en poursuivant dans la forêt un sanglier énorme, en a été blessé dangereusement, vole à son secours. Les ronces déchirèrent ses pieds délicats, et les humbles rosiers sont teints de son sang; plusieurs gouttes jaillissent sur les fleurs de ces arbustes, et leurs roses, qui jusqu’alors avaient été blanches, conservent, depuis cet évènement, la couleur du sang de Vénus.

Les Grecs, auxquels nous empruntons ce récit, entendaient parler du rosier-nain, dont la fleur était couleur de sang, et c’est le rosier de Provins.... Nos roses teintes du sana d’une déesse!!... L’histoire, les livres saints, la mythologie se réunissent donc pour donner plus de célébrité à nos roses. Je demande la permission d’en entretenir encore pour quelques instants le lecteur.

Coussins et sachets de roses. Nos roses semblent un su-* jet inépuisable. Quelques nouvelles observations vont être l’objet de cet article, et de celui qui va suivre, sous le titre de Rose Rouge et Rose Blanche.

On a pu remarquer, page 156, que la reine, s’arrêtant à Provins, en allant au-devant de Henri HI, roi de Pologne, devenu roi de France, on lui offrit, ainsi qu’à toute sa cour, des conserves et des roses sèches.

Lorsque François I" vint à Provins, on lui offrit, et à tous les princes et grands seigneurs qui l’accompagnaient, enir^aulres présents, des coussins de roses. (Voyez page 156.)

Henri IV étant venu à Montglas voir ses enfants, le corjis municipal s y transporta, et parmi les présents qu’on lui olfrit se trouvaient des sachets de roses. (Voyez page 1 56.)

Dans les cartulaires de la ville, on voit souvent qu’à l’ar rivée des personnages d’un haut rang, on leur offrait les présents d usage., sans désignation. Il pouvait donc s’y trouver des fleurs de roses sèches, des sachets et des coussins de roses.

Nous avons vu que nos roses avaient une odeur suave et pénétrante. C est ce doux parfum qui les faisait tant rechercher des femmes voluptueuses de l’Inde. Les parfumeurs, avons-nous dit, en emploient beaucoup dans leurs poudres odorantes. C était donc un présent que l’on croyait devoir flatter les étrangers.

11 est à regretter que cet usage ne se soit pas perpétué.

Pourquoi nos dames d’aujourd’hui n’adopteraient-elles pas 1 usage qu avaient sans doute les anciennes Provinoises du meilleur ton, d’avoir, dans leur cabinet de toilette et dans

les armoires à linge pour leur service, de ces sachets et coussins de roses; enfin d’en envoyer en cadeaux à leurs amies? Ce sont des vœux que je fais pour l’honneur de nos roses et celui du pays qu'celles embellissentj et dont elles ont fait la renommée.

Mais quelle était l’étolTe dont se composaient ces sachets et ces coussins? C’est ce que je ne puis deviner ; quant é la forme, elle devait être élégante.

1m Rose Rouge et la Rose Blanche. Le fait que je vais raconter, en peu de mots, doit avoir beaucoup d’intérêt pour les Provinois; il peut être mis au nombre de beaucoup d’autres singularités qui distinguent notre ville.

Le prince Edmond, fils du roi d’Angleterre, et qui avait [iris le titre de comte de Champagne (voyez page 103), fut envoyé par le roi àProvins, avec des troupes, pour venger le meurtre de Guillaume Pentecôte, et punir les habitants, ce qui lui donna occasion de faire quelque séjour à Provins. Lorsqu’il s’en retourna en Angleterre, il prit pour devise la rose de Provins, qui, étant très rouge, contrasta davantage avec la rose blanche. Il fut le chef de la famille de Lancastre, qui conserva cette rose rouge. La maison d’Yorck, qui était sa rivale, prit, par opposition, pour sa devise une rose blanche. C’est sous ces deux bannières, la rose rouge et la rose blanche, que ces deux partis se dispuètrent si longtemps la couronne d’Angleterre. Il est curieux que Provins entre pour quelque chose dans l’iiistoire de ces grands intérêts, qui divisèrent et agitèrent la nation anglaise.

Pyrites sulfuro martiales. Les pyrites se trouvent près le puits minéral dans un banc de glaise. Ces pyrites contiennent les matières premières qui donnent aux eaux minérales leurs propriétés. Les deux sels principes de ces eaux se dé-

\i‘lü|)|)OiU iiulQrellomeiil et (reux-mémes à la surface de ces pyrites : ce sont un sulfate de fer et un alun de plume. Cette dernière production de la nature est tellement rare, que, quelques naturalistes, entr’aulres M. Lesage , en ont nié l’existence ; mais dans le temps que j’en ai fait la découverte, j’ai envoyé à la Faculté de Médecine de ces pyrites chargées de ce bel alun de plume en filaments soyeux très blancs, et les curieux ont vu chez moi en abondance ce beau travail de la nature.

Cesdeuxsels, le sultate defer et l’alun de plume, séparés de la Pyrite et dosés, étant fondus dans de l’eau commune, régénérera une eau minérale tout-à-fait semblable à celle de la fontaine ; elle en a toutes les vertus. Les sels sont d’un grand avantage pour les malades éloignés qui ne peuvent pas venir prendre les eaux à Provins.

Une eau minérale, aussi efficace que celle de Provins, est une laveur que la nature a faite à peu de villes ; mais la découverte des sels de ces eaux est un avantage qu’aucune eau minérale ne partage avec Provins.

Fossiles curieux. On trouve aux environs de la ville des lossiles très variés, appartenant au règne animal : des coquillages, des madrépores inconnus, des bélemnites, des dents de crocodiles, des fragments de l’écusson de la grande tortue, dont res[)èce ne se retrouve plus, et dont M. Cuvier, professeurd’histoire naturelle au Jardin des Plantes, a accepté, avec reconnaissance, quelques morceaux qu’il a déposés au Cabinet d’histoire naturelle avec cette étiquette : Trouvés d Provins.

Marbres. On trouve sur quelques collines (|ui dominent la ville, des blocs considérables do ditTérents marbres. On en

fait des chambranles de cheminée et des dessus de meubles. Les roches que Ton voit sur le Mont-Jubert, à l’est de la ville, sont des marbres brèches. En creusant un puits dans la Maison des Orphelines, on a percé un lit de marbre de vingtcinq pieds d’épaisseur.

On trouve aussi des albâtres agréablement variés. Les uns présentent des dendrites; d’autres imitent des planches veinées de diverses couleurs, et ressemblent à des bois étrangers qu’emploient les ébénistes. Parmi ces albâtres on en trouve en petites masses qui sont tranchés de bandes colorées et horizontales, et propres à faire des camées. Le grain de la pierre est très fin et prend un beau poli. Plusieurs maisons, à Provins, possèdent de ces camées ; ce sont des têtes, des bustes, des chiffres et autres ornements; tous d’une belle et heureuse exécution.

Je ne dois pas oublier de parler d’un albâtre de couleur brune et verdâtre, où se trouvent de belles herborisations. Il est composé de fibres ou aiguilles parallèles et très rapprochées. Il paraît s’être formé à la façon des stalactites. On le rencontre dans la glaise, sur les bords ^de la rivière de la Voulzie, en remontant vers sa source. Cet albâtre, dont on a fait des socles de pendules, des colonnes, etc., est extrêmement curieux, et prend le plus beau poli. II n’est pas connu à Paris. J’en ai envoyé à l’École des Mines, et, de tous les échantillons des marbres de France qui s’y trouvent, aucun ne lui ressemble, non seulement par la couleur, mais par la nature de la pâte qui paraît avoir une organisation. Voilà de ces singularités qui distinguent encore Provins.

Ces marbres et ces albâtres ont été une nouveauté pour les habitants de Provins, On ne s’est jamais douté qu’il y en

eiit, et surtout si près des murs de la ville. Moi-mème, eu 180o, dans la Minéralogie cjue j’ai donnée de Provins et de ses environs, je n’en parle pas. Ce n’est que depuis ce temps que j’ai fait ces découvertes. Je possède une quarantaine d’échantillons très variés de ces marbres et de ces albâtres.

Provins. Aspect général et topographique de cette ville {{).

L’œil du voyageur est enchanté par cette masse de remparts et de monuments qui s’entassent sur la colline. La tour de César , entourée d’un lierre qui scintille au soleil, s’élève majestueuse et frère, et dominant tout ce qui l’environne, elle ressemble à une sentinelle romaine que les temps ont respectée pour qu’elle pùt proclamer la gloire de ses fondateurs. Saint-Quiriace , représentant les pensées d’un autre âge et d’un autre principe , frappe les nues avec son dôme et ra[)pelle ces basiliques des légendes que des anges transportaient dans une nuit sur un roc escarpé.

La Tour et Saint-Quiriace sont là comme pour faire contraste, comme pour solliciter la pensée du philosophe qui , se promenant de l’un à l’autre monument , embrasse toutes les agitations de l’humanité entre ces deux histoires, la payenne et la chrétienne, et assiste à l’origine comme à la chute de ces deux principes : l’un tout militaire qui lit la conquête du monde, l’autre tout religieux qui gouverna toutes les intelligences. Ces principes sont passés : ces monuments sont debout!

{•) \ oyez la lithographie en tête du volume

La ville haute, occupant un plateau qui s’avance sur le sommet d’une colline dont les descentes sont très rapides, la partie de l’ouest , qui est de niveau avec la campagne , ne présentent qu’une vue monotone de champs cultivés ; mais le côté de l’escarpement de la colline au sud, à l’est et au nord, offre des vues très pittoresques quand on se place près les maisons du cloître et surtout sur la longue et large terrasse du collège. Cette position, qui commande toute la prairie, esl frappante et magnifique. Les scènes qu’elles présentent forment un tableau des plus variés. A gauche, et du côté du nord, l’œil s’arrête avec étonnement sur des angles élevés et se perd dans les profondes vallées qui les séparent. En face, il se prolonge entre deux montagnes, s’élève insensiblement avec le terrain et se repose sur la forêt de Sourdun, qui termine cet amphithéâtre. En parcourant les irrégularités de la colline , en descendant ces escaliers improvisés dans le roc et qui tiennent lieu de rues , on jouit parfois d’un agréable spectacle : un moment on se croit dans l’isolement le plus complet, et tout-à-coup fœil s’égare dans une étendue im» mense en se faisant jour dans une , brèche de mur ou en passant par-dessus le toit des maisons. Les habitations sont étagées et suspendues les unes au-dessus des autres comme par enchantement. De jolis vergers et des jardins mêlent leur verdures et leur fécondité à l’aridité des rochers et à l’aspect sévère des murs que la vétusté dévore.

Ce n’est pas la magnifique terrasse de Saint-Germain : on n’a pas comme de celle-ci , une vue immense qui se perd dans le vague d’un lointain nébuleux; mais les objets plus rapprochés en sont mieux sentis et mieux appréciés. La vue s’y promène avec un intérêt toujours croissant et s’y repose sans pouvoir s’en détacher. Les détails y abondent ; les elfets

(le liiiiHère y sont Irès variés , et les amateurs tle paysages |)oiirraieiil y puiser de cliarmantes inspirations. La belle propriété de l’Ermitage, ouverte à tous les promeneurs, n’est pas run des moindres ornements des dehors de Provins (1).

Au nord, à l’est on voit sortir, de gorges et de vallées profondes, deux petites rivières qui coulent près de la ville où commence un vaste bassin qui se continue du nord au midi. Son étendue est à peu près d'une lieue et sa largeur d'une demi-lieue. Il s’arrondit à sa partie inférieure et méridionale et semble se fermer.

Ces deux rivières prennent naissance à trois quarts de lieue au-dessus de la ville. L’une, le Durtein, est formée par une infinité de sources.

La promenade pour y arriver est charmante. L’aspect du berceau de cette rivière naissante a quelque chose d’enchanteur. Une multitude de sources sortent de tous côtés et dans toutes les directions. Leur nombre incalculable forme un lac dont on ne connaît pas la profondeur. Creusé par la nature dès le commencement des âges, il a toujours été respecté ou

(1) Voir l’article

Voici les jolis vers que le propriétaire de ce Tivoli de Provins trouva un jour écrits au crayon sur un mur ;

Que j’aime à voir ce riant Ermitage ,

Où tout rappelle un heureux souvenir.

Les arts, l’amour, l’amitié, le courage,

Trouvent leur temple en ce lieu de plaisir.

Pour exprimer combien l’a me est ravie ,

Au doux aspect d’un séjour aussi beau ,

Aimable ermite, il faudrait ton génie,

Ou posséder la lyre , ou ton pinceau!.,.

négligé par la main des hommes, ne présenlanl à la cupidité rien dont elle pût faire son profit.

Le cresson, lenénufar, les roseaux en tapissent les bords, ou couvrent une partie de sa surface, pendant que le saule et le peuplier y projettent au hasard leurs ombres vacillantes.

La rivière de la Voulsie présente des beautés d’un autre genre, qui ne le cèdent pas à celles du Durtein , et qui demanderaient , de notre part, une description particulière, si nous ne voulions pas hâter notre marche.

Ces rivières entrent de deux côtés dans le bassin, par sa partie supérieure. Après l’avoir parcouru dans toute sa longueur, elles se réunissent pour ne plus former qu’un même lit. Elles sortent ensuite par une ouverture latérale qu’elles se sont creusée, et vont, àquatrelieues de Provins, mêler leurs eaux à celles de la Seine.

Au milieu de la prairie il se trouve, dans la direction des deux rivières, un beau canal, ayant sur ses côtés de longues allées d’arbres, et dont les eaux tranquilles reposent en silence, tandis que les deux rivières s’abandonnent à la pente qui les entraîne.

Le bassin, les gorges et les vallons sont couronnés par des côteaux riants, qui offrent alternativement à la vue le pampre, les épis et les vergers. Partout des sites pittoresques et romanesques, partout de frais vallons, des ombres délicieuses, de longs tapis de verdure, et d’épais gazons toujours rafraîchis par quelques ruisseaux (1).

1^1} Je regrette que les bornes que je me suis prescrites ne me permettent pas de décrire les beautés des vallons de Saint-Brice, autrefois faubourg de la ville basse, les points de vue intéressants qu ils présentent, dont un a été lithographié, et la rraîcheur des ombrages entretenue par une grande quantité de sources. Elles

C’osl aux sources de la Voiilsic qu’on trouve ces s[)atlis striés et verdâtres dont j’ai parlé dans Và Minéralogie de Provins. Ces albâlres sont susceptibles d’un très beau poli et méritent d’être plus connus qu’ils ne !e sont. Dans les dégels

se réunissent et forment un ruisseau qui tait tourner un moulin. Après avoir parcouru la prairie, ce ruisseau entre dans la ville, porté dans des auges en pierres et en bois, ce qui lui a fait donner le nom de Ruisseau-des-Auges. 11 devient fort utile aux riverains, soit pour les usages domestiques, soit pour les arrosements, soit pour les secours qu’il peut fournir en cas d’incendie.

Je ne puis cependant passer sous silence les vertus que la crédulité attachait aux eaux de Saint-Brice : c’était celle de faire parler. On y conduisait les enfants chez qui la parole était en retard , ou qui parlaient difficilement. On leur faisait boire de l’eau des sources , après cependant les avoir présentés à l’église et avoir fait chanter une antienne à Saint-Brice.

M. Michelin, dans son poème héroï-comique sur Provins dit, à l’occasion de la propriété des eaux de Saint-Brice

Qu’on pourrait , sans blesser l’éloquence des belles ,

Du rang des pèlerins excepter les femelles.

Quoi qu’en dise notre poète provinois, on y conduisait aussi parfois des Jenielles. Une d’elles, très connue, y fut menée dans son jeune âge, et je me souviens qu’on se plaisait â faire remarquer qu’elle parlait beaucoup et qu’elle avait le verbe très haut.

J’ai fait connaître, dans la Minéralogie de Provins, quelques sources d’eaux minérales dans le bas de Saint-Brice, plusieurs pyrites d’une forme particulière, et de jolies stalactites et incrustations qui se trouvent dans le tuf, sur les côtés de la ravine , et que tout Provins a vues à l’Ermitage. Ce sont des groupes (jui portent les empreintes des \égétaux, avec une telle fidélité et une telle précision, que les nervures les plus délicates des feuilles y sont exprimées, et font connaître l’cspècc de végétal auquel ces feuilles })étrifiées appartiennent.

ia Voulsie reçoit les eaux de la forêt de la ïracoiiue située à sept lieues de Provins^ ce qui la rend alors redoutable pour la YÜIe.

Notre description serait incomplète si nous passions sous silence ces belles allées d’arbres qui suivent parallèlement les murailles de la ville, et qu’on nomme les remparts. Ces promenades sont un des plus beaux ornements de Provins (1).

Les remparts de la ville haute sont en dehors des murailles et régnent le long des larges fossés; ils commencent à la porte de Saint-Jean et se terminent à celle de Jouy. Cette promenade présente, au rapport des voyageurs , un coupd’œil unique pour les amateurs de la haute antiquité; c’est une continuité de tours que le temps a fortement dégradées, mais qui n’en sont que plus vénérables.

Quand, -sur cette promenade plantée d’arbres, on arrive à l’angle droit que forment, en se réunissant , les deux lignes

(1) M. Dusommernrd leur donne l’épithète de inagnijiqacs dans le texte des Vae^ lithographiées. En parlant de Provins, il se sert aussi de ces expressions : « Caveaux magni tiques. .. l’oeil « parcourt avec étonnement cette longue suite détours... nos « yeux furent frappés de l’aspect pittoresque de ces mines... « monuments d’étonnement et d’admiration... Une vue piise « du four à chaux offrait, avant les destructions, un des plus « beaux ensembles qu’aucune ville de France puisse présenter... « Les jolis coteaux de Saint-Bi ice. .. dignes d’attirer les artistes € et les amateurs de beaux effets... de superbes promenades qui « décrivent un cercle de plus d’une lieue d’étendue, magnifi- « quement boisé et de chaque point duquel l’oeil découvre des « aspects pittoresques., . de. »

(les l’oi lllicatioiis , on jouit d’une |)orsj>echve inajesliieusc et injposaïUe. Une longue suite de toiirnelles l)izarrement dégradées par le temps, se développent à la file, et les dernières, })ar leur éloignement, se découpent sur Fazur du ciel et se perdent dans le vague.

De cet angle que termine la tournelle aux Engins, si l’on élève fortement la voix, on en entend répéter le son par les cavités de ces lournelles, et fécho, qui va toujours en s’aflaiblissant, se perd dans les tournelles lointaines.

Ce rempart a été aplani et })lanté , il y aune cinquantaine d’années, par M. Saulsoy, maire, et il est appelé le Rempart-SauIsoy. Il est fâcheux que, pour aplanir le terrain, on ait rejeté les terres dans les fossés ; ce qui en diminue la hauteur , et gâte la régularité.

Les remparts de la ville basse sont en dedans des murs, el les suivent dans leur pourtour. Us commencent à la porte de Paris , passent successivement devant toutes les portes de la ville, se prolongent au-delà de la rivière Durtein, et vont, en montant, se terminer à la porte des Vieux-Murs, près la ' tournelle Faneron. Leur étendue , bien plantée d’arbres, est de plus d'une demi-lieue.

Ces longues allées d’arbres, à différents espaces, prennent différents noms. Le rempart du canal est un des plus beaux; mais il a été négligé. Dans toute sa longueur règne un mur d’appui qui permet la vue de la campagne ; mais d’un coté beaucoup de pierres de taille qui couronnent ce parapet ont été enlevées; de l’autre côté et jusqu’à la tournelle du Port, on a permis à des particuliers d’exhausser ce ])arapet par une maçonnerie qui masque toute la vue de la prairie et du canal.

Le plus beau remj)art, le plus intéressant, comme le plus fré(juenté, est celui du nord. 11 |)arl de la porte de Culoison,

passe (levant le bûtiment elle monument des eaux minérales, où il prête ses ombrages aux baigneurs , et va se terminer à la rivière Durtein. On croit qu’il avait été planté par M. l’abbé d’Aligre. Les arbres, d’essence d’orme, en ont été arrachés en 1775 : on leur donnait 80 ans. Ils étaient au nombre de 541. Ils furent vendus 9000 francs. Il faut observer que la contre-allée au midi n’existait pas. Elle n’a été faite que l’année suivante , lors de la nouvelle plantation qu’on voit aujourd’hui. Cette promenade est d’autant plus agréable et plus recherchée dans tous les temps, qu’elle a l’exposition du midi, et qu’elle est garantie des vents du nord par le mur de la ville. En dehors des murs régnent encore plusieurs allées d’arbres qui forment ce qu’on appelle arrière-rempart ; il commence , comme le premier , à la porte de Cu! oison , et se termine à la rivière Durtein , et , comme on a coutume de le dire , aux Grandes-Planches ; ensuite de cet arrière-rempart se trouve un large fossé qui a la même longueur et la même direction. Il faut ajouter que le rempart du nord, dont nous venons de parler, est sur une terrasse, et que l’arrière-rempart forme une seconde terrasse en amphithéâtre: ce qui vient de ce que le terrain a été exhaussé par les terres provenant du curement du fossé. Ce sont tous ces avantages qui nous donnent une promenade telle que n’en ont pas beaucoup de villes plus considérables que Provins.

La partie de ce rempart , qui se termine au Durtein, se nomme le rempart des Grandes-Planches. La portion de la rivière où il aboutit s’appelle la rivière des Grandes-Planches, et le pont qui la traverse a le même nom. D’où leur vient cette dénomination Grandes-Planches? C’est ce qu’on ne sait pas et ce dont on ne s’est pas occupé. (Voyez ce mot.\

Quaiil aux rues de Provins, elles soûl |)our la plupart larges, droiteset aérées. Beaucoup de ces rues sont devenues des ruelles, et beaucoup de celles-ci ont disparu, ayant été enclavées dans des propriétés particulières. Il est bon de rétablir les noms de quelques rues qu’on vient de changer, sans trop de réflexion , comme on a fait à l’égard de la place des Changes et de celle du Val. La rue qui commence à la fontaine de la place du Val, s’appelle \d. Grancniue; elle se termine à la rue aux Aulx. Là commence la rue des Caves qui finit au Pont-au-Poisson ; ensuite vient la rue du Murot qui SC continue jusqu’à Saint-Thibaut.

Une très longue rue, qui fait de légers coudes, traverse toute la ville ; elle prend successivement différents noms. Elle commence à la porte de Jouy, et se termine à la porte de Troyes. Elle a en long 1,200 toises (plus d’une demilieue). Est-ce le hasard qui a |donné à cette rue une espèce de symétrie? Elle part de la porte de Jouy, et reçoit, à une certaine distance, la rue de Saint-Jean; toutes deux à peu près de meme longueur, et formant, à leur reunion, un angle aigu ; ensuite vient la rue Couverte. Elle est très courte , cl aboutit à la place du Château. A l’autre extrémité de celte longue rue , en partant de la porte de Troyes , est la rue qui porte le même nom. Cette rue reçoit, à une certaine distance, la rue du Culoison , (|ui est de la même longueur à très peu de chose près. Elles font, à leur réunion , un léger angle aigu. Vient ensuite la rue de Saint-Ayoul qui n’est pas plus longue que la rue Couverte, et , comme cette dernière , elle aboutit à une grande place qui est la place des Changes.

Presque toutes les rues que reçoit la longue rue dont nous venons de parler, font avec (die un angle droit. Nous avons

jugé à propos de parler seulement des rues qui pouvaient offrir quelque intérêt ( 1 ) .

Planches (grandes). Il y avait probablement un pont de bois couvert de planches, qui traversait la rivière à cette extrémité du rempart , et , comme elle se trouve plus large à cet endroit qii’ailleurs , cela aura occasionné l’emploi de grandes planches. On pourrait croire que c’était dans ces temps l’usage de faire des ponts avec des planches, et de leur en donner le nom. La rue qui descend du pont Notre-Dame, au nord, s’appelle la rue M. de Saint-Foix,

dans ses Essais historiques sur Paris, dit que le nom donné à cette rue vient de ce qu’il y avait là un pont de planches posé sur un petit bras de la Seine; ce qui aura fait donner au pont, et ensuite à la rue, le nom de Planche’-Mibraij : planches sur un petit bras, ou sur un demi-bras.

Ce qu’on appelle aujourd’hui pont des Grandes-Planches n’en est pas un. C’est un passage étroit, pris sur une partie du gros mur, dans sa largeur. Il faut observer qu’il n’y a pas plus de huit ou dix ans qu’on y a mis une balustrade et une as* sise de pierres : avant ce temps le passage était dangereux. Les bestiaux n’y passaient pas. Anciennement il était encore plus étroit, ou plutôt il n’existait pas de passage ; c<ir la tournelle tronquée, dont nous avons parlé, page 284, et dont le mur fait partie, a été visiblement coupée sur le devant, et les parements en ont été arrachés pour procurer un étroit passage. Le mur au-dessus de l’arche et du côté du levant

(1 ) Ruffier, dans ses Fragments historiques sur Provins, donne le nom des rues et des ruelles , et dit d ou elles partent et où elles aboutissent.

aura été coupé dans son épaisseur pour arriver à la vanne. On ne peut donc se refuser à croire que, dans l’alignement du rempart, il y avait un pont sur la rivière , absolument nécessaire, pour communiquer de l’une à l’autre surtout quand les deux villes étaient très peuplées. Comme sur les bords de la rivière il n’existe aucune trace d’ancienne maçonnerie, ce pont aura été fait en charpente , couvert de planches , et assez large pour des communications faciles.

PüJADE (M'"« Desbordes, "née CLÉMENT-de-la-) Je me fais un devoir de rappeler à la mémoire une Provinoise de mérite, madame Desbordes, née Clément-de-la-Pujade. Je répandrai sur sa tombe quelques larmes, pour l’amitié dont elle m a toujours honoré. Elle a été infiniment regrettée de ses nombreuses connaissances, avec lesquelles elle entretenait une correspondance très active. On n’écrit pas avec plus de facilité, d abandon et d intérêt. Un drame, beaucoup de vers, plus ordinairement dans le genre pastoral, productions d’un esprit cultivé, sont restés en manuscrits.

OüiRixVCE (saint. j L’église collégiale et royale de Saint- Ouiriace est la première et la principale de la ville (I). Sa londation remonte au commencement du onzième siècle. Elle fut construite sur les débris d’une autre, très ancienne, et dont nous ignorons absolument le nom et la fondation. \ oila ce (pie la tradition et quehpies titres autbenticjues nous ont révélé de ces temps jilus reculés. St Savinien et St Serotin, les premiers (pii jirêcbèrent la foi à Provins, y con-

(1) Voyez les ("oinmentairos niannscrifs im'decir).

(rEnslaehe Grillon ,

struisirent un oratoire, dans le lieu où était, dit-on, le teuîple d’Isis ; comme il était d’usage de placer ces temples sur les lieux élevés, il est probable qu’il occupait le même terrain où fut bâtie depuis l’église de Provins. La ville de Sens venait d’être éclairée des lumières de l’Evangile , et les compagnons de saint Savinien le propageaient de plus en plus dans le territoire de Provins. La piété de nos pères construisit alors un temple au vrai Dieu , pour lui rendre un culte public. Cette église, élevée presque en même temps que celle de Sens, était regardée , par les évêques de cette ville , comme la fille aînée de leur métropole. Depuis la fondation de cette église, jusqu’à la fin du dixième siècle, c’est-à-dire pendant un espace de 700 ans, l’histoire ne nous a rien conservé ; nous voyons seulement qu’à la fin de ce siècle , les comtes de Brie et de Champagne, devenus très puissants, et voulant augmenter et embellir cette ville qu’ils avaient choisie (1) pour y faire leur séjour, construisirent un magnifique palais auprès de l’église de Provins, pour laquelle ils avaient une singulière vénération. Au commencement du onzième siècle , on détruisit tout-à-coup en France les anciennes églises , et les peuples se piquèrent à l’envi d’en édifier de plus vastes et de plus belles , quoique la plupart eussent pu subsister encore longtemps (2). Les comtes de Brie et de Champagne suivirent en cela le goût de leur siècle ; ils détruisirent l’ancienne basilique et en construisirent une nouvelle, beaucoup plus considérable que la première, et c’est celle que nous

(1) Voyez le livre Palu et l’ancienne chronique manuscrite de Saint-Quiriace.

(2) M, Fleuri, Hist. Ecclés., tome 12, pag. 338.

voyons aujourd’hui; iis y établirent un grand nombre de chanoines séculiers , auxquels ils assignèrent un fond sur le fisc. On avait ouï dire à tous les pèlerins qui revenaient de la Palestine, que Provins, par sa situation, ses environs et la position de son église, ressemblait beaucoup à la ville de Jérusalem. On savait aussi que dans le fameux temple bâti sur la njontagne de Sion, on honorait d’une manière particulière un saint évêque et martyr de cette ville , nommé Quiriace, du mot latin quœrere, parce qu’il avait passé sa vie à chercher le lieu où était cachée la vraie croix de Jésus-Christ. Les comtes de Brie, pour que Provins eût une nouvelle ressemblance avec Jérusalem , voulurent que leur nouvelle église portât le nom du saint évêque Quiriace (1). Tel est le sentiment le plus suivi , et nous nous y arrêterons aussi plus volontiers qu’à celui d’un historien, qui raconte qu’un comte de Rhetel, en Champagne, nommé Quiriace, et qui possédait de grands biens dans la Brie, a donné son nom à cette église. Les comtes religieux accordèrent à l’envi à cette église toutes sortes de franchises et de privilèges, et la dotèrent de biens immenses. L’illustre comte Henri , surnommé le Libéral , chercha à surpasser tous ceux qui l’avaient précédé. En 1160, elle fut reconstruite par ses soins, avec un dôme surmonté delà statue colossale de sainte Hélène (2). Plusieurs droits que les évêques de Sens avaient accordés à la première église furent conservés à la non-

(1) Voyez les notes sur la Chronique de Moissant.

{'2) Chronique de Moissant Rayer, vie de saint Thibaut, fol. 26 et 27.

velle (1). Cesévéqiies, dons tous les temps, considérèrent l’une et l’autre comme la tiile aînée de leur métropole. Léothéric, qui siégeait vers l’an 1030 (2) , du consentement du chapitre de Sens, et de l’agrément du comte Othon , dit le Champenois , exempta l’église de Provins et toutes celles qui en dépendaient, de sa juridiction et de celle de ses officiers, à condition que les chanoines obéiraient à leur doyen , comme des enfants à leur père. Elle était canonicale longtemps avant lui; mais sous son pontificat le nombre des chanoines en fut augmenté par Athœnus, prêtre originaire de Provins et chanoine de Sens, qui obtint de ce prélat l’exemption que nous venons de rapporter. En 1064, l’évêque Richer, excité par quelques esprits remuants, avait essayé de détruire tous les privilèges accordés par ses prédécesseurs : le comte Thibaut IV, zélé protecteur de l’église de Saint-Quiriace, s’opposa à ses prétentions ; ils eurent à ce sujet une conférence sur les bords de la Seine , dans un lieu appelé la colline de tristesse, et il fut prouvé que ces privilèges ayant été donnés à cette église, par Léothéric, Geldouin et Mainard, ses prédécesseurs , c’était légitimement qu’elle en jouissait. Le prélat en étant convaincu, renouvela ces mêmes privilèges , et jura de ne les attaquer jamais (3). Sous le même Thibaut IV, l’ordre des chanoines réguliers étant en grande réputation dans l’église, saint Bernard , l’ami et le confident de ce prince, lui inspira le dessein d’établir dans Saint-Quiriace,

(1) Le pape Alexandre III fait mention de ces privilèges dans la bulle de Lan 1 165.

(2) Catalogue des arclievéques de Sens, Alinanacli de Sens.

(5) Voyez la Clironique de Moissant, curé de Saint-Pierre.

lie ces légulieis, et d’v l’orider une al)ba\e; en conséquence, on (il venir des chanoines réguliers de Soisi , près de Provins, qui dépendaient de Saint-Jean de-Sens, et ils s introduisirent, avec leur abbé, dans le chapitre de Saint- Quiriace (1), malgré la vive réclamation des séculiers qui possédaient cette église (2). L’esprit de mécontentement et d intolérance s’empara des deux partis , et produisit bientôt le plus affreux scandale. Enfin , la discorde et les dissensions s accrurent au point que le prince se repentit de son ouvrage, et pensa sérieusement à une séparation qui devenait indispensable. Celte séparation si nécessaire fut enfin consomuiée par le comte Henri-le-Libéral ; il fallut recourir à 1 autorité du Saint-Siège, et le pape enjoignit, par sa bulle, à IJugues de Toucy, évéque de Sens , à Thibaut, évêque de Paris, et à Manessès, évêque d’Orléans, de transférer les réguliers dans un endroit plus convenable aux exercices du cloître; ce qui fut exécuté au mois de septembre 1157, à la grande satisfaction des séculiers, qui sacrifièrent volonliers la moitié de leur revenu j)Our opérer cette heureuse révolution : la mémoire s’en est toujours conservée, et on la répète tous les ans dans l’annonce de l’obit du comte Henri, le 10 mars , en ces termes :

« liane ecclesiam a canonicis regularibus , in cam violenter intrusis, detem[)lam, ellucto labore, et expensis libe-

(1) Voyez les Commentaires manusnrils de MIM. Grillon et K U Kicr.

(2) 11 inli’oduisit les Ti oyes, à J^aint-Mai tin d

elianoincs réguliers à Sainl-Loiip de ’Gpernay et à Cluintemerle, lli^t. Gccl.

Caniiisat et HuKin,

ravit , earnque ad primum, et proprium uti nunc est statunij ellectis possessionibus, et ornamentis reduxit, etc., etc. d

En 1662, la charpente de cette église et le dôme, dont la couverture était en plomb , furent brûlés par la négligence d’un ouvrier qui avait laissé dans les voûtes une trappe de feu dont il s’était servi pour les soudures. Le dommage fut réparé, mais le peu de solidité du nouveau dôme en entraîna bientôt la ruine. Il fut donc rétabli une seconde fois, mais il perdit ce caractère imposant qu’avait le premier. Le dôme fut construit en bois, recouvert en ardoises ; on le baissa de trente pieds, et on ne rétablit pas la statue de sainte Hélène. Depuis , ce dôme a été reconstruit en totalité dans la même forme et avec les mêmes dimensions, seulement le zinc a remplacé l’ardoise.

Lors de la première reconstruction , le nouveau dôme fut inauguré , en 1665, avec une certaine solennité : il y eut un sermon de circonstance. Tandis que l’auditoire prêtait au prédicateur une attention religieuse , tout-à-coup un bruit sourd se fait entendre dans les voûtes, et des plâtras, mêlés d’un nuage épais de poussière tombent sur la foule des assistants , ce qui leur rappelle le souvenir récent de la chute de l’ancien dôme. On crut qu’il s’écroulait une seconde fois : la terreur fut inexprimable, l’effroi général, le tumulte porté à son comble; des cris s’élancèrent de toutes parts : la plus grande confusion régnait par l’empressement, mal calculé, de se précipiter tous à la fois aux portes encombrées. Deux vicaires qui étaient restés dans le chœur escaladèrent les grilles; un Jacobin voulut les imiter, mais il fut moins heureux. Sa robe s’accrocha, et il resta suspendu en l’air, dans une attitude assez pénible. On le détacha quelque temps après au milieu des plaisanteries universelles. Alors , à la terreur

panique succéda la joie d’en être délivré, elle malin plaisirde rire aux dépens des trernbleurs.

L’avocat Lelleron , à qui on doit la vie de saint Ayoul en vers, composa un poëme comique, où il fit une peinture grotesque des scènes qu’amenèrent, dans la confusion générale, les désordres des toilettes, surtout celles des femmes. L’église était devenue une friperie; le pavé était couvert de lambeaux d’habits , de robes , de mantes , de chapeaux , de perruques, de bonnets de toutes les formes , de manteaux , de cannes , d’épées, de livres d’église, etc. La frayeur passée, d’autres scènes eurent lieu : chacun à demi-dépouillé rentrait dans l’église pour chercher et reprendre ce qu’il croyait lui appartenir, mais ces objets étaient disputés entre tous ceux qui croyaient y avoir plus de droit : il en résulta des querelles , même des voies de fait, qui égayèrent les spectateurs : il était d’autant plus difficile de s’accorder , que les objets contestés, après avoir été foulés aux pieds, étaient devenus moins reconnaissables. Pendant ces débats, qui avaient leur côté plaisant , les chanoines, revenus de leur frayeur, retrouvèrent leur appétit , et s’acheminèrent vers un grand dîner qui les attendait : ce fut le dernier acte de cette tragicomédie. Le [)oëme de Lelleron fut , dit-on , présenté à Louis XfV, qui s’en amusa beaucoup.

Les cloches de cette église étaient dans une tour bûtie en face, et à quelque distance du portail. Celte tour menaçant de tomber en ruine, le chapitre, par le crédit de M. Rose, natif de Provins, et secrétaire du cabinet de Louis XIV, obtint du gouvernement la permission de placer les cloches dans la grosse tour. Elles étaient au nombre de six. Elles ont été brisées pendant la Révolution. Une des grosf.cs est restée pour l’horloge et pour sonner le couvre-

feu; elle porte en lettres gothiques l’inscription suivante :

Mille et quingentis ac undenis simul annis^

Vii'gints àpartu : nunc Quiriaca vocor.

Astra petat somtus, mœstis solatia prestetj Aéras ior des arceat, oro, meus.

Je m'appelle Quiriace :

J’ai été faite

L an 1 51 1 de la naissance du Christ.

Je désire que mon son Console les affligés,

S elève dans les airs Et en écarte les orages (1).

L’église de Saint-Quiriace n’a pas été finie. La nef devait s étendre davantage ; aussi le mur qui la ferme est-il un simple mur de clôture, sans ornements , ce qui contraste avec les portes collatérales qui sont ornées de colonnes et de

(1) Cette inscription latine a été traduite en vers français. J^en fais mention ici parce qu’elle se trouve imprimée dans le texte des belles vues de Provins, avec le nom, en toutes lettres, de l’auteur P...... secrétaire delà société d’agriculture, sciences et arts

de Pi ovins. Cette traduction est curieuse; la voici :

En l’an quinze cent onz^e ayant été fondue,

De Quiriace on me donna le nom.

Je balaye les airs, je chasse la nue,

Diable, tonnerre et grêle, par mon son.

Ces vers pitoyables , surtout le dernier, nous donnent la mesure du talent poétique de celui qui les a faits, et qui, sans provocation de ma part, m’a insulté dans une brochure de la manière la plus grossière (voyez la réponse à M. Pasques à la fin du volume.)

grand Hôtel-Dieu. On prétend que les fondements des piliers sur lesquels devait s’appuyer le prolongement de la nef ont été jetés.

UiviÈUEs. Le Durlein et la Voulsie; voyez page 397.

Rues. Voyez page 403.

Ruisseaux. Indépendamment de deux rivières qui font plusieurs coudes dans la ville basse, il y a cinq ruisseaux qui la traversent en divers sens, arrosent beaucoup de jardins, et passent sous plusieurs maisons. Il peut être utile d’en savoir les noms et de connaître leurs directions :

Le ruisseau de la Pinte, ainsi appelé parce qu’il ne doit prendre à la fois qu’une pinte d’eau dans la Voulsie, à l’entrée de cette rivière dans la ville, près la porte de Changis; il retombe dans la meme rivière, après avoir passé sous l’arche de la grande route, près de l’auberge du Point-du-Jour ; et, en dernier lieu, sous le pont de la rue Puits-Béjard.

2® Le ruisseau Merdereau qui commence au Poncelot. Cette petite arche est au-dessous de la rue IIugues-le-Grand, nom d’un duc de Bourgogne, mort en 956. Autrefois (il va peu d’années), cette arche s’avançait, dans la rue, de trois pieds, et formait un pont étroit sur lequel les gens à pied pouvaient passer. Ce ruisseau, après avoir traversé, sous un pont, la rue des Bouchers, va se joindre, au nord du nouveau marché des Cordeliers , au ruisseau de la Vicomté; il passe ensuite sous le pont rue des Marais, et va se rendre dans hv Voulsie, près la tournelle du Port.

3^ Le ruisseau des Auges vient de Saint-Brice : il passe sous le rempart à quelque distance du point où la Voulsie entre dans la ville ; ensuite sous le pont de la rue de Boulançois, derrière les maisons de la vieille rue et de la grand’rue ; enfin, sous une arche, rue de Sainte-Croix , et tombe dans le ruisseau de la Vhîomlé.

Le ruisseau de la Vicomté prend l’eau dans le fossé de la ville, près la Porte-Neuve, traverse le rempart sous une voûte, passe sous le pont au nord de la rue de Sainte-Croix, et de là sous l’ancienne maison de la Commanderie, ou de la Vicomté , d’où lui vient son nom. Il reçoit de là le ruisseau des Auges et va se réunir, en passant sous les dernières maisons de la Grand’rue et de la rue aux Aulx, au ruisseau Merdereau , au coin nord du Marché-Neuf.

5® Le ruisseau Lambert est une saignée prise dans la Nosaie. Il suit la prairie et le mur du jardin de la ci-devant maison de la Congrégation qu’il traverse ; il passe ensuite sous une arche dans la rue Margot, sous une autre arche dans la rue des Caves , et se joint, sous les maisons , au midi de cette rue, à la rivière Durtein.

Robert de Provins. Il vivait dans le 13® siècle; il était simple écclésiastique et médecin de Saint-Louis. Le docteur Cabanis en parle dans son ouvrage intitulé ; Coup-d'œil sur les Révolutions de la Médecine ^ page 150. Voici à quelle occasion : « Les prêtres , dans ces temps, dit-il , firent dé- « fendre par leur crédit , aux médecins de se marier, ce qui « fit que la plus grande partie d’entr’eux s’engageaient dans « l’état écclésiastique comme N... et Robert de Provins, « médecin de Saint-Louis, Ils joignirent donc la médecine

« au sacerdoce , et acquirent, par ce double moyen , beauet coup de richesses et de considération. »

Rose , maire de Provins, Nous avons eu occasion de parler de ce digne magistrat à l’article des eaux minérales de Provins auquel nous renvoyons le lecteur. Il fut le père de Toussaint Rose dont nous allons esquisser la biographie.

Rose Toussaint , de Provins , fut président de la chambre des comptes et de l’Académie française ; il était secrétaire du cardinal Mazarin , qui l’affectionnait beaucoup ; ensuite il devint secrétaire du cabinet de Louis XIV. Nous allons extraire de son éloge, par M. d’Alembert, tome I, ce qui suit ;

Autrefois , c’était la haute magistrature seulement qui , dans les jours de cérémonie et dans les évènements heureux, allait complimenter le roi. Le président Rose observa à Sa Majesté que l’Académie française était bien plus propre à remplir cette brillante fonction que les interprètes des lois; ce que le roi trouva juste, et qu’il apjirouva. C’est depuis ce temps que l’Académie française est admise à présenter aux rois ces félicitations, et le président Rose, à la tète de l’Académie, eut plusieurs fois l’honneur de haranguer Louis XIV, et le bonheur de faire des discours éloquents, dont Sa Majesté fut très satisfaite.

« Aimé du roi, continue d’Alembert, considéré à la cour, plein d’amour pour les lettres, on ne sera pas étonné que le président Rose ait été en liaison avec les écrivains les plus célèbres de son temps. Il était surtout l’ami de Molière. S’étant amusé à traduire en latin la chanson bachique de Sganarelle, du Médecin maff/ré fui, il dit à Molière, dans

une société, que sa chausoii n’était qu’une traduction lidèle d’une vieille chanson tirée de l’anthologie. Molière, -très surpris, le défia de le lui prouver, et aussitôt le président Rose la lui chanta , et sur le même air de la chanson de Sganarelle. L’étonnement fut grand, et surtout celui de Molière,* mais les ris succédèrent, quand le président Rose eut avoué la petite espièglerie qu’il venait de faire à Molière, et la chanson latine fut répétée. » Les voici toutes leu deux :

Qu’ils sont doux, Bouteille jolie,

Qu’ils sont doux Vos petits glougloux !

Mais mon sort ferait bien des jaloux,

Si vous étiez toujours remplie.

Ail! bouteille, ma vie, Pourquoi vous videz-vous?

Qiiâm dulces^ Amphora amena ^ Quàni dulces Sunt tiiœ voce s / Dtirn fandis merum in calices y

Utinam l semper esses plena.

Ah ! car a mea la^enüy Vacua car faces ?

Cet anecdote joyeuse, qui rappelle l’esprit provinois, fait plus pour la renommée du président Rose, qu’un gros livre pour celle de certains académiciens. Tant que vivra la charmante comédie du Médecin malgré lui^ le souvenir de notre concitoyen se conservera dans la mémoire des hommes, et son nom passera à la postérité, à la suite de eelui de notre premier comique.

Société d’agriculture, sciences et arts de Provins, établie en l’an Xlïl. Ses réunions ont lieu dans une des salles de la mairie. Elle correspond avec d’autres sociétés du

môme genre. Tous les ans elle tient une séance où elle rend compte de ses travaux ; son rapport est imprimé. Elle distribue des médailles aux agriculteurs qui ont mérité d’étre encoulagcs. Cette société a emprunte une nouvelle vie aux comices agricoles quioiïrent les plus brillants résultats.

Thibaut (Eglise de saint). Voyez ce que nous avons dit de ce saint personnage, page 70. Il y avait à l’entrée de cette église , une espèce de vestibule où le buste du saint était placé dans une armoire prise dans le mur. Après ce vestibule venait la porte de l’église. Cette seconde entrée était remarquable. Elle se composait, comme le portail de Saint-Ayoul, de plusieurs cintres avec des personnages en pierre, de grandeur naturelle et placés entre les colonnes. Ces colonnes étaient surmontées d arceaux en ogive , portant de petites figures étagées les unes au-dessus des autres. Le portail de Saint-Ayoul renferme des figures semblables. Le concile de Francfort tenu sous Charlemagne, en 794, avait proscrit les images du sein du christianisme et comprimé ainsi les efforts de l’art chrétien ( I ). Deux siècles après , on déroga aux prescriptions du concile : Saint-Ayoul et Saint-Thibaut datent de cette époque, qui vit naître la première période de cet art qui devait arriver jusqu’aux merveilles élégantes du style gothique.

Les imagiers dans leurs représentations sculpturales , commençaient à symboliser les mystères du christianisme. Le portail de Saint-Thibaut avait, comme celui de Saint-Ayoul,

(1) Ce concile était composé de trois cents évé(|ues ou abbés, tant d’Italie que de Fi’ance, qui rejetèrent les images d’un consentement unanime.

lies figures dans le fond de l’ogive formée par les arceaux , et au-dessous de laquelle la porte était percée. Dans cette ogive, ainsi qu’on le voit encore à Saint-Ayoul , aux cathédrales de Paris et de Meaux , on représentait ordinairement le juge suprême, la résurrection des morts, l’enfer, la gloire du Paradis, la mort de la Vierge etc. etc. Les anges , les bienheureux, les docteurs, étaient rangés sur les arêtes des ogives appuyées sur les colonnettes. Ces figures étaient peintes et mêmes dorées dans certaines parties de leur costume. On voit des restes de peinture sur les robes des figures du portail de Notre-Dame de Paris, et surtout sur celles des figures de la cathédrale de Meaux.

Parmi les grandes statues du portail de Saint-Thibaut , était une jeune fille d’un comte Thibaut, à ce qu’on croyait; cette statue a été retirée des décombres , elle est peu endommagée.

Nous avons parlé à l’article coutumes et usages singu-^ tiers , d’une danse qui avait lieu le jour de la fête de Saint-Thibaut.

Cette église se fesait un revenu de la vente des fers à cheval , dont les rouliers la gratifiaient quand ils étaient parvenus sans accident jusqu’à Saint-Thibaut , après avoir monté la côte de la rue du Murot. La seule route pour Paris, avant 1781 , était par la ville haute.

Vicomté de provins. Un des comtes de Brie, le comte Étienne, voulant, en 1101 , faire le voyage de la Terre- Sainte , vendit quelques portions de son comté de Provins , auxquelles il attacha le titre de Vicomté y avec plusieurs beaux privilèges.

Ce vicomté passa dans la famille des Bristands. (Voyez

ce mot.) Ils habitèrent une grande maison, rue Je Sainte- Croix, en lace l’église, et se prolongeant au midi de la rue. Elle s’appelait l’hétel des Bristands. C’était le chef-lieu du vicomté.

Henri Bristand, en 1195, en fit donation aux chevaliers du Temple, à condition qu’ils y établiraient un hôpital. Après l’extinction des Templiers, leurs biens passèrent à Tordre de Malte, et dépendirent du commandeur de la Croix-en-Brie, près Provins. L’hôtel des Bristands prit alors le nom de la Commanderie ; elle fut presque entièrement détruite, en 1712, par un incendie provenant du feu du ciel. Le dernier commandeur prenait encore, en 1789, le titre de vicomte de Provins. Le ruisseau qui passe sous cetle maison a retenu le nom de Ruisseau^de-la-Vicomté.

ïl y a près de Provins un moulin qui s’appelle le moulin de la Vicomté.

ViLLEGAGNON. Nicolas Durand— de-Villegagiion , commandeur de Malte, fi>t le plus célèbre de cette famille, établie anciennement à Provins. Il naquit dans cette ville, vers 1500. Son frère, Philippe Durand-de-Villegagnon , fut le premier qui, lors de l’établissement du présidial , en verlu de l’édit du roi Henri II, en devint le président. Un autre frère , Louis Durand-de-Villegagnon , fut lieutenantgénéral à Provins en 1521 .

Nicolas Durand , le plus bel homme de son temps , était d’une constitution robuste. Il aimait et cultivait les lettres, et parlait facilement plusieurs langues. Il prit le parti des armes, et se distingua tellement sur terre, et particulièrement sur mer, qu’il fut fait vice-amiral de France. II servit Gharles-Quint dans son expédition d’Alger, dont il

publia une relation latine; il en fit autant pour l’expédition de Malte, où il fut employé; ce qui lui attira l’estime des savants. Il passa en Amérique avec trois vaisseaux de ligne , dont il était commandant; il fut nommé gouverneur de la ville de Sens , qu’il défendit contre les huguenots, qui furent contraints de lever le siège.

Ce fut à sa valeur et à ses grands talens , comme marin , qu’il dut le choix que fit Henri II , pour amener en France

la princesse d’Ecosse, Marie Stuart, âgée de six ans, pour épouser le jeune Dauphin , quand l’un et l’autre seraient en âge. Villegagndn commandait les galères de France sur lesquelles s’embarqua la princesse. La flotte anglaise , supérieure en force, l’attendait au passage pour l’enlever; mais Villegagnon leur échappa par une manœuvre habile et hardie, qui fit l’étonnement des gens de mer du temps; ce fut de cotoyer l’Ecosse du côté qu’elle regarde l’Irlande ; ce que des galères n’avaient osé tenter jusqu’alors. Il entra dans le port de Brest sans accident, et y débarqua la princesse. Quelque temps après , il se rendit dans sa commanderie , près de Nemours , où il mourut. Ce fut sans aucun doute un de nos plus illustres Frovinois.

Le nom de Villegagnon , que portait cette famille, venait de la terre seigneuriale de Villegagnon , village situé dans l’arrondissement de Provins, à quelques lieues de Rosoy et de Coulommiers.

Les Villegagnons habitaient , à Provins, cette grande maison , près les Jacobins , rue du Murot. Elle s’appelait l’hôtel des Vi/legagnons. Ce fut dans cet hôtel que logea , en 1574, la reine-mère et sa suite allant au-devant de Henri Hï , qui revenait de la Pologne. On y remarque de beaux caveaux et la charpente des toits faite de bois de

oliâtaif^nier, dont était couvert anciennement le terrain où fut depuis la ville basse : ce qui annonce l’ancienneté de cette maison qui ne se ressent pas de ce long espace de temps. Elle est immédiatement au-dessus du fief de la Cloche. Il n y a pas beaucoup d années, qu’aprés cette maison se trouvait un four banal qui faisait le coin de la rue Jacy, laquelle descend le long des bâtiments des Jacobins, passe' la rivière sur le pont des Aveugles, après lequel commence la rue des

Prés, ou la rue Flamande qui allait droit h la tour de ce nom.

ViLLECRAN ( Mathieu de). On le croit natif de Provins. Il possédait un fief à quelque distance de la porte de Saint- Jean , qui prit de lui le nom de Viflecran. C’était alors un groupe de maisons sur le chemin de Provins à Paris. Il y avait une chapelle sous l’invocation de saint Jean. Tout fut détruit en 1358, à l’approche des Anglais. Dans les temps de trouble, et peut-être en temps ordinaire, les portes de la ville haute étaient fermées le soir à une certaine heure. Nous avons vu qu il y avait dans le donjon de la grosse tour une cloche qui annonçait la retraite. Les voyageurs surpris par l’heure passaient la nuit à Villecran.

Le chevalier Mathieu de Villecran alla en Palestine , où il mourut. Sa femme Mélissandre donna ses biens à l’Hôlel- Dieu. et s’y fit religieuse.

FIN

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